Introduction
p. 13-27
Texte intégral
« Un musée est devenu l’ornement nécessaire de toute ville qui se respecte, et les étrangers qui visitent pourraient se demander s’il existe un hôtel de ville sans musée. Cette pullulation rapide des collections d’art dans nos provinces est à coup sûr un des plus singuliers phénomènes de ces temps-ci »1.
1La citation sur laquelle s’ouvre cette brève introduction a valeur historique : non d’un passé révolu, bien qu’elle date de... 1865, mais d’un phénomène qui, enclenché sous les Lumières et porté par la Révolution2, conserve en France une profonde actualité. Qui n’a jamais visité un musée ? Et quel thème, quelle activité humaine, quel domaine naturel est, aujourd’hui, à « l’abri » du phénomène muséal ? Il y aurait à méditer sur la distance qui peut-être sépare ces phrases de 1794, éloge du Muséum des Arts ouvert en 1793 et appelé à devenir le musée Napoléon puis le Louvre, et la pratique contemporaine des musées « provinciaux » :
2« Conservez les monuments des arts, des sciences et de la Raison, ils attestent à la fois et perpétuent les richesses de l’esprit humain ; ils fixent au milieu de vous et naturalisent sur votre territoire le résultat des plus belles conquêtes du génie et des plus profondes méditations de l’étude [...] »3.
3Si l’objet de la conservation s’est élargi, l’ancrage territorial et culturel du musée s’est, avec le développement de l’archéologie, approfondi4. C’est cette spécificité « de terrain » qu’a souhaité aborder en décembre 2001 ce colloque, offrant ainsi la parole à ceux qui d’habitude sont invisibles derrière leurs vitrines : les conservateurs. Cette démarche s’inscrit d’abord dans un cadre régional, puisque sont représentés dans ces Actes quelques-uns des musées de la région Languedoc-Roussillon. Mais le contexte était, forcément, plus vaste.
4Les 23, 24 et 25 mars 2000, un colloque organisé par le musée du Louvre avait eu pour thème « l’avenir des musées » dans le monde, leur place dans la vie sociale, mais aussi leur financement, le rôle des conservateurs, l’influence des nouvelles techniques multimédias dans la présentation des œuvres, le jeu entre collections permanentes et expositions temporaires5... Autant de questions liées à l’accroissement rapide du nombre des musées6 et à celui de leur fréquentation. Et en octobre 2000, un cycle de conférences portait, toujours au Louvre, sur « la mise en valeur de la Rome antique : musées et parcours archéologiques »7, tandis que les 18 et 19 mai 2001 à Mérida (Espagne) se tenait un colloque sur « les musées archéologiques au XXIe siècle »8. Ces mises au point sur l’archéologie, les musées, leurs conservateurs et leur public, correspondent à une réflexion collective sur le rôle des institutions muséales et de leurs responsables menée soit à l’échelle mondiale (colloques du Louvre et de Mérida), soit urbaine (conférences sur Rome).
5Ce sont ces thèmes que nous avons, à notre tour, décidé d’aborder sur une aire culturelle et un champ chronologique complémentaires de ceux considérés à Mérida, lors d’une réunion organisée par le CRHiSM (Centre de Recherches Historiques sur les Sociétés Méditerranéennes, Université de Perpignan) qui se tint les 06-08 décembre 2001 à l’Université de Perpignan et au Musée de Préhistoire de Tautavel. Ce colloque international, intitulé « De l’art d’être conservateur : du site au musée, la Préhistoire et l’Antiquité mises en espace », se voulait une « approche de l’activité muséale sur ces périodes anciennes, au sud de la France et en Catalogne, à travers la rénovation ou la création récentes de nombreux musées et l’accueil de plusieurs expositions internationales » : ainsi était énoncé l’objectif scientifique proposé à la réflexion des responsables invités. Ils y ont répondu, chacun en s’inspirant de sa situation particulière. Je suis heureux de pouvoir à présent, grâce aux Presses Universitaires de Perpignan, diffuser ces réflexions au-delà du cercle des auditeurs présents lors de nos trois séances de travail – qui furent aussi, grâce à la qualité des communicants, trois jours de promenades à la fois plaisantes et instructives, guidées dans des musées parfois en travaux, parfois en projet, mais toujours pensés en fonction d’une démarche généreuse : mettre le matériel exposé à la disposition du public dans les meilleurs conditions possibles9. C’est cet exercice complexe dont on a accepté ici de dévoiler les arrière-cours, les avant-projets, les aléas et les heurs, mais aussi les arrière-pensées et les partis pris – bref, le quotidien des conservateurs, entre choix scientifiques et impératifs financiers, d’espace, de collection, etc.
6Avant de revenir sur ces journées, essayons de justifier le choix, d’abord des périodes concernées par le colloque : Préhistoire et Antiquité ; puis des régions « invitées » : le sud de la France, avec cependant des incursions vers l’Italie (Rome), la Belgique (Mariemont) et le Louvre.
7La présence des deux musées romains allait de soi pour l’Antiquité : le musée des Forums impériaux et Marchés de Trajan d’un côté, la centrale électrique Montemartini de l’autre, présentent deux institutions importantes de Rome (parmi d’autres), mais dont l’une a pour contrainte la gestion d’un site archéologique en même temps musée permanent ouvert au public, et l’autre l’appropriation d’un espace industriel, devenu patrimoine historique, par des statues antiques... Dans le panorama des institutions romaines manque il est vrai le cas, fréquent et ô combien majeur, des palais Renaissance transformés en musée par la grâce des collections des XVe-XVIIIe siècles : ainsi les Musées Capitolins, nés on le sait du don par Sixte IV en 1471 d’un certain nombre d’antiques à la Commune de Rome10.
