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    Plan détaillé Texte intégral Qu’est-ce que le regard situant ? La méthode proposée en 2012 comme première étape d’une évolution de la réflexion Des questionnements qui émergent et s’amplifient Une nouvelle proposition méthodologique qui enrichit le référentiel de questionnements en proposant des processus Notes de bas de page Auteur

    Regards situants

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Introduction

    Le regard situant comme approche méthodologique : une proposition en constante évolution

    Gilles Séraphin

    p. 13-54

    Dédicace

    En hommage et reconnaissance envers Serge Latouche et Éric de Rosny

    Texte intégral Qu’est-ce que le regard situant ? Quels sont les fondements de cette approche en termes de regard situant ? Pourquoi proposer cette analyse en termes de « regard situant » ? Éléments de cadrage pour une définition La méthode proposée en 2012 comme première étape d’une évolution de la réflexion Des questionnements qui émergent et s’amplifient Le rapport entre science et méthode Le rapport entre science et engagement dans la vie de la cité Le rapport entre science et éthique Une nouvelle proposition méthodologique qui enrichit le référentiel de questionnements en proposant des processus Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1L’objectif de ce texte introductif est d’expliciter la proposition d’approche que j’avais formulée il y a bientôt une quinzaine d’années en l’enrichissant à la fois de mes propres doutes, impensés, réflexions et propositions qui ont émergé depuis, ainsi que de l’apport de chacune des contributions présentées dans le présent ouvrage1.Puisqu’elle marque la première étape de ma réflexion, j’exposerai tout d’abord la méthode proposée en 2012, ses fondements, ses objectifs et quelques éléments de cadrage définitionnel. Je m’engagerai ensuite dans l’analyse des questionnements qui depuis émergent et s’amplifient, sur trois plans : le plan scientifique, le plan de la légitimité de la personne qui effectue la recherche, et le plan éthique (au bénéfice tant du ou de la chercheur·e que de celui des participant·es). En guise de conclusion, j’effectuerai une nouvelle proposition méthodologique qui enrichit le référentiel de questionnements, en analysant les processus de mise en œuvre, fondés sur une double dualité en équilibre sans cesse à reconstruire : analyse/exposé et individuel/collectif.

    Qu’est-ce que le regard situant ?

    2Au préalable, précisons que dans l’expression « regard situant », le terme de « regard » ne désigne pas seulement l’application d’un sens – la vue en l’occurrence – mais embrasse l’ensemble des sens (ouïe, goût, odorat…) ainsi que les matrices de perception et de conception d’un sujet qui observe et analyse.

    Quels sont les fondements de cette approche en termes de regard situant ?

    3Dans mes travaux, la question du regard situant s’est structurée lors de la rédaction du dossier d’HDR2. Cette approche me permet d’analyser ma posture de chercheur dans de multiples contextes dans lesquels j’étais – et suis – à la fois chercheur ET intervenant explicite, à un autre titre, dans l’objet de recherche (ex : chercheur travaillant sur les politiques familiales ET cadre dans une structure œuvrant dans la proposition et l’évaluation de la politique familiale3), ou chercheur ET labellisé sous d’autres aspects identitaires qui me distinguent (ex : jeune doctorant blanc au Cameroun qui analyse la vie quotidienne dans la principale ville, Douala4 ; ou jeune chercheur européen agnostique mais de culture catholique qui analyse l’émergence des nouveaux mouvements religieux chrétiens à Douala et Nairobi5). Ces positions m’interrogent sur la nature de mon regard : d’où vient-il et que provoque-t-il, notamment dans la nature de la relation, sur le phénomène ou « terrain » étudié ?

    4Sans doute suis-je également très influencé par mes premiers « maîtres » : entre Serge Latouche6, philosophe, économiste et sociologue, qui sait toujours déceler et analyser les soubassements culturels et idéologiques des principes présentés comme universels (développement, croissance…), et Éric de Rosny7, prêtre jésuite et anthropologue, qui a plongé au cœur du monde de la nuit de Douala pour analyser le regard (avec parfois la « double vue ») que chacun déploie, ce thème du regard a finalement accompagné ma construction de chercheur. Dès mon travail de thèse, ces influences permettent d’élaborer une approche théorique propre, puisque j’étudie les stratégies et tactiques (Michel de Certeau8) déployées par les Doualais pour faire face à une situation de crise, en analysant – avec comme références des auteurs tels que Castoriadis ou Foucault – ce que j’appelle alors l’« imaginaire social », composé « de référentiels (références symboliques) et de l’épistémè (logique qui établit les liens entre les différents référentiels), sorte de matrice de perception et de conception du vécu quotidien qui donne sens à tout événement, pensée, rêve et sensation9 ».

    5L’analyse de la position du·de la chercheur·e et de son regard porté sur son objet de recherche n’est pas nouvelle et traverse maintes disciplines. Citons quelques exemples des références qui marquent mon propre parcours de chercheur pour s’en convaincre, la liste suivante n’étant pas exhaustive.

    6L’histoire est une discipline dans laquelle la crainte ultime est de faire des anachronismes. À la suite des historiens qui élaborent des méthodes afin de recontextualiser les analyses (voir notamment les écrits de Marc Bloch10 datant de la première moitié du xxe siècle), des chercheurs pratiquent ce qui est appelé la « microhistoire » (voir par exemple les travaux sur la sorcellerie à la fin du Moyen-Âge et au début de l’époque moderne de Carlo Ginzburg11) : par une réduction d’échelle, ils focalisent l’attention sur les individus ou des petits groupes vivant dans un lieu circonscrit et restreint pour, par regards concentriques et analyses « à la loupe », étudier les caractéristiques du monde qui les entoure.

    7En ethnologie, la description et l’analyse d’une situation se font régulièrement sous la forme du récit (voir notamment Edward Evans Pritchard12, qui a fortement inspiré Mary Douglas13), ce qui permet de saisir les liens de rationalité développés dans les croyances14, qui semblaient d’ailleurs totalement irrationnelles pour maints observateurs occidentaux du xxe siècle. Les ethnologues analysent ainsi les effets de leur présence sur le terrain de recherche mais aussi la façon dont leur regard se construit. L’ethnologue (et jésuite) Éric de Rosny déjà cité, par exemple, a su plonger au cœur d’une société, Douala, pour en saisir les ressorts puis restituer ses analyses sous la forme d’un récit qui, sans cesse, questionne ce qui façonne son regard. Il mentionne l’influence tout à la fois de son enfance et de sa jeunesse dans la noblesse française, les exercices spirituels ignatiens (avec la vista imaginativa) et son initiation à la « double vue » dans le « monde de la nuit » de Douala15.

    8Cette posture de recherche, l’analyse du regard « situé », s’est fortement développée dans les disciplines pratiquées par des chercheur·es qui se positionnent a priori en position d’altérité temporelle (histoire) ou spatiale (ethnologie). Aujourd’hui, elle se pratique dans l’ensemble des disciplines relevant des sciences humaines et sociales.

    9Aussi, de plus en plus de textes comprennent une analyse de cette implication du ou de la chercheur·e effectuant des recherches, avec parfois un engagement idéologique assumé. Dans le cadre d’une « épistémologie du point de vue », nous pouvons citer les approches féministes dans la recherche, à la suite des travaux en termes de « savoirs situés » de Donna Haraway ou d’« objectivité forte » de Sandra Harding16.

    10Comme le déclare Michel Messu :

    Quelle que soit la sophistication des méthodes procédant au traitement « objectif » des énoncés discursifs recueillis, non seulement celles-ci reposent sur des présupposés linguistiques, psychologiques, sociologiques et même ontologiques toujours en débat, mais surtout, elles évacuent un peu trop vite ce dont on ne peut faire l’économie lorsque nous traitons d’un terrain social, à savoir qu’un discours ici est toujours une « intention de dire » (quelque chose, à propos de quelque chose, à quelqu’un, dans tel contexte, etc.) et un « désir de comprendre » (du côté du récepteur et, pour le moins, du chercheur). Toutes choses éminemment subjectives, s’il en est. Aussi, peut-il paraître plus « sage » d’assumer cette indiscutable subjectivité en l’asseyant méthodologiquement, en l’incorporant à la démarche même de la recherche, particulièrement en en faisant le support d’une heuristique17.

    11Alors, des chercheur·es analysent également l’intersubjectivité de la personne qui effectue de la recherche, en adoptant notamment une approche psychanalytique18. L’engagement dans la recherche englobe la subjectivité et l’intersubjectivité car le ou la chercheur·e se situe dans une mobilisation de son être total en situation : son corps, ses émotions, ses intuitions, ses expériences, ses enquêtes passées, ses projets19. L’écoute du ou de la chercheur·e est empreinte de biothèques reliées aux propres expériences personnelles et professionnelles, aux savoirs biographiques et aux intentions de recherche20. En ce sens, ielle fait partie de la collectivité sociohistorique étudiée et est marqué·e par les institutions qui structurent cette collectivité. À la subjectivité s’ajoute l’intersubjectivité dans la rencontre avec les participant·es à la recherche, leurs manières de percevoir le monde, de penser, d’agir, autrement dit leurs affects, leurs valeurs, leurs représentations, qui président à la singularité de la réalité vécue. Dans cette perspective, la subjectivité est inhérente à toutes les étapes du processus de recherche. Elle est envisagée comme une voie vers une objectivité authentique21 si ses effets sont conscientisés.

    12Ces différentes approches insistent surtout sur un aspect du regard : les chercheur·es analysent en quoi il est avant tout « situé ». Je propose pour ma part de développer un second aspect, fortement complémentaire, en étudiant en quoi ce regard est aussi « situant ».

