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    Plan détaillé Texte intégral Les parenthèses : un espace de la parole plurielle Le neutre : (il) entre parenthèses La temporalité des parenthèses Les parenthèses : une expérience limite Une folie renfermée dans les parenthèses Les parenthèses de Derrida et de Mallarmé Notes de bas de page Auteur

    Leçon d’économie générale : l’expérience-limite chez Bataille-Blanchot-Klossowski

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    Les parenthèses – un temps d’écriture, un temps du dehors : Blanchot, Derrida, Mallarmé

    Jena Whitaker

    p. 175-189

    Texte intégral Les parenthèses : un espace de la parole plurielle Le neutre : (il) entre parenthèses La temporalité des parenthèses Les parenthèses : une expérience limite Une folie renfermée dans les parenthèses Les parenthèses de Derrida et de Mallarmé Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1L’objet de cette étude est d’interroger le rôle joué par la parenthèse dans l’espacement philosophique et poétique de la pensée blanchotienne. La parenthèse, cette interruption de la construction syntaxique, est une insertion créant la possibilité d’une discontinuité ainsi qu’une ouverture au dehors. En tant que discontinuité, elle ouvre ce que Blanchot appelle « une parole d’écriture » portant « une relation d’infinité et d’étrangeté1 » et créant un texte multidimensionnel ou « une écriture comme un devenir d’interruption2 ». Mais comment les parenthèses, en tant qu’élément d’interruption engendrent-elles cette parole d’écriture plurielle ? Comment font-elles résonner plusieurs voix dans une sorte de polyphonies d’échos autour du continuum du texte ? Comment permettent-elles à Blanchot de dégager de la ligne principale de son discours (ou plutôt de son dis-cours) d’autres voix semblant venir d’ailleurs ou du dehors ?

    2 De plus, comment doit-on analyser les parenthèses, cet espace insérant « (le déchirement)3 » à l’intérieur du discours ? Afin de les étudier, il se peut qu’il faille développer un essai qui lui-même serait coupé voire déchiré, c’est-à-dire interrompu par l’espace même de l’interruption4. Afin de mettre en évidence les interruptions qui brisent la continuité syntaxique des phrases blanchotiennes, cette étude a donc subi plusieurs coupures. Par conséquent, elle met dans les marges de la page les phrases interrompues par les parenthèses, créant une étude démontrant jusqu’à quel point « ([…] le texte s’interrompt, se replie, laisse revenir les voix comme un enregistrement sans fin… )5 ».

    3Dans L’Entretien infini publié en 1969, Blanchot insère deux sections écrites en italiques et intitulées Parenthèses au début de la troisième partie de son œuvre intitulée « L’absence de Livre ». La première section Parenthèses se trouve à la suite du troisième chapitre « René Char et la pensée du neutre » et la deuxième succède le quatrième chapitre « Parole de fragment ». Créant une distance entre le troisième et quatrième chapitre ainsi qu’entre le quatrième et cinquième, les Parenthèses abordent les questions suivantes : le neutre, l’Autre, le sens absent et la mort. L’Entretien infini n’est pourtant pas la seule œuvre dans laquelle Blanchot mène une réflexion soutenue sur les parenthèses. Dans ses écrits subséquents, tels que Le Pas au-delà publié en 1973, L’Écriture du désastre publié en 1980 ainsi que les essais rassemblés dans Une Voix venue d’ailleurs : sur les poèmes de Louis-René des Forêts publié en 1992, les parenthèses ont une fonction critique. L’emploi de ces signes typographiques n’est donc pas entièrement innocent ; il est plutôt ironique.

    4Dans un premier temps nous montrerons à travers la manière dont Blanchot commente les parenthèses dans ses écrits et également à travers la façon dont il les emploie, que l’espace de la parenthèse est intimement liée à la parole plurielle, au (il) impersonnel et neutre, au dehors, au temps de l’écriture, au lien intime entre la vie et la mort, à la limite du connaissable et finalement, à la folie. L’objet de cette étude n’est pourtant pas de réduire l’emploi de la parenthèse à un programme fixe et défini, mais plutôt de pointer sa présence fondamentale dans la pensée de Blanchot. Les parenthèses sont contradictoires et paradoxales. Elles mettent en valeur le neutre, mais pourtant elles n’engendrent pas forcément la neutralité. Pour cette raison, Blanchot affirme que la mise entre parenthèses est « une des tricheries du neutre ». « […] l’opération de mise entre parenthèses n’est pas telle que le neutre s’y accomplisse, mais répondrait toutefois à l’une des tricheries du neutre, à son “ironie”6 ».

