Vers un bilan de trois siècles de prospections scientifiques sur la façade maritime de l’Albera (de 1676 à nos jours)
p. 187-203
Texte intégral
Introduction
1A priori, affirmer le grand intérêt, au plan scientifique, que représente la façade maritime de l’Albera, semble tout à fait évident1. À y bien réfléchir et à y bien regarder, le démontrer est autre chose, ne serait-ce, paradoxalement, que par le très grand nombre de publications scientifiques que ce territoire a suscité ainsi que par le nombre tout aussi important et la valeur des espèces et des milieux différents inventoriés. Pour y parvenir, j’ai privilégié une approche historique et quantitative. De ce dernier point de vue, c’est à une évaluation a minima que je me suis livré, dans la mesure où, malgré toute l’attention portée, il est difficile de pouvoir tout recenser.
2Déjà, à l’occasion des Journées d’étude de l’Albera, les 17, 18 et 19 octobre 1986 à la Jonquera, j’avais présenté une communication intitulée « Historique des recherches en sciences naturelles dans le secteur naturel français des Albères et propositions de classement ». Ce premier travail concernait l’ensemble du massif à l’exclusion de la réserve naturelle de la Massana dont les richesses naturelles étaient présentées par Joseph Travé. Malheureusement, les actes de ces journées ne furent jamais publiés et, pour ma part, le texte de ma communication fut mis de côté.
3Aujourd’hui, près de vingt ans ont passé et bien des évènements et des découvertes ont rendu obsolète ce premier texte. Quels évènements ? Outre évidemment les prospections scientifiques qui ont été poursuivies sur cette côte rocheuse, je pense, successivement et du point de vue des synthèses, au projet de classement (1977-1978)2 du trottoir et des falaises marines entre Banyuls et Cervera3, au pré-inventaire des sites naturels remarquables du massif de l’Albera nécessitant des mesures de protection (19844), à la loi littoral (19915) qui a nécessité d’inventorier tous les travaux et toutes les découvertes effectuées sur l’ensemble des côtes roussillonnaises et d’établir la valeur des espaces et milieux littoraux en vue de l’application de ladite loi, à la mise en place des inventaires ZNIEFF (1994), des ZICO (1994), au projet de création d’un parc national marin et terrestre de la Côte Vermeille (19996) projet pour l’instant sans suite...
4Tout ceci prête déjà à penser que ce territoire est d’une grande richesse ; mais aucun bilan général prenant en compte évidemment l’importante recherche scientifique développée depuis 1882 au sein du Laboratoire Arago, celle impulsée par la réserve naturelle de Cerbère-Banyuls, mais aussi celle d’autres entités ou tout simplement de naturalistes indépendants, souvent méconnue et pourtant combien, souvent, fort importante, n’a été, à ce jour, dressé.
5Le présent bilan est le condensé d’une publication à venir qui, en quelques 180 pages, détaille les études scientifiques effectuées sur le territoire considéré et les découvertes réalisées, des origines connues à nos jours, figurant dans 1537 références bibliographiques dépouillées, traitant exclusivement ou partiellement de la façade maritime française de l’Albera7. Cette façade maritime, ou région de Banyuls, englobe tout le territoire de quatre communes : Cotlliure [Collioure], Portvendres, Banyuls de la Marenda, Cervera [Cerbère] et, pour Argelers [Argelès-sur-Mer], uniquement les rochers du Racé [Racou], soit 7600 hectares environ pour cette partie orientale de l’Albera qui représente 41 % de la surface totale du massif.
6Ce que je présente aujourd’hui, est un simple parcours historique et statistique des principales prospections et découvertes marines et terrestres sur le territoire considéré. Il n’est pas toujours facile, dans un travail qui se veut exclusivement d’ordre historique, de lever certaines difficultés qui tiennent à la grande diversité des groupes systématiques rencontrés, la grande dispersion des publications, l’imprécision parfois des lieux de prospection, les mentions quelquefois occasionnelles et les modifications quant à la nomenclature. Néanmoins, même si certains taxons ayant fait l’objet de mises à jour nomenclaturales (révisions d’espèces, redescriptions...) nous ont certainement échappé, cela n’influe guère sur la vision générale que l’on peut avoir par cette étude statistique de l’intérêt du patrimoine biologique et écologique de la façade maritime de l’Albera.
Comment mesurer ce qui atteste l’intérêt scientifique de la façade maritime de l’Albera ?
7Huit critères au moins permettent d’approcher la réalité, sinon d’y arriver. Ce sont, successivement : l’ancienneté des prospections, la personnalité et la notoriété des naturalistes prospecteurs, le nombre de publications suscitées dans trois domaines (le milieu physique, la flore et la végétation, la faune et les biocénoses), le nombre d’auteurs, le nombre de taxa inventoriés, le nombre de taxa nouveaux pour la science décrits de ce territoire, le nombre de dédicaces accordées à des naturalistes ayant œuvré sur ce site et à sa toponymie, enfin le nombre d’espèces et de sites protégés (tout statuts confondus), d’espèces d’intérêt patrimonial ou ayant un intérêt biogéographique particulier.
Les dates clés de la mise en place d’institutions locales ayant joué un rôle majeur
8Dans cette chronologie, nous intégrons la création de publications scientifiques parmi les établissements institutionnels. En 1872, Henri de Lacaze-Duthiers (1821-1901) crée d’abord la revue Archives de zoologie expérimentale et générale qui poursuit sa carrière jusqu’en 1962 puis, en 1882, le Laboratoire Arago à Banyuls. Les conflits de 14-18 et 39-45 instaurent une période relativement calme. En 1947, Georges Petit (1892-1973), prend la direction du Laboratoire Arago, après une longue maladie d’Édouard Chatton (1883-1947) son prédécesseur, et la guerre, le tout entraînant la ruine du Laboratoire Arago ; il remet alors en état et modernise cette institution. Le but, désormais, est de ne pas se confiner à la biologie marine mais de s’ouvrir à la faune terrestre. Aussi, en 1950, Georges Petit crée Vie et Milieu, premier périodique français traitant aussi bien de biologie et d’écologie marine que terrestre.
