Quand une recherche « sur le lointain » amène à être située puis à se (re)situer
p. 107-132
Texte intégral
1La réflexion que je présente ici prend appui sur deux ensembles de recherches : d’une part, ma recherche doctorale dans laquelle j’ai étudié, dans une perspective de genre, les ressorts des progrès scolaires des filles au Sénégal1 et, d’autre part, une recherche menée quinze ans plus tard, dans ce même pays, portant sur les reconfigurations des rapports de genre induites par la scolarisation prolongée des filles et la présence accrue des femmes sur le marché du travail2. Ces deux terrains3 ont en commun d’avoir été conduits à Dakar, capitale du Sénégal, lors de longs séjours d’expatriation au sein de l’Institut de recherche pour le développement (IRD).
2Alors que les enjeux de positionnalité4 revêtent une acuité particulière dans les études aréales5 (c’est-à-dire dans les recherches menées « sur le lointain », depuis une position d’outsider et qui plus est, dans mon cas, très privilégiée), je m’étais jusque-là tenue relativement à distance de ces questions. Dans la première partie de ce chapitre, je présente le cheminement qui m’a conduite à en faire un objet d’analyse. L’objectif est moins de produire un récit stabilisé que de rendre compte d’un parcours réflexif en construction, nourri d’allers-retours entre reconstitutions ex post de mes expériences de recherche, confrontations critiques et ressources théoriques progressivement mobilisées. Cette partie éclaire les rapports de pouvoir à l’œuvre dans la production des savoirs en/sur l’Afrique6 et constitue, après d’autres, une forme de témoignage sur des aspects généralement passés sous silence dans les comptes rendus de recherches7. Dans la seconde partie, je décris et compare mes deux expériences dakaroises, tout à la fois proches (je l’ai déjà mentionné) et éloignées (du point de vue des différences d’âge, de position dans le cycle de vie, de statut, ou encore d’aspirations personnelles et professionnelles), pour mettre en lumière une positionnalité en tension, évolutive, façonnée par les contextes, les relations, les engagements et les événements. Leur mise en regard permet ainsi d’explorer les liens complexes entre expérience personnelle et démarche de recherche8 et de saisir comment différentes temporalités – celles de la chercheuse (âge, parcours, contraintes statutaires, cycles de vie, articulation des temps sociaux) et celles de la recherche (durée de l’enquête, conditions matérielles) – influencent la formulation des problématiques, le choix des méthodes, la nature des données et leurs interprétations. La comparaison proposée permet d’ouvrir des pistes, esquissées dans la conclusion, pour renouveler l’analyse des matériaux collectés et pour mettre en œuvre de futures recherches.
Récit d’un cheminement intellectuel à contre-courant
Petite histoire d’une navigation en eaux troubles et dans une « purée de pois »
3Dans mes travaux antérieurs, je n’ai jamais ni analysé ni pris en compte ma positionnalité. Cette distance ne relève pas d’une forme de naïveté qui me ferait croire que ce que je suis ou représente n’a aucun effet sur mes recherches9. Si ces questions me « taraudent » depuis longtemps, je ne les avais jamais abordées de front ; d’autant que j’étais relativement démunie, d’outils et d’espaces, pour le faire. La démographie quantitative, dans laquelle j’inscris mes travaux, est une discipline peu coutumière du type de questionnement proposé ici10 : la réflexivité y prend une forme particulière, tout entière tournée vers les données, les indicateurs, les méthodes ; tandis que les questions de positionnalité se posent de manière plus diffuse dans les démarches quantitatives que dans celles qualitatives, et en particulier ethnographiques.
4Ces enjeux traversent néanmoins les pratiques des chercheur·es africanistes11, tout comme celles des féministes blanches, occidentales, libérales et laïques, amenées à travailler « sur » les femmes africaines12. Le « tournant décolonial13 » a par ailleurs fait émerger une nouvelle génération de chercheur·es des Suds, lucide sur les rapports de pouvoir à l’œuvre et susceptible, dès lors que les conditions statutaires le leur permettent, de les contester14. Les déconvenues multiples qui ont émaillé le second terrain dakarois en témoignent.
5Au moment de finaliser la version complète du projet ANR-Discord, en amont de mon arrivée sur le terrain, une collègue sénégalaise s’est retirée, dénonçant le manque de concertation dans l’écriture de la version finale du projet et la prépondérance des agendas15 du Nord dans cette nouvelle version. Je n’ai pas cherché à infléchir sa décision. Par la suite, une fois arrivée à Dakar, le responsable de l’institut sénégalais où je pensais pouvoir être accueillie16, et avec qui j’avais eu plusieurs échanges par mail à ce propos, a finalement refusé cet accueil. Je n’ai pas insisté : il venait tout juste de désengager son institut d’un autre projet auquel je participais également, le projet Démostaf17, mécontent de la manière dont l’accès aux données des enquêtes sénégalaises avait été négocié, ou plutôt imposé selon lui ; de la division du travail interne au projet, où les chercheur·es africain·es étaient, selon lui, cantonné·es à des pourvoyeurs de données ; et des conditions financières des mobilités, très inégalitaires entre partenaires occidentaux et africains18. Plus tard, alors que le projet était déjà bien amorcé, une seconde collègue sénégalaise, en charge du volet qualitatif, s’est, elle aussi, désengagée, sans vraiment s’en expliquer. A posteriori, ce retrait me semble lié à des désaccords sur la gouvernance du projet, son financement et ses méthodes. Je n’ai pas cherché, faute de mots, de temps, mais aussi certainement de courage, à initier la discussion qui aurait pu permettre d’éclairer ces non-dits et, peut-être, de désamorcer certains malentendus. Le travail de coordination du volet qualitatif qui m’a échu a largement été délégué à une collègue, docteure en sociologie, qui s’est pleinement investie malgré des conditions matérielles peu favorables : le budget ne permettant pas d’embauches stables et pérennes, elle a travaillé dans la précarité, par « à-coups », au gré des financements complémentaires que j’ai pu obtenir.
