Regroupements d’industries et Moustérien : une histoire conflictuelle
Historique, problématique et méthodologie
p. 19-145
Texte intégral
1Notre question de départ vise à comprendre pourquoi les regroupements d’industries effectués pour le Paléolithique moyen souffrent d’interprétations peu claires et équivoques. Aussi, avons-nous consacré une première partie théorique à ce travail d’étude pour tenter de répondre en partie à cette interrogation. Nous nous sommes penchée sur les études déjà menées à ce sujet, revenant sur les recherches portant sur les confrontations et les regroupements d’industries au Paléolithique moyen.
2Pour cela, un historique des recherches a été mené dans un premier temps, avec une lecture volontairement critique, soulignant les différents critères et échelles d’analyse retenus pour comparer les industries et les interprétations qui en ont résulté. Ceci nous a offert l’opportunité de mettre en exergue les problèmes liés à ces approches et ce qu’il convient de contourner. Il s’avère qu’à la variabilité technique du Moustérien peut être opposée une variabilité méthodologique, fluctuante au gré des époques et des régions.
3C’est forte de ces constatations et des premières réponses apportées par l’historique que nous récapitulons notre problématique dans un deuxième temps, en formulant clairement nos questionnements et nos objectifs de travail.
4Ceci nous amène, dans un troisième temps, à choisir un corpus adapté ainsi qu’à élaborer une méthodologie adéquate pour tenter de comprendre la variabilité technique au Paléolithique moyen.
ÉTAT DE LA RECHERCHE À PROPOS DES REGROUPEMENTS ET DES COMPARAISONS D’INDUSTRIES AU PALÉOLITHIQUE MOYEN OU « L’IMPASSE CULTURELLE DU MOUSTÉRIEN »
5Avant d’entreprendre toute confrontation entre des séries lithiques et savoir si les résultats diffèrent selon l’échelle d’analyse considérée, il convient de s’arrêter un instant sur les démarches entreprises sur ce sujet au Paléolithique moyen. Quels critères de comparaison ont été retenus, pour quelles méthodologies et quelles interprétations ?
6C’est pour répondre à ces questions que nous dressons ici un historique critique sur les regroupements d’industries et les différentes interprétations qui ont été mises en avant. Il ne se veut nullement exhaustif, mais a pour objectif majeur de souligner les intérêts de la recherche pour cette problématique et les moyens mis en œuvre par les chercheurs pour tenter de l’appréhender au fil du temps. Nous abordons dans un premier temps une approche diachronique visant à comprendre les méthodes d’analyse employées pour comparer les industries et quelles ont été leurs implications et leurs limites, pour dresser, dans un deuxième temps, le bilan actuel des principaux « faciès » ou regroupement d’industries jugées similaires établis pour le Paléolithique moyen et aujourd’hui en vigueur.
Historique : quels critères retenus pour quelles interprétations ?
7En faisant un rapide tour d’horizon de la recherche préhistorique française portant sur les périodes anciennes, on se rend compte qu’une multitude de méthodes analytiques ont été mises en avant pour tenter de démêler « l’écheveau compliqué de l’évolution des industries humaines1 ».
Du XIXe siècle à la révolution Bordes (années 1950) : à la recherche du fossile directeur pour une approche chronoculturelle
8Dès le milieu du xixe siècle, l’engouement pour les témoins de pierre jugés alors « antédiluviens » est basé sur la volonté de comprendre les vestiges archéologiques, de les interroger dans leur forme pour identifier des constantes2. C’est ainsi que C. Picard3 différencie pour la première fois les haches de pierre polie et les haches de pierre taillée d’Abbeville et que J. Boucher de Perthes4 introduit la notion de « type ». Mais c’est Gabriel de Mortillet5 qui pose véritablement les bases d’une typologie préhistorique fonctionnelle à partir de l’industrie lithique. Le principe classificatoire est emprunté à la géologie et il élève les gisements ayant livré du matériel archéologique suffisamment homogène et caractéristique au rang de site de référence, tels Chelles, Le Moustier, Solutré et La Madeleine. Chacun représente ainsi une époque et une position stratigraphique déterminées grâce aux types d’outils identifiés, appelés « fossiles directeurs ». L’objectif vise ainsi à collecter des informations chronologiques afin de replacer les industries dans le temps, et non dans l’espace, inhibant de fait la recherche de données « culturelles » au plan synchronique.
9Cette typologie reste valable jusqu’au milieu du xxe siècle et elle est continuellement précisée en raison des nouvelles découvertes livrant des industries trop riches pour rentrer dans les seules cases de Mortillet. Les préhistoriens proposent ainsi des classifications de plus en plus complexes mais toujours dans une dynamique de diachronie successive6. Alignée sur l’approche classificatoire de l’évolution des organismes vivants, la recherche se focalise uniquement sur l’établissement de chronostratigraphies culturelles7. Seul D. Peyrony8 tente une approche plus « culturelle » des industries en dégageant plusieurs faciès moustériens lors de ses fouilles au Moustier (typique, type Quina, type Ferrassie et de tradition acheuléenne) qu’il interprète comme des choix culturels distincts. Mais sa démarche restera sans écho jusqu’aux années 1950 où notamment F. Bordes reprendra ces faciès.
F. Bordes et les années 1950 : la typologie pour une approche « culturelle » des données (recherche de contemporanéité et de spatialité)
10À l’orée des années 1950, un renversement radical des études en Préhistoire s’opère, dont l’intérêt pour la chronologie s’efface progressivement au profit d’une interprétation culturelle des données. L’introduction de la dynamique spatiale va permettre un tel bouleversement. Elle met effectivement en lumière des variabilités comportementales au sein d’un espace précis à un moment donné, excluant de fait toute interprétation « universaliste », c’est-à-dire une évolution linéaire des vestiges tendant vers la perfection.
11C’est dans cette atmosphère « culturaliste » que F. Bordes réexamine trois décennies plus tard la question relative aux faciès du Moustérien soulevée par D. Peyrony (cf. supra). Il y introduit également la notion d’espace lui permettant d’aborder les problématiques culturelles :
Comme pour les périodes plus récentes, cette approche va entraîner-mais plus lentement en raison du nombre limité de gisements représentatifs et de séries industrielles de référence-la définition d’entités culturelles locales9.
12F. Bordes élabore une nouvelle méthode d’analyse, ceci pendant plus de 15 ans, basée sur la totalité du matériel lithique. Il rompt ainsi avec la recherche du fossile directeur qui ne reposait que sur la présence/absence d’une pièce gommant par conséquent une grande part de la variabilité des assemblages. Il considère que c’est avant tout la typologie qui est le moyen le plus pertinent pour comprendre les assemblages lithiques, contrairement à la technique qui « n’est jamais qu’un moyen, l’outil, défini par sa morphologie ou son usage, étant la fin ». Il élabore une liste type des différentes catégories d’outils individualisées (63 types d’outils sur éclat, 12 types de biface et 9 types de nucléus). Il procède à des études statistiques en établissant des graphiques cumulatifs, mettant en lumière différents types d’outil présents dans les ensembles lithiques, définissant des faciès10. Puis, la prise en compte des facteurs techniques (comme le débitage Levallois) crée des sous-faciès.
13À partir de l’étude de plus de 40 gisements et de 75 couches différentes, cinq faciès dominants sont établis pour le Moustérien11 : le Moustérien de tradition acheuléenne ou MTA, le Moustérien à denticulés, le Moustérien typique, le Moustérien Charentien, de type Quina, le Moustérien de type Ferrassie. D’autres faciès sont ensuite individualisés tel le Tayacien, le Vasconien, le Charentien évolué ou l’Asiponidien.
14F. Bordes n’interprète pas ces différents faciès comme le reflet d’une quelconque évolution chronologique du Moustérien, et ce, malgré les limites de précision des datations. Au contraire, il avance des explications d’ordre culturel pour expliquer la variabilité des assemblages, les différents faciès étant alors le reflet de « groupes » distincts coexistant sur un même territoire mais ayant très peu de contact les uns avec les autres.
Les années 1950-1980, ou une multitude d’interprétations « non culturelles » des faciès : les Anglo-Saxons
15Ainsi, à partir des années 1950, l’approche « culturaliste » prévaut en France, c’est-à-dire que les recherches tendent à analyser les vestiges afin d’y retrouver des traditions techniques distinctes. Pour cela, la typologie élaborée par F. Bordes sert de méthodologie privilégiée aussi bien pour les périodes anciennes que pour les plus récentes12. Elle ne fait pas pour autant l’unanimité car d’autres chercheurs, et notamment anglo-saxons, expliquent la variabilité du Moustérien par différents facteurs niant toute implication culturelle. Ils exploitent effectivement les « limites » de la méthode Bordes qui n’intègre pas de paramètres de variabilité liés à la matière première, à la fonction du site, etc. Ils ne proposent pas pour autant d’autres méthodes d’analyse.
Des explications fonctionnelles
16Les principaux opposants et, somme toute, les plus connus, sont L. et S. Binford qui interprètent les différents faciès moustériens reconnus par F. Bordes comme étant le reflet d’activités distinctes. Ils prônent ainsi une explication fonctionnelle à la variabilité du Moustérien13. Ils se basent sur deux paradigmes, se reposant entre autres sur l’ethnologie. Premièrement, la composition des assemblages lithiques issus de sites en place est étroitement corrélée au type et à la composition des activités humaines. Deuxièmement, les principes d’organisation des groupes actuels étaient déjà effectifs au Paléolithique.
17Ils distinguent deux types d’activité :
- tout d’abord, les tâches de maintenance qui correspondent aux besoins nutritionnels et à la technologie des groupes et qui s’effectuent dans des endroits sélectionnés servant de résidence au groupe, appelés base camps ;
- ensuite, les tâches extractives qui exploitent les ressources de l’environnement et qui sont déterminées par la distribution des ressources dans le territoire ; ce sont les works camps.
18Ces différentes activités se traduiraient par des assemblages aux composantes variées, aussi bien en termes quantitatif (la fréquence de tel ou tel objet) que qualitatif (la présence de tel ou tel objet). La nature de cette variabilité suggère que le système social est fondé sur une tradition culturelle solide avec des principes d’organisation similaires aux chasseurs-cueilleurs actuels. L. et S. Binford exploitent ainsi une « faille » de la méthode Bordes, à savoir l’absence de considération des questions relatives aux fonctions des sites.
19Pendant plus de vingt ans, ce sont ces deux explications–fonctionnelle ou culturelle–qui ont alimenté les débats et provoqué des querelles presque passionnelles. Les vestiges archéologiques n’étaient plus interprétés que selon ces deux paradigmes : style ou fonction14.
20Néanmoins, l’hypothèse d’une explication uniquement fonctionnelle pour rendre compte de la variabilité des industries est infirmée par les études tracéologiques qui ont montré que ce modèle simple ne prévalait pas15. Aussi, certains chercheurs–toujours anglo–saxons–ont avancé, au début des années 1980, d’autres hypothèses expliquant la variabilité des assemblages, se basant également sur certaines « failles » du modèle Bordes :
It would be unwise always to assume that each « type » that can be defined on morphology must in fact reflect a distinct stylistic design or was used for a discrete function16.
Des explications chronologiques
21En effet, d’aucuns vont expliquer la variabilité du Moustérien par une évolution chronologique. Le plus connu est sans aucun doute P. Mellars17, pour qui les différents faciès correspondraient à des stades chronologiques distincts. Il se base sur la chronologie relative, en particulier sur les successions de couches archéologiques possédant des faciès différents au sein d’un même gisement. Il constate que le MTA est systématiquement le dernier des faciès et directement sous-jacent aux niveaux attribuables au Paléolithique supérieur. De même, le Moustérien type Quina serait postérieur au type Ferrassie. Mais à l’inverse, il ne perçoit aucune différence chronologique probante pour les Moustériens typique et denticulé18.
22F. Bordes lui-même admet que le terme « contemporain » doit être utilisé avec beaucoup de prudence car les datations sont peu précises. Les séries sont calées sur la base d’analyses polliniques et/ou sédimentaires attribuant les séries aux Würm I, Würm II, sans plus de précisions. Ainsi si deux niveaux sont dits contemporains car appartenant au début du Würm II par exemple, cela peut laisser un laps de temps de plus de 10 000 ans dans le meilleur des cas. La synchronie est donc difficilement appréciable.
Des explications taphonomiques
23De plus, les faciès ont été individualisés à partir de grottes et abris présentant le plus souvent de longues stratigraphies. Or, les problèmes taphonomiques n’ont été que peu pris en compte pour la différenciation des couches archéologiques. Non seulement la contemporanéité des couches est difficile à établir mais également leur intégrité19. Ainsi, le caractère parfois anthropique de certains outils a été remis en question. Les plus discutés sont sans nul doute les encoches et les denticulés. Des études ont effectivement démontré que certains de ces outils résultaient davantage de phénomènes post-dépositionnels que d’actions anthropiques ; excluant ainsi certains gisements du faciès « Moustérien à denticulés20 ». F. Bordes avait déjà esquissé ce problème dès 1950 et constaté que certains outils à retouches alternes et irrégulières présentaient des stigmates analogues à ceux ayant été piétinés lors de travaux expérimentaux.
Des interprétations liées au degré d’utilisation et d’usure des outils
24En outre, selon certains auteurs, le matériel lithique et notamment les produits retouchés sont le fruit d’une incessante remodification et réutilisation, changeant de fait leurs formes21. La variabilité des racloirs, par exemple, pourrait être davantage imputable aux différentes séquences de réduction qu’à la fonction ou au style/tradition technique.
The evidence presented here suggests that for at least one Middle Paleolithic industry, variability within the scrapers does not reflect discrete functional or stylistic types, but rather different points along a sequence of modification and reduction22.
25Les racloirs simples seraient en réalité peu transformés par la retouche, représentant les premières phases de réduction. À l’inverse, les racloirs doubles témoigneraient d’un investissement plus intense nécessitant un aménagement sur l’autre bord. Enfin, les racloirs convergents indiqueraient les dernières séquences de réduction qui seraient telles qu’elles modifieraient totalement la forme initiale de l’objet. De même, les encoches pourraient être transformées jusqu’à devenir des denticulés23.
26En outre, ces différentes séquences de réduction ont pu être opérées sur un temps très court ou, au contraire, sur un temps plus long, lors de réoccupations successives d’un même campement24. Les artisans ont pu effectivement réutiliser un outil abandonné quelques dizaines d’années plus tôt. Ainsi, le degré d’utilisation pourrait être également corrélé au degré de fréquentation du gisement, déterminant de fait la nature de l’assemblage.
Des interprétations écologiques (matière première)
27Un autre facteur de variabilité pourrait être imputable à la matière première. Pour certains auteurs, les sites à proximité d’une matière première locale abondante et de bonne qualité présentent des industries à nombreux éclats, nucléus et bifaces ainsi que peu d’outils retouchés25. Les éclats ont par ailleurs tendance à être de grandes dimensions ; les outils à être peu réduits, constitués de racloirs simples, d’encoches et de denticulés et le concept Levallois à être fréquemment employé. À l’inverse, les sites pauvres en matière première de qualité offrent des assemblages dont les outils en silex local sont souvent des encoches et denticulés, contrairement à ceux en silex allochtone, constitués principalement de racloirs.
28Si les chercheurs français individualisent plusieurs faciès technologiques en termes d’économie des matières premières exploitées (faciès d’extraction, mixtes exploitation-production et sites à activités multiples) et observent la présence de supports différenciés sur des matières premières distinctes pour la fabrication d’outils spécifiques (denticulés et racloirs), ils n’en restent pas moins nuancés quant au seul impact de la matière première pour la variabilité du Moustérien :
Nous ne pensons pas que l’éloignement des sources de matières premières ait pu, à lui seul, conditionner la structure des ensembles lithiques moustériens. Mais plutôt que ce facteur environnemental a imposé des limites à l’exploitation des matières premières ainsi qu’à leurs modalités technologiques de diffusion puis d’introduction et d’abandon dans les lieux d’habitat selon la notion développée en ethnologie que l’environnement n’est pas contraignant mais qu’il est restrictif26.
29La variabilité des ensembles lithiques serait liée à deux types de facteurs : des facteurs environnementaux naturels et des facteurs liés à l’environnement culturel et social.
Des interprétations climatiques
30De surcroît, contrairement à F. Bordes, certains auteurs avancent l’hypothèse du rôle décisif du climat dans la composition des assemblages lithiques. En se basant sur la classification des paléoclimats de Laville27 et des différents faciès de Bordes, N. Rolland28 constate que le Moustérien à denticulés est associé le plus souvent à des paléoclimats doux ou tempérés, contrairement au Quina et au Ferrassie, corrélés à un climat plus rigoureux. Ces fluctuations climatiques auraient entraîné des degrés de mobilité des groupes moustériens distincts, et donc d’exploitation différentielle de la matière première. Lors des phases rigoureuses, la mobilité serait moindre, conduisant à un emploi plus parcimonieux de la matière première avec des outils très investis et de nombreuses séquences de raffûtage. À l’inverse, les phases tempérées permettraient des déplacements plus aisés, et donc un accès aux matières premières plus facile ; ce qui engendrerait un emploi plus dispendieux de ces dernières ainsi qu’un faible degré de transformation des outils29.
Une portion majeure du Complexe moustérien se décrit mieux comme un continuum dynamique, avec une élasticité des répertoires dont la cause indirecte remonte aux fluctuations bioclimatiques du Würm ancien30.
31Pour certains, les hypothèses environnementales et climatiques expliqueraient la présence/absence de pièces bifaciales31. Les assemblages riches en bifaces seraient caractéristiques d’occupations adaptées à un environnement froid et steppique, contrairement aux assemblages riches en éclat corrélés à un climat tempéré et boisé.
Quelques problèmes dans la typologie bordienne
32Nous pouvons également souligner quelques faiblesses de la méthode Bordes, que l’inventeur lui-même acceptait volontiers. En effet, bon nombre de séries ne rentrent pas dans les faciès établis ; ainsi que d’autres qui restent difficiles à classer, étant souvent à la limite entre deux faciès. « Un certains nombre de couches de divers gisements se laissent difficilement classer32. » Ceci a entraîné d’une part la multiplication de faciès différents, tel l’Évenoisien, défini d’après le site de Sainte-Anne d’Évenos dans le Var33 ou le « Colombanien » caractérisé sur le site de Saint-Colomban en Bretagne34, ainsi que l’emploi des préfixes « proto » ou « pseudo » pour caractériser des faciès mal définis. La littérature abonde effectivement de termes tels que « Proto-Charentien » ou « Proto-Quina ».
33Enfin, un des problèmes majeurs reste à notre sens l’utilisation de la typologie de Bordes au sein de toute l’Europe et du Proche-Orient, sans adaptations contextuelles et géographiques. Ainsi le Charentien est individualisé de la Charente à l’Ukraine, en passant par le Proche-Orient, des stades isotopiques 7 à 3–soit près de 200 000 ans. Ceci pose évidemment quelques problèmes dans des interprétations de « traditions techniques » inscrites dans un espace géographique précis.
34Si la typologie de F. Bordes a été une vraie « révolution » pour le Moustérien aussi bien au plan méthodologique que conceptuel, elle n’en possède pas moins quelques limites qui ont été mises en exergue par certains chercheurs niant toute possibilité de différencier des traditions techniques au Paléolithique moyen. Les Anglo-Saxons acceptent fréquemment la possibilité que, dans la variabilité des assemblages moustériens, se cachent des styles et des fonctions différentes. Mais pour eux, ces derniers sont masqués par les différents facteurs évoqués précédemment–matière première, réduction, biogéographie, taphonomie, etc. –si bien qu’ils sont impossibles à appréhender par le préhistorien.
35En réalité, ce débat entre les écoles française et anglo-saxonne repose sur des visions distinctes de la culture de la part des préhistoriens. Nous restons ici volontairement succincte, l’objectif étant simplement de souligner les dissemblances épistémologiques entre les différentes écoles, expliquant les interprétations variées ne résultant pas uniquement des méthodes d’étude employées.
Les différences d’interprétation résultent d’une vision différente de la culture. Débat épistémologique
36Dans la pensée occidentale, l’Homme est un animal de la culture et c’est bien ce qui le distingue du monde animal35. Aussi, attribuer la notion de culture aux espèces antérieures à homo sapiens, c’est leur conférer une certaine humanité :
It is especially acute for the Middle Paleolithic, which represents a period for which there is considerable controversy concerning even the basic nature of hominid behavior and culture36.
37Néanmoins, si ce mot connote pour certains une particularité humaine, il n’en est pas moins appliqué au monde animal par les primatologues.
La culture : le propre de l’homme ? Dieu, la culture et la nature
38Pour les Anglo-Saxons, empreints de pragmatisme, la culture relève de tout ce qui n’est pas nature, de tout ce qui a été créé par l’homme37. Son caractère distinctif et son unité résident dans le fait que la raison est imposée de l’intérieur sur la relation à une nature extérieure38. Elle est don divin, puisque l’homme a été doté de l’esprit afin entre autres de pouvoir transformer la nature. Elle est donc propre à l’homme. Il n’est pas étonnant que pour beaucoup d’Anglo-Saxons il soit difficile de prêter des qualités culturelles à Neandertal, la culture étant divine, propre à notre espèce d’hominidé.
Ou du monde vivant ? Culture animale
39À l’inverse, la recherche française, héritant d’une vision naturaliste et biologique (cf. supra), ne réserve pas nécessairement le terme de culture à sapiens sapiens. À l’extrémité du spectre, la culture est également utilisée par les primatologues qui étudient ce qu’ils qualifient de « comportement culturel animal ». Ce dernier est déterminé par le choix (ou normes) et non seulement par des causes (génétiques, environnementales) et se répand par transmission sociale. Pour eux, la culture est l’ensemble des phénomènes culturels (innovation, dissémination, standardisation, durabilité, diffusion, tradition), auxquels ils rajoutent le « comportement non lié à la survie » et l’« adaptation mutuelle »39. Ainsi la culture serait aussi animale.
40F. Joulian40 va même plus loin puisqu’il reconnaît des variations culturelles dans les sociétés de chimpanzés en Côte d’Ivoire et Afrique de l’Ouest, notamment dans leur manière de casser des noix. Il constate effectivement d’un groupe de chimpanzés à l’autre des variations dans le choix du percuteur, dans les noix sélectionnées…
41Ainsi, les interprétations données à la variabilité des assemblages moustériens relèvent avant tout d’une vision épistémologique de la culture–peut-elle être appliquée à une espèce d’hominidé différente de la nôtre ? Si la recherche française marque sa volonté de rester culturaliste et tente d’appréhender les phénomènes culturels néandertaliens, elle se retrouve vite essoufflée par les opposants anglo-saxons qui exploitent les failles de la méthode Bordes. Pour pallier les problèmes soulevés par la typologie et continuer ses recherches, elle met alors au point une nouvelle méthode d’analyse qui va révolutionner les études en Préhistoire, à savoir la technologie lithique41.
Les années 1970 : le renouveau par la technologie lithique
42La recherche française continue effectivement de prôner la prédétermination des produits et outils lithiques reflétant la volonté de l’artisan, lui-même empreint de tradition culturelle42. La technologie lithique sera entre autres mise à profit pour tenter de mieux caractériser les phénomènes culturels. La prise en compte de cette dernière permettra notamment de tester la pertinence des faciès de Bordes43 ou de les réfuter44.
L’apport de la technologie lithique
43Contrairement à la typologie de F. Bordes qui se basait principalement sur les produits finis, l’école technologique de J. Tixier et d’A. Leroi-Gourhan, en développant le concept de « chaîne opératoire », cherche à comprendre comment les objets sont produits, à reconstituer l’enchaînement des gestes techniques. Elle part du principe que
l’outillage final n’est pas le simple reflet d’une tradition culturelle mais la résultante de forces parfois contraires. L’outillage est un compromis où s’expriment des intentions humaines au milieu du champ des contraintes et du possible. Le Préhistorique était donc toujours obligé de sérier ses priorités45.
44C’est l’approche systémique des industries lithiques qui semble permettre, à travers la perception des chaînes opératoires, une analyse des systèmes de production lithique et de leurs implications culturelle, spatiale, et économique46. La variabilité des chaînes opératoires s’effectue à différents niveaux, dans les produits recherchés, par l’aspect quantitatif de l’objectif, par le mode de gestion du nucléus (organisation des enlèvements) et par les méthodes présentes :
L’analyse technologique doit être capable de restituer l’objet technique en tant qu’objectif à travers la détermination de l’ensemble du processus opératoire dont il résulte47.
45Un produit lithique est, en effet, porteur d’une somme d’informations concernant l’environnement, l’évolution technique et conceptuelle des artisans, leurs gestes, leurs intentions et leurs choix (comportements) ; la fonction de l’espace d’où il provient et de celui où il a été abandonné et sur sa mobilité48. La technologie lithique nous permet de reconstituer des bribes de cette dynamique.
46L’analyse technologique permet ainsi d’apprécier différents niveaux de variabilité (du schème au geste) et de les interpréter, entraînant une nouvelle terminologie :
Parce que les connaissances mises en jeu dans la référence au schéma conceptuel et la réalisation des chaînes opératoires dépendent d’un savoir collectif, transmis de génération en génération, donc des traditions du groupe, leur analyse permet d’aborder de façon très enrichie l’identification des options culturelles et des ensembles culturels. C’est, en effet, au-delà de la variation individuelle et au-delà des variations induites par des projets différents que se trouvera légitimée la reconnaissance d’un savoir commun, ou tradition49.
47La notion de « concept » est utilisée par J. Tixier50 et É. Boëda51 et
permet d’établir avant tout un degré d’analyse supplémentaire capable de rendre compte de l’existence de méthodes, de leur stabilité et de leurs variabilités52.
48Elle concentre les intentions du tailleur.
Le concept est une entité technique aux caractères fixes, bien déterminés, capables de générer une diversité des méthodes d’application en vue d’objectifs identiques ou différents. À chaque structure technique correspondra donc un certain nombre de méthodes53.
49Ainsi le concept témoigne d’une stabilité, c’est-à-dire des savoirs et connaissances transmis.
50Le « système technique » désigne les relations qu’entretient l’objet avec d’autres connaissances et savoir-faire contemporains créant ainsi un réseau de relations causales54.
La systématique révélée par l’analyse technologique est cohérence, cohérence entre les objets, leur (s) usage (s) et les matières travaillées55.
51La « méthode » est, quant à elle, l’interface entre le concept (représentation abstraite de l’objectif) et l’objet produit (sa concrétisation). L’identification des méthodes permet d’appréhender le schéma d’intention, miroir de traditions culturelles individuelles.
52Enfin, les « modalités » témoignent davantage de l’adaptation à des contraintes techniques, économiques ainsi que de savoir-faire révélateurs de groupes différents ou de connaissances techniques communes.
53L’analyse technologique fut enrichie ensuite par les notions d’économie du débitage et d’économie des matières premières56, mettant en avant l’inscription des chaînes opératoires dans le temps et dans l’espace :
L’espace étant d’ailleurs pour nous, par les discontinuités observées, le plus sûr moyen de saisir les discontinuités temporelles57.
54Elle constitue par conséquent un des outils les plus performants pour aborder la question de l’organisation des activités à l’échelle du site, du territoire ou de la région.
55L’école technologique a donc connu un vif succès et n’a cessé de se développer au cours de ces trente dernières années :
Car si la notion de chaîne opératoire fut et reste le pivot des études technologiques en France, son statut s’est modifié : d’outil descriptif qu’elle fut au départ, elle est devenue un outil analytique, ouvrant sur de nombreuses problématiques qui souvent dépassent le cadre strict de la reconnaissance des techniques58.
Les limites de la technologie pour le Paléolithique moyen en tant que marqueur culturel
56Grâce à ces nouveaux outils d’analyse, les recherches prennent un nouveau souffle et tentent à nouveau de caractériser les comportements humains et notamment de reconnaître des « traditions techniques » à travers les systèmes techniques de production. Cependant, force est de constater que pour les périodes anciennes, les documents recueillis pendant longtemps présentent une telle hétérogénéité que la détermination reste difficile à approcher. La notion de chaîne opératoire pour le Paléolithique ancien et moyen s’est avérée ne pas être toujours opérationnelle59. En effet, l’étude doit parfois se concentrer uniquement sur une phase ou des segments de chaîne opératoire car souvent seules les phases de plein débitage ou la transformation des supports sont présentes dans les ensembles archéologiques.
57Par ailleurs, l’engouement et le succès rencontrés par la technologie lithique ont parfois fait rejeter avec violence la méthode Bordes, à tel point que l’étude des objets retouchés a pu être quelques fois délaissée. Seuls les systèmes techniques de production ont alors été considérés comme vecteurs de tradition technique. Or, il s’est avéré, à l’instar de la typologie qui ne retenait que l’analyse des outils, qu’étudier uniquement les systèmes techniques de production était limité. L’objectif de production peut s’en retrouver affecté au profit de l’enchaînement des gestes techniques. Les séries sont effectivement parfois uniquement interprétées comme possédant un débitage Levallois ou non, un débitage Discoïde ou non, etc., sans nécessairement connaître l’objectif de la production (forme précise de l’objet). H. Djema, en s’interrogeant sur les phénomènes culturels de la phase ancienne du Paléolithique moyen à partir des systèmes techniques de production, conclut dans sa thèse que « les concepts techniques ne seraient donc pas des critères discriminants de systèmes socioculturels60 ». Les concepts abriteraient une trop grande variabilité pour que des phénomènes culturels puissent être décelés :
Les modifications substantielles intervenues dans les conceptions [des préhistoriens], depuis le début des années 1980, sont-elles suffisantes pour rendre compte de l’intégralité des phénomènes [...] en particulier au niveau des traditions techniques, ou au contraire tendent-elles à gommer une grande diversité61 ?
58Ainsi, si la technologie lithique est un formidable outil pour la compréhension des sociétés humaines passées, la réduire à la simple étude des schémas de production est insuffisant pour confronter les séries moustériennes et en espérer des interprétations solides. C’est pourquoi depuis peu de nouvelles méthodes d’analyse ont été mis en exergue, permettant d’allier des observations précises des objets retouchés à celles des systèmes techniques de production.
Les années 2000 : de nouveaux outils pour de nouvelles perspectives
L’analyse technofonctionnelle
59C’est au début des années 1990 qu’une équipe de recherche jette un éclairage particulier sur les objets retouchés moustériens, ayant pour objectif de connaître les intentions des artisans avec précision lors de la confection des outils62. Baptisée « méthode du tranchant d’abord63 » ou « analyse technofonctionnelle » ou encore « analyse techno-morpho-fonctionnelle », cette dernière suit une démarche analogue à celle usitée pour décrire les chaînes opératoires de production, c’est-à-dire selon un schéma diacritique décrivant l’enchaînement des gestes techniques afin d’estimer leurs conséquences fonctionnelles sur la pièce.
60Cette approche est systémique, dans la mesure où les outils sont considérés comme un sous-ensemble appartenant à l’ensemble lithique, lui-même étant un sous-ensemble du système technique. Elle conçoit l’outil comme un système qui peut se diviser en trois sous-ensembles : un contact transformatif/partie active, un contact préhensif/partie préhensive et un contact réceptif de l’énergie/partie réceptive. Le contact transformatif est lui aussi un système constitué de sous-systèmes (plan de section, surfaces tranchantes, fil coupant, texture de la matière coupante, dureté, etc.).
61Étendue parfois aux objets bruts de retouche64, cette démarche va permettre de connaître précisément les paramètres recherchés par les artisans (quel type de tranchant, pour quel type de parties préhensives, etc.). Grâce à une grille de lecture normalisée (schéma diacritique), l’information analysée met en lumière la recherche de régularités et de récurrences des caractères techniques enregistrés afin de déterminer des « groupes fonctionnels ».
L’outil a été considéré comme un objet technique intégrant un ensemble d’éléments techniques, chacun descriptible selon un nombre et une variété de caractères techniques. Les relations entre les éléments, relatives au fonctionnement de l’objet, sont régies par un réseau de règles plus ou moins dense. Il s’agit d’une définition structurale de l’objet technique65.
