• Contenu principal
  • Menu
OpenEdition Books
  • Accueil
  • Catalogue de 16477 livres
  • Éditeurs
  • Auteurs
  • Facebook
  • X
  • Partager
    • Facebook

    • X

    • Accueil
    • Catalogue de 16477 livres
    • Éditeurs
    • Auteurs
  • Ressources numériques en sciences humaines et sociales

    • OpenEdition
  • Nos plateformes

    • OpenEdition Books
    • OpenEdition Journals
    • Hypothèses
    • Calenda
  • Bibliothèques

    • OpenEdition Freemium
  • Suivez-nous

  • Lettre d’information
OpenEdition Search

Redirection vers OpenEdition Search.

À quel endroit ?
  • Presses universitaires de Perpignan
  • ›
  • Études
  • ›
  • Invectives
  • ›
  • 2e partie : Littérature et Représentatio...
  • ›
  • II Harmoniques des cris : le contrepoint...
  • Presses universitaires de Perpignan
  • Presses universitaires de Perpignan
    Presses universitaires de Perpignan
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Liens vers le livre
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Formats de lecture

    Plan

    Plan détaillé Texte intégral 1. La fonction poétique de l’invective dans la tragédie lyrique2. L’imitation musicale de l’invective3. Voix, langage, violence : perspectives esthétiques Annexe Notes de bas de page Auteur

    Invectives

    Ce livre est recensé par

    Précédent Suivant
    Table des matières

    II Harmoniques des cris : le contrepoint au féminin (16e-18e siècles)

    2. Chanter l’invective : scènes de fureur dans la tragédie lyrique

    Sarah Nancy

    p. 187-201

    Texte intégral 1. La fonction poétique de l’invective dans la tragédie lyrique1.1. Invective et représentation : le spectacle de la colère1.2. Une caution pour le chant ?2. L’imitation musicale de l’invective2.1. Figures de l’invective2.2. L’interprète : entre maîtrise et abandon3. Voix, langage, violence : perspectives esthétiques3.1. Le chant dans le langage : rencontre et conflit3.2. Rousseau : la voix sans violence Annexe Exemplier Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    Fureur, je m’abandonne à vous
    Eclatez, servez ma vengeance.
    Idoménée, I, 6.

    1De 1673 jusqu’au milieu du 18e siècle, en France, presque une centaine de tragédies lyriques sont créées sur la scène de l’Opéra. Un certain nombre de situations de parole font retour dans ces spectacles éblouissants : incantations, plaintes amoureuses, chants d’allégresse, mais aussi scènes de fureur. Il est rare, en effet, de ne pas rencontrer une héroïne en proie à la colère, déversant reproches, insultes et menaces, tout cela en musique. Le chant est-il un moyen idéal pour exalter les emportements de l’invective ? Ou s’agit-il, au contraire, d’une convention qui masque l’incohérence d’une invective chantée ? Evidence ou paradoxe ?

    2Manifester sa colère verbalement, utiliser les mots pour attaquer, cela semble davantage devoir solliciter la part matérielle du langage que ses ressorts logiques. Les cris, les hurlements, sont évidemment plus proches du chant, de ses élans et de ses inflexions marqués, que de l’ordre rationnel du logos.

    3Cependant, si l’invective vise à détruire et à blesser, les moyens qu’elle réclame peuvent-ils s’accommoder de la mise en forme esthétique du chant ? Une revendication, une explosion de passion peuvent-elles souffrir d’être rendues jolies ? Avec la tragédie lyrique, le paradoxe est encore plus sensible : que peut-il rester de l’énergie destructrice de l’invective dans ce genre académique, mettant en scène, sous l’égide du Roi, des fictions héroïques et galantes dansées et chantées ? Invective « en toc », caricature stéréotypée, dénervée parce que codifiée ?

    4En fait, c’est en explorant ce que le chant et l’invective ont en partage que l’on peut faire jouer les tensions du paradoxe entre logos et voix, entre dépossession de soi et maîtrise formelle, entre esthétique et violence. Nous nous y essaierons dans l’analyse1 des épanchements furieux de Médée, dans Thésée de Quinault et Lully2 ; d’Electre, dans Idoménée de Danchet et Campra3 ; et de Phébé, dans Castor et Pollux, de Bernard et Rameau4 – trois héroïnes jalouses rencontrées à trois époques différentes de la tragédie lyrique5.

    5Nous tâcherons d’abord d’expliquer les motivations poétiques de ce recours si fréquent aux scènes de fureur dans la tragédie lyrique. A quelles conditions l’invective se prête-t-elle à la représentation dans ce théâtre lyrique, et, inversement, quel parti le genre peut-il en tirer ?

    6Nous observerons ensuite les moyens de figurer l’invective dans la relation texte-musique : comment, paradoxalement, donner forme au désordre et aux écarts ? De quelle manière l’interprète peut-il ensuite investir ces figures ?

    7Ce parcours nous permettra enfin d’ouvrir des perspectives esthétiques : la façon dont la tragédie lyrique intègre et utilise l’invective permet peut-être de déceler un goût pour la violence dans la voix que Rousseau a ensuite contribué à rendre incompréhensible.

    1. La fonction poétique de l’invective dans la tragédie lyrique

    1.1. Invective et représentation : le spectacle de la colère

    8Les invectives qui nous occupent sont très loin de toute perspective rhétorique : il ne s’agit pas des invectives ou des injures dont peut user l’orateur pour démontrer que son adversaire a tort ; aucune justice commune ne veut être préservée, même pas au second degré dans la fiction : Médée, amoureuse du héros Thésée, exprime son dépit alors qu’elle vient d’apprendre de la bouche de celui-ci qu’il aime Eglé – il s’est confié à elle car il ignore l’amour que la magicienne a pour lui ; la fureur d’Electre se déclenche après l’annonce de la mort supposée d’Idoménée, qui autorise désormais l’amour de celui qu’elle aime, Idamante, avec Ilione ; Phébé s’insurge, quant à elle, contre la disparition de Pollux, qui, insensible à l’amour de Phébé, a préféré sauver son frère en prenant sa place aux Enfers.

    9Les revendications des héroïnes sont donc guidées par un sentiment particulier. Il ne s’agit pas d’indignation6, selon la terminologie aristotélicienne, mais bien de colère. Or, dans la colère, remarque Aristote, « on vit sa vengeance en esprit : il se fait alors une représentation, qui cause du plaisir comme celle des songes7. ». La colère a donc ceci en commun avec l’art poétique qu’elle se nourrit du plaisir pris à une représentation8, ici, celle de la vengeance rêvée ou anticipée. De fait, les scènes exploitent cette dimension mimétique qui fonde la nature intrinsèquement poétique de l’invective : elles montrent l’extériorisation d’une passion, qui se déploie sans justification d’utilité, et la projection de la vengeance.