    Pourquoi proposer cette analyse en termes de « regard situant » ?

    13Avec cette proposition d’analyse en termes de « regard situant », qui est avant tout davantage un complément méthodologique qui accompagne la démarche de tout·e chercheur·e qu’une méthode globale en soi – voire une théorie d’ensemble –, je poursuis plusieurs objectifs complémentaires.

    14Le premier est bien évidemment d’ordre scientifique. Comme nous l’avons vu supra, il s’agit d’étudier la nature de son propre regard de chercheur·e, avec ses fondements d’ordre culturel, sociologique, psychologique, voire liés aux aléas de chaque « instant », pour comprendre avec quelles références le regard influence l’observation et le ressenti du phénomène étudié, en bref pour comprendre ce que nous pourrions appeler son propre imaginaire social, voire son propre imaginaire scientifique.

    15Par effet de retour, il s’agit aussi de comprendre en quoi ce regard, tout d’abord « situé » certes, est aussi « situant », c’est-à-dire en quoi il façonne le phénomène étudié. Un objet d’étude est toujours construit et non un « donné » déjà constitué. Par sa présence physique mais aussi par le fait d’interroger et d’analyser, le ou la chercheur·e a une influence sur et construit le phénomène étudié.

    16L’analyse en termes de regard situant vise ainsi à dévoiler et à décrire ces effets du regard du ou de la chercheur·e sur l’objet de recherche. Entendons-nous bien : je n’affirme pas que le regard est un biais, une sorte de filtre d’analyse sur un phénomène, mais je considère que le regard est aussi une ressource puisqu’il permet de saisir le phénomène. Pour effectuer de la recherche, il n’est alors pas tant question d’observer son objet de recherche – son « terrain » – de l’extérieur, voire « d’en haut » pour avoir une vision dominante, que de considérer que l’on peut tirer parti d’une immersion dans son objet ou terrain de recherche, afin de mieux en saisir les logiques et le fonctionnement, « par le bas ».

    L’esprit humain n’est pas une table rase. Il est constitué de prénotions et de principes généraux qui non seulement anticipent mais rendent possible notre accès à la réalité. Il ne s’agit donc pas d’instaurer en nous un vide intellectuel illusoire, d’éradiquer les idées préconçues, mais de les transformer en hypothèses de travail. Loin d’être un obstacle à la saisie du réel, c’est l’idée préconçue – autrement dit l’hypothèse ou le corps d’hypothèses, en un mot la théorie – qui rend possible l’observation22.

    17Par ailleurs et en complément, comme nous le verrons infra, des chercheur·es sont aussi, parfois, engagé·es (engagement professionnel ou militant par exemple). Ielles agissent dans et sur leur « terrain » de recherche qui est tout à la fois objet de pratique professionnelle ou d’engagement militant ET objet de recherche. Alors, tout comme l’expérience et les émotions du ou de la chercheur·e peuvent être considérées comme une ressource, l’engagement professionnel, politique, associatif, etc. peut s’avérer un véritable « appui ». À la condition, toutefois, d’une part que le ou la chercheur·e expose sa position, son rôle professionnel, son engagement idéologique, parfois syndical ou politique, etc., et, d’autre part, qu’il contrôle les risques de confusion des perspectives et des finalités de ses actions en analysant avec méthode les effets produits.

    18Ainsi, dans le présent ouvrage, Chloé Riban s’interroge sur sa condition de femme et les relations affinitaires genrées nouées dans le cadre de ses recherches auprès d’autres femmes. Ces « rapports sorores », qui ouvrent la voie au dévoilement d’expériences genrées communes, à l’expression des émotions, voire au partage de l’intimité, deviennent une véritable ressource dans la recherche23. Chloé Riban estime toutefois que ces rapports sorores doivent être analysés parce que, d’une part, ce n’est pas le seul trait identitaire qui entre en jeu dans la relation (par exemple, une expérience commune en termes de domination de classe peut présenter d’autres perspectives24), et que, d’autre part, ces rapports peuvent devenir un filtre interprétatif si, d’outil (ressource), ils deviennent un paradigme. Il apparaît néanmoins que dans le cadre d’une relation d’enquête, un rapport sorore qui induirait une relation a priori plus symétrique ne peut effacer d’autres vecteurs de pouvoir systémiques, qui agissent, comme les rapports de classes, de races, générationnels…

    19Par ailleurs – deuxième objectif –, cette analyse du regard situant peut ainsi devenir une condition pour la reconnaissance communautaire et disciplinaire. Communautaire puisqu’un·e chercheur·e offre à la critique de ses pairs les produits de sa recherche. Dans ce cas, il devient nécessaire de présenter la méthode, notamment une analyse de sa posture de chercheur·e et de son propre regard. Aussi, au même titre qu’aujourd’hui toute présentation de recherche est offerte à la critique et à de nouveaux échanges en étant accompagnée d’un exposé des précautions et actions éthiques, il me semble nécessaire qu’elle soit accompagnée d’une analyse du regard situant de la personne qui s’engage dans une recherche. Dans le cadre de disciplines qui s’élaborent et s’autonomisent, comme la recherche en travail/intervention/accompagnement social, avec des chercheur·es qui sont souvent également issu·es des métiers du social ou qui effectuent des recherches tout en exerçant, cette analyse peut devenir un fondement méthodologique qui caractérise la discipline.

    20En effet, dans cette approche méthodologique en termes de « regard situant », l’un des objectifs clairement énoncés est celui d’assurer une légitimité à de nombreux chercheur·es qui n’effectuent pas leur activité dans les cadres habituels et officiels (universités et centres de recherche habilités principalement) ou alors qui sont clairement identifié·es avec ce que nous appelons généralement « d’autres casquettes ». Certain·es d’entre elleux exercent en parallèle une autre activité professionnelle ou sont fortement impliqué·es dans un engagement, associatif ou politique notamment25. Ces multiples implications et scènes de visibilité, où s’acquiert une certaine notoriété hors du monde de la recherche – cette implication professionnelle, militante ou personnelle dans les objets étudiés –, sont souvent brandies pour questionner une prétendue « objectivité » scientifique, donc leur légitimité de chercheur·e. Dans ce texte, il n’est pas question de dire que la question de la position, de la posture, et partant de la nature du regard, ne se pose pas de façon générale, ou qu’elle ne se pose que pour elleux tout particulièrement. Au contraire : elle se pose à tous les chercheur·es. Pour autant, pour celleux « impliqué·es », elle se pose avec plus d’acuité, et sûrement avec plus de visibilité.

    21Aussi, pour légitimer la recherche menée et la position de chercheur·e, il est encore plus nécessaire d’argumenter, non seulement sur les méthodes utilisées mais aussi sur la position de chercheur·e et la nature du regard porté sur et par la recherche. Cette analyse du regard permet à la fois de qualifier l’observation et les analyses du ou de la chercheur·e, de comprendre les effets que le regard induit sur le phénomène observé, et de légitimer la place de tout·e chercheur·e, notamment celui ou celle qui est ostensiblement impliqué·e dans son « terrain » de recherche.

    22Le dernier objectif est d’ordre éthique. Dans la rencontre entre le ou la chercheur·e et d’autres personnes, notamment celles qui sont par exemple « enquêtées » et qui donnent (ne serait-ce que du temps, mais qui dévoilent aussi leurs opinions, pensées et sentiments), la personne qui effectue la recherche doit, par honnêteté, dire d’où elle parle. Dans quel contexte et avec quels objectifs elle reçoit ce don. Ce qu’il en sera fait. Il est donc nécessaire de présenter à toutes et tous les participant·es de la recherche la nature de ce regard, ce cadre d’appréhension et d’analyse dans lequel sera reçu le don. Sans doute est-ce d’ailleurs une partie intégrante du contre-don.

    23Parallèlement, cette analyse du regard est également éthiquement nécessaire pour la personne qui mène la recherche. Plus on est impliqué·e dans la recherche, plus on ressent des émotions : des moments de joie partagés, certes, mais aussi, parfois, des gênes, de la culpabilité, voire un certain « malaise », notamment – mais pas seulement – au moment de « quitter le terrain26 ». Alors, comme le fait Laure Moguérou dans le cadre de cet ouvrage, il est donc indispensable d’analyser la source de ces sentiments, pour ne pas gêner ou agresser l’autre et pour se préserver soi-même.

    Éléments de cadrage pour une définition

    24Ainsi, dans le cadre de maintes situations de recherche en sciences humaines et sociales, le ou la chercheur·e qui observe et analyse pose non seulement un regard sur l’objet de recherche, mais de surcroît interagit avec le phénomène étudié. Aussi, le regard construit l’objet observé et, en retour, le phénomène étudié dans son contexte (re)façonne le regard.

    25Regarder autrui, (tenter de) le comprendre, partager ses perceptions, permet également un retour sur soi et favorise l’analyse de son propre regard qui est tout d’abord « situé ». L’observateur devient objet de son propre regard et de ses analyses. La situation que l’on considère ainsi dans l’analyse du regard situé est double : c’est un état dans lequel on se trouve en tant que sujet placé au cœur d’une situation (temporelle et spatiale) et un espace mental dans lequel on se positionne pour observer, de l’extérieur, cette situation. C’est cette action de regarder, laquelle prend la forme d’un échange quand ce regard est « capté » et renvoyé, qui construit l’intensité et la qualité du regard.