62Si les contacts réceptifs et préhensifs (CR et CP) peuvent être variés, c’est surtout le contact transformatif (CT) qui se différencie d’un objet à l’autre (ou du moins qui est plus visible). Ainsi, un CT peut être :
- « divisant ». Dans ce cas il est soit pénétrant (il peut être coupant soit à trajectoire rentrante soit à trajectoire sortante, perçant, abrasant, etc.) soit fracturant (percuteur) ou autre ;
- « déformant » (une spatule, un lissoir) ;
- « déplaçant » (un récipient, un levier) ;
- autre.
63Cette méthode met en exergue plusieurs interprétations différentes. Elle permet de connaître à la fois le potentiel fonctionnel des objets et le choix « culturel » de l’artisan. En effet, les objets sont transformés premièrement en fonction des règles techniques dues aux contraintes physiques de la matière première et aux contraintes logiques ; et deuxièmement en fonction des règles culturelles, c’est-à-dire que l’artisan choisit une solution en fonction des connaissances qu’il a acquises. Il s’avère en réalité qu’un tailleur préhistorique s’écarte peu de sa tradition, ce qui va de pair avec la stabilité supramillénaire des systèmes techniques connus en préhistoire66.
Ces règles culturelles nous intéressent au plus haut point puisqu’elles sont déductibles de l’observation du matériel lithique qui en contient les stigmates indélébiles (on passe « du caillou à la pensée » et donc à la tradition)67.
64Il est donc possible, grâce à cette méthode d’analyse, d’apporter des interprétations « culturelles » aux industries lithiques. Par ailleurs, cette démarche a permis à leurs auteurs de déplacer leurs champs d’observation, et de hiérarchiser autrement les critères d’analyse permettant d’étudier les industries. Si l’industrie lithique peut être considérée comme un système, se divisant en plusieurs sous-systèmes, alors les assemblages peuvent être observés selon ces différents paramètres. Ainsi, l’idée d’interprétations différentes selon le point de vue de l’observateur est mise en avant.
La technogenèse de production
65L’approche technofonctionnelle s’inscrit dans une démarche plus générale réalisée par É. Boëda pour comprendre l’évolution des systèmes techniques de production, plutôt dans une approche diachronique68. En effet, É. Boëda, dans sa « technogenèse de production » a pu mettre en avant des lignées évolutives d’objets techniques, et notamment des nucléus. Il cherche à mettre au point
des méthodes d’analyses qui permettent de retrouver et d’attester des mécanismes techno-cognitifs mis en jeu lors de l’application des systèmes techniques de production ; en d’autres termes qui permettent de déterminer la genèse de l’objet et sa lignée évolutive. […] L’analyse technologique, du fait de sa capacité à retrouver l’événementiel et le réseau d’opérations aboutissant à l’objet technique, s’avère capable de retracer l’histoire technique de ce dernier : sa genèse69.
66Les lignées mises en évidence peuvent résulter d’évolutions ordonnées, comme pour les lignées Discoïde/clactonien et Levallois/clactonien, mais elles peuvent également n’être représentées que par une seule structure de débitage, comme le triface qui ne montre pas d’évolution70.
67Afin d’individualiser cette tendance évolutive inhérente à la structure de l’objet, É. Boëda reprend l’expression d’Y. Deforge « tendance lourde », dite aussi « macro-évolutive » par opposition à la tendance « micro-évolutive » ou « conjoncturelle71 ».
68Au sein d’une lignée, une évolution ordonnée de stades techniques peut être perceptible. Mais le progrès, s’il existe, ne peut être sous-tendu que par le potentiel évolutif propre à l’objet. En effet, l’objet possède un potentiel évolutif qui lui est propre. Si ce potentiel s’exprime, ce sera toujours suivant un sens, une tendance. Bien sûr, toutes les transformations, régressions, convergences ou divergences observables à l’intérieur d’une lignée ou entre plusieurs lignées sont d’ordre conjoncturel. Le stade ultime d’une tendance lourde est la structure concrète qui n’est plus évolutive, mais ce qui ne l’empêchera pas de perdurer en restant insensible à toute modification liée à des facteurs économiques, fonctionnels ou sociaux.
Ce sont les méthodes issues de ces structures qui agiront comme médiateur entre l’objet, l’homme et le milieu. Leur rôle est de permettre l’adaptation de la structure aux micro-évolutions72.
69Leur durée d’exploitation dépendra de la capacité à produire différentes méthodes issues d’une même structure ainsi que des outils diversifiés aux dépens de cette structure, à l’instar du Levallois et du Discoïde.
70Pour É. Boëda, les outils moustériens ne sont pas pour le moment assez porteurs d’informations, contrairement aux structures de débitage et de façonnage. La structure « biface » représente la lignée la mieux connue pour les périodes anciennes. Chaque lignée semble indépendante et peut apparaître à un moment et réapparaître à un autre et/ou dans un autre lieu. Il n’existe ni de lignées abstraites, ni de lignées concrètes.
Le seul facteur qui nous semble vraiment capable de remplacer une structure par une autre serait une modification des fonctions de signe attachées à certains objets ou à un groupe d’objets car un ensemble d’objets témoins de connaissances et de savoir-faire a aussi valeur de signe73.
71Les objets d’usage sont aussi signifiants d’une société que les ouvres d’art : aussi
l’abandon d’un des éléments peut créer un déséquilibre ou être le témoin de changements profonds ayant pour conséquence la disparition puis la substitution d’un système technique par un autre74.
Pour le Paléolithique inférieur et moyen, l’analyse technologique nous révèle des industries en équilibre, à un stade technique déterminé [...]. Certaines industries évolueront dans le cadre d’une lignée, d’autres disparaîtront. Et si les facteurs d’évolution sont externes, par contre le potentiel évolutif est propre à chaque structure. Ainsi, le tempo de l’évolution résulte surtout de la « micro-évolution » et non d’un quelconque déterminisme. C’est la micro-évolution qui ordonne la macro-évolution sur laquelle reposait jusqu’à présent notre vision linéaire et gradualiste des industries anciennes de la préhistoire75.
Les approches territoriales
72Enfin, nous pouvons également mentionner les approches territoriales qui cherchent à appréhender et à comprendre l’ensemble lithique dans son territoire76. Deux démarches complémentaires sont préconisées, se positionnant à des échelles d’analyse différentes : les études intra-site et extra-site du territoire.
73Concernant la première, on s’intéresse premièrement à la fonction du gisement et à son mode d’occupation. Pour cela, les critères d’analyse sont multiples : pétrographiques (provenance et circulation de la matière première), techno-économiques, spatiaux (analyse spatiale des vestiges au sol) et archéozoologiques (quand cela est possible77). Ils nous renseignent sur le territoire domestique, l’espace quotidien. Néanmoins, cette échelle d’analyse et ce type de problématique ne sont surtout bien documentés que pour le Paléolithique supérieur, notamment grâce au gisement de Pincevent78. Au Paléolithique moyen, les chercheurs ne disposent bien souvent que d’études pétrographiques et techno-économiques pour appréhender cet espace, notamment dans la moitié nord de la France.
74Ces données sont le plus souvent par la suite comparées à d’autres gisements, pour une approche extra-site et donc une compréhension des comportements territoriaux à une plus grande échelle. Ceci nous amène à nous demander si des organisations similaires/complémentaires/différentes sont remarquées. Ainsi, certains travaux tendent à mettre en perspective des comportements techno-économiques et/ou lithologiques et/ou spatiaux pour rapprocher différents ensembles lithiques comme appartenant à une même tradition79 ou les écarter80.
75Au terme de cet historique, nous avons pu mettre en lumière l’emploi de méthodes d’analyse et de critères d’observation variés au fil du temps, engendrant des interprétations distinctes. Il n’en reste pas moins que les ensembles archéologiques sont constamment confrontés les uns aux autres, tantôt regroupés, tantôt séparés. Dressons à présent le bilan actuel des regroupements d’industries pour le Paléolithique moyen, en mettant en lumière les critères d’analyse ayant été employés et les interprétations qui leur sont conférées.
Les principaux regroupements d’industries moustériennes en France reconnus aujourd’hui et leurs interprétations
76Il paraît important de focaliser notre attention sur les « groupes d’industries » jugés similaires, afin de bien comprendre pourquoi il est si difficile aujourd’hui de les interpréter. C’est pourquoi nous décrivons les principaux faciès81 reconnus pour en donner ensuite une lecture critique. Un tableau de synthèse est présenté en dernier point.
Description des faciès
77Nous décrivons les principaux faciès en présentant leur localisation géographique, leur positionnement chronologique, les principaux gisements s’y rattachant, leurs contextes, les caractéristiques des industries ainsi que les critères qui ont servi à les identifier.
Le Technocomplexe du Nord-Ouest
Localisation et chronologie
78Dans le nord-ouest de la France, près d’une trentaine de gisements attribuables au Weichsélien ancien ou plus précisément au stade isotopique 5 (MIS 5d-a) ont été mis au jour82.
En raison du nombreux corpus de données, cette période peut actuellement être considérée comme « l’âge d’or » du Paléolithique moyen83.
79Trois régions sont ainsi concernées : la Picardie, le Nord-Pas-de-Calais et la Haute-Normandie, constituant l’extrémité occidentale de la grande plaine lœssique eurasiatique et présentant des contextes géomorphologiques similaires ayant permis de nombreuses corrélations stratigraphiques84 [fig. 1]. Les industries retrouvées dans ces sites offrent des similitudes au plan technologique amenant les chercheurs à les regrouper sous la dénomination de « technocomplexe du Nord-Ouest85 ». Les sites belges de Rocourt et Remicourt ainsi que la plupart des gisements de la vallée de la Vanne peuvent y être associés. Plus récemment, le gisement d’Angé dans la région Centre y a également été rattaché86.
Contextes des gisements
80Cette multiplication des données datant du Début Glaciaire Weichsélien dans ces régions est principalement le fruit de l’archéologie préventive dont certains acteurs (P. Antoine, P. Depaepe et J.-L. Locht) ont mis au point, lors de grands travaux, une véritable démarche scientifique et méthodologique basée sur l’extension des décapages, la réalisation systématique de sondages profonds, le positionnement chronostratigraphique très précis des séries et une étude typo-technologique détaillée87. La localisation des sondages profonds a été conditionnée par les données géomorphologiques qui permirent de préciser la localisation de sites préhistoriques bien conservés. Ceci, couplé aux tracés linéaires des grands travaux (autoroute, TGV, etc.) a donné l’opportunité de fouiller des gisements issus pour la plupart de contextes identiques, c’est-à-dire en plein air, en contexte limoneux de versant – souvent dans des vallées sèches asymétriques. Très peu de gisements ont été effectivement trouvés dans des séquences fluviatiles (Seclin88, Saint-Sauveur89) ou au sein de dolines (un seul, Gentelles90) ou de buttes tertiaires (un seul, Beauvais91).
Caractéristiques des industries et critères d’analyse (critères surtout techniques)
81L’une des principales caractéristiques de ces assemblages lithiques est la fréquente apparition d’un débitage laminaire non Levallois, de débitage tournant ou semi-tournant92. Ces industries se caractérisent également par une grande variabilité technologique, représentée par l’emploi de chaînes opératoires nombreuses et coexistant sur un même gisement. Le débitage Levallois semble être le bruit de fond des assemblages et il est représenté sous toutes ses méthodes et modalités. Une production de pointes est fréquemment dénombrée, issue majoritairement d’un débitage unipolaire convergent non Levallois. C’est donc bien la présence et la coexistence de production de pointes, de lames et d’éclats, selon des schémas opératoires analogues, qui est ici le marqueur culturel.
82Les produits sont très peu retouchés, représentant souvent moins de 1 % de l’ensemble, amenant les chercheurs à s’en désintéresser, privilégiant l’étude des systèmes techniques de production. Les retouches sont majoritairement courtes, marginales et localisées fréquemment sur une petite partie du tranchant. Les racloirs sont proportionnellement plus nombreux et quelques-uns portent des traces d’amincissement sur leur face inférieure, qualifiés de « racloirs amincis » ou à « retouche biface »93. De surcroît, très peu de bifaces ont été retrouvés en stratigraphie, à l’inverse des séries de surface qui en regorgent. Mais il semblerait que des traces ténues de cette chaîne opératoire liée à la production bifaciale soient parfois présentes sous forme de coup de tranchet ou d’éclats de façonnage, démontrant la connaissance du façonnage94. Par ailleurs, les gisements de la vallée de la Vanne possèdent tous des pièces bifaciales en proportions différentes. Ces dernières sont majoritairement cordiformes ou triangulaires.
83Enfin, notons que les récentes études d’É. Goval95 ont montré des différences mineures entre plusieurs occupations de ce technocomplexe concernant la production (présence/absence de telle production) et la répartition spatiale des artefacts. Elle ne statut pas sur l’interprétation de ces différences, pouvant selon elles refléter soit deux groupes culturellement différents ; soit appartenant à une même culture évoluant dans le temps ; ou une même culture avec des besoins différents. « Il serait incongru d’envisager d’aller au-delà de cette réflexion96. »
Le Micoquien
Localisation et chronologie
84C’est à l’orée du Début Glaciaire Weichsélien (MIS 5d) qu’un « Technocomplexe micoquien » est individualisé dans le nord de la Bourgogne et le sud-est du Bassin parisien, représenté par les gisements de Verrières-le-Buisson dans l’Essonne, de Vinneuf et de Villeneuve-l’Archevêque niveau C dans l’Yonne97 [fig. 1]. Néanmoins, force est de constater que la résolution chronologique de ces trois gisements est peu fiable98. Ainsi, si l’hypothèse d’un âge saalien n’est pas écartée pour ces assemblages, il reste à éclaircir leur rapport avec l’ensemble des séries saaliennes de la moitié Nord de la France et la Belgique qui possèdent pour beaucoup un débitage Levallois, parfois laminaire volumétrique et quelques bifaces (tels que Le Rissori, Mesvin99, Bapaume-Les Osiers100, Le Pucheuil101, etc.).
Contextes des gisements
85Ces trois gisements sont tous en plein air et en majorité en contexte de plateau. En effet, celui de Vinneuf est situé sein d’une doline, celui de Verrières sur une butte stampienne et quant à celui de Villeneuve l’Archevêque, s’il est localisé au sein d’un versant, sa position secondaire atteste peut-être d’une situation originelle sur le plateau sus-jacent qui aurait été démantelée.
Caractéristiques des industries et critères d’analyse (critères surtout typologiques)
86Le terme de « Micoquien » caractérise généralement certaines industries de l’Europe de l’Est et notamment d’Allemagne. Il est surtout basé sur la morphologie des pièces bifaciales et leur type de retouche. La majorité des formes bifaciales allemandes sont asymétriques en plan, c’est-à-dire avec un dos abrupt naturel ou retouché s’opposant au tranchant, dénommées « biface à dos » ou « couteau-biface ». Elle peut être également asymétrique en section102. À ses pièces bifaciales peuvent être associés plusieurs schémas opératoires, tel le débitage Discoïde103 ou Levallois104. Des datations récentes en Allemagne donnent une date tardive au Micoquien, autour du MIS 3105, pendant la première moitié de l’Interpléniglaciaire würmien (55-42 ka BP).
87À l’inverse, les industries françaises qualifiées de « micoquiennes » sont nettement plus anciennes (MIS 5d). Elles sont dénommées ainsi uniquement sur la base de la forme de leurs pièces bifaciales. Les caractéristiques techniques du reste de l’industrie ne sont pas considérées. Une grande variété technique leur est associée, variant d’un gisement à l’autre. On note la présence du débitage Levallois, ainsi que différents schémas laminaires.
88Les pièces bifaciales sont qualifiées de micoquiennes en raison d’une base corticale, d’un dos souvent aménagé et/ou cortical et d’un tranchant opposé retouché. La partie préhensive serait peu aménagée, constituée de la base corticale et/ou du dos, à l’inverse de la partie active façonnée par des enlèvements alternes uniquement sur la partie apicale.
Le Charentien à influence micoquienne
Localisation et chronologie
89À l’articulation des Pléniglaciaires inférieur et moyen, soit entre la fin du MIS 4 ou le début du MIS 3 dans le Nord de la Bourgogne, ainsi que dans le couloir Saône-Rhône et dans le Pas-de-Calais, se distinguent des assemblages qualifiés de « charentiens à influence micoquienne106 » [fig. 1].
90Il s’agit des gisements de Champlost107 ; de Lailly « Beauregard » A et Villeneuve l’Archevêque A dans l’Yonne108 ; de Riencourt-lès-Bapaume B1 dans le Pas-de-Calais109. Les gisements de Germolles, Blanzy, Bissy-sur-Fley dans le couloir Rhône-Saône peuvent également y être associés bien qu’ils ne soient pas bien datés110.

Fig. 1. Localisation spatiale et positionnement chronologique des faciès du Technocomplexe du Nord-Ouest, du Micoquien, du Charentien à influence micoquienne, du MTA et du MTA à bifaces plats triangulaires du Nord. DAO : Héloïse Koehler
Contextes des gisements
91Ces gisements sont en plein air, dans des contextes variés : lossique111 (versant) ainsi que fluviatile112 ou en grotte113.
Caractéristiques des industries et critères d’analyse (critères techniques, typologiques et numériques)
92La dénomination « Charentien à influence micoquienne » doit son origine à la coexistence de nombreux racloirs souvent bifaciaux ainsi qu’au débitage Levallois fortement représenté.
93Ces industries s’illustrent effectivement par la prépondérance du débitage Levallois comme mode de production. Ce dernier est souvent le seul schéma opératoire utilisé dans les industries. Il est par ailleurs souvent de méthode récurrente centripète.
94Les ensembles possèdent de nombreux racloirs, constituant la majorité de l’outillage retouché. C’est bien leur prépondérance qui confère un air « charentien » à ces industries selon la typologie de F. Bordes (cf. supra).
95Ces derniers sont fréquemment à retouches bifaces et certaines pièces bifaciales sont proches de certaines industries micoquiennes d’Allemagne tels Schambach, Külna ou Klausennische. Leurs particularités typologiques les rapprochent ainsi des industries micoquiennes.
Le Moustérien de tradition acheuléenne ou MTA
Localisation et chronologie
96Les gisements du MTA se situent principalement dans le Sud-Ouest de la France, c’est-à-dire l’Aquitaine. Ils ont également été localisés entre le Massif central et les Pyrénées, majoritairement lors de prospection114 [fig. 1]. On en fait mention dans le nord-ouest du Bassin parisien, dans les Yvelines115. Néanmoins, nous verrons les problèmes d’attribution des industries à ce faciès, notamment pour celles de la moitié Nord de la France (cf. point suivant « Lecture critique »).
97Longtemps considérés comme les derniers témoins moustériens, se développant lors du MIS 3116, de récentes datations tendent à vieillir les gisements du MTA. En effet, ces derniers seraient situés entre 70 et 39 ka, soit entre la fin du MIS 5 et celle du MIS 3117.
Contextes des gisements
98Ces gisements sont principalement en grotte. Quelques témoins sont également présents en plein air, mais ils sont dans ce cas la plupart du temps non stratifiés (surface).
Caractéristiques des industries et critères d’analyse (critères techniques, typologiques et économiques)
99Le MTA a été tout d’abord défini sur la base d’analyses typologiques118 (cf. supra), puis repris par des analyses technologiques119. Il se caractérise premièrement par une production d’éclats via des méthodes de débitage Levallois et Discoïde. Une production d’éclats allongés est également présente. Elle est originale et s’individualise des autres méthodes de taille moustériennes. Elle est caractérisée par un volume conçu en au moins deux surfaces adjacentes et hiérarchisées : une surface de plan de frappe et une surface de débitage. Les artisans détachent des enlèvements allongés selon un plan de fracturation parallèle entre les deux surfaces, sur la tranche et la face large du volume. Ils produisent ainsi ce qu’on appelle des « couteaux à dos » qui sont souvent retouchés par la suite, par une retouche abrupte, voire en encoche ou denticulés.
100Des pièces bifaciales sont également systématiquement présentes et sont toutes identiques. Elles ont souvent une forme cordiforme et des sections biconvexes. Elles sont fortement retouchées et ont permis des réaffutages successifs, mais on n’y observe aucune technique de coup de tranchet.
101Les premières études typologiques de F. Bordes avaient individualisé deux sous-faciès A et B en raison de la proportion des bifaces, des couteaux à dos et du débitage Levallois. Or, selon M. Soressi, la différence entre les deux sous-faciès serait avant tout économique et résiderait uniquement dans l’organisation des activités de taille dans le territoire120. En effet, les industries du MTA A reflèteraient une activité de taille discontinue dans le temps et l’espace en raison de la fragmentation de la chaîne opératoire dans l’espace. À l’inverse, celles attribuées au MTA B montreraient une activité de taille toujours réalisée dans une même unité de temps et de lieu. Le MTA A témoignerait d’occupations courtes, contrairement à celles du MTA B davantage longues.
102Ainsi, la présence d’une seule pièce bifaciale peut suffire à diagnostiquer l’assemblage comme relevant du MTA du moment qu’il est associé à des productions de couteaux à dos.
Le MTA à bifaces plats triangulaires du Nord
Localisation et chronologie
103Un « Moustérien de tradition acheuléenne » ou « MTA » est attesté dans la moitié Nord de la France, de la Picardie121 au Bassin parisien en passant par la Haute-Marne122 ; dans l’Est de la France123 ; en Bourgogne124, jusque dans la région Centre-Loire125 [fig. 1]. Les limites semblent s’opérer dans le Limousin pour le Sud et dans le Massif armoricain pour l’Ouest.
104Ces gisements paraissent être plus anciens que ceux du Sud-Ouest. Ils seraient présents davantage pendant les interstades du Début Glaciaire (MIS 5), comme la pédostratigraphie l’évoque pour les sites de Marcoing et peut-être Catigny126 et ceux de la vallée de la Vanne (fin du MIS 5a127). Néanmoins, ils proviennent essentiellement de ramassage ou de gisements mal positionnés.
Contextes des gisements
105Comme nous l’avons évoqué précédemment, ces industries, excepté celles de la vallée de la Vanne, proviennent pour l’essentiel de gisements en contexte non stratifié de surface. Les gisements de Catigny et Marcoing sont, quant à eux, des sites de « dénudation », c’est-à-dire en contexte de plateau, enfouis à une très faible profondeur128.
Caractéristiques des industries et critères d’analyse (critères typologiques)
106Ces industries sont caractérisées par la présence de bifaces plats triangulaires interprétés comme pouvant relever du MTA129. Ce dernier semble néanmoins se distinguer de son homologue du Sud-Ouest130. En effet, dans les contrées septentrionales, la forme des pièces bifaciales est davantage triangulaire et plate. Ces dernières ne sont pas systématiquement associées à des couteaux à dos, mais à divers types de racloirs131. Quelques-unes présentent des aménagements par coup de tranchet, technique absente dans le Sud-Ouest.
107Aucune considération numérique n’est prise en compte, c’est-à-dire qu’un seul biface suffit à diagnostiquer la série comme appartenant au MTA à bifaces plats triangulaires.
108Enfin, très peu d’indications techniques sont mentionnées, excepté que le débitage Levallois est souvent représenté.
Le Moustérien à petits bifaces
Localisation et chronologie
109Il se situe surtout en Haute-Normandie et sporadiquement dans l’Eure et en Basse-Normandie [fig. 2]. Il est difficile de positionner ces industries au plan chronologique dans la mesure où elles proviennent pour la majorité de ramassages de surface132. Les auteurs les attribuent au Weichsélien ancien (MIS 5), ou Pléniglaciaire inférieur ou moyen (MIS 4/3133). De récentes datations radiométriques sur des silex chauffés de Saint-Brice-sous-Rânes (Orme) placent l’occupation au milieu du MIS 3, vers 40 ka BP134.
Contextes des gisements
110Ces gisements sont tous en plein air, en surface majoritairement non stratifiés.
Caractéristiques des industries et critères d’analyse (critères dimensionnels et numériques)
111Le débitage est majoritairement de conception Levallois au sein de ces industries. Néanmoins il n’est pas considéré comme un critère déterminant.
112Ce sont essentiellement les pièces bifaciales qui regroupent ces séries en un même faciès, et notamment leur présence très nombreuse. Par ailleurs, elles sont de dimension réduite, bien que la matière première locale soit abondante et les rognons disponibles soient de taille relativement importante135. Ce sont donc leur importance numérique et leur dimension réduite qui sont ici mises en avant.
113Les formes des pièces bifaciales ne sont pas un critère discriminant. Elles sont surtout ovalaires, discoïdes et cordiformes, et rarement triangulaires. Parmi les pièces ayant une assez bonne symétrie en plan, certaines sont à rapprocher des pièces foliacées.
114Les autres outils retouchés sont essentiellement des racloirs, dont beaucoup possèdent une retouche sur face plane. Ils sont également de petit module.
Groupe du Bois du Rocher ou Moustérien à outils bifaciaux
Localisation et chronologie
115Certains gisements s’inscrivent dans un espace géographique bien délimité, c’est-à-dire le Massif armoricain, principalement sur la côte nord136. La limite d’extension semble se faire au contact du Bassin parisien, notamment dans la vallée de la Vègre (Sarthe) [fig. 2].
Les gisements actuellement étudiés dans le Massif armoricain traduisent l’occupation d’un vaste territoire géographique où les composantes d’un même faciès technique semblent se trouver représentées137.
116Ils sont difficilement datables étant donné leur position chronostratigraphique incertaine. Les auteurs les attribuent à des climats tempérés, principalement du Début Glaciaire138 (MIS 5).
La plupart des occupations du Paléolithique inférieur et moyen correspondent à des périodes climatiquement favorables et à un paysage oscillant entre la forêt (tempérée ou boréale mais toujours marquée par des caractères océaniques) et une steppe conservant des îlots boisés139.

Fig. 2. Localisation spatiale et positionnement chronologique des faciès du Moustérien à petits bifaces, du Bois-Rocher, du Quina et du Rhodanien. DAO : Héloïse Koehler
117Cependant, les chercheurs ne peuvent exclure une occupation pendant les phases tempérées du MIS 3, comme KarreglanarlanYellan ou Goaréva (Côte du Nord) semblent le témoigner140.
Contextes des gisements
118Ces gisements sont en plein air, en général en surface et/ou dans des cordons littoraux.
Caractéristiques des industries et critères d’analyse (critères dimensionnels et numériques)
119La caractéristique principale de ce groupe réside dans la généralisation du traitement bifacial sur la majorité de l’outillage sur éclat, et donc dans l’importance numérique des pièces bifaciales. « Ce caractère paraît porteur d’un fort substrat culturel, à la différence des autres catégories de moustériens141. » En effet, souvent plus de 50 % des supports sont transformés en outils, dont la plupart en pièces bifaciales.
120Les pièces bifaciales sont variées aussi bien aux plans morphométrique (mais sont souvent de petites dimensions), structurel (mais sont souvent plano-convexes) que fonctionnel (entre une à trois zones potentiellement actives mises en place), traduisant une « non-standardisation » de ces objets. Les autres produits retouchés sont surtout représentés par des racloirs de types variés et par de nombreuses encoches et denticulés. Ainsi, les caractéristiques typologiques des pièces bifaciales ne sont pas retenues comme critère diagnostique de ce faciès.
121Les pièces bifaciales sont principalement réalisées sur éclat. Elles sont façonnées en deux ou trois phases selon le type de support et le soin apporté à la préparation des zones périphériques aptes à recevoir la retouche142. De plus, un important processus de ravivage des pièces bifaciales est recensé (réduction des bifaces, coup de tranchet), modifiant parfois totalement la morphologie initiale de l’objet, produisant un nouvel outil bifacial. Très peu de nucléus sont recensés dans ces assemblages, ce qui pourrait être, dans certains cas, le fruit d’un tri sélectif lors du ramassage du matériel, ce dernier étant fréquemment issu de ramassages de surface anciens. La majorité d’entre eux ne sont que très peu mis en forme, montrant un faible degré de prédétermination, gérant une ou plusieurs surfaces, unipolaire ou centripète, produisant des artefacts aux morphologies variées143.
Le Technocomplexe Quina
Localisation et chronologie
122Au plan spatial, le Quina sensu stricto se localise principalement dans le Sud-Ouest de la France, comprenant la Charente, la Loire, le Limousin, le Lot, les Landes, en Dordogne et peut-être en Bourgogne sur le gisement de Gron144 [fig. 2].
123Au plan chronologique, les séries Quina se placeraient pendant le MIS 4 dans le Sud-Ouest de la France.
Contextes des gisements
124Ces gisements sont principalement en grotte.
Caractéristiques des industries et critères d’analyse (critères typologiques, techniques et fonctionnels)
125Les études typologiques de F. Bordes avaient individualisé un faciès « Charentien de type Quina » (cf. supra). Elles avaient souligné une multitude de variétés à l’intérieur de ce faciès, le subdivisant un certain nombre de tendances typologiques régionales, notamment dans le Sud-Est de la France145. Or, l’étude comparative menée par L. Bourguignon146 entre plusieurs régions (Charentes et Languedoc, principalement) via des outils technologiques et techno-morpho-fonctionnels a révélé une homogénéité technique de l’ensemble des industries « Quina » tant au niveau de la conception de débitage que de la conception de l’outillage.
126La chercheuse a effectivement identifié une même conception de débitage sur l’ensemble des gisements Quina, originale pour ces périodes anciennes qu’elle dénomme « débitage Quina147 ». La structure géométrique du nucléus est fixe pendant tout le débitage et elle consiste en deux surfaces distinctes, dont une plus ou moins plane opposée à une autre oblique délimitant une ligne d’intersection matérialisée par un dièdre asymétrique d’angle fermé. Ces deux surfaces servent alternativement de surface de débitage et de surface de plan de frappe. Il n’y a pas de phase de décorticage ni d’initialisation du bloc, permettant l’extraction d’éclats corticaux tout au long de la chaîne opératoire de production. Selon les surfaces, les plans de facturation sont soit parallèles, soit obliques au plan d’intersection des deux surfaces.
127Ces ensembles sont caractérisés par la prépondérance de racloirs Quina, c’est-à-dire des racloirs courts et épais portant une retouche écailleuse scalariforme.
128Les supports obtenus sont presque « normalisés » ; ils sont tous courts, assez larges, épais à section asymétrique et souvent corticaux, à talons lisses, larges et inclinés148. Ils sont fréquemment sélectionnés pour être aménagés en racloirs via une retouche écailleuse scalariforme. Cette dernière installe un fil tranchant de délinéation en plan généralement convexe et en section sagittale convexe ou convexo-convexe. Il semblerait qu’il y ait une recherche assez constante d’un angle de fil particulier, proche de 70 o, paraissant être en relation avec un premier rang de retouche, angle également constant, proche de 50°.
Tout cela permet de supposer que l’outil Quina est un outil préalablement déterminé avec un souci d’uniformisation de ses paramètres intrinsèques à des fins fonctionnelles149.
Le Rhodanien ou Quina oriental
Localisation et chronologie
129L’aire géographique du « Rhodanien » est située dans vallée du Rhône et ses affluents : Gard, Gardon et Ardèche. Les limites septentrionales se situent sur la Loire, en amont de Roanne, dévoilant des industries également accompagnées de pièces à influences micoquiennes, ce qui « constitue un nouveau jalon très septentrional entre le Charentien “oriental” de la vallée du Rhône et les industries d’outre Rhin150 » [fig. 2]. Ce Rhodanien ne franchit donc pas le Massif central ni les plateaux de la Côte d’Or et du Morvan.
130Il semblerait que des « prémices » du Rhodanien soient visibles à partir du MIS 5. Des chercheurs observent effectivement des gisements présentant timidement des caractéristiques qui se développeront pleinement au MIS 4 et au MIS 3151.
Contextes des gisements
131La plupart de ces gisements sont en grotte ou en abri.
