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    Plan détaillé Texte intégral Réification, abstraction et problème de la bureaucratie chez Georg Lukács Réification et finance bureaucratique aujourd’hui Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Le capitalisme des philosophes

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    Table des matières

    Réification et critique du capitalisme aujourd’hui : éléments pour une réactualisation

    Alexis Cukier

    p. 77-91

    Texte intégral Réification, abstraction et problème de la bureaucratie chez Georg Lukács Réification et finance bureaucratique aujourd’hui La réification bureaucratique du travail financier Les outils de la réification financière Les effets sociaux de la réification financière et administrative Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Dans ce texte1, nous défendons que la notion lukácsienne de réification – « le fait qu’un rapport, une relation entre personnes prend le caractère d’une chose et, de cette façon, d’une “objectivité illusoire” qui, par son système de lois propre, rigoureux, entièrement clos et rationnel en apparence, dissimule toute trace de son essence fondamentale : la relation entre hommes2 » – constitue une catégorie pertinente pour décrire et critiquer certains traits spécifiques du capitalisme contemporain. Dans notre perspective, la réification permet de préciser, au cœur de la thématique plus large de l’aliénation – et particulièrement de l’analyse marxienne des formes marchandes et organisationnelles de l’aliénation causée par le capitalisme3 – le moment non pas d’un devenir-objet des sujets ou d’un devenir-sujet des choses mais d’un devenir-chose du pouvoir ; c’est-à-dire la manière dont des formes d’organisation de la vie sociale, liées au fonctionnement du marché, de l’entreprise et de l’État, chosifient et contraignent l’exercice du pouvoir et en dépossèdent les individus.

    2Plus spécifiquement, nous proposons de montrer que ce moment « réifiant » des processus d’aliénation dans le néocapitalisme4 permet d’éclairer certains processus de financiarisation (termes qui peut désigner l’ensemble des transformations structurelles de l’économie depuis les années 1970, organisées autour de la généralisation de l’épargne de masse, de l’offre de crédit à la consommation, ainsi que de la fixation par les places boursières des objectifs de production, de circulation et de valorisation capitalistes des entreprises5) et de bureaucratisation (liée à l’ensemble des normes, règles, procédures, certifications et formalités transversales et similaires imposés aujourd’hui aux travailleurs et citoyens pour organiser leurs actions dans les domaines du travail, de la consommation et de l’administration étatique6) des rapports sociaux propres au capitalisme dans sa période néolibérale.

    3Dans cette perspective, nous rappellerons dans un premier temps quelques éléments de la thématique lukácsienne de la réification dans Histoire et conscience de classe. Nous insisterons particulièrement dans ce texte non pas sur la critique, plus connue, de l’organisation tayloriste du travail (dont on pourrait également montrer que certaines analyses demeurent pertinentes pour aborder le néo-management contemporain) mais sur l’analyse du « processus désormais unifié de capitalisation radicale de toute la société7 » et du « problème de la bureaucratie moderne8 » en terme de réification. Dans un deuxième temps, nous montrerons comment certaines analyses contemporaines du travail dans le secteur de la finance ainsi que de l’application des principes néolibéraux du « capital humain » et de « l’économie de la dette » dans l’administration étatique permettent d’envisager une réactualisation du concept de réification dans le contexte contemporain.

    Réification, abstraction et problème de la bureaucratie chez Georg Lukács

    4La catégorie lukácsienne de réification constitue une synthèse des thématiques marxienne du fétichisme de la marchandise et wébérienne de la rationalisation dans le capitalisme. L’opérateur théorique de cette synthèse est la notion d’abstraction, qui renvoie en premier lieu chez Lukács au rapport de causalité qui s’établit entre « le travail abstrait, égal, mesurable avec une précision croissante au temps de travail socialement nécessaire, le travail de la division capitaliste du travail, à la fois en tant que produit et condition de la production capitaliste », et « la forme d’objectivité tant des objets que des sujets de la société » et notamment « leur relation à la nature et les relations possibles en son sein entre les hommes9 », mais qui s’étend ensuite aux domaines de la finance et de la bureaucratie.

    5Dans la section « Le phénomène de la réification », Lukács, après avoir reconstitué le problème marxien du fétichisme de la marchandise et constaté « l’évolution de la forme marchande en forme de domination réelle sur l’ensemble de sa société10 », fait porter la critique de la réification sur les « relations possibles » entre les hommes, dans le contexte d’une analyse des effets psychiques et sociaux de l’organisation tayloriste du travail sur les individus et leurs rapports :

    La séparation de la force de travail et de la personnalité de l’ouvrier, sa métamorphose en une chose, en un objet que l’ouvrier vend sur le marché, se répète également ici, à cette différence près, que ce n’est pas l’ensemble des facultés intellectuelles qui est opprimé par la mécanisation due au machines, mais une faculté (ou un complexe de facultés) qui est détachée de l’ensemble de la personnalité, objectivée par rapport à elle, et qui devient chose, marchandise11.

    6Le travail segmenté, divisé, objectivé, « rationnellement mécanisé » par « la forme intérieure d’organisation de l’entreprise industrielle12 », accentue l’abstraction de la personnalité opérée par le traitement capitaliste du travailleur comme force de travail et marchandise à vendre sur le marché :

    Avec la décomposition moderne “psychologique” du processus du travail (système de Taylor), cette mécanisation rationnelle pénètre jusqu’à « l’âme » du travailleur : même ses propriétés psychologiques sont séparées de l’ensemble de sa personnalité et sont objectivés par rapport à celles ci, pour pouvoir être intégrées à des systèmes spécifiques rationnels et ramenés au concept calculateur13.