    26Par ailleurs, le regard situe aussi bien le sujet qui regarde que l’objet qui est regardé. En plus d’être « situé », le regard est aussi « situant ». Par sa présence, l’observateur interfère avec le phénomène observé. Cette interférence émane d’une interaction, dans le cadre d’enquêtes ou d’observations de « terrain » par exemple, puisque la présence physique de la personne effectuant des recherches (sa présentation, son identification, son attitude, sa relation…) modifie le phénomène observé par sa simple présence. Pour un·e chercheur·e impliqué·e sur son « terrain de recherche », cette immersion est aussi, de fait, une action. Cette approche en termes de regard situant permet de « dépasse(r) l’opposition que l’on ramène souvent à celle du “dehors” et du “dedans”, de l’exogène et de l’endogène, de l’observateur et de l’acteur, pour la traiter comme une combinatoire qui vous tient “dehors” tout en étant “dedans” et “dedans” en restant “dehors”. Ainsi, l’objet observé est transformé par la présence de l’observateur et par son regard27 ».

    27L’analyse en termes de « regard situant » concerne toutes les recherches, y compris celles dites « quantitatives ». En effet, cette interférence, ou « intersubjectivité », peut également s’observer en dehors de toute présence physique, ne serait-ce que dans la façon de structurer un questionnement préalable ou l’exposé de données préalablement collectées (par exemple, lors d’enquêtes statistiques). Aussi, dans le présent ouvrage, Tanguy Mathon-Cécillon présente-t-il l’inanité de la distinction factice entre qualitatif et quantitatif. Les recherches dites « quantitatives » émanent également de chercheur·es qui ont un regard situé mais aussi, dans certaines situations, par la relation qu’elles induisent, quand lesdites recherches reposent par exemple sur des questionnaires, un regard situant.

    28De même, toujours dans cet ouvrage, Paola Milani analyse méticuleusement le rôle du regard dans un autre type de recherche. Il s’agit d’une recherche-action-formation portant sur la mise en œuvre du programme Pippi (Programme d’intervention pour prévenir l’institutionnalisation) en Italie, qui vise à accompagner les familles en situation de négligence envers les enfants. Dans le cadre des actions menées aux côtés et par les chercheur·es, les professionnel·les et les bénéficiaires du programme, l’approche en termes de « regard situant », considérée comme outil théorique, lui permet de décrire méticuleusement les contextes (cadres, processus et effets) de recherche, d’action (pratique professionnelle principalement) et de formation.

    La méthode proposée en 2012 comme première étape d’une évolution de la réflexion

    29Pour analyser la nature du regard situant dans un cadre scientifique, il est nécessaire de procéder avec méthode pour exposer la construction (sources, étapes, évolution…) du regard. Dans mon dossier d’HDR (2012) puis dans l’article dans Questions vives (2022), je me prête à l’exercice et propose des éléments méthodologiques. J’estimais que pour analyser mon propre regard situant, je devais m’interroger selon un référentiel de questionnements et y répondre de la façon la plus honnête possible, selon trois approches thématiques : analyser la situation, adopter une méthode et construire un exposé.

    Comment analyser le « regard situant1 »

    Analyser la situation :

    D’où regarde-t-on ?

    Espace mental : Avant même d’engager l’observation, qui est-on ? Quels éléments mobilise-t-on pour construire sa propre identité (genre, âge, apparence physique, conditions et styles de vie, histoire de vie, profession, formation, valeurs personnelles et partagées avec les personnes objet du regard… ?)

    Espace social : Dans quelle situation sociale donnée (notamment en termes de classe, genre, génération…) est-on, personnellement, lorsqu’on porte ce regard ?

    Espace physique (lorsqu’il s’agit de la description d’une scène précise) : Quelle est la situation exacte, physiquement, du sujet regardant ?

    Quel est le champ couvert ?

    Espace mental : Quels sont ses centres d’intérêt, ses pudeurs, ses gênes, ses sentiments de familiarité et de proximité… face à l’objet d’étude regardé ? Comment nous a-t-on appris à regarder (éducation, mais aussi formations et profession…) et comment regarde-t-on ?

    Espace social : Quels sont les points sur lesquels on ressent une contrainte (à regarder plus particulièrement ou… à détourner le regard !) ?

    Espace physique (lorsqu’il s’agit de la description d’une scène précise) : Quels sont le panorama et la période couverts par ce regard ?

    Adopter une méthode et une ou des théories : Comment regarde-t-on ?

    Quelle méthode envisage-t-on d’employer, avant d’être en situation d’observer ?

    À l’aide de quelle(s) théorie(s) effectue-t-on son analyse ?

    Quelles méthodes et théories emploie-t-on en situation, en même temps que l’on regarde ?

    Si plusieurs méthodes et théories sont employées, comment sont-elles articulées ?

    Comment adapte-t-on la méthode au cours de l’observation, selon quels paramètres et avec quelles conséquences ?

    Construire un exposé : Que regarde-t-on ?

    Quel style d’exposé choisit-on (récit, description d’une situation, exposé de résultats statistiques, argumentation, etc.) ?

    Quel est le champ couvert ?

    Qu’expose-t-on dans les points 1 et 2 (observer une situation et adopter une méthode) déclinés supra ? Les expose-t-on en début d’analyse, dans une sorte d’annexe « méthode », ou au cours de l’analyse pour expliquer le regard porté sur tel ou tel phénomène ?

    1.  Gilles Séraphin, Le Regard situant. L’exemple de la politique familiale dans la France contemporaine, op. cit. Cet encadré est enrichi dans le cadre du présent texte.

    30En 2022, reprenant ce même référentiel de questionnements, je concluais en affirmant que « quel que soit son objet d’étude – avant son étude, pendant et après, durant le compte rendu –, c’est seulement en répondant à toutes ces questions que l’on peut aiguiser l’acuité de son regard et produire une recherche qu’il est possible de partager (puisque chacun des éléments qui produisent le regard est exposé, donc peut être critiqué et enrichi). »

    31En ce qui me concerne, alors que cette théorisation du regard situant date de quelques années, la mise en pratique est plus récente. Elle est le fruit d’expériences très diverses mais complémentaires. En effet, par le passé, tout au long de mon parcours professionnel, je n’ai pas appliqué cette « méthode ». In situ, j’en ai appliqué uniquement quelques éléments. Toutefois, ces expériences me permettent, aujourd’hui, de théoriser cette méthode pour, dorénavant, l’appliquer, y compris a posteriori, à titre illustratif et rétrospectif, à chaque étape de mon parcours. L’expérience me donne des matériaux pour une réflexion que je construis comme méthode ; cette méthode me permet ensuite, rétrospectivement, de regarder autrement cette expérience. De la méthode à l’expérience, de l’expérience à la méthode, mon regard situant est une migration incessante, un processus d’aller-retour qui modifie chaque fois aussi bien cette méthode que cette expérience, telle qu’elle est une nouvelle fois perçue et analysée. La méthode elle-même est donc une étape dans un parcours : elle est appelée à sans cesse s’affiner, à s’enrichir, au fur et à mesure que mon expérience de chercheur se complétera et surtout des échanges engagés, notamment par le biais de cet ouvrage avec les collègues engagés dans une réflexion comparable. En effet, depuis cette première proposition, il y a maintenant bientôt une quinzaine d’années, de nouveaux questionnements ont émergé et d’autres ont pris plus d’acuité.

    Des questionnements qui émergent et s’amplifient

    32Ces questionnements ont été énoncés dans l’appel à contributions qui a été diffusé en janvier 2025 pour réaliser le présent ouvrage. Je vais en reprendre les principaux points en explicitant, en ce qui me concerne, dans quelles situations de recherche ils ont émergé. À mon sens, aujourd’hui, après avoir écrit cette proposition d’approche, l’analyse du regard situant permet, avec plus d’acuité, de soulever des questionnements et de révéler de nouveaux enjeux au sujet de trois rapports :

    1. Le rapport entre science et méthode, puisque l’explicitation du regard nécessite de procéder avec méthode pour exposer la construction (sources, étapes, évolution…) du regard.

    2. Le rapport entre science et engagement dans la vie de la cité afin de légitimer le statut de la personne qui effectue de la recherche. Elle n’œuvre pas toujours exclusivement dans des centres de recherche ou à l’université et peut être engagée, alternativement ou parallèlement, dans d’autres champs, professionnels notamment. Cette légitimation vient du fait qu’elle analyse avec méthode ces engagements et leur articulation dans la construction de son propre regard et les effets sur ses propres observations. Symétriquement, c’est le ou la chercheur·e patenté·e d’une institution publique (université, CNRS, Inrae, etc.) qui se voit délégitimé·e, puisqu’ielle brouille l’identification au champ de compétences académiques par ses engagements politiques et sociaux.

    3. Le rapport entre science et éthique, puisque la question du regard implique l’ensemble des acteurs et actrices engagé·es dans la recherche, toute personne croisée contribuant à ce travail d’élaboration et devant bénéficier de précautions éthiques.

    Le rapport entre science et méthode

    33Analyser le regard d’un·e chercheur·e in situ n’est pas en soi l’alpha et l’oméga de la recherche, mais y participe grandement. L’analyse du regard vise à exposer la nature du regard de la personne qui effectue de la recherche, sans cesse en (re)construction, suivant l’évolution du phénomène observé, quelle que soit la méthode de recherche qu’elle utilise. Chacun·e est concerné·e : qu’ielle pratique une observation en participant à la vie quotidienne, en menant des entretiens, en diffusant un questionnaire, etc., ielle doit s’interroger sur la nature de son regard, avant, pendant et après la recherche, ce qui implique d’agir avec méthode28. À cette fin, j’ai proposé un référentiel de questionnements, que chaque chercheur·e pourrait appliquer à chacune de ses recherches. Voire, puisqu’il s’agit aussi de légitimer une démarche scientifique, l’idée serait d’exposer ce questionnement, notamment dans la partie méthodologique d’une publication scientifique.