Caractéristiques des industries et critères d’analyse (critères typologiques et techniques)
132Des études technologiques ont relevé sur ces industries de fortes convergences. Les assemblages présentent des supports peu épais, avec un nombre conséquent d’éclats à dos cortical ou naturel152. On constate la fréquence du débitage Levallois, souvent de méthode récurrente centripète ou récurrente laminaire, ainsi que des débitages Discoïdes.
133Les particularités typologiques de ce faciès ont été individualisées très tôt, par leurs aspects « orientaux », dus aux pièces foliacées, aux nombreux amincissements, aux retouches bifaciales, aux nombreux racloirs convergents ou doubles (limaces) et aux racloirs déjetés153. En général, les outils retouchés sont assez nombreux et sont davantage réalisés sur des supports courts et épais. Il y a donc une sélection des supports. Les retouches sont demi-Quina plutôt que Quina, c’est-à-dire non continues sur tout le tranchant et irrégulières154. On constate également la présence fréquente de pointes de Tayac ainsi que de nombreux outils à bords retouchés convergents155.
134Une autre caractéristique de ces industries du Sud-Est de la France est l’absence quasi totale de pièces bifaciales156.
Le biface ne serait manifestement pas une tradition régionale dans cette zone géographique relativement enclavée, à l’écart de la grande plaine nord-européenne157.
Le Néronien
Localisation et chronologie
135À la fin du Paléolithique moyen, soit au MIS 3 (Pléniglaciaire moyen du Weichsélien), L. Slimak individualise des comportements techniques particuliers dans la vallée du Rhône à partir des derniers niveaux de la grotte Néron (Ardèche) et de Champ Grand (Loire)158. Ils les rattachent à une entité qu’il nomme le « Néronien » [fig. 3].
Contextes des gisements
136Ces gisements sont en grotte.
Caractéristiques des industries et critères d’analyse (critères typologiques et techniques)
137Ces industries s’individualisent par la coexistence de productions d’éclats, de lamelles, de lames et de pointes. Les deux dernières occupent une place de plus en plus importante dans le système technique global suivant le développement général de la stratigraphie. Il s’agit peut-être d’une « spécialisation croissante des systèmes techniques d’un groupe humain dans le temps159 ».
138Ces produits sont obtenus via un débitage Levallois souvent minoritaire et dont les éclats de plein débitage semblent être parfois emportés comme à Champ Grand.
139Ces objets sont pour beaucoup transformés en outils par la suite (environ 30 %), et sont fortement retouchés, modifiant leur morphologie initiale. On note fréquemment des amincissements des supports. On remarque beaucoup de racloirs dont la moitié portent des retouches Quina ou demi-Quina ; le caractère charentien étant très marqué. Les éclats Levallois et les lamelles sont peu retouchés, contrairement aux pointes. C’est bien la prépondérance de ces dernières qui marque la particularité de cette entité technique.

Fig. 3. Localisation spatiale et positionnement chronologique des faciès du Néronien, des Moustériens à denticulés, du Moustérien à grands racloirs du Poitou et du Moustérien à grands éclats Levallois du Nord. DAO : Héloïse Koehler
140La grotte Néron s’illustre par ailleurs dans ses niveaux supérieurs par la présence de pointes dites de Soyons160, que L. Slimak qualifie de « comportement Soyons ».
Les Moustériens à denticulés
Localisation et chronologie
141L’ensemble du Moustérien à denticulés [fig. 3]
semble désormais concentré sur une aire géographique restreinte principalement à la partie Ouest de la France et au Nord de l’Espagne, depuis la Bourgogne jusqu’aux Asturies161.
142Ces séries sont majoritairement situées à la fin du Paléolithique moyen, au MIS 3 (entre 50 000 et 30 000 BP).
Contextes des gisements
143Ces gisements sont principalement en grotte ou abri.
Caractéristiques des industries et critères d’analyse (critères typologiques, techniques et taphonomiques)
144Un Moustérien à denticulés a été identifié par F. Bordes (cf. supra) sur de nombreuses séries. Néanmoins, de nouvelles études à l’aide d’outils taphonomiques ont révélé que certaines séries attribuées au Moustérien à denticulés étaient en réalité le fruit de phénomènes post-dépositionnels et que les encoches et denticulés n’étaient pas de nature anthropique162. Ainsi, de nombreuses séries dites « à denticulés » sont aujourd’hui écartées, restreignant les limites spatiales et chronologiques de ces industries.
145De récentes analyses technologiques ont révélé sur ces séries un certain nombre de caractères communs, à savoir163 : une matière première toujours locale, un débitage Discoïde majoritaire surtout unifacial, peu de débitage Levallois, la recherche de petits supports épais et souvent larges–éclats à tranchants périphériques, à dos débordant ou pointes pseudo-Levallois–et toute la chaîne opératoire présente jusqu’à la confection des outils.
146Les caractéristiques typologiques sont164 :
- pas plus de 20 % des éclats retouchés ; des encoches et denticulés constituant la plupart des pièces retouchées ;
- les encoches sont essentiellement clactoniennes sur supports épais, souvent à dos opposé ;
- les denticulés sont de types variés (macro, micro et moyenne denticulation mais plus souvent : macro et moyenne denticulation) et souvent sur des éclats épais et/ou sur éclats à dos cortical/débordant ;
- peu de racloirs qui sont faiblement retouchés.
147Mais malgré ces ressemblances, l’auteure constate d’importantes variations quantitatives concernant les proportions et le type de produits retouchés, les schémas opératoires, les techniques de retouche (percuteur à touche convexe, dièdre, parfois par raclage, ou percussion sur enclume) et la faune qui est très différente d’un gisement à l’autre165. Elle a réussi à individualiser trois groupes à partir de ces différences. Le groupe 1 rassemble les séries possédant un outillage peu diversifié dominé par les pièces encochées et les pièces à retouches partielles et/ou courtes ; un débitage Discoïde ; et une faune diversifiée et abondante. Le groupe 2 comprend les séries possédant un outillage peu abondant mais diversifié avec une prédominance des pièces encochées et des racloirs ; un débitage Discoïde présent ainsi que le débitage Levallois qui est assez bien représenté ; et des spectres fauniques différents entre les sites. Enfin, les industries du groupe 3 comprennent un outillage peu diversifié constitué essentiellement de denticulés et de racloirs ; un débitage Discoïde et un débitage Levallois ; une faune peu diversifiée dominée par les grands herbivores.
Le Moustérien à denticulés semble finalement réunir des industries comprenant des concepts de débitage variés et relevant de contextes économiques diversifiés166.
148Il reste maintenant à déterminer si ces différences peuvent relever de traditions techniques différentes nous amenant à les considérer comme des technocomplexes distincts.
Moustérien à grands racloirs du Poitou
Localisation et chronologie
149Entre la Loire et la moyenne vallée de la Vienne, une douzaine de sites moustériens se caractérisent par une homogénéité des industries167 [fig. 3].
150Ces gisements sont en stratigraphie mais malheureusement pour la plupart issus de sondages ou fouilles anciennes, n’ayant permis l’observation chronostratigraphique des assemblages.
Contextes des gisements
151Ces sites sont en essentiellement en grotte ou en abri. Les fouilles n’ont souvent été effectuées que sur une petite superficie du gisement. Ainsi la contemporanéité des assemblages ainsi que leur intégrité n’est pas actuellement démontrée.
Caractéristiques des industries et critères d’analyse (critères typologiques, techniques, économiques et dimensionnels)
152Ces industries se caractérisent par la prépondérance du débitage Levallois, majoritairement de gestion centripète, parfois préférentiel. Les éclats Levallois sont ponctuellement utilisés en nucléus pour produire des éclats courts. On y note l’absence de pièces bifaciales.
153Les éclats sont fortement retouchés et les racloirs dominent. Ces objets sont de très grandes dimensions.
154L’approvisionnement en matière première est local (dans un rayon de 2 à 3 km) soulignant une intense exploitation du territoire proche, mais avec systématiquement quelques racloirs taillés dans un silex prélevé à proximité des autres sites moustériens, parfois éloignés de plus de 60 km.
155Ces gisements possèdent pour la plupart des restes de grande faune. J. Primault a distingué deux grands ensembles basés sur la production et la consommation d’outils.
156Le type 1 rassemble les rares sites de plein air présentant une production de supports Levallois in situ, représentée par tous les éléments de la chaîne opératoire. Ils se situent à proximité des gîtes de matière première et sont ainsi interprétés comme « site de production168 ».
157Le type 2, quant à lui, est mieux documenté et regroupe des sites dits « de consommation », et dans une certaine mesure de production des supports. Principalement en contexte de grottes et abris, ces gisements renferment de nombreux grands supports Levallois retouchés en racloirs sur des matières différentes, et peu de nucléus. La présence d’artefacts lithiques ainsi que l’étude de la faune a permis à J. Primault de distinguer deux « sous-types ». Le type 2a concerne les gisements où la faune semble avoir été acquise par la chasse169, contrairement au type 2b où elle proviendrait de charognage170.
Nous pouvons donc penser qu’il existe une certaine concordance entre la répartition géographique de cette industrie lithique moustérienne et un territoire d’approvisionnement en matières premières relativement bien circonscrit dans le paysage géologique du sud-ouest du Bassin parisien et du Seuil du Poitou171.
158Dans ce territoire, les sites ont des fonctions différentes et sont complémentaires au plan économique. Certains semblent témoigner de communautés importantes, et d’autres de groupes restreints d’individus.

Fig. 4. Tableau récapitulatif synthétisant les caractéristiques des faciès précédemment décrits
Moustérien à grands éclats Levallois du Nord
Localisation et chronologie
159À la fin du Pléniglaciaire inférieur et au début du Pléniglaciaire moyen (MIS 3), quelques gisements sont recensés dans le Nord de la France (Picardie et Pas-de-Calais) et le sud-est du Bassin parisien (vallée de la Vanne) [fig. 3].
Contextes des gisements
160Ces gisements sont situés en plein air, sur des versants limoneux, en stratigraphie. Ils sont souvent issus de diagnostics et n’ont pas fait l’objet de décapages extensifs, principalement en raison de leur faible densité (Attilly172, Gauville173, Hermies174, Corbehem175, Savy176, Hénin-sur-Cojeul177, et trois gisements de la vallée de la Vanne178).
Caractéristiques des industries et critères d’analyse (critères techniques et dimensionnels)
161Ces industries se caractérisent par l’importance du débitage Levallois, de méthode surtout préférentielle.
162Mais c’est surtout l’accroissement de la taille des éclats Levallois qui est ici remarquable. En effet, les dimensions des nucléus et des produits se distinguent par leur grandeur. Ceci
pourrait être expliqué par un nouvel accès, plus facile que pendant le Weichsélien caractérisé par un couvert végétal en mosaïque, à une matière de meilleure qualité et de dimension supérieure179.
163Les éclats Levallois sont quelques fois transformés en racloirs et on note la présence de pièces bifaciales sur certains gisements (Attilly180).
Bilan
164Actuellement de nombreux faciès ou regroupements d’industries sont individualisés pour le Paléolithique moyen. Après une première lecture, on se rend compte premièrement qu’ils appartiennent tous à la phase récente du Paléolithique moyen, soit entre les stades isotopiques 5 et 3 [fig. 4]. Les séries antérieures existent et sont pourtant connues, mais elles sont nettement moins bien documentées, aussi bien quantitativement (peu de séries) que qualitativement (positions chronologiques souvent moins précises). Aussi, peu de « faciès » sont établis pour le Paléolithique moyen ancien (MIS 8 à 6), et les regroupements d’industries sont davantage réalisés dans des problématiques de filiation ou de rupture avec l’Acheuléen181.
165Deuxièmement, le rapport entre les faciès est loin d’être clair. Si pour certains auteurs le regroupement d’industries jugées similaires pourrait refléter une même tradition technique au sein d’un faciès, personne ne se risque à confronter les différents faciès comme des groupes culturels distincts. Les facteurs de variabilité tels que la matière première ou la fonction du site par exemple ne sont pas écartés. C’est pourquoi les dénominations sont variées pour les qualifier, puisqu’ils sont associés tantôt aux termes de « groupe » (Bois Rocher), de « technocomplexe » (du Nord-Ouest, Quina), ou de « faciès » (MTA). Il convient ainsi de se demander pourquoi ces différents faciès ne sont pas interprétés de manière univoque. C’est dans cette optique que nous procédons tout d’abord à la présentation des interprétations de ces faciès, afin de connaître les apports et les limites des approches actuelles et pour dresser en dernier lieu une lecture critique. Cette lecture mettra en exergue des problèmes méthodologiques qui expliquent les carences interprétatives.
Les interprétations de ces regroupements : pour des hypothèses de peuplement
166Nous avons pu esquisser, lors de la description des faciès précédemment menée, que ces derniers étaient tous inscrits dans un temps et un espace particuliers. Dans l’espace, en raison de leur localisation au sein de régions précises, avec des limites parfois franches. Dans le temps, car ils appartiennent tous à la phase récente du Paléolithique moyen. De plus, excepté quelques-uns issus principalement de série de surface et/ou sans précision chronologique (tels ceux des petits bifaces, du Bois Rocher, du MTA à bifaces plats du Nord et des grands racloirs du Poitou), ils sont inscrits dans une temporalité relativement précise. Ainsi, les faciès sont le fruit d’interprétations diachroniques, c’est-à-dire qu’ils sont considérés comme non contemporains et spatialement déconnectés, engendrant des hypothèses de peuplement.
Inscrits dans le temps : des faciès peu contemporains
167En réalité, on se rend compte que les faciès positionnés en chronostratigraphie et corrélés à des dates plus ou moins précises, sont assez peu « contemporains ». Ils apparaissent comme étant chronologiquement successifs. Si l’on fait une synthèse « grossière » des faciès au plan temporel, on se rend compte qu’à chaque stade isotopique ou sous-stade correspond un, deux, voire trois faciès maximum.
168Pour résumer :
- au début du Weichsélien ancien (MIS 5d), les assemblages dits « micoquiens » semblent être les principaux identifiés182 ;
- au cours du MIS 5 (MIS 5c-a), seul le Technocomplexe du Nord-Ouest est positionné avec certitude. Les faciès à Petits bifaces, Bois Rocher/outils bifaciaux et MTA à bifaces plats triangulaire pourraient également être corrélés à cette période mais les précisions chronologiques manquent et certains de ces assemblages ont été attribués à une phase nettement plus récente du Paléolithique moyen (MIS 3) ;
- lors du MIS 4, seuls les faciès Quina et Rhodanien sont individualisés ;
- puis, à l’articulation des MIS 4/3, les gisements dits « Charentiens à influence micoquienne » sont recensés, ainsi que la plupart des gisements du MTA et du Rhodanien. Certains gisements à grands racloirs du Nord de la France y sont corrélés ;
- il semblerait enfin que les Moustériens à denticulés, le Néronien et les assemblages à grands éclats Levallois du Nord de la France soient les derniers représentants moustériens (MIS 3).
169Ainsi, peu de faciès sont considérés comme réellement contemporains. Et quand ils le sont, ils sont spatialement déconnectés les uns des autres, circonscrits dans des régions précises et éloignées.
Inscrits dans l’espace : des faciès spatialement distincts (barrières naturelles)
170En effet, ces faciès sont bien délimités dans l’espace et coïncident souvent avec des zones géographiques spécifiques. À chaque faciès correspond sa ou ses régions, se recoupant peu et étant parfois délimités par des unités naturelles, tels que le Massif Central, la Loire, le Massif armoricain, etc.
Permettant des interprétations en termes de dynamique de peuplement/Corrélations données paléoenvironnementales/faciès183
171Ainsi, les faciès ou groupes ne sont que rarement contemporains et ils sont par ailleurs spatialement déconnectés. Or, des données intéressantes apparaissent lorsqu’on croise les données spatiales et temporelles, c’est-à-dire qu’on replace les « faciès » simultanément dans le temps et dans l’espace. En effet, quand la plupart des gisements sont localisés dans le Sud de la France, aucun n’est remarqué dans le Nord, et inversement. Ces données, couplées à celles paléoenvironnementales, permettent aux chercheurs d’avancer des hypothèses de peuplement. Les successions de faciès chronologiques spatialement distincts ont parfois fait l’objet de synthèses interprétatives sur des éventuels mouvements de population au gré des fluctuations climatiques184, comme cela a été également fait pour la phase ancienne du Paléolithique moyen185.
172Le Début Glaciaire Weichéselien (MIS 5d à 5a) : occupations maximales dans le Nord et minimales dans le Sud
173Lors du Début Glaciaire du Weichsélien (MIS 5d à 5a), soit environ de 115 ka à 74 ka, seules des occupations dans la moitié Nord de la France sont observées186. Ces dernières sont nombreuses et appartiennent majoritairement au Technocomplexe du Nord-Ouest ou au Micoquien. À ce dernier pourrait s’ajouter les occupations bretonnes et normandes, mais les datations sont encore trop imprécises. Elles sont corrélées aux interstades tempérés, appelés Brørup et Odderade, datés respectivement des MIS 5c, et 5b-a, soit environ 101 ka et 80 ka. Excepté ces deux interstades, le Début Glaciaire Weichsélien s’illustre par un climat relativement rigoureux. Il débute avec épisode assez froid, le stade de « Herning », abaissant le niveau de la mer à-23 m NGF au minimum, mais étant toutefois nettement différent d’une ambiance de type pléniglaciaire. L’environnement s’ouvre et devient très humide, entrainant la disparition des espèces tempérées187. On retrouve des restes de grande faune, comme des grands herbivores, tels que le cheval, l’aurochs, le bison et le loup. À l’inverse, les deux interstades voient se développer la forêt boréale188, dominée par le pin, avec un couvert végétal assez ouvert (40 et 60 % de pollen d’arbres) et favorables aux occupations préhistoriques189. Cette période est en réalité relativement complexe, faisant montre de nombreuses oscillations climatiques (Locht, comm. orale).
174À l’inverse, dans le Sud de la France, peu d’occupations sont connues, et elles semblent refléter les prémices des groupes techniques qui se développeront ultérieurement190.
175On aurait donc un foisonnement d’occupations lors des interstades (climat tempéré) dans le Nord de la France et une relative absence de gisements méridionaux étant par ailleurs culturellement peu marqués.
176Le Pléniglaciaire inférieur (MIS 4) : désertion du Nord et occupations maximales du Sud
177Puis, on note, à l’inverse, l’absence de gisements septentrionaux lors du Pléniglaciaire inférieur, alors qu’un maximum de sites sont recensés dans le Sud de la France. Ces événements sont corrélés au durcissement très net du climat qui aurait entraîné une désertion des latitudes nord de la part des préhistoriques. En effet, le Pléniglaciaire inférieur débute au début du MIS 4, soit environ 74 ka, jusqu’au début du MIS 3 soit 56 ka environ191. Il est caractérisé par une dégradation climatique très nette et une ambiance de type pléniglaciaire192. Le climat européen du Nord-Ouest change rapidement pour un climat continental froid193. On remarque une baisse importante du niveau des mers, les calottes glaciaires s’étendent vers le Sud, jusqu’à la plaine baltique, et sûrement la partie septentrionale de la mer du Nord. On constate, de plus, la continuité des activités volcaniques dans la vallée du Rhin. Ce MIS 4 se marque par une érosion importante. On assiste au développement de sols steppiques194. La Belgique a été recouverte sur 400 km par un désert polaire195. Malheureusement, les chercheurs n’ont pu attribuer aucune faune d’origine archéologique à cette période en Europe du Nord-Ouest. Seul le site paléontologique d’Hofstade livre de nombreux rennes. La faune de cette période devait être caractérisée par la présence d’animaux arctiques comme le renne, le bouf musqué et le renard polaire, et par l’absence de nombreux mammifères allant du cerf élaphe jusqu’à l’ours des cavernes.
178Ainsi, lors de cet épisode de climat très froid, aucun gisement n’est recensé dans la moitié Nord de la France, dénotant un hiatus des occupations aux alentours de 65 000 BP (à peu près entre 68 000 et 65 000 BP d’après les datations TL/IRSL sur sédiment actuellement disponibles)196.
Les groupes culturels qui fréquentaient le Nord-Ouest de la France ont dès lors abandonné ces latitudes devenues inhospitalières197.
179Ces conditions environnementales, parfois extrêmes, semblent avoir eu des répercussions sur l’occupation du territoire, et notamment dans l’Europe du Nord-Ouest. Cette situation semble être la même pour tout le Paléolithique. Les préhistoriques paraissent avoir occupé les terres en fonction des pressions environnementales, au même titre que les populations animales. En effet, beaucoup d’auteurs évoquent des questions de hiatus pour les régions Nord pendant ces phases pléniglaciaires, comme durant le Solutréen par exemple198.
180Il semble en être de même dans les hauteurs, puisque l’Auvergne, les Alpes et le Vercors paraissent avoir été désertés pendant cette période199.
181À l’inverse, le Sud de la France connaît sa pleine expansion avec de nombreux gisements recensés qui sont culturellement définis et interprétés comme homogènes. Le Moustérien Quina se développe dans un quart Sud-Ouest, tandis que dans le Sud-Est, et principalement dans le couloir du Rhône, les industries rhodaniennes s’épanouissent.
182Néanmoins, à la fin du MIS 4, les premiers indices de repeuplement des régions septentrionales apparaissent (Beauvais200).
183Le Pléniglaciaire moyen (MIS 3) : réoccupations sporadiques dans le Nord et occupations maximales dans le Sud
184Tandis qu’au Pléniglaciaire moyen les occupations continuent d’être maximales dans le Sud de la France, quelques gisements sont de nouveau recensés dans les zones septentrionales. Ces derniers sont corrélés aux interstades plus tempérés, permettant au climat de se radoucir. En effet, le Pléniglaciaire moyen termine conventionnellement le Paléolithique moyen. Il s’étale de 56 ka à 30 ka, et couvre la majorité du MIS 3201. Il est caractérisé par des conditions climatiques et environnementales pléniglaciaires, mais cette fois interrompues par des interstades tempérés comme Moeshoofd et Hengelo, respectivement autour de 45 000 et 38 000 BP. Cependant, ces derniers sont moins longs et moins chauds que ceux du MIS 5202. Ils marquent une amélioration climatique et s’enregistrent par un sol lessivé boréal. On remarque qu’en général, les arbres ne dépassent pas les 15 % dans les diagrammes polliniques203. Le pin et le bouleau sont prédominants. Les températures moyennes de juillet devaient avoisiner les 13°.
185L’occupation humaine semble reprendre pendant ces phases de réchauffement au sein du Pléniglaciaire moyen dans les régions septentrionales, mais peut-être plus sporadiquement204. Le repeuplement de la Grande-Bretagne intervient aussi pendant cette phase205. Quelques gisements sont recensés dans le Nord de la France, mais avec des occupations nettement plus localisées que précédemment (Attilly206, Gauville207, Hermies208, Savy209, Hénin-sur-Cojeul210 ; et trois gisements de la vallée de la Vanne211). De même, certains sites bretons et normands pourraient être attribués à cette période (Saint-Brice-sous-Rânes212, Karreg-ar-Yellan et Goaréva213). Les industries dites à influence micoquienne apparaissent, mais semblent plus vieilles, plutôt à l’articulation MIS 4/3.

Fig. 5. Variations des occupations au gré des pressions environnementales. Hypothèses de peuplement. DAO : Héloïse Koehler
186Parallèlement, les occupations dans le Sud-Ouest et le Sud-Est de la France se poursuivent214. Au Quina succède le MTA, plutôt à l’articulation des MIS 4 et MIS 3, suivi des Moustériens à denticulés dans le Sud-Ouest. Le Rhodanien se poursuit dans le Sud-Ouest suivi du Néronien.
187Ainsi, il semblerait que des scénarios de peuplement puissent être avancés au regard des données archéologiques et paléoenvironnementales. Nous verrons néanmoins que ces hypothèses séduisantes sont peut-être à nuancer.
Des scénarios de peuplement très attractifs
188Force est de constater qu’en l’état actuel des connaissances, lorsque le Nord de la France est occupé, le Sud est déserté, et quand le climat se durcit, l’inverse est observé, c’est-à-dire que le Sud connaît sa pleine expansion tandis que le Nord est abandonné. On aurait ainsi des mouvements de populations au gré des fluctuations climatiques. Néanmoins, aucun indice archéologique ne témoigne réellement de ces circulations. En effet, les occupations septentrionales et méridionales renferment des industries différentes au plan technique, ne plaidant pas en faveur de déplacement Nord-Sud. Aucun indice du « Technocomplexe du Nord-Ouest » du MIS 5, par exemple, ne se retrouve lors des MIS 4 et 3 dans les zones méridionales et septentrionales.
… suscitant de nombreuses interrogations
189Il s’ensuit ainsi toute une multitude de questions auxquelles il est actuellement impossible de répondre [fig. 5] :
190Pourquoi, lors du MIS 5, le Sud de la France semble si peu investi tandis que le Nord est pleinement occupé ?
191Où sont passées les populations septentrionales lors du Pléniglaciaire (MIS 4) ? Se sont-elles totalement acculturées ? Ont-elles disparu ?
192Pourquoi les occupations se développent dans le Sud de la France quand elles semblent abandonner les contrées septentrionales ?
193Qui sont ces nouveaux arrivants dans le Nord de la France lors du MIS 3 ? Viennent-ils du Sud ? Occupent-ils sporadiquement les territoires septentrionaux comme la brièveté des occupations semble parfois en témoigner ? Quelle est la relation entre les gisements à grands éclats Levallois du Nord de cette période et ceux à grands racloirs du Poitou, non datés ?
194Y a-t-il également un remplacement de population dans le Sud qui se traduirait par des changements techniques forts ?
195Bien que très séduisantes, les dynamiques de peuplement sont actuellement très difficiles à établir. Nous verrons que cela peut s’expliquer par plusieurs facteurs.
Bilan des interprétations des faciès actuellement mises en avant
196Lorsque l’on dresse le bilan des principaux faciès individualisés pour le Paléolithique moyen en France, on s’aperçoit que peu d’entre eux sont contemporains et qu’ils sont déconnectés spatialement. De fait, les interprétations ne portent guère sur leur confrontation. Les faciès ne sont pas considérés comme pouvant être synchroniques et partager un territoire semblable et donc refléter des traditions techniques distinctes. Ils sont en général successifs et lorsqu’ils sont contemporains, ils sont circonscrits dans des espaces géographiques précis, séparés entre eux par des barrières naturelles. Finalement, l’intérêt de la recherche semble porter davantage sur la recherche de faciès « chronoculturels », c’est-à-dire de groupes inscrits dans le temps et l’espace, mais successifs, non synchrones, à l’instar de la première moitié du xxe siècle (cf. historique supra). C’est sûrement une des raisons qui pourraient expliquer pourquoi il est toujours très difficile actuellement d’avancer des interprétations (culturelles, fonctionnelles, économiques) à ces faciès. D’aucuns continuent de penser que la variabilité dépend de la durée d’occupation du site, de sa fonction et de son rapport à l’espace215, etc.
197Le problème est similaire quant à la variabilité perçue parfois à l’intérieur des faciès. En effet, on a pu voir qu’au sein de certains d’entre eux (Technocomplexe du Nord-Ouest216 ou Moustériens à denticulés217, cf. supra) des différences jugées mineures étaient perceptibles (en termes de proportion et de présence/absence de tel ou tel élément). Mais elles ne sont pas interprétées. Cela résulterait ainsi en partie d’un désintérêt de la recherche pour ces questions. Désintérêt probablement lié au fait qu’il semble impossible, dans l’état actuel des données, pour beaucoup de chercheurs d’interpréter la variabilité du Moustérien.
198Or, si on dresse un bilan critique des faciès établis en les comparant à une échelle d’analyse générale (à l’échelle nationale), on se rend compte que les critères d’analyse sont assez différents d’une région à une autre, d’une époque à une autre et donc d’un faciès à un autre. Il en est de même pour les types de sites et leurs contextes. On comprend ainsi pourquoi il est si difficile de comparer les faciès et d’avancer des interprétations quant à leur différence.
Étude critique de ces regroupements. Des données inégales et des critères d’analyse différents entre les régions (des faciès de chercheurs ?)
199Essayons à présent de confronter non plus les faciès mais les données elles-mêmes et les critères d’analyse qui ont été mis en avant pour les identifier. Lors de la description précédente des principaux faciès, nous avons mis en exergue les caractères propres à chacun d’entre eux, en termes de spatialisation, de temporalité, de contextes et de critères d’analyse ayant servi à les identifier. Or, leur confrontation souligne de fortes dissemblances aussi bien concernant les données elles-mêmes (types de sites) que les outils analytiques ayant servi à rassembler les industries. Elle nous permet de saisir pourquoi, encore actuellement, ces regroupements d’industries ne sont pas considérés comme étant le reflet de groupes culturellement distincts et pourquoi les interprétations divergent.
200Afin de procéder à une lecture critique méthodique, nous confrontons et analysons successivement les différents caractères ayant servi à identifier les faciès :
- les données (contextes des gisements) ;
- la temporalité (chronologie des industries) ;
- la spatialité ;
- les critères/grilles d’analyse.
À propos des données (contextes des gisements). Le type de site : un biais chronologique et économique ?
201Lorsque nous comparons les données elles-mêmes et notamment les contextes des gisements, on s’aperçoit que ces derniers sont très différents d’une région à une autre, pour lesquelles sites en grotte et sites en plein air s’affrontent et sont chronologiquement successifs. Ce phénomène est à corréler, certes, à des problèmes taphonomiques, mais surtout au poids de la recherche. Ainsi, le Nord et le Sud se voient le jeu de sites chronologiquement distincts et issus de contextes variés, entraînant des nuances dans les hypothèses de peuplement précédemment annoncées.
Sites en grottes, sites de plein air : un biais chronologique (et historique) ?
202Sites de plein air = MIS 5 et en grotte = MIS 4/3…
203La prise en considération du type de gisement et de son contexte permet d’apréhender des informations intéressantes. Ne possédant peu ou pas de grottes et abris, les occupations de la moitié Nord de la France sont majoritairement en plein air, contrairement au Sud. Or, grossièrement, les sites en grotte sont davantage occupés aux MIS 4 et 3, contrairement à ceux de plein air qui sont numériquement plus importants lors du MIS 5.
204Ceci se vérifie également pour les régions qui ont à la fois des gisements en grottes et en plein air. En Bourgogne, seules les cavités moustériennes sont occupées pendant les MIS 4 et 3 (les grottes d’Arcy-sur-Cure218, en Belgique les grottes de Spy219 et Sclayn220 sont corrélables aux MIS 4/3, contrairement aux sites de plein air attribués au MIS 5 (Rocourt221, Remicourt222). Enfin, en Allemagne, les gisements de plein air sont plutôt attribuables au MIS 5 (Tönchesberg, Wallertheim) et les grottes au MIS 3.
... Entraînant un déséquilibre des données (taphonomie/histoire des recherches entre le Nord et le Sud)
205On aurait ainsi majoritairement des occupations de plein air dans le Nord de la France lors du MIS 5 (périodes tempérées) et en grotte dans les zones méridionales lors des MIS 4 et 3 (périodes plus froides). Il pourrait ainsi être tentant d’avancer que lors des phases pléniglaciaires (MIS 4 et 3), les conditions climatiques étant plus rudes, les occupations en grotte, quand cela était possible, était davantage prisées, contrairement aux périodes tempérées pour lesquelles les campements se seraient faits plus volontiers en plein air. Ces vestiges n’auraient pas été retrouvés dans le Sud parce que non conservés et/ou en raison de l’histoire de la recherche plus axée sur les sites en grotte. Cette question mérite d’être sérieusement abordée car il s’avère que, dans la plupart des grottes du Sud-Ouest, aucun enregistrement sédimentaire ne peut être corrélable au MIS 5223. L’absence de gisements de cette période dans ces contrées ne signifie ainsi aucunement une absence d’occupation.
