Invectives
Quand le corps reprend la parole
La lettre tue, soit. Mais qu’en est-il de la parole dite vive ? Nous pensons d’habitude à ses vertus communicatives, « à la chaleur que tisse la parole/ autour de son noyau le rêve qu’on appelle nous » (Tristan Tzara). Cependant, lorsque la haine, l’indignation, la colère ou la peine investissent la langue, la chaleur devient vite insoutenable. On appelle « invective » cette fulguration de la langue, ces paroles ou ces discours agressifs visant à réduire l’adversaire, quel qu’il soit, au silen...
Note de l’éditeur
Illustration de couverture : grotesque du plafond du château de Capestang (15e siècle).
Éditeur : Presses universitaires de Perpignan
Lieu d’édition : Perpignan
Publication sur OpenEdition Books : 26 mars 2021
ISBN numérique : 978-2-35412-399-4
DOI : 10.4000/books.pupvd.27814
Collection : Études
Année d’édition : 2006
ISBN (Édition imprimée) : 978-2-914518-75-8
Nombre de pages : 269
Didier Girard et Jonathan Pollock
Introduction1ère partie : Présentations
Joëlle Réthoré
I. Une approche pragmaticiste de l’invectiveJean-Pierre Vidal
II. De quelques avatars de l’invective... ou les formes sournoises de l’attaque perversePierangelo Di Vittorio
III. Paroles infâmes, la basse politique de l’invectiveGuillermina Carnicina
IV. Los escraches. La invectiva de H.I.J.O.S2e partie : Littérature et Représentations
Bernard Sergent
I. En attendant la modernité : états des lieux1. Les « Sarcasmes de Loki » et « L’Histoire du cochon de MacDatho » : comparaison
Étienne Dussol
I. En attendant la modernité : états des lieux2. Petite Introduction à l’invective médiévale
Emily Butterworth
II Harmoniques des cris : le contrepoint au féminin (16e-18e siècles)1. Les Epistres invectives d’Hélisenne de Crenne (1539)
Sarah Nancy
II Harmoniques des cris : le contrepoint au féminin (16e-18e siècles)2. Chanter l’invective : scènes de fureur dans la tragédie lyrique
Hélène Beauchamp
III. La Mécanique s’emballe (19e-20e siècles)1. Les Marionnettes vous saluent et vous insultent
Marie-Hélène Larochelle
III. La Mécanique s’emballe (19e-20e siècles)2. L’invective fictionnelle : Céline et Ducharme
Hélène Aji
IV. L’Invective évidée1. Répétition, sérialité, contraintes : poèmes américains de l’agression
Marjorie Vanbaelinghem
V. Quand la peinture invective : Francis Bacon, œil pour œil, trait pour traitLa lettre tue, soit. Mais qu’en est-il de la parole dite vive ? Nous pensons d’habitude à ses vertus communicatives, « à la chaleur que tisse la parole/ autour de son noyau le rêve qu’on appelle nous » (Tristan Tzara). Cependant, lorsque la haine, l’indignation, la colère ou la peine investissent la langue, la chaleur devient vite insoutenable. On appelle « invective » cette fulguration de la langue, ces paroles ou ces discours agressifs visant à réduire l’adversaire, quel qu’il soit, au silence et au néant.
Au lieu d’essayer de conceptualiser une notion, il s’agit ici de mettre en évidence des opérations. Ainsi, la première partie (« Présentations ») s’ouvre aux foudres de l’invective (spontanée, codifiée ou littéraire) pour tenter de décrire, et d’expérimenter, deux des processus qui la constituent : un processus irruptif au fil duquel l’affect violent « s’expulse » en passant dans la voix et la langue du furieux ; et un processus ruptif quidélie, sépare et éloigne définitivement les parties en conflit. La deuxième partie (« Littérature et Représentations ») explore plus avant les rapports entre le corps et le verbe, en suivant le cours de l’histoire culturelle occidentale. Quand le corps reprend la parole, non seulement il se met à parler de nouveau, mais aussi il reprend ce qui lui revient, ce qui vient de lui. Reprendre la parole, c’est à la fois l’amender, l’améliorer (comme on reprend des bas) et la blâmer, la réprimander, la condamner. L’invective connaît ainsi une visée proprement poétique.
Didier Girard (dir.)
Université de Perpignan
Jonathan Pollock (dir.)
Université de Perpignan
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