L’entretien marché : un regard situant en mouvement
Une scène en guise d’introduction : un entretien marché avec les enfants de la famille Camara
p. 193-220
Note de l’auteur
Ce texte est co-signé par le doctorant (Martin Knapp) et son directeur de thèse (Gilles Séraphin). Le rôle de ce dernier, dans ces échanges, est celui d’un maïeuticien, qui contribue à mettre en écrit non seulement la méthode, mais aussi des attendus et effets, notamment en ce qui concerne la place et le regard de chacun·e des acteur·ices de la recherche et la manière dont ielles interagissent.
Texte intégral
1Nous sommes en octobre, c’est les vacances de la Toussaint, j’ai un rendez-vous avec la famille Camara1. La mère a donné son accord pour que je voie ses aîné·es, Fatoumata et Djibril. Ielles sont suivi·es par un service de milieu ouvert2 qui nous a mis en relation. J’arrive devant la résidence, toute barricadée par des grilles en fer, comme c’est devenu l’usage un peu partout dans l’arrondissement. Madame Camara descend avec son bébé dans les bras. Elle est accompagnée par quatre enfants et adolescent·es : sa plus jeune fille, Aya, 7 ans, son fils, Djibril, 11 ans, Fatoumata, 16 ans, et leur cousine, Ikram, 13 ans. Quand je vois cette maman entourée de tous ses enfants, je me dis – réflexe d’ancien éducateur – que si j’emmène tout le groupe d’enfants, cela lui fera une pause. Comme j’avais prévu d’emmener seulement les deux grand·es, l’improvisation nécessitera quelques adaptations techniques. Au pied de l’immeuble, j’explique ma méthode, puis nous installons les micros. Je donne les deux micros-cravates à Fatoumata et Djibril et confie un enregistreur à Ikram, en lui demandant de m’assister en tenant le micro et en le tendant vers Aya lorsqu’elle interviendra.
2Nous entamons la marche. Les enfants m’emmènent directement à l’école d’Aya. C’est un trajet quotidien pour les trois enfants puisque, comme ielles l’expliquent, Djibril et Fatoumata accompagnent souvent leur jeune sœur. Aya, elle, a un autre point de vue : « J’y vais toute seule aussi ». Les deux grand·es précisent : « Parfois… Très rarement ». Ielles sont un peu gêné·es, essaient de changer de sujet et font comprendre à Aya qu’il faut passer à autre chose. Aya en revanche est très fière de m’expliquer qu’elle va à l’école toute seule, et de m’indiquer le trajet. Cette enfant qui n’était pas prévue pour l’entretien marché m’apporte donc des informations précieuses et inédites. La fratrie m’informe que chacun·e a fréquenté cette école. On passe ensuite devant le collège qui est à côté.
3Fatoumata : « Ça, c’est le collège. Et ça a été aussi mon collège. »
4Aya : « Et bientôt ça sera mon collège. »
5J’entends dans cette continuité un sentiment de stabilité. Les enfants sont ancré·es dans le quartier, ielles y ont des repères, peuvent y circuler à pied facilement. On passe ensuite devant la bibliothèque. Je demande aux enfants si ielles y vont souvent. Djibril me dit qu’il aime bien y aller, mais qu’il n’y va plus parce que cela fait deux mois qu’il a perdu un livre.
6Aya m’explique : « Moi je peux plus. Moi je peux plus aller à la bibliothèque parce que Fatou a pris ma carte, parce qu’elle, elle a perdu sa carte de bibliothèque et elle ne veut même pas refaire. Oui, mais toi ? Pourquoi tu prends ma carte Fatou ? Pourquoi tu ne prends pas la carte de Djibi ? »
7Les enfants me décrivent la bibliothèque, ensuite on continue à marcher, et je leur demande si ielles ont de la famille dans le coin.
8Aïcha : « Oui ! »
9Djibril et Fatoumata (en cœur) : « Non ! »
10Fatoumata explique le désaccord : « Ce n’est pas la famille, c’est un ami de ma mère. Elle (Fatoumata désigne sa cousine), elle est à Argenteuil. »
11Aïcha : « Mon tonton, il est à Paris ! »
12Les deux aîné·es lui coupent la parole, ielles n’ont pas l’air de vouloir que l’on parle du tonton.
13Fatoumata continue : « Il y a de la famille au Sénégal, en Autriche. »
14Djibril enchaîne : « Normalement cette année on aurait dû aller en Autriche. »
15Aïcha : « Et aussi au Sénégal. »
16Djibril : « Normalement, pendant les vacances de deux mois, on aurait dû partir au Sénégal. »
17Fatoumata : « Moi je suis déjà partie. […]. Moi, la première fois que je suis partie, j’avais un an, c’était pour fêter mes un an. Après, j’étais la première donc c’est normal. »
18Ensuite la discussion s’engage sur les pays où les enfants aimeraient aller en voyage ; ielles discutent entre elleux et partent alors dans un débat sur ce qui est le mieux : le Japon ou la Corée du Sud ? Je les perds d’oreilles, ielles sont trop loin. Je suis un peu embêté, car je suis tout de même là pour faire un entretien de recherche et les enfants m’ont complètement oublié, ielles sont pris·es dans leurs discussions et projets de voyage.
