D’où parles-tu camarade ?
p. 165-191
Texte intégral
1D’où parles-tu camarade ? Telle est l’injonction adressée à quiconque prenait la parole, en politique comme dans le champ des sciences humaines, dans l’après 68. Le terme « camarade » a disparu, mais la question demeure entière. A fortiori si le chercheur de 2025 s’exprime de l’extérieur du cénacle universitaire tout comme des paradigmes dominant les sciences sociales. Car sa grille de lecture du réel est singulièrement démodée : il y est question de mode de production, de forces productives et de rapports de production, de dernière instance et de surdétermination… Des concepts qui ne sont plus guère présents que dans une petite niche tellement ouverte aux vents de la (post)modernité qu’ils ont perdu l’essentiel de leur dimension critique : ça fait belle lurette que le marxisme-léninisme a laissé la place au « marxisme lénifiant ». Et pourtant, le simple fait de les utiliser, même de l’extérieur de l’institution, produira un effet, agira sur les systèmes de représentation du réel et prendra sa modeste place dans les agencements entre des rapports sociaux. Mais, au préalable, il conviendra d’opérer un certain nombre de mises à distance, car l’intellectuel n’est pas qu’un individu qu’on peut situer par des caractéristiques superficielles (par exemple le genre, l’âge, la couleur de peau, le statut académique, la classe sociale…) mais quelqu’un qui occupe une position en tant que membre de la classe de l’encadrement, fût-ce dans sa fraction dévalorisée liée au secteur public. Une position qu’il ne suffit pas de situer pour s’en affranchir, tant elle semble être intégrée dans l’inconscient. L’idéologie spontanée qu’il produit entre en résonance avec la fonction des sciences humaines, qui n’est pas principalement de connaître leur objet mais de définir des règles de relations avec lui. Pour pouvoir dire d’où l’on parle et quelle relation on entretient avec son terrain de recherche, il faudra donc demander de l’aide. Et c’est au bras secourable de la philosophie qu’on tentera donc de s’accrocher.
Être marxiste en sociologie
2Le marxisme ? Tel Obélix, je suis tombé dedans quand j’étais petit. Comment faire autrement avec des parents historiens et communistes s’étant rencontrés sur les bancs de la Sorbonne juste à la Libération ? Très jeune, je me suis engagé en politique, au Parti communiste également. Grandissant au sein d’une famille d’enseignants à une époque (bien révolue !) où ils étaient financièrement aisés, je n’ai pas eu de connaissance vivante de la pauvreté ou de l’exploitation. Mon point de départ était la révolte adolescente et la réflexion intellectuelle, pas la défense d’un intérêt matériel. Ne me fondant pas sur une solidarité de classe ni même une empathie sentimentale, j’étais à la recherche de références théoriques justes, non pas au sens de la « justice » (catégorie éminemment idéologique) mais au sens de la « justesse », c’est-à-dire de la cohérence et de l’efficience. Celle qui a fait dire à Lénine : « la doctrine de Marx est toute puissante parce qu’elle est juste1 ». Encore lycéen, je me suis donc intéressé à la pensée de Louis Althusser. Celle-ci présentait de nombreux attraits. D’abord, elle fournissait de puissants arguments face à un Parti communiste perdant sa boussole et à une extrême gauche subjectiviste et volontariste puisant son inspiration dans le jeune Marx. Elle opérait en outre un renouveau de la pensée marxiste, dont les raisonnements implacables répondaient à mes aspirations rationalistes, et proposait d’élargir son champ d’application à tout un ensemble de nouveaux secteurs : sociologie, théorie de la littérature, anthropologie, linguistique, épistémologie…
3Avec le recul, je me dis que j’étais fait pour être historien et enseignant, comme mes parents. Mais une rébellion initiale – nous étions à l’époque des punks – combinée à un parcours professionnel aléatoire et sinueux a fait de moi, tardivement, un sociologue. Un sociologue indépendant et même non-professionnel, précisons-le. Car j’exerce depuis plusieurs décennies maintenant comme cadre dans le secteur social et médico-social, en particulier auprès des jeunes majeurs. Mais pour un marxiste non repenti, avoir des appétences d’historien et finir comme sociologue est une manière de boucler la boucle, comme nous allons le voir.
4Le terme de sociologie n’est jamais prononcé par Marx, et les rares fois où il apparaît chez les marxistes classiques, c’est dans un sens tout à fait différent de celui qu’on lui prête ordinairement, puisqu’ils en font comme Nicolaï Boukharine un synonyme de matérialisme historique. Pour Boukharine, le terme « sociologie » (« prolétarienne », ajoute-t-il pour la distinguer de la sociologie au service des possédants) a un contenu identique à celui de « conception matérialiste de l’histoire » ou de « matérialisme économique ». C’est une science, « la plus générale des sciences sociales ». Une science qui a pour objet « les lois générales de l’évolution humaine » et se montre capable d’analyser le passé comme le présent. Elle dispose aussi d’une dimension prédictive en fournissant les armes théoriques, les connaissances, dont le prolétariat aura besoin dans son combat émancipateur. C’est dans ce sens qu’un « socialisme scientifique » entend se séparer d’un « socialisme idéologique » (ou « utopique », selon les mots d’Engels) fondé sur des valeurs, c’est-à-dire des références philosophiquement idéalistes2.