206Inversement, si le mode d’occupation change effectivement lors des MIS 4/3 dans le Sud, il a pu également changer dans le Nord lors des phases extrêmes. Il pourrait y avoir des gisements dans des contextes différents, mais non conservés et/ou non retrouvés. Il s’avère que les pédocomplexes humifères du Début Glaciaire (MIS 5) dans le Nord de la France ont un très bon enregistrement pédosédimentaire ayant permis une bonne conservation des vestiges, amenant P. Antoine à considérer que la répartition des gisements pourrait être directement liée au contexte sédimentaire224.
207On peut ainsi se demander si un biais taphonomique et/ou un poids historique seraient intervenus – ou non – dans la préservation des vestiges selon la période et l’environnement, nuançant de fait les hypothèses de migration de population au gré des pressions environnementales.
Des corrélations systématiques contextes/faciès : quelles explications ?
208Par ailleurs, la distinction de sites en grotte/en plein air semble pouvoir être également corrélée au type de vestiges associés, puisque, grossièrement, à chaque faciès correspond un type particulier de site. Il s’ensuit de nombreuses questions pour expliquer ce phénomène : culturel, économique, méthodologique, etc.
Sites en grotte/sites en plein air : des industries différentes
209En effet, si la plupart des sites en grotte appartiennent aux MIS 4 et 3, ils sont en général associés aux faciès Quina, MTA, Denticulés ou Rhodanien. Inversement, les gisements de plein air stratifiés appartiennent pour la plupart au MIS 5 et sont attribués au Technocomplexe du Nord-Ouest. Cela est également le cas en Belgique et en Allemagne, pour lesquels les sites techniquement proches de ce faciès sont dans des contextes similaires (Rocourt et Remicourt en Belgique, Rheindahlen, Tönchesberg ou Wallertheim en Allemagne), contrairement à leurs homologues en grotte, différents aux plans typo-technologiques, possédant par exemple beaucoup plus d’objets retouchés et des systèmes techniques de production distincts.
Sites de plein air : à chaque contexte différent une industrie particulière
210On pourrait pousser le raisonnement encore plus loin si on examine en détail les contextes des gisements de plein air. Parmi ces derniers, des différences contextuelles sont à noter, et elles sont souvent associées à des industries distinctes [fig. 6] :
- les gisements du Technocomplexe du Nord-Ouest sont dans l’écrasante majorité stratifiés et en contexte limoneux de versant, souvent dans des vallées sèches asymétriques225 ;
- à l’inverse, les gisements micoquiens sont certes en plein air, mais ils sont en contexte de dolines (Vinneuf) ou de butte stampienne (Verrières-le-Buisson), donc de plateau226 ;
- de plus, il convient de mentionner l’ensemble des gisements de plein air peu ou pas stratifiés, tels ceux appartenant aux faciès du Moustérien à petits bifaces normands, du Bois Rocher/Moustérien à outils bifaciaux bretons ou du MTA à bifaces triangulaires plats du Nord de la France. Ces derniers sont nécessairement issus de contextes différents de ceux du Technocomplexe du Nord-Ouest ou du Micoquien car non préservés en stratigraphie.

Fig. 6. Contextes des gisements recensés dans les faciès
211Quelle interprétation donner à cette corrélation contexte-faciès ?
212On est ainsi en droit de se demander dans quelle mesure le type de site pourrait influencer le type d’industrie et constituer un biais dans la compréhension des phénomènes culturels au Paléolithique moyen. Cette question mérite d’être abordée car elle permet d’interroger le problème de la variabilité au Moustérien et d’amorcer plusieurs pistes de réflexion. Si, véritablement, à chaque faciès identifié correspond un type de site spécifique, alors plusieurs hypothèses ne s’excluant pas nécessairement s’offrent à nous.
213Explication culturelle : une rigidité extrême presque « monomaniaque » des Néandertaliens d’une même tradition technique à ne s’installer que dans des contextes identiques, qu’ils soient dans la synchronie ou la diachronie. L’installation du campement serait alors un des marqueurs forts de leur identité culturelle.
214Et/ou explication fonctionnelle : une incroyable segmentation dans le temps et l’espace des chaînes opératoires, ces dernières variant selon le type d’occupation et peut-être corrélable à la fonction du site.
215Et/ou un problème d’échantillon et de poids historique, biaisant certaines données et certains types de gisements.
216Et/ou l’impuissance de nos grilles d’analyse à comprendre cette variabilité.
217L’hypothèse culturelle seule ne satisfait malheureusement pas notre sens critique car il paraît peu vraisemblable qu’une telle rigidité puisse avoir été pratiquée, surtout pour des peuples nomades. En revanche, si l’hypothèse purement fonctionnelle paraît également peu convaincante, des éléments intéressants peuvent être mis en avant.
Une explication économique ?
218Si l’on reprend en exemple les différents faciès de plein air (Technocomplexe du Nord-Ouest, Micoquien, MTA à bifaces plats triangulaires, Bois-Rocher et Petits bifaces), on se rend compte qu’ils sont tous situés dans la moitié Nord de la France, au sein d’espaces géographiques identiques ou proches et pourraient avoir été plus ou moins contemporains (au regard des datations actuelles, peu fiables pour les sites non stratifiés).
219De plus, les gisements appartenant aux faciès non stratifiés (Bois-Rocher, MTA, Petits bifaces) possèdent de très nombreux objets retouchés dont beaucoup de pièces bifaciales. Or, les industries du Technocomplexe du Nord-Ouest, stratifiées, possèdent très peu d’objets retouchés et aucun biface, bien que certaines d’entre elles présentent des témoignages ténus de chaîne opératoire de façonnage, sous forme d’éclats de façonnage ou de ravivage227.
220Ainsi, on peut se demander si les pièces bifaciales absentes des industries du Technocomplexe du Nord-Ouest pourraient par exemple être corrélables à celles des ensembles attribués au MTA à bifaces triangulaires plats. La récente découverte de Mauquenchy souligne cet épineux problème puisque le niveau Wa1 a délivré uniquement un amas de taille d’une pièce bifaciale en place daté du MIS 5a mais sans cette dernière (cf. infra). Ces données soulignent une certaine mobilité des pièces bifaciales et peut-être des pièces retouchées.
221Ces observations pourraient signifier un très grand fractionnement dans l’espace et le temps des chaînes opératoires, lequel a été perçu pour la production de pointes228. Cela pourrait également aller dans le sens de l’hypothèse avancée par M. Soressi qui a montré un fractionnement dans le temps et l’espace des chaînes opératoires du MTA du Sud-Ouest dont certains gisements ne possèdent que très peu de pièces bifaciales, contrairement aux autres229.
222Ainsi, si les hypothèses fonctionnelles ne peuvent à elles seules expliquer la variabilité technique du Moustérien, elles doivent être néanmoins sérieusement abordées, en prenant en compte notamment les contextes des gisements et leurs limites.
Problèmes de datations : un biais chronologique ?
223Par ailleurs, il faut souligner que la diachronie de certains faciès ne peut être que le reflet de l’état actuel de la recherche. Suite à l’ACR « Le Paléolithique moyen d’Aquitaine septentrionale : émergence, variabilité et développement », sous la responsabilité de J.-P. Texier et de J. Jaubert, de nouvelles datations ont été effectuées (plus de 400) sur les principales séries moustériennes du Bassin aquitain, afin, entre autres, de (re) discuter et (re) définir les technocomplexes du Paléolithique moyen230.
224Il s’est avéré que, contrairement à ce qui était considéré comme acquis, les séries du MTA seraient les plus anciennes et perdureraient le plus longtemps, entre 70-39 ka BP. De surcroît, les faciès Quina et Denticulés ne seraient pas nécessairement chronologiquement successifs, certaines dates se recoupant franchement. De fait,
il y aurait alors une période de coexistence de ces trois faciès [MTA, Quina et Denticulé] sur près de dix millénaires entre 49 et 39 ka avec le présent, si l’on considère l’ensemble des sites du Sud-Ouest pour lesquels des datations ont été obtenues231.
225Les relations entre ces différents faciès pourraient être plus complexes qu’originellement annoncées.
226Ces résultats pourraient être également confirmés par le gisement de Jonzac dont un niveau contient peut-être du Moustérien à denticulés qui se situerait avant le MTA, ce qui est inédit en Aquitaine et remettrait partiellement en cause la succession chronologique des faciès232.
227Ces données soulignent la fragilité de nos interprétations et surtout la nécessité de contextes fiables et précis au plan chronologique.
Les limites des faciès : un biais spatial ?
228Les faciès sont inscrits dans l’espace, et ce, on l’a vu, parfois avec une certaine précision. Néanmoins, on se rend compte que certaines zones sont (presque) vides de connaissance, comme principalement l’Est de la France, la région Centre et la partie Ouest du Bassin parisien. Or ce vide de connaissance résulte davantage d’un désintérêt de la recherche que de l’inoccupation du territoire au Paléolithique moyen étant donné que de nombreuses stations moustériennes y ont été recensées, en surface mais également en stratigraphie. Ainsi, l’inégalité de la documentation au plan national semble résulter directement de l’état de la recherche, qui a privilégié certaines régions, telles que la Picardie, la Charente ou le Périgord, qui offrent une documentation variée et de bonne qualité.
229On est en droit de s’interroger sur la pertinence et la réalité des limites des faciès. En effet, non seulement ces dernières s’arrêtent aux régions mal documentées, faute de connaissance, mais on s’aperçoit également qu’elles coïncident avec les limites administratives actuelles (Aquitaine, Bretagne, Normandie, Nord-Pas-de-Calais, Picardie, Provence-Alpes-Côte-d’Azur). Ces zones administratives correspondent en fait aux institutions de recherche (Paris, Bordeaux, Renne, Lille, Aix-en-Provence, etc.), privilégiant des approches régionales. On ne peut de fait exclure l’hypothèse que le Technocomplexe du Nord-Ouest, par exemple, s’étende plus à l’est ou au sud (comme cela pourrait être attesté par le gisement d’Angé dans le Loir-et-Cher233) ?
230Ainsi, on se rend compte que les limites des entités correspondent aux limites d’étude de certaines institutions de recherche et de leurs acteurs. À chaque faciès individualisé correspond un, deux, voire trois chercheurs et une région d’étude bien délimitée. Ceci a été déjà esquissé pour les types de gisements où le poids de la recherche a parfois privilégié des contextes particuliers (sites en grottes, plein air stratifiés, etc.) et se ressent dans les critères d’analyse pris en compte. En effet, selon les régions (et les acteurs), les séries ont été regroupées selon des paramètres différents, biaisant de fait toute confrontation au plan national.
Les critères pris en compte : un biais tout court ?
231Il s’avère que les critères retenus pour identifier les faciès varient d’une région à l’autre, inhérents à l’état de la recherche. Les différents outils méthodologiques dont nous disposons pour appréhender les phénomènes culturels (typologie, technologie, technofonctionnel, répartition spatiale, etc.) ne sont pas utilisés de la même façon selon l’époque, les acteurs, les recherches, et ne sont pas tous systématiquement employés. Or, observer les industries selon des critères différents peut entrainer des regroupements d’industries distincts.
Technique et/ou typologie
232Une des distinctions les plus notables entre les différents faciès est la prise en compte tantôt des paramètres typologiques, tantôt techniques ou tantôt typotechniques pour les identifier.
233Les industries du Technocomplexe du Nord-Ouest, possédant peu d’outils retouchés, sont essentiellement regroupées sur des critères techniques (présence/absence de tel mode de production). À l’inverse, les faciès anciennement reconnus le sont davantage à partir de critères typologiques, comme le MTA à bifaces plats triangulaires, le Micoquien (forme des pièces bifaciales). On peut rajouter les anciens faciès de F. Bordes du Sud-Ouest français (MTA, Quina, Denticulé), qui, bien qu’ayant à présent pour beaucoup bénéficié d’études technologiques, n’en restent pas moins identifiés en fonction de leurs objets retouchés. En effet, c’est bien la présence de certains outils qui détermine l’appellation du faciès. Or, quand les nouvelles recherches se focalisent uniquement sur les systèmes techniques de production, elles individualisent de tout autres regroupements d’industries. Par exemple, les gisements de Combe-Grenal, couche 20 ainsi que celui de Combe-Capelle Bas, identifiés comme Moustérien à denticulés en raison de nombreuses encoches et denticulés, présentent un débitage techniquement Quina234. F. Bordes lui-même l’avait déjà noté puisque, au sein des faciès reconnus, des sous-faciès s’individualisaient en fonction des méthodes de taille (Levallois ou non Levallois principalement).
234Ainsi, la typologie et la technologie sont deux méthodes d’analyse qui se complètent et ne se recoupent pas, engendrant des regroupements d’industries différents si on ne considère que l’une ou l’autre méthode d’analyse.
Autres critères (dimension, proportion, etc.)
235Mais on pourrait aller plus loin encore sur le problème des critères pris en compte. En effet, on a pu constater que tantôt c’était le nombre d’artefacts présents, tantôt leur dimension, tantôt leur forme, tantôt leur confection, etc. qui étaient privilégiés et retenus comme critère discriminant. Nous allons illustrer notre propos en prenant comme exemple les faciès caractérisés sur la base de leurs pièces bifaciales, à savoir le Bois-Rocher/Moustérien à outils bifaciaux, le Moustérien à petits bifaces, le MTA du Sud-Ouest, le MTA à bifaces plats triangulaires et le Micoquien. Regardons précisément quels critères d’analyse ont été privilégiés pour les identifier :
- le Bois-Rocher/Moustérien à outils bifaciaux est individualisé sur la base d’un nombre important de pièces bifaciales. C’est leur prépondérance qui caractérise ce faciès ;
- le Moustérien à petits bifaces est défini sur la base de la dimension des pièces bifaciales, jugée petite ;
- le MTA à bifaces plats triangulaires et le Micoquien sont individualisés selon la forme des pièces bifaciales (plate triangulaire pour le premier, asymétrique à dos pour le second) ;
- le MTA du Sud-Ouest est caractérisé selon la forme des pièces bifaciales (cordiforme), et surtout l’industrie associée (fabrication de couteaux à dos).
236Il n’est ainsi pas étonnant que tous ne s’accordent pas sur l’interprétation des faciès à pièces bifaciales et que certains assemblages suscitent des polémiques. Prenons en exemple les séries du Moustérien à petits bifaces, dont la station de Saint-Julien-de-la-Liègue (Eure) semble cristalliser les problèmes d’interprétation. Pour certains auteurs, cette industrie traduirait plutôt le faciès dominant de Normandie, c’est-à-dire le Moustérien à petits bifaces en raison de pièces bifaciales de petites dimensions235. Cependant, R. Courteaux236 s’est intéressée aux dimensions des pièces bifaciales du MTA, et elle a remarqué qu’elles étaient identiques à celles des petits bifaces normands.
Ainsi, contrairement à ce qui ressort de la littérature, il n’existe pas tellement de différences de dimensions entre les pièces bifaciales du MTA traditionnel [...] et les fameuses industries à petits bifaces dominants237.
237Par ailleurs, les analyses technofonctionnelles de L. Pinoit238 et les suggestions d’É. Boëda239 (2001), toujours sur l’assemblage de Saint-Julien-de-la-Liègue, révèlent des affinités d’aménagement avec certaines pièces bifaciales de Barbas, bien plus vieilles. Enfin, pour J.-M. Gouédo, cette série s’apparenterait à du Micoquien en raison de la forme et des structures des pièces bifaciales240.
238Si on résume, pour une même série, trois faciès ont été individualisés, tantôt en prenant en compte les dimensions des artefacts, tantôt leurs formes, tantôt leur aménagement et leur potentiel fonctionnel.
239Ces constats soulignent l’importance et la nécessité de prendre en compte des critères d’étude analogues pour analyser les séries et de savoir sur quelles bases nous les comparons.
Bilan de la lecture critique
240Ainsi, cette lecture critique a mis en exergue un certains nombre de problèmes liés aux critères d’analyse et échantillons retenus dans le regroupement d’industries jugées similaires. Elle a permis également de souligner la nécessité de prendre en compte certains paramètres pour toute confrontation d’industries. Si, actuellement, des interprétations claires ne peuvent être mises en avant pour expliquer la variabilité des industries moustériennes, cela peut être en partie imputable au fait qu’elles ne soient pas comparées sur des bases identiques.
241Les aspects à prendre en compte pour toute confrontation d’industrie car pouvant biaiser les données peuvent être résumés en quatre points :
242– le premier est sans nul doute celui de la contemporanéité. En effet, la lecture critique des données a souligné que l’intérêt de la recherche portait essentiellement sur des approches diachroniques, c’est-à-dire qu’on recherchait davantage des indices chronoculturels, des faciès évoluant dans le temps et non contemporains. Ceci influe de fait sur les interprétations car on a pu voir que c’est la prise en compte de données « contemporaines » qui permet d’amener des interprétations culturelles. Il paraît alors essentiel d’avoir recours à des études de séries « contemporaines » pouvant refléter des différences synchroniques et donc peut-être culturellement distinctes. Ceci n’exclut en rien par la suite l’importance des analyses sur le temps long (diachroniques), permettant de connaître l’évolution et le dynamisme des phénomènes culturels individualisés.
243Mais ce premier point ne peut être naturellement envisagé sans une chronologie très précise des données. Les séries à prendre en compte doivent par conséquent posséder un très bon calage chronostratigraphique, permettant de passer des échelles de temps court à celles de temps long. Nous verrons que cela est actuellement possible dans la moitié Nord de la France, grâce aux travaux de J.-L. Locht, P. Antoine, P. Depaepe, etc. ;
244– par ailleurs, les contextes des gisements doivent être soigneusement pris en compte, car nous avons constaté qu’ils étaient fréquemment associés à un type de vestiges particulier ;
245– évidemment l’espace est primordial à considérer car nous avons pu voir que les faciès individualisés s’inscrivaient tous dans l’espace ;
246– enfin, ce premier chapitre a souligné la nécessité de considérer les industries selon des critères analogues et adaptés.
247Ces quatre points vont servir de base à l’élaboration de notre méthodologie et de l’échantillon d’étude pris en compte. Avant de procéder à leurs descriptions, nous proposons de dresser rapidement le bilan de l’historique précédemment mené, en rappelant notre problématique de recherche, afin de savoir si cette dernière a évolué en fonction des constatations historiques.
BILAN DE L’HISTORIQUE ET RAPPEL DE LA PROBLÉMATIQUE
248Notre question de départ vise à savoir si, en considérant plusieurs critères et échelles d’analyse distincts, nos résultats varient quant au regroupement des industries lithiques. Était venue en introduction, en corolaire, une première question d’ordre historique : de telles interrogations avaient-elles été prises en compte pour le Paléolithique moyen et comment ? Nous nous demandions quels étaient les critères et les échelles d’analyse et s’ils étaient univoques et identiques pour l’ensemble des recherches sur le Moustérien. Au terme de l’historique, plusieurs réponses ont pu être apportées.
Un désintérêt de la recherche pour les questions relatives aux critères et échelles d’analyse à préconiser
249La première concerne l’intérêt de la recherche pour de telles approches. Les études sur le Paléolithique moyen, bien que s’étant constamment évertuées à regrouper et comparer des industries entre elles, semblent s’être, pour beaucoup, désintéressées des questions relatives aux critères d’étude retenus et aux échelles d’analyse observées. En effet, excepté les travaux très récents sur les différences pouvant être perçues à des échelles d’analyse distinctes241, aucune observation claire à ce sujet n’est affirmée. Des distinctions sont perçues par le chercheur selon qu’il examine de près ou de loin les industries, mais sans aucune interrogation sur ce phénomène, l’empêchant d’interpréter ces différences. Ainsi, par exemple, au sein des industries appartenant aux Moustériens à denticulés, assez proches à une échelle d’analyse générale pour être regroupées, C. Thiébaut constate des différences à une échelle d’analyse plus fine, qu’elle n’explique pas242.
250Mais comment interpréter un phénomène non considéré et non analysé ?
Des critères d’étude et échelles d’analyse différents selon les recherches et les périodes
251Ces questions méthodologiques – relatives aux critères et échelles d’analyse – éludées, il en ressort une variabilité de leur utilisation, selon les recherches et les périodes. Nous avons pu mettre effectivement en lumière que les critères d’étude et les échelles d’analyse ayant servi à regrouper les industries ont non seulement varié au cours du temps, mais qu’ils varient encore de nos jours. Les « groupes » ou « faciès » ou « technocomplexes » identifiés sont le fruit de différentes méthodes et/ou orientations de recherche.
... Ayant un impact direct sur notre compréhension de la variabilité du Moustérien
252Ceci, selon nous, a un impact direct sur la compréhension de la variabilité technique du Moustérien et pourrait en partie expliquer leur manque d’interprétation. En effet, comment comparer des « groupes » qui n’ont pas été rassemblés selon les mêmes critères ni observés selon les mêmes échelles d’analyse ?
Questions et rappel de la problématique
253Voulant tenter d’appréhender la variabilité technique du Moustérien, nous cherchons à savoir si son incompréhension pourrait être en partie le reflet de carences méthodologiques.
Première question : problématique
254Si les « groupes techniques » individualisés sont aujourd’hui le fruit de méthodes d’analyse variées, on peut alors se demander si, avec des critères et échelles d’analyse strictement identiques, ils sont toujours différents ou s’ils peuvent être regroupés. En d’autres termes, la prise en compte de critères d’étude et d’échelles d’analyse distincts entraîne-t-elle des résultats pluriels quant au regroupement d’industries ?
Deuxième question : interprétative
255Le cas échéant, comment l’expliquer ? Comment interpréter le fait que des industries puissent être considérées à la fois comme identiques selon tel critère ou échelle d’analyse et distinctes selon d’autres critères et échelles d’observation ?
Troisième question : méthodologique
256Ceci nous amène à une dernière question plus méthodologique, à savoir quels critères et échelles d’analyse sont les plus pertinents pour comparer les industries entre elles, si tant est qu’il y en ait.
257C’est pour répondre à ces questions que nous avons élaboré notre méthodologie. Nous verrons qu’elle a été conçue afin de pouvoir interroger les industries selon différents critères et échelles d’analyse. Nous verrons également que le Bassin parisien et le Weichsélien ancien (MIS 5) sont particulièrement adaptés pour traiter le sujet.
UNE MÉTHODOLOGIE ET UN CORPUS ADAPTÉS
258Pour répondre à notre problématique qui est avant tout méthodologique–savoir si, selon les critères d’étude et échelles d’analyse retenus, des différences sont perceptibles quant à la création de « groupes » d’industries–il convient de s’attarder sur la méthodologie préconisée. Cette dernière se veut avant tout interrogative car elle doit questionner les ensembles lithiques selon différents critères et échelles d’analyse, servant d’outils à nos interprétations. Elle est par conséquent primordiale. Elle se doit d’éviter les pièges des grilles d’analyse employées jusqu’ici qui ont révélé leurs limites. En effet, l’historique des recherches précédemment mené a souligné l’emploi d’une multitude d’outils analytiques variant d’une recherche à l’autre, ainsi que la considération de données disparates, biaisant de fait toute interprétation.
259Nous présentons en premier point le choix de notre corpus, à savoir le Bassin parisien et le Weichsélien ancien, nous permettant d’accéder à des séries cohérentes, bien datées et issues de contexte fiables.
260Puis, nous nous attardons sur l’élaboration de notre grille d’analyse. Cette dernière a été conçue pour pouvoir comparer les industries selon différents critères (produits finis/modes de production/les deux) et selon différentes échelles d’analyse (des données générales à la précision du détail).
Le choix d’un corpus adapté : le Bassin parisien au Weichsélien ancien
261Nous avons cherché un corpus adapté à notre problématique et pouvant contourner les principaux écueils soulevés précédemment (chronologie, contexte, espace). Nous avons par conséquent choisi un cadre d’étude bien documenté.
Le Bassin parisien : un espace aux avantages géographiques et problématiques archéologiques
262L’espace d’étude, nous l’avons vu, ne doit en aucun cas être considéré comme clos, surtout en fonction de ses propriétés physiques. Néanmoins, il a bien fallu cadrer notre étude, pour des questions de faisabilité. Aussi avons-nous choisi un secteur géographique présentant de nombreux avantages pour une telle étude. Le Bassin parisien s’est de lui-même imposé. En effet, il se situe au centre de la France et ne possède pas de limites administratives. Par ailleurs, il est très intéressant au plan archéologique car nous avons pu constater que les différents faciès individualisés au Paléolithique moyen semblaient tous y être recensés. Enfin, il recèle des gisements très bien datés, et bien conservés, nécessaires à notre étude.
Au plan géographique : central en France
263Le Bassin parisien constitue une unité géologique couvrant environ 180 000 km ², créé à la suite de l’effondrement du socle ancien de l’ère secondaire (200 millions d’années) permettant à la mer d’envahir une bonne partie du territoire français et formant la grande auréole dont la Picardie et la Champagne marquent le rebord243. Pendant le Tertiaire, mers et lacs l’envahissent par deux fois en y déposant des sédiments calcaires et des sables. Puis, sous l’effet du plissement alpin
la bordure orientale du bassin se soulève à la périphérie déterminant la falaise de l’Île-de-France, ligne de côtes incurvées de la Seine à l’Oise, dont l’abrupt fortement marqué est une des formes de relief les plus typiques de la région244.
264Enfin, c’est pendant le Quaternaire que les effets d’érosion finissent par lui donner son aspect actuel.
265Le Bassin parisien est relativement central par rapport à la géographie française, délimité par le Massif armoricain à l’ouest, le Bassin aquitain au sud-ouest, le Massif central et le Morvan au sud, les Vosges à l’est, les Ardennes et l’Artois au nord [fig. 7].
266Cet espace géographique est avant tout déterminé par des caractéristiques géologiques. Excepté le Massif central, les Vosges et les Ardennes, il ne présente aucune barrière géographique importante, offrant une ouverture vers le Bassin aquitain, le Massif armoricain, et les plaines du Nord-Ouest de l’Europe.
267Il est par ailleurs drainé par cinq importants systèmes fluviaux : la Seine, la Loire, la Somme, la Meuse et la Moselle, et par de grands cours d’eau tels l’Oise, la Somme, l’Yonne, l’Aube, le Cher, etc.

Fig. 7. Représentation cartographique du Bassin parisien.
DAO : Héloïse Koehler
268Il n’en constitue pas moins un espace précis, géologique, mais nous le considérons comme ouvert, non clos, ou du moins sans a priori géographique. Présentant des attraits géographiques, c’est avant tout ses avantages archéologiques qui ont retenu toute notre attention.
Le Bassin parisien : un vide à combler au Paléolithique moyen
269Concernant le Paléolithique moyen, le Bassin parisien n’a pas fait, contrairement aux régions alentours, l’objet de synthèses récentes. Possédant de nombreux gisements moustériens connus depuis longtemps, cette entité géologique souffre avant tout d’un désintérêt de la recherche plutôt que d’un vide archéologique. Une des raisons de ce détachement historique réside dans les contextes des gisements jugés peu fiables. En effet, jusqu’il y a peu, les ensembles archéologiques recensés présentaient des contextes et calages chronostratigraphiques peu certains, rendant périlleuse toute démarche synthétique. Ce problème est à présent résolu grâce à la découverte de plusieurs sites très bien conservés et bien datés (Villiers-Adam, Angé, Soindres, Auteuil, Gron, etc., cf. infra). Ce désintérêt de la recherche peut également s’expliquer par le fait que cette entité géologique regroupe plusieurs parties liées aux différentes régions administratives (Picardie, Île-de-France, Haute- et Basse-Normandie, Bourgogne, Champagne-Ardenne et Centre). Or, nous avons pu voir dans notre historique que les recherches, et notamment les synthèses, n’ont, la plupart du temps, concerné que les régions administratives actuelles. Des synthèses sur la Picardie245, la Haute-Normandie246 ou la Bourgogne247 ont été effectivement réalisées, mais non à l’échelle globale du Bassin parisien.
270Il convient ainsi de combler cette lacune, d’autant plus qu’au plan archéologique le Bassin parisien offre d’énormes avantages pour questionner la variabilité technique moustérienne.
Archéologiquement : un carrefour ? Lieu idéal pour tester la variabilité technique du Moustérien
271De par sa position centrale au plan national et ses nombreux cours d’eau, le Bassin parisien a souvent été considéré comme occupant une position métropolitaine centrale archéologiquement, un lieu de passage et d’échange, aussi bien pour les périodes récentes (Paléolithique supérieur248, Mésolithique249, Néolithique250, etc.) que plus anciennes251.
La Seine, l’Yonne et leurs affluents constituent des vallées propices aux échanges avec le Bassin parisien. Le couloir de la Saône, prolongé par celui du Rhône, offre une voie faisant lien avec le monde méditerranéen. En bordure occidentale, la Loire s’ouvre en direction de l’Atlantique. Le plateau oriental, enfin, demeure perméable aux relations avec l’Est. Ainsi, à travers le temps, la Bourgogne se trouve-t-elle aux confins d’aires culturelles fluctuantes dont elle peut freiner les impacts, brasser les influences ou faciliter l’extension252.
272Ainsi, si pour les périodes récentes les chercheurs constatent des circulations Nord-Sud et Est-Ouest au sein du Bassin parisien, notamment grâce à la circulation des coquillages le long des axes fluviaux, ils le placent au Paléolithique moyen « au carrefour » des aires culturelles. En effet, si l’on reprend les faciès actuellement reconnus, ils semblent tous converger vers le Bassin parisien. On l’a vu, les limites sont probablement fictives étant donné que peu de recherches ont été menées dans certaines parties de cette région (Sud, Ouest et Est).
273Cette entité géologique est donc particulièrement intéressante archéologiquement sur deux plans. Premièrement, il convient d’y combler le manque de synthèse pour le Paléolithique moyen afin de connaître les limites des faciès et leurs éventuelles interactions. Deuxièmement, elle constitue le lieu idéal pour tenter d’interpréter et de tester la variabilité technique du Moustérien puisqu’elle semble receler (presque) tous les faciès. Ainsi, analysés selon une méthodologie adaptée et des critères d’étude identiques, ces ensembles techniquement distincts le sont-ils réellement et comment ?
Un corpus de choix
274Enfin, le Bassin parisien possède en certains endroits d’excellentes séquences sédimentaires, corrélées avec celles de la Picardie et de la Normandie, permettant un calage chronostratigraphique précis de certaines séries et garantissant leur intégrité au plan taphonomique.
Le MIS 5 : un cadre chronostratigraphique précis et adéquat dans le Bassin parisien
275Vouloir interpréter les différentes manifestations techniques au Paléolithique moyen va nécessairement de pair avec une bonne datation des ensembles archéologiques. Les questions de synchronie et/ou diachronie ne pourront être abordées qu’avec de bons cadres chronostratigraphiques. Heureusement, force est de constater qu’en Europe du Nord-Ouest, et en particulier en France septentrionale, d’incroyables progrès ont été fait en la matière ces vingt dernières années.
Un cadre d’étude exceptionnel
276En effet, en France septentrionale, les variations climatiques et les modifications du milieu se sont imprimées depuis l’Éémien (MIS 5e) notamment sur les versants, se traduisant par la formation de séquences pédosédimentaires incluant des complexes de sols, des niveaux d’érosion et des dépôts lossiques253. Ceci a permis une excellente conservation et dilatation des niveaux sédimentaires. Des horizons repères ainsi que des faciès « diagnostiques » ont ainsi pu être reconnus d’un point de vue stratigraphique. Une interprétation chronostratigraphique se référant au système des Pays-Bas a pu être réalisée. Grâce à l’étude de coupes de référence, notamment de Villiers-Adam en Île-de-France, de Bettencourt-Saint-Ouen et de Saint-Sauflieu dans la Somme, les grandes lignes de la stratigraphie et de l’évolution climato-sédimentaire du Pléistocène supérieur ont pu être retracées, avec parfois une précision extrême254. Ces observations ont pu être corrélées du Sud de la Belgique à la Normandie, grâce entre autres à R. Paepe255, J. Sommé256 ou J.-P. Lautridou257 qui ont établit une zonation climato-sédimentaire, en se basant sur les variations d’épaisseur et de faciès des différentes unités des dépôts weichséliens en Europe du Nord-Ouest258.