6Malgré ces déconvenues, des coopérations fécondes ont émergé avec plusieurs institutions sénégalaises (ANSD, Ensae, Ucad19), donnant lieu à une production scientifique conséquente. Ces partenariats se sont avérés d’autant plus solides qu’ils reposaient sur des relations personnelles ou professionnelles préexistantes et qu’ils avaient fait l’objet de négociations patientes, parfois longues – il a par exemple fallu six mois pour établir un contrat avec l’ANSD, institution chargée de mettre en œuvre l’enquête quantitative.
7La fin de mon expatriation a coïncidé avec l’organisation d’un séminaire en ligne sur les « dynamiques de genre dans les capitales ouest-africaines20 ». Lors des discussions et échanges en marge des sessions, certains cadres théoriques auxquels je me réfère, en particulier ceux du féminisme matérialiste, et certaines notions, également centrales dans mes travaux, telles celles d’« émancipation », de « couple » ou de « ménage », ont été interrogés, discutés, parfois contestés. Des doutes ont également été exprimés quant à ma capacité, en tant que chercheuse occidentale, blanche, féministe et socialement privilégiée, à objectiver les dynamiques sociales propres au contexte dakarois. L’on me reprochait notamment de projeter sur les femmes ma propre expérience, notamment une vision du travail domestique et du care comme intrinsèquement avilissante – qui serait en décalage avec les vécus ou les représentations des femmes sénégalaises.
8De ces tensions analytiques autour du genre – et, plus marginalement, autour de la positionnalité – est née la volonté, partagée avec trois collègues ayant participé au séminaire, de prolonger la réflexion dans un autre cadre collectif, incarné dans la co-coordination d’un numéro spécial des Cahiers d’études africaines21. Ce projet s’est révélé à la fois intellectuellement exigeant et personnellement éprouvant mais également, rétrospectivement, déterminant pour ouvrir un espace de réflexivité et analyser ma posture de chercheuse. Mais si l’intention était là, les outils, eux, faisaient défaut, m’amenant à lire « tous azimuts ».
Retrouver son cap au sein d’un océan académique « méconnu »… puis se noyer
9Je me suis plongée – et parfois noyée – dans des lectures qui ont emprunté plusieurs directions complémentaires22. Elles m’ont menée vers des travaux sur la positionnalité, notamment – mais pas seulement – ceux produits par des chercheuses et chercheurs « en position dominante » qui interrogent, d’un point de vue opérationnel, les effets de leur inscription sexuée, sociale, raciale, institutionnelle sur leurs pratiques de recherche23. J’ai également investi les débats contemporains sur la décolonisation de la recherche en Afrique, c’est-à-dire les réflexions critiques sur la « fabrique des savoirs en contextes post-coloniaux24 », en accordant une attention particulière à leur portée dans le champ des études africanistes et, en leur sein, aux recherches menées en partenariat25. Si, dans l’ensemble, ces lectures m’ont permis d’ouvrir des pistes, de nommer certains inconforts, de mieux comprendre les critiques formulées à l’encontre de mes travaux, certaines d’entre elles, centrées sur les recherches menées à l’IRD et les pratiques de ses chercheur·es expatrié·es26, ont contribué à renforcer mon malaise. Elles dépeignaient une réalité qui ne m’était pas totalement étrangère : au contraire, je m’y suis, mais en partie seulement, reconnue27. Elles émettaient des critiques que j’avais pu formuler moi-même sur mon premier terrain28, mais qui, une fois placée en « première ligne », en étant en charge du partenariat, de la coordination, des financements et de la conduite de projet, me sont revenues en miroir.
10Cet ensemble de déconvenues, de critiques et mes premières lectures ont conduit à une prise de conscience douloureuse : d’une part, de l’image que je suis susceptible de renvoyer en tant que chercheuse occidentale, blanche, expatriée et, d’autre part, du fait d’avoir été un des rouages des inégalités29 ; ce qui fut, sans nul doute, l’aspect le plus difficile à accepter dans ce cheminement. Ma présence sur le terrain, les objets que j’y travaille, les méthodologies et cadres théoriques mobilisés, tout cela n’allait pas/plus de soi. Ma légitimité scientifique et celle de mes recherches n’auraient pas dû être tenues pour acquises30 : elles étaient, au contraire, à construire, à démontrer, à négocier, et cela dans un espace de recherche où l’extranéité (et donc la pseudo-neutralité) du chercheur, ici la chercheuse, sa « bonne volonté31 » ou sa posture critique ne suffisent plus à justifier ni sa présence, ni sa recherche.
Sortir la tête de l’eau et apercevoir, enfin, la terre
11J’ai alors été prise de « vertige intellectuel », lequel s’est d’abord traduit par une véritable paralysie dans la pensée et dans l’écriture. Des lectures complémentaires, des rencontres et des échanges32 m’ont permis de sortir progressivement de cette léthargie et de trouver une manière d’agencer ces différents écrits, de les faire dialoguer, et de situer ma propre voix au sein du paysage contesté de la recherche africaniste et féministe. J’ai pu mesurer que mon expérience, bien que liée à ma personne et à mes actes, s’inscrivait dans des enjeux plus larges, et ainsi cesser d’envisager les tensions vécues comme strictement personnelles : les relations de pouvoir imprègnent toutes les collaborations, même les mieux intentionnées, et se heurtent à des contraintes profondes33, comme l’iniquité des instruments de financement34, sur lesquels les chercheur·es ont peu de prise35. Les études africaines, en particulier francophones, ont tardé à s’inscrire dans le tournant décolonial, et ce processus reste largement inachevé36. Des tensions persistent qui se cristallisent autour de plusieurs clivages : entre les chercheur·es travaillant depuis le continent et celles ou ceux basé·es à l’extérieur ; dans la visibilité et la reconnaissance différenciée de leurs travaux ; ainsi que dans la prépondérance des approches épistémologiques et des agendas de recherche issus du « Global North37 ». Cette hégémonie s’accompagne d’une division internationale du travail scientifique qui perpétue une forme d’extractivisme des savoirs38. Je n’ai pas échappé à ces différents travers, tandis que l’absence de réflexion sur ma positionnalité en amont de la mise en œuvre du projet a nourri les tensions préexistantes39 et m’a privée, et mes partenaires avec moi, d’un espace pour engager un dialogue et « déminer le terrain40 ».