    10Le choix du monologue, dans les extraits étudiés, flatte encore cette disposition à la représentation : il n’y a pas d’autre destinataire que les passions personnifiées ; la parole est intransitive et dense. Mais aussi, entre ces passions personnifiées à qui s’adresse l’héroïne dans l’invective et l’héroïne elle-même, s’ouvre l’espace d’une scène. Voici Médée qui s’adresse à ses passions, dans un face-à-face souligné par le détachement du groupe nominal objet en tête de phrase : « Dépit mortel, transports jaloux, / Je m’abandonne à vous9. ». Sur cette scène se joue déjà la vengeance. Electre la fait ainsi apparaître dans une longue périphrase : « J’aurai du moins recours à la seule espérance / qui soulage les cœurs malheureux et jaloux10 ». Dans la tirade de Médée, l’usage du verbe « inventer » rend explicite le travail de création : « Inventons quelque peine affreuse et sans égale ». Ce qui se donne alors en spectacle, c’est avant tout le discours, le verbe : ces scènes projettent l’actualisation de la violence, mais la retardent tout en même temps11. Elles créent un climat animé mais n’ont pas de fonction dynamique dans l’intrigue. Ce sont des scènes où l’on parle, et non des scènes d’action. Mais une distinction s’impose encore : ce qu’on entend alors n’est pas le logos, qui, selon Aristote, peut seul définir l’homme comme animal vraiment politique, mais la phonê, la voix, en-deçà de toute fonctionnalité12.

    11Le spectacle de la colère nous entraîne donc dans un terrain instable qui n’appartient pas au logos. A la même époque, les airs de fureurs de l’opéra italien et de l’ opera seria (arie di furore ou arie di tempestd) exploitent résolument les ressources de cette situation marginale. L’expression de la colère et du plaisir de la vengeance, loin de toute finalité rhétorique, est l’occasion de libérer une matière vocale autonome. Mais dans l’opéra français, on ne trouve pas ces tempi agités, ni ces vocalises exubérantes. Celui-ci semble s’en tenir à une définition « en creux » de la voix : il s’agit de montrer, dans le spectacle des invectives, l’altération et les défaillances du logos.

    1.2. Une caution pour le chant ?

    12Les scènes d’invectives, dans la tragédie lyrique, ne sont donc pas prétexte à une virtuosité vocale ; c’est même selon un point de vue inverse qu’il faut envisager leur présence, comme moyen de faire oublier les éléments musicaux. Catherine Kintzler13 a montré clairement que le défi poétique du genre de l’opéra français de cette époque consiste à intégrer la musique dans une représentation dont le modèle est linguistique14. Cela passe, entre autres, par un travail sur le texte du livret, qui doit être préparé de telle sorte que la musique qu’il accueille apparaisse comme moyen d’expression plausible. L’invective est, à cet égard, un sujet de choix. Ce déchaînement de passions violentes trouve naturellement à se manifester dans des inflexions proches du chant. L’invective est mouvement (in-vehere) : mouvement de colère qui, au niveau de la fable, saisit les personnages pour se communiquer à l’expression. La Mesnardière, réfléchissant sur l’usage des stances au théâtre, dans sa Poétique de 1639, remarquait déjà : « [...] les passions véhémentes parlent impétueusement, et elles peuvent bien sortir des proportions d’un langage égal et uni, puisqu’elles sortent des règles de la raison même15 »

    13Pierre Perrin, qui sera le premier à écrire, vingt ans plus tard, un théâtre expressément destiné à être mis en musique, poursuivra des préoccupations semblables : afin « que toutes les scènes [soient] si propres à chanter », il a choisi comme matière pour son livret des « expression [s] d’amour, de joye, de tristesse, de jalousie et de désespoir16 [...] ». Si l’invective s’impose de manière évidente (dans la Pastorale de Perrin puis dans les tragédies en musique de Quinault), c’est donc parce que le trouble de l’ethos qui l’anime est un trouble du logos, par là même, un moyen, pour la voix, phonê, de se faire entendre.

    14Cette présence négative de la voix, là où s’effondre le logos, est remarquable dans les scènes étudiées, à travers l’alternance entre récitatifs et passages plus lyriques. Dans les scènes de Médée et d’Electre, notamment, des phrases brusquement mélodieuses viennent bousculer les moments plus narratifs ou explicatifs. L’amplitude des intervalles implique alors une participation plus notable de la voix qui semble signaler la défaite du discours rationnel et organisé.

    15Poétiquement, la présence de l’invective dans la tragédie lyrique est donc paradoxale. On la choisit pour ses potentialités vocales – en ce qu’elle peut rendre crédible le chant – mais elle n’est pas exploitée pour elle-même. A ce titre, elle joue un rôle de caution semblable, par exemple, à celui que jouent les scènes de plaintes. Mais, à la différence de ces dernières, qui favorisent la confusion entre voix chantée et gémissements, en une nappe sonore homogène, l’invective fait entendre la voix sur le mode de la rupture, dans des à-coups violents.

    2. L’imitation musicale de l’invective

    16C’est donc parce qu’elle est considérée comme un état limite du logos que l’invective appelle naturellement le chant. Le chant, ainsi programmé dans un rapport étroit de motivation avec le texte, est donc chargé de donner forme à cet état « informe ». Figurer une perturbation, est-ce forcément la figer et la codifier ? Que reste-t-il d’un trouble rendu intelligible ? En fait, ce paradoxe de la mise en musique semble redoubler une question qui habite déjà l’invective : comment expliquer qu’une remise en cause des convenances s’inscrive dans les règles du langage articulé ? Quelle est la part du jeu dans l’invective ?

    2.1. Figures de l’invective

    17En raison du principe de vraisemblance, au fondement de la production artistique des 17e et 18e siècles, il ne peut pas être question d’une reproduction réaliste de l’invective. Dans la tragédie lyrique, on ne trouve pas de vociférations qui cherchent à ressembler à des sons réels. Il s’agit d’un travail de re-création à partir de traits supposés livrer l’essence de l’état représenté et le rendre reconnaissable.

    18Y aurait-il des ingrédients du désordre pour la construction de cette invective artificielle ? En ce qui concerne les tonalités, que les compositeurs de l’époque, fidèles à la théorie antique de l’ethos des modes, jugent capables d’exprimer les passions, l’attente semble déçue : le ton de « Fa Majeur », que Charpentier17 définit comme « furieux et emporté », et dont Rameau, plus tard, dira qu’il « convient aux tempêtes, aux furies et autres sujets de cette espèce18 » n’est presque pas représenté. On ne repère qu’une incursion, dans l’air de Médée, avec la phrase : « Inventons quelque peine affreuse et sans égale ». Mais alors, le rythme retenu et la mélodie sinueuse dessinent autre chose que l’emportement : étirement pervers dans l’évocation de la vengeance, plaisir de retarder l’explosion ? Ce premier exemple montre, d’emblée, que nous sommes loin d’un processus d’illustration systématique, bien plutôt dans un système de rapports et d’écarts.