277Ainsi, le Nord-Ouest de la France, comprenant la Picardie, l’Île-de-France, le Nord-Pas-de-Calais et la Haute-Normandie sont autant d’atouts pour aborder les problématiques liées à la compréhension de la variabilité technique du Moustérien puisqu’ils possèdent en certains endroits quelques gisements moustériens très bien datés.
Le cadre stratigraphique [...] compte parmi les plus détaillés et les plus précis du territoire français et s’intègre parfaitement dans le cadre stratigraphique des lœss du Nord-Ouest européen259.
Description du Début Glaciaire Weichsélien
278Le Début Glaciaire Weichsélien est corrélable aux sous-stades isotopiques 5d à 5a et est représenté par un complexe de sols plus ou moins épais, atteignant parfois trois mètres d’épaisseur, dénommé « complexe de sols de Saint-Sauflieu260 ». Il est divisé en deux unités principales en raison de la nature de ses sols. Le Début Glaciaire A correspond aux sols gris forestiers, et le B aux sols steppiques.
279Unité inférieure/Début Glaciaire A = sols forestiers = SS-1 = 114-74 ka
280La première phase du Début Glaciaire, et de loin la plus longue, commence par un épisode très froid marqué par une importante érosion, suivi d’une succession de deux sols gris forestiers développés sur colluvions. Ces deux sols sont séparés par une phase d’érosion261.
281– OIS 5d = Herning = 114-108 ka ou 112 +/-4 ka
282Dans l’ensemble des séquences du Nord-Ouest, un niveau ancien de cailloutis a été mis évidence, constitué d’une première génération de colluvions262. Il correspond à un épisode froid, le stade de « Herning », corrélable au MIS 5d, daté à 112 +/-4 ka263. Il est également corrélable à l’oscillation Melisey I de la Grande Pile264. Cet épisode rigoureux a entraîné une baisse du niveau de la mer à-23 m NGF au minimum et la disparition des espèces tempérées265.
283Bien que mises en évidence dans de nombreuses séquences, peu d’occupations sont attribuables au MIS 5d dans les contextes de versant à cause de problèmes taphonomiques (excepté N3b de Bettencourt266). La forte érosion survenue au moment de la péjoration climatique a souvent remanié des ensembles lithiques originellement positionnés à l’Éémien, voire la fin du Saalien. Étant remaniées, la plupart des séries présentes dans ces sols seraient ainsi corrélables soit au MIS 5d, soit au MIS 5e, voire au MIS 6. Néanmoins, il est écrit dans la littérature que les séries micoquiennes du Sud-Est du Bassin parisien pourraient être attribuées au MIS 5d, en contexte de butte stampienne ou de plateau, mais leur datation est sujette à caution (voir infra).
284– MIS 5c = Brørup/St Germain I = 105 +/-12,5 ka/106-84 ka
285Puis, une première phase d’amélioration et de stabilisation du paysage de type interstadiaire est perçue, corrélable à l’interstade de Brørup/Saint-Germain I et au début de la phase à sols gris forestiers267. Il s’agit d’une manifestation, en milieu de versant, du premier interstade forestier à forêt boréale relative au MIS 5c, soit à 105 ka +/-12,5. Les caractéristiques pédosédimentaires et micromorphologiques du sol oscillent entre un Bt de sol brun lessivé (éémien) et un Bth de type gris forestier. Ce sol est appelé « sol de Bettencourt ».
286Beaucoup de sites sont conservés dans ce sol, et sont souvent très riches en artefacts lithiques (Villiers-Adam, N3a de Bettencourt, Sains-en-Amienois, Seclin, Fresnoy-au-Val SB268).
287– MIS 5b = Rederstall ou Melisey II, vers 85 ka
288Une nouvelle dégradation climatique intervient par la suite, correspondant à l’épisode de Rederstall ou Melisey II, daté autour de 85 ka269. Aucun gisement n’est attribué à cette phase pour le moment. Il s’agit d’une phase d’érosion due à une péjoration climatique.
289– MIS 5a à sols gris forestier = Odderade/St Germain II = 84-74 ka
290Puis, une nouvelle génération de colluvions limono-argileuse très compacte se met en place, correspondant à la deuxième phase de sols gris forestiers270. Elle est corrélable au MIS 5a et à la deuxième phase de stabilisation du paysage. On y voit en effet un horizon Bth typique des sols gris forestiers de la France du Nord-Ouest271. Ces caractéristiques spécifiques se retrouvent sur le sol SS-1 du complexe de sols de Saint-Sauflieu dont le développement est attribué à l’interstade Odderade/SaintmainGermain II272. Il est datable entre 74 et 84 ka273.
291À Villiers-Adam, ce sol se découpe en trois horizons distincts (unités 13, 12 et 11), s’inscrivant bien dans la même oscillation climatique. Les âges TL-IRSL situent l’unité la plus récente à 73,1 +/-6,8 ka BP (unité 11) et la plus ancienne vers 83,9 +/-10 ka BP (sommet unité 13). Ces dates concordent en tout point avec celles obtenues à Saint-Sauflieu274 et à BettencourtSaint-Ouen275. Une précision chronologique est donc accrue puisque trois unités n’excédant pas 2 000 ans sont repérables. De plus, si les séries se positionnent à la base ou au sommet de ces unités, la position chronologique se précise, couplée aux datations absolues. Par exemple, le gisement de Mauquenchy offre deux occupations au sein du même sol gris forestier, mais une à la base (Wa2) et une au sommet (Wa1)276. Elles sont donc positionnées avec une grande précision, ce que les datations confirment (87,7 +/-7,6 ka BP pour le niveau Wa2 situé à la base du sol forestier et 77,6 +/-7,2 ka BP pour le sus-jacent, Wa1 situé au sommet du sol gris forestier277).
292De nombreux gisements peuvent être corrélés à cette phase, tels N2b de Bettencourt278, CA de Riencourt279, Mauquenchy280 Fresnoy-au-Val BSGF281, Hermies « Le Champ Bruquette282 ».
293– Dégradation 75-73 ka
294Ces sols gris forestiers marquent ensuite dans tous les profils la fin du Début Glaciaire A par un épisode majeur de gel saisonnier profond et une phase d’érosion localement soulignée par un petit cailloutis283. On assiste ainsi à une phase de déstabilisation majeure du climat, avec une accentuation des processus de gel-dégel décrite dans la plupart des profils de l’Europe du Nord-Ouest284. Elle est responsable de la formation des « horizons blanchis » géliflués, comme ceux de Rocourt et Remicourt en Belgique285. Cet épisode est rapporté à la crise climatique de la fin du MIS 5a, vers 75-73 ka et marque la limite avec la deuxième phase du Début Glaciaire nettement plus aride (phase à sols steppiques).
295Unité supérieure/Début Glaciaire B = SS-2, SS-3a et SS-3b = 72-68 ka
296Dans les coupes du bassin de la Somme, les géologues observent une nette évolution de la sédimentation vers un contexte où les apports éoliens locaux sont de plus en plus notables marquant la deuxième phase du Début Glaciaire (B286). On assiste alors à la constitution de sols isohumiques de type steppique, traduisant une très grande instabilité climatique qui s’exprime très bien en domaine continental où la dynamique éolienne commence à se développer287.
297Ces sols sont mis en parallèle avec les oscillations rapides situées entre 74 et 71 ka BP dans les séquences de glace GRIP et GISP II, soit une durée de 4 000 ans (interstades 19 et 20288) à la fin du MIS 5a et à la transition MIS 5a/4289.
298De fait, le positionnement chronostratigraphique des séries se précise davantage. Ceci est accru par la rapidité des oscillations climatiques qui durent moins de 1 000 ans, rapidité visible également dans les carottes de l’Atlantique Nord290.
299La succession de trois sols steppiques a été mise en évidence, permettant de corréler avec une grande précision les gisements SS-2, SS-3a, et SS-3b. Ainsi, pour certaines séries très peu perturbées verticalement, selon la position de l’industrie à la base ou au sommet d’un de ces sols, une précision d’un demi-millénaire peut être apportée, fait inédit pour nos périodes, et qui rattrape les périodes plus récentes en termes de précision chronologique.
300De nombreux gisements du Nord de la France appartiennent à ces sols steppiques, tels Blangy-Tronville ; N1 Bettencourt291 ; Villers-Bretonneux dans la Somme292, Gouy-Saint-André293 dans le Pas-de-Calais.
301Ainsi, certaines séries, notamment du Nord de la France et du Bassin parisien, bénéficient d’un excellent cadre chronostratigraphique, permettant des datations de plus en plus précises, parfois de l’ordre du demi-millénaire. Ces données se rapprochent de celles des périodes plus récentes et peuvent nous permettre, avec certes certaines nuances et précautions, d’aborder les problématiques relatives aux regroupements d’industries et à leur interprétation. Il reste à déterminer si les ensembles lithiques sont suffisamment cohérents et homogènes pour nous permettre de telles démarches.
Études taphonomiques : des séries lithiques cohérentes et homogènes
302Pour comparer des séries entre elles, il est indispensable de se reposer sur des ensembles archéologiques cohérents et fiables294. Pour cela, il apparaît nécessaire, dans une étude archéologique, de prendre en compte les analyses taphonomiques, en particulier l’examen de la formation des sites eux-mêmes, pour connaître l’intégrité de l’assemblage. En effet, on a vu qu’en l’absence de telles études, le risque est grand de s’engager dans des interprétations erronées295.
303Les analyses taphonomiques permettent de vérifier :
- l’intégrité des ensembles lithiques (ces derniers ne sont-ils pas quantitativement et qualitativement tronqués par des phénomènes post-dépositionnels et/ou de sélection liée à la récolte) ;
- l’intégrité de l’outillage (est-il bel et bien anthropique) ;
- l’intégrité des couches archéologiques (sont-elles bien identifiées, et ne relèvent pas de palimpsestes) ;
- et enfin l’intégrité temporelle.
Intégrité des ensembles lithiques
304Une étude technologique cohérente est nettement plus aisée (et valide ?) lorsque l’ensemble lithique est numériquement intègre. Il faut donc savoir si ce dernier est bien le reflet de la (quasi-) totalité des vestiges laissés par les artisans et non pas d’une quelconque sélection lors de la fouille/ramassage ou de phénomènes post-dépositionnels. Disposer de (presque) tous les éléments d’une chaîne opératoire facilite la compréhension et la reconstitution de cette dernière, c’est-à-dire de la phase d’acquisition de la matière première jusqu’au rejet de l’outil. Cela est également primordial pour toute approche techno-économique. Avant d’avancer des hypothèses d’import ou d’export d’artefacts, il faut nécessairement s’assurer que l’ensemble lithique est intègre et que la totalité des vestiges a été collectée. On doit être certains que l’absence d’éléments de la chaîne opératoire n’est pas le fruit de phénomènes post-dépositionnels et/ou d’un tri sélectif du matériel.
305Il s’avère que certains gisements de la phase récente du Paléolithique moyen, notamment dans le Nord de la France et dans le Bassin parisien, prétendent à une intégrité de leurs vestiges. En effet, leurs niveaux archéologiques sont majoritairement bien préservés dans des sols spécifiques ayant permis une bonne conservation du matériel lithique. Par exemple, le niveau N2b de Bettencourt-Saint-Ouen dans la Somme est situé à la base d’un sol gris forestier, ce dernier ayant été piégé par une sédimentation colluviale lente et progressive ne perturbant pas la répartition des artefacts selon un modèle observable au Boréal296. Les artefacts lithiques ne sont que peu perturbés, à l’instar d’autres sites stratifiés de la région pour cette période.
306Néanmoins, afin de s’assurer de l’intégrité des ensembles lithiques, procédons à l’énumération des facteurs ayant pu les perturber. Ceci est d’autant plus important qu’ils relèvent d’une très grande profondeur temporelle (+/-100 000 ans) ayant pu davantage nuire à leur homogénéité.
307Le premier facteur de perturbation réside dans le fait que la plupart de ces gisements se situent en contexte de versant en pente douce, cette dernière variant généralement entre 7 et 8 %297. Néanmoins, l’enfouissement des vestiges a été très rapide et le sédiment s’est mis en place par colluvion lente sous couvert forestier, perturbant très peu les artefacts originels. De plus, ces sols sont d’une épaisseur d’environ 50 cm, préservant les vestiges des phénomènes périglaciaires (gel-dégel) survenant bien après. Les principaux éléments perturbateurs au plan spatial s’avèrent être les phénomènes de bioturbation, dilatant le niveau archéologique sur une vingtaine de centimètres ou plus.
308Si ces facteurs ont pu créer des déformations au plan spatial, ils n’ont pas affecté l’intégrité et la cohérence de l’ensemble lithique. La plupart de ces séries sont issues de fouilles préventives qui ont bénéficié de décapages extensifs, c’est-à-dire de fouilles sur de très grandes superficies, ayant permis la récolte de la quasi-totalité du matériel lithique. Il n’y a, par conséquent, pas sélection du matériel lors de sa collecte. Ainsi, même si les artefacts ont pu glisser de quelques mètres ou être dispersés sur 30 cm d’épaisseur, cela n’a que très peu d’impact sur un gisement fouillé sur plus de 3 000 m² par exemple.
309Par ailleurs, au plan horizontal, les pièces archéologiques semblent avoir subi finalement peu de remaniements. Si sur certains gisements les éléments les plus légers tels que les esquilles semblent avoir été emportées par lessivage (par exemple, Villiers-Adam298), le reste du matériel n’est que faiblement affecté par les phénomènes post-dépositionnels. Cela se vérifie par la répartition des vestiges au sol, par leur état de conservation et leurs études technologiques.
310En effet, des pièces gélifractées ont été retrouvées côte à côte au sein de nombreux sites, induisant une très faible voire inexistante dispersion du matériel lithique. De plus, ces gisements présentent des zones de concentration de matériel en position quasiment primaire comme l’attestent les importants remontages. On pourrait alors presque parler d’amas de débitage au sens propre du terme (c’est-à-dire non perturbé, dont tous les éléments remontent par ordre inverse du débitage).
311D’autre part, les analyses technologiques et spatiales attestent de l’homogénéité et de l’intégrité des chaînes opératoires299. En outre, le matériel est excessivement frais, les arrêtes sont rarement émoussées et bon nombre d’artefacts sont favorables aux analyses tracéologiques. Des polis sont même souvent conservés.
312Aussi, si certaines perturbations post-dépositionnelles ont pu affecter la nappe d’artefacts originels comme défavoriser la conservation des taxons fauniques, l’intégrité des séries lithiques n’en est pas moins garantie. Elles ne constituent en aucun cas un frein à leur compréhension technologique. Les séries lithiques sont donc relativement complètes et aptes à délivrer des informations technologiques pertinentes. Mais sont-elles bien issues d’une seule et même occupation ? En d’autres termes, ne relèveraient-elles pas de mélanges (palimpsestes) ?
Contemporanéité des occupations (palimpsestes)
313La question de l’intégrité des occupations est très importante car on a pu voir que des méprises sérieuses avaient été faites à partir de mélanges de couches archéologiques300. Il faut donc s’assurer d’une relative contemporanéité de l’ensemble des vestiges d’un niveau archéologique.
314Concernant les gisements de la France septentrionale et du Bassin parisien, le mélange d’occupations différentes au sein d’une même couche archéologique (palimpseste) peut poser problème. On a vu que certaines séries s’étalaient sur des superficies très importantes (jusqu’à 6 881 m ² pour le site d’Angé). Elles constituent parfois des nappes continues d’artefacts, mais avec des zones de concentration plus marquées. Or, il est quelquefois impossible de garantir la stricte contemporanéité de l’ensemble des vestiges d’un même niveau. Ceci a amené P. Depaepe à identifier plusieurs sites différents, bien qu’occupant un seul et même niveau archéologique, lors de l’analyse de la répartition spatiale des artefacts des gisements de la vallée de la Vanne en fonction des concentrations de ces derniers301. C’est également ce phénomène qui fait actuellement douter J.-L. Locht de la stricte contemporanéité des différentes chaînes opératoires présentes dans ces gisements et notamment le débitage laminaire302.
315Ainsi, il n’est pas exclu que ces séries puissent être le reflet de plusieurs occupations, bien que rapprochées dans le temps en raison d’une même position stratigraphique. Il faut donc rester prudent lors de leur analyse. Une étude détaillée de leurs systèmes techniques de production et de leur outillage devrait néanmoins nous permettre de savoir si, au plan technique, ces séries sont similaires.
Taphonomie et intégrité de l’outillage
316Enfin, il faut s’assurer du caractère anthropique des pièces retouchées, pour ne pas répéter les erreurs du passé (cf. supra). Certaines séries de la France septentrionale et du Bassin parisien, on l’a évoqué, n’ont été que peu perturbées303. Les objets lithiques y sont très frais, permettant pour certains de bénéficier d’analyses tracéologiques poussées. Nous vérifierons néanmoins chaque pièce retouchée à la loupe binoculaire pour s’assurer du caractère anthropique des retouches ou altérations, traquant principalement les doubles patines et les enlèvements liés aux coups de godet des pelles mécaniques.
317À l’instar du Paléolithique supérieur, nous devrions être à même, du moins en théorie, de reconstituer les chaînes opératoires au Paléolithique moyen sur la base du matériel lithique. Ceci nous permettrait de mettre en lumière les schèmes/ concepts qui les régissent ainsi que leurs options, de regrouper et séparer les ensembles archéologiques. De nombreuses séries moustériennes sont techniquement homogènes, complètes et bien conservées. Il n’y a donc pas de raison technique au fait qu’on ne puisse identifier des groupes à partir du matériel lithique au Paléolithique moyen.
Bilan : le choix du corpus
318Ainsi, nous avons considéré notre corpus d’étude en fonction des écueils soulevés lors de l’historique. Pour cela, nous avons choisi des séries lithiques homogènes et intègres, tant au plan taphonomique que chronostratigraphique. Elles sont issues de contextes fiables et sont bien datées. Elles se situent par ailleurs dans une région propice aux interrogations relatives à l’identité technique moustérienne en raison des nombreux faciès présents au sein de cette dernière.
Étude en détail dans la synchronie
319Dans un premier temps, quatre séries lithiques appartenant à la même tranche chronologique, à savoir l’OIS 5a, ont été analysées selon des approches synchroniques. Les séries d’Angé (Loir-et-Cher304), d’Auteuil, niveau supérieur (Oise305), de Mauquenchy Wa1 et Wa2 (Seine-Maritime306) ont ainsi bénéficié d’études détaillées [fig. 8]. Elles ont retenu notre attention car elles possèdent un contexte relativement fiable, des datations assez précises et se situent aux quatre portes du Bassin parisien, nous offrant une étude spatiale élargie. De plus, bien qu’ayant bénéficié de décapages extensifs, elles sont numériquement très différentes. Quand plus de 23 000 artefacts sont recensés à Angé, traduisant probablement plusieurs occupations répétées et longues, moins de 300 sont présents dans les niveaux Wa1 ou Wa2 de Mauquenchy, accumulés dans des concentrations et témoignant de halte temporaire ; et plus de 1 000 vestiges lithiques sont dénombrés à Auteuil, dont un fort pourcentage d’objets retouchés pouvant traduire des activités variées. Ainsi, ces gisements traduisent a priori différentes fonctions ou du moins types d’occupation. Or, nous avons pu voir dans l’historique (cf. supra) que des hypothèses économiques singulières se profilaient. Il était donc intéressant de comparer des gisements aux corpus (fonctions ?) variés.

Fig. 8. Localisation spatiale des sites étudiés. DAO : Héloïse Koehler
Étude de certains éléments dans un cadre chronologique plus vaste (MIS 5a-MIS 5d)
320Afin de tester nos modèles interprétatifs et d’aller plus loin dans la discussion, il paraissait important de regarder un maximum de séries, pour pouvoir notamment « jouer » avec les différents critères retenus et échelles d’analyse observées.
321Aussi avons-nous intégré par la suite des données moins détaillées issues de séries weichséliennes, dans la synchronie (MIS 5a) et dans la diachronie (du MIS 5d au 5c), provenant de l’ensemble du Bassin parisien [fig. 9]. Nous n’avons pour cela étudié en détail que certains éléments de ces séries, tels les objets retouchés, les pointes et les lames, et délaissé certains aspects comme les modes de production quand ces derniers étaient déjà bien documentés. Aussi, les séries de Villiers-Adam (Val-d’Oise, MIS 5c307), de Soindres, niveaux C, D et E (Yvelines, MIS 5a308), de Vinneuf (Yonne, MIS 5d309) et de Verrières-le-Buisson (Essonne, MIS 5d310) ont été examinées de la sorte.
322Nous nous demandions, dans l’introduction, si l’incompréhension et la non-interprétation de la variabilité technique moustérienne pouvaient être corrélées au manque de fiabilité des vestiges archéologiques. Il semblerait que le choix du corpus puisse écarter cette unique explication. Il n’en reste pas moins à tenter de comprendre si les critères d’étude et échelles d’analyse observées ont une influence sur notre classification des données et leur interprétation. Pour cela, nous avons élaboré une grille d’analyse singulière car se voulant avant tout interrogative.

Fig. 9. Récapitulatif des séries étudiées, exhaustivement et partiellement
La base de données : mesurer les différences et/ou les ressemblances ; à quel niveau se place la variabilité ?
323Nous présentons en premier lieu les principes généraux de la base de données, pour ensuite décrire en détail l’ensemble des critères pris en compte.
324La base de données permet d’interroger les industries selon des critères et des échelles d’analyses variés.
Les critères
Les objets : étude « technométrique »
325Dans un premier temps, les produits finis ont été examinés. Ils ont été tout d’abord considérés comme des « objets », des individus techniques, caractérisés par une addition de caractères morphométriques et non comme appartenant à telle phase de production. C’est pourquoi nous ne parlons pas dans un premier temps d’éclats, ni de pointes, mais par exemple « d’objets quadrangulaires » ou « d’objets triangulaires ». Contrairement aux études typologiques classiques (ne se focalisant généralement que sur la forme des objets), nous nous sommes concentrée sur leurs caractères techniques (les propriétés des tranchants, des parties non coupantes, etc.). Ils seront replacés dans la chaîne opératoire lors de l’étude des modes de production.
326Les critères d’analyse ont été choisis en s’inspirant librement de la « méthode du tranchant d’abord » ou « technofonctionnelle311 » (cf. supra).
Le corpus
327Nous avons considéré l’ensemble des produits de la chaîne opératoire, les bruts comme les retouchés. Les bruts car il est à présent évident, et maintes fois démontré, que ces derniers ont été pour beaucoup recherchés pour eux-mêmes, étant parfois au plus près de la forme désirée, ne nécessitant pas de retouches ultérieures312. Ils ont donc été utilisés bruts, comme les nombreuses analyses tracéologiques le confirment313. Il s’agit dans ce cas, la plupart du temps, d’objets dits « prédéterminés », c’est-à-dire de première intention. Néanmoins, il a été clairement démontré que les déchets de production étaient aussi parfois utilisés bruts (traduisant ainsi une économie du débitage ? voir les éclats débordants utilisés bruts et ayant un rôle prédéterminant dans le schéma opératoire). Produits bruts, de première ou seconde intention, sont souvent utilisés et doivent donc pour certains être considérés comme des outils. Ceci explique en partie le faible taux d’objets retouchés dans nos séries (entre 1 % et 8 % de l’ensemble) et plus particulièrement dans les séries septentrionales de plein air (souvent moins de 3 % d’objets retouchés)314.
328Aussi, était-il nécessaire de prendre dans notre corpus les produits bruts de retouche. Pour cela, deux axes ont été privilégiés :
- nous avons d’abord analysé les produits retouchés pour connaître leurs caractères techniques. Puis, nous avons voulu savoir si, parmi les produits bruts, certains ne partageaient pas les mêmes caractères morphométriques. Ceci parmi l’ensemble des produits bruts, de l’éclat cortical à l’éclat prédéterminé. Aussi, nous sommes partie du principe que des objets bruts partageant exactement les mêmes propriétés que les retouchés ont pu avoir un rôle d’outil potentiel, c’est-à-dire être recherchés également pour eux-mêmes (ce qui n’exclut en rien le fait qu’ils soient prédéterminants au débitage, c’est-à-dire qu’ils ne soient pas les objets premièrement recherchés) ;
- deuxièmement, et c’est la démarche qui a été la plus importante, nous n’avons retenu parmi les produits bruts que ceux qui possédaient des caractères particuliers visibles traduisant une intention certaine. C’est ainsi que nous avons privilégié les objets partageant un ou plusieurs caractères morphométriques visibles.
329Pour ces deux démarches, c’est la récurrence qui a souvent été privilégiée, facilitée par l’étude de séries aux corpus numériquement importants. Nous avons effectivement favorisé la répétition d’objets aux caractères techniques identiques, traduisant une intention certaine.
330De fait, cette première démarche ne se veut pas exhaustive. Il est certains que toutes les intentions n’ont pas été observées, et inversement, que d’autres ont pu être parfois exagérées puisque nous avons en amont opéré un tri. Néanmoins ce biais est par la suite compensé par l’étude technologique, qui est, elle, complète et exhaustive.
Les critères
331Nous regardons l’objet selon trois vues : en plan (c’est-à-dire que l’observateur est placé au-dessus de la pièce), en vue sagittale (profil longitudinal) et en vue frontale (section transversale, un plan sécant coupant la pièce à un ou plusieurs niveaux) [fig. 10315, n° 1]. Par soucis comparatif de représentation, l’objet est arbitrairement et systématiquement placé dans sa longueur maximale, indépendamment de son axe technologique.
332Nous observons principalement sur ces objets 9 critères différents :
3331. La forme générale
334Une première division a été opérée en fonction de la forme générale des objets, c’est-à-dire selon des formes géométriques simples = vue en plan. Nous avons regroupé l’ensemble des objets en trois principaux « groupes » de formes, le préfixe « sub- » étant rajouté quand la forme n’est pas nette [fig. 10, n° 2] :
- les objets (sub) quadrangulaires et (sub) ovalaires courts aux bords non convergents ;
- les objets (sub) quadrangulaires et (sub) ovalaires allongés aux bords non convergents. Ils se distinguent des précédents par une allure nettement plus allongée, dont la longueur est au moins deux fois supérieure à la largeur ;
- les objets (sub) triangulaires, allongés ou non, caractérisés principalement par une extrémité convergente.
335Une fois la forme générale individualisée, la morphologie des artefacts ainsi que leurs caractères techniques et métriques ont été minutieusement observés.
3362. La géométrie
337Nous apprécions la géométrie des objets par rapport à leurs axes longitudinaux (vue en plan). En effet, un objet est dit « symétrique » quand les deux parties de part et d’autre de son axe longitudinal sont identiques–c’est-à-dire que les deux bords ont des délinéations, des plans de section et des angulations similaires. Ce paramètre nous semble important dans la mesure où il nous renseigne sur la recherche des caractères de l’objet (identiques, différents ou variables).

Fig. 10. Critères d’analyse observés pour les objets
1 : les trois vues d’observation ; 2 : les différentes formes d’objet et la morphologie de leur partie distale ; 3 : les délinéations des bords ; 4 : les profils longitudinaux ; 5 : les délinéations des fils tranchants en vue sagittale. DAO : Héloïse Koehler
3383. L’extrémité distale
339Nous nous intéressons précisément à la partie distale de l’objet pour connaître sa morphologie. Pour les objets (sub) triangulaires, trois types d’extrémités convergentes sont mis en lumière. La première distinction concerne ceux possédant une extrémité appointée (pointue) de ceux présentant une extrémité arrondie (non pointue) [fig. 10, n° 2]. Puis, au sein des objets dont l’extrémité est appointée, nous mesurons l’angle en plan de cette dernière, qui peut être aigu (< 65°), qualifiant l’extrémité appointée de « resserrée », ou ouvert (> 66 o) définissant l’extrémité appointée de « large ». Ces observations sont intéressantes à soulever car, a priori, des objets triangulaires dont l’extrémité est appointée resserrée n’auront pas le même potentiel fonctionnel que d’autres à extrémité arrondie et ne sont probablement pas recherchés pour les mêmes propriétés.
340Pour les objets (sub) quadrangulaires et (sub) ovalaires, l’extrémité distale peut être droite, arrondie, concave, ou irrégulière [fig. 10, n° 2].
3414. La délinéation des bords
342La délinéation des bords est également soigneusement observée. Selon la vue en plan, elle peut être convexe, rectiligne, rectiligne avec rupture, concave, concavo-convexe, denticulée ou irrégulière [fig. 10, n° 3].
343Elle est également observée selon une vue de profil longitudinal/plan sagittal [fig. 10, n° 5]. Les bords peuvent avoir une délinéation rectiligne (en général dans les produits bruts) ou présenter une délinéation « micro-sinusoïdale »/ » en dent de scie » ou « macro-sinusoïdale »/ » sinueuse » (par gros enlèvements bifaciaux, inverses ou alternes avec de forts contre-bulbes).
3445. Le profil
345Nous regardons la morphologie du profil longitudinal, ce qui nous renseigne sur le degré de courbure ou de rectitude de l’objet [fig. 10, n° 4]. Elle peut être droite, courbe, torse ou bombée. Il est aussi intéressant d’observer, à l’instar de l’épaisseur, si des « ruptures » du profil sont perceptibles au sein d’un même objet.
3466. Le gabarit et les dimensions
347Nous nous intéressons particulièrement au gabarit et aux dimensions des objets. Nous mesurons l’objet (en mm), ce qui nous amène à la notion d’allongement ou rapport longueur/largeur. Cela nous permet également de mesurer l’épaisseur de la pièce, au niveau de la partie proximale pour laquelle l’épaisseur est généralement la plus importante, au niveau mésial et distal, ceci afin de savoir si des « ruptures » sont perceptibles dans la pièce selon ce critère. À l’instar du rapport longueur/largeur, l’épaisseur est nécessaire à prendre en compte car elle nous renseigne sur la robustesse ou la gracilité recherchée et sur les éventuelles normalisations des épaisseurs. Le cas échéant, cela peut nous renseigner sur d’hypothétiques contraintes liées à l’emmanchement nécessitant des outils d’épaisseur identique (pour rentrer dans un manche préconçu par exemple).
3487. Les sections
349La morphologie des sections est soigneusement regardée selon un plan frontal/vue transversale ; elle peut être triangulaire latéralisée ou non, trapézoïdale latéralisée ou non, et plate. Ceci permet secondairement d’apprécier la robustesse de la pièce et de voir si elle est constante. C’est pourquoi nous introduisons l’adjectif « mince » dans la morphologie des sections.
3508. Angles et plans de section
351Nous portons une attention particulière aux bords tranchants. Leurs angles sont soigneusement mesurés, notamment celui se situant à proximité du fil, sur quelques mm d’ampleur316. Et leurs plans de section, formés par la rencontre des deux surfaces formant le bord, sont analysés. Plusieurs cas sont identifiables : ils peuvent être plan-convexe ; biplan ; concavo-convexe ou biconvexe.
3529. La position et le nombre des parties non coupantes
353Enfin, nous observons également avec attention les bords non coupants. Un bord est interprété comme potentiellement non tranchant quand il forme un angle proche de 75° avec les deux surfaces, formant une « troisième surface317 ». Il est représenté graphiquement par un rectangle gris. Ceci nous permettra de regarder la localisation et le nombre des bords non tranchants, pouvant nous renseigner sur les parties potentiellement préhensives.
354Nous tenons à préciser que les caractères techniques individualisés ne présageront en rien d’une quelconque fonction. Notre approche nous permet seulement d’identifier des « types » d’objets, pouvant être rassemblés en « famille » au sein de laquelle pourrait s’exprimer une certaine variabilité.
355Une fois les caractères techniques de la production analysés, nous nous intéressons à leur mode de fabrication, ceci afin de dégager d’autres niveaux/degrés d’analyse. Nous pourrons ainsi voir si les différents objets déterminés précédemment relèvent de schémas opératoires spécifiques et s’ils varient d’un site à l’autre.