12Mon premier terrain au sein du programme partenarial, présenté, à plusieurs égards, comme exemplaire41, la fluidité des échanges entre chercheur·es du Nord et du Sud, les amitiés que j’ai nouées avec les étudiants sénégalais du programme avaient certainement nourri chez moi l’illusion que la mise en œuvre d’un partenariat Nord/Sud « allait de soi », sans effort. J’ai ainsi été, sur le second terrain, profondément déstabilisée par les discours et les travaux appelant à « une recherche en Afrique, pour l’Afrique et par les Africain·es42 ». La lecture de l’épistémologie féministe m’a apporté un appui43 : si un avantage épistémique existe bel et bien, il n’est ni exclusif, ni inné, mais demande, au contraire, une « objectivité forte ». Celle-ci suppose « d’inclure, dans les critères de l’objectivité scientifique, la position et l’expérience sociales des chercheur·es44 ». Dans la suite du texte, je décris les changements de posture et de regard au fil de mes deux terrains dakarois et leurs effets sur les choix d’objets, ainsi que sur les problématiques et les méthodes déployées.
Regard sur soi et regard « sur le lointain » : Une toubab45 à Dakar
13Cette seconde partie met en regard mes deux expériences de terrain à Dakar en tant que toubab expatriée à l’IRD. Elle montre que la positionnalité ne se réduit pas aux assignations identitaires classiques (genre, classe, race), lesquelles sont, par ailleurs, intersectionnelles et multidimensionnelles46, mais s’inscrit dans des temporalités complexes : elle évolue avec l’âge, l’expérience, les engagements familiaux, les trajectoires scientifiques, tout en étant façonnée par les mutations des sciences sociales et du contexte sociétal. Ainsi la positionnalité apparaît-elle multi-située, évolutive, parfois contradictoire, en construction permanente47. Le premier terrain fut une expérience fondatrice, marquante de mon passage à l’âge adulte, puisque coïncidant avec ma première décohabitation longue, mon « vrai » premier salaire, mon entrée dans le monde de la recherche mais aussi le début de ma vie conjugale. Quinze ans plus tard, le second terrain, envisagé comme un « retour aux sources », s’inscrit dans un contexte et une trajectoire profondément transformés.
Terrain 1 : Mais pourquoi donc aller regarder si loin ? Récit d’une « initiation »
14Un engagement précoce dans la lutte contre les injustices sociales48, un goût certain pour les voyages49 et un séjour d’un mois au Mali50 m’ont conduite à m’orienter, après mon cursus en économie et gestion à l’université Paris Dauphine, vers le DEA de démographie économique de Sciences Po. Cette formation en sciences sociales, à dimension internationale, et offrant des perspectives de stage à l’étranger, avait particulièrement attiré mon attention.
15J’ai réalisé mon mémoire de fin d’études à l’UERD51, à Ouagadougou (Burkina Faso), sous la tutelle de Marc Pilon, démographe à l’IRD, spécialiste de l’éducation. Le choix de cette thématique comme objet de recherche est lié à ma socialisation, familiale, scolaire et universitaire : mon histoire familiale52, mon parcours de formation – linéaire et sans encombre – et les enseignements que j’ai suivis, en sciences économiques et en démographie, plaçant la scolarisation (le « capital humain ») au cœur des mécanismes de développement, de transition démographique et de changement social, avaient nourri ma vision de l’éducation comme moteur d’émancipation. J’ai par ailleurs longtemps adhéré – sans vraiment le questionner – au paradigme scolaire53. Après ce stage, visant à exploiter les données d’une enquête quantitative auprès des ménages pour éclairer les « dynamiques familiales de scolarisation » dans la capitale burkinabè, j’étais bien décidée à repartir « en Afrique » pour poursuivre mes recherches sur ce thème. C’est ainsi que l’année suivante, je suis partie à Dakar, dans le cadre d’un volontariat du service national (VSN), pour soutenir, en tant qu’assistante de recherche, le montage et la mise en œuvre d’une enquête biographique quantitative.
16Très investie dans le recueil des données quantitatives sur le terrain, j’ai arpenté, aux côtés des enquêteur·ices, tous les quartiers de Dakar, observant et échangeant avec les enqueté·es. Je vivais en outre « en immersion » : logée dans une famille54, pratiquant le wolof au quotidien, me déplaçant principalement à pied ou en transports en commun, je partageais des routines et des temporalités locales, dont celles d’amis sénégalais – plus rarement des amies. Ainsi, je n’ai pas, lors de ce séjour, jugé nécessaire de m’investir sur le terrain qualitatif55.
17Pendant ces deux années et demie passées à Dakar, j’ai joui d’une très grande liberté, largement facilitée par mon statut de VSN, particulièrement avantageux. Disposant de moyens pour financer mes loisirs, sorties et voyages, je n’avais, par ailleurs, ni charges familiales, ni contraintes domestiques à assumer56. L’insouciance, caractéristique de la jeunesse occidentale privilégiée, me distinguait nettement des jeunes Sénégalaises de mon âge – qui subissaient une forte pression sociale au mariage et étaient fortement mobilisées sur le travail domestique. Ce décalage a entretenu une certaine distance dans mes relations sociales avec les femmes, mais a aussi constitué un contrepoint intéressant pour analyser les transformations des rapports de genre, induites par la scolarisation prolongée des filles.