    19Cette absence de coïncidence stricte s’observe à une autre échelle : la force motrice de l’invective est soulignée par le lexique : « transports19 », « éclatez20 », « soulevons21 » ; mais, au-delà de ces termes, une cellule rythmique (valeurs courtes et égales serrées servant de tremplin à une valeur longue) parcourt la partition et se charge de relancer le mouvement de violence. Le trouble s’inscrit également dans une ligne mélodique qui stylise la désorganisation : grands intervalles, parcours rapide de la gamme (par exemple sur la phrase « Dépit mortel, transports jaloux, / Je m’abandonne à vous22. »), arpèges, sauts d’octaves. L’intensité, explicite au niveau lexical – par exemple dans les groupes adjectivaux « affreuse et sans égal23 », « les plus funestes24 » – est traduite, déplacée dans les courbes ascendantes de la mélodie. La musique ne mime donc pas la puissance audible du cri sans se contenter, non plus, d’une illustration mot à mot. Catherine Kintzler analyse comment l’effet musical passe par le détour d’une expression linguistique25 : c’est souvent une expression figurée de la situation qui sert implicitement d’intermédiaire et fonde l’écriture musicale. Dans le cas des invectives, c’est peut-être sur le trope « hausser le ton » que s’articulent les dessins de la mélodie. On voit ainsi que le texte avec lequel joue la musique n’est pas que le texte écrit.

    20C’est dans cet espace entre les mots et les sons que peuvent notamment se faire sentir le désordre et la force de rupture de l’invective. Dans la phrase refrain d’Electre, la ligne mélodique change brusquement d’orientation sur un même mot répété : élan de la quarte ascendante sur la première occurrence du mot « fureur », puis, après un nouveau départ plus haut encore, la mélodie replonge en une quinte descendante. Le dérèglement de la parole semble un instant être mis à nu dans l’air de Médée, qui exploite un flottement entre la musique, qui évoque l’amour déçu, et le texte qui fait entendre une injonction violente : « Que le barbare amour, que j’avais cru si doux / Se change dans mon cœur en furie infernale. ». Une même distorsion s’entend dans l’air d’Electre, quand surgissent, au sein de l’expression mélancolique du regret, les gammes incisives qui ouvrent l’air.

    21Ce que nous montrent ces airs, c’est donc qu’on peut figurer le désordre et la violence sans souscrire à l’imitation réaliste et sans non plus les figer dans un code. Les scènes analysées n’érigent pas les ruptures de l’invective en motifs pleins, mais exploitent les discordances et les tensions. La mise en musique est fidèle, en cela, à la double nature de l’invective, capable tout à la fois de rompre et de transmettre. De même que, dans les théories de la tragédie parlée, les limites rationnelles imposées à la déstructuration du langage visent à garantir l’énergie des passions26, il nous semble que l’invective chantée s’aiguise en se stylisant.

    2.2. L’interprète : entre maîtrise et abandon

    22L’interprète a donc à sa disposition des figures musicales et littéraires. Cela le dispense-t-il de s’engager dans la passion représentée ? La question est symétriquement inverse à celle que pose l’invective : l’invective, comme l’injure, n’est-elle pas ce qui force à adhérer à l’ethos troublé par la colère27 ? N’est-elle pas, précisément, ce qui interdit tout jeu entre la passion ressentie et sa manifestation ? Chanter l’invective au théâtre : voilà donc qui se trouve pris doublement dans cette tension entre contrôle et dépossession de soi.

    23On remarque que cette question est thématisée dans les airs de Médée et d’Electre : les héroïnes apostrophent crânement leur colère en ces termes : « je m’abandonne à vous ». La valeur du verbe abandonner, au sémantisme passif très fort, employé à la première personne, est problématique : s’agit-il d’un constat – mais alors, qui dit « je » – ? Ou d’un but non encore atteint ? L’héroïne décide de céder. Le présent du verbe est peut-être celui de ce moment ambigu qui fait basculer l’héroïne. Le résultat de cet arrachement à soi se ferait alors entendre dans le troisième retour du refrain, comme si le trouble s’était désormais tout à fait emparé du discours, au point de ne plus permettre qu’une répétition figée.

    24Comment jouer un abandon décidé ? Cette description d’une scène d’invective à l’opéra, vers 1694, ne résout pas l’ambiguïté entre engagement et simulation :

    Voyez cette autre mégère comme elle se tourmente pour se venger. Quelle colère furieuse qui la fait crier à pleine tête en chantant désordonnément par les tons aigus et perçants [...] Quelles tempêtes l’agitent, de sorte qu’on dirait qu’elle va rendre l’âme par l’excès de ses emportements qui font trembler tout le théâtre et jettent l’alarme dans tous les coeurs des assistants28.

    25Ce témoignage d’un adversaire anonyme, en pleine querelle sur la moralité de l’opéra, rappelle que ce sont autant les passions réelles que les passions fausses qui sont mises en cause dans le débat. Le caractère artificiel des passions de théâtre ne les rend pas moins dangereuses pour autant, bien au contraire. Pour les moralistes augustiniens, les passions qui apparaissent ainsi dégagées de leurs conséquences réelles sont encore plus nuisibles, car elles attirent par leur caractère inoffensif. Ainsi, le public s’accoutume à s’y livrer, et l’interprète, croyant jouer, se voit bientôt gagné par elles29. De ce point de vue, quand bien même l’interprète simulerait l’invective, la puissance perturbatrice de la colère serait susceptible de le rattraper.

    26Quel conseil donner, à l’inverse, à l’interprète désireux de donner à son jeu la dynamique que réclame l’invective ? Dans son traité de chant de 166830, Bacilly fait l’éloge de « certaine qualité qui donne l’âme au chant, et qui est appelée mouvement parce qu’elle émeut ». Mais il n’est pas question de se laisser gagner par la force d’une émotion : Bacilly précise bien que « cette manière d’expression », « t[ient] du théâtre » et de la « fein[te] ».

    27Cette « feinte » dont on pense qu’elle est si dangereuse, ou si efficace semble ainsi constituer paradoxalement une voie d’accès à l’émotion réelle. Ainsi, dans les invectives chantées, pour « entrer dans la passion », il faut sans doute commencer par suivre scrupuleusement les indications de Bacilly : faire « gronder » la consonne « M31 » dans le mot malheureux, « prononcer avec poids » « l’r de mortel32 », faire un « port de voix plein » sur le mot haine placé en fin d’air33.