    7Lukács thématise les conséquences psychologiques de cette expérience sociale négative spécifique en termes « d’impuissance » ou « d’attitude contemplative », qu’il ne faut pas comprendre d’abord comme un type de rapport à soi mais comme un type de rapport à la société :

    L’attitude contemplative vis-à-vis d’un processus mécaniquement conforme à des lois et qui se déroule indépendamment de la conscience et sans l’influence possible d’une activité humaine, qui, autrement dit, se manifeste comme un système achevé et clos, transforme aussi les catégories fondamentales de l’attitude immédiate des hommes vis-à-vis du monde14.

    8Cette attitude contemplative est la conséquence d’un processus de réification du rapport des individus à la société, qui entraine l’impossibilité de sa transformation au moyen de la coopération et de l’auto-organisation des travailleurs.

    9Mais la principale originalité de l’analyse lukácsienne consiste à associer cette critique de la subsomption réelle opérée par la division tayloriste du travail à celle de la bureaucratie étatique, dans ses dimensions administratives, juridiques et proprement politiques. C’est ici qu’intervient l’acception wébérienne de la notion de Versachlichung (littéralement « chosification », le plus souvent traduit en français par « objectivation »), qui désigne une domination s’exerçant par des règles impersonnelles, « sans considération de personne15 », c’est à dire, au sens de Lukács, abstraites : « La réification générale : sujétion à des « normes » abstraites (politiques, éthiques) : le signe distinctif de la domination légale16 ». Elle culmine ainsi dans la domination de type bureaucratique, et plus précisément dans les rapports entre entreprises capitaliste et État bureaucratique, dont Lukács reprend donc explicitement l’analyse wébérienne17 pour mettre en lumière « le problème de la bureaucratie moderne » sans l’analyse duquel, affirme-t-il, on ne peut expliquer l’« adaptation du mode de vie et de travail et, parallèlement aussi, de la conscience, aux présuppositions économiques et sociales générales de l’économie capitaliste18 ». Tout comme la division tayloriste du travail, la bureaucratie moderne implique, d’un point de vue sociologique, un processus de « décomposition de toutes les fonctions sociales en leurs éléments », et d’un point de vue psychologique « des répercussions semblables dues à la séparation du travail et des capacités et besoins individuelles de celui qui l’accomplit » ; c’est-à-dire que l’État bureaucratique n’est pas moins que l’entreprise capitaliste une cause de la réification de l’exercice du pouvoir des individus.

    10Georg Lukács a ici en vue « la rationalité formelle du Droit, de l’État, de l’Administration19 », et met particulièrement en lumière la systématisation, l’extension et la routinisation de la fonction juridique, qui s’applique désormais « à tous les évènements possibles de la vie20 ». Dans cette perspective, les salariés de l’administration ne sont pas moins que les ouvriers – il va jusqu’à affirmer qu’il doivent subir « une intensification encore plus monstrueuse de la spécialisation unilatérale » de leur travail – affectés par ces nouvelles formes de réification :

    Les genre spécifique de probité et d’objectivité bureaucratiques, la soumission nécessaire et totale du bureaucrate individuel à un système de relations entre choses, son idée que précisément “l’honneur” et “le sens de responsabilité” exigent de lui une semblable soumission totale, tout cela montre que la division du travail s’est enfoncée dans “l’éthique” – comme elle s’est, avec le taylorisme, enfoncée dans le “psychique”21.

    11L’analyse wébérienne de la bureaucratie moderne peut ainsi être associée par Lukács à ce que Marx désignait dans l’Idéologie allemande comme la « pétrification de l’activité sociale22 » par la division du travail, et réactualisée dans le contexte de nouvelles formes d’organisation du travail et de la vie sociale qui causent « un renforcement de la structure réifiée de la conscience comme catégorie fondamentale pour toute la société23 ».

    12En retour, la compréhension et l’extension de la notion de fétichisme de la marchandise peuvent être élargies, et intégrer ce moment de la rationalisation organisationnelle, scientifique et étatique, qui non seulement transforme « l’activité de l’homme » en une « marchandise qui est soumise à l’objectivité24 » mais encore chosifie les rapports sociaux dans un système clos de lois abstraites25.

    13C’est dans ce cadre que Lukács esquisse l’analyse, certes en des termes imprécis, de l’importance nouvelle prise en son temps par « les formes du capital » liées au « capital marchand » et à la finance ainsi que « le rôle de l’argent, comme trésor ou comme capital financier » dans ces discours et ces pratiques. Ces formes sociales, qui présentent les relations marchandes sous une forme immédiate, apparaissent, du fait même de la réification capitaliste, comme les « formes pures, authentiques et non falsifiées du capital » et à ce titre constituent « pour la conscience réifiée, les véritables représentantes de sa vie sociale26 ». Georg Lukács, dans le prolongement de Karl Marx, est particulièrement attentif aux discours de l’économie bourgeoise, qui désigne les « lois du marché » en termes météorologiques, cosmologiques ou théologiques, et reflète l’expérience de l’impuissance devant des rapports sociaux vécus comme naturels, intransformables et autonomes. Mais là encore, le principal apport de l’analyse lukácsienne consiste à articuler cette critique de la finance capitaliste à celle de la « bureaucratisation » des rapports sociaux, dont la solidarité – particulièrement éclairante aujourd’hui, comme on peut le percevoir déjà intuitivement dans l’importance prise dans l’imaginaire contemporain du capitalisme par la multiplication, l’opacité et la complexité des opérations comptables, gestionnaires et financières effectuées dans les back offices des banques, administrations publiques et grandes entreprises – tient selon lui à l’importance centrale qu’y prennent le calcul des probabilités et des risques. Cette forme particulière d’abstraction repose essentiellement sur des processus d’assurance et de juridicisation des activités sociales, qui impliquent une forme de dépersonnalisation de la dimension stratégique de l’action :