    5Dans un deuxième temps, nous verrons jusqu’à quel point la manière dont Blanchot conçoit les parenthèses concorde avec la façon dont Derrida les envisage dans Glas publié en 1974. De même que Blanchot, Derrida lie la problématique des parenthèses à la temporalité de l’écriture et aux limites du savoir « (le savait-il ?)7 », du temps « (en l’absence de tout présent)8 », de la finalité « (mais c’est sans fin)9 », et de la ligne inséparable entre la vie et la mort « (mourir étant essentiellement indécis)10 ». Dans un dernier temps, nous analyserons le rôle joué par la parenthèse dans le conte inachevé de Stéphane Mallarmé Igitur ou la Folie D’Elbehnon, conte dans lequel les parenthèses deviennent un lieu du questionnement, de l’oubli, du hors temps et de la folie. Comme Françoise Rouffiat l’a argumenté, Mallarmé est un « nouvel inventeur de la parenthèse en poésie11 ». Ses parenthèses brisent la syntaxe régulière créant non seulement un effet de suspens, mais également une théâtralisation et une « mise en scène du dire poétique12 ».

    Les parenthèses : un espace de la parole plurielle

    6Dans L’Entretien infini (1969), Blanchot pose deux questions essentielles, une première concernant la parole plurielle et une deuxième interrogeant le mouvement de l’écriture : « Comment parler de telle sorte que la parole est essentiellement plurielle13 ? »« Ou bien encore comment écrire de telle sorte que la continuité du mouvement de l’écriture puisse laisser intervenir fondamentalement l’interruption comme sens et la rupture comme forme14 ? »

    7Comme nous le présenterons, les parenthèses sont un espace permettant à Blanchot de créer une parole plurielle et une écriture dans laquelle l’interruption a un sens essentiel. La pluralité de voix que l’on trouve entre parenthèses met en lumière le fait que l’écriture induise toujours un rapport au multiple et à la répétition « (« parole… répétée… »)15 ». L’invocation des philosophes et des poètes tels que (Celan)16, (Bataille)17, (Schlegel)18, (Jabès)19, (Levinas)20, (Sartre)21, (Descartes !)22 et (Nietzsche)23 entre parenthèses ouvre non seulement un espace re-présentant leurs pensées philosophiques et leurs réflexions poétiques, mais également un espace répétitif où ce qui a déjà été écrit se récrit. Les parenthèses deviennent ainsi un espace dans lequel le préfixe « re » ou « ré » résonne, préfixe désignant une réaction ou un acte de réponse, une cassure ou un accident, un éloignement, un retour au point de départ ou un retour à un état initial et finalement, une répétition. Cette répétition remet en question la possibilité d’un état initial fixe tout en donnant à voir la perspective d’une écriture ouvrant sur l’interminable. De cette manière, la répétition nous renvoie à la fameuse déclaration de Mallarmé dans son essai fameux Crise de vers : « […] plus ou moins, tous les livres, contiennent la fusion de quelques redites comptées…24 ».

    8Les redites et les noms se trouvant entre parenthèses, que ce soit Descartes ou Levinas, illustrent combien il peut nous être difficile de discerner l’unité de l’être et l’origine précise. Cependant, d’une manière paradoxale, ces parenthèses fonctionnent également comme des repères au sens où elles permettent à la parole d’écriture de Blanchot de s’orienter dans l’espace et d’établir une distance engendrée par la différence. Selon Blanchot, Mallarmé « (pour réduire celui-ci à un nom et ce nom à un repère)25 » est un cas illustre d’un écrivain qui a remis en question la manière dont le travail de l’écriture se lie à la temporalité et à l’espace, révélant « le jeu insensé d’écrire26 ». Dans le corpus mallarméen, on trouve un temps basculé où le présent, le passé et le futur sont rompus. En tant que point de repère, Mallarmé désigne une écriture marquée par l’interruption et également une littérature remettant en question sa propre existence.

    Le neutre : (il) entre parenthèses

    9Selon Blanchot, l’écriture est une mise en question et une recherche ouvrant un espace de doute et d’incertitude. L’écriture entame également un rapport avec l’Autre, ce Dehors non-identique caractérisé par une interruption d’être : « étrangeté infinie, étrangeté (vide)27. » Comme Blanchot le dit : « L’Autre est toujours ce qui en appelle (fût-ce pour le mettre entre parenthèses ou entre guillemets)28 » à l’homme ». Ainsi, le temps de l’écriture introduit une question profonde se rapportant à un Autre sans horizon. Cet acte de questionner sans cesse est intimement lié à l’acte de mettre entre parenthèses, ce qui crée une relation discontinue et dissymétrique « (sans référence à l’unité)29 ». Comme Blanchot le note dans Le Pas au-delà :

    10La certitude qu’en écrivant il mettait précisément entre parenthèses cette certitude, y compris la certitude lui-même comme sujet d’écrire, le conduisit lentement, cependant aussitôt, dans un espace vide dont le vide (le zéro barré, héraldique) n’empêchait nullement les tours et les détours d’un cheminement très long30.