    28Mais peut-être aussi cette tension entre feinte et adhésion est à mettre en rapport avec les exigences techniques du chant dans leur singularité en France aux 17e et 18e siècles. Il faut pour cela poser l’équation voix / affections de l’âme / diaphragme. Physiologiquement, le diaphragme est le muscle le plus exposé aux troubles de la passion comme le note, en 1636, Marin Mersenne, qui opère le rapprochement à la faveur de l’étymologie : « frénésie » vient de phrenei, « membrane », nom d’abord réservé au diaphragme34. Du même coup, Mersenne observe, par défaut, son rôle dans la phonation : si la voix des frénétiques est troublée, c’est parce que le trouble qui affecte leur cerveau se communique au diaphragme, en raison d’une similitude physiologique ; un diaphragme exempt de trouble est donc ce qui doit assurer une émission normale de la voix. Aujourd’hui, conformément à ces intuitions approximatives, la technique du chant lyrique consiste précisément en une maîtrise du diaphragme appelée appui35. Mais cette technique, vraisemblablement transmise par les italiens, n’est pas connue aux 17e et 18e siècles en France. La voix chantée est alors plus proche de la voix parlée que de l’utilisation « instrumentale » que nous en connaissons. Pour grossir le trait, on pourrait dire que la technique baroque française reste plus proche des perturbations passionnelles susceptibles d’affecter la voix, que ne l’est le geste exacerbé du bel canto qui s’est imposé par la suite36. Il ne s’agit pas de dire que les acteurs-chanteurs jouaient sous l’emprise des passions inscrites dans la fiction, mais qu’il y avait un choix, ou un risque. Jouer l’invective, dans la tragédie lyrique, c’est donc servir un système de signes qui n’est pas incompatible avec le fait de s’exposer au trouble de la frénésie. Est-on forcé d’éprouver ? Ou forcé de garder ses distances ? L’invective pose une question liée à l’essence même du théâtre et la réponse qu’y apporte la tragédie lyrique est significative d’une esthétique propre à cette période.

    3. Voix, langage, violence : perspectives esthétiques

    29De quel goût pour la voix témoignent alors ces invectives chantées où la colère cautionne et exhibe la voix, où la stylisation de la fureur n’interdit pas l’implication du chanteur ? Ces scènes d’invectives nous aident à penser une esthétique37 de la voix qui est loin de l’image lisse ou conventionnellement transgressive qu’on se fait parfois de l’opéra français de l’âge dit « classique ».

    3.1. Le chant dans le langage : rencontre et conflit

    30Du paradoxe de l’invective, celui d’une violence mise en forme, nous ne sommes donc pas sortis. L’invective chantée ne se libère pas du langage, mais le pousse dans ses retranchements. Dans cette opération, la voix, comme matière sonore, ne se fait pas oublier – en d’autres termes, le signifiant ne se résorbe pas dans le signifié. Ecriture musicale et prosodie conjuguent au contraire leurs effets et font entendre une voix tour à tour stridente, rauque, étouffée avec laquelle lutte l’ordre des mots. On peut noter la multiplication des consonnes sur des rythmes serrés, comme dans la phrase d’attaque de l’air de Médée, qui présente une série d’occlusives et de [R] roulés dans un enchaînement de quatre syllabes fermées : « Dépit mortel, transports jaloux... » ; ou le vers de Phébé : « J’armerai sa colère il brisera ses fers », dans lequel l’irruption du [k], dont l’émission est plus profonde, complique l’élocution.

    31La recherche d’une épaisseur sonore des mots est également remarquable dans l’utilisation des voyelles fermées : celles-ci sont l’occasion d’étirer le son ou de solliciter le registre tendu de la voix – ainsi, dans l’air d’Electre, l’agrément qui étire le [i] du verbe « ressentir » ; ou, plus notable encore, le rythme pointé sur la diérèse dans le mot « vi-olence », appuyant une montée ton par ton dans le haut de la tessiture.

    32L’articulation semble assumer un rôle d’entrave, et non d’aide. Ce n’est pas le confort, ni la fluidité qui sont recherchés, comme en témoigne, dans l’air de Phébé, la tension réclamée par les attaques dans l’aigu sur la question rhétorique « Jupiter peut-il voir son fils en esclavage [...] ». A la fin de l’air, les contrastes s’accentuent, défiant toute homogénéité de la voix : au médium peu sonore succède la dernière vocalise descendante dans l’inconfort de la voyelle la plus ouverte [a].

    33Ces effets sonores de détail sont soulignés par le système des répétitions que la musique impose à l’échelle des mots ou des propositions. Dans l’air de Phébé, le système tourne rapidement à vide : chaque reprise est d’abord assortie d’un élément qui lui donne sa cohérence syntaxique : « Soulevons / soulevons tous les dieux pour un dieu que je perds » ; « Jupiter peut-il voir son fils en esclavage / Jupiter peut-il voir son fils en esclavage sans venger cet outrage ? » Mais la mécanique finit par se figer dans une répétition exaspérée. Ainsi soustraits à leur fonction de signification, les mots gagnent en matière sonore, sans jamais, néanmoins, se réduire à n’être qu’un support de la virtuosité. Là est la grande différence avec les arie di furore évoqués plus haut, dont regorgent la musique vocale italienne et l ’opera seria38, où la violence s’exprime avec des moyens vocaux exacerbés. La voix, traitée comme un instrument, tend vers des hurlements désarticulés – vocalises frénétiques, suraigus pyrotechniques – et semble l’emporter sur le langage. Les invectives de la tragédie lyrique contraignent, au contraire, la violence à rester dans les bornes du langage – façon de la tenir en respect, peut-être ? mais aussi de montrer un langage travaillé par le désordre de la voix. Cette voix, saisie en conflit dans le langage, nous semble constituer une des spécificités du goût français à une époque qu’il convient alors mieux d’appeler « classico-baroque39 » « classique40 ».

    3.2. Rousseau : la voix sans violence

    34C’est aussi une association entre voix et langage que Rousseau célèbre quand il prend parti pour l’opéra italien contre l’opéra français, dans sa Lettre sur la musique française : « Si l’on me demandait lequel de tous les peuples doit avoir une meilleure musique, je dirais que c’est celui dont la langue y est la plus propre41 ». Mais pour que cette rencontre ait lieu, il faut précisément que la « langue » soit dégagée de toute violence articulatoire, celle-là même qui anime les invectives de la tragédie lyrique. Selon Rousseau, les sons sourds et articulatoires, qui nous ont éloigné de la voix mélodieuse des origines ont achevé leur travail de sape dans la langue et la musique française. L’une et l’autre sont désormais inaptes à se rejoindre. Cet idéal d’union première, brisé dans la langue et la musique française, cache en fait un mouvement de séparation : en inventant cette origine, Rousseau invente la « voix », en tant que moyen essentiellement humain d’expression des émotions ; et, du même coup, donne à la mise en forme par le langage et à l’articulation un rôle second. Ceux-ci sont à la fois facteur de progrès et de corruption.

    35Rappelons en quel termes célèbres Rousseau raconte l’origine de la musique, dans l’Essai sur l’origine des langues, qui développe les thèses de la Lettre sur la musique française :

    Avec les premières voix [le mot est ici employé comme terme générique] se formèrent les premières articulations ou les premiers sons, selon le genre de la passion qui dictait les uns ou les autres. La colère arrache des cris menaçants que la langue et le palais articulent : mais la voix de la tendresse est plus douce, c’est la glotte qui la modifie et cette voix devient un son. Seulement les accents en sont plus fréquents ou plus rares, les inflexions plus ou moins aiguës, selon le sentiment qui s’y joint. [...] Autour des fontaines dont j’ai parlé, les premiers discours furent les premières chansons [...] tout cela n’était que la langue même pour ces heureux climats et ces heureux temps où les seuls besoins pressants [...] étaient ceux que le cœur faisait naître42.