Historique partiel des prospections géologiques
La géologie marine
9G. Pruvôt (1894) établit la carte topographique et bionomique de la mer de Banyuls. J. Bourcart (1942) -et ce jusqu’en 1961- rédige une douzaine de publications sur les canyons sous-marins de la côte catalane, structures reconnues comme étant des vallées terrestres actuellement ennoyées. G. Petit et L. Laubier (1962) y poursuivent les recherches. C’est au cours des années 1962 et 1964 que L. Dangeard et D. Reys effectuent leurs observations en soucoupe plongeante. À partir de 1966 et au-delà, divers auteurs se penchent sur les éléments structuraux, dressent des cartes sédimentologiques et bathymétriques des fonds marins, font des observations hydrologiques, découvrent la nature du substrat original des fonds coralligènes, publient des travaux spécialisés.
La géologie terrestre
10De la fin du XIXe siècle datent les premières données disponibles en matière de géologie terrestre avec les notices d’A. Noguès (1861, 1863). J. Roussel (1895, 1897) traite de la stratigraphie de l’Albera en établissant la carte géologique du massif au 320 000e. O. Mengel (1908) dresse la feuille de Céret et poursuit cette tâche avec Ch. Depéret (1910). A. Jauzein (1951-1952) s’intéresse à la série métamorphique de l’Albera et établit les notes pour les feuilles d’Argelers et de Cervera au 1/50 000e. Lors de la réunion extraordinaire tenue par la Société géologique de France dans les Pyrénées-Orientales (1958), divers sites de l’Albera sont visités et font l’objet d’études particulières. On compte ensuite divers travaux ayant trait à l’érosion des sols, la tectonique, l’hydrogéologie, le karst de la Vallauria [Baillaurie] et l’inventaire des grottes, la géomorphologie, sans compter les études de géographie physique.
Historique partiel des prospections floristiques
11Les premières et rares prospections connues, qui datent de la deuxième moitié du XVIIe siècle, sont d’ordre floristique. J. Pitton de Tournefort visite, en 1676 et 1690, les environs de Cotlliure et mentionne ses découvertes dans sa Topographie manuscrite publiée ultérieurement par Picot de Lapeyrouse en 1813. Il y signale une quinzaine d’espèces, dont une “petite Statice maritime” qui est, vraisemblablement, l’Armérie du Roussillon.
12Au XVIIIe siècle, le médecin naturaliste P. Barrère de Perpignan, herborise sur la côte rocheuse (à Cotlliure, à Portvendres) comme cela apparaît dans les deux manuscrits de sa Topographie botanique (1743 et 1752). Il s’intéresse aussi au Chêne-liège et à l’exploitation de son écorce. M. Adanson (1779), à l’occasion de son important voyage d’étude dans le Midi de la France, herborise à Cotlliure et à Portvendres. D’après une lettre de V. Le Page, professeur à l’École Centrale de Perpignan8, on peut affirmer que le littoral de Cotlliure constitue déjà, en 1796, une station remarquable de la botanique nord-catalane à propos de laquelle il écrit : “J’arrive de Collioure... Je ne suis point revenu sans avoir rempli mes boëtes [sic] et mes cartons de plantes marines et quelques autres productions méditerranéennes... Mais, ce qui m’a le plus flatté, ce sont les plantes que l’on rencontre à chaque pas sur les montagnes qui sont battues par les flots” et où il récolte une série d’espèces pour l’herbier de son correspondant.
13En 1798, E. Bonafos, directeur du Jardin botanique de Perpignan, herborise à Cotlliure, Portvendres, Cosprons et Consolació [Consolation], pour enrichir les collections dudit Jardin et celles du Cabinet d’Histoire naturelle de l’École centrale. Dans les deux inventaires de l’herbier de l’ancienne Université de Perpignan (1786 et 1795) figurent des plantes de la côte rocheuse, mais sans mention de localité.
14Au XIXe siècle, le botaniste italien P. Bubani vient récolter sur la côte rocheuse (en mai, juin et juillet 1837, en septembre 1843, plus sporadiquement en 1846, 1847, 1860) et il publie ses observations dans les quatre volumes de son Flora pyrenaea... (1897-1902)9. Il y fait figurer 108 plantes de diverses localités de la côte rocheuse avec la date de leur observation. En 1807, lors de son voyage botanique et agricole dans le sud-ouest de la France, et juste avant sa traversée des Pyrénées, A.-P. De Candolle prospecte les rochers de Cotlliure et de Portvendres. En 1825 (du 26 au 28 mai), c’est au tour de l’anglais G. Bentham, qui effectue un voyage botanique dans les Pyrénées, d’herboriser pendant trois jours au cours desquels, il écrit : “nous fîmes une des plus riches herborisations à Collioure, Portvendres, Bagnols [sic] et dans les coteaux au-dessus de ces bourgs... et il y aurait eu matière à y bien employer huit à dix jours dans cette saison”. Il est accompagné par l’écossais d’Edimbourg G. Walker-Arnott professeur à l’Université de Glasgow, le naturaliste E. Requien d’Avignon et l’horticulteur provençal U. Audibert de Tarascon. Il signale 46 espèces des localités citées. L. Companyo (1861) vante les mérites floristiques de diverses stations et localités de la côte rocheuse, “riche en plantes rares” et où l’on ne peut faire que “de précieuses découvertes”. En 1872, il y dirige, à Portvendres, une excursion à laquelle participent des membres de la Société botanique de France. De 1868 à 1878, Ch. Naudin, qui réside alors à Cotlliure, procède non seulement aux premières observations météorologiques dignes de ce nom, mais signale les espèces végétales qu’il rencontre lors de ses sorties à divers auteurs travaillant sur la flore du département dont P. Bubani qui le cite dix-neuf fois pour des espèces différentes. Il y découvre, en 1874, l’Echium italicum L. subsp. albereanum (Naudin & Debeaux) Greuter & Burdet. Du 4 au 7 juillet 1872, Ch. Naudin reçoit chez lui le cryptogamiste suédois W. Nylander en compagnie du médecin d’origine anglaise H. Weddell, aidenaturaliste au Muséum national d’Histoire naturelle (1850-1857). Au total, ce sont 119 lichens qui sont signalés (1871-1872 et 1891) de la Massana, Cotlliure et Portvendres. Arguant, à juste titre, de ce que ce territoire n’avait “jamais été l’objet d’une publication botanique spéciale”, E. Jeanbernat et Éd. Timbal-Lagrave relatent, en 1879, leurs journées d’herborisation dans les Albères orientales. Cette publication, qui constitue le première inventaire floristique important de cette sous-région de l’Albera, recense, entre Argelers et Cervera, 448 taxa différents. Le 1er juin 1890, sur les falaises entre le cap Cervera et le cap Lauzeilh et en remontant le vallon de Cervera vers Querroig, le pharmacien J.-O. Debeaux, un temps en garnison à Perpignan, trouve deux Labiées : le Stachys brachyclada De Noé, excellente acquisition pour la flore française et européenne (protégée au plan national car connue de trois localités seulement) et le Stachys albereana J. Neyr. & O. Deb., espèce nouvelle pour la science décrite en 1891. Ch. Flahault (1890) découvre à Banyuls le Cosentinia vellea (Aiton) Todaro subsp. vellea, Fougère ibéro-africaine qui y possédait, jusqu’à sa récente découverte à Cervera en 1998, la seule station connue pour la France continentale. De plus, outre les problèmes de déboisement (1891), il puise de nombreux exemples dans ce massif pour son œuvre phytogéographique de 1897 (publiée en 1937). Il s’intéresse aussi aux algues marines. Malheureusement il n’a rien publié sur ses nombreuses récoltes dans cette région. C’est L. Emberger qui met à la disposition de J. Feldmann les listes manuscrites d’algues marines récoltées à Banyuls par son beau-père Ch. Flahault. J. Castanier lègue à L. Conill, pour son herbier, une série de douze algues marines récoltées par un inconnu en 1883 à Cotlliure et à Portvendres. Tout ceci pour préciser que, quand en 1882 est créé le Laboratoire Arago (le Centre d’écologie terrestre ne l’est qu’en 1957), l’intérêt floristique de cette côte à propos des plantes supérieures est déjà bien affirmé et l’intérêt pour les algues marines amorcé.