8Le musée royal de Mariemont et le Louvre offraient, quant à eux, des points de comparaison avec des institutions du « nord » de l’Europe (vu de Perpignan, le Louvre est très nordique...). Non que les collections du sud de la France déméritent : je crois au contraire que la confrontation de réalités diverses, placées dans des contextes différents, rend mieux compte de la diversité des situations. Il est toujours utile d’élargir l’horizon pour mieux comprendre le « régional », d’observer le fonctionnement d’institutions issues de grandes collections pour les rapprocher de musées qui, pour beaucoup, sont le fruit d’une activité scientifique plus locale ou plus récente : l’archéologie.
9Dans le sud de la France comme en Catalogne et en Italie, les fouilles archéologiques ont en effet amené, et amènent encore, la mise au jour d’un important matériel. À côté d’expositions internationales (sur l’Égypte ancienne ou la céramique grecque par exemple) accueillies avec succès dans nos régions, on a vu se développer des musées de sites, mais aussi se rénover des lieux d’exposition plus anciens, selon des mises en espace visant à concilier rigueur scientifique, mise en contexte original de l’objet et attrait pour le public. D’où, aussi, la volonté de replacer ces expériences parmi celles de pays européens aux traditions muséographiques anciennes et novatrices (Catalogne, Italie, Belgique). Un des regrets de l’organisateur que je suis est l’absence, lors de nos débats et dans ces Actes, de participants catalans : faute n’est pas de les avoir invités, mais aux nombreuses occupations qui les ont amenés à annuler leur présence... J’espère avoir l’occasion de combler cette lacune un jour prochain. De la même manière, il n’a pas été possible d’accueillir de conservateurs des musées de Préhistoire du sud-ouest de la France, ce qui aurait permis d’enrichir la perspective concernant cette période : le projet n’en est pas pour autant abandonné11.
10Le rôle des conservateurs a été au centre de ce colloque : quels sont leurs choix muséographiques, et selon quels critères ? Quels sont leurs interlocuteurs financiers et administratifs ? Quelles contraintes doivent-ils concilier ? Les procédures suivies par les conservateurs en France, en Italie et en Belgique sont-elles identiques ? L’exercice contemporain de la conservation privilégie-t-il les expositions temporaires, événements ponctuels très médiatiques, ou l’éclairage nouveau des collections ; les deux exercices sont-ils concurrents ou complémentaires ? Un des atouts des régions envisagées étant le tourisme, nous nous sommes interrogés sur les enjeux culturels, scientifiques, mais aussi financiers et politiques qui interviennent (ou sont intervenus) au moment de la conception de ces « nouveaux musées » ou de la rénovation des institutions existantes. Le colloque a aussi été l’occasion de présenter des projets envisagés mais non réalisés ou modifiés, ainsi que les raisons de ces fluctuations.
11Cette introduction, en forme de récapitulation des débats, tentera de dresser un tableau des réalisations contemporaines, les points forts et les faiblesses éventuelles de l’activité muséographique de nos régions méditerranéennes en Préhistoire et Antiquité.
12Voici la liste des thèmes proposés à la réflexion des conservateurs, thèmes qui me paraissaient a priori définir les différents aspects de l’activité muséale. Tous n’ont pas été abordés, ce qui prouve que la perception qu’un néophyte, universitaire et historien de l’art (moi-même), est différente de celle d’un professionnel.
13Premier thème : Musées et institutions publiques : l’Etat des lieux. Rôle de l’Europe, des États nationaux, des Régions, des Départements, des
14Municipalités... des associations ou des mécènes privés...
15Second thème : Expositions temporaires et collections permanentes. Enjeux culturels, scientifiques, touristiques, économiques, politiques... Gérer l’acquis, ou accroître les collections ? : mise en valeur du fond, restaurations ; choix et financement des achats...
16Troisième thème : Musées de site et Archéologie. Du chantier de fouilles à la conservation et à l’exposition.
17Quatrième thème : Les musées « virtuels ». De l’idée au musée : les musées en projet... Nouvelles technologies, nouveaux outils – nouveaux problèmes12 ?
18Le programme de nos journées fut le suivant (je le donne, car les présents Actes n’ont pu réunir les contributions de tous) :
19Préhistoire :
20* Monsieur Jacques PERNAUD-ORLIAC, Tautavel : « L’Homme de Tautavel, fouille, conservation, étude et restitution »
21* Madame Valérie PORRA-KUTENI, Bélesta : « Mises en espace de la grotte de Bélesta »
22* Monsieur Henry de LUMLEY, Musée de l’Homme : « Le Musée de Préhistoire, au carrefour des musées de sciences naturelles et des musées d’archéologie »
23* Madame Marie-Régine MERLE DES ISLES, Centre Européen de recherches Préhistoriques de Tautavel : « Le Musée : institution fondamentale de la valorisation du patrimoine culturel, moteur du développement économique ».