    36Le système de valeurs qu’il instaure fait apparaître deux séries contraires : d’une part « colère », « cris », « articulation », « langue », « palais », « consonnes » ; d’autre part, « tendresse », « douceur », « glotte », « chansons », « cœur ». Il n’y pas d’invective dans la langue-musique des origines chez Rousseau ; ou plutôt, le cri qui se fait entendre, dans son origine fantasmée, est déjà porteur de la décomposition à venir. De l’invective jamais ne naîtra de musique.

    37En un sens, Rousseau, dans son combat contre l’opéra français, fait preuve de perspicacité : il y entend une « langue sourde », une « musique criarde43 » qui évoquent sans détour les scènes de fureur étudiées. Ce qu’il ignore, c’est la richesse de ces frictions, c’est ce que le chant gagne dans cette précipitation de la voix dans le logos, et ce que la langue malmenée y dévoile. En décidant de refuser à l’articulation la possibilité de faire naître la musique, il a faussé notre écoute : la voix du cœur, des origines qu’il incite à rechercher n’est pas dans la musique française de l’époque ; mais il y a cette autre voix – âpre, sensuelle, inquiétante – que les invectives nous font entendre.

    *

    38Evidence ou paradoxe ? la question de départ sur les rapports entre chant et invective demeure ouverte : l’invective a bien une affinité avec le chant, mais avec le chant comme perturbation du logos ; les moyens musicaux dessinent et rehaussent la violence d’un discours, mais sans faire oublier le chant. Codifiée, ou plutôt stylisée, l’invective chantée l’est peut-être, mais à coup de dissonances, de rapports tendus, et non dans des signes pleins dont pourrait disposer l’interprète dans une pure extériorité. Enfin, les invectives chantées peuvent faire entendre un état de la voix et de la langue française, une combinaison faite de heurts et de limitations réciproques, que Rousseau a sans doute contribué à rendre inaudible en nous mettant à la recherche d’une voix du cœur prétendument universelle. Ces scènes ne sont donc pas seulement des saillies baroques, ni les points de passage obligés d’un genre bien rôdé. L’invective, comme voix en péril, et voix de la colère, qui trouve dans le langage un allié qui l’anime, est ainsi un miroir tendu à la question esthétique du chant classico-baroque.

    Annexe

    Exemplier

    1. Scène de Médée dans Thésée (II, 9), livret de Philippe Quinault, musique de Jean-Baptiste Lully. Première représentation le 11 janvier 1675, à Saint-Germain.

    Dépit mortel, transport jaloux,
    Je m’abandonne à vous ;
    Et toi meurs pour jamais tendresse trop fatale,
    Que le barbare Amour que j’avais cru si doux
    Se change dans mon cœur en furie infernale.
    Dépit mortel, transport jaloux,
    Je m’abandonne à vous.
    Inventons quelque peine affreuse et sans égale
    Préparons avec soin les plus funestes coups ;
    Ah ! si l’ingrat que j’aime échappe à mon courroux
    Au moins n’épargnons point mon heureuse rivale.
    Dépit mortel, transport jaloux,
    Je m’abandonne à vous.

    2. Air d’Electre, dans Idoménée (I, 6), livret d’Antoine Danchet, musique d’André Campra. Première représentation le 12 janvier 1712, salle de l’Académie de Musique, au Palais-Royal.

    Fureur, je m’abandonne à vous
    Eclatez, servez ma vengeance.
    Pour me soumettre à sa puissance
    L’amour me promettait le bonheur le plus doux
    Lorsque mon cœur séduit
    Se rend sans résistance
    De son plus funeste courroux
    Il me fait ressentir toute la violence.
    Fureur, je m’abandonne à vous
    Eclatez, servez ma vengeance.
    J’aurai du moins recours à la seule espérance
    Qui soulage les cœurs malheureux et jaloux.
    Fureur, je m’abandonne à vous
    Eclatez, servez ma vengeance.

    3. Air de Phébé, dans Castor et Pollux (V, 1), livret de Pierre-Joseph Bernard, musique de Jean-Philippe Rameau. Première représentation le 24 octobre 1737, salle de l’Académie de Musique, au Palais-Royal.

    Soulevons tous les dieux pour un dieu que je perds.
    Jupiter peut-il voir son fils dans l’esclavage
    Sans venger cet outrage ?
    J’armerai sa colère, il brisera ses fers
    Ou moi-même aux Enfers
    J’irai cacher enfin mon amour et ma rage.

    Notes de bas de page

    1 Notre perspective n’étant pas musicologique, nous avons choisi, pour remplacer l’écoute, de décrire au mieux les effets musicaux sans insérer les exemples sous forme d’extraits de partitions.

    2 Thésée (première représentation le 11 janvier 1675), Paris, Ballard, 1688, acte II, scène 9.

    3 Idoménée (première représentation le 12 janvier 1712), Paris, Ballard, 1731, acte I, scène 6.

    4 Castor et Pollux, (Première représentation le 24 octobre 1737), Paris, Prault fils, s.d., acte V, scène 1.

    5 Nous n’adoptons pas ici une perspective diachronique. Pour notre étude, ces scènes peuvent être considérées comme formant un ensemble cohérent.

    6 Selon Aristote, l’indignation doit se caractériser par « l’absence de tout intérêt personnel et [par] la seule considération du prochain », Rhétorique, II, 1386b-19.

    7 Rhétorique, II, 1378b-8.

    8 « Imiter est en effet, dès leur enfance, une tendance naturelle aux hommes [...], comme la tendance commune à tous, de prendre plaisir aux représentations », Poétique, ch. 4.

    9 L’orthographe des citations des livrets a été modernisée, mais nous avons respecté la ponctuation de l’époque.

    10 Nous soulignons.

    11 On peut penser à Enée coupant court aux insultes d’Achille, au motif qu’elles retardent le combat : « ce n’est pas, j’en réponds, par un babil d’enfant que nous allons ainsi vider notre querelle au lieu de nous combattre », Iliade, XX, 207-287.

    12 « Sans doute les sons de la voix expriment-ils la douleur et le plaisir ; aussi la trouve-t-on chez les animaux en général : leur nature leur permet seulement de ressentir la douleur et le plaisir et de se les manifester entre eux. Mais la parole, elle, est faite pour exprimer l’utile et le nuisible et par suite aussi le juste et l’injuste » (Politique, I, 2, 11). Cette division se décline dans la Rhétorique ainsi que dans la Poétique : dans la Rhétorique, l’art de actio est de peu d’importance à l’égard du contenu (Rhétorique, III) ; la Poétique réserve, quant à elle, un statut ambigu à la voix et à la représentation réelle dans la constitution d’une tragédie : ces éléments sont la condition essentielle du genre, ils consacrent sa supériorité par rapport à l’épopée et, tout à la fois, ils ne sont que des moyens secondaires dans la transmission des effets (Poétique, ch. 3, 6, 26).