    11Pour Blanchot, l’acte d’écrire élabore une parole d’écriture qui n’est pas celle d’un « je », ni celle d’un « moi » et ni celle d’un sujet fixe, mais celle d’un « (il)31 » ; c’est un (il) impersonnel, neutre et anonyme nous faisant penser à la fameuse déclaration de Mallarmé : « Je suis maintenant impersonnel32 ». C’est un (il) se trouvant entre parenthèses : « (il) n’est pas « cela », mais le neutre qui le marque (comme (il) appelle au neutre)33 ». Comme Blanchot l’explique dans L’Entretien infini :

    Le neutre se rapporterait donc à cela qui, dans le langage d’écriture, met en « valeur » certains mots en les mettant non pas en valeur, mais entre guillemets
    ou entre parenthèses [… ]34

    12Le neutre pousse ce (il) aux limites mêmes du savoir ; (il) ne sait même pas qui « il » est : « (ne sachant qui est ce il)35 » ; « (il) » est « (au bord de l’écriture)36, »« (basculé, chaviré)37 » dans la neutralité qui se lie à « [un] mode relatif (de la relation même, multiple)38 ». Le « (il) » de l’écriture se situe aux limites et aux extrêmes ; (il) se situe dans un espace autre « (l’altérité même, l’autre sans unité)39 » parce que « (ce qui est absolument autre ne peut prendre place dans le tout)40 ».

    La temporalité des parenthèses

    13Dans l’écriture de Blanchot, les parenthèses sont également un espace dans lequel un autre temps est interjeté, temps vide et passif, temps de l’interruption, temps du retour mettant le temps présent entre parenthèses et remettant en question l’unité et l’identité de l’être. Comme Blanchot l’explique dans Le Pas au-delà :

    14Comme si la répétition du Retour n’eût d’autre fonction que de mettre entre parenthèses le présent, le nombre 1 ou le mot Être, obligeant par-là à une altération que ni notre langage ni notre logique ne peuvent recevoir41.

    15À l’intérieur des parenthèses on trouve un temps vide « le passé (vide), le futur (vide), sous le faux jour du présent42 » et un temps où le présent est absent « (en l’absence de tout présent)43 ». Entre parenthèses on remarque également une réflexion sur un temps sans limites « (est-ce l’éternité ?)44 » et une réflexion sur le rapport intime entre l’infinité et la finalité « (l’infini est le non-fini et aussi dans le fini)45 ».

    16Cette problématique d’une temporalité éternelle et infinie génère une autre question se situant à l’intérieur des parenthèses, celle du rapport entre la vie « (la vie finie)46 » et la mort « (dans la vie hors vie)47 », « (la mort arrêtée)48 », une problématique remettant en question un temps inconnu, celui du suspens et de l’interruption d’être, le temps du verbe « (mourir)49 ». De même que Blanchot, l’écriture de Mallarmé illustre cette borne vague entre la vie et la mort. Dans ses Notes pour un Tombeau d’Anatole, notes fragmentaires et non publiées mettant en scène la mort de son fils Anatole à l’âge de huit ans, les parenthèses servent à accentuer la tension dramatique entre la mortalité et l’immortalité, créant un lieu d’enfermement, « cette mort (claustration)50 », un abîme « (ce gouffre ouvert depuis sa mort… )51 », un lieu de la mort « (dans l’espace du doit mourir)52 », un lieu « (sous terre)53 nous rappelant le sonnet de Baudelaire « Remords posthume » dans lequel le tombeau est la source d’un rêve infini « (car le tombeau toujours comprendra le poète) ». Dans ses Notes pour un Tombeau d’Anatole, les parenthèses deviennent la source d’un drame poétique de « (transfusion)54 » où l’œuvre et la vie de Mallarmé en tant que père « (le père)55 », perpétue la vie de son fils : « (la reformation de son esprit, qui a l’éternité – peut attendre (soit mais éternité à travers ma vie)56 ». Cependant, si Mallarmé en tant que père permet à son fils d’accéder à une vie éternelle, Anatole, en tant que fils mort, pousse son père vivant vers une vie hors de la vie : « (cloîtré, du reste, hors de la vie où tu me mènes (ayant ouvert pour nous un monde de mort)57 ». Pour Blanchot, ce rapport entre Mallarmé et son fils serait « un rapport de moi à Autrui58. […] dans le rapport d’Autrui à moi, tout semble se retourner : le lointain devient le prochain, cette proximité devient l’obsession qui me lèse, pèse sur moi, comme si la séparation (qui mesurait la transcendance de moi à Autrui) faisait son œuvre en moi-même, me désidentifiant, m’abandonnant à une passivité, sans initiative et sans présent ».