    34Cette démarche sous-entend néanmoins qu’une recherche est menée par un seul individu. Or, de nouvelles questions méthodologiques se posent. Dans le cadre d’une recherche menée à plusieurs, comment articuler l’analyse de plusieurs regards en un seul regard, celui de recherche, qui parviendrait à les « mailler » voire à les concilier ? Par ailleurs, est-ce que dans une recherche collective, tous les regards ont la même portée, ou est-ce que dans certaines situations, selon le statut ou l’expérience par exemple, certains regards s’imposent et irradient l’ensemble de la recherche ? Par quels processus et choix explicites ou implicites ? Enfin, puisque le regard de chacun·e définit et construit le phénomène étudié et/ou le « terrain », comment peut-on saisir puis analyser les effets de ces multiples regards, ceux des chercheur·es et ceux des co-constructeur·ices de la recherche, sur chacune des situations observées ?

    35Par exemple, nous menons avec plusieurs collègues (Élodie Faisca, Marie-Cécile Perdrizet et Anna Rurka en France, Marco Ius en Italie) une recherche portant sur la prise en compte des questions LGBTQIA+ en protection de l’enfance29. Progressivement de plus en plus conscient·es (ou le postulant) que les interlocuteur·ices peuvent être plus à l’aise – et ce faisant disposé·es et disponibles – pour nous répondre si ielles connaissent notre propre positionnement sur ces questions et, par conséquent, savent que les chercheur·es sont à même de ressentir et partager des témoignages sur le vécu quotidien, nous avons indiqué dans la présentation d’un questionnaire à destination de jeunes concerné·es par ce questionnement : « L’enquête est réalisée par une université et cinq chercheurs et chercheuses (dont certains et certaines se considèrent comme faisant partie de la diversité sexuelle et de genre) de l’Université Paris Nanterre et de l’université de Trieste ». Nous reviendrons sur les questions éthiques d’une telle mention ensuite. Pour l’heure, poursuivons notre questionnement méthodologique. Si nous considérons que notre propre vécu construit notre regard et la relation (notamment lors des entretiens en groupe, voire en face-à-face parallèlement au questionnaire), pouvons-nous considérer que tous les vécus sont similaires ? Est-ce la même chose de vivre un questionnement sur l’orientation sexuelle que d’en vivre un en ce qui concerne l’identité de genre ? Dans les deux cas, est-ce le même vécu si l’on s’identifie au genre féminin, ou masculin, ou « autre » ? Les vécus sont-ils comparables selon son parcours de vie, les périodes ou générations, ou le contexte politique, institutionnel et social ? Enfin, dans la perspective d’une analyse intersectionnelle, d’autres éléments de contexte doivent être pris en compte : classe, « race », situation de handicap…

    36Dans ce cas, faut-il effectuer une analyse du regard situant de chacun·e et analyser, dans les situations de rencontre notamment, les interactions et la construction de l’information que ces regards situants ont engendrées ? Ou considère-t-on que par les interactions et la pratique de recherche commune, il émerge une sorte de « méta-regard » plus collectif ?

    37La solution est probablement mixte : à l’analyse du regard situant de chacun des protagonistes de la recherche, il serait nécessaire d’échanger en groupe de chercheur·es pour déterminer la force de chacun des regards dans chacune des situations de collecte des données puis d’analyse.

    38Ainsi, sur la base de nos expériences, des réponses ouvertes collectées, de retour d’entretiens et des échanges collectifs sur cette recherche, notamment à propos du questionnaire qui « rencontrait peu de succès », nous (en tant que chercheur·es approchant la quarantaine et pour moi ayant dépassé la cinquantaine) nous sommes interrogé·es sur la pertinence de la mention à la catégorie « LGBTQIA+ » pour les jeunes générations. Nous avons alors émis l’hypothèse que non seulement ce sigle, qui est de fait une catégorie unifiante, appauvrit la réflexion puisqu’il empêche de considérer la diversité des situations, mais surtout provoquerait peut-être un désintérêt des jeunes que nous considérions, dans notre regard similaire, comme a priori tou·tes concerné·es : certain·es ne se reconnaîtraient pas ni ne s’identifieraient sous ce « label ». Cette hypothèse expliquerait le faible taux de retour du questionnaire.

    39Le collectif de recherche peut également impliquer un partenariat. Un questionnement approfondi sur cette question est mené dans le cadre de cet ouvrage par Laure Moguérou. En menant des recherches sur plusieurs décennies à Dakar, elle se rend progressivement compte qu’au-delà des relations professionnelles entre chercheur·es considéré·es a priori comme des pairs, d’autres références et des rapports de domination entrent en jeu, souvent de façon subreptice. Dans ses relations avec des collègues sénégalais·es, dans le cadre de partenariat de recherche principalement franco-sénégalais, des rapports de genre, de classe, de race, de statut familial, et politiques pour une bonne part issus de la colonisation, expliquent pourquoi et comment elle a pu (ne pas) mener, parfois dans des collectifs, les recherches envisagées. La recherche (objectifs, références, méthode…) repose de plus en plus sur des partenariats qui eux-mêmes dépendent de contextes socio-politiques marqués. Ces rapports construisent non seulement le cadre de la recherche mais la façonnent progressivement comme chercheure, avec ses doutes, questionnements, voire parfois culpabilités.

    40Ces questions méthodologiques deviennent plus cruciales lorsque la recherche implique des acteur·ices non issu·es du monde de la recherche, comme la recherche socio-clinique30, les recherches participantes, par les pairs31, etc. Comment intégrer dans l’analyse des acteur·ices de recherche aux formations, expériences et statuts différents ? Par quels processus, voire méthode d’analyse collective ? Pierrine Robin m’a témoigné que, lors de sa recherche par les pairs (des ancien·nes enfants placé·es) sur les parcours en protection de l’enfance, des questions centrales ont difficilement été abordées : l’homosexualité et la psychanalyse. Alors qu’elles semblaient revêtir une importance fondamentale pour les jeunes interwiewé·es, les chercheur·es pairs éprouvaient de la gêne à les aborder lors de l’entretien et à les analyser lors des séminaires collectifs de recherche. Nonobstant les questions éthiques que la situation pose, abordées infra, la question de la nature de la recherche par les pairs devient cruciale : aux regards situants des chercheur·es « confirmé·es », s’adjoignent les regards situants de chaque chercheur·e pair, de façon probablement très différente selon les situations d’entretien. Remarquons par ailleurs que ces questions ont émergé lors des séminaires collectifs conviviaux organisés dans une grande maison durant un week-end par mois, ce qui a permis que chaque membre de ce collectif connaisse les autres et accorde un minimum de confiance afin d’accepter d’aborder les sujets « gênants ».

    41Cet exemple permet également de souligner les pièges de cette notion de « pair ». Ce n’est pas parce que deux personnes ont en commun un statut ou une expérience de vie (par exemple, en ce qui concerne la recherche citée, le fait d’avoir été ou d’être un·e enfant placé·e) qu’elles sont des « pairs » absolus. D’autres caractéristiques (genre, classe, autres expériences de vie, etc.) les distinguent. Être pair n’est pas un statut ; ce n’est qu’une caractéristique d’expérience de vie mobilisée dans un contexte donné. D’ailleurs, Nathalie Michel, dans le présent ouvrage, narre son engagement dans sa recherche doctorale : au début de sa recherche, elle rencontre des jeunes Martiniquais·es en se plaçant a priori sur un pied d’égalité, puisqu’elle est elle-même une jeune Martiniquaise ayant vécu sur l’île. Elle les identifie comme des pairs ; mais les habitant·es de l’île la considèrent, elle, la chercheure, aussi et parfois avant tout comme une doctorante, ayant quitté l’île pour se construire une autre destinée, par les études dans l’Hexagone. Dans ce contexte de recherche, « ses » pairs ne la reconnaissent pas comme pair.

    42Finalement, l’analyse en termes de regard situant permet d’analyser en quoi une méthode est adaptée à l’objet de recherche, certes, mais aussi au(x) chercheur·es. Dans le cadre d’une recherche, il est nécessaire que les protagonistes maîtrisent la méthode mais aussi qu’ielles s’en empreignent et se sentent à l’aise. Cette aisance (voire ce plaisir, mais nous reviendrons sur ce point) permet de se concentrer sur son objet et, quand c’est nécessaire, d’entrer en interaction. Martin Knapp, dans le texte que nous avons co-écrit, insiste sur cet aspect de ce qu’il nomme « l’entretien marché » : il correspond à son objet de recherche puisqu’il permet d’appréhender l’espace et le quartier tout en se mouvant dans cet espace, selon une dynamique maîtrisée par les acteurs et actrices de ce quartier ; il entre aussi en résonance avec ses propres souhaits, puisque lui, en tant que chercheur, a besoin du mouvement pour maîtriser l’espace et le territoire, entrer en communication (puis la clore) et ouvrir ses sens.

    43De même, dans le texte déjà cité, Nathalie Michel engage ses recherches par une (ré)inscription personnelle dans le territoire. C’est son rapport intime au territoire dans lequel elle a effectué ses recherches, la Martinique, dans les Antilles françaises, qui lui permet de se sentir en confiance. Elle ressent, comprend et maîtrise ce qui est dit et ce qui n’est pas dit. Cet ancrage territorial, ce « regard territorialisé », cette imprégnation de l’imaginaire local, lui offrent non seulement une ressource de compréhension mais une force qui fonde, pour elle-même, sa propre légitimité à intervenir dans le cadre de la recherche. Ainsi, par le regard situant, cette adéquation méthode / objet de recherche / chercheur·e revient au centre des analyses.

