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    Plan détaillé Texte intégral Introduction Les marqueurs discursifs Questions de recherche et méthode Résultats et analyse Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Le français en contextes

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Différences dans l’utilisation des marqueurs discursifs : analyse comparative entre apprenants et Français natifs

    Kaori Sugiyama

    Résumés

    En se basant sur un corpus d’apprenants, cet article mettra en avant la sous-utilisation de marqueurs discursifs (MD) d’apprenants japonais du français par rapport aux locuteurs francophones natifs. Si les MD sont régulièrement employés dans la conversation orale par les natifs, nous les considérons ici comme étant propres à l’interlangue, témoignant de l’état d’avancement de celle-ci. Les résultats montrent que les MD sous-utilisés en français langue seconde sont les suivants : enfin, hein, quoi, bon, alors, voilà, tu vois, tu sais, quand même, en fait. Les apprenants les plus avancés les emploient plus que les débutants, avec une préférence marquée pour en fait. Une différence quantitative dans l’utilisation de certains MD se dégage entre les apprenants ayant eu au moins un an d’expérience dans un pays francophone et les autres.

    Based on a learner corpus, this article focuses on underuse of discourse markers (DMs). While DMs are widely used in ordinary conversation by native speakers, we consider their use by learners as a characteristic element of interlanguage development. The results of our study show that underused DMs in second language French are following: enfin, hein, quoi, bon, alors, voilà, tu vois, tu sais, quand même, en fait. Advanced learners use them more frequently than less advanced learners, with a marked preference for en fait. A quantitative difference in the use of certain DMs is found between learners who have had experience of living in a French speaking country for at least one year as opposed to other learners.

    Entrées d’index

    Mots-clés : marqueurs discursifs, langue parlée, corpus d’apprenants, sous-utilisation, analyse comparative 

    Keywords : discourse markers, spoken language, learner corpus, underuse, comparative analysis

    Texte intégral Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    Introduction

    1L’importance des corpus dans le champ de la linguistique s’accentue depuis quelques décennies. En effet, les avancées technologiques de ces dernières années ont donné aux corpus une importance sans précédent (Tyne et al. 2014). L’objectif principal de cet article est de décrire les différences dans l’utilisation des marqueurs discursifs (MD) entre les apprenants japonais du français et les francophones natifs, en se basant sur des données attestées. Nous utiliserons pour ces dernières non seulement un corpus de natifs mais aussi un corpus d’apprenants afin de pouvoir mettre en application la méthode d’analyse contrastive (« Contrastive Interlanguage Analysis ») introduite par Granger (1996). Il s’agit d’une double comparaison : d’une part elle s’appuie sur la comparaison de la production des natifs avec celle des apprenants, et d’autre part elle s’appuie sur la comparaison à l’intérieur du groupe des apprenants (différences selon le niveau ou en fonction de leur langue d’origine). Dans cette étude, nous cherchons à mettre en lumière les différences de niveau des apprenants à travers l’utilisation de MD en nous servant de l’approche sur corpus.

    Les marqueurs discursifs

    2Les très nombreuses études existantes montrent une grande variété de termes désignant ce que nous appelons ici les « marqueurs discursifs » : entre autres, « marqueur discursif » (Schiffrin 1987), « discourse particle » (Mosegaard Hansen 1998), « pragmatic particle » (Beeching 2002), « particule énonciative » (Fernandez 1994), « pragmatic connective » (Blakemore 1997), etc. Cette diversité reflète en outre la variété des approches. Jucker et Ziv (1998) ajoutent que les études antérieures témoignent surtout de la diversité des fonctions qu’occupent les marqueurs discursifs, telles que « discourse connectors », « turn-takers, confirmation-seekers », « intimacy signals », « topic-switching », « hesitation markers », « boundary markers », « fillers », « prompters », « repair markers », « attitude markers », « hedging devices », etc. Ainsi, si l’appellation semble renvoyer à un concept assez flou, Dostie et Pusch (2007 : 3-4) proposent néanmoins des propriétés générales :

    • les MD appartiennent aux classes mineures et ils sont morphologiquement invariables ;