En expliquant les lois générales de l’évolution humaine, la sociologie sert de méthode à l’histoire. Si, par exemple, la sociologie établit une loi générale suivant laquelle les formes de l’État dépendent de celles de l’économie, un historien, en étudiant une époque donnée, doit s’efforcer, en effet, de trouver ce rapport, et indiquer la forme concrète (c’est-à-dire correspondant au moment donné) dans laquelle il s’exprime. L’historien fournit les matériaux pour les conclusions et les généralisations sociologiques, parce que ces conclusions ne sont pas prises au hasard, mais tirées des faits historiques réels. La sociologie, à son tour, fournit le point de vue déterminé, les moyens de recherche, ou, comme on dit, la méthode de l’histoire3.
5C’est ici que notre petite boucle personnelle se referme et où l’historien contrarié trouve dans cette sociologie le moyen de résoudre sa frustration initiale.
6Sans doute convient-il ici de s’arrêter un instant pour préciser où je me situe au regard du marxisme. Peut-être vaudrait-il mieux dire « des marxismes », compte tenu de la diversité des intellectuels se réclamant de cette tradition 142 ans après la mort de Marx et 130 ans après celle de son associé Engels. On préférera néanmoins dire « marxiste » que « marxien », cette distinction à la mode n’étant guère éclairante. Si elle sépare la pensée de l’auteur de celle de ses épigones, elle n’est pas très efficiente dans la mesure où les pensées de Marx (et d’Engels) ne sont pas des systèmes fermés, un dogme, mais ont subi de fortes évolutions tout au long de leurs vies.
7Ce à quoi il me semble tout à fait possible d’adhérer en 2025 encore, c’est au point fondamental de méthode mis en exergue par Marx lui-même jetant un regard rétrospectif sur l’évolution de sa pensée. On évoque ici la préface de 1859 à l’Introduction à la critique de l’économie politique. Un texte qui intéressera aussi le chercheur actuel par la forme donnée : celle d’une autobiographie intellectuelle, écrite à la première personne, dans laquelle Marx montre sa volonté d’exposer au lecteur la manière dont l’approfondissement d’interrogations d’ordre juridique l’avait conduit à une évolution radicale sur un plan théorique :
Mes recherches aboutirent à ce résultat que les rapports juridiques – ainsi que les formes de l’État – ne peuvent être compris ni par eux-mêmes, ni par la prétendue évolution générale de l’esprit humain, mais qu’ils prennent au contraire leurs racines dans les conditions d’existence matérielles dont Hegel, à l’exemple des Anglais et des Français du xviiie siècle, comprend l’ensemble sous le nom de « société civile », et que l’anatomie de la société civile doit être cherchée à son tour dans l’économie politique4.
8Comme en complément, on se penchera sur une autre introduction à un texte paru la même année et au titre voisin : Introduction à la critique de l’économie politique. Écrite en 1857, cette introduction5 est restée inédite pendant des décennies, mais a atteint le statut de texte classique dans la mesure où elle expose la méthode de Marx et répond à une question fondamentale pour tout chercheur en sociologie : comment étudier une société ? Prenant entre autres un exemple qui intéressera au plus haut point les démographes, la population, il montre l’inanité de partir du concret, de l’immédiat, méthode ne pouvant conduire qu’à des classements et au mieux à une « représentation chaotique » du tout. La méthode scientifique consiste au contraire à partir de déterminations générales abstraites pour analyser le détail des structures sociales.
9La méthode évoquée s’éloigne ici sensiblement d’une sociologie mainstream, qui, pratiquée par des professionnels dans le cadre de dispositifs institutionnels, fonctionne le plus souvent sur le mode de l’empirisme. Essentiellement descriptive et mettant à jour l’existant, cette sociologie risque peu d’être contredite mais a de grandes difficultés à faire émerger du nouveau, à produire des connaissances. On remarquera ici que ce constat est partagé par des scientifiques ayant des approches théoriques bien différentes, si ce n’est antagoniques. Pour n’en évoquer qu’un, on mentionnera le grand sociologue libéral Raymond Boudon, défenseur de l’individualisme méthodologique :
En fin de compte, les sciences sociales se caractérisent aujourd’hui par une absence de cadre théorique vraiment général. C’est pourquoi elles sont marquées par le descriptivisme. Elles accumulent les études particulières, souvent instructives, sur les sujets les plus variés. Mais elles donnent aussi l’impression d’un irrémédiable éclatement et d’une perte d’identité. Le sommaire d’une revue contemporaine de sociologie évoque facilement l’image d’un catalogue à la Prévert6.