    44À travers ces exemples, nous constatons que l’analyse par le regard situant nous plonge encore une fois au cœur de la méthode utilisée en chaque recherche. Elle permet d’interroger les apports et limites de la méthode choisie et révèle des enjeux et des pistes pour mieux l’adapter à chacune des situations de recherche.

    Le rapport entre science et engagement dans la vie de la cité

    45Un deuxième rapport, plus amplement étudié sur le plan épistémologique par Michel Messu en conclusion de cet ouvrage, mérite un développement : celui entre science et engagement dans la vie de la cité.

    46Étudions tout d’abord une question qui apparaît en filigrane dans cet ouvrage : une idéologie politique peut-elle être un support à la recherche ? Dans des visées très différentes, le matérialisme historique marxiste, d’une part, et le féminisme (fût-il dans une approche matérialiste également), d’autre part, des auteur·es comme Raymond Debord (marxisme) ou Laure Moguérou et Chloé Riban (féminisme) semblent répondre par l’affirmative, puisque ces idéologies sont aussi des théories d’explication du monde et des rapports sociaux et, par conséquent, fournissent des cadres d’analyse permettant de porter un nouveau regard sur l’objet étudié. Pour autant, comme ielles l’exposent dans leurs contributions, pour élargir le champ de connaissance, la théorie ou les théories elles-mêmes, issues de ces idéologies, doivent sans cesse être questionnées, voire, dans une approche poppérienne (voir sur le sujet le texte de Paola Milani dans cet ouvrage), incorporer en soi la possibilité d’être réfutées.

    47Plus généralement, cette étude du regard situant que la personne qui effectue des recherches pose sur un phénomène permet d’analyser en quoi l’implication dans d’autres champs (ex. : professionnel) peut constituer une limite mais aussi une ressource dans l’étude de ce phénomène. Cette recontextualisation du phénomène et de l’observateur, avec sa propre expérience, ses connaissances, voire ses centres d’intérêt et ses sensibilités, permet non seulement de comprendre en quoi l’objet lui-même est vu et travaillé par le regard, mais aussi de légitimer dans le monde académique les démarches de recherche de personnes qui ne sont pas labellisées comme chercheur·es à « part entière », puisque par exemple exerçant, parallèlement ou dans le cadre de la recherche, une autre carrière professionnelle, étant expertes dans un domaine ou engagées dans des combats politiques ou idéologiques. Cette légitimation des personnes qui abordent la recherche avec d’autres atouts que les seuls outils acquis canoniquement, avec donc un autre statut, en parallèle ou dans le cadre d’autres activités, pose alors la question de la spécificité non pas de la recherche, mais du statut de chercheur. Est-il toujours aujourd’hui possible et utile de défendre ce statut ? Pourquoi, comment et surtout à quelles fins ?

    48Insistons sur un point : la question de la légitimité concerne toute personne qui se lance dans une démarche de recherche, quels que soient le diplôme, le statut, l’institution qui l’emploie, la méthode utilisée… Il me semble par conséquent que chacun·e est concerné·e par une approche en termes de regard situant. Pour autant, dans le champ académique actuel, certaines personnes engagées en recherche sont davantage questionnées sur leur légitimité : celles qui exercent en parallèle un autre métier, surtout si le champ professionnel est aussi, en parallèle, le « terrain » de recherche ; celles engagées dans des débats voire combats politiques, syndicaux, citoyens, etc. Ces personnes doivent sans cesse argumenter leur posture en matière de recherche.

    49Parallèlement, le débat universitaire français revient depuis des années sur la spécificité d’une discipline naissante : le travail / intervention / accompagnement social. Faut-il créer un doctorat spécifique, à l’instar de ce qui se fait dans d’autres pays, y compris européens (Portugal par exemple) ? Si oui, quelle en serait la spécificité ? J’émets l’hypothèse que ces personnes qui s’engagent dans ce type de recherche en « travail ou accompagnement social » sont souvent des personnes qui ont déjà une vie professionnelle dans le champ, souvent en tant qu’ancien·nes intervenant·es social·es. Dans les relations quotidiennes avec des personnes vulnérables, elles ont acquis une compétence in situ dans l’analyse des situations et, finalement, des effets d’une pratique du regard situant dans le champ professionnel. Ainsi, comme l’analyse Paola Milani dans cet ouvrage, l’approche en termes de regard situant peut s’appliquer à différents contextes (en l’occurrence de recherche, d’action et de formation), d’autant plus s’ils sont interreliés, comme c’est le cas dans le cadre de la recherche-action-formation qu’elle étudie dans son texte.

    50Ainsi, l’analyse dans le champ de la recherche du regard situant, avec une méthode éprouvée, partagée mais sans cesse questionnée, pourrait-elle contribuer à la spécificité académique de cette discipline « intervention sociale ». Cette nouvelle discipline, bénéficiant de compétences pratiques déjà éprouvées – professionnelles en l’occurrence –, pourrait alors contribuer à un questionnement méthodologique utile à l’ensemble des disciplines en sciences humaines et sociales.

    Le rapport entre science et éthique

    51L’analyse du regard, si elle est exposée dans le cadre des communications de la recherche, est également un support à une démarche éthique, tout d’abord puisqu’elle informe dans quelle(s) situation(s) sont les acteur·ices de la recherche rencontré·es, et parce qu’elle contribue à analyser les effets de la recherche sur les participant·es. Dans cette perspective, l’analyse de l’implication de la personne qui effectue la recherche, de la nature de son regard, voire de son contre-transfert si l’on adopte une approche psychanalytique, pose la question de son engagement et de son rapport à l’éthique. L’engagement peut se trouver aussi en tension avec la réalité des acteurs et actrices : épuisement, perte de sens, renoncement, etc. Comment l’engagement dans la recherche interfère-t-il avec la capacité éthique du ou de la chercheur·e ? Jusqu’à quel point son engagement permet-il de garantir le bien-être des personnes pour qui la sollicitation peut constituer une contrainte de plus à affronter dans leur quotidien ?

    52Par exemple, dans le domaine de la protection de l’enfance, maintes situations de recherche entraînent des moments de gêne, de doute, voire de souffrance. La personne qui effectue des recherches peut être percutée par des situations d’autant plus dramatiques qu’elles renvoient à ses propres limites, dans la compréhension de l’action comme dans l’action, notamment sur les questions de responsabilité. Sur ce dernier point, comme l’analyse finement Karima Gacem dans le présent ouvrage lorsqu’elle aborde la prise en compte par les mères des familles d’accueil d’un trouble du spectre de l’alcoolisation fœtale (TSAF) chez l’enfant, le ou la chercheur·e n’est non seulement pas neutre dans la recherche, mais a aussi une responsabilité vis-à-vis de toutes les personnes intégrées à la recherche (autres chercheur·es comme participant·es et partenaires), voire de l’usage qui pourrait être fait de la recherche. La personne qui notamment recueille une parole doit fidèlement la restituer, y compris dans l’interprétation ; elle est aussi engagée dans une relation de confiance et de don : d’autres personnes se livrent et dans ce don de parole « missionnent » le ou la chercheur·e pour visibiliser leur situation32. Certes, cette responsabilité peut devenir culpabilisante et inhibante. Le rôle voire le devoir de toute personne qui fait de la recherche est d’être aussi consciente du contexte de la recherche et du sens que chacun·e lui donne ou, dans la mesure des possibles à envisager, pourrait lui donner.

    53Alors, l’analyse en termes de regard situant peut réveiller des souffrances, engager des responsabilités ou dévoiler des impasses dans ses possibilités d’action. Il est à nouveau possible de suggérer que cette analyse ne peut se faire seule. On peut être accompagné·e dans une démarche clinique, y compris en tant que chercheur·e, de façon individuelle. On peut également échanger dans des collectifs, notamment de personnes qui se connaissent, de pairs (par exemple entre doctorant·es), lorsque ce collectif est animé par la confiance.

    54Cette approche en termes de regard situant permet de révéler – puis d’assumer – aussi un principe fondamental dans la recherche : le plaisir. Autant il est nécessaire d’approfondir les situations dans lesquelles on éprouve de la gêne, des doutes, voire de la souffrance, autant il est possible d’analyser les situations où l’on se sent à l’aise et on éprouve du plaisir. Dans le présent ouvrage, Chloé Riban, dans ses rapports sorores avec d’autres femmes, Karima Gacem dans ses relations avec les mères d’accueil (même si elle éprouve en même temps un sentiment d’impuissance), ou Martin Knapp, effectuant ses entretiens tout en marchant, dans le mouvement et l’action qui lui sont « vitalement » nécessaires pour engager ses sens et ses analyses, éprouvent du plaisir. Alors, dans une véritable démarche méthodologique, dans ce que j’appelle l’analyse du « regard situant », ielles analysent autant l’origine de ce plaisir que ce qu’il permet et empêche.

    55Pour autant, puisqu’une analyse du regard imposerait que toute personne impliquée dans la recherche s’engage dans une analyse et une description méthodique de son propre regard, cette méthode induit une incursion dans l’intimité, alors qu’il est parfois du choix explicite du ou de la chercheur·e de ne pas dévoiler des aspects personnels de son parcours de vie. Cette analyse, si elle est placée comme impératif méthodologique, ne risque-t-elle pas de devenir une injonction au dévoilement ? Elle pose invariablement la question de la frontière – voire l’annihile – entre l’intime et le public, le privé et le professionnel. Or, cette distinction est aussi protection.