Les modes de production : étude technologique
356Nous cherchons à savoir comment les artisans ont fabriqué leurs objets par une étude technologique (cf. historique). À l’instar des objets, nous analysons les gestes techniques selon des considérations des plus générales à une extrême précision.
Les structures (débitage/façonnage)
357Nous nous intéressons dans un premier temps aux « structures » des modes de production ; nous cherchons principalement à savoir si les artisans ont obtenu leurs produits à partir d’une masse qu’ils ont sculptée (façonnage) ou du fractionnement d’un bloc (débitage).
Par structure, nous entendons une forme intégrant et hiérarchisant un ensemble de propriétés techniques qui aboutissent à une composition volumétrique définie. C’est une forme caractérisée par l’ensemble des relations hiérarchiques et fonctionnelles des propriétés techniques318.
La gestion des modes de fracturation des structures de débitage
358Puis, on observe au sein de chaque structure de débitage la gestion des plans de fracturation des enlèvements détachés par rapport à l’intersection de la surface de débitage et de la surface du plan de frappe [fig. 11, n° 1]. Ce paramètre est important car il nous renseigne d’une part sur le type de « système volumétrique » choisi, c’est-à-dire la façon dont le bloc de matière première est appréhendé par les artisans au plan géométrique (en trois dimensions) ; et il détermine d’autre part certaines caractéristiques technométriques essentielles des produits débités.
359En effet, une gestion « plane », c’est-à-dire lorsque le détachement des produits s’effectue parallèlement à l’intersection des surfaces de débitage/plan de frappe, aux dépens d’une face relativement plane, permet à l’onde de choc de se propager au maximum et donc de détacher des enlèvements allongés, minces et souvent larges.
360À l’inverse, une gestion « sécante », c’est-à-dire lorsque les produits sont détachés selon un axe oblique par rapport à l’intersection des deux surfaces du nucléus sur une surface très convexe, en rentrant davantage dans la matière, donne un maximum de produits courts et épais.
361Enfin, une gestion « volumétrique », en détachant des produits dans l’épaisseur du nucléus, aux dépens d’une surface étroite et resserrée, selon un angle de fracturation perpendiculaire à l’intersection des surfaces de débitage/plan de frappe, permettra d’extraire des objets allongés et étroits, à section relativement épaisse.
362Les degrés d’aménagement et d’investissement du volume pour les structures de débitage (structures additionnelles et intégrées)
363Puis, au sein de chaque structure, nous individualisons les degrés d’investissement et d’aménagement du volume réalisés pour obtenir un produit à la forme plus ou moins prédéterminée et prévisible.
364Pour cela, nous nous basons sur la classification des nucléus d’É. Boëda319. Cette dernière repose principalement sur la différence entre des structures dites « additionnelles » et celles dites « intégrées » [fig. 11, n° 2].

Fig. 11. Les différentes gestions du mode de fracturation et les degrés d’investissement du volume pour les structures de débitage
1 : les différentes gestions du mode de fracturation (DAO : Héloïse Koehler) ; 2 : les degrés d’investissement du volume pour les structures de débitage (structures additionnelles et intégrées). D’après Éric Boëda, « Classification structurale des nucléus à lame au Paléolithique. Application aux industries du Paléolithique moyen, intermédiaire et supérieur du Proche-Orient », communication à la table-ronde Le Débitage laminaire du Paléolithique au Néolithique, organisée par François Bon, Jean-Guillaume Bordes, Anne Delagnes et Nicolas Tessandier, Les Eyzies, 2006.
365Une structure additionnelle est un volume qui n’est investi que partiellement à un ou plusieurs endroits. Ce dernier est alors conçu en deux sous-ensembles, un opérationnel/fonctionnel (= investi par l’artisan) et un non opérationnel/fonctionnel (= non investi par l’artisan), qui sont indépendants, ne créant pas de structure volumétrique particulière. La durée de vie d’une structure additionnelle est ainsi limitée à la portion investie, ne permettant pas une production exhaustive au débitage, ou des réaffûtages successifs au façonnage. Pour pallier cela, l’artisan peut parfois investir une autre partie du volume (si ce dernier le permet), mais qui n’aura aucun lien avec la précédente, et pouvant l’endommager.
366Contrairement aux structures additionnelles qui se retrouvent vite bloquées, les structures dites « intégrées » ont généralement une durée de vie plus longue (potentiellement du moins). Pour ces dernières, l’artisan doit concevoir mentalement la totalité du volume préalablement à sa taille, et donc en avoir une image conceptuelle (= représentation mentale et abstraite d’un objet). C’est pourquoi le mot de « concept » leur est souvent associé. Le volume subit un aménagement créant une nouvelle entité à part entière, l’ensemble opérationnel/fonctionnel se confondant avec l’intégralité de ce dernier. La structure reste–et doit nécessairement rester–stable durant toute l’exploitation.
367Puis, au sein des structures additionnelles et intégrées, É. Boëda amène de nouvelles distinctions.
368Les systèmes de débitage (distinction du choix du support et présence ou non d’aménagement du volume : systèmes de type C, D, E et F)
369– Au sein des structures additionnelles : types C et D
370Les structures additionnelles se caractérisent par le fait de ne posséder qu’une partie du volume exploitée, sans lien avec le reste de matière première. Or, cette partie exploitée peut avoir subi un aménagement, ou au contraire, avoir été utilisée brute, le support de départ présentant naturellement les critères adéquats320. En fonction de ces paramètres, deux systèmes sont individualisés : C et D.
371Selon la classification des nucléus d’É. Boëda321, les systèmes de type C ne présentent aucun aménagement du volume préalablement au détachement des éclats. Au contraire, l’extraction des produits est effectuée sur une surface naturellement adéquate. Il s’ensuit une phase de sélection du support assez importante car remplaçant celle d’aménagement. Il s’agit de nombreux débitages dits « directs », ou polyédriques, clactonien, etc.
372Les nucléus de type D présentent, à l’inverse, un aménagement de leur partie exploitée. Il s’agit des mêmes types de débitage que précédemment (types C), excepté que la phase de sélection n’est pas la même, les supports nécessitant un aménagement d’une partie de leur volume. On peut citer certains débitages de pointe recensés sur des sites moustériens septentrionaux, dont l’exploitation ne concerne qu’une partie du volume et qui sont initialisés par l’extraction de deux enlèvements convergents (Villiers-Adam322 ou Bettencourt-Saint-Ouen323). Le débitage peut se poursuivre par la suite sur d’autres portions du bloc, sans lien avec les précédentes.
373– Au sein des structures intégrées : systèmes de types E et F
374À l’inverse des structures précédentes (additionnelles), les intégrées se caractérisent par la prise en compte de la part des artisans de la totalité du volume, chaque élément y étant lié324. Néanmoins, des différences peuvent être faites quant au degré d’aménagement de ce volume et à sa prise en compte dès le début de son exploitation ou non, différenciant les types E et F.
375Les systèmes de type E se caractérisent par une exploitation, au départ, uniquement sur une partie localisée du support suffisant à rendre ce dernier opérationnel. Mais contrairement aux structures précédentes (dites additionnelles), la poursuite de l’exploitation est réalisée grâce à l’investissement sur d’autres parties du support en liens directs avec la première. Reposant sur le principe d’auto-configuration, l’exploitation de la première partie du volume va mettre en place les critères techniques nécessaires à l’exploitation d’une deuxième partie, elle-même conditionnant l’exploitation d’une troisième partie, et ainsi de suite. De fait, le volume est conçu dès le départ comme pouvant être potentiellement investi intégralement. Il peut changer de morphologie selon son degré d’exploitation, n’étant pas nécessairement totalement investi. Les nucléus pyramidaux ou Discoïdes illustrent parfaitement ces structures.
376Enfin, d’autres structures sont dès le départ configurées, constituant une entité à part entière, un système où chaque partie du volume est en étroite relation et interdépendance avec l’autre. Elles sont dénommées système « F »325. Cet état de configuration fait suite à une étape d’initialisation, qui dépend de la morphologie du volume de départ et des objectifs recherchés. Il s’agit des conceptions Levallois et laminaires du Paléolithique supérieur.
377Puis, nous nous intéressons en dernier lieu aux différentes méthodes mises en ouvre (initialisation, exploitation) au sein des différents systèmes afin de connaître les schémas opératoires.
Les méthodes
378La méthode est la liaison entre la conception abstraite de l’objectif et sa réalisation concrète326. Nous étudions pour cela en détail l’enchaînement des gestes techniques afin d’appréhender leur variabilité ou leur stabilité, de la phase d’aménagement à l’extraction du produit, en essayant quand cela est possible, de connaître avec précision les différentes séquences du débitage. Car « à chaque structure technique pourra donc correspondre différentes méthodes327 ».
Appréhensions économiques
379Une attention particulière a été portée sur les économies de production328. L’historique des recherches nous a amenée à nous interroger sur les hypothèses économiques particulières des artisans moustériens. En effet, on s’est aperçu que grossièrement à chaque « faciès » correspondait un contexte de gisement particulier. Ceci, couplé aux études technologiques montrant parfois d’importantes fracturation des chaînes opératoires dans l’espace et le temps (M. Soressi, pour le MTA329 ; J.-L. Locht330, É. Goval331 et H. Koehler332 pour le Technocomplexe du Nord-Ouest), nous pousse à analyser en détail ces aspects. Pour cela, nous nous basons sur les définitions de C. Perlès qui a individualisé deux options principales dans la recherche d’outils variés333.
- Premièrement, les artisans peuvent obtenir des outils différents via la retouche à partir de supports indifférenciés. Dans ce cas, l’économie du débitage est nulle et les chaînes opératoires sont généralement simples ;
- À l’inverse, les artisans peuvent produire des supports différenciés, proches des outils recherchés, dès le débitage. Dans ce cas, il peut s’agir d’une production intégrée des supports pour l’ensemble des grandes classes techniques et fonctionnelles, c’est-à-dire une « mise en œuvre d’une chaîne opératoire unique, mais avec des stades bien individualisés, dont les produits et sous-produits variés sont alors exploités pour les diverses classes d’outils334 ». L’ensemble des outils provient d’une seule et même chaîne opératoire. Une économie du débitage est alors constatée ;
- Mais les artisans peuvent également faire correspondre chaque type d’outil à une chaîne opératoire spécifique. Chacune d’entre elle produirait un type d’outil (éclats par des nucléus à éclats, lamelles par des nucléus à lamelles, etc.). Si ce phénomène est couplé au choix d’une matière première adaptée et variant selon la chaîne opératoire, alors on parlera d’une économie des matières premières.
380Pour résumer, seront ainsi observées pour les structures de débitage :
- La morphologie du volume originel ;
- Les méthodes d’initialisation ;
- Les méthodes d’exploitation ;
- La productivité ;
- Les questions relatives à l’économie de production (en termes d’emport/d’export), ainsi qu’au type de matière première, lorsque cela est possible.
Analyses des structures de façonnage
381Enfin, les structures de façonnage seront analysées selon des observations analogues. Seront examinés le choix du support originel (éclat, bloc ou autre), sa morphologie, le degré et les caractéristiques des aménagements ainsi que leur incidence sur la morphologie de la pièce bifaciale. Les différentes étapes dans la confection et le réaménagement de cette dernière seront soigneusement décrites ainsi que sa structure finale.
382Nous essayerons systématiquement de déterminer si la pièce bifaciale a été conçue comme une « pièce bifaciale support d’outil » ou une « pièce bifaciale outil », selon les définitions d’É. Boëda335. Ces distinctions sont importantes car si pour la première les aménagements des bords sont dissociés les uns des autres, s’ils ne concernent pas souvent tout le volume et que sont installés différents outils sur un même objet, sans lien structurel, tel n’est pas le cas pour la seconde. Cette dernière possède, à l’inverse, « x », nombre d’outils identiques et/ou différents sur sa périphérie mais créant un volume particulier, c’est-à-dire qu’elle est un tout indissociable, dont on ne peut en modifier une partie sans risquer de la dénaturer totalement.
383Notre méthode d’analyse, aussi bien technométrique que technologique avec les classifications des nucléus d’É. Boëda, nous offre surtout l’avantage de pouvoir interroger les séries selon plusieurs échelles d’analyse.
Pour interroger les industries selon différentes échelles d’analyse
384Nous avons examiné chaque série selon une échelle d’analyse très fine, jusqu’à une échelle d’analyse large. Pour cela, nous avons hiérarchisé les différents critères d’étude. Pour les objets, nous passons du technotype (échelle d’analyse très fine) aux formes générales (échelle d’analyse large) en passant par toute une gamme de caractères différents. Il en est de même pour les modes de production, connus des structures et concepts généraux (échelle d’analyse générale), jusqu’aux méthodes d’initialisation, d’exploitation, etc. (échelle d’analyse très fine) [fig. 12].
Échelle d’analyse générale = forme générale des objets et structure des modes de production
385Ce premier niveau de distinction nous permet de voir si, au sein des ensembles archéologiques, des objets aux formes identiques (triangulaire, quadrangulaire, ovalaire, etc.) ont été recherchés et quelles ont été les options générales des artisans pour parvenir à leurs fins : débitage, façonnage ou les deux.
Échelle d’analyse moyenne = forme + géométrie des objets et structure + gestion des modes de fracturation + système des modes de production
386Il s’agit de savoir si des objets à la forme identique partagent des caractères communs ou non. Leur géométrie (asymétrique/symétrique) constitue par conséquent un niveau d’analyse supplémentaire. Concernant les modes de production des structures de débitage, nous nous intéressons ici à la gestion des modes de fracturation ainsi qu’au degré de considération et d’aménagement du bloc de matière première (systèmes de types C, D, E et F). Ce niveau d’analyse supplémentaire nous renseigne sur les conceptions générales des schémas opératoires. C’est également à cette échelle d’analyse que seront précisées les structures des pièces bifaciales, à savoir si ces dernières sont des « supports d’outils » ou des « outils ». Concernant les structures de façonnage, nous distinguons ici les « pièces bifaciales outils » des « supports d’outils ».
Échelle d’analyse fine = technotype (forme + géométrie + extrémité distale + délinéation des bords + profil + gabarits + parties non coupantes) et structure + gestion fracturation + système + méthodes
387Ce troisième niveau de lecture permet d’apporter de nouvelles précisions et d’introduire des distinctions supplémentaires entre les ensembles. En effet, nous retenons cinq critères supplémentaires pour les objets (en plus de leur forme et de leur géométrie), à savoir la forme de leur extrémité distale, la délinéation de leurs bords, leur profil, leur gabarit et les éventuelles parties non coupantes. Ces paramètres nous amènent à individualiser des « technotypes »–les objets partageant les mêmes caractéristiques seront regroupés au sein du même technotype. Concernant les modes de production, nous analysons en plus les méthodes d’initialisation et d’exploitation afin d’approcher un peu plus précisément les gestes des artisans.
Échelle d’analyse très fine = très grande précision
388Enfin, à une échelle d’analyse très fine on a tenté de s’approcher au plus près des gestes des tailleurs en observant toute une gamme de paramètres supplémentaires. Pour les objets, en plus des 7 critères retenus pour l’identification des technotypes, ont été étudiés les dimensions précises des artefacts, l’angulation et les plans de section des bords tranchants, les caractéristiques des retouches quand il y en avait. Pour les modes de production, l’ensemble de la chaîne opératoire a été examiné : support originel, type d’aménagement des surfaces de plan de frappe, nombre et chronologie des enlèvements de mise en forme, productivité, et caractéristiques des éventuels réaménagements.
389Ainsi, les ensembles lithiques seront confrontés selon différents critères et échelles d’analyse pour voir si plusieurs niveaux de variabilité apparaissent. Cette grille d’analyse doit par conséquent être appliquée de manière strictement identique entre les séries. Nous avons effectivement vu qu’un des problèmes majeurs actuels pour la compréhension des regroupements d’industries au Paléolithique moyen était la prise en compte de critères d’étude différents pour individualiser les faciès (cf. supra).
Cartographie, introduction des notions géographiques
390Enfin, une fois les industries étudiées et décortiquées, il conviendra de les comparer selon les différents critères et échelles d’analyse observées. Afin de rendre les résultats lisibles, les regroupements d’industries seront systématiquement cartographiés. Notre approche sera dans ce sens géographique car elle cherchera à voir si au plan spatial ces regroupements ont une cohérence et comment ils s’organisent. De plus, nous ferons appel à des définitions de la géographie culturelle pour interpréter les regroupements réalisés.

Fig. 12. Récapitulatif de la grille de lecture et des différentes échelles d’analyse. DAO : Héloïse Koehler
RÉSUMÉ
391Notre problématique, à l’origine, était focalisée sur la compréhension de la variabilité des manifestations techniques moustériennes. Très rapidement, elle s’est transformée en questions d’ordre méthodologique–à savoir si la prise en compte de critères et échelles d’analyse variés pouvait engendrer des résultats différents quant aux regroupements d’industries. En effet, nous avions le sentiment que les industries lithiques pouvaient être considérées comme identiques ou distinctes selon les échelles et critères d’observation retenus. Ceci, évidemment, impliquait des interprétations contraires. Voulant en avoir le cœur net, nous avons axé notre travail sur cette problématique.
392Pour cela, une première question d’ordre historique s’est greffée en corolaire et a été le cœur de cette première partie. Elle a consisté à savoir si de telles interrogations méthodologiques avaient été prises en compte pour le Paléolithique moyen et comment. Un historique critique a donc été mené, concernant les regroupements d’industries et les différentes interprétations qui ont été mises en avant pour cette période. Nous avons pu constater que, si la création de « groupes » d’industries a été constamment l’objet de recherches pour le Moustérien, en revanche, peu d’études ont abordé les critères et échelles d’analyse retenus. Ceci permet d’expliquer en partie le fait qu’actuellement encore, les différents « faciès » ou « technocomplexes » sont le fruit de méthodes d’analyse variées, dépendantes des écoles de recherche. Il est clair que cette « hétérogénéisation méthodologique » réduit de fait toute possibilité d’interprétation de la variabilité technique moustérienne à une échelle d’étude générale.
393Nous avons donc voulu savoir si, en comparant nos industries lithiques selon différents critères et échelles d’analyse, les résultats et les interprétations pouvaient varier. Pour cela, nous avons tout d’abord choisi un corpus adapté, c’est-à-dire comprenant des ensembles lithiques cohérents, homogènes, bien datés et bien conservés. Le Bassin parisien et le Weichsélien ancien (MIS 5d-MIS 5a) se sont imposés d’eux-mêmes. Puis, nous avons élaboré une méthodologie adaptée, permettant d’interroger les séries selon différents critères et échelles d’analyse.
Notes de bas de page
1 Bordes François, « L’évolution buissonnante des industries en Europe occidentale. Considérations théoriques sur le Paléolithique ancien et moyen », in L’Anthropologie, n° 54, 1950, [p. 393-420], p. 409.
2 Groenen Marc, Pour une histoire de la préhistoire. Le Paléolithique, Grenoble, J. Million, 1994.
3 Picard Casimir, Notice sur quelques instruments celtiques, Abbeville, Mémoires de la Société royale d’émulation d’Abbeville, 1836-1837.
4 Boucher de Pertes Jacques, Antiquités celtiques et antédiluviennes. Mémoire sur l’industrie primitive et les arts à leur origine, Paris, Treuttel et Würtz, I, 1847.
5 Mortillet de Gabriel, « Essai d’une classification des cavernes et des stations sous abris, fondée sur les produits de l’industrie humaine », in Matériaux, n° 5, 1869.
6 Néanmoins, il faut souligner certains travaux plus enclins à des approches « synchroniques » ; tels ceux de l’abbé Breuil pour le Paléolithique inférieur et moyen. Il y a vu notamment deux évolutions parallèles d’objets.
7 Perles Catherine, « Introduction », in 25 ans d’études technologiques et préhistoire : bilan et perspectives, actes des XIe Rencontres internationales d’archéologie et d’histoire d’Antibes, 18-20 octobre 1990, Juan-les-Pins, Association pour la promotion et la diffusion des connaissances archéologiques, 1991, p. 7-10.
8 Peyrony Denis, « Étude de formes inédites ou très peu connues du Moustérien. Leur évolution dans le Paléolithique supérieur », in Revue anthropologique, n° 35, 1925, p. 290-308.
9 Groenen Marc, Pour une histoire de la préhistoire. Le Paléolithique, op. cit., p. 223.
10 Bordes François, Bourgon Michel, « Le complexe moustérien : moustériens, levalloisien et tayacien », in L’Anthropologie, n° 55, 1951, p. 1-23.
11 Bordes François, « Vingt-cinq ans après : le complexe moustérien revisité », in Bulletin de la Société préhistorique française, t. 78, n° 3, 1981, p. 77-87.
12 En effet, D. Sonneville-Bordes crée également une typologie pour le Paléolithique supérieur, s’inspirant fortement de celle élaborée par F. Bordes pour le Moustérien.
13 Binford Lewis, Binford Sally, « Preliminary analysis of functional variability in the Mousterian of Levallois facies », in American Anthropologist, t. 68, n° 2, part 2, 1966.
14 Dibble Harold Lewis, Rolland Nicholas, « On Assemblage Variability in the Middle Paleolithic of Western Europe », in The Middle Paleolithic : adaptation, behavior and variability, Dibble Harold Lewis, Mellars Paul (dir.), Philadelphie, University of Pennsylvania, « University Museum Monograph », n° 78, 1992.
15 Anderson Gerfaud Patricia, Contribution méthodologique à l’analyse des microtraces d’utilisation sur les outils préhistoriques, thèse de doctorat, géologie du Quaternaire et préhistoire, université Bordeaux 1, 1981, 161 p., 102 fig. Beyries Sylvie, Variabilité de l’industrie lithique au Moustérien : approche fonctionnelle sur quelques gisements français, Oxford, Archaeopress, « BAR International Series », n° 328, 1987.
16 The Middle Paleolithic : adaptation, behavior and variability, op. cit., p. 435.
17 Mellars Paul, « Chronologie du Moustérien du Sud-Ouest de la France : actualisation du débat », in L’Anthropologie, t. 93, n° 1, 1989, p. 53-72. Mellars Paul, « Technological Change in the Mousterian of Southwest France », in in The Middle Paleolithic : adaptation, behavior and variability, op. cit., p. 29-43.
18 Ibid.
19 C’est ainsi que J. G. Bordes (2002) a réalisé à Caminade des raccords de cassure entre différents niveaux attribués au Moustérien et à l’Aurignacien, remettant sérieusement en cause l’existence de l’Aurignacien 0 ou archaïque, caractérisé par la présence de traits techniques rappelant le Moustérien.
20 Caspar Jean-Paul, Vallin Luc, Masson Bertrand, « Le Moustérien à denticulés, un faciès taphonomique du Moustérien ? », in Les Premiers peuplements en Europe, actes du Colloque international de Rennes, « Données récentes sur les modalités de peuplement et sur le cadre chronostratigraphique, géologique et paléogéographique des industries du Paléolithique ancien et moyen en Europe », 22-25 septembre 2003, Molines Nathalie, Moncel Marie-Hélène, Monnier Jean-Laurent (dir.), Oxford, John and Erica Hedges, « BAR International series », n° 1364, 2005, p. 467-478. Thiebaut Céline, « Le Moustérien à denticulés des années 1950 à nos jours : définitions et caractéristation », in Bulletin de la Société préhistorique française, t. 104, n° 3, 2007, p. 461-482. Dini Mario, Koehler Héloïse, « The contribution of new methodological approaches to explaining the Final Middle Palaeolithic of the Apuane Alps (Tuscany, Italy) », in Human evolution, vol. 24, n° 1, 2009, p. 13-25.
21 Jelinek Jan, « Form, Function and Style in Lithic Analysis », in Cultural Change and Continuity, Cleland C. B. (dir.), New York, New York Academic Press, 1976, p. 19-33. Dibble Harold Lewis, « Interpreting Typological Variation of Middle Paleolithic Scrapers : Function, Style, or Sequence reduction ? », in Journal of Field Archaeology, vol. 11, n° 4, 1984, p. 431-436. Dibble Harold Lewis, Rolland Nicholas, « On Assemblage Variability in the Middle Paleolithic of Western Europe », art. cit.
22 Dibble Harold Lewis, « Interpreting Typological Variation of Middle Paleolithic Scrapers : Function, Style, or Sequence reduction ? », art. cit., p. 431.
23 Dibble Harold Lewis, Rolland Nicholas, « On Assemblage Variability in the Middle Paleolithic of Western Europe », art. cit.
24 Ibid.
25 Ibid.
26 Geneste Jean-Michel, Analyse lithique d’industries moustériennes du Périgord : une approche technologique du comportement des groupes humains au Paléolithique moyen, thèse de doctorat, université Bordeaux 1, 1985, [571 p.], p. 518.
27 Laville Henri, Climatologie et chronologie du Paléolithique en Périgord : étude sédimentologique de dépôts en grottes et sous abris, thèse de doctorat, sciences naturelles, université Bordeaux 1, 1973, 720 p.
28 Rolland Nicolas, « Variabilité du Paléolithique moyen : nouveaux aspects », in Paléolithique moyen récent et Paléolithique supérieur ancien en Europe : ruptures et transitions. Examen critique des documents archéologiques, Farizy Catherine (dir.), actes du Colloque international de Nemours, 9-11 mai 1988, Nemours, APRAIF, « Mémoires du musée de Préhistoire d’Île-de-France », n° 3, 1988, p. 69-76.
29 Dibble Harold Lewis, Rolland Nicholas, « On Assemblage Variability in the Middle Paleolithic of Western Europe », art. cit.
30 Rolland Nicolas, « Variabilité du Paléolithique moyen : nouveaux aspects », art. cit., p. 74.
31 Collins Desmond, « Culture traditions and environment of early man », in Current Anthropology, n° 10, 1969, p. 267-316.
32 Bordes François, Bourgon Michel, « Le complexe moustérien : moustériens, levalloisien et tayacien », art. cit., p. 16.
33 Lumley Henry de, Le Paléolithique inférieur et moyen du Midi méditerranéen dans son cadre géologique, t. II., Bas-Languedoc, Roussillon, Catalogne, Paris, CNRS Éditions, 1971.
34 Monnier Jean-Laurent, Molines Nathalie, « Le “Colombanien” : un faciès régional du Paléolithique inférieur sur le littoral armoricano-atlantique », in Bulletin de la Société préhistorique française, n° 60, 1993, p. 283-294.
35 Lestel Dominique, Les Origines animales de la culture, Paris, Flammarion, « Champs », 2003, p. 7.
36 The Middle Paleolithic : adaptation, behavior and variability, op. cit.
37 Bonnemaison Joël, La Géographie culturelle, cours de l’université Paris-Sorbonne, 1994-1997, établi par Lasseur Maud et Thibault Christelle, Paris, Éditions du CTHS, « CTHS Format », 2001.
38 Sahlins Marshall C., Au cœur des sociétés. Raison utilitaire et raison pratique, Paris, Gallimard, « NRF », 1980.
39 Kroeber Alfred, « Sub-Cultural Beginigs », in Quartely Review of Biology, n° 3, 1928, p. 325-342. McGrew William, Tutin Caroline, « Evidence for Social Custom in Wild Chimpanzee ? », in Man, n° 13, 1978, p. 234-251.
40 Joulian Frédéric, « Peut-on parler d’un système technique chimpanzé ? Primatologie et archéologie comparées », in De la Préhistoire aux missiles balistiques : l’intelligence sociale des techniques, Latour Bruno, Lemonnier Pierre (dir.), Paris, La Découverte, « Recherche », 1994, p. 45-64.
41 Elle s’appuie pour cela sur un germe déjà amorcé fin xixe siècle et au début du XXe siècle qui s’intéressait au mode de production des outils mais avorté après la Seconde Guerre mondiale.
42 Geneste Jean-Michel, Analyse lithique d’industries moustériennes du Périgord., op. cit.
43 Bourguignon Laurence, Le Moustérien de type Quina : nouvelle définition d’une entité technique, thèse de doctorat, histoire, université Paris Ouest Nanterre La Défense, 1997, 671 p. Soressi Marie, Le Moustérien de tradition acheuléenne du Sud-Ouest de la France. Discussion sur la signification du faciès à partir de l’étude comparée de quatre sites : Pech de l’Azé I, le Moustier, la Rochette et la grotte XVI, thèse de doctorat, sciences du vivant, géoscience, sciences de l’environnement, préhistoire et géologie du Quaternaire, université Bordeaux 1, 2002, 330 p.
44 Geneste Jean-Michel, Jaubert Jacques, Lenoir Michel et al., « Approche technologique des Moustériens charentiens du Sud-Ouest de la France et du Languedoc oriental », in Paléo, n° 9, 1997, p. 101- 142. Thiebaut Céline, Le Moustérien à denticulés : variabilité ou diversité techno-économique ?, thèse de doctorat, préhistoire, université de Provence, 2005, 643 p.
45 Pigeot Nicole, « Réflexions sur l’histoire technique de l’homme : de l’évolution cognitive à l’évolution culturelle », in Paléo, n° 3, 1991, [p. 167-200], p. 171.
46 Boëda Éric, Geneste Jean-Michel, Meignen Liliane, cation des chaînes opératoires lithiques du Paléolithique ancien et moyen », in Paléo, n° 2, 1990, p. 43-80.
47 Boëda Éric, Technogénèse de systèmes de production lithique au Paléolithique inférieur et moyen en Europe occidentale et au Proche-Orient, thèse d’habilitation à diriger des recherches, université Paris Ouest Nanterre La Défense, 1997, [173 p.], p. 69.
48 Geneste Jean-Michel, Analyse lithique d’industries moustériennes du Périgord., op. cit.
49 Perles Catherine, « Introduction », art. cit., p. 9.
50 Tixier Jacques, « Procédés d’analyse et questions de terminologie concernant l’étude des ensembles industriels du Paléolithique récent et de l’Épipaléolithique dans l’Afrique du Nord-Ouest », in Systematitematic Investigation of the African Later Tertiary and Quaternary, actes du symposium tenu à Bled Wartenstein (Autriche), juillet-août1965, organisé par la Wenner-Gren Foundation for Anthropological Research (New York), Chicago, University of Chicago Press, 1967, p. 771-820.
51 Boëda Éric, « Méthode d’étude d’un nucléus Levallois à éclat préférentiel », in Cahiers de géographie physique, n° 5, 1984, p. 95-133.
52 Boëda Éric, « Approche de la variabilité des systèmes de production lithique des industries du Paléolithique inférieur et moyen : chronique d’une variabilité attendue », in Préhistoire et ethnologie. Le geste retrouvé, Paris, Éd. de la Maison des sciences de l’homme, « Technique & culture », n° 17-18, janvier-décembre 1991, [p. 37-79], p. 61.
53 Ibid., p. 61.
54 Geneste Jean-Michel, « Développement des systèmes de production lithique au cours du Paléolithique moyen en Aquitaine septentrionale », in Paléolithique moyen récent et Paléolithique supérieur ancien en Europe., op. cit., p. 7. Pigeot Nicole, « Réflexions sur l’histoire technique de l’homme : de l’évolution cognitive à l’évolution culturelle », art. cit.
55 Boëda Éric, Technogénèse de systèmes de production lithique au Paléolithique inférieur et moyen en Europe occidentale et au Proche-Orient, op. cit., p. 15.
56 Perles Catherine, « Économie des matières premières et économie du débitage : deux conceptions opposées ? », in 25 ans d’études technologiques et préhistoire : bilan et perspectives, op. cit., p. 35-46.
57 Ibid., p. 9.
58 Perles Catherine, « Introduction », art. cit., p. 8.
59 Boëda Éric, Geneste Jean-Michel, Meignen Liliane, « Identification des chaînes opératoires lithiques du Paléolithique ancien et moyen », art. cit.
60 Djema Hélène, Le Paléolithique moyen ancien de la Corniche cantabrique et du Bassin aquitain ou le phénomène culturel des premiers néandertaliens. Analyses techno-économiques comparatives des gisements cantabriques et périgourdins, thèse de doctorat, préhistoire, ethnologie anthropologie, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2008, 2 vol., p. 361.