    13 Poétique de l’opéra français de Corneille à Rousseau, Paris, Minerve, 1991.

    14 Dans la lignée de la pensée d’Aristote, la musique est considérée comme un moyen d’imitation très incertain.

    15 Jules Pilet de La Mesnardière, Poétique, Paris, Chez Antoine de Sommaville, 1639, p. 400.

    16 Lettre à Monseigneur l’Archevêque de Turin, reproduite dans Arthur Pougin, Les Vrais Créateurs de l’opéra français, Paris, Charavay, 1881, p. 62 (je souligne).

    17 Règles de composition par Monsieur Charpentier, éd. Catherine Cessac, in Catherine Cessac, Marc-Antoine Charpentier, Paris, Fayard, 1988, p. 437-460.

    18 Jean-Philippe Rameau, Traité de l’harmonie réduite à ses principes naturels, Paris, Ballard, 1726.

    19 Médée.

    20 Electre.

    21 Phébé.

    22 Médée.

    23 Médée.

    24 Médée.

    25 Catherine Kintzler, op. cit., p. 377.

    26 Nous renvoyons à l’article de John D. Lyons, « Le démon de l’inquiétude : la passion dans la théorie de la tragédie » in XVIIe siècle, 1994, n° 185, p. 788-798.

    27 Hélène Merlin-Kajman, La langue est-elle fasciste ?, Paris, Le Seuil, 2003, p. 217.

    28 Description de la Vie et Moeurs, de l’Exercice et l’Etat des Filles de l’Opéra, présenté et annoté par Jérome de La Gorce, Cicero Editeurs, 1993, p. 82.

    29 Voir l’article de Tony Gheeraert, “La Catharsis impensable. La passion dans la théorie classique de la tragédie et sa mise en cause par les moralistes augustiniens. “, Etudes Epistémè, n° 1, 2002.

    30 Bénigne de Bacilly, Remarques curieuses sur l’art de bien chanter, Paris, Ballard, 1688, p. 200.

    31 ibid., p. 300.

    32 ibid., p. 292.

    33 ibid., p. 143.

    34 Marin Mersenne, Harmonie universelle contenant la théorie et la pratique de la musique, Paris, Cramoisy, 1636 ; réimpr. Paris, CNRS, 1965, 1986, Livre premier, proposition 2, p. 4.

    35 Le maintien du diaphragme en position basse (inspiration) crée la pression nécessaire à l’émission concentrée du son chanté. De plus, cette position va de pair avec la position basse du larynx qui seule permet de « basculer » dans le registre aigu. Ce n’est pas seulement que le geste vocal ne s’accommode pas de tout relâchement imprévu du diaphragme, c’est qu’il est un rempart contre son relâchement.

    36 Ces considérations techniques ne résolvent pas le problème de l’engagement théâtral, mais elles l’éclairent. On peut mentionner, pour exemple, le commentaire de la chanteuse Karita Mattila justifiant le trouble dans lequel elle se trouvait après une représentation par l’impossibilité technique de se laisser aller à l’émotion pendant qu’elle chantait. (Discours prononcé à l’occasion d’une représentation de Jenufa, de Leos Janaceck, Paris, Théâtre du Châtelet, 18 mai 2003).

    37 Par « esthétique », nous entendons « goût », « plaisir d’écoute ».

    38 On peut évoquer, parmi tant d’autres : les airs de Vagans dans Juditha Triumphans de Vivaldi ; l’air de Sextus « Svegliatevi... » dans Giulio Cesare de Haendel ; l’air d’une autre Electre, celle de Mozart dans Idoménée ; et bien-sûr, les airs de la Reine de la Nuit, dans La Flûte Enchantée de Mozart.

    39 Terme proposé par Hélène Merlin-Kajman, « Un siècle classico-baroque ? », XVIIe siècle et modernité, XVIIe siècle, n° 223, avril 2004.

    40 On n’est pas loin de ce que Barthes désigne sous le nom de « géno-chant » ou de « grain de la voix » : « friction même de la musique et d’autre chose, qui est la langue (et pas du tout le message) » (« Le grain de la voix », in L’Obvie et l’obtus, Essais critiques III, Paris, Le Seuil, coll. Points Essais, p. 241). Cela soulève une question qui excèderait notre propos sur l’invective : pourquoi Barthes, et avec lui toute la modernité, refuse-t-il ceci aux « Classiques » ?

    41 Lettre sur la musique française, introduction, notes, bibliographie et chronologie par Catherine Kintzler, Paris, Flammarion, 1993 [première éd. 1753], p. 149.

    42 Essai sur l’origine des langues, introduction, notes, bibliographie et chronologie par Catherine Kintzler, Paris, Flammarion, 1993, ch. XII.

    43 Lettre sur la musique française, introduction, notes, bibliographie et chronologie par Catherine Kintzler, Paris, Flammarion, 1993 [première éd. 1753]. p. 144. Notons qu’en 1752, année de rédaction de la Lettre sur la musique française, Thésée et Castor et Pollux sont repris à l’Opéra.

    Auteur

    • Sarah Nancy

      Université de Paris III

    Précédent Suivant
    Table des matières

    Cette publication numérique est issue d’un traitement automatique par reconnaissance optique de caractères.

    Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

    Voir plus de livres
    Les monarchies espagnole et française au temps de leur affrontement

    Les monarchies espagnole et française au temps de leur affrontement

    Milieu XVIe siècle - 1714. Synthèse et documents

    Jean-Pierre Dedieu, Gilbert Larguier et Jean-Paul Le Flem

    2001

    Figures du passeur

    Figures du passeur

    Paul Carmignani (dir.)

    2002

    Contribution à l’étude de la notion de revenus en droit privé

    Contribution à l’étude de la notion de revenus en droit privé

    Sébastien Robinne

    2003

    Le parler « melandjao » des immigrés de langue espagnole en Roussillon

    Le parler « melandjao » des immigrés de langue espagnole en Roussillon

    Christian Lagarde

    1996

    Le métier de la politique sous la IIIe République

    Le métier de la politique sous la IIIe République

    Yves Billard

    2003

    Le discours sur les « langues d’Espagne »

    Le discours sur les « langues d’Espagne »

    Christian Lagarde (dir.)