10Se dégager de l’empirisme contraint donc à la rigueur et à opérer des clarifications. Compte tenu de l’objet de mes recherches (dans un premier temps, le fait familial dans sa dimension institutionnelle), il m’est apparu indispensable de tracer une nette ligne de démarcation. Une apparente proximité avec des travaux importants influencés par Pierre Bourdieu, je pense à ceux de Rémi Lenoir, rendait nécessaire ce coup de scalpel. Bien entendu, il est fort intéressant d’étudier les relations ambiguës de Pierre Bourdieu à Karl Marx ou les points de convergence entre Pierre Bourdieu et Louis Althusser, comme l’a fait de manière brillante Julien Pallotta7. Mais autre chose est d’agglomérer de manière éclectique des concepts renvoyant à des systèmes théoriques distincts, si ce n’est antagonistes. Car pour moi, la sociologie de Pierre Bourdieu est en dernière instance une sociologie de l’ordre. Si mon mémoire de master contenait encore des concepts bourdieusiens quasiment entrés dans le langage courant, j’ai pris grand soin de les éviter minutieusement dans ma thèse et mes travaux ultérieurs. Exit donc les « champs », les « habitus », la « violence symbolique », le « capital social », etc. Reste une approche socio-historique maintenant le cadre théorique général du marxisme qui, s’il a été marginalisé, demeure pertinent dans sa capacité à articuler une méthode et des concepts permettant de penser le fonctionnement et l’évolution des formations sociales, pour à titre d’exemple utiliser un de ses concepts, plus structuré et précis que celui de « société ».
11Un immense champ de recherches potentielles s’ouvre ici. D’autant qu’il faut bien admettre que les sociologues marxistes, qui se comptent aujourd’hui sur les doigts d’une main, ont toujours eu tendance à préférer l’exégèse ou les réflexions générales sur les classes ou l’État aux recherches de terrain et aux monographies. Alors qu’un programme considérable pourrait être défini, je remarque avec amusement que le type de travaux que j’ai pu mener sur l’institution familiale, la relation entre l’individu et le droit ou la démographie sont reçus avec suspicion dans des milieux de gauche semblant considérer comme potentiellement hérétique de sortir des thématiques convenues.
De la pratique
12Si l’on s’en tient à la classique topique de l’édifice, distinguant dans une société ce qui relève de l’infrastructure socio-économique et de la superstructure idéologique (droit, justice, religion…), mon intérêt s’est porté essentiellement à ce dernier niveau. Pour dire les choses autrement, je ne m’intéresse pas tant à ce qui relève de la production qu’aux dispositifs de reproduction sociale, à ce qui fait qu’un système perdure d’un jour sur l’autre, même s’il évolue en permanence. D’autant que dans des formations sociales aussi complexes que celle dans laquelle nous vivons, une quantité considérable des activités humaines y est consacrée. Pensons à l’école et à la formation des jeunes ou, par exemple, à l’énorme dispositif de protection sociale. Ou encore à la famille, à laquelle j’ai consacré plusieurs travaux. Une reproduction qui a pour particularité d’être largement organisée par l’État, au travers d’appareils qui ne « fonctionnent » pas uniquement par la fourniture de prestations matérielles mais également à l’idéologie, c’est-à-dire en façonnant les représentations sociales et par là même les comportements pratiques.
13Un exemple archétypal est l’Union nationale des associations familiales (Unaf), objet de ma thèse de doctorat, qui regroupe sous les auspices de l’État l’ensemble des associations du secteur, auxquelles la loi confie la représentation officielle des familles de France auprès des pouvoirs publics. Cet organisme, l’exposé des motifs de l’ordonnance l’ayant institué lui attribue un rôle clair : permettre aux « hautes autorités » de « jouir du soutien sans réserve de l’opinion familiale8 ».
14Qu’il s’agisse de l’institution familiale ou du rapport entre l’individu et le droit, mes recherches ont cherché à respecter l’esprit de Marx quand il affirmait à un contradicteur : « ma méthode analytique, […] ne procède pas de l’Homme mais d’une période sociale définie en termes économiques9 ». J’ai ainsi tenté d’éclaircir la manière dont non seulement le mode de production, mais plus précisément l’ordre productif10, pouvait opérer des effets idéologiques au sein de la société civile mais aussi dans la superstructure juridique.
15En l’occurrence, les phénomènes que j’ai eu l’occasion d’étudier avaient pour particularité de s’articuler à la sortie de l’ordre productif keynésiano-fordiste et au basculement dans l’ordre néolibéral (aujourd’hui en crise terminale). La période néolibérale a été marquée par le cumul des effets sociaux de mesures macro-économiques et des effets du nouveau paradigme idéologique visant à justifier ce changement et à solliciter l’adhésion des populations. Alors que la financiarisation de l’économie engendrait son lot de précarisation et un chômage de masse, les organisations historiques du mouvement ouvrier et socialiste se trouvaient singulièrement affaiblies. Leur base sociale étant rétrécie au moment même où elles accédaient au pouvoir, le ralliement au libéralisme n’allait pas tarder, entraînant lui-même un déplacement de la conflictualité politique. À un clivage gauche/droite superposant largement le clivage capital/travail, succédait une opposition « progressistes »/conservateurs ayant pour enjeu les valeurs. Avec comme effet idéologique une recomposition « à front renversé », faisant de la défense de l’individu un marqueur idéologique de gauche.