15Dès lors les botanistes vont se succéder, qu’ils soient étrangers ou résidents permanents ou occasionnels. Parmi les seconds on peut citer : P. Oliver pharmacien à Cotllioure dont le mémoire manuscrit de ses herborisations autour de cette localité est daté de 1865 ; le docteur Ch. Penchinat de Portvendres ; le médecin perpignanais A. Massot qui herborise sur la côte rocheuse et publie ses relevés en 1842 dans le « Guide du Roussillon » d’Henry10. Dans cet ouvrage il précise que “l’extrémité orientale de la montagne des Albères est une des régions les plus riches de la Flore roussillonnaise, et qui mérite, autant que la vallée d’Eyne, tout l’intérêt des naturalistes”. Mais aussi : le docteur S. Pons d’Ille-sur-Têt, le pharmacien B. Xatart de Prats-de-Mollo, Ed. Neyraut... En 1891, la visite des membres de la Société botanique de France (du 16 au 24 mai), lors de la séance extraordinaire de cette société dans l’Albera constitue une consécration pour la flore du massif et notamment pour sa partie orientale. Onze comptes-rendus d’herborisations sont publiés la même année dans le bulletin de cette Société avec 1043 citations de plantes. Dans son Catalogue (1898), G. Gautier indique, par exemple, 232 espèces pour Cotlliure, 129 pour Banyuls... et 567 taxons mentionné sous le terme générique des « Albères ».
16Au XXe siècle, la notoriété floristique de la Côte Vermeille s’affirme. Les premières prospections de L. Conill sur la côte rocheuse, en ce qui concerne les Phanérogames et les Cryptogames vasculaires, commencent en 1899. Au mois d’août 1905 il organise la session de l’Académie internationale de géographie botanique dans les Pyrénées-Orientales. La sixième journée (le 7 août) est consacrée à la flore littorale des rochers maritimes entre Banyuls et Portvendres. Féru également d’algologie, science à laquelle l’initient J. Feldmann et l’abbé P. Frémy, il récolte, par exemple, 102 algues à Banyuls et 137 Diatomées de part et d’autre de Portvendres. J. Delpont, Bru et G. Gautier (1908) citent 350 espèces et attribuent la richesse de cette flore à la situation géographique de ce secteur. Sur les conseils de son maître C. Sauvageau, le seul à avoir publié jusque-là sur certaines algues de Banyuls, notamment dans son mémoire sur les Cystoseira (1912), J. Feldmann entreprend, à partir de 1927, l’étude des algues de la côte rocheuse. Les travaux préliminaires, de celui qui est considéré comme “l’un des maîtres les plus prestigieux de toute l’histoire de l’algologie”11, aboutissent à une thèse de doctorat ès sciences naturelles – préparée à Banyuls et soutenue à Paris en 1937- qui constitue une étude biologique et systématique de près de cinq cents algues qu’il a le souci d’intégrer dans la zonation des étages supérieurs du plateau continental. Cette thèse “est une des premières œuvres de phytoocéanographie...[et la classification de J. Feldmann] pour les étages de la végétation marine a été très largement adoptée dans le monde...”12. De nombreuses informations sont dues à L. Conill qui, outre ses relevés floristiques, inaugure, avec H. Gaussen, la période phytogéographique.