24* Messieurs Cyr DESCAMPS et Michel MARTZLUFF, Université de Perpignan : « La perception de l’Homme de Tautavel par les élèves et les étudiants de Perpignan : évolution sur une décennie (1991-2001) »
25Antiquité :
26*Madame Lucienne DELL’FURLA Port-Vendres : « L’association des conservateurs des musées de la région Languedoc-Roussillon »
27*Madame Marie-Claude VALAISON, Perpignan : « Le musée Puig, la passion d’un numismate »
28*Monsieur Marc LUGAND, « Villa Loupian, les choix d’une présentation in situ »
29*Monsieur Claude SINTÈS, Arles : « De la fouille au musée : protocoles d’exploitation des collections au Musée de l’Arles antique »
30*Madame Dominique DARDE, Nîmes : « La Maison Carrée, espace muséographique ? »
31*Monsieur Daniel CAZES, Toulouse : « Le musée Saint-Raymond, musée des Antiques de Toulouse : comment donner accès au patrimoine antique dans une capitale régionale ? »
32*Madame Françoise SARRET, Aude : « Programmation muséographique de deux musées de sites dans l’Aude »
33*Monsieur Christian LANDES, Lattes : « Musées et ‘audimat’ : le cas de Lattes »
34*Madame Annie VERBANCK, Mariemont (Belgique) : « Quel public pour les antiques ? Propositions de dialogue au Musée royal de Mariemont »
35*Madame Émilia TALAMO, Rome (Italie) : « La ex Centrale Elettrica Giovanni Montemartini – un nuovo spazio espositivo per le sculture antiche del Campidoglio »
36*Mesdames Lucrezia UNGARO et Marina MILELLA, Rome (Italie) : « Le Musée des Forums Impériaux »
37*Monsieur Jean-Luc MARTINEZ, Louvre : « Sculptures sans contexte : la galerie de la Melpomène »
Premier thème : Musées et institutions publiques : l’État des lieux
38Pour ouvrir ce volume et définir l’activité de conservateur du patrimoine, Lucienne Del’Furia a accepté de présenter l’historique et le cadre administratif dans lequel s’inscrit depuis 1945 l’activité de conservateur de musée, mais aussi les buts de l’Association régionale des conservateurs du Languedoc-Roussillon13. D’autres communications permettront d’apercevoir l’action (et l’importance) des institutions régionales, départementales ou locales dans la création ou l’entretien des musées, mais il était bon de ne pas oublier le cadre législatif national14. Complémentaire, la contribution de Françoise Sarret permet de suivre les étapes de création de deux musées, l’un lié à un site archéologique antique, l’autre à un site combinant période romaine, médiévale et archéologie industrielle. Les deux dossiers, décrits avec précision, rendent compte de la complexité des démarches et du temps nécessaire à leur réalisation : de dix à treize ans entre l’idée et la réalisation...
Second thème : Expositions temporaires et collections permanentes
39Marie-Claude Valaison, conservateur des musées des Beaux-Arts et des Monnaies et Médailles de Perpignan, présente le musée Puig, né de la passion numismatique de Joseph Puig, comme le « contre-exemple » du colloque. Je l’en remercie d’autant de sa présence car il est toujours salutaire d’intégrer les exceptions à un dossier... En l’occurrence, la particularité du musée Puig est d’être en quelque sorte un Cabinet de monnaies de toutes époques et de toutes régions – quoique l’Antiquité et le Moyen-Âge catalan constituent les points forts de l’ensemble-, toujours installé, conformément à la volonté du donateur, dans son très bel hôtel d’origine. C’est donc cet ensemble, qui intègre lieu de conservation et type de collection « originaux », qu’évoque M.-Cl. Valaison en soulignant également l’importance des expositions temporaires organisées, au moyen des seules pièces de la collection, grâce au soutien d’une association très dynamique. L’insertion locale s’appuie donc ici, non sur l’archéologie, mais sur la conscience perpignanaise de posséder un patrimoine rare.
40Claude Sintes, conservateur du musée de l’Arles antique, est à la tête d’une structure à la fois archéologique, de restauration et d’exposition, qui aurait pu amener à ranger sa communication dans le troisième thème (musée de site). Et cependant, par la richesse des collections antiques arlésiennes, le musée du bord du Rhône présente, en un parcours à la fois chronologique et thématique et grâce à un très riche matériel, l’histoire de la ville du néolithique à l’Antiquité tardive. Dans cette cité où la conscience d’une identité provençale a de si profondes racines, des expositions temporaires permettent à la population de découvrir le produit des fouilles récentes15, elles-mêmes menées et traitées dans le cadre des ateliers techniques du musée. Bref et bien qu’excentré donc moins visité que les sites romains du centre-ville, le musée de l’Arles antique constitue un lieu de mémoire16 et d’identité politique pour ses habitués17, un lieu pensé en fonction des impératifs scientifiques et muséographiques et dont la disposition peut évoluer : à lire Claude Sintes, on perçoit sa satisfaction à diriger un si bel outil.
41Une problématique proche se dégage, je crois, du musée Saint-Raymond de Toulouse. Daniel Cazes y bénéficie d’une collection dont la constitution remonte au XVIIe siècle18, mais aussi d’une situation centrale dans la ville, à la fois atout et contrainte. Il dut ainsi, depuis 1985, mener de front travaux de réaménagement et fouilles archéologiques, d’ailleurs intégrées dans le nouvel espace muséal (rien moins qu’une nécropole paléochrétienne), tout en offrant à ses concitoyens conférences et expositions temporaires19. Ces dernières, destinées à mettre en valeur le fond du musée, entretiennent également le lien entre Toulousains et Antiquité alors que nul monument romain n’apparaît dans le tissu urbain20. La réussite, mesurée en terme de fréquentation annuelle, est indéniable, elle montre ce que la communication suivante confirme : la complémentarité des deux activités (muséographie permanente et expositions temporaires) dans la vie d’un musée.
42Odile Bérard-Azzouz a l’expérience de ces événements ponctuels que constituent les grandes expositions. Outre ses réflexions sur le « métier » de conservateur, qui complètent le cadre donné précédemment par L. Del’Furia21, elle décrit les étapes de constitution du musée d’archéologie sous-marine d’Agde, communément surnommé musée de l’Éphèbe : des dépôts de fouilles au traitement et à la conservation des matériels, elle explique la mise en place des collections, mais aussi l’irruption de trois expositions à grand succès public entre 1998 et 2000 et les « difficultés » engendrées par ce succès22. Cependant, comme à Toulouse, le constat paraît en fin de compte positif, ne serait-ce qu’en thème de notoriété du musée.
43Là n’est pas le seul usage de ces expositions temporaires : nombre d’entre elles sont, en Languedoc-Roussillon comme ailleurs, des événements culturels majeurs, par leur succès public d’abord et la curiosité qu’elles suscitent, mais aussi par les implications scientifiques qui les accompagnent. En général, les catalogues d’exposition sont un moyen de diffuser une information connue auparavant des seuls spécialistes du domaine concerné. Ainsi L’or des Scythes en 1975 a-t-elle permis au grand public de découvrir les trésors des kourganes ukrainiens – et à Georges Dumézil d’inclure, dans son ouvrage Romans de Scythie et d’alentour, paru en 1978, un certain nombre d’images à ses réflexions comparatistes.