    Car l’essence du calcul rationnel repose en fin de compte sur ce que le cours forcé, conforme à des lois et indépendant de « l’arbitraire » individuel, des phénomènes déterminés est connu et calculé. Le comportement de l’homme s’épuise donc dans le calcul correct des issues possibles de ce cours (dont il trouve les « lois » sous forme achevée), dans l’habileté à éviter les « hasards » gênant par l’application de dispositions de protection et de mesure de défense (qui reposent également sur la connaissance et l’application de semblables « lois ») ; il se content même très souvent de calculer les probabilités du résultat possibles de telles « lois », sans essayer d’intervenir dans le cours lui-même par l’application d’autres « fois » (système des assurances, etc.). Plus on considère cette situation en profondeur et indépendamment des légendes bourgeoises sur le caractère créateur des promoteurs de l’époque capitaliste, plus apparaît clairement, dans un comportement, l’analogie structurelle avec le comportement de l’ouvrier vis-à-vis de la machine qu’il sert et observe, dont il contrôle le fonctionnement en l’observant27.

    14Cette analyse permet à Lukács de montrer la solidarité de la « réification-fétichisme » des formes financières dérivées du capital et de la « réification-rationalisation » de la société administrée : les individus s’y épuisent dans un engrenage irrationnel de calcul et de protection qui les enferment paradoxalement dans l’impuissance la plus complète à l’égard des actions qu’on leur demande de contrôler28. Autrement dit : l’organisation « administrativo-financière » du travail et des relations sociales se constitue en formidable machine à produire de « l’attitude contemplative », suscitant des expériences et des comportements de « transfiguration, de résignation ou de désespoir29 ». La dimension subjective de la réification semble donc trouver sa forme extrême dans la soumission conjointe aux lois apparemment éternelles de la science économique, au rôle accru du capital financier dans les rapports sociaux capitalistes et à la systématisation du calcul administratif des probabilités et des risques. La section « Le phénomène de la réification » s’achève ainsi sur une analyse sombre des effets psychiques, sociaux et politiques de la finance et de la bureaucratie comme facteurs de réification, c’est-à-dire d’impossibilisation, subjective et objective, de l’exercice du pouvoir des individus sur la totalité sociale.

    15C’est ce diagnostic lukácsien d’un approfondissement de la réification par l’organisation financière et bureaucratique qu’il nous paraît pertinent de réactualiser aujourd’hui, en examkinant comment les nouvelles formes d’accumulation du capital et d’administration étatique (elles-mêmes indissociables de nouvelles formes de division du travail) entravent le libre développement des individus, et rendent difficiles ou impossibles les relations sociales de coopération et les tentatives de transformation collective de leur organisation.

    Réification et finance bureaucratique aujourd’hui

    16Une réactualisation contemporaine de l’analyse lukácsienne de la réification pour penser les processus de financiarisation et de bureaucratisation des sociétés capitalistes contemporaines permet donc d’éviter radicalement, comme l’exprime Lukács, « les légendes bourgeoises sur le caractère créateur des promoteurs de l’époque capitaliste » ainsi que l’enthousiasme théorique, qu’il soit apologétique ou critique, pour un prétendu « capitalisme liquide ». Elle peut s’appuyer sur l’analyse du travail financier lui-même, qui porte à son comble les processus de réification par l’organisation managériale du travail30 ; sur la description de la constitution de certains produits financiers (nous nous en tiendrons ici à l’exemple de la titrisation) ; ainsi que sur l’analyse des implications psycho-sociales et des conséquences politiques d’expériences sociales typiques du capitalisme contemporain (en prenant ici l’exemple de l’endettement généralisé). Dans chacune de ces dimensions de l’activité administrativo-financière, on retrouve les processus d’abstraction, de dépersonnalisation et d’impossibilisation du pouvoir dont Lukács proposa en son temps la synthèse critique au moyen de la notion de réification.