17Certes, c’est Ch. Flahauit qui a dressé la première esquisse phytogéographique concernant la végétation littorale de l’Albera, mais c’est avec eux que s’affirme la nouvelle période consacrée plus précisément à la géobotanique. Les observations d’H. Nicollon des Abbayes pour le département (1932), concernent essentiellement la région de Banyuls où il revient en 1933. Il cite 70 espèces de Lichens (des basses collines autour de Banyuls, des rives de la Vallauria, de la Massana) en signalant onze lichens nouveaux pour la région dont deux espèces nouvelles pour la science : Parmelia duboscqii des Abb. (dédiée au professeur O. Duboscq qui l’a accueilli au Laboratoire Arago) et Dermatocarpon abbayesi Bouly de Lesdain, qu’il ne peut pas identifier et qu’il confie au Dr. Bouly de Lesdain qui le lui dédie. A. Davy de Virville est l’auteur d’une série de communications sur l’Albera, parfois en collaboration avec J. Feldmann. Les travaux portent sur les influences des conditions de milieu sur la végétation, sur la flore algale des cuvettes et des flaques littorales de la côte rocheuse (1933), sur la flore hygrophile du vallon de Poada [Pouade] abritant des espèces -dans une ambiance générale méditerranéenne- d’affinité nettement atlantique ou montagnarde. Après qu’eut été prise la « résolution de Banyuls », lors de l’herborisation de la SIGMA en 1931, au cours de laquelle un groupe de phytosociologues a émis le soucis de codifier cette nouvelle approche de la botanique, c’est J. Braun-Blanquet qui réalise la première description des associations rupicoles halophiles du Roussillon, dont l’Armerietum ruscinonensis. J.-A. Rioux, J. Roux et S. Pignatti (1955) précisent la structure floristique et les affinités géographiques de ces associations littorales de la façade maritime de l’Albera dont le statut a été révisé en 1986 par J.-M. Géhu, J. Géhu-Frank et A. Burgi. La végétation aérohaline des falaises est représentée par quatre associations propres à cette côte et figurent au « Livre rouge des phyocœnoses terrestres du littoral français » (J.-M. Géhu, 1991). R. Nozeran et J. Roux (1958) étudient cette association particulière des ravins entaillant le flanc oriental du massif qu’est l’Isoetion. W. Zeller (1958) publie le résultat de ses recherches sur les associations du chêne-liège. J.H. Schuurmans Stekhoven (1961) réalise une série de relevés correspondant à l’association à Chenopodium botrys décrite par J. Braun-Blanquet (1951) qui précisait alors qu’elle était “connue seulement d’Espagne (Catalogne) et de France (bassin de l’Orb et près de Banyuls) dans les vignes sur sol siliceux léger1’. En 1970, la Société botanique de France revient dans l’Albera et visite, outre les groupements végétaux du littoral siliceux, la flore de la vallée de Lavall, les forêts du versant nord et les groupements sommitaux du Neulós [Néoulous]13. Depuis 1981, A. Baudière et divers collaborateurs ont entrepris, après l’étude de la végétation rupicole de l’haute Albera orientale, de poursuivre ici divers travaux de phytosociologie. En 1991 les membres de la Société botanique du Centre Ouest y herborisent. En 2005, le long du tracé du sentier littoral, entre Paulilles et Cervera, 486 plantes sont citées.
Historique partiel des prospections faunistiques
18Les premières mentions datent du début du XVIIIe siècle. En 1720, P. Barrère présente une étude, lue par De Jussieu à l’Académie des sciences et traitant d’un organisme vivant sur les fonds marins rocheux, organisme benthique sessile qu’il nomme « Nux pinea marina », Ascidie solitaire à l’aspect de « pomme de pin » du type Phallusia mamillata (Cuvier, 1815). D’autre part, dans les deux manuscrits successifs de sa Topographie botanique (cf. supra) il range, à propos de son herborisation à Cotlliure, les Coraux (il inventorie diverses espèces de Lithophyton, les Corallium album et rubrum, diverses espèces de Madrepora) et même les Spongia parmi les plantes, soit ce que R.A. de Réaumur qualifiait de “plantes pierreuses”.
19C’est dans la partie orientale de la chaîne que certains groupes systématiques ont commencé à être étudiés pour les Pyrénées et notamment dans l’Albera, dans des catalogues locaux ou des monographies dont celles publiées dans le cadre de la « Faune terrestre » et de la « Faune marine » des Pyrénées-Orientales, qui constituent autant de suppléments de la revue Vie et Milieu. Outre les travaux consacrés aux inventaires et à la systématique, il faut tenir compte de ceux d’ordre biologique (embryologie, biochimie...) et physiologique, dans la mesure où ils portent sur des taxa récoltés dans l’aire géographique considérée. Certains inventaires départementaux incluent plus ou moins largement des citations de localités de l’Albera, dont sa façade maritime (les Macrolépidoptères de Cl. Dufay, 1961, les Céphalopodes de K. Wirz, 1958, par exemple). D’autres groupes, comprenant relativement peu d’espèces, n’ont pas fait l’objet d’un tel traitement, mais sont néanmoins bien connus. C’est le cas des Aranéides. D’autres ne sont guère traités du fait des problèmes de systématique restant à résoudre, des difficultés de détermination, de l’absence croissante de spécialistes.
Évocation chronologique des principaux travaux recensés concernant la faune marine
20F. Lahille (1887) donne la première liste systématique, pour la région de Banyuls, de 40 espèces d’Ascidies. G. Pruvôt (1895) s’intéresse à la zone des coraux et donne, en 1897, une liste d’environ 150 espèces recueillies dans le rech Lacaze-Duthiers. P. Bougis (1946) effectue, à Banyuls, la première analyse quantitative de la microfaune d’une vase marine en Méditerranée, travail ayant alors permis d’affirmer que sa richesse ne le cédait en rien aux vases submergées de Plymouth, d’Écosse et du Danemark. J. Feldmann (1937) étudie, d’un point de vue phytosociologique, les trottoirs calcaires, formation à fleur d’eau à la fontière de deux mondes. P. Bougis (1946) effectue à Banyuls la première analyse quantitative de la microfaune d’une vase marine en Méditerranée. E. Angelier (1947) signale 24 espèces (les unes purement marines, les autres halophiles) pour la faune des eaux souterraines littorales des « calanques » étudiée ainsi pour la première fois. En 1950, puis 1951, J. Picard indique une vingtaine d’espèces du Cap de la Vella, 