19Il y a Aya qui est à côté de moi et qui me parle beaucoup… Je ne l’écoute pas, car je suis préoccupé par les plus grands qui sont devant et je me demande si je dois les rappeler avec autorité ou les laisser tranquilles. Je n’écoute Aya que d’une oreille et lui réponds un peu distraitement. Nous arrivons à rejoindre les grand·es, qui débattent pour savoir ce qu’ils doivent me faire visiter.
20Djibril : « Mais pourquoi on va lui faire visiter un magasin ! »
21Fatoumata : « Non, on passe devant, on passe devant le Lidl et après on arrive sur la place. »
22Djibril : « Mais pourquoi le Lidl ? »
23Fatoumata : « Bah, je ne sais pas, il a dit là où on va presque tout le temps. »
24Ensuite, nous arrivons aux Buttes-Chaumont et nous évoquons le parc. Djibril m’explique qu’une fois il y a la police qui a bloqué le parc, car il y avait un homme tout nu. Il me dit aussi que parfois il y a des toxicomanes, mais qu’en général c’est assez calme.
25Au moment de l’écoute de l’enregistrement, donc après coup, je me rends compte qu’une fois dans le parc, la posture et l’attitude des enfants changent. Pour résumer : ielles « redeviennent » des enfants (dans la représentation commune de ce qu’est un enfant). Ielles jouent. Aya glisse dans la boue, tombe, rigole. Les voix changent, avec plus de rires, plus de joie. L’environnement sonore change également : il y a du silence, des chants d’oiseaux, on n’entend plus les voitures. Djibril tient à nous faire visiter un endroit qu’il identifie comme « sa maison ». Dans un amas rocheux qui prend forme, il nous fait visiter la cuisine, la chambre, le salon. Aya réagit : elle aussi a investi cet imaginaire de la maison, et elle nous montre où est sa chambre.
26Cette scène de vie illustre une méthode utilisée dans le cadre d’une thèse de doctorat en sciences de l’éducation et de la formation : l’entretien marché. L’objectif est d’accéder à l’expérience et aux regards situés d’habitant·es et de professionnel·les sur la façon dont leur quartier et les lieux qui correspondent à leurs « espaces vécus3 » participent à la protection des enfants ou à leur mise en danger. Dans le présent texte, en nous appuyant sur les analyses en termes de « regard situant » notamment, nous nous intéressons à la méthode de l’entretien marché, à sa « fabrication », à ses apports et limites dans le champ des recherches qualitatives ; en revanche, nous n’exposons pas directement les résultats qu’elle produit en matière de compréhension des effets de quartier et de lieu sur la protection des enfants.
L’entretien marché : présentation
Quelques éléments de contextes : « terrain » et objet de recherche
27Cette méthode de l’entretien marché a été élaborée dans le cadre d’une thèse en cours en sciences de l’éducation, intitulée : Territoires de protection des enfants et familles : contraintes et ressources de proximité. Entretiens marchés dans le Nord-Est parisien, dans laquelle nous cherchons à comprendre l’influence du quartier et de l’environnement sur la mise en œuvre de la protection des enfants. Nous étudions les facteurs, freins et ressources, à l’échelle du quartier. Nous nous intéressons au point de vue des acteur·ices afin de comprendre comment ces facteurs peuvent contribuer au danger et à la protection.
28Les méthodes mobiles sont particulièrement adaptées à cette prise en compte des facteurs spatiaux. Parcours commentés, go-along interview, guided walks… ces méthodes s’inscrivent dans le courant des méthodes mobiles4 théorisées et discutées depuis les années 2000 (voir encadré). L’entretien marché s’inspire de ces méthodes, tout en les adaptant, pour les besoins de l’enquête et des spécificités des études en protection de l’enfance5. Plus largement, l’entretien marché s’inscrit dans la famille des « enquêtes qualitatives de terrain », c’est-à-dire de recherches qui utilisent des données issues d’entretiens et d’observations « des pratiques dans les milieux mêmes où évoluent les acteurs6 ».
Préparation : prise de rendez-vous, démarche avec note d’information, formulaire de consentement…
29L’entretien marché, comme toute méthode d’enquête, ne peut être mis en place qu’à partir du moment où une relation de confiance s’est installée entre le ou la chercheur·e et l’enquêté·e. Celle-ci se construit dans le temps long de la présence dans les quartiers, qui permet d’être identifié·e par des acteur·rices de référence, habitant·es connu·es dans le quartier ou acteur·rices institutionnel·les. L’entretien marché s’inscrit donc dans une approche ethnographique, avec des temps de présence dans les espaces étudiés sur une longue période : participer aux fêtes de quartier, aller aux différentes réunions organisées par des intervenant·es de proximité, « traîner » dans divers espaces…
30En élaborant cette méthode, nous avons imaginé un protocole de prise de contact où nous réalisons les entretiens dans l’ordre suivant : d’abord les professionnel·les, puis les parents et les enfants. Initialement, il était pensé que cet ordre de passage permettrait aux professionnel·les d’expérimenter la méthode, afin de pouvoir la présenter aux parents qui l’auraient ensuite eux-mêmes proposée à leurs enfants. Les parents, faisant l’expérience de l’entretien marché, en comprendraient les enjeux et pourraient décider d’autoriser leur enfant à faire à leur tour un entretien marché. C’était le processus imaginé avant de réaliser l’enquête. Mais, in fine, certains parents ont choisi de faire l’entretien mais de ne pas faire participer leurs enfants, tandis que d’autres ont préféré le proposer directement à leurs enfants sans y participer eux-mêmes.