16C’est ainsi qu’on peut comprendre comment on est passé de tentatives d’inscrire de grandes revendications sociales dans le droit (le « droit à » l’emploi, l’éducation, la santé…) à sa pulvérisation dans la reconnaissance de problématiques identitaires. Ou pourquoi une majorité indifférente à la question familiale a pu se constituer au sein de la classe politique, alors que ce sujet était jusque-là l’objet d’une forme de consensus séculaire. Ou encore, comment le dédain pour les politiques familiales est la conséquence de l’oubli de la notion de population.
17Pour rester sur cette dernière analyse, elle est largement développée dans mon travail le plus récent, portant sur la crise démographique11. C’est ce qui le distingue nettement de travaux voisins produits par des économistes (David Duhamel, Maxime Sbaihi) ou des sociologues (Julien Damon), au-delà d’un accord entre nous tous sur l’état de la situation et les menaces qu’elle fait peser sur l’avenir. Le problème de la crise démographique commençant à émerger dans le débat public – je pense y avoir joué un rôle –, ces travaux ont le mérite de rompre avec l’indifférentisme dominant jusqu’ici. Ils trouvent leurs limites dans les options libérales de ces auteurs, puisque les travaux en question ne proposent pas d’articulation avec une théorie générale permettant de comprendre les causes structurelles de la présente crise. S’ils se démarquent nettement d’un néomalthusianisme encore en vogue, ils peinent à formuler des propositions allant au-delà de ce que peut préconiser, par exemple, l’OCDE. Ils tentent de penser la résolution d’un problème à l’intérieur du cadre l’ayant engendré.
18Parallèlement à l’esquisse de mon compagnon italien Piermaria Davoli12, j’ai tenté dans ce travail d’apporter une modeste contribution à ce que Bernard Lahire appelle de ses vœux : faire des sciences sociales « des sciences comme les autres, capables de formuler des lois13 ». À ce stade, il ne s’agit que d’une esquisse, en pointillé, le marxisme ne s’étant que rarement confronté à la question, pourtant reconnue comme centrale, de la population. Si la théorie de la surpopulation relative pouvait très bien s’intégrer à une théorie générale des évolutions démographiques, Marx n’a laissé que des indications et celle-ci n’existe pas chez ses épigones.
19Il revient à l’américain Warren Simpson Thompson d’avoir compris dans les années 1920 le lien entre natalité et niveau d’industrialisation. Et c’est le français Adolphe Landry qui a théorisé en 1934 l’existence d’une « révolution démographique » et l’émergence du régime démographique dans lequel nous nous trouvons toujours. Le matérialisme historique permet d’améliorer sensiblement la conceptualisation de l’ensemble en intégrant jusqu’au bout l’idée selon laquelle ce sont les modes de production qui déterminent les comportements reproductifs. Et qu’il convient par conséquent de remplacer la notion ambiguë de « transition démographique » par celle de « loi de population du mode de production capitaliste ». À quoi on ajoutera que ce modèle d’analyse permet aussi de comprendre pourquoi le capitalisme des « Trente Glorieuses » a été porteur du modèle familial de « Monsieur Gagnepain » et pourquoi le modèle des deux parents qui travaillent est spécifique à la période néolibérale. Nous ne développerons pas davantage ici, mais les théories marxistes de la dépendance proposent une clef de compréhension du maintien de régimes démographiques spécifiques dans les pays dominés, par exemple en Afrique subsaharienne où la natalité demeure la plus élevée au monde. Elles permettent également de mieux comprendre la persistance d’idéologies néomalthusiennes non seulement dans les couches moyennes éduquées des métropoles, mais aussi au sein d’institutions comme le Fonds monétaire international.
20Avec le matérialisme historique, nous disposons d’un cadre théorique général d’analyse des modes de production et Marx a légué une batterie d’outils permettant d’entreprendre l’étude des formations sociales. Un cadre qui dépasse les limites administratives délimitant chacune des « sciences humaines » et qui fait que des travaux comme les miens peuvent se situer au confluent des sciences politiques, de la sociologie historique, de l’économie ou de la psychologie sociale. Ce dispositif théorique n’est pas clos, mais s’est déjà considérablement enrichi, comme en témoigne la tradition du structural marxism, et tend à la fois à s’approfondir sur le plan conceptuel et à élargir son champ d’application. On peut également citer à titre d’exemple l’influence de la théorie de l’idéologie sur les études de genre, ou l’apparition en économie d’une école de la surdétermination. Mais nous parlons d’écoles américaines et d’une queue de comète d’un marxisme occidental coupé des luttes sociales. Les limites aux avancées supplémentaires ne sont pas théoriques mais pratiques, au sens où, aux lendemains de la contre-révolution néolibérale, les forces capables de porter ce genre de projet sont exsangues, au sein de la société civile en général et de l’Université en particulier.