18Le sujet de ma thèse, les inégalités sociales et sexuées de scolarisation, était à la fois « en vogue » (décennie Éducation pour tous) et peu polémique. En apparence du moins, car la rédaction de la thèse s’est faite pour l’essentiel en France, à l’Ined57, sous la tutelle active et bienveillante de Michèle Ferrand (chercheuse au Cresppa-CSU58 et associée à l’Ined), et au sein de l’unité Genre, dans un environnement favorable à cette approche. Les résultats de mon travail ont en outre davantage été médiatisés en France qu’au Sénégal, ce qui a peut-être aussi conditionné leur accueil favorable.
Terrain 2 : Retour aux sources ? Récit d’une illusion
19Après la thèse, soutenue en 2006, mon travail de recherche s’est réorienté vers la France. Ce déplacement s’explique à la fois par une opportunité, celle d’un « post doc » autour de l’enquête TeO59 sur les conditions de vie et parcours des immigré·es et descendant·es d’immigré·es en France – un projet très en phase avec mes premières préoccupations et envies de recherche60 –, et par une nécessité personnelle, liée à la naissance de ma fille, en 2005. En 2008, j’ai été recrutée à l’université – une limite supplémentaire aux terrains « en Afrique » – tout en restant associée à l’Ined. À partir de 2014-2015, j’ai renoué avec plusieurs « terrains africains » à travers divers projets (Artifam61 et Demostaf62), qui m’ont amenée à formuler une demande de délégation à l’IRD, doublée d’un projet ANR destiné à soutenir les opérations de terrain. Le projet Discord s’inscrivait dans la continuité directe de mon dernier chapitre de thèse qui interrogeait la manière dont certaines filles étaient parvenues à investir des chemins scolaires jusqu’alors apanages des garçons, leurs dilemmes et les résistances qui accompagnaient ce processus d’autonomisation. Mais il s’agissait moins de saisir la manière dont les élèves et étudiant·es envisageaient leur avenir et se projetaient dans des rôles spécifiques, propres à leur groupe de sexe, que d’analyser les pratiques concrètes de division du travail – productif et de reproduction sociale – de travailleur·euses marié·es disposant d’un certain capital scolaire.
20Sur place, j’ai bénéficié, plus encore que sur le premier terrain, de conditions de vie extrêmement privilégiées : un salaire très élevé, un appartement spacieux, une voiture personnelle, une aide-ménagère au quotidien, et de nombreuses opportunités de loisirs, de voyages et de sorties. J’ai vécu, un peu malgré moi, dans une « bulle migratoire63 », dans un quartier bourgeois certes, mais mixte64, et ai expérimenté un quotidien « quatre V » : voiture, villa, voyages et virement bancaire65. Ce mode de vie m’apparaissait décalé : par rapport à celui de la plupart de mes collègues sénégalais·es ou des femmes de mon enquête, fussent-elles très diplômées, mais aussi par rapport à celui qui avait été le mien sur mon premier terrain ou encore avec mon mode de vie en France.
21Malgré cet écart, j’ai nourri le sentiment (illusion ?) qu’une certaine proximité, avec les femmes mariées et actives du second terrain, avait succédé à la distance ressentie vis-à-vis des jeunes filles du premier terrain. Je partageais désormais avec mes paires féminines certaines expériences : du couple et de la maternité, d’articulation travail/famille, de charge mentale, de délégation du travail parental… Convaincue de l’heuristicité de l’entrecroisement quanti/quali, j’entendais m’investir pleinement dans la réalisation des entretiens. Mais mon implication a été partiellement entravée par la gestion contrainte de mon espace-temps de « mère solo », ainsi que par diverses appréhensions, liées aux difficultés relationnelles rencontrées avec certain·es de mes pair·es universitaires (voir supra). Croyant pouvoir construire une forme de connivence immédiate avec les femmes enquêtées, du fait de nos expériences partagées, j’ai affronté et me suis confrontée, lors des premiers entretiens, à des silences lourds et/ou à des discours extrêmement convenus. Ma gêne était aussi liée au fait que je n’assumais pas ma position de « personne curieuse autorisée à fureter dans la vie des gens66 », notamment parce que je n’étais pas alors en mesure, en disposition, de « soigner les relations » ainsi engagées67. J’étais mal à l’aise, face aux récits de certaines femmes, de rentrer chez moi, dans un espace très confortable et protecteur, après les entretiens. J’ai ainsi finalement choisi de me mettre en retrait sur le terrain « formel » mais me suis constamment nourrie d’échanges plus « informels » avec mes collègues de travail et mes ami·es68.
22Enfin, contrairement aux restitutions de mon premier terrain, où les présentations des résultats, principalement faites en France, s’inscrivaient dans un environnement relativement bienveillant à l’égard des approches féministes, je suis, sur ce second terrain, davantage sortie de ma zone de confort : j’ai multiplié les restitutions auprès de publics variés, tant académiques que non-académiques, et présenté mes travaux, de manière beaucoup plus systématique, à des collègues sénégalais·es et d’autres pays africains, tout en affichant plus ouvertement que sur le premier terrain mon ancrage dans ce champ des études de genre et féministes. Or, le Sénégal contemporain est traversé par un climat anti-genre croissant69 qui complexifie la légitimité et la réception de ce type de recherche.
Après le « coupé-décalé », un retour au « zouglou »70 ?