    • ils ne contribuent pas au contenu propositionnel des énoncés et c’est pourquoi leur présence ou leur absence ne modifie pas la valeur de vérité des énoncés auxquels ils sont joints ;

    • ils ont tendance à constituer des unités prosodiques indépendantes, si bien qu’ils sont en général extérieurs à la structure de la phrase ;

    • ils sont optionnels sur le plan syntaxique, c’est-à-dire que, dans les cas où ils sont joints à un énoncé, leur absence n’entraîne pas une agrammaticalité. De plus, ils n’entrent pas dans une structure argumentale et ils peuvent occuper différentes positions par rapport à un énoncé, s’ils ne sont pas utilisés comme mots-phrases ;

    • ils jouent un rôle au-delà de la phrase et ils relèvent de la macro-syntaxe du discours1.

    3Plusieurs études ont déjà été réalisées sur les MD en langue française. Par exemple, des travaux minutieux de description des MD ont été développés par Mosegaard Hansen (1998), Chanet (2001) et Beeching (2002, 2007). Et bien que, du point de vue acquisitionnel, la description structurelle et fonctionnelle des MD soit très utile, l’étendue des études sur les MD reste à ce jour assez restreinte dans ce domaine notamment : il n’y a, sauf erreur de notre part, aucune étude détaillée portant sur les MD dans les productions d’apprenants japonais du français.

    Questions de recherche et méthode

    4S’il n’est pas aisé d’identifier une utilisation typiquement « non native » des MD (comparée à une erreur grammaticale, par exemple – Svartvik 1980 : 171), le recours aux corpus nous permet de détecter un certain manque de ressemblance avec les locuteurs natifs, notamment en termes de taux d’emploi dans des situations comparables. Les questions de recherche sont donc les suivantes :

    • quelle est la distribution des MD, et en quoi diffère-t-elle d’un groupe de locuteurs à l’autre ?

    • la différence individuelle existe-t-elle dans l’usage des MD ? 

    • y a-t-il des différences quantitatives et qualitatives d’utilisation entre les apprenants de niveau avancé et ceux de niveau débutant-intermédiaire ?

    5Cette recherche adopte la méthode d’analyse proposée par Granger (1996). La comparaison du corpus d’apprenants avec le corpus natif consiste, dans un premier temps, à extraire les usages typiques chez les francophones natifs. Pour cette recherche, nous utilisons le corpus d’apprenants du projet IPFC-JP (Inter-phonologie du Français Contemporain-Japonais)2. Le corpus de données natives est le Corpus multilingue du français / Aix3 qui est construit pour un projet en collaboration entre l’Université des Langues Étrangères de Tokyo et l’Université d’Aix-Marseille. L’IPFC-JP comprend des apprenants de différents niveaux : du niveau débutant jusqu’au niveau avancé de japonophones natifs ayant vécu pendant de longues périodes en pays francophone. Ce corpus est composé de cinq parties distinctes : répétition, prononciation à partir d’une liste de mots, lecture à haute voix, conversation guidée avec un professeur, conversation libre. La présente étude s’appuie sur les données de cette dernière partie comportant les transcriptions de conversations de 38 apprenants pour un total de 34 518 mots. Le corpus de locuteurs natifs est constitué de trois collections de données : conversations libres entre étudiants et jeux de rôle enregistrés en 2005, conversations libres enregistrées en 2009 et 2011. Du corpus total, qui compte approximativement 600 000 mots (Koga et al. 2012), nous avons opéré une sélection afin de ne retenir que 20 participants (choisis au hasard), ce qui donne un sous-corpus de taille plus réduite, de 65 592 mots en tout.