31Avant l’entretien, un échange téléphonique permet de présenter la recherche et les objectifs de l’entretien marché. Le doctorant a réalisé une vidéo de présentation qui est envoyée via un mobile. Lors de la première rencontre « physique », il est proposé une lettre de présentation de la recherche et un formulaire de consentement.
32Pour les enfants, il n’est pas évident de faire un parcours avec un adulte qu’ils ne connaissent pas ; pour les parents, il n’est pas non plus aisé de confier son enfant, malgré les garanties institutionnelles. Aussi est-il nécessaire d’adapter le dispositif pour que chacun ou chacune se sente à l’aise. Pour cela, nous demandons aux enfants de quelle manière ielles préfèrent s’engager dans cet entretien marché : veulent-ils ou elles le faire avec un·e ami·e, un parent, un groupe d’ami·es ? Ou de préférence avec leurs parents restant en retrait à quelques mètres pendant le parcours ? Toutes les modalités sont envisageables pour que les personnes se sentent bien.
33Pour chacun·e, il est important de négocier la forme de l’entretien : date, heure, durée sont établis au cas par cas. Certaines personnes ne sont pas enthousiastes à l’idée de marcher, ou d’aller dans le quartier : une directrice d’école ne souhaite pas quitter son établissement, un père de famille ne souhaite pas quitter son domicile… Nous avons, dans ce dernier cas, proposé un entretien assis, qui, même s’il donne d’autres types d’informations, peut apporter des éléments de compréhension sur les effets de quartier. Pour les enquêté·es, cette négociation de la forme de l’entretien est aussi un pouvoir d’agir : « J’accepte de te rencontrer, mais à mes conditions ! ».
34Les outils de l’entretien sont les plus discrets, économiques et proches du quotidien des habitant·es possibles : les enregistrements sont réalisés avec deux micros-cravates branchés directement sur l’enregistreur du téléphone mobile. Le tracé du parcours est réalisé avec une application conçue pour la course à pied et familière à de nombreuses personnes.
L’entretien : rencontre, déroulé, prise de parole, multiplicité des prises de son, questions logistiques, enregistrements, etc.
35Lors de la rencontre, lorsque c’est possible, nous proposons de démarrer par « un café » à proximité du lieu d’habitation. Ce rituel du café7 permet d’expliquer le dispositif et de prendre le temps de faire connaissance avant de commencer le parcours. Il s’inscrit aussi en référence aux pratiques populaires de la sociabilité de café. C’est un moment riche en soi pour l’enquête. Par exemple, nous constatons que pour certaines personnes, cet usage de s’installer dans un café fait partie des habitudes, alors que ce n’est pas le cas pour d’autres. Pour un habitant, père d’un enfant suivi en milieu ouvert, notre itinéraire a été de circuler de café en café, avec finalement plus de temps assis que de temps marchés.
36Après ce temps d’échange et de présentation non enregistré, nous installons les micros, démarrons les systèmes d’enregistrement et commençons à marcher. C’est l’habitant ou l’habitante qui guide le parcours, choisit l’itinéraire et les modalités de transports (marche, métro, bus, etc.).
Un regard renouvelé à l’écoute des enregistrements
37Comme pour l’ensemble des recherches via enregistrement de l’information, chaque phase de traitement des données est une redécouverte, une nouvelle perspective sur l’entretien. Dans l’entretien présenté en introduction, le chercheur n’avait pas prévu d’interviewer une enfant de 7 ans. Durant l’entretien, il est davantage concentré sur la parole des deux adolescent·es, qui présentait a priori plus d’intérêt pour lui : classe d’âge, critères d’inclusions de la recherche, etc. À la réécoute, le chercheur se rend compte que la plus jeune, Aya, lui communique de nombreuses informations pertinentes sur la famille et son environnement. Il n’y avait pas prêté beaucoup d’attention sur le moment ; ces éléments importants se révèlent à l’écoute de l’enregistrement. Le travail d’écoute est donc double : il y a un acte de redécouverte d’éléments déjà connus ET un acte de découverte d’éléments non entendus lors de l’entretien, soit parce que le chercheur était hors champ auditif, soit parce qu’il était concentré sur un autre aspect de l’entretien. Cette redécouverte est aussi expérimentée dans le cadre d’un entretien assis ; mais avec l’entretien marché, elle est d’autant plus forte que l’attention est multisituée : environnement extérieur, mouvement, repérage géographique s’ajoutent aux actions effectuées par le ou la chercheur·e dans un entretien assis et mobilise l’attention.