44Il serait trop long de dresser la liste de ces expositions nationales et internationales. Leur pratique est, de nos jours, intense. Leur fréquence, leur caractère itinérant, le contexte politique qui les accompagne (la dimension européenne est omniprésente : il n’est que de lire les introductions des catalogues Les Celtes et Les Étrusques pour retrouver le thème des racines millénaires de l’Europe) en a fait l’égal des rétrospectives d’un Van Gogh ou d’un Picasso... Le phénomène est clair lorsque le Louvre présente l’artisan de céramique grecque Euphronios comme « peintre » : c’est à la découverte d’artistes ou d’œuvres d’art que l’on convie le public, de trésors23, et il est rare dans ces grands événements que la dimension archéologique soit dominante24 : encore ne faut-il pas généraliser25.
45Tous les musées présentés ci-après disposent de collections permanentes issues de fouilles, et si la dynamique « collections permanentes / expositions temporaires » n’est pas absente, tous témoignent de la primeur accordée à l’archéologie.
Troisième thème : Musées de site et Archéologie
46Présent lors de nos débats, Marc Lugand avait développé un cas d’école de l’expression : « du site au musée ». La villa gallo-romaine de Loupian, située aux bords de l’étang de Thau26, a été fouillée en 1964. Elle recelait un riche ensemble de mosaïques dont la dépose et la restauration ont été décidées en 1988. De là naquit l’idée d’un bâtiment, sur le site, pour les accueillir. Après un premier projet refusé par la Commission des Monuments Historiques, un second projet fut proposé en 1996, mais le prix (vingt-quatre millions de francs, soit environ trois millions et demi d’euros) amena la mairie de Loupian a reprendre l’entreprise sur ses propres deniers et à lancer un concours d’architecte. Cette fois accepté par la Commission, le projet définitif permit de construire deux bâtiments pour quatre millions et demi de francs (soit environ sept cent cinquante mille euros) ; ouvert le 17 juin 2000, il fonctionne avec trois personnes et a reçu la première année vingt mille visiteurs, ce qui permet à la mairie d’équilibrer ses comptes financiers. On le voit, l’engagement municipal a ici permis la réalisation d’un musée de site qui, par sa richesse exceptionnelle (les mosaïques de la villa romaine), garantit la viabilité de l’entreprise – ou de l’institution : mais il est clair que la dimension financière n’est jamais éloignée de l’activité muséographique27.
47Jean-Luc Schenck aborde un problème qu’il connaît bien, car il est son quotidien à Saint-Bertrand-de-Comminges : lors de la rénovation du Musée archéologique départemental qu’il dirige, s’est posée la question de la présentation et d’abord de la restauration des fragments du trophée monumental auquel maints spécialistes s’étaient déjà intéressés. Et voici le conservateur obligé de devenir, lorsqu’il entend exercer pleinement son rôle de médiateur entre science et grand public, un spécialiste de la sculpture romaine et de sa valeur idéologique, mais aussi un connaisseur de la restauration des marbres et de leur disposition dans un cadre hérité du passé : la chapelle médiévale des Olivétains. De l’archéologie du fragment à la disposition muséographique, sa communication résume à merveille plusieurs des dimensions du métier de conservateur.
48Valérie Porra-Kuténi, archéologue chargée de conservation au Château-Musée de Bélesta, incarne elle-aussi cette association, de plus en plus nécessaire, de la fouille, en l’occurrence préhistorique, et de la présentation muséographique. Le but est ici, clairement, de restituer les apports de la méthode archéologique puisqu’une partie importante du musée est consacrée à la mise en scène du processus de découverte des vestiges. À ces préalables succède une reconstitution de la grotte de Bélesta, le tout selon des principes muséographiques que V. Porra-Kuténi décrit dans toute leur complexité28. Un espace pour les expositions temporaires s’agrège à ces installations permanentes, espace qui ici encore fidélise un public nouveau. C’est là un des constats que l’on peut d’ores et déjà tirer des remarques de nos communicants : la gestion des collections doit s’accompagner d’événements ponctuels qui, comme les animations, permettent de renouveler l’intérêt du public envers l’institution, de tisser un lien, de « naturaliser » le musée à l’identité locale.
49La communication de Jacques Pernaud-Orliac présente, quant à elle, le musée de Tautavel. On sait l’importance pour la préhistoire française des fouilles archéologiques de la Caune de l’Arago entreprises sous la direction d’Henry de Lumley. J. Pernaud-Orliac a en charge la présentation au public d’une partie du matériel mis au jour, et s’il décrit le rôle des institutions qui lui permettent de fonctionner, il évoque aussi les expositions temporaires qui rythment la vie de la commune29 et la muséographie des collections permanentes pour lesquelles moulages, moyens audiovisuels et reconstitutions voisinent avec les vestiges issus de la fouille. Ce dispositif pédagogique est appelé à être sans cesse renouvelé – sans pour autant que naisse un « musée virtuel » : l’objectif est un « musée vivant et spectaculaire, attractif et ludique, pédagogique et plaisant », mais le point de départ de la démarche demeure les découvertes archéologiques, abondamment présentes dans les vitrines et peut-être d’aspect austère pour le non-spécialiste. D’où les media nécessaires pour donner au visiteur les clés de la Préhistoire de l’Homme... A une époque où les images de synthèse reconstituent, sous forme de fiction télévisuelle, les étapes de la préhistoire de notre planète, nul doute qu’un champ prometteur s’ouvre devant les conservateurs désireux d’user d’outils « pédagogiques et plaisants ».