    6L’identification des cas de sous-utilisation de MD est réalisée au moyen de la « log vraisemblance » (« log likelihood ») qui sert à définir le degré de significativité, c’est-à-dire la « saillance » ou « keyness ». En effet, la comparaison du corpus d’apprenants avec le corpus de natifs permet de calculer cette valeur. Le concept de keyness est basé sur l’idée que la proportion d’un mot serait quasi-identique si les corpus en question sont homogènes (Ishikawa 2012). Par conséquent, une valeur élevée indique un grand écart de proportion d’un même mot dans les corpus étudiés. A partir de la liste des keyness, nous observons les différences dans l’usage des MD, non seulement entre natifs et apprenants, mais aussi entre les apprenants. Pour le groupe d’apprenants japonophones, nous identifions deux niveaux afin d’opérer une comparaison à l’intérieur du groupe. Ainsi, les apprenants de niveau Master et les doctorants ayant vécu dans un pays francophone pendant au minimum un an ont été classés en niveau « avancé » ; les autres apprenants, sans expérience dans un pays francophone, ont été classés en niveau « débutant-intermédiaire ». Si la valeur de la log vraisemblance d’un mot est de moins de -50, nous considérons ce mot comme étant sous-utilisé. Pour les bigrammes, qui sont les groupes de deux mots consécutifs dans les corpus, la valeur limite est de -20. Ces sous-utilisations sont calculées à l’aide du logiciel Word Smith Tools, version 6 (Scott 2012).

    Résultats et analyse

    7Les relevés bruts (nombre de tokens et de bigrammes) sont présentés dans le Tableau 1. Les corpus étant de tailles différentes, la fréquence a été étalonnée à 100 000.

    Tableau 1 : Relevés bruts dans les 3 corpus

    NS4

    NNS-A5

    NNS-D6

    Tokens

    65 592

    21 521

    12 997

    Bigrammes (Tokens)

    60 805

    19 819

    10 987

    8Les listes présentées dans les Tableaux 2 et 3 montrent les MD potentiels (surlignage en gris) parmi les éléments les plus saillants qui se dégagent. Ces formes sont ensuite confirmées (ou non) en fonction du contexte d’utilisation. Les MD sous-utilisés sont : enfin, hein, quoi, bon, tu vois, tu sais, quand même et en fait.

    Tableau 2 : Sous-utilisations (mots)

    No

     

    NS

    NNS7

    Keyness

     

     

    Fréq. Obs

    Fréq. / 100 000

    Fréq. obs

    Fréq. / 100 000

     

    1

    ENFIN

    336

    512,27

    12

    34,76

    -205,81

    2

    HEIN

    242

    368,95

    1

    2,90

    -194,09

    3

    QUI

    615

    937,63

    95

    275,22

    -164,53

    4

    QUOI

    387

    590,02

    40

    115,88

    -147,39

    5

    LES

    892

    1359,94

    201

    582,3

    -140,46

    6

    ÇA

    1 021

    1556,62

    269

    779,3

    -116,67

    7

    DES

    651

    992,51

    143

    414,28

    -106,98

    8

    ILS

    478

    728,76

    93

    269,42

    -95,24

    9

    FAIT

    535

    815,66

    112

    324,47

    -95,23

    10

    OUAIS

    923

    1407,21

    268

    776,41

    -82,1

    11

    QU

    477

    727,23

    103

    298,4

    -80,58

    12

    VOIS

    152

    231,74

    9

    26,07

    -78,4

    13

    LÀ

    379

    577,82

    72

    208,59

    -78,08

    14

    BON

    332

    506,17

    65

    188,31

    -65,44

    15

    TOUT

    315

    480,25

    62

    179,62

    -61,59

    16

    AVOIR

    97

    147,89

    3

    8,69

    -61,51

    17

    LEUR

    89

    135,69

    2

    5,79

    -60,33

    18

    MÊME

    253

    385,72

    48

    139,06

    -52,15

    19

    SAIS

    335

    510,74

    77

    223,07

    -50,54

    Tableau 3 : Sous-utilisation (bigrammes)

    No

     

    NS

    NNS

    Keyness

     

     

    Fréq. Obs

    Fréq. / 100 000

    Fréq. obs

    Fréq. / 100 000

     