À distance de la sociologie institutionnelle
21Quel regard peut-on alors poser, non sur les travaux particuliers de tel ou tel sociologue, mais sur la sociologie en tant que science des relations, institutionnalisée depuis la fin du xixe siècle au sein de l’Université ? Une science ayant également trouvé depuis des commanditaires hors du monde académique, des collectivités territoriales aux organismes privés comme les instituts de sondage, des fédérations patronales, etc. ?
22Le fait est que les relations entre le marxisme et la sociologie telle qu’elle est instituée comme discipline partie prenante des sciences humaines sont pour le moins tendues. Si l’on accepte de considérer Auguste Comte comme l’inventeur de la discipline, ses travaux n’ont été connus de son contemporain Karl Marx que des décennies après leur publication et il n’en avait qu’une « très mince opinion14 », selon ses propres termes. Quant à Émile Durkheim, qui a institutionnalisé la sociologie comme discipline universitaire, il s’est attiré les critiques acerbes de Georges Sorel, le « soleil noir » du marxisme français. La plus significative concerne la relation de la sociologie avec les pouvoirs publics, dont elle se positionne comme le conseiller15. Dit crûment, pour le marxisme, la sociologie est essentiellement une formation théorique de l’idéologie dominante, tout comme les autres « sciences humaines », l’économie ou la psychologie.
23Si l’appareil éducatif n’est pas tendre non plus avec des théories perturbatrices comme le marxisme ou la psychanalyse, cela ne veut pas dire qu’ils n’y aient jamais eu de place. Chacun sait que ces deux paradigmes ont eu une influence significative dans la production intellectuelle, mais aussi au sein de l’Université pendant des décennies. Ceci s’explique par le fait que les appareils idéologiques d’État fonctionnent selon le mode de la pluralité ouverte et ne sont pas hermétiques aux luttes de classes qui s’expriment dans le reste de la société. Un programme de recherche pourrait être d’effectuer une « sociologie de la sociologie (et des sociologues) », dont je formule l’hypothèse qu’elle permettrait de constater que les choix de paradigmes et de thèmes de recherche sont en prise directe avec ce qui se passe hors de l’institution. Avec souvent un décalage temporel, le temps que le nouveau se réfracte au sein de l’institution. Mais les hasards de la conjoncture font qu’en certains lieux, la radicalisation des intellectuels accompagne voire précède celle du monde du travail. Qu’on en juge par l’histoire singulière du département de sociologie de l’université de Caen, dirigé par Claude Lefort16 et Alain Caillé dès le milieu des années 1960 et épicentre de la contestation universitaire en mai 1968.
24Traditionnellement, le marxiste observe avec défiance le milieu universitaire, en particulier dans le domaine des sciences humaines, le suspectant d’avoir une scientificité douteuse. Il n’est pas le seul et on trouve un point de vue encore plus radical chez Michel Foucault pour qui « il est inutile de dire qu’elles sont de fausses sciences » parce qu’elles « ne sont pas des sciences du tout »17. Si par exemple la sociologie dépense autant de temps et d’énergie à tenter de se définir ou de justifier son caractère scientifique (« considérer les faits sociaux comme des choses »), n’est-ce pas justement preuve de faiblesse ? Et le recours croissant aux méthodes mathématiques et statistiques n’en est-il pas un exemple, gardant toujours une dimension d’extériorité ? La finalité des sciences humaines n’est-elle pas en réalité de proposer des « techniques idéologiques d’adaptation ou de réadaptation sociale18 » ? On trouve chez certains de leurs praticiens des références superficielles au marxisme qui habillent une volonté louable de témoigner de l’empathie envers les autres mais prennent à contrepied la thèse centrale du matérialisme, à savoir que c’est l’abstrait qui permet de comprendre le concret. Au risque d’un relativisme conduisant à questionner le rationalisme lui-même19. Cette dérive devrait inciter à méditer la sage recommandation de Bernard Lahire : « Même si la sociologie n’est jamais sans effet social et politique, elle ne doit pas être une manière de faire de la politique par d’autres moyens20 ». Et la pratique des expérimentations les plus osées ne dispense pas de s’interroger sur le cadre institutionnel qui les permet, surtout si la commande du législateur est d’« appuyer les décisions publiques21 ».
25De son côté, le psychanalyste pourrait émettre une critique parallèle envers la psychologie dans ses différents secteurs d’application. Une problématique aggravée par la prégnance croissante d’une psychologie comportementaliste qui a le mérite de ne pas se raconter d’histoires sur ses objectifs réels. Le praticien du travail social que je suis sur un plan professionnel ne peut que constater ce phénomène qui accompagne une tendance lourde à la psychologisation de l’intervention sociale, à l’individualisation des droits et à l’éviction du collectif. Du côté des pouvoirs publics, on connaît la tendance à remplacer les politiques publiques universelles par le ciblage des actions et le saupoudrage des aides. Mais on peut se demander si les sciences humaines n’accompagnent pas le mouvement en évitant de se pencher sur les causes premières des phénomènes sociaux pour se centrer sur l’analyse des interactions en leur sein.