24 des anfractuosités littorales coralligènes du même cap et 46 de l’anse de Perafita. Cl. Delamare Deboutteville et P. Bougis (1951) étudient les trottoirs calcaires d’un point de vue écologique. Ils y montrent notamment la juxtaposition d’éléments d’origine terrestre et d’origine marine, avec une liste de 95 espèces réparties dans 11 embranchements. S.A. Gerlach (1952) étudie les Nématodes des eaux interstitielles littorales. J. Dragesco (1953) publie 56 espèces en ce qui concerne la faunule infusorienne littorale des sables marins et saumâtres. H.V. Herbst (1953) traite des Crustacés Copépodes Cyclopoïdes des eaux souterraines littorales. G. Hartmann (1953 et 1954), dans les sables et graviers à Amphioxus, dénombre 55 Ostracodes à Banyuls. Cl. Delamare Deboutteville (1954) publie une présentation générale en ce qui concerne les eaux souterraines littorales et leur faune interstitielle en y signalant, au total, 56 espèces. J. Paris (1954) signale 139 espèces pour la macrofaune des bancs rocheux dont 16 Polychètes nouvelles pour le golfe du Lion. K. Wirz-Mangold et U. Wyss (1958) traitent 162 espèces dans leur monographie sur les Opistobranches. A. Kernéis (1960) étudie, pour la première fois sur cette côte, la faune associée aux herbiers de Posidonies pour laquelle il signale 213 espèces. F. Monniot (1961 et 1962) cite 262 espèces appartenant à la faune des sables à Amphioxus, toutes stations étudiées confondues. L. Laubier et J. Paris (1962), dans leur monographie sur les Annélides Polychètes du littoral rocheux, signalent 330 espèces réparties dans 54 familles. A. Guille et L. Laubier (1966) y ajoutent 89 espèces soit, au total, 419 espèces sur les 600 alors connues pour la Méditerranée. Avec les données d’A. Guille (1971), le total se monte à environ 440 espèces. D. Reyss (1964) s’étonne que depuis l’époque où G. Pruvot s’en est préoccupé, “aucun zoologiste [ne se soit] intéressé systématiquement à ces fonds de coraux de la région de Banyuls dont la richesse extrême aurait dû attirer l’attention des chercheurs du Laboratoire Arago”. En 1964, puis dans sa thèse de 1969, D. Reyss indique 128 taxons répartis dans 12 embranchements pour la macrofaune des rechs Lacaze-Duthiers et du Fountaindrau. C.B. Kensler (1964) cite 105 espèces appartenant à une dizaine d’embranchements, constituant la faune des fissures des falaises côtières. 250 espèces de Mollusques (Aplacophores, Polyplacophores, Scaphopodes et Bivalves) figurent dans l’ouvrage de P. Mars (1965). Cl. Monniot (1965) dénombre 212 espèces d’invertébrés vivant en épibiotes sur la tunique des Microcosmus (Ascidies) après avoir étudié, en 1961, les associations de cette faune fixée. L. Laubier (1966) publie sa monographie biocénotique du coralligène de la région de Banyuls dont les communautés sont d’une grande richesse faunistique. N. Boury-Esnault (1966) consacre sa thèse aux Spongiaires et définit (1971) la répartition de 141 espèces. Après que G. Cherbonnier eut initié leur étude dans sa monographie de 1958, avec A. Guille il signale (1967) près d’une centaine d’espèces d’Échinodermes. En 1967, A. Levy (1967) répertorie 183 espèces de Foraminifères des canyons sous-marins et du plateau continental. H. Got et L. Laubier (1968) démontrent la particularité de la nature du substrat originel des fonds coralligènes de plateau. A. Guille et J. Soyer (1968) recensent 295 espèces pour la faune benthique des substrats meubles au niveau de six stations. A. Guille (1969), dans sa thèse, traitant de la répartition et de la composition des peuplements benthiques du plateau continental, site 715 espèces récoltées dans la vingtaine de stations étudiées. J. Soyer (1969) recense 254 espèces de Copépodes Harpacticoïdes (dont 48 nouvelles pour la science et 58 non signalées sur les côtes de France ou méditerranéennes), ce qui porterait à environ 340 le nombre d’espèces pour la mer de Banyuls, faisant de cette région l’une des mieux connues de ce point de vue. A. Medioni (1970) étudie la grotte superficielle du cap Biarra [Béar] et traite de 115 espèces de Bryozoaires. Les observations de J. Soyer (1970) en ce qui concerne la bionomie benthique du plateau continental, notamment les peuplements des fonds meubles, aboutissent à l’inventaire de 715 espèces dont 146 Mollusques, 160 Crustacés, 225 Polychètes, et le conduisent à penser que l’on a ici “la présence simultanée de deux contingents faunistiques particulièrement riches, un contingent boréal et un contingent sub-tropical et même tropicaf’. A. Fiala-Medioni (1970, 1972-1973) signale 117 espèces de Bryozoaires entre 0 et – 40 m et y estime à 50 le nombre d’espèces d’Ascidies. D. Reyss (1971) signale quelque 300 espèces récoltées dans huit types de peuplements de macrofaune benthique pour deux vallées sous marines. N. Boury-Esnault (1971) cite 191 espèces de spongiaires entre 0 et -40 m après avoir, en 1968, consacré sa thèse à ce groupe. F. de Bovée (1988) dresse une liste de 184 espèces pour la nématofaune des vases terrigènes côtières. J. Aymar (1991) signale 304 Mollusques de la baie de Paulilles. P. Noël (1993) indique que 86 espèces de décapodes nageurs sont recensées à l’intérieur de la réserve naturelle. La Réserve marine a suscité de nombreux travaux dont une évaluation des espèces à forte valeur patrimoniale14. J.Y. Jouvenel (1997) dresse la liste de 124 poissons présents dans la réserve naturelle marine.
Évocation chronologique des principaux travaux recensés concernant la faune terrestre
21Le grand nombre de publications nous conduit à évoquer juste les principaux travaux ayant fourni des listes plus ou moins importantes d’espèces, à l’exclusion des autres publications. Au retour de ses premières excursions à Cotlliure et à la Massana V. Mayet publie (1871) une première liste de 535 espèces de Coléoptères pour l’Albera. Son Catalogue des Coléoptères des Albères (1900-1904) comporte 1729 citations d’espèces. Ce nombre est porté à 2028 citations dans son supplément du fait qu’il renonce à éliminer les vulgarités comme il l’avait pensé au début. A. Vandel (1941) dresse une liste des espèces d’Isopodes terrestres recueillis dans l’Albera avec des remarques quant à leur répartition écologique. M.-L. Verrier avec divers travaux à partir de 1943, puis avec H. Bertrand (1949, 1950), traite des Éphéméroptères.