    56Revenons à l’exemple de la recherche « La prise en compte des questions LGBTQIA+ en protection de l’enfance ». Pour rappel, lors de l’enquête par questionnaire, le collectif de chercheur·es a indiqué : « L’enquête est réalisée par une université et cinq chercheurs et chercheuses (dont certains et certaines se considèrent comme faisant partie de la diversité sexuelle et de genre) ». Il s’agissait pour nous d’instaurer une relation de proximité mais aussi d’honnêteté : dire aux personnes que l’on interroge, à qui l’on demande un don (ne serait-ce que de temps, mais aussi de dévoilement de l’intimité), d’où on parle. Mais, dans le collectif de chercheur·es, les situations étaient diverses. En outre, chacun·e ne consentait pas à dévoiler cet aspect de l’identité considéré comme intime, d’autant plus que le questionnaire était public et que ces informations allaient aussi l’être, y compris auprès d’étudiant·es pour les chercheur·es par ailleurs enseignant·es. Or, la question de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre reste encore très sensible. Il en est de même pour les questions religieuses (celle-ci se pose dans le cadre d’une autre recherche portant sur les enfants victimes de dérives sectaires menée avec Boukhalfa Aït Hocine, Ismaïl Ferhat et Chloé Riban33), sociales, d’origine culturelle, de santé, etc.

    57Sans doute faut-il distinguer la démarche de l’analyse du regard situant de celle de l’exposé du regard situant. Alors qu’il semble nécessaire d’effectuer l’analyse, de façon individuelle, éventuellement partagée avec d’autres dans des collectifs, et dans tous les cas en collectif quand la recherche est collective, il n’est pour autant pas absolument indispensable d’en exposer tous les résultats. La construction de l’exposé dépend du choix, de chacun·e tout d’abord, du collectif dans le cadre de recherches collectives ensuite. Toutefois, il est nécessaire de rappeler que l’exposé contribue à garantir : le partage collectif des données de recherche sur le plan scientifique ; la légitimité du ou de la chercheur·e sur le plan statutaire et disciplinaire ; et la démarche éthique envers toutes les personnes prenant part à la recherche. L’équilibre n’est pas un donné, mais le fruit de discussions et d’échanges.

    Une nouvelle proposition méthodologique qui enrichit le référentiel de questionnements en proposant des processus

    58Face à ces nouveaux enjeux, la méthode doit s’adapter. Il me semble que cette adaptation repose plus sur des compléments que des modifications. En effet, le référentiel de questionnements reste valable, si on tient compte qu’il ne s’adresse pas toujours à un individu isolé mais parfois à des collectifs. Aussi faudrait-il développer la réflexion sur deux niveaux : 1) Comment distinguer ce qui relève de la réflexion et ce qui relève de l’exposé de celle-ci ? 2) Quels sont les questionnements qui se posent davantage au niveau des collectifs ?

    59Reprenons la réflexion qui a déjà été largement esquissée dans la partie précédente.

    60Sur le premier point, si l’on prend comme référence éthique fondamentale le respect de toute personne humaine et de la maîtrise par celle-ci de la part de son intimité qu’elle dévoile (ou pas) à qui elle veut et quand elle veut, la réponse semble évidente. L’exposé dépend avant tout du choix personnel de chaque personne s’engageant dans la recherche. Toutefois, il semble nécessaire que chacun·e engage au préalable la démarche du regard situant pour chacune des situations de recherche, et qu’ielle revienne dessus au cours du déroulement de celle-ci. La démarche, pour être construite et structurée, doit être écrite. Il serait alors possible que chaque chercheur·e tienne un carnet de terrain « regard situant ». Ensuite, la personne expose des éléments de la nature de son regard situant et de son évolution sur les supports ou moment qu’elle choisit. Rappelons seulement que pour des questions scientifiques (exposer les éléments qui construisent des données), de légitimité de statut de chercheur, et éthiques (se présenter aux autres participant·es à la recherche), il est impératif d’équilibrer la nécessité d’exposer et celle de respecter sa propre intimité. La même démarche doit se faire pour des recherches collectives, sachant qu’en sus de la démarche individuelle il est nécessaire d’exposer collectivement des éléments des regards situants de chacun·e, ainsi que de celui qui émerge dans le collectif.

    61Dans tous les cas, y compris pour la recherche individuelle, cette démarche peut impliquer d’autres personnes, puisque l’échange permet à la fois de faire émerger de nouveaux questionnements et de nouvelles hypothèses, mais aussi de se protéger quand le questionnement devient trop « intrusif » et met en danger sa santé et son bien-être. Une démarche éthique, envers les personnes qui participent à la recherche mais aussi envers soi-même, se construit toujours par des moments de partage avec d’autres.

    62La question du collectif devient ainsi centrale, quelle que soit la recherche menée. Dans le cadre de la recherche scientifique, elle est sans cesse revendiquée, ne serait-ce que par la nécessité de présenter ses travaux et d’être évalué par les pairs. Avec cette approche en termes de regard situant, la nature du collectif se pose sur deux plans.

    63Tout d’abord, les collectifs en question ne sont pas que des collectifs de chercheur·es : il peut s’agir d’une supervision menée par des professionnel·les, de groupes d’échanges ad hoc, etc. Toutefois, il est, me semble-t-il, important que parmi ces collectifs il y ait des collectifs de chercheur·es qui partagent les mêmes références, objectifs et enjeux.

    64Ensuite, ces collectifs doivent reposer sur un minimum de confiance. L’approche en termes de regard situant ne peut s’apparenter à un contrôle ni même à une évaluation. Les personnes qui s’engagent dans ce processus exposent de fait leur intimité. En tout cas, dans le collectif, elles naviguent aux frontières de leur propre intimité et de celle des autres. Le partage, l’échange, l’élaboration collective reposent sur l’interconnaissance en confiance. Cela suppose deux aspects : il ne peut y avoir d’anonymat (donc les collectifs ne sont en aucun cas les comités d’évaluation anonyme par des pairs, qui répondent à d’autres enjeux et impératifs), même si chacun·e s’engage à respecter une grande discrétion ; il présuppose une connaissance antérieure des membres du collectif ou, tout du moins, une prise de connaissance réciproque préalablement aux échanges. Finalement, la question centrale et l’enjeu que pose l’approche en termes de regard situant est celle de l’émergence et de la puissance d’une valeur centrale dans toute démarche de recherche : la convivialité34.

    65Les textes présentés dans cet ouvrage permettent de renouveler une question centrale : qu’est-ce qu’être chercheur·e ? Ils contribuent à la réponse en affirmant que le ou la chercheur·e est celui ou celle qui, sur une recherche précise, a une démarche critique de son propre regard situant. Le lecteur ou la lectrice aura noté le glissement sémantique : la définition du chercheur ne repose pas sur un statut ou une identité, mais sur une pratique. Elle s’appuie sur une démarche et naît d’un contexte de recherche. Comme le dit Michel Messu en conclusion de cet ouvrage :

    Aussi, est-ce dans cette perspective qu’il me semble judicieux d’interroger le « regard » du chercheur, de chercher à le situer aussi bien dans l’espace-temps de sa recherche que dans sa modalité expressive et interactive avec les objets-sujets de son enquête. Le regard situant […] participe de cette érotétique préalable à la recherche, accompagne l’exploration de « terrain » […] et augure de résultats susceptibles d’entrer dans le registre de la controverse scientifique lato sensu.

    Notes de bas de page

    1 À la suite d’un appel à textes diffusé en janvier 2025, les contributeurs et contributrices ont proposé un texte initial qui a été présenté et discuté lors d’un séminaire de recherche en juin 2025. Les textes publiés dans cet ouvrage sont les contributions retravaillées sur la base des échanges.

    2 Gilles Séraphin, Le Regard situant. L’exemple de la politique familiale dans la France contemporaine, mémoire d’habilitation à diriger les recherches, garant : Michel Messu, Sociologie, Université Paris V-Descartes, 2012.

    3 Gilles Séraphin, Comprendre la politique familiale, Paris, Dunod, 2013.

    4 Gilles Séraphin, Vivre à Douala. L’imaginaire et l’action dans une ville africaine en crise, Paris, L’Harmattan, 2000.

    5 Gilles Séraphin, Religion, guérison et forces occultes en Afrique. Le regard du jésuite Éric de Rosny, Paris, Karthala, 2016.

    6 Voir notamment les premiers ouvrages qui ont fait la renommée de Serge Latouche : Faut-il refuser le développement ? Essai sur l’anti-économique du tiers-monde, Paris, PUF, 1986 ; L’Occidentalisation du monde. Essai sur la signification, la portée et les limites de l’uniformisation planétaire, Paris, La Découverte, 1989 ; La Planète des naufragés. Essai sur l’après-développement, Paris, La Découverte, 1991 ; La Mégamachine. Raison technoscientifique, raison économique et mythe du progrès (Essai à la mémoire de Jacques Ellul), Paris, La Découverte, 1995 ; L’Autre Afrique. Entre don et marché, Paris, Albin Michel, 1998.

    7 Voir également les ouvrages qui ont fait la renommée d’Éric de Rosny : Les Yeux de ma chèvre, Paris, Plon, « Terre humaine », 1981 ; L’Afrique des guérisons, Paris, Karthala, 1992 ; La Nuit, les yeux ouverts, Paris, Seuil, 1996.

    8 Michel de Certeau, L’Invention du quotidien, t. I : Arts de faire, t. II : Habiter, cuisiner, Paris, Gallimard, 1980.

    9 Gilles Séraphin, Vivre à Douala. L’imaginaire et l’action dans une ville africaine en crise, op. cit.

    10 Marc Bloch, Les Rois thaumaturges, Paris, Gallimard, 1924 ; Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, Paris, Armand Collin, 1949 [1941].