    Les parenthèses : une expérience limite

    17Dans l’œuvre de Blanchot, ce questionnement profond de la temporalité, de la vie et de la mort pousse ce (il) (se) doutant à la limite du connaissable. Cette expérience limite de « (la non-fixation)59 » rend son espace littéraire et philosophique instable et non conceptualisable « voilà le « concept » (non conceptualisable)60 ». Ainsi, le lecteur des textes blanchotiens éprouve une expérience du labyrinthe « (le labyrinthe)61 » produisant une pluralité de raisons « (mais ce n’est pas la seule raison)62 », ce qui est illustré par la conjonction « ou » : « (même si parler avait toujours ou trop ou trop peu de sens)63 », « cette parole de hauteur, qui me parle de très loin, de très haut (ou de très bas)64 ». Dans les parenthèses, on trouve d’autres possibilités car la « raison » absolue est contestée et critiquée. Par conséquent, on entend souvent des mots tels que « ou », « pourtant », « hélas », « mais », « cependant, » et « si ». Cette multiplicité de raisons est une façon de renoncer à un développement logique car en introduisant des pensées différentes, il y a un refus du dernier mot.

    18Ainsi, cette pluralité de raisons et ce refus de choisir forment un lieu du « peut-être » : « (peut-être la pensée)65 », « (car peut-être cet ordre est-il impensable)66 ». Les parenthèses sont alors un lieu qui peut être « (au-delà de tout sens)67 » ou peut-être un lieu où le sens est déjà absent : « (la parole est relativement silencieuse, dans la mesure où elle porte ce en quoi elle s’absente, le sens déjà absent, penchant vers l’asémique)68. »

    Une folie renfermée dans les parenthèses

    19Dans Le Pas au-delà, Blanchot décrit deux types de folies, une première existant dans un rapport au temps simple et unifiable et une deuxième qui, en effet, n’existe pas car elle se situe au « Dehors du temps ». En commentant cette deuxième folie, cette folie hors du temps, Blanchot explique :

    20C’est pourquoi il n’y a pas folie, mais il y aurait folie, l’existence de celle-ci comme possibilité réelle devant toujours être mise entre parenthèses et sous un conditionnel sans condition. Ce que la « folie » admet aussi, car la parenthèse est sa folie où elle voudrait tout mettre, y compris elle-même69.

    21Si cette deuxième folie, cette folie existant sous un conditionnel sans condition doit être mise entre parenthèses, c’est peut-être parce qu’elle représente justement ce qui est exclu de la société, contraint de se renfermer dans un lieu ailleurs et un temps autre. Ce sont les artistes et les poètes qui connaissent la profondeur de cette folie, notamment cette folie d’écrire, cette déraison surgissant pendant la Nuit et créant un espace du dehors et d’interruption où on interroge les conditions mêmes du temps présent « (que ce présent soit futur ou soit un présent passé)70 ».

    Les parenthèses de Derrida et de Mallarmé

    22Dans le texte Glas de Derrida publié en 1974, texte composé de deux colonnes dans lequel il commente la philosophie de Hegel dans la colonne gauche et Notre-Dame-des-Fleurs (1943) et Le Miracle de la Rose (1946) de Jean Genet dans la colonne droite créant une mise en page mouvante et brisée, Derrida nous explique que la (PARENTHÈSE) a le pouvoir de détourner la ligne chronologique du récit. Selon Derrida, la fonction de la parenthèse est le temps de l’écriture :

    […] j’ouvre la parenthèse pour décrire, commenter, remarquer le récit, l’autre temps qui se narre. Cette fiction du « présentement » d’écriture ouvre une parenthèse dans la parenthèse – et cela n’est pas fortuit, chaque parenthèse d’un présentement est grosse d’une autre…71

    23De même que le texte de Derrida où on trouve des enjeux de la mise en page et de la parenthèse, le conte philosophique et inachevé de Stéphane Mallarmé Igitur (1869) se constitue d’une génétique textuelle dynamique et discontinue jouant avec l’espacement.

    24Dans son essai « L’expérience d’Igitur », essai qui se trouve dans L’espace littéraire publié en 1955, Blanchot nous explique que le mouvement du récit d’Igitur est lié à un travail d’un avancement hors de soi, une recherche de l’absence, de la nuit profonde et de la mort de l’esprit. Concernant la temporalité du récit, Blanchot précise qu’il « commence par l’épisode de « Minuit ». Cependant, bien que le récit commence par cet épisode de Minuit dans une chambre d’un château, c’est un épisode qui se trouve à la fin du conte. Le commencement du récit, l’épisode de Minuit, est alors un moment basculant la chronologie du conte entier. En commençant par la fin, le conte ouvre un vide profond, une substance de l’absence, un temps sans présent écrit au futur antérieur évoquant ce qui « aura eu lieu ». Dans la première phrase du deuxième paragraphe du conte, par exemple, on lit : « Lui-même, à la fin, quand les bruits auront disparu…72. »

    25Ce que Blanchot ne commente pas pourtant est le rôle joué par la parenthèse dans l’espacement même de cet épisode du commencement qui se situe à la fin ainsi que le rôle joué par la parenthèse tout au long du conte.