26Il est des jours où le sociologue marxiste non professionnel que je suis aurait envie de travailler pour une institution lui permettant de se consacrer à temps plein à l’enseignement ou à la recherche. Mais l’âge et l’indépendance financière ont quelques avantages, dont le premier est de pouvoir se tenir à l’écart de ce qui apparaît comme des obligations, tout du moins si l’on veut faire carrière. La position d’extériorité par rapport aux dispositifs institutionnels (universités, CNRS, laboratoires de recherche) va permettre de faire un pas de côté, d’agir en optant pour une approche libérée des injonctions. Elle donne par exemple la liberté de se choisir avec un directeur de thèse qui ne cherchera pas à vous faire travailler sur des dispositifs dépendant à des degrés divers de la commande étatique. Je salue ici mon maître Gérard Neyrand.
Position de classe, idéologie
27Les hommes et les groupes sociaux ne sont pas des pages blanches : ils sont mus par des idéologies, c’est-à-dire des systèmes de représentation du monde. Ceux-ci sont « toujours-déjà22 » là, quasi préexistants à l’individu puisque dans l’idéologie familiale par exemple, celui-ci est le plus souvent « attendu », portera le nom de son père (ou de ses deux parents), etc. L’individu est reconnu comme tel, comme sujet, dès sa naissance. Et il est immédiatement pris dans des pratiques sociales qui fonctionnent toutes sous des idéologies.
28Pourquoi ? Parce que l’existence d’une pratique sociale nécessite le langage et la pensée et par conséquent la représentation de ce qu’il convient de faire, de la manière dont il faut s’y inscrire. Les pratiques sociales sont multiples et les idéologies aussi. Mais toutes n’ont pas la même portée et les plus communes sont dominées par des idéologies qui concernent l’ensemble de la vie sociale et les articulent. Ces grandes idéologies englobantes ont à voir avec la religion, le droit, la politique. Elles vont tendre soit à unifier soit à diviser la société et, dans une société de classes, elles revêtent un caractère de classe. L’idéologie se place dans la superstructure, mais elle a la particularité d’intervenir à tous les niveaux de la société, d’être le liant qui permet à tous les rouages de fonctionner.
29Tout un chacun a sa propre conception du monde, reconnaît et est reconnu par des idéologies. On précisera ici que l’idéologie et l’inconscient font nœud, et que l’inconscient est foncièrement idéologique. La volonté du chercheur de se situer par rapport à son objet de recherche, d’analyser les rapports d’interaction avec lui, va trouver ici une limite dans la mesure où une partie des éléments constitutifs de son regard (tout comme du regard de l’autre) vont relever de l’enfoui, de l’inconscient. Et, si l’on suit sur ce point la psychanalyste Nicole-Édith Thévenin, c’est l’inconscient qui choisira selon les situations ce qui lui convient dans l’imaginaire idéologique23. Il y a là une limite aux efforts légitimes faits pour situer son objet de recherche et se situer par rapport à lui.
30La famille dans laquelle on est né, la socialisation, le parcours de vie offrent des opportunités de reconnaissance de telle ou telle idéologie. La position sociale joue aussi son rôle. Qui ne subit pas l’influence de son milieu ? A fortiori si on l’a choisi en conscience, par « vocation » pour des enseignants ou des chercheurs par exemple. Ce que donne la position de classe, ce sont des prédispositions, un instinct. On réagira de manière différente à telle ou telle idéologie selon ses prédispositions initiales. Il est dans ce sens plus facile pour un travailleur de l’industrie d’adopter une analyse de classe de sa situation sociale que pour un intellectuel qui devra opérer pour ce faire une petite révolution personnelle.
31Si l’idéologie dominante à une époque donnée est celle de la classe dominante, le milieu universitaire n’y échappe pas. Et les appareils idéologiques d’État, ici l’appareil scolaire, sont les lieux de réalisation des idéologies, celles-ci n’existant que sous des pratiques matérielles. Et pour que l’idéologie se réalise, il faut qu’elle soit reconnue par les sujets auxquels elle s’adresse. Mais ce n’est pas toujours le cas et il peut y avoir ici une forme de disjonction, une lutte. Si aujourd’hui l’idéologie néolibérale reste (péniblement) l’idéologie répandue au sein de la classe dominante, elle a la plus grande difficulté à recueillir l’assentiment d’agents dont elle contrarie les intérêts matériels et moraux. Les exemples ne manquent pas des manifestations d’exaspération des enseignants et chercheurs envers les conséquences du néolibéralisme : diminution des crédits, subordination des objectifs de recherche aux intérêts privés, marginalisation des sciences humaines, etc.
32Bien entendu, l’auteur de ces lignes n’échappe pas plus que n’importe qui à l’emprise idéologique. La part inconsciente de celle-ci le restera… pour l’instant. Mais il n’est pas anodin de pouvoir non seulement identifier ce en quoi le terrain de recherche influence notre regard, mais aussi débroussailler le point à partir duquel nous effectuons le travail d’analyse. Tenter de comprendre les enjeux personnels mis à l’épreuve mais aussi la position sociale à partir de laquelle nous regardons le monde.