50L’approche de Cyr Descamps et Michel Martzluff, tous deux universitaires et préhistoriens de Perpignan, tente de cerner l’impact du site de Tautavel sur les jeunes générations de la ville. Les résultats, contrastés, ne doivent pas être considérés comme le seul produit de la visite du musée et des moyens pédagogiques qu’il comporte : d’autres facteurs entrent en jeu, entre autres la disparition de la Préhistoire d’un certain nombre de programmes scolaires et la raréfaction des visites d’écoliers... On peut donc, à l’inverse, conclure que l’appréhension de la Préhistoire, avec sa longue durée et ses périodes complexes, est mieux maîtrisée lorsqu’elle s’appuie sur une visualisation muséographique de l’archéologie. D’où l’importance des programmes scolaires, d’où aussi le préalable de l’enseignement de l’archéologie et de l’histoire de l’art (de la Préhistoire à l’art contemporain) dans les écoles. Cela ne dispensera certes pas le musée de sa vocation pédagogique, ainsi que Jean Galard le rappelait dans son introduction au colloque du Louvre « L’avenir des musées »30, mais l’enseignant en histoire de l’art que je suis a la faiblesse de penser que l’on est davantage porté à visiter un musée lorsque l’on a, au cours de son apprentissage, était sensibilisé à ce qu’il montre31.
51Annie Verbanck-Piérard nous expliqua ainsi32 qu’au musée de Mariemont, en Belgique, un public encore formé aux lettres classiques a développé une demande muséale différente, plus exigeante d’un certain côté, que celle des publics qui ne maîtrisent plus, non la langue latine ou grecque, mais les repères fondamentaux de ces cultures. On pourrait élargir le constat aux musées romains, qui peuvent présenter le Galate mourant selon les théories les plus récentes de Filippo Coarelli33... Bref, le musée est non seulement le lieu de la conservation du passé, mais le reflet vivant, incarné et donné à discuter de la recherche – ou, plus largement, de la culture. Cela suppose que le public « normal » est à même d’adhérer à la démarche. Avant tout la vie des musées est liée, je crois le lire dans les communications réunies ici, à l’attente de leur public. Si l’on développe aujourd’hui des outils du type télévisuel, ce n’est ni un progrès ni une régression, mais le reflet du mode de culture contemporain le plus répandu. On peut souhaiter qu’il soit accompagné, comme l’apprentissage des langues étrangères, d’une formation délivrée à l’école par des spécialistes de la matière, historiens de l’art avant d’être plasticiens ou historiens.
52Enfin, comment ne pas ranger dans la catégorie « musée de site » le projet romain du musée des Forums impériaux ? Rien moins que l’espace le plus célèbre de l’Empire romain : le Forum de César, voisin de ceux d’Auguste, de Nerva et de Trajan, mais aussi du Temple de la Paix de Vespasien et des Marchés de Trajan. Un ensemble archéologique déjà important, auquel une zone nouvelle de 14 000 m2 a été ajoutée après les fouilles de l’an 200034... La gageure consiste à exposer une partie des collections architecturales conservées sur place tout en restaurant les monuments et à permettre au visiteur de s’y retrouver dans ce véritable labyrinthe archéologique. L’objectif (« contribuer à la formation culturelle du public de toutes les tranches sociales et de toutes les générations ») nécessite donc la mise en place de dispositifs de communication complexes, qui incluent les aveugles (au moyen de maquettes tactiles) et usent d’expositions temporaires, mais comportent également des concerts, lectures, etc. En quoi la vaste zone archéologique centrale, devenue musée, retrouve pour une part sa vocation antique : celle de Forum, lieu de rencontre, de culture et de débats, lieu familier en tout cas pour un large public, inscrit dans un paysage tant urbain que culturel35. Et cela sans sacrifier à une exigence scientifique constante : Marina Milella et Lucrezia Ungaro ont autant de compétences dans le domaine de la conservation qu’en archéologie ou en histoire de l’art, et leur public, formé dès l’école à ces matières perçues comme inhérentes à l’histoire et à l’identité italiennes, apprécie autant les œuvres d’art contemporain exposées dans les structures de brique des Marchés de Trajan que la présentation typologique des marbres de couleur utilisés dans la Rome impériale.
Point de repères
53Autre musée romain36, autre perspective : la communication d’Emilia Talamo aurait dû, en toute logique, être classée dans le second thème puisque la Centrale Électrique Montemartini, construite en 1912, présente une partie des collections de sculptures et fresques antiques auparavant conservées dans les Musées Capitolins37. On a déjà dit l’importance historique de ce musée, constitué en 1471 par Sixte IV à une époque où, très souvent, les collections étaient encore enfermées dans le studio des palais aristocratiques. S’il est hasardeux de promettre au nouveau musée le destin de son illustre prédécesseur, il est par contre certain que sa muséographie, alliant archéologie industrielle et fragments de marbre classique, ne laisse pas indifférent. On a beau connaître les œuvres, leur disposition dans ce cadre inhabituel (très éloigné du Palais des Conservateurs et des fresques antiquisantes de Jacopo Ripanda38) leur confère une nouvelle dimension. Je me suis permis d’en rapprocher une gravure de 1819 (Figure 1), qui montre qu’à l’époque on pouvait exposer au Louvre, parmi les statues classiques, l’outillage le plus récent de l’industrie naissante... Le rapprochement est purement formel : certes, dans les deux cas on associe machines et œuvres d’art, mais le « musée technologique » du XIXe siècle39 use du cadre classique pour associer à son prestige la modernité industrielle, alors que la muséographie de la Centrale Électrique Montemartini intègre fragments de marbre et turbines devenues, elles-aussi, témoin du passé. L’importance de la muséographie, des supports, du choix des coloris devient prédominant dans cette tentative « delicatissima » écrit E. Talamo, mais réussie, de marier espace industriel et collections issues du Palais des Conservateurs. Les contraintes du lieu n’ont nullement empêché la présentation de reconstitutions architecturales directement issues des recherches archéologiques.
Fig. 1 : Exposition des produits de l’industrie française au Louvre en 1819

54Et pour conclure, Jean-Luc Martinez avait choisi de nous entretenir de la salle du Louvre consacrée à la Melpomène. A l’heure où j’écris ces lignes, je ne dispose malheureusement pas de sa communication40.