Entretien marché et regard situant : accéder au regard des acteur·ices
38Notre méthode s’intègre pleinement dans la perspective du regard situant8 puisqu’elle s’inscrit dans un dialogue entre enquêteur·ice et enquêté·e, où nous essayons d’expliciter les positionnements sociaux des acteur·ices (chercheur·e compris). Nous faisons l’hypothèse que ce travail d’explicitation facilite l’expression de la manière dont chacun·e perçoit l’espace social qui l’entoure et la manière dont ielle s’y situe. Si l’on se réfère à cette approche en termes de regard situant, nous pouvons dire que ce travail de positionnement permet à l’entretien marché de devenir un espace d’intersubjectivité assumée, dans lequel les interactions et interférences entre regards de l’enquêteur·ice et regard de l’enquêté·e constituent le matériau même de l’enquête.
La place de l’expérience
39Selon Margarethe Kusenbach9, les go-along permettent de mieux appréhender l’expérience du quartier vécue par les habitant·es que les méthodes d’observation participante ou d’entretien assis. Notre regard sur notre quartier de résidence diffère de celui d’un étranger. Nous n’appréhendons pas notre lieu de vie de la même manière qu’un territoire inconnu. Ce n’est donc qu’au travers du regard des habitant·es d’un quartier que nous pouvons nous approcher de leur expérience territoriale propre (voir sur ce sujet le chapitre de Nathalie Michel dans cet ouvrage). Dans l’entretien exposé en introduction, les enfants se sont approprié le parc ; ielles y ont investi un imaginaire. Ce que le chercheur voit comme un tas de rochers est pour eux une maison. Ielles partagent une histoire avec ce parc, des anecdotes, des souvenirs qui seraient invisibles à l’œil du chercheur hors de la présence de ces enfants. Le dispositif de l’entretien marché visibilise cette relation entre habitant·es et quartier/environnement. À l’écoute des enregistrements, la manière dont l’environnement sonore affecte l’ambiance de l’entretien est clairement perceptible. Si nous reprenons l’exemple du parc, nous constatons que les enfants s’y détendent, commencent à jouer, y inventent des histoires. Une fois de retour dans l’espace urbain, ielles redeviennent plus sérieux·ses.
La place des acteurs et actrices et non-humain·es : désanthropocentrer
40L’entretien marché s’accorde bien avec les approches théoriques qui visent à désanthropocentrer les sciences humaines. Celles-ci visent à mieux comprendre en quoi consistent les individus et les collectifs humains en explorant les multiples relations que ceux-ci entretiennent avec de très divers « non-humains10 » dans cette perspective. Nous considérons ici le quartier et ses infrastructures comme des acteur·ices non humains qui contribuent à la protection et/ou au danger pour les enfants. Lors de l’entretien présenté, lorsque nous quittons le parc, les enfants disent : « Au revoir, le parc ! » avec affection et amitié, comme ielles auraient pu le faire en quittant un membre de leur famille avec qui ielles auraient passé un bon moment.
La place de la race : atténuer la distance raciale entre enquêteur·ice et enquêté·es ?
41Enquêter dans les quartiers populaires, où les populations issues de l’immigration sont importantes, c’est documenter le quotidien de personnes souvent soumises à une double assignation : raciale et spatiale11. Dans un autre contexte, dans un chapitre du présent ouvrage, Laure Moguérou exprime la tension du chercheur ou de la chercheuse blanc·he qui travaille sur les inégalités depuis une position sociale perçue comme supérieure : « Comment produire des connaissances sur les inégalités sociales lorsqu’on se situe soi-même du côté des dominant·es ? Comment éviter l’injustice épistémique, qui consiste à parler “sur” les autres en les réduisant à des objets d’étude ou en invisibilisant leurs savoirs ? » Comme elle, nous réfléchissons à la manière dont « les effets de la position du·de la chercheur·se [s’inscrivent] dans les rapports sociaux de race12 » et impactent l’enquête. Cela nous amène à développer l’entretien marché, comme un dispositif qui – du fait de la couleur du chercheur – vise à atténuer tout à la fois la distance raciale13 – avec les enquêté·es racisé·es – et la violence symbolique de la scène de l’entretien de recherche :
Du point de vue des colonisés […] le terme « recherche » est inextricablement lié à l’impérialisme et au colonialisme européen. Le mot « recherche » lui-même est probablement l’un des mots les plus infâmes du vocabulaire du monde autochtone, lorsqu’il est mentionné dans de nombreux contextes autochtones, il suscite le silence, évoque de mauvais souvenirs, fait naître un sourire entendu et méfiant14.
42Si cette réflexion de Linda Tuhiwai Smith émerge du contexte fort éloigné de la Nouvelle-Zélande, ses propos font étrangement écho à certains témoignages recueillis lors d’un entretien marché.
43Nous ajoutons que dans le cadre de la recherche en travail social, l’entretien assis face à face peut aussi rappeler la scène de l’entretien de suivi social, maintes fois répétée pour les usagers, et qui porte en elle sa propre violence. C’est cette double violence que nous cherchons à atténuer par la mise en place de l’entretien marché.