    1

    BC8 OUAIS

    122

    200,64

    1

    3,25

    -93,76

    2

    QU ON

    131

    215,44

    6

    19,48

    -74,36

    3

    TU VOIS

    128

    210,51

    7

    22,72

    -68,16

    4

    TU SAIS

    120

    197,35

    6

    19,48

    -66,07

    5

    ILS ONT

    94

    154,59

    7

    22,72

    -43,56

    6

    NON MAIS

    67

    110,19

    2

    6,49

    -42,83

    7

    QUE ÇA

    78

    128,28

    4

    12,98

    -42,54

    8

    MAIS BON

    65

    106,9

    2

    6,49

    -41,26

    9

    QU ILS

    74

    121,7

    5

    16,23

    -35,97

    10

    QUAND MÊME

    102

    167,75

    12

    38,95

    -35,12

    11

    VRAI QUE

    62

    101,97

    3

    9,74

    -34,52

    12

    QUI SONT

    56

    92,1

    2

    6,49

    -34,23

    13

    EN A

    56

    92,1

    2

    6,49

    -34,23

    14

    CE QUI

    61

    100,32

    3

    9,74

    -33,77

    15

    EN FAIT

    217

    356,88

    50

    162,31

    -32,55

    16

    HESIT OUAIS

    84

    138,15

    9

    29,22

    -31,09

    17

    TOUT ÇA

    51

    83,87

    2

    6,49

    -30,37

    18

    QU IL

    147

    241,76

    28

    90,89

    -30,1

    19

    QUI EST

    90

    148,01

    14

    45,45

    -23,77

    20

    DANS LES

    42

    69,07

    2

    6,49

    -23,51

    21

    ENFIN JE

    36

    59,21

    1

    3,25

    -23,38

    22

    DE FAIRE

    36

    59,21

    1

    3,25

    -23,38

    23

    JE SAIS

    188

    309,19

    50

    162,31

    -20,81

    24

    EST QUE

    38

    62,49

    2

    6,49

    -20,52

    25

    ET TOUT

    47

    77,3

    4

    12,98

    -20,23

    9Si le taux d’utilisation des MD chez les apprenants de niveau avancé est nettement inférieur à celui observé chez les natifs, il est tout de même plus élevé que chez les débutants-intermédiaires (Tableau 4).

    Tableau 4 : Fréquence par 100 000 et fréquence brute observées

    NS

    NNS-A

    NNS-D

    ENFIN

    512,26 (336)

    37,17 (8)

    0,00 (0)

    HEIN

    368,95 (242)

    4,65 (1)

    0,00 (0)

    QUOI

    468,04 (307)

    60,41 (13)

    0,00 (0)

    BON

    422,31 (277)

    37,17 (8)

    24,40 (3)

    TU VOIS

    273,00 (166)

    25,13 (5)

    9,10 (1)

    TU SAIS

    166,10 (101)

    0,00 (0)

    0,00 (0)

    QUAND MÊME

    169,39 (103)

    55,50 (11)

    9,10 (1)

    EN FAIT

    356,88 (217)

    242,19 (48)

    18,2 (2)

    SOMME

    2736,93

    462,22

    60,8

    (1749)

    (94)

    (7)

    10La particularité des apprenants de niveau avancé se situe, en outre, dans l’emploi du MD en fait (voir les exemples 1 à 5). La fréquence de ce MD est remarquable par rapport aux autres MD : la moitié des occurrences de tous les MD.

    1. c’était trop trop trop difficile en fait j’ai pas fini donc et je relis un jour encore une fois je dois lire (JD199)
    2. c’est ça donc moi aussi je vais parler HESIT je vais vous parler de HESIT mes expériences à l’étranger c’est-à-dire HESIT ma première HESIT en fait la première fois que j’ai rencontré avec un un étranger c’était quand j’avais cinq six ans donc le premier année de (JA0110)
    3. donc HESIT en fait c’est le deuxième fois que je suis allé en NP donc HESIT (JA10)
    4. après on a pas visité en fait visité NP la ville de NP mais on a visité NP (JA04)
    5. les légumes ne sont pas chers en fait c’est presque même prix en qu’en NP (JA08)

    11Cet usage chez les apprenants de niveau avancé est surtout apparenté à la fonction de « réparateur », car cette expression est suivie du marqueur d’hésitation, ou est précédée d’expressions reformulées. Il est intéressant de noter qu’en revanche, le MD enfin (voir les exemples 6 à 10), qui a lui aussi une fonction de réparateur, est nettement moins utilisé :