22Sont aussi inventoriés : 104 Coléoptères (L. Schaefer, 1950), 323 Hyménoptères vespiformes (H. Nouvel et H. Ribaut, 1958), 50 Curculionidés (A. Hoffmann entre 1950 et 1958), 58 Diptères Syrphidés (RH. von Doesburg, 1951), 31 Diptères amateurs de sel (J. Hamon & H. Remmert, 1952), 275 Hétéroptères (Ed. Wagner, 1955), 323 Hyménoptères vespiformes (H. Nouvel et H. Ribaut, 1958), 29 Aphidoidea (G. Remaudière, 1958), 19 Névroptéroïdes (J. Auber, 1958), 21 Odonates (R Aguesse, 1958), 123 Hyménoptère Ichneumonidae (J.F. Aubert, 1960), 50 Coléoptères (R Joffre, 1960), 40 Thécamœbiens (L. Bonnet & R. Thomas, 1960), 30 Coléoptères Buprestides (P. Joffre, 1960), 43 Buprestides (L. Schaefer, 1963), 38 Sporozoaires et 5 Cnidosporidies (J. Théodoridès, 1963), 50 Fourmis (F. Sommer & H. Cagniant, 1988), 80 Cérambycidé (J. Comelade (1992 & 1995), 40 Buprestide (F. Ferrero, R. Guerroumi & J. Leplat, 1992), 61 Alticinae (S. Doguet, 1994), 245 Coléoptères (J. Leplat, 1997), 116 Lépidoptères Géométridés (R. Mazel & S. Peslier, 1997), 67 Coléoptères (F. Ferrero, 1999), 192 Staphylins (M. Tronquet, 2001), 31 Coléoptères Ténébrionidés (L. Soldati, 2002).
Les principaux milieux étudiés
23À côté d’une évocation chronologique des principaux travaux recensés on peut également souligner l’importance ainsi que la diversité des milieux étudiés et des thèmes traités ou encore des problèmes écologiques posés. En effet, un secteur biogéographique est à la fois le réceptacle d’une certaine diversité spécifique floristique et faunistique, mais il renferme également un ensemble d’unités fonctionnelles. Des biotopes et biocénoses remarquables sont signalés : des animaux marins ayant survécu au retrait de la mer se sont maintenus en eau douce avec une morphologie inchangée, des Diptères amateurs de sel, la faune cavernicole, des bancs rocheux, des trottoirs calcaires, des poches d’eau du lit inférieur des torrents et cuvettes résiduelles, des formations pelliculaires, du « matorral » côtier, phréaticole, des milieux hygropétriques, des blocs à Microcosmus, des fissures des falaises côtières, associée aux herbiers de Posidonies, les communautés coralligènes, la microfaune des fonds meubles, les sables et graviers à Amphioxus...
Nombre de publications et d’auteurs
En géologie
24En géologie marine, on compte 65 publications (1 entre 1800-1899 ; 8 entre 1900-1949 ; 56 entre 1950-1999) pour 58 auteurs. En géologie terrestre, on dénombre 57 publications (8 entre 1850-1899 ; 3 entre 1900- 1949 ; 46 entre 1950-1999) pour 58 auteurs. Soit au total 122 publications pour la géologie (9 entre 1800-1899 ; 11 entre 1900-1949 ; 102 entre 1950- 1999) et 116 auteurs différents.
En zoologie
25En zoologie marine, ce sont 541 publications (1 entre 1800-1849 ; 20 entre 1850-1899) ; 48 entre 1900-1949 ; 465 entre 1950-1999 et 7 postérieures à 1999), qui sont signées par 307 auteurs. En zoologie terrestre : 557 publications (2 entre 1800-1849 ; 16 entre 1850-1899 ; 83 entre 1900-1949 ; 439 entre 1950-1999 et 17 postérieures à 1999) et 317 auteurs. Soit au total 1098 publications pour la zoologie (3 entre 1800-1849 ; 36 entre 1850-1899 ; 131 entre 1900-1949 ; 904 entre 1950-1999 et 24 postérieures à 1999) et 624 auteurs différents.
Pour la flore marine et terrestre
26La flore marine et terrestre a suscité 177 publications (1 entre 1600- 1699 ; 3 entre 1700-1799 ; 5 entre 1800-1849 ; 23 entre 1850-1899 ; 38 entre 1900-1949 ; 100 entre 1950-1999 et 7 postérieures à 1999) pour 152 auteurs.
Bilan
27Au total, pour les domaines maritime et terrestre, ce sont 1397 publications traitant des espèces et des milieux (122 pour la géologie, soit 8,7 % ; 1098 pour la faune, soit 78,6 % ; 177 pour la flore, soit 12,7 %) et 892 auteurs différents. La différence avec les 1537 références bibliographiques utilisées tient à ce que les 140 autres titres traitent de thèmes généraux quant à la création du Laboratoire Arago, la protection de ce site, les incendies, certains aspects paysagers... Toutes ces publications sont extraites de 39 différents titres de revues15.
Nombre d’espèces figurant à l’inventaire
28Le total de taxa répertoriés, pour les deux domaines marin et terrestre est de 11 487. La faune et la flore inventoriées se répartissent ainsi : faune marine (6003 taxa soit 52 %), faune terrestre (2893 taxa soit 25 %), flore cryptogamique (1462 taxa soit 13 %), plantes supérieures (1157 taxa soit 10 %). En ce qui concerne la connaissance de la flore cryptogamique nous avons la répartition suivante : Algues (53 %), Diatomées (36 %), Lichens (11 %). Les Mousses et les Champignons ne sont pas pris en compte.
Nombre de taxa nouveaux pour la science ou pour un territoire donné
Faune marine : espèces nouvelles pour la science et pour certains territoires
29346 taxa marins nouveaux (337 espèces et 9 sous-espèces, dont 20 genres nouveaux et une famille) sont décrits de la mer de Banyuls. Trentetrois groupes systématiques sont concernés, dont onze comptent huit taxa nouveaux pour la science ou plus16. D’autre part, 134 taxa (dont 3 genres) sont nouveaux pour la Méditerranée (42 au moins, soit 31 %) ou pour la Méditerranée W et les côtes françaises (92, soit 69 %)17.
Faune terrestre : espèces nouvelles pour la science et pour certains territoires
30136 taxa terrestres nouveaux (124 espèces et 12 sous-espèces, dont 5 genres nouveaux) sont décrits de la façade maritime de l’Albera. Vingt-quatre groupes systématiques sont concernés, dont huit comptent cinq taxa nouveaux pour la science ou plus18. D’autre part, 1 taxa est nouveau pour l’Europe (un Hyménoptère), 37 taxa sont nouveaux pour la France dont un genre, 2 le sont pour les Pyrénées, répartis dans treize groupes systématiques.
Flores marine et terrestre : espèces nouvelles pour la science et pour certains territoires
31On dénombre 34 espèces nouvelles pour la science (26 Algues marines dont deux genres nouveaux, 3 Lichens, 1 Champignon et 4 Phanérogames). D’autre part, 2 taxa sont nouveaux pour l’Europe, 7 le sont pour la France et 12 le sont pour la bordure méditerranéenne.