44Dans la mesure du possible, c’est-à-dire en étant à l’écoute des sensibilités de l’interlocuteur·ice, le doctorant se présente et présente rapidement son parcours, en veillant à expliciter la manière dont il se situe dans l’espace social et géographique – autrement dit, à exposer la territorialité de son regard15, ainsi que ses positionnements de race et de genre. Cette explicitation vise à ne pas mettre sous silence ces paramètres dans la relation d’enquête et à inviter les enquêté·es à partager leur propre positionnalité. Nous pensons que la clarté de l’énoncé du positionnement du ou de la chercheur·e contribue à sécuriser l’entretien. Nous avons observé que cette explicitation ouvrait souvent, pour la personne interviewée, la possibilité d’exprimer, à son tour, la manière dont elle perçoit l’espace social qui l’entoure et la manière dont elle s’y situe.
La place du mouvement, prendre en compte la mobilité
45Un entretien de recherche est un espace où se jouent des rapports de pouvoir. En travail social, avec des populations vulnérabilisées, les asymétries sont exacerbées. Réaliser l’entretien dans un espace ouvert, en marchant, c’est littéralement laisser aux acteurs et actrices la possibilité de partir pour mettre un terme à l’entretien, et ainsi de maîtriser la distance et la proximité avec l’interviewé·e (ce qui est plus difficile dans une pièce fermée). Dans l’entretien narré en introduction, assez rapidement, trois des enfants se mettent à parler entre elleux, hors de portée des oreilles du chercheur et de ses questions. La marche, le mouvement et l’espace ouvert autour d’elleux leur permettent de prendre de la distance, de s’échapper, puis de revenir dans l’entretien, quand cela leur paraît plus aisé.
46La plupart des familles que nous avons rencontrées sont issues de l’immigration et identifiées comme non blanches, avec des ancrages familiaux des deux côtés de la Méditerranée. En deçà des dimensions transnationales et migratoires, un enfant dont les parents sont divorcés et qui vit en résidence alternée, par exemple, s’inscrit aussi dans un rapport aux lieux multisitués, ses ancrages spatiaux se construisant dans deux lieux différents (habitat, quartier, région, etc.). Sur ce point, nous devons beaucoup aux travaux de Fleur Guy sur la multirésidentialité qui nous ont amenés à porter une attention particulière au caractère multisitué des ressources spatiales en protection de l’enfance. Les critiques des études de quartier affirment que ces dernières enferment les enquêté·es dans des frontières qui ne correspondent à aucune réalité. Pour y répondre, l’entretien marché est un entretien non directif, mobile, qui s’intéresse à la relation des acteurs et actrices avec les espaces et les lieux qui ont de l’importance pour elleux. Lors des entretiens, nous naviguons en pensée, entre le lieu dans lequel nous marchons et les lieux qui ont de l’importance pour les personnes interviewées. Dans notre entretien d’introduction, les enfants évoquent le lycée de Fatoumata qui est trop éloigné pour que l’on s’y rende durant l’entretien, le pays de naissance de leurs parents, le pays de résidence du père de leur cousine ou les pays dans lesquels ielles ont des projets de voyage (Corée, Japon…). Les différents lieux évoqués font ressources et inscrivent les enfants dans le temps (une histoire familiale reliée au pays d’origine, un projet de voyage…) et dans l’espace, avec une possibilité de mouvement dans plusieurs continents et une connaissance pratique des contraintes liées à ces mouvements (discussion sur les prix des billets pour le Sénégal et l’Irlande).
47Alors que souvent les méthodes mobiles privilégient une attention à ce qui se passe dans l’environnement in situ du présent de l’entretien, lors de l’entretien marché, l’écoute et la construction de ce récit des lieux, la prise en compte des mobilités nous incitent à quitter dans nos échanges l’espace dans lequel nous marchons pour appréhender les différents lieux qui constituent des ressources pour les enquêté·es.
La place du silence comme agentivité
48Lors d’un entretien assis en face-à-face, un silence peut vite devenir gênant. On ne sait pas où regarder, comment réagir… L’entretien marché facilite la possibilité du silence. Ne rien dire et marcher quelques mètres, ne pas relancer tout de suite la conversation, permet aux acteur·ices de suivre leur propre fil de pensée, d’aller au bout d’un raisonnement intérieur puis de reprendre la parole. À plusieurs occasions, le doctorant se rend compte, alors qu’il s’apprête à relancer les échanges, que la personne interviewée reprend la parole d’elle-même dans un cheminement qui lui est propre. Cette place laissée au silence favorise l’agentivité des personnes enquêtées qui peuvent ainsi donner leur propre rythme aux entretiens.
49En outre, la personne enquêtée maîtrise le mouvement. Elle guide la marche, elle tient les rênes. Elle est chez elle et décide de ce qu’elle veut montrer ou non, tant dans le parcours choisi que dans la discussion. Marcher côte à côte revêt une symbolique égalitaire.