    6. mais il y avait eu un problème je pense enfin je HESIT je crois (F0111)
    7. en fait je viens de je viens d’NP enfin je je suis originaire de NP (F05)
    8. mais les phénomènes surnaturels c’est enfin c’est bizarre (F17)
    9. et alors il faisait nuit je crois enfin il pleuvait (F18)
    10. c’est pas très animé parce que c’est enfin c’est au début des au début novembre (JA12)

    12Le Tableau 5 montre le pourcentage des utilisateurs de MD parmi les participants de chaque groupe. Un pourcentage élevé signifie que les membres du groupe sont nombreux à utiliser les MD. La comparaison montre que les taux d’utilisation de MD sont beaucoup plus élevés pour les natifs que pour les apprenants. En ce qui concerne la comparaison entre les deux niveaux d’apprenants, le taux pour les avancés est plus élevé que pour les débutants-intermédiaires. La plupart des francophones natifs utilisent les MD tels que enfin, bon, en fait, quoi, quand même, alors que les apprenants sont moins nombreux à les utiliser. Pour les MD hein, tu vois, tu sais, si le taux d’utilisation par les natifs diminue, le taux d’utilisation des apprenants reste quand même nettement inférieur.

    Tableau 5 : Pourcentage des usages de MD

    NS

    NNS-A

    NNS-D

    enfin

    100 %

    23,08 %

    0 %

    hein

    75 %

    7,69 %

    0 %

    quoi

    95 %

    23,08 %

    0 %

    bon

    100 %

    38,46 %

    12 %

    tu vois

    65 %

    23,28 %

    4 %

    tu sais

    60 %

    0 %

    0 %

    quand même

    90 %

    46,15 %

    4 %

    en fait

    100 %

    61,54 %

    8 %

    13Comme le montre le Tableau 5, la différence entre natifs et non-natifs est très marquée pour les MD. Toutefois, pour en fait et quand même, on constate qu’environ la moitié des apprenants de niveau avancé les utilisent. Cependant, il n’y a qu’une petite partie des débutants-intermédiaires qui les utilisent.

    Conclusion

    14A partir d’un échantillon de taille modeste, nous avons établi que les MD sous-utilisés dans les productions d’apprenants japonophones sont : enfin, hein, quoi, bon, tu vois, tu sais, quand même et en fait ; les natifs les utilisent beaucoup plus que les apprenants et, parmi ces derniers, les apprenants avancés les emploient plus que ceux de niveau débutant-intermédiaire, sans exception. Les MD semblent être un indicateur du niveau de maîtrise de la langue (cf. les indicateurs retenus par Bartning & Schlyter 2004), et on peut imaginer un continuum dans l’emploi des MD (à la fois qualitatif et quantitatif) allant des débutants aux apprenants très avancés voire quasi natifs.

    15Concernant l’emploi de ces formes par les non-natifs, il y a une différence importante dans l’emploi en général entre les apprenants avancés qui ont vécu dans un pays francophone et les apprenants que nous avons qualifiés de niveau « débutant-intermédiaire », qui n’ont jamais effectué de séjour dans un pays francophone (cf. les travaux sur les effets bénéfiques d’un séjour à l’étranger – par ex. Regan et al. 2009 pour l’acquisition du français). Il y a également une différence dans le taux d’utilisation des différents MD. En effet, les apprenants de niveau avancé ont tendance à utiliser en fait de façon relativement fréquente, un cas unique parmi les MD. En revanche, nous n’avons pas pu observer de différence qualitative dans l’utilisation d’un MD plutôt qu’un autre chez les débutants-intermédiaires du fait tout simplement de la non-utilisation d’une grande partie de ceux-ci.