    26Il jette les dés, le coup s’accomplit, douze, (le temps (Minuit) – qui créa se retrouve la matière, les blocs, les dés.

    27Alors (de l’Absolu son esprit se formant par le hasard absolu de ce fait) il dit à tout ce vacarme : certainement, il y a là un acte – c’est mon devoir de le proclamer : cette folie existe. Vous avez eu raison (bruit de folie) de la manifester ; ne croyez pas que je vais vous replonger dans le néant.

    28On peut lire cet épisode principal de Minuit de plusieurs manières. Dans un premier temps, il se peut que la parenthèse ouvrant le temps ne finisse pas, c’est-à-dire ne se referme pas. Si cela est le cas, il y aura trois autres parenthèses que l’on peut lire dans la première, celle de (Minuit), celle de (l’Absolu son esprit se formant par le hasard absolu de ce fait) et finalement celle du (bruit de folie). Cet exemple relève sans doute une ponctuation incomplète, mais il montre également que la fonction de la parenthèse est intimement liée au temps de l’écriture, comme Derrida l’a constaté dans Glas.

    29Tout au long d’Igitur, les parenthèses fondent une temporalité et un espacement embrouillés, parfois s’ouvrant et ne se refermant pas et parfois incluant une possibilité d’autres parenthèses, celles du passé et celles du futur, des parenthèses qui sont alors anachroniques. Cependant, ironiquement c’est à l’intérieur des parenthèses, cet espace creux, que l’on trouve une question concernant l’éventualité du hasard annulé « (pas d’astres ? le hazard annulé ?)73 ». Cette question est ironique car pour le « lecteur-spectateur », les parenthèses deviennent un espace qui suscite le hasard, engendrant des lectures multiples. Comment doit-on les lire ? Si « ce conte s’adresse à l’Intelligence du lecteur qui met les choses en scène, elle-même74 », comme Mallarmé l’a expliqué, selon notre propre intelligence en tant que lecteurs, nous interprèterons les parenthèses comme des lieux où se tient une multiplicité de mises en scènes, ce qui ouvre non seulement plusieurs lectures mais aussi plusieurs questions.

    30Il semble que les parenthèses fonctionnent en tant que devenir de négation et comme Blanchot l’indique dans L’Espace littéraire « (le négatif est notre tâche et cette tâche est tâche de vérité)75 ». D’ailleurs, ce sont les parenthèses qui génèrent la Substance du néant, une absence du moi, une absence de l’être, une absence de l’œuvre « (le conte)76 ». « […] il va s’adjoindre le Néant, (substance ?)77 ». Sont-elles un lieu où tout est négatif et annulé, où il n’y a pas d’astres, pas de hasards, « (pas sentiment, ni esprit) » neutralité78 », un lieu où un néant sera administré par un (il) neutre : « (Il s’administrera ce néant – reste de l’Idée)79 » ? Les parenthèses sont-elles un espace où la folie résonne ou plutôt où « il y a eu folie80 »« (bruit de folie)81 », cette folie utile et nécessaire ? Les parenthèses créent-elles cette fiole contenant la Substance du néant :

    (La fiole vide, folie, tout ce qui reste du château ?)82 ». Il se peut qu’elles soient ce lieu fictionnel de l’activité onirique dans lequel se trouve « le Rêve [qui] a agonisé en cette fiole de verre, pureté, qui renferme la substance du Néant83 » : « (grâce à ce don d’Illusoire, où en était le Rêve –84.

    31Les parenthèses fonctionnent-elles en tant que spirale temporelle et spatiale, celle de l’escalier et des corridors obscurs, ces spirales courbées faisant resurgir des oublis et des souvenirs d’enfance « (Ne descend-il pas à cheval sur la rampe toute l’obscurité, - tout ce qu’il ignore des siens, corridors oubliés depuis l’enfance)85 ». Il se peut que les parenthèses représentent alors ce lieu du creusement « (Creuser tout cela)86 » permettant une descente dans le rêve où se trouve l’immémorial, une descente « (AU TOMBEAU)87 » aux tombes des ancêtres où l’on entend des halètements, des battements sur un rythme à deux temps : Minuit qui sonne, des pulsations du cœur, de l’horloge, des ailes « (que j’entends battre ici)88 », un lieu où résonnent des « sifflements dans l’escalier89, » un « (bruit de folie) », un « (chuchotement)90 » et « […] le même bruit dédoublé, le même frôlement)91 » un lieu absurde, peut-être celui d’une hallucination « (à laquelle l’absurde même devait servir de lieu)92 ».