La place des acteurs et actrices : enfants, parents, professionnel·les, chercheur·e
50Pour le ou la chercheur·e, l’entretien marché répond à une nécessité théorique pour obtenir une information pertinente. En l’occurrence, dans la présente recherche doctorale, il est également une tactique élaborée par le chercheur, ancien éducateur de rue, pour être à l’aise dans sa recherche : partager le plaisir de la marche, rester en mouvement face à des histoires de vie difficiles. Il est aussi une manière de cadrer la rencontre, ce qui est rassurant pour l’enquêteur comme pour l’enquêté·e : le temps d’un entretien est limité dans le temps, plus restreint que les relations qui peuvent se nouer dans les situations d’observation participante. En outre, le dispositif est clair et structuré. Il passe les comités d’éthique, rassure les institutions : il y a une méthode, un cadre, une temporalité, des outils et des procédures, des critères d’inclusion et d’exclusion, un protocole…
51Vis-à-vis des professionnel·les, l’entretien marché peut être vu comme une tactique pour sortir des institutions. Il les invite hors de leurs espaces de travail habituels, c’est-à-dire les lieux de la protection de l’enfance, chargés d’histoires et de tensions. Même dans un bureau aux portes fermées, un travailleur ou une travailleuse social·e ne parlera pas librement de son lieu de travail et des événements qui s’y déroulent. Il n’est pas garanti que la marche lève ce silence, mais elle peut autoriser une expression plus libre.
52Pour les usagers et usagères des services sociaux (parents, enfants), c’est une manière de proposer quelque chose de nouveau. Tout comme Chloé Riban dans le chapitre rédigé pour cet ouvrage, nous éprouvons « une crainte de reproduire des formes de domination », qui devient structurante dans l’élaboration de la méthode de recherche. De nombreux articles décrivent la violence attachée au fait de raconter son histoire et son parcours à répétition16. En terrain sensible, les personnes que nous sollicitons sont parfois amenées à raconter leurs parcours de nombreuses fois dans le cadre de leur accompagnement social, ce qui peut entraîner une fatigue narrative. Le fait de réaliser l’entretien en marchant permet d’atténuer cette violence en proposant une expérience différente. La marche, le mouvement et le fait d’être dehors, permet de naviguer entre des sujets douloureux, chargés affectivement, et des sujets plus légers, extérieurs, liés à l’environnement.
53Plusieurs jeunes interviewé·es ont exprimé du plaisir à réaliser ces entretiens. Certain·es se mettent dans la peau d’un·e journaliste ou d’un·e influenceur·euse. D’autres donnent des références de rappeurs et de rappeuses qui réalisent des interviews mobiles dans les quartiers. Partager une expertise sur son quartier, ses histoires et légendes, semble être une source de fierté. Dans l’ensemble des entretiens réalisés avec des enfants et des jeunes, la dimension ludique est présente.
54Les travaux sur la participation des enfants à la recherche montrent l’importance de prendre en compte la qualité de l’espace et la possibilité de se mouvoir17. L’entretien marché est bien adapté à des enfants, qui peuvent bouger, se rapprocher ou s’éloigner de l’interviewer à leur gré, d’autant plus qu’ielles sont les guides du parcours. Cela participe à la reconnaissance de leur agentivité.
55À trois reprises, les entretiens ont été réalisés avec de petits groupes d’enfants. Cette dimension collective n’était guère prévue mais s’est imposée comme une évidence, puisque plus sécurisante pour les enfants, notamment à certaines tranches d’âge18. Lors de l’entretien marché « collectif » présenté en introduction, différents membres d’une même famille participent. Alors qu’ielles vivent ensemble, les acteur·ices dirigent régulièrement leur regard sur des scènes différentes ; lorsqu’il s’agit de la même scène, ielles ne la voient pas de la même façon. En marchant dans le quartier, ielles dévoilent le sens qui s’en dégage, selon elleux. Ce sens varie suivant les âges, le genre, la place dans la fratrie, la subjectivité de chacun·e. Cette multiplicité des regards révèle les différences de point de vue, mais aussi les points communs dans l’expérience. Cette dimension collective révèle les rapports subjectifs de chaque membre d’un groupe (ici une famille) sur un environnement, mais aussi ce qui fait communauté, les implicites partagés. Dans notre entretien, le fait de passer devant l’école ou d’aller au parc sont des évidences partagées. D’autres lieux qui seraient des points de repère font débat : faut-il montrer le Lidl ? Aller à telle station de métro ? L’entretien marché explicite les ressources communes aux enquêté·es autant que leurs espaces vécus respectifs.
L’entretien marché : limites et points de vigilance
56Être dans l’espace public ne représente pas toujours un avantage. Lors d’un entretien avec un animateur qui est aussi habitant du quartier, le chercheur a remarqué que lorsque nous sommes assis dans son bureau, il est beaucoup plus à l’aise pour parler des problématiques des familles. L’espace du quartier est pour lui un espace d’interconnaissance particulièrement saturé dans lequel il est difficile d’aborder des sujets sensibles. Dans cet entretien, ponctué de nombreuses rencontres et salutations au cours de la marche, l’enquêté a principalement décrit l’environnement : « Ici, c’est la pharmacie, là c’est un terrain de foot, etc. ». Ce type d’entretien peut ne pas être adapté aux personnes susceptibles de subir un contrôle social particulier au cours de la marche parce qu’elles sont connues, voire exercent un rôle de représentation. Dans le cas évoqué, les échanges informels ayant eu lieu en amont dans le bureau ont été plus riches sur les questions relatives aux effets de quartier et à la protection de l’enfance. Cela laisse supposer qu’un entretien assis aurait pu amener de nombreuses informations absentes de l’entretien marché.