61 Soriano Sylvain, Outillage bifacial et outillage sur éclat au Paléolithique ancien et moyen. Coexistence et interaction, thèse de doctorat, ethnologie, sociologie comparative et préhistoire, université Paris Ouest Nanterre La Défense, 2000, [459 p.], p. 102.
62 Boëda Éric, « Approche de la variabilité des systèmes de production lithique des industries du Paléolithique inférieur et moyen : chronique d’une variabilité attendue », art. cit. Boëda Éric, Technogénèse de systèmes de production lithique au Paléolithique inférieur et moyen en Europe occidentale et au Proche-Orient, op. cit. Lepot Michel, Approche techno-fonctionnelle de l’outillage lithique moustérien., op. cit. Bourguignon Laurence, Le Moustérien de type Quina : nouvelle définition d’une entité technique, op. cit. Soriano Sylvain, Outillage bifacial et outillage sur éclat au Paléolithique ancien et moyen., op. cit.
63 Lepot Michel, Approche techno-fonctionnelle de l’outillage lithique moustérien., op. cit.
64 Soriano Sylvain, Outillage bifacial et outillage sur éclat au Paléolithique ancien et moyen., op. cit.
65 Ibid., p. 124.
66 Éric Boëda dans Lepot Michel, Approche techno-fonctionnelle de l’outillage lithique moustérien., op. cit.
67 Ibid., p. 35.
68 Boëda Éric, Technogénèse de systèmes de production lithique au Paléolithique inférieur et moyen en Europe occidentale et au Proche-Orient, op. cit.
69 Ibid., p. 11.
70 Ibid.
71 Deforge Yves, « Postface », in Simondon Gilbert, Du mode d’existence des objets techniques, Paris, Aubier, 1989, p. 269-331.
72 Boëda Éric, Technogénèse de systèmes de production lithique au Paléolithique inférieur et moyen en Europe occidentale et au Proche-Orient, op. cit., p. 150.
73 Ibid., p. 152.
74 Ibid.
75 Ibid.
76 Conard Nicholas, « Introductory volume to the series : Settlement dynamics of the Middle Palaeolithic and Middle Stone Age », in Settlement dynamics of the Middle Palaeolithic and Middle Stone Age, Conard Nicholas (dir.), Tübingen, Kerns, 2001. Soressi Marie, Le Moustérien de tradition acheuléenne du Sud-Ouest de la France., op. cit. Porraz Guillaume, En marge du milieu alpin : dynamiques de formation des ensembles lithiques et modes d’occupation des territoires au paléolithique moyen, thèse, préhistoire et archéologie, université de Provence, 2005, 386 p. Depaepe Pascal, Le Paléolithique moyen de la vallée de la Vanne (Yonne, France)., op. cit. Goval Émilie, Définitions, analyses et caractérisations des territoires des Néandertaliens au Weichsélien ancien en France septentrionale, thèse de doctorat, préhistoire, université Lille 1, Sciences et Technologie, 2008.
77 Conard Nicholas, « Introductory volume to the series : Settlement dynamics of the Middle Palaeolithic and Middle Stone Age », art. cit.
78 Leroi-Gourhan André, Pincevent : campement magdalénien de chasseurs de rennes, Paris, Guides archéologiques de la France, n° 3, 1984. Bodu Pierre, Analyse typo-technologique du matériel lithique de quelques unités du site magdalénien de Pincevent (Seine-et-Marne) : applications spatiales, économiques et sociales, thèse de doctorat, histoire, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 1993, 3 vol.
79 Soressi Marie, Le Moustérien de tradition acheuléenne du Sud-Ouest de la France., op. cit.
80 Goval Émilie, Définitions, analyses et caractérisations des territoires des Néandertaliens au Weichsélien ancien en France septentrionale, op. cit.
81 Nous nous sommes focalisée ici sur les faciès offrant actuellement de bonnes visibilités chronologique, spatiale et typotechnologique.
82 Depaepe Pascal, Le Paléolithique moyen de la vallée de la Vanne (Yonne, France)., op. cit.
83 Locht Jean-Luc, Le Gisement paléolithique moyen de Beauvais (Oise). Contribution à la connaissance des modalités de subsistance des chasseurs de Renne du Pléniglaciaire inférieur du Weichsélien, op. cit., p. 18.
84 Ibid. Antoine Pierre, Rousseau Denis-Didier, Lautridou Jean-Pierre et al., « The Last Interglacial Glacial Climatic Cycle in Loess-Paleosols Successions of Northwestern France », in Boreas, n° 4, 1999, p. 551-563.
85 Depaepe Pascal, Le Paléolithique moyen de la vallée de la Vanne (Yonne, France)., op. cit.
86 Le « Petit Jardin » à Angé (Loir-et-Cher). Un site paléolithique moyen à la confluence de toutes les influences, document final de synthèse, Locht Jean-Luc (dir.), Paris, INRAP, 2009.
87 Locht Jean-Luc, Le Gisement paléolithique moyen de Beauvais (Oise)., op. cit.
88 Tuffreau Alain, Revillion Stéphane, « Le gisement paléolithique moyen de Seclin (Nord) : premiers résultats de la campagne de fouille », in Cahier de géographie physique, n° 5, 1984.
89 Antoine Pierre, Munaut André-Valentin, Kolfschoten Theij Van et al., « Une occupation du Paléolithique moyen en contexte fluviatile dans la séquence de la très basse terrasse de la Somme à Saint-Sauveur (Somme) », in Bulletin de la Société préhistorique française, t. 92, n° 2, 1995, p. 201-212.
90 Antoine Pierre, « Gentelles : Le Mont de l’Évangile », in Gallia Préhistoire, t. 29, n° 2, 1986, p. 436.
91 Locht Jean-Luc, Swinnen Colette, Antoine Pierre et al., « Le gisement paléolithique moyen de Beauvais (Oise) », in Bulletin de la Société préhistorique française, t. 92, n° 2, 1995, p. 213-226.
92 Tuffreau Alain, « Les industries lithiques à débitage laminaire du Paléolithique moyen dans la France septentrionale », in Découvertes récentes du Paléolithique inférieur et moyen en Europe du Nord-Ouest, Cahen Daniel (dir.), Tervuren, Musée royal de l’Afrique centrale, « Studia Praestorica Belgica », n° 3, 1983, p. 135-142. Les Industries laminaires au Paléolithique moyen, actes de la table ronde, Tuffreau Alain, Révillion Stéphane (dir.), Paris, CNRS Éditions, « Dossier de documentation Archéologique », n° 18, 1994, p. 187. Locht Jean-Luc, Depaepe Pascal, « Exemples de débitage laminaire dans cinq sites de la vallée de la Vanne (Yonne) », in Les Industries laminaires au Paléolithique moyen, op. cit., p. 103-112. Paléolithique moyen en pays de Caux (Haute-Normandie), Delagnes Anne, Ropars Anne (dir.), Paris, Éd. de la Maison des sciences de l’homme, « Documents d’Archéologie française », n° 56, 1996.
93 Locht Jean-Luc, Antoine Pierre, « Caractérisation technotypologique et position chronostratigraphique de plusieurs industries à rares bifaces ou amincissements bifaciaux du Nord de la France », in Les Industries à outils bifaciaux du Paléolithique moyen d’Europe occidentale, actes de la table ronde organisée à Caen, 14-15 octobre 1999, Cliquet Dominique (dir.), Liège, Université de Liège, « Études et recherches archéologiques de l’Université de Liège », n° 98, 2001, p. 129-134. Depaepe Pascal, Le Paléolithique moyen de la vallée de la Vanne (Yonne, France)., op. cit.
94 Locht Jean-Luc, Antoine Pierre, « Caractérisation techno-typologique et position chronostratigraphique de plusieurs industries à rares bifaces ou amincissements bifaciaux du Nord de la France », art. cit.
95 Goval Émilie, Définitions, analyses et caractérisations des territoires des Néandertaliens au Weichsélien ancien en France septentrionale, op. cit.
96 Ibid., p. 410.
97 Depaepe Pascal, Le Paléolithique moyen de la vallée de la Vanne (Yonne, France)., op. cit. Gouédo Jean-Marc, Le Technocomplexe micoquien en Europe de l’Ouest et centrale : exemple de trois gisements du sud-est du Bassin parisien, Vinneuf et Champlost (Yonne), Verrières-le-Buisson (Essonne), thèse de doctorat, géographie, université Lille 1, Sciences et Technologie, 1999, 454 p.
98 Le gisement de Verrières-le-Buisson n’a pu être daté en raison de stratigraphies très réduites, l’attribution chronologique de Vinneuf est remise en question par certains qui y voient davantage un âge saalien (Gouédo, comm. orale) et enfin l’industrie de Villeneuve-l’Archevêque C est en position secondaire.
99 Cahen Daniel, Haesaerts Paul, « Le site paléolithique moyen de Mesvin », in Archaeologia Belgica, n° 238, 1981, p. 5-9. Soriano Sylvain, Outillage bifacial et outillage sur éclat au Paléolithique ancien et moyen., op. cit.
100 Tuffreau Alain, « Les fouilles du gisement Acheuléen supérieur des Osiers à Bapaume (Pas-de-Calais) », in Bulletin de la Société préhistorique française, t. 73, n° 8, 1976, p. 231-243. Koehler Héloïse, « L’apport du gisement des Osiers à Bapaume (Pas-de-Calais) au débat sur l’émergence du Paléolithique moyen dans le Nord de la France », in Bulletin de la Société préhistorique française, t. 105, n° 4, 2008, p. 709-735.
101 Paléolithique moyen en pays de Caux (Haute-Normandie), op. cit.
102 Bosinski Gerhard, « Chronostratigraphie du Paléolithique inférieur et moyen en Rhénanie », in Chronostratigraphie et faciès culturels du Paléolithique inférieur et moyen dans l’Europe du Nord-Ouest, actes du Colloque international organisé à l’université des sciences et techniques de Lille dans le cadre du 22e Congrès préhistorique de France (Lille-Mons, 2-7 septembre 1984), Tuffreau Alain, Sommé Jean (dir.), Paris, Association française pour l’étude du Quaternaire, « Bulletin de l’Association française pour l’étude du Quaternaire », suppl. n° 26, 1986, p. 15-34.
103 Boëda Éric, « Caractérisation techniques des chaînes opératoires lithiques des niveaux micoquiens de Külna (Tchécoslovaquie) », in Paléo., supplément n° 1 (« Les Industries à pointes foliacées en Europe centrale », actes du colloque de Miskolc, 10-15 septembre 1991), juin 1995, p. 57-72.
104 Richter Jürgen, « Sesselfelsgrotte III : Der G-Schichten-Komplex der Sesselfelsgrotte. Zum Verständnis des Micoquien », in Quartätär, n° 17, 1997.
105 Fajer Maria, Flotyn Edelgarda M., Flotyn Eugeniusz et al., « Contribution à l’évolution du Micoquien en Europe centrale : nouvelles découvertes du Micoquien en Haute Silésie (Pologne) », in Les Industries à outils bifaciaux du Paléolithique moyen d’Europe occidentale, op. cit., p. 195-207. Richter Jürgen, « Die 14C-Daten aus der Sesselfelsgrotte und die Zeitstellung des Micoquien », in Germania, n° 80, 2002, p. 1-22.
106 Riencourt-les-Bapaumes (Pas-de-Calais). Un gisement du Paléolithique moyen, Tuffreau Alain (dir.), Paris, Éd. de la Maison des sciences de l’homme, « Document d’Archéologie française », n° 37, 1993. Farizy Catherine, « Industries charentiennes à influences micoquiennes, l’exemple de l’Est de la France », in Paléo., supplément n° 1, op. cit., p. 173-178. Lhomme Vincent, Industries lithiques du Paléolithique moyen à nombreuses fractures : les exemples du secteur sud de Champlost (Yonne) et de la couche inférieure de Chez-Pourre-Chez-Comte (Corrèze), thèse de doctorat, préhistoire, université Lille 1, Sciences et Technologie, 2000, 248 p. Depaepe Pascal, Le Paléolithique moyen de la vallée de la Vanne (Yonne, France)., op. cit.
107 Girard Catherine, Krier Vincent, « Un gisement moustérien dans le Nord de la Bourgogne à Champlost (Yonne) : premiers résultats », in Bulletin de l’Association française pour l’étude du Quaternaire, n° 19, 1982, p. 129-134. Boudias Jean-Baptiste, L’Industrie lithique du Paléolithique moyen du site de Champlost (lieu-dit Les Bailly, Yonne), étude d’un échantillon du secteur nord, mémoire de maîtrise, université de Bourgogne, 2000, 110 p. Lhomme Vincent, Industries lithiques du Paléolithique moyen à nombreuses fractures., op. cit.
108 Depaepe Pascal, Le Paléolithique moyen de la vallée de la Vanne (Yonne, France)., op. cit.
109 Riencourt-les-Bapaumes (Pas-de-Calais). Un gisement du Paléolithique moyen, op. cit.
110 Desbrosse René, Texier Pierre-Jean, « Les Silex de Germolles dans la collection Jeannin », in La Physiophile, n° 79, 1973, p. 66-70. Desbrosse René, Texier Pierre-Jean, « La Station moustérienne de Bissy-sur-Fley (Saône-et-Loire) », in La Physiophile, n° 79, 1973, p. 8-31. Desbrosse René, Tavoso André, « Un gisement moustérien à Blanzy (Saône-et-Loire) », in Quartär, n° 21, 1970, p. 21-45.
111 Lailly « Lailly » A, Villeneuve l’Archevêque A et Riencourt-lès-Bapaume B1.
112 Champlost.
113 Germolles.
114 Jaubert Jacques, « Industries à outils bifaciaux du Paléolithique moyen entre massif central et Pyrénées », in Les Industries à outils bifaciaux du Paléolithique moyen d’Europe occidentale, op. cit., p. 151-161.
115 Courteaux Raphaëlle, « L’industrie paléolithique moyen du site du Pain d’Épice », in Bulletin du centre de recherches archéologiques de la région Mantaise, n° 17, 2007, p. 39-51.
116 Soressi Marie, Le Moustérien de tradition acheuléenne du Sud-Ouest de la France., op. cit.
117 Guibert Pierre, Betchel Françoise, Bourguignon Laurence et al., « Une base de données pour la chronologie du Paléolithique moyen dans le Sud-Ouest de la France », in Les Sociétés du Paléolithique dans un Grand Sud-Ouest de la France : nouveaux gisements, nouveaux résultats, nouvelles méthodes, Jaubert Jacques, Bordes Jean-Guillaume, Ortega Iluminada (dir.), Paris, Société préhistorique française, « Mémoire de la Société préhistorique française », n° 47, 2008, p. 19-40.
118 Bordes François, Bourgon Michel, « Le complexe moustérien : moustériens, levalloisien et tayacien », art. cit.
119 Soressi Marie, Le Moustérien de tradition acheuléenne du Sud-Ouest de la France., op. cit.
120 Ibid.
121 Locht Jean-Luc, Antoine Pierre, « Caractérisation technotypologique et position chronostratigraphique de plusieurs industries à rares bifaces ou amincissements bifaciaux du Nord de la France », art. cit.
122 Boëda Éric, Mazieres Guy, « Éventail des possibilités d’existence de certains faciès du Paléolithique ancien et moyen dans le Pays-d’Othe (Aube) », in Pré- et Protohistoire de l’Aube, Drac de Champagne-Ardenne, Circonscription des antiquités préhistoriques, Conservation du musée de Nogent-sur-Seine et Association régionale pour la protection et l’étude du patrimoine préhistorique (dir.), Vertus, ARPEPP, 1989, p. 69-74. Petit Claude, « À propos de bifaces trouvés en Haute-Marne », in Préhistoire et Protohistoire en Champagne Ardenne, n° 23, 1999, p. 7-10.
123 Amiot Claude, « Les industries préhistoriques du site de “La Bouloie”, à Crenay (Haute-Marne), deuxième partie : le débitage moustérien », in Préhistoire et Protohistoire en Champagne-Ardenne, n° 24, 2000, p. 3-44.
124 Locht Jean-Luc, Depaepe Pascal, « Éxemples de débitage laminaire dans cinq sites de la vallée de la Vanne (Yonne) », art. cit.
125 Gruet Michel, « Les civilisations du Paléolithique moyen dans les Pays de la Loire », in La Préhistoire française, Paris, CNRS Éditions, t. 1, 1976, p. 1089-1094. Marquet Jean-Claude, La Préhistoire en Touraine, Tours, Société archéologique de Touraine, 1999.
126 Sommé Jean, Tuffreau Alain, « Stratigraphie du Pléistocène récent et Moustérien de tradition acheuléenne à Marcoing (Cambrésis-Nord de la France) », in Bulletin de l’Association française pour l’étude du Quaternaire, n° 8, 1971, p. 57-74. Tuffreau Alain, Le Paléolithique inférieur et moyen du Nord de la France (Nord-Pas-de-Calais) dans son cadre stratigraphique, thèse de doctorat, géographie, université Lille 1, Sciences et Technologie, 1987, 609 p.
127 Depaepe Pascal, Le Paléolithique moyen de la vallée de la Vanne (Yonne, France)., op. cit.
128 Sommé Jean, Tuffreau Alain, « Stratigraphie du Pléistocène récent et Moustérien de tradition acheuléenne à Marcoing (Cambrésis-Nord de la France) », art. cit.
129 Farizy Catherine, Tuffreau Alain, « Industries et cultures du Paléolithique moyen récent dans la moitié Nord de la France », in Chronostratigraphie et faciès culturels du Paléolithique inférieur et moyen dans l’Europe du Nord-Ouest, op. cit., p. 225-234.
130 Soressi Marie, Le Moustérien de tradition acheuléenne du sud-ouest de la France., op. cit.
131 Bordes François, « Stratigraphie du Lœss et évolution des industries paléolithiques dans l’Ouest du bassin de Paris », in L’Anthropologie, n° 56, 1952, p. 1-38. Tuffreau Alain, « Le Moustérien de tradition Acheuléenne de Catigny (Oise) », in Bulletin de la Société préhistorique française, n° 73, 1976, p. 305-320.
132 Cliquet Dominique, « Le Paléolithique moyen à outils bifaciaux en Normandie : état des connaissances », in Les Industries à outils bifaciaux du Paléolithique moyen d’Europe occidentale, op. cit., p. 115-127.
133 Ibid. Fosse Gérard, Cliquet Dominique, Vilgrain Gérard, « Le Moustérien du Nord-Cotentin (département de la Manche) : premiers résultats de trois fouilles en cours », in Chronostratigraphie et faciès culturels du Paléolithique inférieur et moyen dans l’Europe du Nord-Ouest, op. cit., p. 141-155.
134 Cliquet Dominique, Mercier Norbert, Valladas Hélène et al., « Apport de la thermoluminescence sur silex chauffés à la chronologie des sites paléolithiques de Normandie : nouvelles données et interprétations », in Quaternaire, t. 14, n° 1, 2003, p. 51-64.
135 Cliquet Dominique, « Les industries moustériennes à petits bifaces dominants de Haute-Normandie (France) », in Paléo., supplémenment n° 1, op. cit., p. 127-131. Pinoit Lise, « Analyse typo-technologique du gisement de Bois l’Abbé (Saint-Julien de la Liègue, Eure) », in Les Industries à outils bifaciaux du Paléolithique moyen d’Europe occidentale, op. cit., p. 85-91.
136 Launay Solène, Molines Nathalie, « Le Moustérien à outils bifaciaux dans le Massif armoricain : première lecture technologique », in Bulletin de la Société préhistorique française, t. 102, n° 4, 2005, p. 837-853.
137 Ibid., p. 849.
138 Molines Nathalie, Hinguant Stéphane, Monnier Jean-Laurent, « Le Paléolithique moyen à outils bifaciaux dans l’Ouest de la France : synthèse des données anciennes et récentes », in Les Industries à outils bifaciaux du Paléolithique moyen d’Europe occidentale, op. cit., p. 109-115.
139 Monnier Jean-Laurent, « Le Paléolithique de la Bretagne, des précurseurs aux recherches modernes », in Revue archéologique de l’Ouest, suppl. 2, 1990, [p. 53-60], p. 55.
140 Monnier Jean-Laurent, « Chronostratigraphie et faciès culturels du Paléolithique inférieur et moyen en Bretagne. Comparaisons avec les régions lœssiques », in Chronostratigraphie et faciès culturels du Paléolithique inférieur et moyen dans l’Europe du Nord-Ouest, op. cit., p. 113-127.
141 Molines Nathalie, Hinguant Stéphane, Monnier Jean-Laurent, « Le Paléolithique moyen à outils bifaciaux dans l’Ouest de la France : synthèse des données anciennes et récentes », art. cit., p. 112.
142 Launay Solène, Molines Nathalie, « Le Moustérien à outils bifaciaux dans le Massif armoricain : première lecture technologique », art. cit.
143 Bourdin Solène, Le Moustérien à outils bifaciaux du Massif armoricain au Pléistocène récent dans son contexte européen : vers la définition d’un faciès régional, thèse de doctorat, archéologie et archéométrie, archéologie préhistorique, université de Rennes 1, 2006, 434 p.
144 Lhomme Vincent, Bemilli Céline, Chaussé Christine et al., « Le site paléolithique moyen récent du Fond des Blanchards à Gron (Yonne). État des premières recherches et implications », art. cit.
145 Bordes François, « À propos de typologie », in L’Anthropologie, t. 69, n° 3-4, 1965, p. 369-377. Le Tensorer Jean-Marie, « Les civilisations du Paléolithique moyen dans les Causses et dans le Lot », in La Préhistoire française, op. cit., p. 47-60.
146 Bourguignon Laurence, Le Moustérien de type Quina : nouvelle définition d’une entité technique, op. cit.
147 Ibid.
148 Ibid. Bourguignon Laurence, Préhistoire et approche expérimentale, Montagnac, Monique Mergoil, 2001.
149 Ibid., p. 58.
150 Girard Catherine, Krier Vincent, « Un gisement moustérien dans le Nord de la Bourgogne à Champlost (Yonne) : premiers résultats », art. cit., p. 133.
151 Lumley Henry de, « Les civilisations du Paléolithique moyen en Languedoc méditerranéen et en Roussillon », in La Préhistoire française, op. cit., p. 1006-1038. Lumley Henry de, « Les civilisations du Paléolithique moyen en Provence », in La Préhistoire française, op. cit., p. 990- 1004. Moncel Marie-Hélène, « De la diversité du Paléolithique moyen en Ardèche (moyenne vallée du Rhône) et de son originalité », in L’Anthropologie, t. 101, n° 3, 1997, p. 482-511. Moncel Marie-Hélène, « Le Paléolithique moyen à outils bifaciaux du Sud-Est de la France : réflexion sur un phénomène marginal », in Les Industries à outils bifaciaux du Paléolithique moyen d’Europe occidentale, op. cit., p. 163-172.
152 Slimak Ludovic, « Pour une individualisation des Moustériens de type Quina oriental dans le Sud-Est de la France », in Bulletin de la Société préhistorique française, n° 96, 1999, p. 133-144.
153 Combier Jean, « Pointes Levalloisiennes retouchées sur face plane (pointes de type Soyons) », in Bulletin de la Société préhistorique française, t. 52, n° 7, 1955, p. 432-434. Le Tensorer Jean-Marie, Le Paléolithique de l’Agenais, Paris, CNRS Éditions, « Cahiers du Quaternaire », n° 3, 1981. Bordes François, Leçons sur le paléolithique, t. 2, Le Paléolithique en Europe, Paris, CNRS Éditions, « Cahiers du Quaternaire », n° 7, 1984.
154 Geneste Jean-Michel, Jaubert Jacques, Lenoir Michel et al., « Approche technologique des Moustériens charentiens du Sud-Ouest de la France et du Languedoc oriental », art. cit.
155 Slimak Ludovic, « Approche une individualisation des Moustériens de type Quina oriental dans le Sud-Est de la France », art. cit.
156 Moncel Marie-Hélène, « Le Paléolithique moyen à outils bifaciaux du Sud Est de la France. », art. cit.
157 Geneste Jean-Michel, Jaubert Jacques, Lenoir Michel et al., « Approche technologique des Moustériens charentiens du Sud-Ouest de la France et du Languedoc oriental », art. cit., p. 163.
158 Slimak Ludovic, Les Dernières expressions du Moustérien entre Loire et Rhône, thèse de doctorat, préhistoire, archéologie, histoire et civilisations de l’antiquité au Moyen Âge, préhistoire et anthropologie, université de Provence, 2004, 656 p.
159 Ibid., p. 251.
160 Combier Jean, « Pointes Levalloisiennes retouchées sur face plane (pointes de type Soyons) », art. cit.
161 Thiebaut Céline, « Le Moustérien à denticulés des années 1950 à nos jours : définitions et caractéristation », art. cit., p. 478.
162 Ibid. Thiebaut Céline, Le Moustérien à denticulés : variabilité ou diversité techno-économique ?, op. cit. Koehler Héloïse, « Analyses taphonomiques de la couche C’3 base de Barbas (Dordogne) », in Question de peuplement au Paléolithique moyen récent à travers les variations climatiques. Le Bassin parisien : zone carrefour ou zone de repli ?, mémoire de DEA de préhistoire et ethnologie, université Paris Ouest Nanterre La Défense, 2004. Dini Mario, Koehler Héloïse, « The contribution of new methodological approaches to explaining the Final Middle Palaeolithic of the Apuane Alps (Tuscany, Italy) », art. cit.
163 Thiebaut Céline, Le Moustérien à denticulés : variabilité ou diversité techno-économique ?, op. cit. Thiebaut Céline, « Moustérien à denticulés des années 1950 à nos jours : définitions et caractéristation », art. cit.
164 Ibid.
165 Ibid.
166 Ibid., p. 475.
167 Primault Jérôme, « Mobilité et territoire au Paléolithique moyen : exploitation et circulation des silex de la région du Grand-Pressigny », in Territoires, déplacements, mobilité, échanges pendant la préhistoire. Terres et hommes du Sud, Jaubert Jacques, Barbaza Michel (dir.), Paris, Éditions du CTHS, 2005, p. 131-147.
168 Les gisements de la Grande-Brèche (Martizay, Indre) et des carrières Delage et Bailly (Mazerolles, Vienne).
169 Tels les abris Reignoux (Abilly, Indre-et-Loire), Rousseau (Anglessur-Anglin, Vienne), et Sabourin (Angles-sur-Anglin, Vienne).
170 Tels La Roche-Cotard II (Langeais, Indre-et-Loire), Les Rochers-de-Villeneuve (Lussacles-les-Châteaux, Vienne) et Les Plumettes (Lussac-les-Châteaux, Vienne).
171 Primault Jérôme, « Mobilité et territoire au Paléolithique moyen. », art. cit., p. 144.
172 Locht Jean-Luc, Guerlin Olivier, Le Gisement paléolithique moyen du Bois de la Bocquillère, à Attilly (Aisne), rapport d’évaluation, Amiens, SRA de Picardie, 1997.
173 Guerlin Olivier, Gauville « Bout de la Route du Bois », Somme, rapport d’évaluation, Amiens, SRA de Picardie, 2002.
174 Vallin Luc, Masson Bertrand, « Hermies, “Le Champ Bruquette” : a site of specialized lithic production from the Weichselian middle Palaeolithic », in The first humans and their cultural manifestations-Lower Middle Palaeolithic-The Upper Palaeolithic, Facchini Fiorenzo, Palma di Cesnola Arturo, Piperno Marcelo et al. (dir.), Forli, 1998, p. 227-238.
175 Tuffreau Alain, « Les débuts du Paléolithique moyen en France septentrionale », in Bulletin de la Société préhistorique française, t. 76, n° 5, 1979, p. 140-142. Boëda Éric, Le Concept Levallois, variabilité des méthodes, Paris, CNRS Éditions, « Monographie du CRA », n° 9, 1994.
176 Locht Jean-Luc, Antoine Pierre, Auguste Patrick et al., « La séquence lœssique pléistocène supérieur de Savy (Aisne, France) : stratigraphie, datations et occupations paléolithiques », in Quaternaire, t. 17, n° 3, 2006, p. 269-275.
177 Marcy Jean-Luc, « Paléolithique moyen récent au sommet des formations limoneuses litées à Hénin-sur-Cojeul (Pas-de-Calais) », in Paléolithique et Mésolithique du Nord de la France, Tuffreau Alain (dir.), Villeneuve-d’Ascq, Centre d’études et de recherches préhistoriques, Université Lille 1, Sciences et Technologie, « Publications du CERP », n° 1, 1989, p. 91-95.
178 Depaepe Pascal, Le Paléolithique moyen de la vallée de la Vanne (Yonne, France)., op. cit.
179 Locht Jean-Luc, Le Gisement paléolithique moyen de Beauvais (Oise)., op. cit., p. 21.
180 Locht Jean-Luc, Guerlin Olivier, Le Gisement paléolithique moyen du Bois de la Bocquillère, à Attilly (Aisne), op. cit.
181 Tuffreau Alain, « Middle Paleolithic settlement in Northern France », in The Middle Paleolithic : adaptation, behavior and variability, op. cit., p. 59-73. Soriano Sylvain, Outillage bifacial et outillage sur éclat au Paléolithique ancien et moyen., op. cit. Djema Hélène, Le Paléolithique moyen ancien de la Corniche cantabrique et du Bassin aquitain ou le phénomène culturel des premiers néandertaliens., op. cit. Koehler Héloïse, « L’apport du gisement des Osiers à Bapaume (Pas-de-Calais) au débat sur l’émergence du Paléolithique moyen dans le Nord de la France », art. cit.
182 Néanmoins, le niveau N3b de Bettencourt-Saint-Ouen est également corrélé à l’OIS 5d. Son industrie appartient au Technocomplexe du Nord-Ouest. Bettencourt-Saint-Ouen (Somme). Cinq occupations paléolithiques au début de la dernière Glaciation, Locht Jean-Luc (dir.), Paris, Éd. de la Maison des sciences de l’homme, 2002.
183 Une description plus détaillée des données paléoenvironnementales est effectuée plus loin (voir « Le MIS 5 : un cadre chronostratigraphique précis et adéquat dans le Bassin parisien »).
184 Koehler Héloïse, Question de peuplement au Paléolithique moyen récent à travers les variations climatiques. Le Bassin parisien : zone carrefour ou zone de repli ?, op. cit. Koehler Héloïse, « Introduction au Paléolithique moyen de la région Mantaise », in Bulletin du centre de recherches archéologiques de la région Mantaise, n° 17, 2007, p. 4-18. Locht Jean-Luc, Le Gisement paléolithique moyen de Beauvais (Oise)., op. cit. Depaepe Pascal, Le Paléolithique moyen de la vallée de la Vanne (Yonne, France)..., op. cit.
185 Soriano Sylvain, « Le Sud : une plate-forme pour le peuplement des espaces septentrionaux pendant le Pléistocène moyen récent ? », in Territoires, déplacements, mobilité, échanges pendant la préhistoire., op. cit., p. 63-83.
186 Locht Jean-Luc, Antoine Pierre, « Caractérisation technotypologique et position chronostratigraphique de plusieurs industries à rares bifaces ou amincissements bifaciaux du Nord de la France », art. cit.
187 Antoine Pierre, Munaut André-Valentin, Kolfschoten Theij Van et al., « Une occupation du Paléolithique moyen en contexte fluviatile dans la séquence de la très basse terrasse de la Somme à Saint-Sauveur (Somme) », art. cit.
188 Antoine Pierre, « L’environnement des occupations humaines au Paléolithique moyen récent dans la France septentrionale », in Bulletin de la Société préhistorique française, t. 93, n° 5, 1993, p. 320-323.
189 Munaut André-Valentin, « L’homme et son environnement végétal », in Peuples chasseurs de la Belgique préhistorique dans leur cadre naturel, Cahen Daniel, Haesaerts Paul (dir.), Bruxelles, Institut royal des sciences naturelles de Belgique, 1984.