    La réification bureaucratique du travail financier

    17Le processus de réification concerne d’abord l’activité des travailleurs de la finance elle-même, qui, contrairement à l’imaginaire néolibéral du financier entreprenant et délié de toute contrainte, est sujette à un ensemble de procédures et à des « règles du jeu » qui, pour absurdes et opaques qu’elles puissent paraître (y compris souvent aux salariés de la finance eux-mêmes), sont extrêmement strictes. L’analyse développée par Béatrice Hibou des modalités et facteurs de la bureaucratisation du secteur de la finance31 permet de mettre en relief les dimensions d’abstraction, de standardisation et de spécialisation qui définissent les formes réifiantes d’organisation du travail financier aujourd’hui :

    • « L’abstraction » : la « transformation des modes d’intervention étatiques » (premier facteur), par exemple sous la forme de l’imposition du cloisonnement des activités financières, fait système avec « les contraintes spécifiques du management des banques » (deuxième facteur), dans laquelle la gestion du risque propre à la banque est « analysée, décomposée et introduite dans des catégories selon un travail d’abstraction nécessaire à la reproductibilité des opérations ». La multiplication et l’importance prise par ces normes, codes, grilles et reporting dans l’activité financière transforment les actes de travail en données quantifiables déconnectées de leurs finalités pratiques.
    • « La standardisation » : la « judiciarisation et juridicisation croissante du monde des affaires et la recherche de l’assurance à tout prix » (quatrième facteur) contribue à inverser la priorité de la résolution de problèmes sur le respect de procédures formelles ; corrélativement, « la « pression » sociale et politique » (cinquième facteur) dans le contexte d’une défiance à l’égard du secteur financier encourage l’extension de cette standardisation jusque dans les moindres détails des conduites des salariés : des Guidelines et règles de conduite au quotidien avec les clients, journalistes, concurrents, se multiplient, et contribuent à standardiser les comportements et actes de travail des salariés.
    • « La spécialisation » : en raison des « contraintes liées à l’évolution du métier » (troisième facteur), essentiellement sa technicisation et son informatisation croissantes, ainsi que de la complexité des opérations engagées, la plupart des travailleurs du secteur ne maîtrisent ni les tenants ni les aboutissants des opérations auxquelles ils participent. Ils voient leurs capacités d’en modifier le cours réduites, et ne peuvent continuer leur travail qu’en suivant des règles et procédures formelles.

    18À l’opposé des descriptions enchantées ou des critiques du travail des financiers comme royaume de l’esprit d’entreprise et de l’initiative débridés, ces analyses permettent d’y voir l’un des secteurs les plus en pointe dans la réification contemporaine du pouvoir au travail.

    Les outils de la réification financière

    19C’est ensuite le processus de constitution et l’opération même de certains outils financiers qui peuvent être décrits en termes de réification. On peut suivre à cet égard les analyses proposées par Eric Pineault du processus de titrisation32, exemple typique de ces nouvelles techniques financières dont, comme propose de le montrer l’auteur, « la puissance repose essentiellement sur la réification de relations économiques sous-jacentes ». L’opération générique de la titrisation consiste à fabriquer du capital financier « liquide », c’est à dire valorisable et échangeable dans l’espace de circulation financière, à partir des dettes privées (essentiellement des hypothèques et prêts bancaires) qui, combinées à des produits financiers plus classiques, sont agglomérés dans des produits financiers : les titres. Le processus de réification réside ici en ce qu’une relation entre des personnes : la créance, prend le caractère d’une chose : un titre, une marchandise capitaliste. Plus précisément, Eric Pineault montre que la fabrique des titres financiers suit quatre étapes qui permettent de détailler ce processus de réification :

    • « La massification » : une institution financière constitue un portefeuille de créances à partir de diverses dettes de ménage et les transfert à une entité de gestion spécialisée qui les accumule (« pooling »). La réification consiste ici en une « dépersonnalisation » des relations de créances spécifiques, qui sont transformées en une entité juridique générique, dont les propriétés sont standardisées.
    • « L’abstraction » : les créances, pour être agglomérées dans un produit financier, doivent subir une opération d’« abstraction » par la même entité juridique ou bien par une autre entreprise spécialisée ; chaque titre est « décomposé en particules abstraites : soit le risque, le rendement, l’échéance, la division du flux de paiement en remboursement du capital et paiement de l’intérêt et même la devise dans laquelle a été négocié le contrat de prêt ». Ce sont ces « propriétés sociales et économiques réifiées » qui constituent, dans leur rapport par exemple avec les taux directeurs de la banque centrale, le taux de faillite et d’impayé ou le taux change anticipé, la valeur du produit financier.
    • « La virtualisation : ces entités dépersonnalisées et abstraites sont ensuite recombinées à l’aide d’outils mathématiques, évalués puis validés par les agences de notation, afin de recevoir une « cote » qui représente le risque assigné à l’ensemble du produit financier. Ce processus de virtualisation permet paradoxalement que cette entité devienne « une chose », un produit marchand qui entre dans l’espace de circulation financier.
    • « La circulation financière finale » : le titre est finalement placé dans un portefeuille d’investissement financier, entre sur le marché et est acheté, le cas échéant au moyen d’un autre prêt bancaire. Dans tous les cas, « ce sont maintenant les propriétés de ces recombinaisons virtuelles qui constituent la matière valorisable ». Le titre peut ensuite être réintégré comme élément de base dans la constitution d’un autre titre, cette « titrisation au carré » faisant alors culminer le processus de réification des relations de créances privées initiales.

    20Cette analyse d’un outil financier spécifique permet de discerner dans l’actuel fonctionnement de la finance plutôt que le règne d’un « capital fictif » ou le « triomphe de la liquidité », un processus social de réification financière des rapports sociaux, qui transforme des relations entre des personnes (la dette initiale) en une marchandise valorisable et échange sur le marché (le titre).