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55Ces rencontres ont permis à des étudiants, des universitaires, des archéologues et des professionnels de la conservation muséale, d’observer les musées de l’intérieur, d’être, l’espace de quelques heures, aux côtés des conservateurs confrontés à des choix scientifiques, muséographiques et touristiques tout à la fois. Ces Actes espèrent étendre ce privilège à des lecteurs curieux.
Notes de bas de page
1 Philippe de Chennevières, « Les musées de province », Gazette des Beaux-Arts 1865, p. 118-131 ; cité d’après Chantal Georgel, « Le musée et les musées, un projet pour le XIXè siècle », dans La jeunesse des Musées. Les musées de France au 19è siècle, Paris, p. 15-18 (spécialement p. 15).
2 Le phénomène des collections est bien sûr plus ancien que la Révolution ou les Lumières. Sur l’Antique au Moyen-Âge, on peut se reporter à Michael Greenlagh, The Survival of roman Antiquities in the Middle Ages, Londres 1989, et du même « “ipsa ruina docet" : l’uso del antico nel Medioevo », dans Memoria dell’Antico nell’arte italiana I. Luso dei classici (S. Settis éditeur), Turin 1984, p. 113-167 ; sur la période 1500-1900, aux références données par l’introduction de Appropriating Antiquity – Saisir l’Antique. Collections et collectionneurs d’antiques en Belgique et en Grande-Bretagne au XIXe siècle (Athéna Tsingarida et Donna Kurtz dit.), Bruxelles 2002, p. 9-14, j’ajouterais le recueil de sources de Phyllis Pray Bober et Ruth Rubinstein, Renaissance Artists and Antique Sculpture. A Handbook of Sources, New-York 1987.
3 Le député Boissy d’Anglas dans une lettre adressée à la Convention le 13 février 1794 ; cité d’après Chantal Georgel, « Premiers muséums, premiers hommes : la formation initiale des collections », dans La jeunesse des Musées. Les musées de France au 19è siècle, Paris, p. 19-35 (spécialement p. 31).
4 Sur l’origine et le développement de l’archéologie, Alain Schnapp, La conquête du passé. Aux origines de l’archéologie, Paris 1993.
5 Jean Galard directeur, L’avenir des musées, Paris 2001.
6 K. Pomian (« Musées français, musées européens », p. 351-364, dans La jeunesse des Musées. Les musées de France au XIXe siècle, Paris, p. 356) estimait en 1994 le nombre de musées en France entre 1 500 et... 6 000, pour une trentaine en 1815, deux-cents vers 1870, trois-cents vers 1890 et cinq-cent-cinquante vers 1914.
7 Les sites concernés par les conférences étaient : les forums impériaux, la Vigna Barberini, la centrale électrique Montemartini, le Musée national romain, le Palazzo Altemps et le Palazzo Massimo, enfin les musées du Capitole, soit une grande partie des sites majeurs romains, à l’exception du Museo Gregorio Profano du Vatican.
8 Museo ; arqueologz’cos para el siglo XXI (Dìa internacional de los Museos), Museo Nacional de Arte Romano, 18-19 mai 2001.
9 Sur l’objectif du « Musée » depuis l’article du même nom chez les encyclopédistes jusqu’au XIXè siècle, lire Chantal Georgel, « Le musée et les musées, un projet pour le XIXè siècle », dans La jeunesse des Musées. Les musées de France au 19è siècle, Paris 1994, p. 15-18, ou l’article de Roland Schaer dans le même catalogue, « Des encyclopédies superposées », p. 38-51, qui montre l’évolution de l’idée en quatre formes d’encyclopédisme. De Chantal Georgel encore, ces principes énoncés en 1848 pour décrire le rôle des conservateurs : « 1. Inventorier ; 2. Conserver ; 3. Décrire ; 4. Classer ; 5. Communiquer ; 6. Exhiber » (dans « Le travail du conservateur : “inventorier, conserver, exhiber », dans La jeunesse des Musées. Les musées de France au 19è siècle, Paris 1994, p. 293-299, spécialement p. 293).
10 À propos de l’histoire des collections et musées romains, consulter F. Haskell et N. Penny, Pour l’amour de l’Antique. La statuaire gréco-romaine et le goût européen, Paris 1988 (par exemple p. 79- 89 sur les musées romains au XVIIIè siècle).
11 Je remercie André Debenath, professeur de Préhistoire à l’université de Perpignan, de son aide dans l’organisation du colloque. Par son soutien, il a permis l’insertion dans nos débats des musées de préhistoire de la région, intéressant contrepoint aux musées d’antiques car l’on y est confronté à du matériel purement archéologique : les enjeux muséographiques diffèrent en partie, on le verra, de ceux des musées d’antiques.
12 Ce quatrième thème m’avait été suggéré par l’exposition de l’École française d’Athènes à l’occasion de son cent-cinquantième anniversaire, qui contenait une borne interactive (mentionnée dans le catalogue L’espace grec. Cent cinquante ans de fouilles de l’École française d’Athènes, Paris 1996, p. 190). Il n’a pas été à proprement parlé évoqué dans ce colloque, l’activité CD-Rom paraissant, pour l’heure, déconnectée de l’activité de conservation. Ce constat est peut-être trompeur, de nombreux musées recourant, on le verra, à des outils pédagogiques divers. On peut cependant mentionner la conclusion de Michel Laclotte, « L’expansion des musées : constructions, extensions, rénovations », dans L’avenir des musées, Paris 2001, p. 23-51 : « Ce ne sont pas les architectes qui sont à craindre maintenant, ce sont d’autres faits que vous allez évoquer sans doute, tout ce qui s’appelle la virtualité et le commerce, les clones et Mercure... » (p. 33). Voir les réflexions de Maxwell L. Anderson dans le même colloque (« L’impact des nouvelles technologies sur les recherches et l’enseignement dans les musées », p. 371-382), ainsi que les communications des pages 383 à 425.