33Pour les sociologues et de manière générale les professionnels des sciences humaines et humanités, il s’agit de celle d’agents d’un dispositif (parmi d’autres) contribuant à forger l’hégémonie culturelle des possédants et par là même la reproduction du système. En son temps, Louis Althusser notait que si les intellectuels sont dans la culture comme des poissons dans l’eau, « les poissons ne voient pas l’eau dans laquelle ils nagent24 ». Et les sociologues sont, comme tout un chacun, pris dans tout un ensemble d’assujettissements idéologiques : ceux qui sont liés à leur situation sociale initiale, mais aussi à l’appareil de l’Éducation nationale, programmes de recherche, administration, directives… De ce point de vue, s’il est nécessaire aux sociologues de se situer par rapport à leur objet de recherche, leur « terrain », voire leur propre position, un autre enjeu sera de parvenir à percevoir l’eau du bocal.
34La problématique du regard « situant » et de l’interaction avec l’objet observé peut s’exprimer pleinement dans le processus de recherche, mais aussi de manière beaucoup plus générale. C’est ici que l’adoption d’une grille de lecture incluant une théorie de l’idéologie pourra aider grandement, dans la mesure où elle permettra de tenter de se situer, que ce soit vis-à-vis de l’objet de la recherche ou des dispositifs institutionnels dans lesquels elle se déploie.
35« Les systèmes d’idées plus ou moins unifiés25 » que sont les idéologies interagissent en permanence. Et si l’un se développe, l’autre laisse la place. Il en est ainsi de tout temps, qu’on pense à la manière dont le rationalisme des Lumières s’est imposé face au spiritualisme de l’Église catholique, fournissant ainsi un appui au développement des sciences. Le choix par le chercheur d’une thématique de recherche, d’une grille d’analyse, les conclusions tirées vont volens nolens produire des effets. Ils peuvent conforter le système de représentations qui domine sur le moment, comme le perturber, contribuer à le remettre en cause, participer à l’émergence d’un nouveau système.
36Les découvertes issues de la recherche vont elles-mêmes produire des effets sur les pratiques sociales. Et en dernière instance, « sous la figure d’un système d’idées agissant sur un autre système d’idées, pour le transformer, c’est un système de rapports sociaux qui agit sur un autre système de rapports sociaux, pour le transformer26 ». Rien n’est donc anodin et il y a des enjeux politiques au bout du chemin.
La philosophie à la rescousse
37J’ai énoncé plus haut quelques bribes biographiques situant ma position sociale initiale et un parti pris de départ. Depuis, j’ai considérablement enrichi non seulement mes connaissances livresques, la moindre des choses, mais surtout ma connaissance interne de la formation sociale dans laquelle je vis. Il ne s’agit pas ici principalement des intellectuels ni même des travailleurs sociaux, mais de la jeunesse des banlieues, de l’immigration maghrébine, des couches inférieures de la classe travailleuse. Et je fréquente les milieux syndicaux, associatifs et politiques depuis des décennies maintenant. Autant d’expériences dont je ne doute pas qu’elles aient profondément affiné mon regard sur le monde. L’ont-elles influencé au point qu’il s’avère nécessaire d’en faire l’analyse ? Ce pourrait être le cas si mes travaux portaient directement sur ces thèmes. Mais il n’en est rien et le regard que je tente de situer est celui d’un observateur de la formation sociale dans sa globalité. Celui d’un agent dominé de la domination, pour paraphraser André Gorz, qui tente de conserver une saine distance avec l’influence de son milieu social.
38Quand il s’agit de ma pratique sociale de sociologue, je me tourne vers la philosophie. Celle-ci est en tout état de cause présente au sein des sciences et leur offre des « garanties », comme celles proposées par l’empirisme logique, ou par la philosophie de Karl Popper dans son opposition de principe au marxisme ou à la psychanalyse comme non vérifiables. Mais il y a aussi une « lutte des places » dans la philosophie, des positions qui sont occupées et d’autres abandonnées. Sans entrer ici dans le détail, bien qu’acceptant le principe du démenti expérimental, j’aurais des réserves quant à l’énoncé de critères de vérification préétablis et à un formalisme ahistorique. Mon option est donc celle d’un matérialisme non téléologique27. Ses thèses n’énoncent pas des « vérités » introuvables mais aident le chercheur en mettant en évidence ce qui relève de son idéologie spontanée en ce qu’elle peut charrier d’influences du spiritualisme ou du positivisme, et ce faisant faire obstacle à la démarche de recherche elle-même. On ajoutera que la science (et pas seulement des sciences humaines aux bases théoriques singulièrement fragiles) s’exprime au sein d’une conjoncture historique dont elle ne peut totalement se départir. S’opère ainsi un mouvement permanent d’ajustement. Ce faisant, la philosophie aide à dégager le travail de recherche de l’emprise idéologique. Chacun se trouve donc à sa place : l’idéologie dans le quotidien et les pratiques sociales, les connaissances du côté de la science.