    11 Carlo Ginzburg, Les Batailles nocturnes. Sorcellerie et rituels agraires en Frioul, xvi-xviie siècles, Lagrasse, Verdier, 1980 [1966].

    12 Edward E. Evans-Pritchard, Sorcellerie, oracles et magie chez les Azandé, Paris, Gallimard, 1973 [1972] ; Les Nuer. Description des modes de vie et des institutions politiques d’un peuple nilote, Paris, Gallimard, 1966 [1940].

    13 Mary Douglas, De la souillure. Essai sur les notions de pollution et de tabou, Paris, Maspero, 1971 [1966].

    14 Jean-Pierre Olivier de Sardan, « Le “je” méthodologique. Implication et explicitation dans l’enquête de terrain », in Revue française de sociologie, n° 41, 2000, p. 417-455.

    15 Voir Gilles Séraphin, « Éric de Rosny : le “regard situant” et la légitimation de la recherche menée par des acteurs engagés », in Cultures et guérisons. Éric de Rosny : l’intégrale, Anne-Nelly Perret-Clermont, Jean-Daniel Morerod, Jérémy Blanc (dir.), Neuchâtel, Livreo-Alphil, 2023, vol. 1, p. 119-125 ; « Le regard d’Éric de Rosny. Des exercices spirituels au monde de la nuit doualaise », compte rendu du coffret publié par Anne-Nelly Perret-Clermont, Jean-Daniel Morerod, Jérémie Blanc, Cultures et guérisons. Éric de Rosny : l’intégrale, in Esprit, février 2024.

    16 Donna Haraway, « Situated Knowledges: The Question in Feminism and the Privilege of Partial Perspective », in Feminist Studies, vol. 14, n° 3, 1988, p. 575-599 ; Sandra Harding, Whose Science? Whose Knowledge? Thinking from Women’s Lives, New York, Cornell University Press, 1991. En France, sur ce sujet, voir les travaux d’Isabelle Clair, « Faire du terrain en féministe », in Actes de la recherche en sciences sociales, n° 213, 2016, p. 66-83 ; « Nos objets et nous-mêmes : connaissance biographique et réflexivité méthodologique », in Sociologie, vol. 13, n° 3, 2022, p. 317-334. Voir également les articles de Karima Gacem (avec les théories du care développées principalement par des chercheuses se revendiquant du féminisme), de Laure Moguérou (avec le principe de « positionnalité » issu des théories féministes) et de Chloé Riban dans cet ouvrage.

    17 Michel Messu, « Le « terrain », mais pour quoi faire ? », in Cahiers de recherche sociologique, n° 61, 2016, p. 91-108.

    18 Le paragraphe suivant est fortement inspiré, voire dans certains extraits est une reprise quasi in extenso, de l’appel à contributions « long » du colloque inter-congrès Aref en sciences de l’éducation et de la formation portant sur Engagement dans la recherche, recherches engagées, recherches sur l’engagement. Que nous disent les sciences de l’éducation et de la formation ?, qui s’est tenu à l’Université Paris Nanterre du 14 au 16 novembre 2023, ainsi que de la présentation du symposium « Le regard comme engagement : des enjeux éthiques et méthodologiques ». Que toutes les personnes qui ont contribué à la rédaction de ces textes soient vivement remerciées.

    19 Pierre Paillé, Alex Mucchielli, L’Analyse qualitative en sciences humaines et sociales, Paris, Armand Colin, « Collection U », 2021.

    20 Christine Delory-Momberger, « Résistance au récit, récit de résistance. L’accompagnement au récit de vie en situation extrême », in Revista Diàlogos Possíveis (Juventudes, violêcias e vida na cidade), n° 13, 2014, https://irp.cdn-website.com/4e002109/files/uploaded/RésistanceAuRecitRecitDeResistance_PourJulie.pdf ; Carole Baeza, « Pouvoir d’agir et maladie chronique : Les savoirs existentiels d’une adolescente atteinte de mucoviscidose », in Actuels, n° 6, Le sujet dans la cité, 2017, p. 105-121.

    21 Georges Devereux, De l’angoisse à la méthode, Paris, Flammarion, 1980.

    22 Lucien Scubla, « À propos du regard éloigné de l’ethnographe ou les rapports entre la théorie et l’observation », in Ateliers d’anthropologie, n° 33, 2009, https://journals.openedition.org/atelierslesc/8199.

    23 Dans la même veine, dans le cadre d’un groupe d’expression portant sur la participation collective des enfants en protection de l’enfance, lorsque le sujet du « pipi au lit » a surgi à l’improviste, j’ai dévoilé à ces enfants que, durant ma propre enfance, j’ai connu cette situation. Cette implication intime a ouvert la voie à des échanges fructueux sur le plan scientifique. Voir Gilles Séraphin, « Le “pipi au lit” : quelques ressorts pour assurer un contexte favorable à la construction d’une parole collective des enfants en protection de l’enfance », in Sociétés et jeunesses en difficulté, n° 3, 2024, https://journals.openedition.org/sejed/13148.

    24 De même, lors de mon arrivée à Douala (Cameroun) en 1994, je faisais mes premiers pas et la découverte d’un « sous-quartier » (qu’on nommerait communément aujourd’hui « bidonville ») qui allait devenir une zone d’enquête, Bessengué-Pont cassé. Alors que j’étais l’incarnation de l’Autre différent et étrange, et que je ne percevais de mon côté dans cet espace que différence et étrangeté, j’ai rencontré un vieux « papa » qui « cassait » du bois, sous la chaleur accablante. Cette scène, identique aux scènes de mon enfance quand j’observais mon père s’échiner à la même tâche (et que j’ai un peu pratiquée à mon tour), a permis d’engager une salutation, puis un échange et finalement une rencontre et un lien. Une activité identique – casser du bois –, que ce soit à Douala ou en Haute-Savoie, initie les échanges et se transforme en expérience similaire. Certes, je n’ai pas gommé ce qui nous distinguait (en termes de culture, de rapports de domination politique…), mais nous avons activé ce qui nous rapprochait (activité voire classe sociale dans chacun des contextes respectifs).

    25 Comme cité en exemple supra, c’est aussi par exemple le cas de nombreux professionnel·les du travail social qui s’engagent dans un travail doctoral. Ou des doctorant·es qui bénéficient d’un contrat en entreprise, sous forme de « Cifre ».

    26 Ce rapport intime au terrain, chargé d’émotions, est soigneusement décrit et analysé par Isabelle Clair, « Faire du terrain en féministe », art. cit. ; « Nos objets et nous-mêmes : connaissance biographique et réflexivité méthodologique », art. cit.

    27 Michel Messu cité par Gilles Séraphin, « Le “regard situant” : proposition de méthode d’analyse du regard en situation de recherche », in Questions vives. Recherche en éducation, n° 38, 2022, https://journals.openedition.org/questionsvives/7557.

    28 Sur le sujet des questionnaires et des analyses démographiques, voir le texte de Tanguy Mathon-Cécillon dans le présent ouvrage.

    29 Voir

    30 Gilles Monceau, Enquêter ou intervenir. Effets de la recherche socio-clinique, Nîmes, Champ social, 2017.

    31 Pierrine Robin, « L’enfant de personne ». À l’épreuve du placement et de sa sortie, Nîmes, Champ social, 2020.

    32 La visibilisation d’une situation voire d’une population méconnue a été centrale lors des entretiens que j’ai menés au début des années 2000 avec la population des majeur·es protégé·es. Voir notamment Gilles Séraphin, « Apparaître, l’intervention sociale comme construction de la reconnaissance. L’exemple de la protection juridique des majeurs », in Recherches familiales, n° 1, 2004, p. 105-120.

    33 Voir

    34 D’ailleurs, si l’on adoptait l’approche d’Ivan Illich, cette convivialité nous permettrait de prendre pleinement possession de la méthode : « J’appelle conviviale une société où l’outil moderne est au service de la personne intégrée à la collectivité, et non au service d’un corps de spécialistes. Conviviale est la société où l’homme contrôle l’outil. » (La Convivialité, Paris, Points, 1973).

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    • Gilles Séraphin
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    Le processus d’élaboration de cet ouvrage collectif

    Gilles Séraphin

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    Une scène en guise d’introduction : un entretien marché avec les enfants de la famille Camara

    Martin Knapp et Gilles Séraphin

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    1 À la suite d’un appel à textes diffusé en janvier 2025, les contributeurs et contributrices ont proposé un texte initial qui a été présenté et discuté lors d’un séminaire de recherche en juin 2025. Les textes publiés dans cet ouvrage sont les contributions retravaillées sur la base des échanges.

    2 Gilles Séraphin, Le Regard situant. L’exemple de la politique familiale dans la France contemporaine, mémoire d’habilitation à diriger les recherches, garant : Michel Messu, Sociologie, Université Paris V-Descartes, 2012.

    3 Gilles Séraphin, Comprendre la politique familiale, Paris, Dunod, 2013.

    4 Gilles Séraphin, Vivre à Douala. L’imaginaire et l’action dans une ville africaine en crise, Paris, L’Harmattan, 2000.

    5 Gilles Séraphin, Religion, guérison et forces occultes en Afrique. Le regard du jésuite Éric de Rosny, Paris, Karthala, 2016.

    6 Voir notamment les premiers ouvrages qui ont fait la renommée de Serge Latouche : Faut-il refuser le développement ? Essai sur l’anti-économique du tiers-monde, Paris, PUF, 1986 ; L’Occidentalisation du monde. Essai sur la signification, la portée et les limites de l’uniformisation planétaire, Paris, La Découverte, 1989 ; La Planète des naufragés. Essai sur l’après-développement, Paris, La Découverte, 1991 ; La Mégamachine. Raison technoscientifique, raison économique et mythe du progrès (Essai à la mémoire de Jacques Ellul), Paris, La Découverte, 1995 ; L’Autre Afrique. Entre don et marché, Paris, Albin Michel, 1998.