13 Pour d’autres précisions sur ce cadre légal et ses évolutions au cours de l’histoire, on peut se reporter, en sus des renseignements donnés par L. Del’Furia, à l’ouvrage de Claude Badet, Benoît Coutancier et Roland May, Musées et patrimoine, Paris 1999, et au catalogue dirigé par Chantal Georgel, La jeunesse des Musées. Les musées de France au 19è siècle, Paris 1994, pour une présentation de l’histoire des musées en France. La conclusion, due à Krzystof Pomian, concerne « Musées français, musées européens » (p. 351-364).
14 Pour approfondir ce dossier et l’élargir à des préoccupations européennes et mondiales, on peut lire la partie « Évolutions juridiques » du colloque L’avenir des musées, p. 241-344, dont plusieurs dossiers concernent des musées archéologiques.
15 En dernier lieu le catalogue de l’exposition (septembre 2001-janvier 2002) D’un monde à l’autre. Naissance d’une chrétienté en Provence, IVe- Vie siècle, Arles 2001 : le thème annonçait, deux ans avant sa mise au jour (décembre 2003), la découverte de la première basilique arlatane... On retrouvera des indications précieuses sur l’histoire du patrimoine d’Arles dans le catalogue Musée de l’Arles antique, Arles 1996, p. 9-21.
16 Sur le musée support d’identité, on peut lire J.-P. Babelon, « Le Louvre, palais des rois, temple des arts », dans Les lieux de mémoire III, Paris 1986 ; et l’article de Chantal Georgel, « Le musée, lieu d’identité », dans La jeunesse des Musées, Paris 1994, p. 105-112, entre autres p. 108 où elle donne le texte d’une communication de la mairie de Nîmes relative aux découvertes d’antiquités : « toute personne ayant découvert dans sa propriété, ou en travaillant dans celle d’autrui, un objet d’art quelconque, en métal ou en pierre, comme médaille, statue, vase, tombeau, pavé, mosaïque, fragment antique, sous quelque forme qu’il se présente, est invitée à faire part de sa découverte à l’un des membres de la Commission, qui prendra aussitôt des mesures pour que l’objet d’art découvert soit visité par la Commission, apprécié et acquis par la ville, si le propriétaire y consent, à un prix librement convenu avec lui ». Très souvent, les sociétés savantes ont précédé les institutions muséales publiques ; à Montpellier, le seul musée d’antiquités de la ville est, encore, le Musée Languedocien de la Société archéologique. Il est vrai que le musée de Lattes en est « mitoyen ».
17 Sur ce thème de l’identité, voir Sally Price, « Le musée : lieu de représentation d’une identité », dans L’avenir des musées, Paris 2001, p. 455-471.
18 À ce propos, et outre l’abondante bibliographie donnée dans l’article de D. Cazes, on peut se reporter au catalogue La jeunesse des Musées, Paris 1994, p. 23 et p. 106.
19 À l’heure où nous écrivons ces lignes, se tient au musée Saint-Raymond l’exposition Mémoire grecque. Collections d’art grec du Musée Saint-Raymond, ouverte en février 2003.
20 C’est ici pour moi l’occasion de regretter l’absence des conservateurs des musées d’antiques de Narbonne, Béziers et Nîmes qui, pour des raisons différentes et tout à fait respectables, n’ont pu participer à ces journées ou me faire parvenir leur texte. La réunion de ces institutions avec les musées de Toulouse et d’Arles aurait permis, je crois, une très intéressante comparaison de la situation des collections antiques dans les anciennes civitates de Narbonnaise. Dominique Darde, présente lors de nos débats, n’a pu rédiger sa communication sur l’histoire de la Maison Carrée comme lieu d’exposition, de 1853 à nos jours.
21 Et que Christian Landes, du musée archéologique Henri Prades de Lattes, qui lui aussi accueille ou conçoit de nombreuses expositions temporaires, me paraît partager en partie, tout en s’en éloignant par ailleurs. Je me permets de citer le bref résumé qu’il avait accepté de m’envoyer en vue du colloque : « Etre conservateur de musée, du moins à Lattes, n’est pas un art ; c’est un travail. Rien de ce qui s’y fait ne relève de la vision fulgurante ou du caprice esthétique. Ce n’est pas un métier non plus : la part de la polyvalence et de l’adaptation y sont trop importantes. En tête des principes qui l’animent : fidéliser un public d’habitués, mais diversifié ; se méfier des envies de communication-médiatisation et de la fréquentation de masse ».
22 On peut lire les réflexions de Rodolphe Rapetti, « L’exposition-événement », dans L’avenir des musées, Paris 2001, p. 55-67, qui place l’apparition du phénomène dans les années 1960 et distingue deux types d’expositions-événements : « d’une part, l’exposition archéologique d’objets précieux et, d’autre part, l’exposition de peintures antérieures aux années 1930 » (p. 59).
23 Quelques titres (et j’en oublie sans doute) : Trésors des princes celtes, Paris 1987 ; Trésors d’orfèvrerie gallo-romaine, Paris-Lyon 1989 ; Les ors hellénistiques de Tarente, Tarente 1986/Paris 1987 ; De l’Empire romain aux villes impériales : 6 000 ans d’art du Maroc, Paris 1990 ; L’or des steppes : des Scythes à l’invasion mongole, Toulouse 1993 ; Les pierres précieuses de l’Orient ancien, des Sumériens aux Sassanides, Paris 1995 ; L’or des Sarmates, Daoulas 1995 ; L’or magique : trésors des Étrusques et des Romains, Bruxelles 1996 ; Trésors du Musée de Bagdad des origines à l’Islam, Paris 1996 ; Tesoros de la antiguedad en el valle del Guadalquivir, Cordoue-Séville 1997 ; L’art égyptien au temps des pyramides, Paris 1999/New York 1999-2000/Toronto 2000 ; Sept mille ans d’art perse. Chefs d’œuvre du Musée National de Téhéran, Milan 2000 ; Aurea Roma, Rome 2000-2001 ; L’or des Princes barbares, Paris 2000 ; L’or des Amazones, Paris 2001 ; Trésors préhistoriques de Hongrie, Paris 2001 ; L’or des Thraces. Trésors de Bulgarie, Bruxelles 2003.