    Les effets sociaux de la réification financière et administrative

    21Cette réification financière des relations sociales ne se réduit pas, cependant, à la sphère du secteur financier proprement dit, et tend aujourd’hui à s’étendre à toutes les sphères de la société. La critique des nouvelles alliances entre secteurs financiers et étatiques ne saurait suffire à en mesurer la portée. En effet, comme l’exprime André Orléan dans Le Pouvoir de la finance, « la puissance du marché est d’abord une puissance d’évaluation publique », qui consiste en un « pouvoir d’influence qui contrôle les débiteurs en les soumettant à un jugement certifié » sur le modèle du financier dont « le projet ultime est de réduire l’entreprise à un ensemble codifié de procédures formelles et de comptes certifiés de telle sorte qu’il soit possible d’en évaluer la valeur fondamentale sans contestation possible33 ». De ce point de vue, « la finance » peut être considérée comme une forme d’organisation du pouvoir qui s’applique aujourd’hui au-delà de la sphère de l’accumulation du capital.

    22Les conséquences sociales et politiques de qu’on peut appeler avec Maurizio Lazzarato « l’économie de la dette »34 – qui désigne la logique des politiques monétaires, fiscales, salariales et sociales accompagnant la montée en puissance de la finance et convergeant aujourd’hui vers la fabrication de dettes publiques et privées colossales – en constituent un exemple frappant. L’auteur les analyse comme « la construction et le développement du rapport de pouvoir entre créanciers et débiteurs » et cherche à montrer qu’elle est « le cœur stratégique des politiques néolibérales », dont l’objectif politique principal – « la neutralisation des comportements collectifs (mutualisation, solidarité, coopération, droits pour tous, etc.) et de la mémoire des luttes et des actions et organisations collective des « salariés » et des « prolétaires35 » – est de rendre l’exercice du pouvoir impossible.

    23L’effet pratique de l’endettement généralisé, de l’extension tendancielle du rapport entre créancier et débiteur à tous les rapports sociaux, est en effet de renforcer le contrôle des conduites à venir. Il s’agit de contraindre les décisions des États ou des institutions publiques qui doivent, pour obtenir des échéances de remboursement de leurs dettes, non seulement accélérer la mise en œuvre des politiques néolibérales mais encore s’y engager sur plusieurs décennies. Mais ce principe s’applique également aux débiteurs privés, dont les créanciers exigent informations et garanties concernant leurs pratiques économiques voir leur « moralité » : « la dette est accordée à partir d’une évaluation de la « moralité » et porté sur l’individu et le travail sur soi qu’il doit lui-même activer et gérer36 ». Dans ces processus, le pouvoir du créancier s’appuie sur une réification de l’action du débiteur : celle-ci n’est pas seulement l’objet d’une procédure d’évaluation, de mesure et de quantification, mais encore un gage qu’il doit monnayer contre un crédit ou une échéance de remboursement supplémentaire.

    24Plus encore : cette logique n’est plus aujourd’hui seulement celle du banquier à l’égard de son client, ou d’une institution supranationale à l’égard d’un État, elle tend à devenir celle des institutions étatiques à l’égard des citoyens. Maurizio Lazzarato prend l’exemple des entretiens individuels pratiqués par Pôle Emploi, dont il rend compte dans le cadre de son analyse de la « transformation des indemnités chômage en dette37 ». Dans ces entretiens, comme l’indique une intermittente interrogée par l’auteur :

    […] l’attribution et le montant de mon indemnité sont indexés à mon comportement dans l’emploi (cela avec une large tonalité moralisatrice : prime à l’ancienneté, à la ténacité, à la régularité, au “professionnalisme”, etc.)38.

    25Cette évaluation est elle-même indexée sur les catégories abstraites des bilans de compétences et autres outils de suivi individuel et de formation. On retrouve ainsi, dans le rapport des citoyens aux institutions sociales managérisées, hyper-administrées et tendanciellement financiarisées, le principe néolibéral du « capital humain » selon lequel les ressources subjectives (physiques, morales, intellectuelles et relationnelles) des individus peuvent être mises en vente sur le marché du travail. L’individu doit alors constituer en et pour lui-même un capital qu’il lui est possible de valoriser par sa formation, son expérience professionnelle, sa carrière, ses relations personnelles, ses activités culturelles, etc. Intégrées non seulement à la « novlangue néolibérale »39, mais aussi aux pratiques managériales et notamment de développement personnel40, elle met en œuvre une pédagogie de l’apprentissage du développement des facultés stratégiques pour gérer son existence en optimisant la production et la valorisation de son « potentiel ». Cette idée de « capital humain » a notamment joué un rôle important dans l’élaboration de la « nouvelle gestion publique » (New Public Management) à l’œuvre dans les réformes en cours des entreprises publiques et des institutions étatiques en Europe. Tout en insistant dans ses discours de légitimation sur la liberté stratégique des initiatives, l’autonomie budgétaire des établissements et la décentralisation des décisions, en réalité elle « se traduit par un renforcement des contraintes et de l’impuissance à agir41 » et oriente les individus vers des attitudes instrumentales à l’égard de leurs propres ressources psycho-sociales et des comportements de compétition généralisée42.

    26Cette imbrication entre logiques du capital humain et de la dette, accompagnée d’une généralisation et d’une multiplication des procédures d’évaluation des comportements des individus, est typique des formes contemporaines de réification. Si Lazzarato insiste quant à lui sur « le travail sur soi » auquel les institutions astreignent les sujets, mobilisant notamment les analyses foucaldiennes des stratégies de pouvoir et de la « gouvernementalité » néolibérale, notre analyse aura voulu suggérer qu’il est possible d’y voir plutôt un processus de réification, qui conjugue de manière frappante, dans le contexte du capitalisme contemporain, ses dimensions de fétichisation et de rationalisation déjà mises en lumière par Lukács en son temps.