57Une autre limite est liée aux multiples aspects demandant de l’attention : contexte de prise de rendez-vous et connaissance, bruit environnant, exploration biographique, informations liées au quartier, tracé GPS, enregistrements multiples. La quantité d’informations recueillies – d’autant qu’un tel entretien peut amener à traiter de sujets imprévus – peut rendre difficile la délimitation d’un cadrage thématique. Cette masse d’informations peut aussi mettre en difficulté les enquêté·es, à qui l’on demande de se concentrer sur plusieurs choses à la fois (il est difficile pour certaines personnes de parler et marcher en même temps).
58Il faut enfin souligner que l’entretien marché, bien qu’il vise à atténuer les rapports de pouvoir entre enquêteur·ice et enquêté·es, ne sort pas du modèle de recherche « classique » dans lequel le·la chercheur·e analyse et interprète seul·e les données recueillies. Une fois l’entretien réalisé, c’est au·à la chercheur·e de produire le discours final. Pour sortir de ce modèle, il serait nécessaire de repenser la participation des personnes enquêtées tout au long du processus, en proposant par exemple des temps de consultation et de discussion des analyses produites par la recherche, dans un mouvement itératif.
L’entretien marché : une tactique pour permettre aux regards de se rencontrer ?
59L’entretien marché donne plus de possibilités d’agir à la personne enquêtée. Elle maîtrise le mouvement, le parcours, mais aussi les temps d’expression et la trajectoire de la discussion elle-même. Les personnes se saisissent de leur environnement pour nourrir une discussion ou changer de sujet. Elles maîtrisent l’environnement, donc le contexte de l’entretien, et en donnent leur propre sens.
60En outre, les modalités de l’entretien marché sont extrêmement souples. Il peut être enregistré ou ne pas l’être ; il peut être réalisé en marchant, mais aussi assis à la terrasse d’un café. Il est censé se faire dans tel arrondissement, certes, mais pourquoi ne pas rencontrer cette famille qui habite à quelques stations de métro ? Si l’éventail des possibilités est large, le dispositif rassure aussi les participants et participantes puisqu’il donne un cadre, et que ce cadre est préalablement explicité.
61La méthode de l’entretien marché est une méthode d’enquête construite dans le cadre d’un doctorat qui vise à éclairer le rôle des « effets de quartier » dans la protection des enfants. C’est un outil fabriqué « sur mesure », élaboré par le doctorant pour répondre à des conditions de recherche spécifiques : son parcours professionnel (ancien éducateur), sa situation de voisinage vis-à-vis du terrain, son propre rapport à la protection de l’enfance marqué par des années d’exercice comme professionnel sont autant de spécificités qui le conduisent à adopter une approche adaptée aux contraintes du terrain et à sa propre situation de chercheur.
62Margarethe Kusenbach, pionnière des go-along, fait référence à Michel de Certeau pour exposer les liens entre biographie et espace. De notre côté, nous nous appuyons également sur cet auteur pour penser non seulement les stratégies et tactiques des personnes elles-mêmes, leurs « pratiques d’espaces » et leurs « pratiques urbaines19 », mais aussi celles du ou de la chercheur·e dans le cadre d’une recherche par entretiens marchés. En bref, nous envisageons l’entretien marché comme une tactique du ou de la chercheur·e qui permet aux personnes « entretenues » durant la marche de déployer leurs propres tactiques.
63Les tactiques servent finalement une visée scientifique. Nous étudions un phénomène anthropologique (la protection des enfants) intriqué dans des logiques institutionnelles et structuré par des politiques publiques (la protection de l’enfance). Si la protection de l’enfance est parfois évoquée comme une ressource par les parents et enfants, elle est aussi synonyme de danger, de violence institutionnelle et de contrôle sur leurs vies. Pour les habitant·es comme pour les professionnel·les, notamment dans les quartiers populaires, une certaine méfiance est de mise vis-à-vis du monde académique, perçu comme au service du pouvoir qui exerce sur elleux ce contrôle. Comment accéder au quotidien de ces personnes en tant que chercheur·e, c’est-à-dire représentant·e d’une institution (l’Université), vu comme détenteur·ice d’un statut symbolique de sachant ?
64Mobile, simple, proche de la « débrouille » des habitant·es des quartiers populaires, la méthode de l’entretien marché place le ou la chercheur·e du côté des allié·es, du côté des tacticiens et tacticiennes, plutôt que de celui des stratèges. C’est ce langage commun qui offre la possibilité d’une rencontre de regards.