Bilan
32Au total, pour la faune et la flore, ce sont 516 taxa qui sont nouveaux pour la science (495 espèces et 21 sous-espèces dont 1 famille et 27 genres nouveaux). De plus, 199 taxa sont nouveaux pour un territoire donné : 54 pour la Méditerranée, 92 pour l’ouest de la Méditerranée et les côtes françaises, 2 pour l’Europe, 44 pour la France, 2 pour les Pyrénées.
Les dédicaces
33126 taxa nouveaux (soit près de 23 % de la faune et de la flore décrites d’ici) sont dédiés soit à des naturalistes ayant œuvré dans la dition (92 dédicaces patronymiques accordées à 51 personnalités différentes), soit à des toponymes propres à cette façade maritime (34 dédicaces toponymiques). Ces dédicaces se répartissent ainsi en ce qui concerne la faune. Pour la partie marine : 56 accordées à des naturalistes et 12 pour la toponymie (banyulensis). Pour la partie terrestre : 28 naturalistes et 19 pour la toponymie dont 10 toponymes (alberensis ou albereana, baillauriensis, banyulensis, cerberus, colliourensis, madeloca, pouadensis, portus veneris ou venus, et de façon plus extensive, catalonicus ou catalanus, ruscinense). Pour la flore : 8 naturalistes et 3 pour la toponymie.
Bilan général
34Le bilan général s’établit ainsi : 1537 publications ; 892 auteurs différents ; 11487 taxa inventoriés ; 516 taxa décrits dont 2 familles et 27 genres ; 209 taxa nouveaux pour la Méditerranée, l’Europe, la France, dont 4 genres ; 126 dédicaces locales ; 76 taxa protégés19.
35De plus divers espaces protégés ou classés à divers titres existent sur ce secteur : une réserve naturelle marine (1974), des sites classés (1976- 1978), des arrêtés de biotope, des terrains acquis par le Conservatoire du littoral, des ZNIEFF, ZICO, des sites Natura 2000.
36L’intérêt patrimonial résulte de la présence d’espèces nouvelles pour la science, pour l’Europe, pour toute ou partie de la Méditerranée, pour la France, pour les Pyrénées-Orientales ; d’espèces protégées, d’endémiques, de taxa ayant ici leurs seules localités connues pour le département, pour la région, pour la France.
37L’intérêt biogéographique tient à la présence de stations relictuelles, de référence, de taxa en limite d’aire. Si un certain nombre d’espèces ont une distribution strictement méditerranéenne, d’autres sont des espèces nordiques, ou considérées comme étant des boréales, ou appartenant à une faune relicte du quaternaire froid. Elles atteignent ici leur limite méridionale. D’autres (ibériques et/ou nord-africaines) ont ici leur limite septentrionale. La coexistence de deux contingents faunistiques benthiques des substrats meubles, un contingent boréal et un contingent subtropical et même tropical, est soupçonné. Des espèces se situent ici à des altitudes inaccoutumées. Outre les diverses faunes signalées (cf. supra), figurent ici des stations de référence permettant notamment des comparaisons avec celles de milieux identiques plus nordiques.... Certaines espèces (des Reptiles, des Gastéropodes par exemple), qui manquent normalement au voisinage de la mer, ne se trouvent là que grâce à l’avancée du massif de l’Albera vers la Méditerranée.
38Comme ce type de démonstration peut aussi être mené à bien pour le restant du massif, on voit combien toute cette chaîne mérite un statut de protection et une gestion appropriée.
Notes de bas de page
1 En 1964, Pierre-Paul Grassé reconnaît qu’à Banyuls “tout concourt pour [faire du Laboratoire Arago] un centre d’études privilégié ; l’incomparable douceur du climat, la variété des milieux biologiques tant marins que terrestres, la qualité de l’installation et de l’appareillage mis à disposition des chercheurs, [qui] lui valent une Juste réputation’’ (in “Allocution de M. le Professeur Pierre-Paul Grassé”. Vol. JubiL G. Petit, Vie et Milieu, suppl. 17, 1964, pp. XXXI-XXXVII). Et Georges Petit d’ajouter : “Le Laboratoire Arago est situé dans une région exceptionnelle du point de vue de sa faune terrestre...” (in “Allocution de M. le Professeur Georges Petit”. Vol. Jubil. G. Petit, Vie et Milieu, suppl. 17, 1964, pp. XLVII-LIV).
2 “Note sur le projet de constitution d’un réseau de réserves naturelles sur le littoral Languedoc-Roussillon” établie par le Conseil National de la Protection de la Nature (CNPN) [Service des Parcs et Réserves de la Direction de la Protection de la Nature].
3 Parmi les quatorze sites retenus en 1977 afin de constituer un réseau de réserves naturelles sur le littoral du Languedoc-Roussillon, figure le « Trottoir et les falaises de la réserve marine Banyuls-Cerbère » (site n° 14). Ce réseau, présenté au CNPN, a fait l’objet d’une notification aux préfets concernés. Il leur était demandé “de veiller à ce qu’aucune décision mettant en péril l’intégrité des biotopes ne soit prise sans en informer préalablement la Direction de la Protection de la Nature de manière à prendre éventuellement des mesures de protection temporaire (instance de classement)’’. Les études sont remises en 1978, dont celle concernant la côte rocheuse par l’Association Charles Flahault (Georges BASSOULS avec la coll. de Jean-Jacques AMIGO et Yves COINEAU, 1978. – “Projet de réserve naturelle de Banyuls-Cerbère (P.– O.)”. Ministère de l’environnement et du cadre de vie. Réserves naturelles du littoral Languedoc-Roussillon. Association Ch. Flahault, déc. 78. Notice 14 : X p. + 1 carte). Ce projet concernait le trottoir maritime, les falaises en surplomb et les replats sommitaux. G. Bassouls rapporta devant le Conseil national le 27 octobre 1978 à Neuilly sur Seine, puis devant la Commission des sites du 24 octobre 1979. Le projet pour la côte rocheuse est retenu, sans objection : “il s’agit d’une extension au trottoir maritime et aux falaises de la réserve marine”. Lors de deux Comités consultatifs de la réserve naturelle marine (28 septembre 1994 et 4 octobre 1995), J.-J. Amigo (in procès-verbal de la réunion) signale “qu’il serait opportun d’adjoindre une réserve terrestre à la réserve marine”.