    Conclusion

    27Nous espérons avoir convaincu que la notion de réification est toujours pertinente – à condition, certes, de ne pas reconduire l’option lukácsienne de l’articulation théorique entre téléologie scientifico-messianique de la nécessité historique de l’achèvement de la lutte des classes par le prolétariat et philosophie idéaliste de la conscience, et de la réactualiser à partir d’analyses empiriques – pour expliquer comment les dimensions politiques (institutionnelles), sociales (organisationnelles) et subjectives (psychologiques) de la neutralisation de l’exercice collectif du pouvoir fonctionnent et s’articulent aujourd’hui. Elle consiste dans cette perspective une catégorie non négligeable – et complémentaire à celles d’exploitation, d’aliénation et de domination – pour développer une critique à la fois circonstanciée et globale, articulant philosophie sociale et critique de l’économie politique, mais aussi psychologie, sociologie et théorie politique, des sociétés capitalistes contemporaines.

    28Une telle perspective appelle notamment une discussion critique des principales élaborations récemment menées dans la philosophie sociale au sujet de la notion de réification, et notamment sa réinterprétation comme « oubli de la reconnaissance » par Axel Honneth43 et sa critique à partir de l’interprétation de l’aliénation en terme non de réification mais de « désobjectivation » par Franck Fischbach44 ; discussion qui excèderait les limites de ce texte. Nous voudrions seulement suggérer pour conclure qu’aussi légitimes et éclairantes qu’elles puissent être, une phénoménologie de la distorsion communicationnelle et une critique ontologique de l’hypersubjectivisation des individus doivent être subordonnées à une analyse pratique de ce qui précisément aujourd’hui organise l’impossibilisation de l’exercice du pouvoir. Ainsi reconstituée et réactualisée, la notion de réification pourrait permettre non seulement d’allier philosophie sociale et critique de l’économie politique, mais aussi d’aborder les questions proprement organisationnelles liées à la critique du capitalisme et à la perspective de son dépassement aujourd’hui.

    Notes de bas de page

    1 Ce texte reprend certains arguments publiés dans Cukier Alexis, « La réification du pouvoir à l’heure du management et de la finance », in Chanson Vincent, Cukier Alexis et Monferrand Frédéric (dir.), La Réification. Histoire et actualité d’un concept critique, Paris, La Dispute, 2014.

    2 Lukács Georg, Histoire et conscience de classe, Paris, Les Éditions de Minuit, 1960, p. 110.

    3 Voir à ce sujet Bidet Jacques, « Fécondité et ambiguïté du concept d’aliénation : Le Capital après Althusser », in Bourdin Jean-Claude (sous la direction de), Althusser, une lecture de Marx, Paris, PUF, 2008. L’auteur y distingue l’« aliénation marchande » et l’« aliénation organisationnelle » chez Marx, et développe une interprétation de cette dernière à partir d’une lecture du chapitre 13 (« Coopération ») du livre I du Capital : « Notre propre puissance organisatrice, explique Marx, nous échappe, se retourne contre nous. Là encore, à nouveau, tout comme au chapitre 1 pour le marché, ce qui se trouve perdu, ce dont nous sommes dépossédés, ce n’est pas du produit du travail : c’est de notre propre raison sociale, qui, dit Marx, nous apparaît comme une puissance étrangère ». Voir aussi à ce sujet Bidet Jacques, Explication et reconstruction du Capital, Paris, PUF, 2004, notamment p. 75-85 et 176-182 ainsi que Bidet Jacques, L’Etat-monde. Libéralisme, socialisme et communisme à l’échelle globale, Paris, PUF, 2011, p. 62-67.

    4 Voir Haber Stéphane, Penser le néocapitalisme. Vie, capital et aliénation, Paris, Les Prairies ordinaires, 2013, et notamment la définition de l’aliénation objective, p. 42 et suivantes.

    5 Voir notamment Duménil Gérard et Lévy Dominique, The Crisis of Neoliberalism, Cambridge (MA), Harvard University Press, 2010.

    6 Voir par exemple Hibou Béatrice, La Bureaucratisation du monde à l’ère néolibérale, Paris, La Découverte, 2012.

    7 Lukács Georg, Histoire et conscience de classe, op. cit., p. 121.

    8 Ibid., p. 127.

    9 Lukács Georg, Histoire et conscience de classe, op. cit., p. 114-115.

    10 Ibid., p. 112.

    11 Ibid., p. 128.

    12 Ibid., p. 118.

    13 Ibid., p. 115

    14 Ibid., p. 117. Pour une discussion de la pertinence critique de cette critique de l’« attitude contemplative » dans le contexte contemporain, voir Fischbach Franck, Sans objet. Capitalisme, subjectivité, aliénation, Paris, Vrin, 2009, notamment p. 109 et suivantes.

    15 Voir à ce sujet Berlan Aurélien, « Sans considération de la personne. Rationalisation et réification chez Max Weber », in Chanson Vincent, Cukier Alexis, Monferrand Frédéric, La Réification. Histoire et actualité d’un concept critique, op. cit.