    32Les parenthèses créent cette expérience limite « (dans une mouvante limite), la place antérieure de la chute de l’heure…93 ». C’est dans les parenthèses que l’on trouve l’inaccomplissement « (L’inaccomplissement me suivrait et entache seul momentanément mon Absolu)94 » mais aussi la réussite « (sa réussite)95 ». Les parenthèses sont ce Dehors du temps, cet au-dessus du temps, ce temps d’écriture dans lequel l’acte absurde, la fiction (le conte), est à la fois accompli et inaccompli. « (En effet, Igitur a été projeté hors du temps par sa race)96 ».

    Notes de bas de page

    1 Blanchot Maurice, L’Entretien infini, Paris, Gallimard, 1969, p. 110.

    2 Ibid., p. 389.

    3 Blanchot Maurice, L’Écriture du désastre, Paris, Gallimard, 1980, p. 99 : « La fragmentation, marque d’une cohérence d’autant plus ferme qu’il lui faudrait se défaire pour s’atteindre, non par un système dispersé, ni la dispersion comme système ; mais la mise en pièce (le déchirement) de ce qui n’a jamais préexisté (réellement ou idéalement) comme ensemble, ni davantage ne pourra se rassembler dans présence d’avenir que ce soit. L’espacement d’une temporalisation qui ne saisit – fallacieusement – que comme absence du temps. »

    4 Comme le Grand Robert de la langue française nous l’indique, la parenthèse est premièrement, « une insertion dans le corps d’une phrase, d’un élément (mot, proposition, phrase) qui interrompt la construction syntaxique, deuxièmement la parenthèse est “chacun des signes typographiques entre lesquels on place l’élément qui constitue une parenthèse”, et finalement la mise entre parenthèses est par rapport à la philosophie, et notamment la phénoménologie, une “opération par laquelle la philosophie fait abstraction de certains problèmes” (Cuvillier) ».

    5 Derrida Jacques, La Dissémination, Paris, Éditions du Seuil, 1972, p. 355.

    6 Blanchot Maurice, L’Entretien infini, op. cit., p. 449.

    7 Blanchot Maurice, Le Pas au-delà, Paris, Gallimard, 1973, p. 15-16 : « Presque sur toutes choses : il y avait toujours cette légère restriction, sous-entendue, et qui l’obligeait – douce obligation – à recourir, souvent et comme par rituel dont il souriait, à ces manières de dire, presque, peut-être, à peine, momentanément, à moins que, et tant d’autres signes hors signe, dont il savait très bien (le savait-il ?) qu’ils accordaient quelque chose de précieux, la possibilité de se répéter – mais non, il ne savait pas ce qui lui venait par eux, « peut-être » le droit de franchir la limite à son insu, « peut-être » le recul anxieux, paresseux devant l’affirmation décisive dont ils le préservaient afin qu’il fût encore là pour ne pas l’entendre. »

    8 Ibid., p. 27 : « L’exigence du retour serait donc l’exigence d’un temps sans présent, temps qui serait aussi celui de l’écriture, temps futur, temps passé, que la radicale disjonction (en l’absence de tout présent) de l’un et de l’autre, fussent-ils les mêmes, empêche d’identifier autrement que comme la différence que porte la répétition. »

    9 Blanchot Maurice, Une voix venue d’ailleurs : sur les poèmes de Louis-René des Forêts, Plombières-les-Dijon, Ulysse, fin de siècle, 1992, p. 38 : « […] interdit de renoncer à se renouveler, de s’en tenir à une réponse qui ne remettrait plus en cause la question – finalement (mais c’est sans fin) n’écrivant que pour effacer l’écrit ou plus exactement l’écrivant par l’effacement même, maintenant ensemble épuisement et inépuisable : la DISPARITION qui ne s’exténue pas ».

    10 Blanchot Maurice, Le Pas au-delà, op. cit., p. 132.

    11 Rouffiat Françoise, « Mallarmé : Remarques sur les parenthèses », in Recherches et travaux 59, 2001, p. 160.

    12 Ibid., p. 166.

    13 Blanchot Maurice, L’Entretien infini, op. cit., p. 9.

    14 Ibid.

    15 Derrida Jacques, La Dissémination, Paris, Éditions du Seuil, 1972, p. 354. « Né en sa première fois d’une répétition (« parole… répétée »), le texte reproduit machinalement, mortellement chaque fois « plus mort » et « plus fort », le processus de son déclenchement ».