23Mon second terrain dakarois a été marqué par une série de décalages : entre la vie projetée et la vie effectivement vécue ; entre l’implication espérée et celle réellement possible ; entre une posture pensée comme égalitaire et une position reproduisant certaines inégalités ; entre une légitimité scientifique que je croyais acquise – forte de mon expérience passée – et des légitimités, de la chercheuse et de sa recherche, constamment mises à l’épreuve. Ces décalages m’ont invitée à interroger les conditions d’une recherche plus juste : comment créer des « fissures décoloniales » ? Comment produire des connaissances sur les inégalités sociales lorsqu’on se situe soi-même du côté des dominant·es ? Comment éviter l’injustice épistémique ?
24Cette seconde expérience de recherche à Dakar m’a ainsi rendue plus attentive aux conditions mêmes de la recherche, m’invitant à tirer, à l’avenir, plusieurs leçons : concevoir les projets dans une logique de co-construction, adapter et co-administrer les budgets, renégocier si nécessaire les instruments de financement, répartir équitablement les tâches et responsabilités, mais aussi, et surtout, prévoir le temps nécessaire pour instaurer des collaborations équilibrées et prendre soin des relations humaines qui les soutiennent.
25Le travail réflexif que je mène ici est un exercice « après-coup ». Il ne s’agit plus d’améliorer le dispositif d’enquête ni de négocier ma place sur le terrain, mais de développer une analyse plus fine des données produites, en assumant non seulement leurs limites intrinsèques – exercice classique en démographie quantitative –, mais aussi celles liées à ma positionnalité. Cela m’engage dans un double mouvement : d’une part, reconnaître la part située de toute production de savoir et, d’autre part, transformer cette reconnaissance en ressource pour renouveler l’interprétation des données et les cadres conceptuels. J’entends dès lors approfondir plusieurs orientations, dont certaines déjà expérimentées dans mes recherches antérieures : revisiter « mes » cadres théoriques en mobilisant plus systématiquement les travaux de chercheuses féministes sénégalaises et d’autres pays africains ; pratiquer une mise en critique permanente des cadres d’analyse forgés au Nord, pour révéler ce qu’ils éclairent mais aussi ce qu’ils occultent ; exploiter les décalages vécus comme des ressources analytiques ; accorder une attention accrue aux marges, aux variations et aux écarts qui traversent les parcours de vie des femmes enquêtées, tout en posant systématiquement « l’autre question71 » ; croiser approches quantitatives et qualitatives et développer un usage sensible des statistiques ; et enfin, poursuivre les démarches de co-écriture pour croiser les regards et enrichir les interprétations.
Notes de bas de page
1 Laure Moguérou, Vouloir et pouvoir scolariser ses enfants. Pratiques éducatives à Dakar (Sénégal) sous le prisme des inégalités sociales, familiales et de genre, thèse sous la dir. de Philippe Antoine et Michèle Ferrand (Cresppa-CSU), Démographie économique, Institut d’études politiques de Paris, 2006.
2 Cette recherche, intitulée « Division sexuelle du travail dans les couples de femmes diplômées à Dakar » (Discord), a bénéficié d’un financement ANR-JCJC (2016-2020). Pour un aperçu des résultats de l’enquête quantitative, voir Laure Moguérou, L’Enquête FORTE (Femmes et organisation travail-famille à Dakar) : premiers résultats, 2020, https://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/divers21-01/010080788.pdf.
3 Mon usage du terme n’a aucune prétention heuristique. Il désigne « simplement » le lieu où j’ai travaillé, vécu et mené mes enquêtes… lesquelles sont, le plus souvent, des enquêtes par questionnaire, avec passation par des enquêteur·ices.
4 Objet d’une littérature abondante en sciences sociales anglaises, la positionnalité désigne une démarche introspective et autocritique de la chercheuse qui se positionne et se conscientise vis-à-vis des rapports de pouvoir dans lesquels s’inscrit son travail, pour en examiner les effets sur la production de connaissances. Voir Silyane Larcher, « Positionnalités des chercheur·e·s minoritaires. Connaître les mondes sociaux, entre rapports de pouvoir et mythe de l’objectivité », in Raisons politiques, n° 89, p. 5-24, 2023 ; Séraphin Balla, « Positionnalité et réflexivité : retour sur quelques incidents ethnographiques sur des terrains du “proche” (Yaoundé) et du “lointain” (Montréal) », in Ethnographiques.org, Revue en ligne de sciences humaines et sociales, n° 39, 2020, https://doi.org/10.25667/ethnographiques/2020-39/004 ; Myriam Houssay-Holzschuch, « Positionnalité », in Performascope : Lexique interdisciplinaire des performances et de la recherche-création, Grenoble, université Grenoble-Alpes, 2021, http://performascope.univ-grenoble-alpes.fr/fr/detail/177871.
5 Vincent Bonnecase, Julien Brachet « Introduction au thème. Afrique et engagement scientifique : sur le mouvement des lignes », in Politique africaine, n° 161-162, 2021, p. 5-29.
6 Bien qu’il soit d’usage, aujourd’hui, de parler d’études africaines plutôt que d’études africanistes, je maintiens, dans la suite du texte, le terme d’africaniste pour désigner les recherches menées par des chercheur·e·s blanc·he·s du Nord en/sur l’Afrique et les distinguer de celles menées par des chercheur·e·s d’Afrique ou de sa diaspora.
7 Fatoumata Ouattara, Valery Ridde, « Expériences connues, vécues… mais rarement écrites : à propos des relations de partenariat Nord-Sud », in Nouvelles pratiques sociales, n° 25, 2013, p. 231-246.
8 Isabelle Clair, « Nos objets et nous-mêmes : connaissance biographique et réflexivité méthodologique », in Sociologie, vol. 13, n° 3, 2022, p. 317-334.
9 Sur mon premier terrain, j’ai bien perçu que mes privilèges sociaux d’expatriée et ma position raciale ne pouvaient être anodins ou neutres.