Notes de bas de page
1 Cet entretien a été réalisé par Martin Knapp dans le cadre de son recueil de matériau de thèse et, par facilité d’écriture, et pour exactement décrire la scène, la transcription est rédigée à la première personne du singulier. Les prénoms, noms et âges sont modifiés pour préserver l’anonymat des personnes.
2 Ici, « milieu ouvert » désigne les mesures d’assistance éducative en milieu ouvert (AEMO) et les prestations d’aide éducative à domicile (AED) qui ont pour objectif de protéger les enfants en danger tout en les maintenant au domicile familial.
3 Le concept d’« espace vécu », largement utilisé et discuté aujourd’hui dans l’ensemble des sciences humaines et sociales, est d’abord théorisé par les géographes Armand Frémont et Jean Gallais. Il permet de sortir d’une vision statique du territoire pour envisager des espaces subjectifs, « qui se composent d’objets, de présence corporelle et de pensée intimement liés… ». Voir : Armand Fremont, « État des lieux. À propos de L’espace vécu », in Communications, vol. II, n° 87, 2010, p. 161-169, p. 166.
4 Peter Merriman, « Rethinking Mobile Methods », in Mobilities, vol. 9, n° 2, 2014, p. 167-187.
5 Les anglophones utilisent plus facilement cette notion de studies pour délimiter un champ de recherche, nous traduisons ainsi child protection studies.
6 Pierre Paillé, Alex Mucchielli, L’Analyse qualitative en sciences humaines et sociales, Paris, Armand Colin, 2008, p. 6.
7 La pratique de « se retrouver au café » est une pratique populaire parisienne où le café peut être un espace de socialisation et de politisation pour les populations immigrées, comme nous pouvons le voir pour les immigrés algériens dans les travaux de Hajer Ben Boubaker, « La mémoire discrète de la lutte. La colonisation à l’épreuve de la musique dans la communauté algérienne en France », in Algérie coloniale. Traces, mémoires et transmissions, Giulia Fabbiano, Moumen Abderahmen (dir.), Paris, Le Cavalier Bleu, 2022, p. 225-241.
8 Gilles Séraphin, « Le “regard situant” : proposition de méthode d’analyse du regard en situation de recherche », in Questions vives. Recherche en éducation, n° 38, 2022, https://journals.openedition.org/questionsvives/7557.
9 Margarethe Kusenbach, « Street Phenomenology, The Go-Along as Ethnographic Research Tool », art. cit.
10 Sophie Houdart, Olivier Thierry, Humains, non-humains. Comment repeupler les sciences sociales, Paris, La Découverte, 2011, p. 7.
11 Claire Hancock, « Décoloniser les représentations : esquisse d’une géographie culturelle de nos “autres” », in Annales de Géographie, n° 660-661, 2008, p. 116-128.
12 Daphné Bedinade, Evélia Mayenga, « Les conditions raciales de l’enquête en sciences sociales », in Marronnages, vol. 2, n° 1, 2023, p. 8-15.
13 Rachid Bouchareb, « Tenter d’atténuer la distance raciale lors des interactions d’enquête : viabilité et limites d’une stratégie d’appariement racial », in Marronnages, vol. 2, n° 1, 2023, p. 16-36.
14 Linda Tuhiwai Smith, Decolonizing Methodologies: Research and Indigenous Peoples, London [etc.] Dunedin (N. Z.) New York, Zed Books Ltd. University of Otago Press Distributed in the USA exclusively by St. Martin’s Press, 1999 (notre traduction).
15 Le concept de territorialité du regard est proposé par Nathalie Michel dans cet ouvrage. Il s’agit de prendre en compte « la manière dont le degré de familiarité, le sentiment d’appartenance et les perceptions d’un territoire façonnent d’une certaine manière à la fois la grille de lecture de la personne chercheuse et celle des personnes enquêtées ».
16 Chun Liao, Colleen Varcoe, Helen Brown, Ian Pike, « Weaving Structural Violence into Trauma-Informed Qualitative Health Research with Populations Considered Vulnerable », in International Journal of Qualitative Methods, vol. 24, 2025, https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/16094069251340906.
17 Notamment Gilles Séraphin, « Le “pipi au lit” : quelques ressorts pour assurer un contexte favorable à la construction d’une parole collective des enfants en protection de l’enfance », in Sociétés et jeunesses en difficulté, n° 31, 2024, p. 151-177 ; Élodie Faisca, « La participation de l’enfant en protection de l’enfance : enjeux, conditions et obstacles », in Enfances Familles Générations, n° 37, 2021, p. 286-315.
18 Cependant, le travail de retranscription à la suite de ces entretiens collectifs, afin de reconstruire la cohérence de l’ensemble, est plus complexe : il est nécessaire d’écouter les différentes pistes, à plusieurs reprises, afin de retrouver la cohérence de l’entretien dans sa chronologie.
19 François Dosse, « L’art du détournement. Michel de Certeau entre stratégies et tactiques », in Esprit, vol. 3-4, n° 283, 2002, p. 214.
Auteurs
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Sur les traces de la violence
Un essai anthropologique après les attentats de Paris
Robert Desjarlais Céline Curiol (trad.)
2020