    16 Weber Max, Économie et société, vol. 1, Plon/Pocket, 1995, p. 383, traduction modifiée.

    17 Lukács Georg, Histoire et conscience de classe, op. cit., p. 124.

    18 Ibid, p. 127.

    19 Ibid.

    20 Ibid, p. 126

    21 Ibid., p. 128.

    22 Marx Karl, L’Idéologie allemande, Paris, Les Éditions sociales, 2012, p. 32.

    23 Lukács Georg, Histoire et conscience de classe, op. cit., p. 128.

    24 Ibid., p. 114.

    25 Ibid., p. 134.

    26 Pour toutes ces citations, voir ibid., p. 121.

    27 Ibid., p. 126-127.

    28 Cf. l’intéressante et très actuelle analyse du rapport entre « science économique » et « attitude contemplative » dans les périodes de crise, menant « l’entendement réifié » à une impression de « chaos » immaîtrisable, ibid., p. 135.

    29 Ibid., p. 140.

    30 Pour une analyse plus détaillée dans notre perspective, voir la première section de Cukier Alexis, « La réification du pouvoir à l’heure du management et de la finance », op. cit.

    31 Hibou Béatrice, La Bureaucratisation du monde à l’ère néolibérale, op. cit. Pour toutes les citations à ce sujet, voir les pages 46 et suivantes.

    32 Pineault Éric, « Crise et théorie de la réification financière », communication lors du séminaire du laboratoire Sophiapol, 22 octobre 2012. Toutes les citations suivantes renvoient au texte de cette intervention, non encore publié sous sa forme définitive, mais dont on trouvera une version en ligne : www.academia.edu/2631140/Reification_et_titrisation.

    33 Orléan André, Le Pouvoir de la finance, Paris, Odile Jacob, 1999, p. 210.

    34 Lazzarato Maurizio, La Fabrique de l’homme endetté. Essai sur la condition néolibérale, Paris, Amsterdam, 2011.

    35 Ibid., p. 88.

    36 Ibid, p. 100.

    37 Ibid.

    38 Ibid, p. 100-101.

    39 Sur le rôle du capital humain dans cette novlangue, en rapport aux analyses marxiennes du fétichisme de la marchandise, voir Bihr Alain, La Novlangue néolibérales. La rhétorique du fétichisme capitaliste, Lausanne, Page Deux, 2007.

    40 Voir notamment Brunel Valérie, Les managers de l’âme. Le développement personnel en entreprise, nouvelle pratique de pouvoir ?, Paris, La Découverte, 2004.

    41 De Gaulejac Vincent, Travail, les raisons de la colère, Paris, Edition du Seuil, 2011, p. 149.

    42 Voir notamment Dardot Pierre et Laval Christian, La Nouvelle raison du monde. Essai sur la société néolibérale, Paris, La Découverte, 2009, notamment les chapitres 8, 12 et 13.

    43 Honneth Axel, La Réification. Petit traité de théorie critique, Paris, Gallimard, 2007.

    44 Fischbach Franck, Sans objet. Capitalisme, subjectivité, aliénation, op. cit.

    Auteur

    • Alexis Cukier

      Docteur en philosophie, ATER à l’université de Poitiers, membre du Laboratoire Sophiapol. Il a dirigé, avec Fabien Delmotte et Cécile Lavergne, Émancipation, les métamorphoses de la critique sociale, Le Croquant, 2013, ainsi que, avec Vincent Chanson et Frédéric Monferrand, La Réification. Histoire et actualité d’un concept critique, La Dispute, 2014.

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    1 Ce texte reprend certains arguments publiés dans Cukier Alexis, « La réification du pouvoir à l’heure du management et de la finance », in Chanson Vincent, Cukier Alexis et Monferrand Frédéric (dir.), La Réification. Histoire et actualité d’un concept critique, Paris, La Dispute, 2014.

    2 Lukács Georg, Histoire et conscience de classe, Paris, Les Éditions de Minuit, 1960, p. 110.

    3 Voir à ce sujet Bidet Jacques, « Fécondité et ambiguïté du concept d’aliénation : Le Capital après Althusser », in Bourdin Jean-Claude (sous la direction de), Althusser, une lecture de Marx, Paris, PUF, 2008. L’auteur y distingue l’« aliénation marchande » et l’« aliénation organisationnelle » chez Marx, et développe une interprétation de cette dernière à partir d’une lecture du chapitre 13 (« Coopération ») du livre I du Capital : « Notre propre puissance organisatrice, explique Marx, nous échappe, se retourne contre nous. Là encore, à nouveau, tout comme au chapitre 1 pour le marché, ce qui se trouve perdu, ce dont nous sommes dépossédés, ce n’est pas du produit du travail : c’est de notre propre raison sociale, qui, dit Marx, nous apparaît comme une puissance étrangère ». Voir aussi à ce sujet Bidet Jacques, Explication et reconstruction du Capital, Paris, PUF, 2004, notamment p. 75-85 et 176-182 ainsi que Bidet Jacques, L’Etat-monde. Libéralisme, socialisme et communisme à l’échelle globale, Paris, PUF, 2011, p. 62-67.

    4 Voir Haber Stéphane, Penser le néocapitalisme. Vie, capital et aliénation, Paris, Les Prairies ordinaires, 2013, et notamment la définition de l’aliénation objective, p. 42 et suivantes.

    5 Voir notamment Duménil Gérard et Lévy Dominique, The Crisis of Neoliberalism, Cambridge (MA), Harvard University Press, 2010.