190 Bourguignon Laurence, Le Moustérien de type Quina : nouvelle définition d’une entité technique, op. cit. Geneste Jean-Michel, Jaubert Jacques, Lenoir Michel et al., « Approche technologique des Moustériens charentiens du Sud-Ouest de la France et du Languedoc oriental », art. cit. Slimak Ludovic, « Pour une individualisation des Moustériens de type Quina oriental dans le Sud-Est de la France », art. cit.
191 Locht Jean-Luc, Antoine Pierre, « Caractérisation technotypologique et position chronostratigraphique de plusieurs industries à rares bifaces ou amincissements bifaciaux du Nord de la France », art. cit.
192 Antoine Pierre, Chronostratigraphie et environnement du Paléolithique du bassin de la Somme, Villeneuve-d’Ascq, Centre d’études et de recherches préhistoriques, Université Lille 1, Sciences et Technologie, « Publication du CERP », n° 2, 1990.
193 Haesaerts Paul, « Aspects de l’évolution du paysage et de l’environnement en Belgique au Quaternaire », in Peuples chasseurs de la Belgique préhistorique dans leur cadre naturel, op. cit.
194 Antoine Pierre, Munaut André-Valentin, Kolfschoten Theij Van et al., « Une occupation du Paléolithique moyen en contexte fluviatile dans la séquence de la très basse terrasse de la Somme à Saint-Sauveur (Somme) », art. cit.
195 Cordy Jean-Marie, « Évolution des faunes quaternaires en Belgique », in Peuples chasseurs de la Belgique préhistorique dans leur cadre naturel, op. cit.
196 Locht Jean-Luc, Le Gisement paléolithique moyen de Beauvais (Oise)., op. cit.
197 Ibid., p. 20.
198 Schmider Béatrice, « Saint-Sulpice-de-Favières : Les Rochers », in Gallia Informations, n° 2, 1989, p. 28-29.
199 Delpuech André, Deux millions d’années en Auvergne. Archéologie et autoroute A71, s. l., Société des Autoroutes Paris-Rhin-Rhône, Scetauroute/Clermont-Ferrand, Direction régionale des Affaires culturelles d’Auvergne, Direction des Antiquités d’Auvergne, 1987. Bernard-Guelle Sébastien, Le Paléolithique moyen du massif du Vercors (Préalpes du Nord), étude des systèmes techniques en milieu de moyenne montagne, Oxford, Archaeopress, « BAR International Series », n° 1033, 2002.
200 Locht Jean-Luc, Le Gisement paléolithique moyen de Beauvais (Oise)., op. cit.
201 Locht Jean-Luc, Antoine Pierre, « Caractérisation technotypologique et position chronostratigraphique de plusieurs industries à rares bifaces ou amincissements bifaciaux du Nord de la France », art. cit.
202 Raynal Jean-Paul, Guadelli Jean-Luc, « Milieux physiques et biologiques : quels changements entre 60 000 et 30 000 ans à l’Ouest de l’Europe ? », in Paléolithique moyen récent et Paléolithique supérieur ancien en Europe : ruptures et transitions. Examen critique des documents archéologiques, Farizy Catherine (dir.), Actes du colloque international de Nemours, 9-10-11 mai 1988, APRAIF, « Mémoires du Musée de Préhistoire d’Île-de-France, 3 », 1988.
203 Antoine Pierre, « L’environnement des occupations humaines au Paléolithique moyen récent dans la France septentrionale », art. cit.
204 Tuffreau Alain, « Les débuts du Paléolithique moyen en France septentrionale », art. cit. Haesaerts Paul, « Aspects de l’évolution du paysage et de l’environnement en Belgique au Quaternaire », art. cit. Marcy Jean-Luc, « Paléolithique moyen récent au sommet des formations limoneuses litées à Hénin-sur-Cojeul (Pas-de-Calais) », art. cit. Antoine Pierre, « Le complexe de sols de Saint-Sauflieu (Somme), micromorphologie et stratigraphie d’une coupe type du début Weichsélien », in Paléolithique et Mésolithique du Nord de la France, op. cit., p. 51-60.
205 White Mark J., Jacobi Roger M., « Two sides to every story : handaxes revisited », in Oxford journal of Archaeology, n° 21/2, 2002, p. 109-133.
206 Locht Jean-Luc, Guerlin Olivier, Le Gisement paléolithique moyen du Bois de la Bocquillère, à Attilly (Aisne), op. cit.
207 Guerlin Olivier, Gauville « Bout de la Route du Bois », Somme, op. cit.
208 Vallin Luc, Masson Bertrand, « Hermies, “Le Champ Bruquette” : a site of specialized lithic production from the Weichselian middle Palaeolithic », art. cit.
209 Locht Jean-Luc, Antoine Pierre, Auguste Patrick et al., « La séquence lœssique pléistocène supérieur de Savy (Aisne, France). », art. cit.
210 Marcy Jean-Luc, Paléolithique moyen récent au sommet des formations limoneuses litées à Hénin-sur-Cojeul (Pas-de-Calais), op. cit.
211 Depaepe Pascal, Le Paléolithique moyen de la vallée de la Vanne (Yonne, France)., op. cit.
212 Cliquet Dominique, Mercier Norbert, Valladas Hélène et al., « Apport de la thermoluminescence sur silex chauffés à la chronologie des sites paléolithiques de Normandie. », art. cit.
213 Monnier Jean-Laurent, « La Paléolithique de la Bretagne, des précurseurs aux recherches modernes », art. cit.
214 Soressi Marie, Le Moustérien de tradition acheuléenne du Sud-Ouest de la France., op. cit. Moncel Marie-Hélène, « De la diversité du Paléolithique moyen en Ardèche (moyenne vallée du Rhône) et de son originalité », art. cit.
215 Richter Jürgen, « For lack of a wise old man ? Late Neanderthal land-use patterns in the Altmühl river valley, Bavaria », in Settlement dynamics of the Middle Palaeolithic and Middle Stone Age, Conard Nicholas (dir.), Tübingen, Kerns, 2001, p. 205-220.
216 Depaepe Pascal, Le Paléolithique moyen de la vallée de la Vanne (Yonne, France)., op. cit. Goval Émilie, Définitions, analyses et caractérisations des territoires des Néandertaliens., op. cit.
217 Thiebaut Céline, « Le Moustérien à denticulés des années 1950 à nos jours : définitions et caractéristation », art. cit.
218 Girard Catherine, « Les industries moustériennes de la Grotte du Renne à Arcy-sur-Cure (Yonne) », in Gallia préhistoire, n° 23, 1980, p. 1-35. Girard Catherine, « Les industries moustériennes de la Grotte du Bison à Arcy-sur-Cure (Yonne) », in Gallia préhistoire, n° 25, 1982, p. 107-129. Lhomme Vincent, David Francine, Thiebaut Céline, « Les industries de la fin du Paléolithique moyen de la Grotte du Bison à Arcy-sur-Cure (Yonne) », in Les Premiers peuplements en Europe, op. cit., p. 479-499.
219 Jungels Cécile, « Spy (province de Namur, Belgique) : étude technologique du matériel paléolithique moyen de la collection Rucquoy et réflexions sur les concepts de débitage à la lumière des résultats », in Anthropologica et Praeshistorica, n° 117, 2006, p. 35-80.
220 Otte Marcel, Leotard Jean-Marc, Schneider Anne-Marie, « Fouilles aux grottes de Sclayn, Namur », in Helinium, n° 23, 1983, p. 112-142.
221 Otte Marcel, Boëda Éric, Haesaerts Paul, « Rocourt : industrie laminaire archaïque », in Helinium, 30, n° 1, 1990, p. 3-13.
222 Bosquet Dominique, Jardon Giner Paula, Jadin Ivan, « L’Industrie lithique du site paléolithique moyen de Remicourt “En Bia Flo” (Province de Liège, Belgique) : Technologie, tracéologie et analyse spatiale », in Section 5. Le Paléolithique Moyen : sessions générales et posters, Oxford, 2004, p. 257-274.
223 Jaubert Jacques, Guibert Pierre, Brenet Michel, « Chronologies et archéoséquences du Paléolithique moyen du Sud-Ouest : un bilan complémentaire du Nord de la France ? », communication orale aux journées de la Société préhistorique française des 28 et 29 mars 2008 à Amiens, Les Plaines du Nord-Ouest : carrefour de l’Europe au Paléolithique moyen ?, Depaepe Pascal, Goval Émilie, Koehler Héloïse et al. (dir.), à paraître.
224 Antoine Pierre, « L’environnement des occupations humaines au Paléolithique moyen récent dans la France septentrionale », art. cit.
225 Deloze Valérie, Depaepe Pascal, Gouedo Jean-Marc et al., Le Paléolithique moyen dans le Nord du Sénonais (Yonne), Paris, Éd. de la Maison des sciences de l’homme, « Documents d’Archéologie Française », n° 47, 1994. Locht Jean-Luc, Le Gisement paléolithique moyen de Beauvais (Oise)., op. cit.
226 Gouédo Jean-Marc, Le Technocomplexe micoquien en Europe de l’Ouest et centrale., op. cit.
227 Locht Jean-Luc, Antoine Pierre, « Caractérisation technotypologique et position chronostratigraphique de plusieurs industries à rares bifaces ou amincissements bifaciaux du Nord de la France », art. cit.
228 Goval Émilie, Définitions, analyses et caractérisations des territoires des Néandertaliens au Weichsélien ancien en France septentrionale, op. cit.
229 Soressi Marie, Le Moustérien de tradition acheuléenne du Sud-Ouest de la France., op. cit.
230 Guibert Pierre, Betchel Françoise, Bourguignon Laurence et al., « Une base de données pour la chronologie du Paléolithique moyen dans le Sud-Ouest de la France », art. cit.
231 Ibid., p. 37.
232 Jaubert Jacques, Hublin Jean-Jacques, McPherron Shannon P. et al., « Paléolithique moyen récent et Paléolithique supérieur ancien à Jonzac (Charente-Maritime) : premiers résultats des campagnes 2004-2006 », in Les Sociétés du Paléolithique dans un Grand Sud-Ouest de la France., op. cit., p. 203-244.
233 Le « Petit Jardin » à Angé (Loir-et-Cher). Un site paléolithique moyen à la confluence de toutes les influences, op. cit.
234 Dibble Harold Lewis, Lenoir Michel, The Middle paleolithic site of Combe-Capelle Bas (France), Philadelphie, University of Pennsylvania, « University Museum Monograph », n° 91, 1995. Turq Alain, Dibble Harold, Faivre Jean-Philippe et al., « Le Moustérien du Périgord Noir : quoi de neuf ? », in Les Sociétés du Paléolithique dans un Grand Sud-Ouest de la France., op. cit., p. 83-94.
235 Cliquet Dominique, « Le Paléolithique moyen à outils bifaciaux en Normandie : état des connaissances », art. cit.
236 Courteaux Raphaëlle, « L’industrie Paléolithique moyen du site du Pain d’épice », art. cit.
237 Ibid., p. 119.
238 Pinoit Lise, « Analyse typo-technologique du gisement de Bois l’Abbé (Saint-Julien de la Liègue, Eure) », art. cit.
239 Dans le cadre des discussions menées dans la table ronde Les Industries à outils bifaciaux du Paléolithique moyen d’Europe occidentale en 2001 et publiées dans le recueil du même titre (cf. « Bibliographie »).
240 Gouédo Jean-Marc, « Les bifaces micoquiens de Vinneuf et de Verrières-le-Buisson (Bassin parisien) : comparaison avec des bifaces provenant de gisements acheuléens du Nord-Ouest de l’Europe », in Les Industries à outils bifaciaux du Paléolithique moyen d’Europe occidentale, op. cit., p. 179-192.
241 Koehler Héloïse, « Réflexions sur la perception des dynamiques culturelles au Paléolithique moyen à partir d’une région propice : le Bassin parisien », communication orale lors de la journée de rencontre transfrontalière franco-belge sur le Paléolithique moyen, Nanterre, Maison de l’archéologie et de l’ethnologie-René Ginouvès, 2-3 avril 2007. Goval Émilie, Définitions, analyses et caractérisations des territoires des Néandertaliens au Weichsélien ancien en France septentrionale, op. cit.
242 Thiebaut Céline, Le Moustérien à denticulés : variabilité ou diversité techno-économique ?, op. cit.
243 Mazière Guy, La Marne aux temps préhistoriques dans son contexte régional, Châlon-en-Champagne, ARPEPP/Direction régionale des Affaires culturelles de Champagne-Ardenne/Conservations des musées de Châlons-sur-Marne, 1991.
244 Ibid., p. 43.
245 Locht Jean-Luc, « Le Paléolithique moyen en Picardie : état de la recherche », art. cit.
246 Cliquet Dominique dans Comptes rendus des opérations autorisées dans la région Haute-Normandie, bilan scientifique de la région Haute-Normandie, Service régional de l’archéologie, Delestre Xavier (dir.), 1994. Rapport d’activité 2003 du Projet collectif de recherche « Paléolithique de Basse-Normandie », Cliquet Dominique (dir.), troisième année de recherche, 2003.
247 Soriano Sylvain, « Le peuplement de la Bourgogne au Paléolithique moyen. Les industries lithiques à témoin », in Les Recherches paléolithiques en Bourgogne. Bilan décennal du SRA Bourgogne (1995- 2005), Dijon, SRA Bourgogne, 2009.
248 Álvarez Fernández Esteban, « L’axe Rhin-Rhône au Paléolithique supérieur récent : l’exemple des mollusques utilisés comme objets de parure », art. cit.
249 Thévenin André, « Géographie et culture au Tardiglaciaire. L’impact de l’axe Rhône-Saône », art. cit.
250 La Bourgogne entre les Bassins Rhénan, Rhodanien et Parisien : carrefour ou frontière ?, op. cit.
251 Girard Catherine, Krier Vincent, « Un gisement moustérien dans le Nord de la Bourgogne à Champlost (Yonne) : premiers résultats », art. cit. Koehler Héloïse, Question de peuplement au Paléolithique moyen récent à travers les variations climatiques., op. cit. Lhomme Vincent, Industries lithiques du Paléolithique moyen à nombreuses fractures., op. cit. Depaepe Pascal, Le Paléolithique moyen de la vallée de la Vanne (Yonne, France)., op. cit.
252 La Bourgogne entre les Bassins Rhénan, Rhodanien et Parisien : carrefour ou frontière ?, op. cit., p. 7.
253 Antoine Pierre, Chronostratigraphie et environnement du Paléolithique du bassin de la Somme, op. cit.
254 Ibid.
255 Peape Roland, « Comparative stratigraphy of würm lœss deposits in Belgium and Austria », in Bulletin de la Société belge de Géologie, de Paléontologie et d’Hydrologie, n° 75, 1966, p. 203-216.
256 Sommé Jean, « Stratigraphie des limons weichséliens dans la région Nord de la France », in Études sur le Quaternaire dans le Monde, VIIIe Congrès Inqua, Paris, vol. 1, 1971, p. 549-556.
257 Lautridou Jean-Pierre, « À propos des relations entre les formations marines pleistocènes et les lœss normands », in La Bretagne et l’Europe préhistoriques. Mémoire en hommage à Pierre-Roland Giot, Rennes, Association pour la diffusion des recherches archéologiques dans l’Ouest de la France, 1990, p. 41-44.
258 Antoine Pierre, Chronostratigraphie et environnement du Paléolithique du bassin de la Somme, op. cit.
259 Locht Jean-Luc, Le Gisement paléolithique moyen de Beauvais (Oise)., op. cit., p. 13.
260 Antoine Pierre, « Le complexe de sols de Saint-Sauflieu (Somme), micromorphologie et stratigraphie d’une coupe type du début Weichsélien », art. cit.
261 Ibid.
262 Haesaerts Paul, Mestdagh Hans, Bosquet Dominique, « The Sequence of Remicourt (Hesbaye, Belgium) : New Insights on the Pedo- and Chronostrigraphy of the Rocourt Soil », in Geologica Belgica, n° 2-3, 1999, p. 5-27. Antoine Pierre, Rousseau Denis-Didier, Lautridou Jean-Pierre et al., « The Last Interglacial Glacial Climatic Cycle in Loess-Paleosols Successions of Northwestern France », art. cit.
263 Behre Karl-Ernst, « Biostratigraphy of the Last Glacial Period in Europe », in Quaternary Sciences Reviews, n° 8, 1989, p. 25-44. Casper Gerfried, Freund Holger, « Vegetation and Climate in the Earlyand Pleni-Weichselian in Northern Central Europe », in Boreas, n° 16, 2001, p. 31-48.
264 Woillard Geneviève, Mook Willem, « Carbon Dates at Grande Pile : Correlation of Land and Sea Chronologies », in Science, n° 215, 1982, p. 159-161.
265 Antoine Pierre, Munaut André-Valentin, Kolfschoten Theij Van et al., « Une occupation du Paléolithique moyen en contexte fluviatile dans la séquence de la très basse terrasse de la Somme à Saint-Sauveur (Somme) », art. cit.
266 Bettencourt-Saint-Ouen (Somme). Cinq occupations paléolithiques au début de la dernière Glaciation, op. cit.
267 Antoine Pierre, Munaut André-Valentin, Kolfschoten Theij Van et al., « Une occupation du Paléolithique moyen en contexte fluviatile dans la séquence de la très basse terrasse de la Somme à Saint-Sauveur (Somme) », art. cit.
268 Locht Jean-Luc, Le Gisement paléolithique moyen de Beauvais (Oise)., op. cit., p. 13.
269 Antoine Pierre, Rousseau Denis-Didier, Lautridou Jean-Pierre et al., « The Last Interglacial Glacial Climatic Cycle in Lœss-Paleosols Successions of Northwestern France », art. cit.
270 Ibid.
271 Antoine Pierre, Munaut André-Valentin, Sommé Jean, « Réponse des environnements aux climats du Début Glaciaire weichsélien : données de la France du Nord-Ouest », in Quaternaire, t. 5, n os 3-4, 1994, p. 151-156.
272 Antoine Pierre, Rousseau Denis-Didier, Lautridou Jean-Pierre et al., « The Last Interglacial Glacial Climatic Cycle in Loess-Paleosols Successions of Northwestern France », art. cit.
273 Antoine Pierre dans Locht Jean-Luc, Antoine Pierre, Bahain Jean-Jacques et al., « Le gisement paléolithique moyen et les séquences pléistocènes de Villiers-Adam (Oise) », in Gallia Préhistoire, n° 45, 2003, p. 1-112.
274 Engelmann Anette, Frechen Manfred, « Datations TL/IRSL », in Le Quaternaire de la vallée de la Somme et du littoral picard, livretguide de l’excursion, Antoine Pierre (dir.), Amiens, Association française pour l’étude du Quaternaire dans le bassin de la Somme, 1998, p. 41-42.
275 Engelmann Anette, Frechen Manfred, Antoine Pierre, « Chronostratigraphie früweichselzeitlicher kolluvialer Sedimente von Bettencourt-Saint-Ouen (Nord-Frankreich) », in Terrestrische Quartärgeologie, Becker-Hauman Raimo, Frechen Manfred (dir.), Köln, Logabook, 2000, p. 12-22.
276 Locht Jean-Luc, Brenet Michel, Folgado Mila et al., Le Gisement paléolithique moyen de Mauquenchy (Seine-Maritime), document final de synthèse, Paris, INRAP, 2001.
277 Sellier-Segard Nathalie, Le Site paléolithique moyen de Mauquenchy (Seine-Maritime), document final de synthèse, Paris, INRAP, 2003.
278 Bettencourt-Saint-Ouen (Somme). Cinq occupations paléolithiques au début de la dernière Glaciation, op. cit.
279 Riencourt-les-Bapaumes (Pas-de-Calais). Un gisement du Paléolithique moyen, op. cit.
280 Locht Jean-Luc, Brenet Michel, Folgado Mila et al., Le Gisement paléolithique moyen de Mauquenchy (Seine-Maritime), op. cit.
281 Goval Émilie, Définitions, analyses et caractérisations des territoires des Néandertaliens au Weichsélien ancien en France septentrionale, op. cit.
282 Vallin Luc, Masson Bertrand, « Hermies, “Le Champ Bruquette” : a site of specialized lithic production from the Weichselian middle Palaeolithic », art. cit.
283 Antoine Pierre, Munaut André-Valentin, Sommé Jean, « Réponse des environnements aux climats du Début Glaciaire weichsélien : données de la France du Nord-Ouest », art. cit.
284 Haesaerts Paul, « Les lœss du Pléistocène Supérieur en Belgique ; comparaison avec les séquences de l’Europe centrale », in Bulle- titin de l’Association française pour l’étude du Quaternaire, n° 22, 1985, p. 105-115. Haesaerts Paul, Mestdagh Hans, Bosquet Dominique, « The Sequence of Remicourt (Hesbaye, Belgium) : New Insights on the Pedo- and Chronostrigraphy of the Rocourt Soil », in Geologica Belgica, n° 2-3, 1999, p. 5-27. Antoine Pierre, Rousseau Denis-Didier, Lautridou Jean-Pierre et al., « The Last Interglacial Glacial Climatic Cycle in Loess-Paleosols Successions of Northwestern France », art. cit.
285 Haesaerts Paul, Mestdagh Hans, Bosquet Dominique, « The Sequence of Remicourt (Hesbaye, Belgium) : New Insights on the Pedo- and Chronostrigraphy of the Rocourt Soil », art. cit.
286 Antoine Pierre dans Locht Jean-Luc, Antoine Pierre, Bahain Jean-Jacques et al., « Le gisement paléolithique moyen et les séquences pléistocènes de Villiers-Adam (Oise) », art. cit.
287 Antoine Pierre, Rousseau Denis-Didier, Lautridou Jean-Pierre et al., « The Last Interglacial Glacial Climatic Cycle in Loess-Paleosols Successions of Northwestern France », art. cit.
288 Dansgaard Willi, Johnsen Sigfus Johann, Clausen Henrik Brink et al., « Evidence of Generanl Instability of Past Climate from 250-kyr Ice-Core Record », in Nature, n° 364, 1993, p. 218-220. Grottes Pieter M., Stuiver Minze, White J. V. C. et al., « Comparison of Oxygene Isotope Records from the GISP2 and GRIP Greenland Ice Cores », in Nature, n° 336, 1993, p. 552-554.
289 Antoine Pierre, Rousseau Denis-Didier, Lautridou Jean-Pierre et al., « The Last Interglacial Glacial Climatic Cycle in LoessPaleosols Successions of Northwestern France », art. cit.
290 Cortijo Elsa, Reynaud Jean-Yves, Labeyrie Laurent et al., « Étude de la variabilité climatique à haute résolution dans les sédiments de l’Atlantique Nord », in Comptes rendus de l’Académie des Sciences de Paris, Série IIa, 321, n° 3, 1995, p. 231-238.
291 Bettencourt-Saint-Ouen (Somme). Cinq occupations paléolithiques au début de la dernière Glaciation, op. cit.
292 Depaepe Pascal, Locht Jean-Luc, Swinnen Colette, « Découverte de sites du Paléolithique moyen sur le tracé d’un gazoduc en Picardie (France) », in Notae praehistoricae, n° 17, 1997, p. 25-38.
293 Depaepe Pascal, Mathys Pascal, Deschodt Laurent et al., Gouy-Saint-André, document final de synthèse, Villeneuve d’Ascq, SRA Nord-Pas-de-Calais, 1995.
294 Tixier Jacques, « Procédés d’analyse et questions de terminologie concernant l’étude des ensembles industriels du Paléolithique récent et de l’Épipaléolithique dans l’Afrique du Nord-Ouest », art. cit. Texier Jean-Pierre, « Les processus de formation des sites préhistoriques », in Paléo, n° 12, 2000, p. 379-386.
295 Bordes Jean-Guillaume, Les Interstratifications Châtelperronien/Aurignacien du Roc-de-Combe et du Piage (Lot, France) : analyse taphonomique des industries lithiques ; implications archéologiques, thèse de doctorat, préhistoire et géologie du Quaternaire, université Bordeaux 1, 2002, 365 p. Koehler Héloïse, « Analyses taphonomiques de la couche C’3 base de Barbas (Dordogne) », art. cit. Thiebaut Céline, « Le Moustérien à denticulés des années 1950 à nos jours : définitions et caractéristation », art. cit. Dini Mario, Koehler Héloïse, « The contribution of new methodological approaches to explaining the Final Middle Palaeolithic of the Apuane Alps (Tuscany, Italy) », art. cit.
296 Antoine Pierre dans Bettencourt-Saint-Ouen (Somme). Cinq occupations paléolithiques au début de la dernière Glaciation, op. cit.
297 Locht Jean-Luc, Antoine Pierre, Bahain Jean-Jacques et al., « Le gisement paléolithique moyen et les séquences pléistocènes de Villiers-Adam (Oise) », art. cit.
298 Ibid.
299 Ibid. Locht Jean-Luc, Antoine Pierre, Bahain Jean-Jacques et al., « Le gisement paléolithique moyen et les séquences pléistocènes de Villiers-Adam (Oise) », art. cit. Goval Émilie, Définitions, analyses et caractérisations des territoires des Néandertaliens au Weichsélien ancien en France septentrionale, op. cit.
300 Bordes Jean-Guillaume, Les Interstratifications Châtelperronien/Aurignacien du Roc-de-Combe et du Piage (Lot, France)., op. cit.
301 Depaepe Pascal, Le Paléolithique moyen de la vallée de la Vanne (Yonne, France)., op. cit.
302 Locht Jean-Luc, Goval Émilie, Antoine Pierre, « Reconstructing Middle Paleolithic Hominids behavior during IOS 5 in northern France », in Settlements Dynamics, Conard Nicholas J. (dir.), vol. III, Tübingen, Kerns Verslag, 2010, p. 329-356.
303 Tel n’est pas le cas pour toutes les séries, voir Villeneuve-les-Sablons ou Clairy-Saulchoix.
304 Le « Petit Jardin » à Angé (Loir-et-Cher). Un site paléolithique moyen à la confluence de toutes les influences, op. cit.
305 Locht Jean-Luc, Swinnen Colette, Antoine Pierre, Le Gisement moustérien d’Auteuil, document final de synthèse, Paris, AFAN, 1994. Swinnen Colette, Locht Jean-Luc, Antoine Pierre, « Le gisement moustérien d’Auteuil (Oise) », in Bulletin de la Société préhistorique française, t. 93, n° 2, 1996, p. 173-182.
306 Locht Jean-Luc, Brenet Michel, Folgado Mila et al., Le Gisement paléolithique moyen de Mauquenchy (Seine-Maritime), op. cit.
307 Locht Jean-Luc, Antoine Pierre, Bahain Jean-Jacques et al., « Le gisement paléolithique moyen et les séquences pléistocènes de Villiers-Adam (Oise) », art. cit.
308 Drwila Gabriel, Duplessis Matthieu, Chaussé Christine et al., Le Gisement paléolithique moyen de Soindres (Yvelines), document final de synthèse, Paris, INRAP, à paraître.
309 Gouédo Jean-Marc, Le Technocomplexe micoquien en Europe de l’Ouest et centrale., op. cit.
310 Ibid.
311 Boëda Éric, Technogénèse de systèmes de production lithique au Paléolithique inférieur et moyen en Europe occidentale et au Proche-Orient, op. cit. Lepot Michel, Approche techno-fonctionnelle de l’outillage lithique moustérien., op. cit. Bourguignon Laurence, Le Moustérien de type Quina : nouvelle définition d’une entité technique, op. cit. Soriano Sylvain, Outillage bifacial et outillage sur éclat au Paléolithique ancien et moyen., op. cit.
312 Boëda Éric, Le Concept Levallois, variabilité des méthodes, op. cit. Meignen Liliane, « Levallois Lithic Production Systems in the Middle Paleolithic of the Near East : The Case of the Unidirectional Method », in The Definition and Interpretation of Levallois Technology, Dibble Harold Lewis, Bar-Yosef Ofer (dir.), Madison (Wisconsin), Prehistory Press, 1995, p. 361-380.
313 Beyries Sylvie, Variabilité de l’industrie lithique au Moustérien : approche fonctionnelle sur quelques gisements français, op. cit. Plisson Hugues, Beyries Sylvie, « Pointes ou outils triangulaires ? Données fonctionnelles dans le Moustérien levantin », in Paléorient, 24, n° 1, 1998, p. 5-24.
314 Bettencourt-Saint-Ouen (Somme). Cinq occupations paléolithiques au début de la dernière Glaciation, op. cit. Goval Émilie, Définitions, analyses et caractérisations des territoires des Néandertaliens au Weichsélien ancien en France septentrionale, op. cit.
315 Les schémas traitent d’objets triangulaires, mais c’est à titre d’exemple. Ils sont valables pour l’ensemble des objets.
316 Lepot Michel, Approche techno-fonctionnelle de l’outillage lithique moustérien., op. cit.
317 La différence avec un dièdre latéral de burin dont l’angle peut être également à 75 o est que ce dernier est constitué d’un négatif d’enlèvement dont la concavité peut permettre de couper tel un bord tranchant, contrairement aux bords ne présentant pas cette particularité.
318 Boëda Éric, Technogénèse de systèmes de production lithique au Paléolithique inférieur et moyen en Europe occidentale et au Proche-Orient, op. cit., p. 30.
319 Ibid. Boëda Éric, Cours polycopiés, université Paris Ouest Nanterre La Défense, 2009.
320 É. Boëda a distingué également les systèmes dits « A » et « B » parmi les structures additionnelles, c’est-à-dire qui ne présentent qu’un investissement très limité du volume, sans aucun aménagement ni sélection de supports permettant la prévision de la forme du produit débité. Il s’agit uniquement de l’exploitation d’un angle favorable pour le détachement de quelques éclats, tel le débitage dit « oldowayen » par exemple. Ces structures sont donc excessivement simplifiées. Non rencontrées dans nos industries, nous ne les développons pas. À l’inverse, les structures de type C et D sont plus complexes, car elles permettent d’obtenir des objets dont la forme générale est plus ou moins contrôlée.
321 Ibid.
322 Locht Jean-Luc, Antoine Pierre, Bahain Jean-Jacques et al., « Le gisement paléolithique moyen et les séquences pléistocènes de Villiers-Adam (Oise) », art. cit.
323 Bettencourt-Saint-Ouen (Somme). Cinq occupations paléolithiques au début de la dernière Glaciation, op. cit.
324 Boëda Éric, « Classification structurale des nucléus à lame au Paléolithique. », art. cit. Boëda Éric, Cours polycopiés, op. cit.
325 Ibid.
326 Boëda Éric, Geneste Jean-Michel, Meignen Liliane, « Identification des chaînes opératoires lithiques du Paléolithique ancien et moyen », art. cit.
327 Boëda Éric, Technogénèse de systèmes de production lithique au Paléolithique inférieur et moyen en Europe occidentale et au Proche-Orient, op. cit., p. 32.
328 Perles Catherine, « Économie des matières premières et économie du débitage : deux conceptions opposées ? », art. cit.
329 Soressi Marie, Le Moustérien de tradition acheuléenne du Sud-Ouest de la France., op. cit.
330 Locht Jean-Luc, Antoine Pierre, Bahain Jean-Jacques et al., « Le gisement paléolithique moyen et les séquences pléistocènes de Villiers-Adam (Oise) », art. cit.
331 Goval Émilie, Définitions, analyses et caractérisations des territoires des Néandertaliens au Weichsélien ancien en France septentrionale, op. cit.
332 Koehler Héloïse, « La production de pointes et de lames d’Angé : étude des objectifs et des systèmes techniques de production », in Le « Petit Jardin » à Angé (Loir-et-Cher). Un site paléolithique moyen à la confluence de toutes les influences, op. cit., p. 103-142.
333 Perles Catherine, « Économie des matières premières et économie du débitage : deux conceptions opposées ? », art. cit.
334 Ibid., p. 38.
335 Boëda Éric, Technogénèse de systèmes de production lithique au Paléolithique inférieur et moyen en Europe occidentale et au Proche-Orient, op. cit.
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