24 Elle existe cependant, associée à une démarche d’archéologue, d’historien et d’historien de l’art, dans les expositions suivantes : Naissance de Rome, Paris 1977 ; Énea nel Lazio, Rome 1981 ; La cité des images, Paris 1984 ; Ancient Macedonia, Melbourne 1988 ; Le Portugal des origines à l’époque romaine, Lisbonne 1989 ; La grande Roma dei Tarquini, Rome 1990 ; Éros grec : amour des dieux et des hommes, Paris ; Narbonne et la mer, Narbonne 1990 ; Kerma, Genève 1990 ; Les imagiers de l’Orestie, Neuchatel 1991-1992 ; Les Étrusques et l’Europe, Paris 1992 ; Les Macédoniens. Les Grecs du nord et l’époque d’Alexandre le Grand, Athènes 1995 ; I Goti, Milan 1994 ; De Khorsabad à Paris : la découverte des Assyriens, Paris 1994 et Dai Palazzi Assiri, Rome 1995 ; La cité royale de Suse, Paris 1994 ; I Greci in accidente, Venise 1996 ; Pandora : woman in classical Greece, Baltimore-Dallas 1995-1996 / Bâle 1996 ; Ulisse : il mito e la memoria, Rome 1996 ; Au temps d’Hippocrate, Mariemont 1998 ; Terres naufragées, Istres 1998 ; À la rencontre des dieux gaulois, Lattes 1998 ; L’Europe au temps d’Ulysse, Copenhague-Bonn 1998-1999 / Paris-Athènes 2000 ; L’Asie des steppes d’Alexandre le Grand à Genghis Khan, Paris 2001 ; D’après l’Antique, Paris 2000 ; Vases and Volcanoes, Sir William Hamilton and his collection, Londres 1996 ; La mort des notables en Gaule romaine, Lattes 2002 (les références des nombreux catalogues publiées par le musée de Lattes sont données p. 254-255 de ce dernier).
25 Par exemple le catalogue de l’exposition Les Celtes, Milan 1991, a été réédité en 1997 la partie de présentation archéologique site par site qui y figurait à l’origine.
26 Je me permets de résumer, à l’aide de notes prises lors de sa conférence, les grandes étapes de constitution de ce musée, Marc Lugand n’ayant pu m’adresser le manuscrit de son intervention. Je précise que toute erreur éventuelle figurant dans ce résumé est de ma responsabilité.
27 Lucienne Del’Furia nous avait ainsi présenté, en 1999, un projet de musée d’archéologie sous-marine à Port-Vendres, site dans lequel plusieurs épaves antiques (entre autres) ont été fouillées : il n’a malheureusement pu voir le jour.
28 À propos de quelques autres musées récents de préhistoire, on peut consulter Michel Laclotte, « L’expansion des musées : constructions, extensions, rénovations », dans L’avenir des musées, Paris 2001, p. 23-51, et plus précisément p. 27 (musée de Nemours).
29 Marie-Régine Merle-des-Isles avait présenté, lors de nos débats, l’impact des fouilles, du musée et des structures de recherche afférentes sur la petite commune de Tautavel : depuis 1978, une moyenne de 120 000 curieux visitent chaque année le musée (20 000 en 1978...), et 48 emplois ont été créés, toutes structures « préhistoriques » confondues. On aperçoit ici la dimension d’aménagement du territoire et les implications touristiques et économiques qu’une structure muséographique peut engendrer.
30 Jean Galard, « Introduction » au colloque L’avenir des musées, Paris 2001, p. 18.
31 Cela ne signifie pas qu’un musée n’est tourné que vers le passé : à ce propos, les réflexions de Stefan Kraus, « Plaidoyer pour un musée vivant », L’avenir des musées, Paris 2001, p. 95-116, sont bienvenues (« L’étude de l’histoire de l’art sert à la compréhension du présent », p. 101), ainsi que la discussion qui l’accompagne (p. 117-119).
32 Elle n’a pu, hélas, m’adresser sa communication : je le regrette mais espère pouvoir la publier prochainement sous une autre forme.
33 Au Palazzo Altemps (voir le catalogue Museo Nazionale Romano. Palazzo Altemps, Rome 1997, p. 126-127).
34 Ces fouilles perpétuent la réflexion menée dans les années 1980 à Rome et qui évoquaient l’idée de transformer la totalité du centre urbain antique en parc archéologique : se reporter au catalogue Archéologie et projet urbain, Rome 1985.
35 Pour prolonger leurs réflexions sur l’aspect économique de la gestion muséale, on peut se reporter à la partie « Des préoccupations financières croissantes ? », dans le colloque L’avenir des musées, Paris 2001, p. 121 à 239, et surtout à l’article de Antonella Gioli, « Les musées italiens entre le public et le privé », p. 175-210.
36 Pour un panorama des musées romains : Anna Detheridge, « Les musées, le public, les médias », dans L’avenir des musées, Paris 2001, p. 69-93, qui a pris l’exemple des musées de l’ Urbs.
37 Michel Laclotte, « L’expansion des musées : constructions, extensions, rénovations », dans L’avenir des musées, Paris 2001, p. 23-51, plus particulièrement p. 28.
38 Le catalogue italien Les musées capitolins, Rome 2000, donne une bonne idée de la splendeur de ce cadre (les pages 174 à 205 étant par ailleurs consacrées à la centrale Montemartini).
39 On lira avec intérêt l’article de Françoise Hamon, « Le musée industriel entre l’Exposition des produits de l’industrie et le musée technologique », dans La jeunesse des Musées, Paris 1994, p. 91-99.
40 Je renvoie cependant à un ouvrage récent : Jean-Luc Martinez directeur, Les Antiques du Louvre. Une histoire du goût d’Henri IV à Napoléon Ier, Paris 2004.
Auteur
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Martin Galinier
Université de Perpignan, CHRISM.
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