10 Malgré des évolutions dont témoignent, par exemple, le dernier colloque de la Chaire Quetelet (2024), intitulé « Behind and Beyond Numbers: Population Research Through Critical Lenses » et les ateliers de lecture de l’unité Démographie des pays du Sud de l’Ined sur la « décolonisation de la recherche ».
11 Anne Doquet, Christophe Broqua « Introduction : Formaliser la réflexion sur les relations académiques franco-africaines », in Histoire de la recherche contemporaine, t. 8, n° 2, p. 122-125 ; Vincent Bonnecase, Julien Brachet « Introduction au thème… », art. cit.
12 Sonya Dayan-Herzbrun, « Quand des féministes africaines remettent en question l’universalité de la domination masculine », in Recherches féministes, n° 34, 2021, p. 149-164 ; Gertrude Mianda, « Le colonialisme, le postcolonialisme et le féminisme : un discours féministe en Afrique francophone subsaharienne », in Recherches féministes, n° 34, 2021, p. 15-32.
13 Sabelo J. Ndlovu-Gatsheni, « Le long tournant décolonial dans les études africaines. Défis de la réécriture de l’Afrique », in Politique africaine, n° 161-162, 2021, p. 449-472 ; Marie Deridder, Elieth Eyebiyi, Anneke Newman « Le decolonial turn : quels échos, résonances et chantiers pour l’APAD ? », in Anthropologie & développement, n° 1, 2021, p. 331-346 ; Maria Lugones, « La colonialité du genre », in Les Cahiers du CEDREF, n° 23, 2019, p. 46-89.
14 Mai Abu Moghli, Maha Shuayb, « Equitable Partnerships for Education: A Myth or a Panacea », in Recherches sociologiques et anthropologiques, n° 53, 2022, p. 177-201.
15 Au sens d’objets, d’approches théoriques, et de calendrier.
16 L’IRD exige en effet que ses chercheur·es expatrié·es travaillent au sein d’institutions locales.
17.
18 Voir sur ce point la conclusion de l’ouvrage du projet Demostaf : https://extranet.puq.ca/media/produits/documents/ 4481_9782760560550.pdf.
19 Respectivement Agence nationale de la statistique et de la démographie, École nationale de la statistique et de l’analyse économique et Université Cheik Anta Diop de Dakar.
20 Initialement, il était prévu d’organiser un colloque d’envergure internationale à Dakar, mais les derniers mois de mon expatriation (dont la fin était prévue en août 2020) ont correspondu à la pandémie de Covid-19 et aux premiers confinements, effectifs aussi bien en France qu’au Sénégal. Aussi le choix a été fait d’organiser un séminaire, plus intimiste, en ligne, au cours des mois de mai et juin 2020. Il a réuni une dizaine de participant·es, provenant à parts égales d’institutions du Nord et du Sud.
21 L’idée a émergé, lors des Rencontres des études africaines qui se sont tenues à Toulouse en 2022 et auxquelles nous participions tou·tes les quatre. L’appel à articles a été lancé en 2023 et le numéro est paru en septembre 2025 : voir https://journals.openedition.org/etudesafricaines/42153 ; Ismaël Moya, Laure Moguérou, Sadio Ba Gning, Charlotte Vampo « Tensions dans le genre ? Inégalités structurelles et agency féminine en Afrique », in Cahiers d’études africaines, n° 259, 2025, p. 599-622.
22 Dont je ne peux prétendre intégralement rendre compte ici, faute de place. Je ne citerai donc que des références très récentes, sauf exception.
23 Saba Le Renard, « Partager des contraintes de genre avec les enquêtées. Quelques réflexions à partir du cas saoudien », in Genèses, vol. 4, n° 81, 2010, p. 128-141 ; Fatma Çıngı Kocadost, « Le positionnement intersectionnel comme pratique de recherche : faire avec les dynamiques de pouvoir entre femmes », in Les Cahiers du CEDREF, n° 21, 2017, p. 17-50 ; Séraphin Balla, « Positionnalité et réflexivité… », art. cit. ; Hélène Bourdeloie, « Récit d’une ethnographe féministe occidentale à Riyad. L’arroseuse arrosée », in Recherches qualitatives, vol. 39, n° 1, 2020, p. 152-172 ; Anne Iavarone-Turcotte, « Un terrain miné, un travail de déminage ou comment parler de l’oppression des femmes minorisées en tant que chercheuse de la majorité », in Les Cahiers du CEDREF, n° 26, 2023, http://journals.openedition.org/cedref/1933 ; Emmanuel Beaubatie, « Savoirs multisitués. Les reliefs de la positionnalité », in Raisons politiques, n° 892, 2023, p. 25-4.
24 Marie Deridder, Elieth Eyebiyi, Anaïs Ménard, « Présentation : Praxis décoloniales et rapports de pouvoir dans la fabrique des savoirs en contextes postcoloniaux », in Recherches sociologiques et anthropologiques, n° 53, 2022, p. 35-66 ; Emmanuelle Bouilly, Virginie Dutoya, Marie Saiget, « Gender Knowledge: Epistemological and Empirical Contributions from the Global South », in Journal of International Women’s Studies, n° 23, 2022, p. 1-11.
25 Yvan Droz, Anne Mayor (dir.), Partenariats scientifiques avec l’Afrique. Réflexions critiques de Suisse et d’ailleurs, Paris, Karthala, 2009 ; Laurent Vidal, Expériences du partenariat au Sud. Le regard des sciences sociales, Marseille, Éditions de l’IRD, 2014.