    16 Blanchot Maurice, L’Écriture du désastre, op. cit., p. 143 : « La poésie, mesdames, messieurs : une parole d’infini, parole de la mort vaine et du seul Rien » (Celan). »

    17 Ibid., p. 139 : « (George Bataille ne l’a jamais pensé longtemps : « le soleil n’est que la mort ».) »

    18 Ibid., p. 94 : « (F. Schlegel : « l’infini d’intensité ».) »

    19 Ibid., p. 8 : « Écrire, serait-ce, dans le livre, devenir lisible pour chacun, et, pour soi-même, indéchiffrable ? (Jabès ne nous l’a-t-il presque dit ?) »

    20 Ibid., p. 43 : « (Levinas écrit : « au-delà de l’être, est une Troisième personne qui ne se définit pas par le soi-même ».) »

    21 Blanchot Maurice, Une voix venue d’ailleurs : sur les poèmes de Louis-René des Forêts, op. cit., p. 123 : « Naturellement, l’énigmatique énoncé, dans la rareté qui vient en partie de ce qu’il ne saurait être que positif, sans cogito auquel il renverrait, sans auteur unique qui l’authentifie, libre de tout contexte qui aiderait à le situer dans un ensemble (d’où il tirerait son ou ses divers sens) est déjà par lui-même multiple ou, plus exactement, multiplicité non unitaire : il est sériel, car la série est son mode de groupement, ayant pour essence ou pour propriété de se répéter (c’est-à-dire selon Sartre, le rapport le plus dénué de signification)… ».

    22 Blanchot Maurice, L’Écriture du désastre, p. 160 : « Nous pouvons toujours poser et entrevoir que l’exigence de l’infini, ou comme sentiment vague, ou comme a priori de toute compréhension, ou comme un ensemble – surtotalié – toujours en dépassement, est nécessaire pour que nous recevions le mot et l’idée de fini (Descartes !) : autrement dit, l’infini du langage comme ensemble infini est alors toujours présupposé pour que la délimitation d’un seul mot et du mot “fini” puisse intervenir ».

    23 Ibid., p. 163 : « Qu’il existe un oubli, la preuve en reste à faire. » (Nietszche)

    24 Mallarmé Stéphane, Œuvres Complètes : II, Paris, Gallimard, 2003, Crise de vers, p. 211.

    25 Blanchot Maurice, L’Entretien infini, op. cit., p. VI.

    26 Mallarmé Stéphane, Œuvres Complètes : II, op. cit., p. 23. « Conférence sur Villiers de L’isle-Adam ».

    27 Blanchot, Maurice, L’Entretien infini, op. cit., p. 115.

    28 Ibid., p. 102.

    29 Ibid., p. 110 : « […] comme s’il s’agissait, ayant renoncé à la force ininterrompue du discours cohérent, de dégager un niveau du langage où l’on puisse gagner le pouvoir non seulement de s’exprimer d’une manière intermittente, mais de donner la parole à l’intermittence, parole non-unifiante, acceptant d’être plus un passage ou un pont, parole non pontifiante, capable de franchir les deux rives, que sépare l’abîme, sans le combler et sans les ré-unir (sans référence à l’unité) ».

    30 Blanchot Maurice, Le Pas au-delà, op. cit., p. 9.

    31 Ibid., p. 13 : « L’anonymat est porté par (il) qui dit toujours le nom par avance oublié. »

    32 Mallarmé Stéphane, Œuvres Complètes : II, op. cit., p. 174. Lettre de 14 mai 1867 à Henri Cazalis.

    33 Blanchot Maurice, Le Pas au-delà, op. cit, 1973, p. 52.

    34 Blanchot, Maurice, L’Entretien infini, op. cit., p. 449.

    35 Blanchot Maurice, Une voix venue d’ailleurs : sur les poèmes de Louis-René des Forêts, op. cit., p. 38.

    36 Blanchot Maurice, Le Pas au-delà, op. cit., p. 11.

    37 Ibid., p. 13-14 : « il : au bord de l’écriture ; transparence, en tant que telle, opaque ; portant ce qui l’inscrit, l’effaçant, s’effaçant en l’inscription, l’effacement de la marque qui le marque ; neutre sous l’attrait du neutre au point de paraître dangereusement le fixer et, si nous étions capables de le « suivre » jusqu’à ce bord où ce qui s’écrit a toujours déjà disparu (basculé, chaviré) dans la neutralité d’écrire, de paraître nous tenter d’avoir rapport avec ce qui s’exclut de tout rapport et qui pourtant ne s’indique absolu que sous le mode relatif (de la relation même, multiple) ».

    38 Ibid., p. 14.

    39 Blanchot Maurice, L’Écriture du désastre, op. cit, p. 35 : « […] Autrui se rapporte à moi comme si j’étais l’Autre et me fait alors sortir de mon identité, me pressant jusqu’à l’écrasement, me retirant, sous la pression du tout proche, du privilège d’être en première personne et, arraché à moi-même, laissant une passivité privée de soi (l’altérité même, l’autre sans unité), l’inassujetti, ou le patient ».