    7 Voir également les ouvrages qui ont fait la renommée d’Éric de Rosny : Les Yeux de ma chèvre, Paris, Plon, « Terre humaine », 1981 ; L’Afrique des guérisons, Paris, Karthala, 1992 ; La Nuit, les yeux ouverts, Paris, Seuil, 1996.

    8 Michel de Certeau, L’Invention du quotidien, t. I : Arts de faire, t. II : Habiter, cuisiner, Paris, Gallimard, 1980.

    9 Gilles Séraphin, Vivre à Douala. L’imaginaire et l’action dans une ville africaine en crise, op. cit.

    10 Marc Bloch, Les Rois thaumaturges, Paris, Gallimard, 1924 ; Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, Paris, Armand Collin, 1949 [1941].

    11 Carlo Ginzburg, Les Batailles nocturnes. Sorcellerie et rituels agraires en Frioul, xvi-xviie siècles, Lagrasse, Verdier, 1980 [1966].

    12 Edward E. Evans-Pritchard, Sorcellerie, oracles et magie chez les Azandé, Paris, Gallimard, 1973 [1972] ; Les Nuer. Description des modes de vie et des institutions politiques d’un peuple nilote, Paris, Gallimard, 1966 [1940].

    13 Mary Douglas, De la souillure. Essai sur les notions de pollution et de tabou, Paris, Maspero, 1971 [1966].

    14 Jean-Pierre Olivier de Sardan, « Le “je” méthodologique. Implication et explicitation dans l’enquête de terrain », in Revue française de sociologie, n° 41, 2000, p. 417-455.

    15 Voir Gilles Séraphin, « Éric de Rosny : le “regard situant” et la légitimation de la recherche menée par des acteurs engagés », in Cultures et guérisons. Éric de Rosny : l’intégrale, Anne-Nelly Perret-Clermont, Jean-Daniel Morerod, Jérémy Blanc (dir.), Neuchâtel, Livreo-Alphil, 2023, vol. 1, p. 119-125 ; « Le regard d’Éric de Rosny. Des exercices spirituels au monde de la nuit doualaise », compte rendu du coffret publié par Anne-Nelly Perret-Clermont, Jean-Daniel Morerod, Jérémie Blanc, Cultures et guérisons. Éric de Rosny : l’intégrale, in Esprit, février 2024.

    16 Donna Haraway, « Situated Knowledges: The Question in Feminism and the Privilege of Partial Perspective », in Feminist Studies, vol. 14, n° 3, 1988, p. 575-599 ; Sandra Harding, Whose Science? Whose Knowledge? Thinking from Women’s Lives, New York, Cornell University Press, 1991. En France, sur ce sujet, voir les travaux d’Isabelle Clair, « Faire du terrain en féministe », in Actes de la recherche en sciences sociales, n° 213, 2016, p. 66-83 ; « Nos objets et nous-mêmes : connaissance biographique et réflexivité méthodologique », in Sociologie, vol. 13, n° 3, 2022, p. 317-334. Voir également les articles de Karima Gacem (avec les théories du care développées principalement par des chercheuses se revendiquant du féminisme), de Laure Moguérou (avec le principe de « positionnalité » issu des théories féministes) et de Chloé Riban dans cet ouvrage.

    17 Michel Messu, « Le « terrain », mais pour quoi faire ? », in Cahiers de recherche sociologique, n° 61, 2016, p. 91-108.

    18 Le paragraphe suivant est fortement inspiré, voire dans certains extraits est une reprise quasi in extenso, de l’appel à contributions « long » du colloque inter-congrès Aref en sciences de l’éducation et de la formation portant sur Engagement dans la recherche, recherches engagées, recherches sur l’engagement. Que nous disent les sciences de l’éducation et de la formation ?, qui s’est tenu à l’Université Paris Nanterre du 14 au 16 novembre 2023, ainsi que de la présentation du symposium « Le regard comme engagement : des enjeux éthiques et méthodologiques ». Que toutes les personnes qui ont contribué à la rédaction de ces textes soient vivement remerciées.

    19 Pierre Paillé, Alex Mucchielli, L’Analyse qualitative en sciences humaines et sociales, Paris, Armand Colin, « Collection U », 2021.

    20 Christine Delory-Momberger, « Résistance au récit, récit de résistance. L’accompagnement au récit de vie en situation extrême », in Revista Diàlogos Possíveis (Juventudes, violêcias e vida na cidade), n° 13, 2014, https://irp.cdn-website.com/4e002109/files/uploaded/RésistanceAuRecitRecitDeResistance_PourJulie.pdf ; Carole Baeza, « Pouvoir d’agir et maladie chronique : Les savoirs existentiels d’une adolescente atteinte de mucoviscidose », in Actuels, n° 6, Le sujet dans la cité, 2017, p. 105-121.

    21 Georges Devereux, De l’angoisse à la méthode, Paris, Flammarion, 1980.

    22 Lucien Scubla, « À propos du regard éloigné de l’ethnographe ou les rapports entre la théorie et l’observation », in Ateliers d’anthropologie, n° 33, 2009, https://journals.openedition.org/atelierslesc/8199.

    23 Dans la même veine, dans le cadre d’un groupe d’expression portant sur la participation collective des enfants en protection de l’enfance, lorsque le sujet du « pipi au lit » a surgi à l’improviste, j’ai dévoilé à ces enfants que, durant ma propre enfance, j’ai connu cette situation. Cette implication intime a ouvert la voie à des échanges fructueux sur le plan scientifique. Voir Gilles Séraphin, « Le “pipi au lit” : quelques ressorts pour assurer un contexte favorable à la construction d’une parole collective des enfants en protection de l’enfance », in Sociétés et jeunesses en difficulté, n° 3, 2024, https://journals.openedition.org/sejed/13148.

    24 De même, lors de mon arrivée à Douala (Cameroun) en 1994, je faisais mes premiers pas et la découverte d’un « sous-quartier » (qu’on nommerait communément aujourd’hui « bidonville ») qui allait devenir une zone d’enquête, Bessengué-Pont cassé. Alors que j’étais l’incarnation de l’Autre différent et étrange, et que je ne percevais de mon côté dans cet espace que différence et étrangeté, j’ai rencontré un vieux « papa » qui « cassait » du bois, sous la chaleur accablante. Cette scène, identique aux scènes de mon enfance quand j’observais mon père s’échiner à la même tâche (et que j’ai un peu pratiquée à mon tour), a permis d’engager une salutation, puis un échange et finalement une rencontre et un lien. Une activité identique – casser du bois –, que ce soit à Douala ou en Haute-Savoie, initie les échanges et se transforme en expérience similaire. Certes, je n’ai pas gommé ce qui nous distinguait (en termes de culture, de rapports de domination politique…), mais nous avons activé ce qui nous rapprochait (activité voire classe sociale dans chacun des contextes respectifs).

    25 Comme cité en exemple supra, c’est aussi par exemple le cas de nombreux professionnel·les du travail social qui s’engagent dans un travail doctoral. Ou des doctorant·es qui bénéficient d’un contrat en entreprise, sous forme de « Cifre ».

    26 Ce rapport intime au terrain, chargé d’émotions, est soigneusement décrit et analysé par Isabelle Clair, « Faire du terrain en féministe », art. cit. ; « Nos objets et nous-mêmes : connaissance biographique et réflexivité méthodologique », art. cit.

    27 Michel Messu cité par Gilles Séraphin, « Le “regard situant” : proposition de méthode d’analyse du regard en situation de recherche », in Questions vives. Recherche en éducation, n° 38, 2022, https://journals.openedition.org/questionsvives/7557.

    28 Sur le sujet des questionnaires et des analyses démographiques, voir le texte de Tanguy Mathon-Cécillon dans le présent ouvrage.

    29 Voir

    30 Gilles Monceau, Enquêter ou intervenir. Effets de la recherche socio-clinique, Nîmes, Champ social, 2017.

    31 Pierrine Robin, « L’enfant de personne ». À l’épreuve du placement et de sa sortie, Nîmes, Champ social, 2020.

    32 La visibilisation d’une situation voire d’une population méconnue a été centrale lors des entretiens que j’ai menés au début des années 2000 avec la population des majeur·es protégé·es. Voir notamment Gilles Séraphin, « Apparaître, l’intervention sociale comme construction de la reconnaissance. L’exemple de la protection juridique des majeurs », in Recherches familiales, n° 1, 2004, p. 105-120.

    33 Voir

    34 D’ailleurs, si l’on adoptait l’approche d’Ivan Illich, cette convivialité nous permettrait de prendre pleinement possession de la méthode : « J’appelle conviviale une société où l’outil moderne est au service de la personne intégrée à la collectivité, et non au service d’un corps de spécialistes. Conviviale est la société où l’homme contrôle l’outil. » (La Convivialité, Paris, Points, 1973).

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    Séraphin, G. (2026). Le regard situant comme approche méthodologique : une proposition en constante évolution. In G. Séraphin (éd.), Regards situants. Nanterre: Presses universitaires de Paris Nanterre. https://doi.org/10.4000/16h7k
    Séraphin, Gilles. « Le regard situant comme approche méthodologique : une proposition en constante évolution ». In Regards situants, édité par Gilles Séraphin. Nanterre: Presses universitaires de Paris Nanterre, 2026. doi:10.4000/16h7k.
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