    6 Voir par exemple Hibou Béatrice, La Bureaucratisation du monde à l’ère néolibérale, Paris, La Découverte, 2012.

    7 Lukács Georg, Histoire et conscience de classe, op. cit., p. 121.

    8 Ibid., p. 127.

    9 Lukács Georg, Histoire et conscience de classe, op. cit., p. 114-115.

    10 Ibid., p. 112.

    11 Ibid., p. 128.

    12 Ibid., p. 118.

    13 Ibid., p. 115

    14 Ibid., p. 117. Pour une discussion de la pertinence critique de cette critique de l’« attitude contemplative » dans le contexte contemporain, voir Fischbach Franck, Sans objet. Capitalisme, subjectivité, aliénation, Paris, Vrin, 2009, notamment p. 109 et suivantes.

    15 Voir à ce sujet Berlan Aurélien, « Sans considération de la personne. Rationalisation et réification chez Max Weber », in Chanson Vincent, Cukier Alexis, Monferrand Frédéric, La Réification. Histoire et actualité d’un concept critique, op. cit.

    16 Weber Max, Économie et société, vol. 1, Plon/Pocket, 1995, p. 383, traduction modifiée.

    17 Lukács Georg, Histoire et conscience de classe, op. cit., p. 124.

    18 Ibid, p. 127.

    19 Ibid.

    20 Ibid, p. 126

    21 Ibid., p. 128.

    22 Marx Karl, L’Idéologie allemande, Paris, Les Éditions sociales, 2012, p. 32.

    23 Lukács Georg, Histoire et conscience de classe, op. cit., p. 128.

    24 Ibid., p. 114.

    25 Ibid., p. 134.

    26 Pour toutes ces citations, voir ibid., p. 121.

    27 Ibid., p. 126-127.

    28 Cf. l’intéressante et très actuelle analyse du rapport entre « science économique » et « attitude contemplative » dans les périodes de crise, menant « l’entendement réifié » à une impression de « chaos » immaîtrisable, ibid., p. 135.

    29 Ibid., p. 140.

    30 Pour une analyse plus détaillée dans notre perspective, voir la première section de Cukier Alexis, « La réification du pouvoir à l’heure du management et de la finance », op. cit.

    31 Hibou Béatrice, La Bureaucratisation du monde à l’ère néolibérale, op. cit. Pour toutes les citations à ce sujet, voir les pages 46 et suivantes.

    32 Pineault Éric, « Crise et théorie de la réification financière », communication lors du séminaire du laboratoire Sophiapol, 22 octobre 2012. Toutes les citations suivantes renvoient au texte de cette intervention, non encore publié sous sa forme définitive, mais dont on trouvera une version en ligne : www.academia.edu/2631140/Reification_et_titrisation.

    33 Orléan André, Le Pouvoir de la finance, Paris, Odile Jacob, 1999, p. 210.

    34 Lazzarato Maurizio, La Fabrique de l’homme endetté. Essai sur la condition néolibérale, Paris, Amsterdam, 2011.

    35 Ibid., p. 88.

    36 Ibid, p. 100.

    37 Ibid.

    38 Ibid, p. 100-101.

    39 Sur le rôle du capital humain dans cette novlangue, en rapport aux analyses marxiennes du fétichisme de la marchandise, voir Bihr Alain, La Novlangue néolibérales. La rhétorique du fétichisme capitaliste, Lausanne, Page Deux, 2007.

    40 Voir notamment Brunel Valérie, Les managers de l’âme. Le développement personnel en entreprise, nouvelle pratique de pouvoir ?, Paris, La Découverte, 2004.

    41 De Gaulejac Vincent, Travail, les raisons de la colère, Paris, Edition du Seuil, 2011, p. 149.

    42 Voir notamment Dardot Pierre et Laval Christian, La Nouvelle raison du monde. Essai sur la société néolibérale, Paris, La Découverte, 2009, notamment les chapitres 8, 12 et 13.

    43 Honneth Axel, La Réification. Petit traité de théorie critique, Paris, Gallimard, 2007.

    44 Fischbach Franck, Sans objet. Capitalisme, subjectivité, aliénation, op. cit.

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    Ce livre est cité par

    • Bernard, Françoise. (2016) Les traversées des recherches critiques : entre cheminements parallèles, entrelacs et entrechocs. Questions de communication. DOI: 10.4000/questionsdecommunication.10452

    Ce chapitre est cité par

    • Beauvalet, Marion. (2026) « Pense à saisir tes temps ! » : la réification du travail des cadres par les timesheets. La Nouvelle Revue du Travail, 28. DOI: 10.4000/165jh

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    Cukier, Alexis. « Réification et critique du capitalisme aujourd’hui : éléments pour une réactualisation ». In Le capitalisme des philosophes, édité par Stéphane Haber. Nanterre: Presses universitaires de Paris Nanterre, 2016. doi:10.4000/books.pupo.9655.
    Cukier, Alexis. « Réification et critique du capitalisme aujourd’hui : éléments pour une réactualisation ». Le capitalisme des philosophes, édité par Stéphane Haber, Presses universitaires de Paris Nanterre, 2016, https://doi.org/10.4000/books.pupo.9655.

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    Haber, Stéphane, éditeur. Le capitalisme des philosophes. Presses universitaires de Paris Nanterre, 2016, https://doi.org/10.4000/books.pupo.9575.
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