    16Ces résultats et ces analyses sont bien évidemment à interpréter avec prudence. Premièrement, la plupart des apprenants sont des étudiants d’une seule université japonaise et on ne peut en aucun cas les considérer comme étant représentatifs de tous les apprenants japonais du français. Deuxièmement, du fait du corpus relativement restreint, nous ne pouvons conclure à des tendances générales ; de plus, ce corpus ne représente en aucun cas la compétence complète des sujets (qui peut-être font usage de MD dans d’autres circonstances, dans d’autres situations). Enfin, si nous nous sommes donné comme objectif de décrire dans cette étude les sous-utilisations des MD chez les apprenants japonais du français, nous n’avons pas cherché la cause de ces sous-utilisations. Il faudrait en effet se pencher sur les raisons de ces sous-utilisations, et les éventuelles prises en compte de la langue et la culture premières des apprenants. A l’instar des chercheurs travaillant sur le développement de la compétence sociolinguistique en français langue seconde (par ex. Dewaele & Mougeon 2002), on pourrait en outre se pencher sur l’input que reçoivent les apprenants : qu’en est-il des manuels et des documents authentiques utilisés ? Contiennent-ils des MD ? Si oui, sont-ils abordés de façon explicite ou s’agit-il s’une présence seulement ? Etc. Il serait donc intéressant de faire la comparaison entre l’usage réel des MD par les natifs et la représentation des MD dans les manuels. D’autres études viendront compléter ce que nous avons mis en avant dans cet article, et nous espérons que celles-ci contribueront à enrichir l’enseignement de la langue française afin de permettre aux apprenants japonais de développer une utilisation des MD plus proche de celle des locuteurs natifs dans leurs productions.

    Bibliographie

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    Format

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    Cette bibliographie a été enrichie de toutes les références bibliographiques automatiquement générées par Bilbo en utilisant Crossref.

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    Notes de bas de page

    1 Voir aussi Blanche-Benveniste (1997).

    2 http://cblle.tufs.ac.jp/ipfc/index.php?id=24.

    3 http://www.coelang.tufs.ac.jp/multilingual_corpus/fr/.

    4 NS = native speakers (locuteurs natifs du français).

    5 NNS-A = apprenants de niveau avancé.

    6 NNS-D = apprenants de niveaux débutant-intermédiaire.

    7 NNS = non native speakers (locuteurs non natifs du français).

    8 BC = back channel (régulateur).

    9 J = Japonais, D = Débutant-Intermédiaire, # =ID.

    10 J = Japonais, A = Avancé, # =ID.

    11 F = Français, # =ID.

    Auteur

    • Kaori Sugiyama

      Université Seinan Gakuin, Japon

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    1 Voir aussi Blanche-Benveniste (1997).

    2 http://cblle.tufs.ac.jp/ipfc/index.php?id=24.

    3 http://www.coelang.tufs.ac.jp/multilingual_corpus/fr/.

    4 NS = native speakers (locuteurs natifs du français).

    5 NNS-A = apprenants de niveau avancé.

    6 NNS-D = apprenants de niveaux débutant-intermédiaire.

    7 NNS = non native speakers (locuteurs non natifs du français).

    8 BC = back channel (régulateur).

    9 J = Japonais, D = Débutant-Intermédiaire, # =ID.

    10 J = Japonais, A = Avancé, # =ID.

    11 F = Français, # =ID.

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    Sugiyama, Kaori. « Différences dans l’utilisation des marqueurs discursifs : analyse comparative entre apprenants et Français natifs ». In Le français en contextes, édité par Henry Tyne. Perpignan: Presses universitaires de Perpignan, 2017. doi:10.4000/books.pupvd.2880.
    Sugiyama, Kaori. « Différences dans l’utilisation des marqueurs discursifs : analyse comparative entre apprenants et Français natifs ». Le français en contextes, édité par Henry Tyne, Presses universitaires de Perpignan, 2017, https://doi.org/10.4000/books.pupvd.2880.

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    Tyne, H. (éd.). (2017). Le français en contextes. Perpignan: Presses universitaires de Perpignan. https://doi.org/10.4000/books.pupvd.2792
    Tyne, Henry, éd. Le français en contextes. Perpignan: Presses universitaires de Perpignan, 2017. doi:10.4000/books.pupvd.2792.
    Tyne, Henry, éditeur. Le français en contextes. Presses universitaires de Perpignan, 2017, https://doi.org/10.4000/books.pupvd.2792.
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