Préambule
Le processus d’élaboration de cet ouvrage collectif
p. 9-12
Texte intégral
1La question du « regard situant » émerge lors de la rédaction de mon habilitation à diriger les recherches (HDR), que je soutiens en 20121. Pendant les années suivantes, j’enrichis les analyses mais je ne publie pas spécifiquement sur le sujet. C’est seulement huit ans plus tard, en 2020, que je propose un article à Questions vives. Recherche en éducation ; ce texte sera publié en 20222.
2Parallèlement, au début des années 2020, avec les collègues du Centre de recherches Éducation et Formation (Cref) de l’Université Paris Nanterre, unité de recherche que je dirige à cette époque, nous organisons le colloque inter-congrès Aref (Actualité de la recherche en éducation et formation) en sciences de l’éducation et de la formation portant sur Engagement dans la recherche, recherches engagées, recherches sur l’engagement. Que nous disent les sciences de l’éducation et de la formation3 ? J’y anime un symposium intitulé « Le regard comme engagement : des enjeux éthiques et méthodologiques ». Je me rends alors compte que mes questionnements entrent en résonance avec ceux de certain·es4 de mes collègues et nous envisageons de construire un ouvrage collectif.
3Je rédige alors une première version d’un appel à textes. Michel Messu, garant de mon HDR portant justement sur ce « regard situant », me fait ensuite le plaisir et l’honneur de me rejoindre. Il enrichit ce texte initial en analysant l’intégration de l’approche en termes de « regard situant » dans une démarche scientifique.
4Nous instaurons également un process finalement assez original. D’emblée, dès le lancement de l’appel à textes en janvier 2025, il est annoncé que les textes devaient être entièrement écrits puis discutés au sein du collectif des contributeurs et contributrices lors d’un séminaire qui se tient en juin 2025 à Nanterre. Durant cette journée de travail, chacun·e présente son texte et, collectivement, nous discutons des analyses. Ensuite, nous continuons les échanges de gré à gré, en envoyant des commentaires et propositions aux auteur·es sur chacun des textes. Les versions finales ont ainsi été travaillées jusqu’au mois de septembre.
5Dès cette journée, il apparaît des points saillants sur lesquels l’interprétation que l’on donne de ce regard situant peut diverger. Non pas tant en termes de pratique empirique dans une démarche de recherche en sciences sociales, mais de manière sous-jacente, en termes de conception et de finalité de la recherche. La lecture des textes rassemblés ci-après le laisse clairement apparaître et nous avons voulu préserver cette dissonance des textes pour garder à l’esprit les enjeux proprement scientifiques que recèle toute interrogation sur la démarche d’une recherche.
6Lors du séminaire, nous décidons de structurer l’ouvrage de la manière suivante. J’écris un long texte introductif afin de présenter ce concept et cette méthode : D’où viennent-ils ? Que signifient-ils ? Avec quels objectifs ? Et aujourd’hui, avec quels limites, enjeux et évolutions ? Ensuite, les collègues présentent leurs analyses, en se fondant justement (ou non, ou partiellement…) sur cette approche en termes de regard situant. Enfin, dans un texte final, Michel Messu ouvre le débat en soulignant quelques enjeux soulevés dans le champ scientifique.
7Le fil directeur de l’ensemble de la démarche est le respect et la convivialité. Y compris et surtout sur les points où nous n’avions pas toutes et tous les mêmes références scientifiques, sur la façon par exemple de faire de la recherche, nous avons écouté, exposé, échangé, argumenté, parfois débattu (la disputio) et défendu, toujours dans le respect et l’appréciation de l’autre ; c’est ainsi avec fierté que nous pouvons vous présenter cet ouvrage véritablement collectif.
8Il s’intitule Regard situants, au pluriel, puisque, dans cet ouvrage, nous exposons et analysons cette approche en termes de regard situant que j’ai initialement proposée, mais aussi puisque certain·es d’entre nous analysons nos propres regards situants dans nos recherches. Je remercie ainsi chaleureusement et sincèrement les contributeurs et contributrices de ce volume. Ma gratitude n’a d’égal que l’intérêt que j’ai à lire leurs textes. Et, nous toutes et tous, ensemble, nous vous souhaitons une excellente lecture.
Notes de bas de page
1 Gilles Séraphin, Le Regard situant. L’exemple de la politique familiale dans la France contemporaine, mémoire d’habilitation à diriger les recherches, garant : Michel Messu, Sociologie, Université Paris V-Descartes, 2012.
2 Gilles Séraphin, « Le “regard situant” : proposition de méthode d’analyse du regard en situation de recherche », in Questions vives. Recherche en éducation, n° 38, 2022, https://journals.openedition.org/questionsvives/7557.
3 Qui s’est tenu à l’Université Paris Nanterre du 14 au 16 novembre 2023.
4 Pour cet ouvrage, nous avons laissé le choix aux auteurs d’utiliser l’écriture inclusive, avec toutefois la consigne générale de faire le plus possible usage de la langue épicène.
Auteur
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Sur les traces de la violence
Un essai anthropologique après les attentats de Paris
Robert Desjarlais Céline Curiol (trad.)
2020