26 Marie Deridder, Elieth Eyebiyi, « Les partenariats scientifiques à l’épreuve de la question décoloniale : une expérience France-Mali. Entretien avec Anne Doquet », in Recherches sociologiques et anthropologiques, vol. 53, n° 2, 2022, p. 227-240 ; Fatoumata Ouattara, « Une anthropologue noire dans l’étau d’un partenariat en Afrique subsaharienne », in Recherches sociologiques et anthropologiques, vol. 53, n° 2, 2022, p. 203-226 ; Hélène Quashie, « L’expatriation de la recherche française en Afrique subsaharienne : distinctions raciales et épistémologies scientifiques (Sénégal, Madagascar, Bénin) », in Histoire de la recherche contemporaine, t. 8, n° 2, 2019, p. 208-229.
27 Mon expérience n’est pas totalement alignée sur celles des chercheur·es expatrié·es de l’IRD décrites par Hélène Quashie, « L’expatriation de la recherche… », art. cit. – position que je n’occupais d’ailleurs que très provisoirement, le temps d’une délégation. J’ai une connaissance fine de Dakar, des structures sénégalaises d’enseignement et de recherche, des ami·es sénégalais·es, je parle le wolof et, même si ma maîtrise en reste très imparfaite, j’ai souvent été assimilée aux « peace corps » – volontaires internationaux états-uniens qui débutent leur mission par une immersion en milieu rural, leur permettant de maîtriser une des langues locales du pays d’affectation. Voir
28 Sur ce premier terrain, en particulier, n’étant pas en position de responsabilité, vivant en relative immersion (voir infra), j’adoptais un regard distancié et critique, parfois naïvement tranché, sur l’expatriation en Afrique.
29 Je n’ai pas soudainement découvert que ma position sociale privilégiée ou mes avantages – ne serait-ce qu’à me déplacer d’un pays à un autre, relativement librement, et d’avoir les moyens matériels de le faire. Mais c’est une chose que d’en avoir conscience, et une autre que de mettre ces processus sur le métier…
30 Les travaux sur la blanchité ont bien montré que l’un des traits caractéristiques de cette position dominante est précisément de ne pas se percevoir comme située, de ne pas être mise en cause, et ce faisant, de « pouvoir prétendre à une forme d’universalité arrogante ». Voir Claire Cosquer, Solène Brun, La Domination blanche, Paris, Textuel, « Petite encyclopédie critique », 2024.
31 Forte d’une solide expérience dans la conduite d’enquêtes et de projets collectifs – mais d’une dimension, tout à la fois humaine et financière, moins conséquente que celle du projet Discord –, je crois avoir agi avec rigueur et conscience professionnelle.
32 Rappelant que le travail sur la positionnalité ne peut être effectué seul·e. Voir Isabelle Clair « Nos objets et nous-mêmes… », art. cit.
33 Dire cela n’équivaut pas à me dédouaner ou à tenter de m’extraire ou de m’affranchir d’avoir pu participer à la reproduction d’inégalités. Mais, de fait, certains mécanismes structurels entravent la possibilité même de faire un pas de côté, d’adopter une autre perspective ou de remettre en question l’ordre établi.
34 Ce fut mon cas, l’ANR ne reconnaissant que mon laboratoire comme bénéficiaire des fonds. Ainsi les institutions – centres de recherche et institut national de statistique – avec lesquelles je souhaitais travailler n’étaient reconnues que comme « prestataires » et non comme « partenaires » par le financeur.
35 Marie Deridder, Elieth Eyebiyi, « Les partenariats scientifiques à l’épreuve de la question décoloniale… », art. cit. ; Fred Eboko, « Je ne veux pas être un patron. Construire des partenariats équilibrés à partir d’attentes et d’univers socio-économiques différents », in Expériences du partenariat au Sud. Le regard des sciences sociales, Laurent Vidal (dir.), Montpellier, IRD Éditions, 2014, p. 255-270.
36 Sabelo J. Ndlovu-Gatsheni, « Le long tournant décolonial dans les études africaines… », art. cit.
37 Seloua Luste Boulbina, « Décoloniser les institutions », in Mouvements, n° 4, 2012, p. 131-141 ; Vincent Bonnecase, Julien Brachet, « Introduction au thème… », art. cit.
38 Gauthier Marchais, Paulin Bazuzi, Aimable Amani Lameke, « The Data Is Gold, and We Are the Gold-Giggers: Whiteness, Race and Contemporary Academic Research in Eastern DRC », in Critical African Studies, vol. 3, n° 12, 2020, p. 372-394.
39 Anne Doquet, Christophe Broqua, « Introduction : Formaliser la réflexion sur les relations académiques franco-africaines », art. cit.
40 Anne Iavarone-Turcotte « Un terrain miné… », art. cit.
41 Voir le récit croisé qu’en livrent les deux coordinateurs dans l’ouvrage dirigé par Laurent Vidal, Expériences du partenariat au Sud. Le regard des sciences sociales, op. cit. Le projet co-construit et co-administré par les deux porteurs avait bénéficié d’un co-financement de l’IRD et du Codesria et donné lieu à la constitution d’une unité de recherche sénégalaise autonome.
42 Par exemple : Paulin J. Hountondji, « Knowledge of Africa, Knowledge by Africans: Two Perspectives on African Studies », in Revista Crítica de Ciências Sociais, n° 1, 2009, p. 1-10.
43 Je renvoie ici à trois synthèses particulièrement éclairantes : Silyane Larcher, « Positionnalités des chercheur·e·s minoritaires… », art. cit. ; Isabelle Clair, « Faire du terrain en féministe », in Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 3, n° 213, 2016, p. 66-83 ; Marion Schulze, Nolwenn Bühler, Ellen Hertz, « Ethnographier en féministe : l’art des conséquences », in Ethnographiques.org, Revue en ligne de sciences humaines et sociales, n° 44, 2022, https://www.ethnographiques.org/2022/Schulze_Bulher_Hertz.