4 Jean-Jacques AMIGO avec la col. de Joseph TRAVÉ & Roger PRODON. “Richesses naturelles et protection du massif des Albères”. Propositions du Comité scientifique de l’Association Ch. Flahault avec la collaboration du Comité de protection de la nature des P.-O., 1984, pp. 1- 14.
5 En 1989, l’application de la loi littoral fournit l’occasion de dresser l’inventaire des richesses naturelles, du Barcarès à Cervera, de définir les espaces sensibles et de les cartographier (Jean-Jacques AMIGO, 1991, “La côte rocheuse de l’Albera. Étude de synthèse des espaces et milieux littoraux en vue de l’application de la loi littoral” (avec la coll. de Gérard BERLIC et Jean-Louis VAILLS). Société d’Histoire naturelle de Perpignan et des P.-O. & D.R.A.E.L.-R. : 57 pp. 6 “Inventaire des richesses naturelles des espaces et milieux littoraux en vue de l’application de la loi littoral. Communes de Collioure, Portvendres, Banyuls, Cerbère” (avec la coll. de Gérard BERLIC, Jean AYMAR, Jean-Louis VAILLS, Robert MAZEL). Société d’Histoire naturelle de Perpignan et des P.-O. & D.R.A.E.L.-R. : 30 + 39 + 60 + 29 pp.)
6 René GALZIN & al., 1999. District de la Côte Vermeille. Étude d’opportunité sur la création d’un parc national marin et terrestre sur la Côte Vermeille. Rapport final. École pratique des hautes études, URA 1453 CNRS : 191 pp.
7 Jean-Jacques AMIGO. « La façade maritime de l’Albera. Historique des prospections scientifiques, de la découverte des richesses naturelles et de la mise en place des mesures de protection ». À paraître.
8 Lettre datée du 17 juin 1796 et adressée au naturaliste alsacien J. Hermann, in C. Gerber, 1926 : “Strasbourg et la flore des Pyrénées-Orientales. Correspondance Hermann-Lepage”. Bull. Soc. bot. Fr., 73, pp. 610-615.
9 Pietro BUBANI. Flora pyrenaea per Ordines Naturales gradatim digesta, Gênes-Milan, 4 vol., 1897-1902, 2168 pp.
10 Localités de plantes à Cotlliure, Port-Vendres, Banyuls in “Guide en Roussillon...” d’HENRY, Éd. de la Grande Fontaine, 1842, pp. 340-341.
11 GAYRAL P. « Jean Feldmann (1905-1978) » Bull. Soc. bot. Fr., 126, Lettres bot. 2, 1979, pp. 261-266.
12 DRACH Pierre. « Premiers développements de l’océanographie au Laboratoire Arago » in Centenaire de Laboratoire Arago 1882-1982. Vie et Milieu, 32 (4), 1982, pp. 225-233.
13 BAUDIÈRE André & col. (SIMONNEAU Pierre, CAUWET Anne-Marie, SERVE Léon). Livreguide Société botanique de France, 98e session extraordinaire, I. Perpignan-Superbolquère, 15- 26 mai 1970. Notices et itinéraires botaniques., 1970 : 95 pp.
14 1 tortue marine, 13 oiseaux, 3 mammifères marins, 5 poissons, 3 invertébrés, 2 phanérogames marines et 3 algues macrophytes, selon l’ébauche de plan de gestion présenté au Comité consultatif par J.-L. Binche en 1995 et ayant abouti au rapport d’octobre 2000.
15 Si l’on compte les travaux universitaires et les divers rapports, on obtient le classement suivant : Vie et Milieu (654 titres, soit 42,5 % du total) ; une douzaine de revues entomologiques (209 titres, soit 13,6 %) ; 136 travaux universitaires (thèses, diplômes..., soit 8,8 %) ; les Archives de zoologie expérimentale et générale (52 titres, soit 3,4 %). Viennent ensuite : le Bulletin de la Société d’Histoire naturelle de Toulouse (34 titres), les Comptes-rendus de l’Académie des sciences de Paris (25), le Bulletin de la Société zoologique de France (23), les Annales de l’institut océanographique de Monaco (22), le Bulletin de la Société botanique de France (22), le Bulletin de la Société linnéenne de Lyon et ses Annales (19), le Bulletin de l’institut océanographique de Paris et ses Annales. Pour les principales revues d’entomologie : l’Entomologiste (45), Faune de France (38), la Revue de l’Association roussillonnaise d’entomologie (34), le Bulletin de la Société entomologique de France et ses Annales (24), Entomologica gallica (19), Alexanor (11), Encyclopédie entomologique Ed. Lechevalier (11)...
16 Les Copépodes (144 taxa), les Opistobranches (30 taxa), les Nudibranches (23 taxa), Ciliés (19 taxa), les Annélides (19 taxa), les Nématodes (14 taxa), les Grégarines (13 taxa), les Ostracodes (10 taxa), les Turbellariés (9 taxa), les Ascidies (9 taxa), les Spongiaires (8 taxa). Pour tous les autres, le nombre de taxa nouveaux va de un à quatre. 40,2 % des taxa maritimes nouveaux pour la science sont des Crustacés ; 18,6 % sont des Mollusques ; 12,5 % des Protistes.
17 Parmi eux, 86 Copépodes et une vingtaine au moins d’Annélides.
18 Les Coléoptères (32 taxa), les Hétéroptères (20 taxa), les Acariens (14 taxa), divers parasites (12 taxa), les Hyménoptères (9 taxa), les Myriapodes (8 taxa), les Collemboles (7 taxa), les Hydracariens (5 taxa). Pour tous les autres, le nombre de taxa nouveaux va de un à deux. 60,5 % des taxa terrestres nouveaux pour la science sont des Insectes ; 18,6 % des Chélicérates.
19 2 Mollusques, 1 Echinoderme, 2 Poissons, 3 Batraciens, 5 Reptiles, 21 oiseaux, 6 Chauvesouris, 36 plantes (19 au niveau national, 17 au niveau régional), soit 40 taxa pour la faune et 36 pour la flore. 12 espèces végétales sont inscrites au Livre rouge de Jean-Jacques AMIGO.
Auteur
-
Jean-Jacques Amigo
Secrétaire de l’Association Charles Flahault
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