    2009

    « Nicolas Le Floch », le Tableau de Paris de Jean-François Parot

    « Nicolas Le Floch », le Tableau de Paris de Jean-François Parot

    Pascale Arizmendi

    2010

    L’écran bleu

    L’écran bleu

    La représentation des ouvriers dans le cinéma français

    Michel Cadé

    2004

    L’avenir des langues anciennes

    L’avenir des langues anciennes

    Repenser les humanités classiques

    Olivier Rimbault

    2011

    La désorganisation

    La désorganisation

    Contribution à l’élaboration d’une théorie de la désorganisation en droit de l’entreprise

    Muriel Texier

    2006

    Le Livre Vert de Pierre de la Jugie

    Le Livre Vert de Pierre de la Jugie

    Une image de la fortune des archevêques de Narbonne au XIVe siècle. Étude d’une seigneurie

    Marie-Laure Jalabert

    2009

    Les territoires du sport entre politiques et pratiques

    Les territoires du sport entre politiques et pratiques

    David Giband et Jean-Marc Holz (dir.)

    2007

    Voir plus de livres
    1 / 12
    Les monarchies espagnole et française au temps de leur affrontement

    Les monarchies espagnole et française au temps de leur affrontement

    Milieu XVIe siècle - 1714. Synthèse et documents

    Jean-Pierre Dedieu, Gilbert Larguier et Jean-Paul Le Flem

    2001

    Figures du passeur

    Figures du passeur

    Paul Carmignani (dir.)

    2002

    Contribution à l’étude de la notion de revenus en droit privé

    Contribution à l’étude de la notion de revenus en droit privé

    Sébastien Robinne

    2003

    Le parler « melandjao » des immigrés de langue espagnole en Roussillon

    Le parler « melandjao » des immigrés de langue espagnole en Roussillon

    Christian Lagarde

    1996

    Le métier de la politique sous la IIIe République

    Le métier de la politique sous la IIIe République

    Yves Billard

    2003

    Le discours sur les « langues d’Espagne »

    Le discours sur les « langues d’Espagne »

    Christian Lagarde (dir.)

    2009

    « Nicolas Le Floch », le Tableau de Paris de Jean-François Parot

    « Nicolas Le Floch », le Tableau de Paris de Jean-François Parot

    Pascale Arizmendi

    2010

    L’écran bleu

    L’écran bleu

    La représentation des ouvriers dans le cinéma français

    Michel Cadé

    2004

    L’avenir des langues anciennes

    L’avenir des langues anciennes

    Repenser les humanités classiques

    Olivier Rimbault

    2011

    La désorganisation

    La désorganisation

    Contribution à l’élaboration d’une théorie de la désorganisation en droit de l’entreprise

    Muriel Texier

    2006

    Le Livre Vert de Pierre de la Jugie

    Le Livre Vert de Pierre de la Jugie

    Une image de la fortune des archevêques de Narbonne au XIVe siècle. Étude d’une seigneurie

    Marie-Laure Jalabert

    2009

    Les territoires du sport entre politiques et pratiques

    Les territoires du sport entre politiques et pratiques

    David Giband et Jean-Marc Holz (dir.)

    2007

    Accès ouvert

    Accès ouvert freemium

    ePub

    PDF

    PDF du chapitre

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque

    Acheter

    Édition imprimée

    Presses universitaires de Perpignan
    • amazon.fr
    • decitre.fr
    • mollat.com
    • leslibraires.fr
    • placedeslibraires.fr
    • lcdpu.fr
    ePub / PDF

    1 Notre perspective n’étant pas musicologique, nous avons choisi, pour remplacer l’écoute, de décrire au mieux les effets musicaux sans insérer les exemples sous forme d’extraits de partitions.

    2 Thésée (première représentation le 11 janvier 1675), Paris, Ballard, 1688, acte II, scène 9.

    3 Idoménée (première représentation le 12 janvier 1712), Paris, Ballard, 1731, acte I, scène 6.

    4 Castor et Pollux, (Première représentation le 24 octobre 1737), Paris, Prault fils, s.d., acte V, scène 1.

    5 Nous n’adoptons pas ici une perspective diachronique. Pour notre étude, ces scènes peuvent être considérées comme formant un ensemble cohérent.

    6 Selon Aristote, l’indignation doit se caractériser par « l’absence de tout intérêt personnel et [par] la seule considération du prochain », Rhétorique, II, 1386b-19.

    7 Rhétorique, II, 1378b-8.

    8 « Imiter est en effet, dès leur enfance, une tendance naturelle aux hommes [...], comme la tendance commune à tous, de prendre plaisir aux représentations », Poétique, ch. 4.

    9 L’orthographe des citations des livrets a été modernisée, mais nous avons respecté la ponctuation de l’époque.

    10 Nous soulignons.

    11 On peut penser à Enée coupant court aux insultes d’Achille, au motif qu’elles retardent le combat : « ce n’est pas, j’en réponds, par un babil d’enfant que nous allons ainsi vider notre querelle au lieu de nous combattre », Iliade, XX, 207-287.

    12 « Sans doute les sons de la voix expriment-ils la douleur et le plaisir ; aussi la trouve-t-on chez les animaux en général : leur nature leur permet seulement de ressentir la douleur et le plaisir et de se les manifester entre eux. Mais la parole, elle, est faite pour exprimer l’utile et le nuisible et par suite aussi le juste et l’injuste » (Politique, I, 2, 11). Cette division se décline dans la Rhétorique ainsi que dans la Poétique : dans la Rhétorique, l’art de actio est de peu d’importance à l’égard du contenu (Rhétorique, III) ; la Poétique réserve, quant à elle, un statut ambigu à la voix et à la représentation réelle dans la constitution d’une tragédie : ces éléments sont la condition essentielle du genre, ils consacrent sa supériorité par rapport à l’épopée et, tout à la fois, ils ne sont que des moyens secondaires dans la transmission des effets (Poétique, ch. 3, 6, 26).

    13 Poétique de l’opéra français de Corneille à Rousseau, Paris, Minerve, 1991.

    14 Dans la lignée de la pensée d’Aristote, la musique est considérée comme un moyen d’imitation très incertain.

    15 Jules Pilet de La Mesnardière, Poétique, Paris, Chez Antoine de Sommaville, 1639, p. 400.

    16 Lettre à Monseigneur l’Archevêque de Turin, reproduite dans Arthur Pougin, Les Vrais Créateurs de l’opéra français, Paris, Charavay, 1881, p. 62 (je souligne).

    17 Règles de composition par Monsieur Charpentier, éd. Catherine Cessac, in Catherine Cessac, Marc-Antoine Charpentier, Paris, Fayard, 1988, p. 437-460.

    18 Jean-Philippe Rameau, Traité de l’harmonie réduite à ses principes naturels, Paris, Ballard, 1726.

    19 Médée.

    20 Electre.

    21 Phébé.

    22 Médée.

    23 Médée.

    24 Médée.

    25 Catherine Kintzler, op. cit., p. 377.

    26 Nous renvoyons à l’article de John D. Lyons, « Le démon de l’inquiétude : la passion dans la théorie de la tragédie » in XVIIe siècle, 1994, n° 185, p. 788-798.