44 Isabelle Clair, « Nos objets et nous-mêmes… », art. cit.
45 Ce terme désigne de manière générique des individus racialement labellisés comme « blancs », mais peut aussi concerner des Africain·es (résident·es, expatrié·es ou migrant·es) selon les valeurs et styles de vie adoptés. Hélène Quashie, « L’expatriation de la recherche… », art. cit.
46 Emmanuel Beaubatie, « Savoirs multisitués. Les reliefs de la positionnalité », art. cit.
47 Ibid.
48 Au cours de ma scolarité secondaire et supérieure, j’ai été pendant six ans bénévole aux Restos du Cœur, et plus ponctuellement écrivaine publique dans un foyer de travailleurs migrants, ou encore animatrice en charge du soutien scolaire dans une association de quartier.
49 Nourri par des expériences personnelles et familiales : en famille et seule – dans le cadre de colonies de vacances, d’échanges au lycée, puis de voyages plus autonomes – j’avais, à 20 ans, la chance d’avoir déjà visité plusieurs pays d’Europe, d’Afrique (du Nord et sahélienne), et d’Amérique (États-Unis et Caraïbes). Ces voyages, témoins de mes privilèges de jeune femme occidentale, petite-bourgeoise, ont été déterminants dans mes choix d’études supérieures, de terrains de stage puis de recherche.
50 J’accompagnais deux amies étudiantes en lettres à la Sorbonne qui réalisaient un mémoire sur la place de la littérature africaine dans les manuels scolaires de l’enseignement primaire du Mali.
51 Institut dans lequel Marc Pilon était alors accueilli. L’Unité d’études et de recherche en démographie a depuis été transformée en l’Institut supérieur des sciences de la population (ISSP) de l’université de Ouagadougou.
52 Je suis issue d’une famille marquée par une trajectoire de mobilité sociale ascendante, au sein du service public majoritairement, incarnée dans les parcours de mes parents, tous deux ingénieurs, et premiers à avoir ce niveau d’études dans leurs familles respectives.
53 Ce paradigme énonce que la place des enfants est à l’école : voir Mélanie Jacquemin, Bernard Schlemmer, « Introduction : Les enfants hors l’école et le paradigme scolaire », in Cahiers de la recherche sur l’éducation et les savoirs, n° 10, 2011, p. 7-28.
54 Cette famille rassemblait une grand-mère, française et blanche, veuve, ayant été mariée pendant vingt-cinq ans avec un Sénégalais, parlant couramment le wolof ; sa petite fille, franco-sénégalaise, écolière d’une dizaine d’années ; une jeune femme sénégalaise de 20 ans, en charge du ménage et de la préparation des repas du midi, inscrite aux cours du soir pour la préparation du brevet de fin d’études. Ensemble nous vivions dans un petit appartement dont la grand-mère était propriétaire, au sein d’un quartier populaire, et avions des loisirs et sorties partagés.
55 Le budget du projet ne l’aurait, quoi qu’il en soit, pas permis. Mais j’ai, au moment de la rédaction de la thèse, mobilisé le corpus d’entretiens qualitatifs partagé et mis en commun au sein du projet.
56 Bien que bénéficiant de conditions de vie privilégiées, j’adopte un mode de vie relativement modeste.
57 Institut national d’études démographiques.
58 Équipe « Cultures et sociétés urbaines » du Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris.
59 Voir
60 Lors de ma recherche de stage en DEA, j’avais rencontré Catherine Quiminal, dont j’avais lu les travaux sur les immigrés Soninké franciliens.
61 Voir Mélanie Jacquemin, Laure Moguérou, Awa Diop, Fatou-Binetou Dial, « C’est elle qui doit gérer, c’est lui qui doit tout payer. Articulation vie familiale et vie professionnelle des femmes à Dakar », in Nouvelles dynamiques familiales en Afrique, Anne Calvès, Fatou-Binetou Dial, Richard Marcoux (dir.), Québec (Canada), Presses universitaires du Québec, 2018, p. 147-180.
62 Voir
63 Hélène Quashie, « L’expatriation de la recherche… », art. cit.
64 Dans le petit immeuble (rez-de-chaussée et deux étages) que j’habitais, mes voisins du dessus (une famille avec trois enfants) et du dessous (un couple de personnes âgées dont le fils est propriétaire de l’immeuble) étaient sénégalais.
65 Pierre Jacquemot, « Les classes moyennes changent-elles la donne en Afrique ? Réalités, enjeux et perspectives », in Afrique contemporaine, n° 244, 2012, p. 17-31.
66 Isabelle Clair, « Nos objets et nous-mêmes… », art. cit.
67 Chloé Riban, dans son texte dans le présent ouvrage, montre toute l’importance du care dans la relation enquêtrice-enquêtée, et son influence sur la réussite de l’enquête.
68 Dans mes relations de travail, j’ai été très proche de certaines collègues qui se sont confiées à moi et à qui je me suis aussi beaucoup confiée.
69 Emmanuelle Bouilly, Marieme N’Diaye, « Étudier l’anti-genre en Afrique : un phénomène social orphelin d’un concept, vraiment ? Entretien avec Patrick Awondo, Rose Ndengue, Fatou Sow », in Politique africaine, n° 168, 2022, p. 115-133.
70 Le coupé-décalé et le zouglou sont deux genres musicaux venus de Côte-d’Ivoire (ou de sa diaspora). Tandis que le zouglou se distingue par ses critiques sociales et son regard acerbe sur les dérives du matérialisme, le coupé-décalé revendique un attachement assumé aux biens matériels et privilégie le divertissement, la performance et la mise en scène de soi.
71 Isabelle Clair, « Nos objets et nous-mêmes… », art. cit.
Auteur
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Sur les traces de la violence
Un essai anthropologique après les attentats de Paris
Robert Desjarlais Céline Curiol (trad.)
2020