39Je doute que quelqu’un m’appelle « camarade », mais si d’aventure on le faisait dans la rue, je me retournerais sans aucun doute. Car je présupposerais que c’est bien à moi qu’on s’adresse et reconnaîtrais implicitement que je fais bien partie, d’une manière ou d’une autre, du groupe concerné. C’est de ça, aussi, qu’il convient de se départir quand s’engage le processus de recherche, distinguant ici le marxisme en tant que théorie et les idéologies politiques qui s’en réclament.
40Mais voici, en tout cas, d’où je parle.
Notes de bas de page
1 Lenine (Vladimir Illitch Oulianov, dit), Les Trois Sources et les trois parties constitutives du marxisme, Éditions de Pékin, 1976 [1913].
2 Raymond Debord, « Louis Althusser, Socialisme idéologique et socialisme scientifique », in La Pensée, n° 421, 2025, p. 129-131.
3 Nicolaï Boukharine, La Théorie du matérialisme historique. Manuel populaire de sociologie marxiste, 1921, https://classiques.uqam.ca/classiques/Boukharine_N/theorie_materialisme/theorie_materialisme.pdf.
4 Karl Marx, « Préface », in Critique de l’économie politique, 1859, https://www.marxists.org/francais/marx/works/1859/01/critique.pdf.
5 Karl Marx, « Introduction », in Introduction à la critique de l’économie politique, 1859 [1857], https://www.marxists.org/francais/marx/works/1857/08/intro.pdf.
6 Raymond Boudon « Mais où sont les théories générales d’antan ? », in Revue européenne des sciences sociales, vol. XLVI, n° 140, 2008, p. 31-50.
7 Julien Pallotta, « Bourdieu face au marxisme althussérien », in Actuel Marx, n° 58, 2015 p. 130-143 ; Julien Pallotta, « Le moment 1970 sur la reproduction : Marx et Bourdieu », in Actuel Marx, n° 70, 2021, p. 96-110.
8 Cité dans Raymond Debord, L’Unaf face aux mutations de la famille, thèse de doctorat sous la dir. de Gérard Neyrand, Université Toulouse 3, 2021, p. 33, https://utheme.univ-tlse3.fr/s/fr/item/5110.
9 Karl Marx, « Randglossen zu Adolph Wagners, Lehrbuch der politischen Ökonomie » (Zweite Auflage), Band I, 1881 [1879], https://www.marxists.org/archive/marx/works/1881/01/wagner.htm.
10 Un ordre productif est la façon dont le capitalisme assure l’accumulation du capital et sa profitabilité sur un territoire donné et durant une période donnée de son existence.
11 Raymond Debord, Vers un monde sans enfants ? Faire face à l’hiver démographique, Paris, Éditions critiques, 2025.
12 Piermaria Davoli, Démographie et migrations dans le changement d’époque, Paris, Éditions science marxiste, 2024.
13 Bernard Lahire, « La société doit renouer avec l’esprit scientifique », in CNRS, Le journal, 28 novembre 2023, https://lejournal.cnrs.fr/articles/la-sociologie-doit-renouer-avec-lesprit-scientifique.
14 Karl Marx, « Lettre au Professeur E.S. Beesly du 12 juin 1871 », in La Guerre civile en France, Paris, Éditions sociales, 1968, p. 110.
15 Georges Sorel, « Les théories de Monsieur Durkheim », in Le Devenir social, n° 1, 1895, p. 1-26.
16 Dont les élèves et disciples se nommaient Marcel Gauchet, Gladys Swain, Marcel Jaeger, Paul Yonnet, Jean-Pierre Le Goff.
17 Michel Foucault, Les Mots et les Choses, Paris, Gallimard, 1966, p. 76.
18 Louis Althusser, Philosophie et philosophie spontanée des savants, Paris, François Maspéro, 1974 [1967], p. 47.
19 Louis Staritzky, « La recherche-action vincennoise, un héritage scandaleux », in Pratiques de formation, n° 70, 2025, https://www.pratiquesdeformation.fr/934.
20 Paul Costey, Anton Perdoncin, « Entretien avec Bernard Lahire », in Tracés. Revue de sciences humaines, n° 13, 2007, p. 235-248.
21 « Science avec et pour la société : les mesures issues de la LPR », 19 août 2021, https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/science-avec-et-pour-la-societe-les-mesures-issues-de-la-lpr-49218.
22 Louis Althusser, « Idéologie et appareils idéologiques d’Etat », in La Pensée, n° 151, juin 1970, p. 3-38.
23 Nicole-Édith Thevenin, « Althusser et l’insu de la psychanalyse », in La Pensée, n° 382, 2015, p. 113-124.
24 Louis Althusser, Philosophie et philosophie spontanée des savants, op. cit.
25 Louis Althusser, Initiation à la philosophie pour les non-philosophes, Paris, PUF, 2014, p. 221.
26 Ibid., p. 223.
27 Michael G. Goshgarian, « Introduction » à L. Althusser, Philosophy of the Encounter. Later Writings, 1978-1987, London, Verso, Juillet 2006, Cahiers du GRM, n° 8, 2015. http://journals.openedition.org/grm/679.
Auteur
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Robert Desjarlais Céline Curiol (trad.)
2020