    27 Hélène Merlin-Kajman, La langue est-elle fasciste ?, Paris, Le Seuil, 2003, p. 217.

    28 Description de la Vie et Moeurs, de l’Exercice et l’Etat des Filles de l’Opéra, présenté et annoté par Jérome de La Gorce, Cicero Editeurs, 1993, p. 82.

    29 Voir l’article de Tony Gheeraert, “La Catharsis impensable. La passion dans la théorie classique de la tragédie et sa mise en cause par les moralistes augustiniens. “, Etudes Epistémè, n° 1, 2002.

    30 Bénigne de Bacilly, Remarques curieuses sur l’art de bien chanter, Paris, Ballard, 1688, p. 200.

    31 ibid., p. 300.

    32 ibid., p. 292.

    33 ibid., p. 143.

    34 Marin Mersenne, Harmonie universelle contenant la théorie et la pratique de la musique, Paris, Cramoisy, 1636 ; réimpr. Paris, CNRS, 1965, 1986, Livre premier, proposition 2, p. 4.

    35 Le maintien du diaphragme en position basse (inspiration) crée la pression nécessaire à l’émission concentrée du son chanté. De plus, cette position va de pair avec la position basse du larynx qui seule permet de « basculer » dans le registre aigu. Ce n’est pas seulement que le geste vocal ne s’accommode pas de tout relâchement imprévu du diaphragme, c’est qu’il est un rempart contre son relâchement.

    36 Ces considérations techniques ne résolvent pas le problème de l’engagement théâtral, mais elles l’éclairent. On peut mentionner, pour exemple, le commentaire de la chanteuse Karita Mattila justifiant le trouble dans lequel elle se trouvait après une représentation par l’impossibilité technique de se laisser aller à l’émotion pendant qu’elle chantait. (Discours prononcé à l’occasion d’une représentation de Jenufa, de Leos Janaceck, Paris, Théâtre du Châtelet, 18 mai 2003).

    37 Par « esthétique », nous entendons « goût », « plaisir d’écoute ».

    38 On peut évoquer, parmi tant d’autres : les airs de Vagans dans Juditha Triumphans de Vivaldi ; l’air de Sextus « Svegliatevi... » dans Giulio Cesare de Haendel ; l’air d’une autre Electre, celle de Mozart dans Idoménée ; et bien-sûr, les airs de la Reine de la Nuit, dans La Flûte Enchantée de Mozart.

    39 Terme proposé par Hélène Merlin-Kajman, « Un siècle classico-baroque ? », XVIIe siècle et modernité, XVIIe siècle, n° 223, avril 2004.

    40 On n’est pas loin de ce que Barthes désigne sous le nom de « géno-chant » ou de « grain de la voix » : « friction même de la musique et d’autre chose, qui est la langue (et pas du tout le message) » (« Le grain de la voix », in L’Obvie et l’obtus, Essais critiques III, Paris, Le Seuil, coll. Points Essais, p. 241). Cela soulève une question qui excèderait notre propos sur l’invective : pourquoi Barthes, et avec lui toute la modernité, refuse-t-il ceci aux « Classiques » ?

    41 Lettre sur la musique française, introduction, notes, bibliographie et chronologie par Catherine Kintzler, Paris, Flammarion, 1993 [première éd. 1753], p. 149.

    42 Essai sur l’origine des langues, introduction, notes, bibliographie et chronologie par Catherine Kintzler, Paris, Flammarion, 1993, ch. XII.

    43 Lettre sur la musique française, introduction, notes, bibliographie et chronologie par Catherine Kintzler, Paris, Flammarion, 1993 [première éd. 1753]. p. 144. Notons qu’en 1752, année de rédaction de la Lettre sur la musique française, Thésée et Castor et Pollux sont repris à l’Opéra.

    Invectives

    X Facebook Email

    Invectives

    Ce livre est diffusé en accès ouvert freemium. L’accès à la lecture en ligne est disponible. L’accès aux versions PDF et ePub est réservé aux bibliothèques l’ayant acquis. Vous pouvez vous connecter à votre bibliothèque à l’adresse suivante : https://freemium.openedition.org/oebooks

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque Acheter ce livre aux formats PDF et ePub

    Si vous avez des questions, vous pouvez nous écrire à access[at]openedition.org

    Invectives

    Vérifiez si votre bibliothèque a déjà acquis ce livre : authentifiez-vous à OpenEdition Freemium for Books.

    Vous pouvez suggérer à votre bibliothèque d’acquérir un ou plusieurs livres publiés sur OpenEdition Books. N’hésitez pas à lui indiquer nos coordonnées : access[at]openedition.org

    Vous pouvez également nous indiquer, à l’aide du formulaire suivant, les coordonnées de votre bibliothèque afin que nous la contactions pour lui suggérer l’achat de ce livre. Les champs suivis de (*) sont obligatoires.

    Veuillez, s’il vous plaît, remplir tous les champs.

    La syntaxe de l’email est incorrecte.

    Référence numérique du chapitre

    Format

    Nancy, S. (2006). II Harmoniques des cris : le contrepoint au féminin (16e-18e siècles). In D. Girard & J. Pollock (éds.), Invectives. Perpignan: Presses universitaires de Perpignan. https://doi.org/10.4000/books.pupvd.27959
    Nancy, Sarah. « II Harmoniques des cris : le contrepoint au féminin (16e-18e siècles) ». In Invectives, édité par Didier Girard et Jonathan Pollock. Perpignan: Presses universitaires de Perpignan, 2006. doi:10.4000/books.pupvd.27959.
    Nancy, Sarah. « II Harmoniques des cris : le contrepoint au féminin (16e-18e siècles) ». Invectives, édité par Didier Girard et Jonathan Pollock, Presses universitaires de Perpignan, 2006, https://doi.org/10.4000/books.pupvd.27959.

    Référence numérique du livre

    Format

    Girard, D., & Pollock, J. (éds.). (2006). Invectives. Perpignan: Presses universitaires de Perpignan. https://doi.org/10.4000/books.pupvd.27814
    Girard, Didier, et Jonathan Pollock, éd. Invectives. Perpignan: Presses universitaires de Perpignan, 2006. doi:10.4000/books.pupvd.27814.
    Girard, Didier, et Jonathan Pollock, éditeurs. Invectives. Presses universitaires de Perpignan, 2006, https://doi.org/10.4000/books.pupvd.27814.
    Compatible avec Zotero Zotero

    1 / 3

    Presses universitaires de Perpignan

    Presses universitaires de Perpignan

    • Mentions légales
    • Plan du site
    • Se connecter

    Suivez-nous

    • Flux RSS

    URL : http://pup.univ-perp.fr

    Email : pup@univ-perp.fr

    OpenEdition
    • Candidater à OpenEdition Books
    • Connaître le programme OpenEdition Freemium
    • Commander des livres
    • S’abonner à la lettre d’OpenEdition
    • CGU d’OpenEdition Books
    • Accessibilité : partiellement conforme
    • Données personnelles
    • Gestion des cookies
    • Système de signalement