    40 Blanchot Maurice, L’Entretien infini, op. cit., p. 25 : « […] le tout est égard à l’autre, ne se contentant pas d’être tout, mais désignant l’autre que tout (ce qui est absolument autre et ne peut prendre place dans le tout), affirmant donc le Tout Autre où il n’est plus de retour au même ».

    41 Blanchot Maurice, Le Pas au-delà, op. cit., p. 45.

    42 Ibid., p. 23.

    43 Ibid., p. 27 : « L’exigence du retour serait donc l’exigence d’un temps présent, temps qui serait aussi celui de l’écriture, temps futur, temps passé, que la radicale disjonction (en l’absence de tout présent) de l’un et de l’autre, fussent-ils les mêmes, empêche d’identifier autrement que comme la différence que porte la répétition ». Voir aussi Blanchot Maurice, L’Écriture du désastre, op. cit., p. 55 : « (ou le temps qui lui est laissé est absence de temps, temps d’avant le commencement – temps de la non-apparition où l’on meurt non phénoménalement, à l’insu de tous et de soi-même, sans phrases, sans laisser de traces et donc sans mourir : patiemment). »

    44 Blanchot Maurice, Une Voix venue d’ailleurs : sur les poèmes de Louis-René des Forêts, op. cit., p. 19.

    45 Blanchot Maurice, L’Écriture du désastre, op. cit., p. 160 : « Les postulats de l’étymologie : l’infini se constitue à partir du fini, comme sa négation-insertion (l’infini est le non-fini et aussi dans le fini)… »

    46 Ibid., p. 69.

    47 Ibid., p. 88 : « S’il y a un principe de persévérance, un impératif d’obstination par rapport auquel la mort ferait mystère, détournés de l’astre, dérangés dans la certitude incertaine de l’ordre cosmique, n’ayant plus situation au regard de l’univers, sans consentement ni acquiescement, la patience du tout à fait passif nous a toujours livrés (dans la vie hors vie) à l’interruption d’être… »

    48 Ibid., p. 96 : « […] à travers le silence du silence – celui qui viendrait pas d’un langage (son dehors cependant) – perce, par le répétitif, la dérision du retour désastreux (la mort arrêtée) ».

    49 Blanchot Maurice, Le Pas au-delà, op. cit., p. 29 : « (mourir) : une lointaine légende, un ancien mot qui n’évoquait rien, sinon la pensée rêveuse qu’il y avait une modalité du temps inconnue ». Voir aussi L’Écriture du désastre, op. cit., p. 49 : « (le mourir, silencieuse intensité ; ce qui ne se laisse pas accueillir ; ce qui s’inscrit sans parole, le corps au passé, corps de personne, le corps de l’intervalle : suspens de l’être, syncope comme coupure du temps et que nous ne pouvons évoquer que comme l’histoire sauvage, inénarrable, n’ayant pas de sens présent). »

    50 Mallarmé Stéphane, Œuvres Complètes : I, Paris, Gallimard, 1998, p. 517.

    51 Ibid., p. 523.

    52 Ibid., p. 525.

    53 Ibid., p. 541.

    54 Ibid., p. 528.

    55 Ibid., p. 521.

    56 Ibid.

    57 Ibid., p. 540.

    58 Blanchot Maurice, L’Écriture du désastre, op. cit., p. 36.

    59 Ibid., p. 17 : « Le fragmentaire, plus que l’instabilité (la non-fixation), promet le désarroi, le désarrangement. »

    60 Blanchot Maurice, Le Pas au-delà, op. cit., p. 54.

    61 Ibid., p. 26.

    62 Blanchot Maurice, Une voix venue d’ailleurs : sur les poèmes de Louis-René des Forêts, op. cit., p. 24.

    63 Ibid., p. 19.

    64 Blanchot Maurice, L’Entretien infini, op. cit., p. 81.

    65 Ibid., p. 112.

    66 Ibid., p. 142.

    67 Blanchot Maurice, L’Écriture du désastre, op. cit., p. 45.

    68 Ibid., p. 87.

    69 Blanchot Maurice, Le Pas au-delà, op. cit., p. 34

    70 Ibid., p. 36 : « Mais “tout revient” décide que l’infini du retour ne saurait prendre la forme de la circularité du tout et décide que nul retour ne saurait s’affirmer au présent (que ce présent soit futur ou soit un présent passé), c’est-à-dire ne saurait s’affirmer que par l’exclusion de toute possibilité et de toute expérience d’une présence ou par l’affirmation d’un temps sans présent : libre de toute affirmation, celle-ci porterait-elle un temps sans présent ».

    71 Derrida Jacques, Glas, Paris, Éditions Galilée, 1974, p. 166.

    72 Mallarmé Stéphane, Igitur, Paris, Gallimard, 2003, p. 26.

    73 Ibid., p. 25. [Notes 1]

    74 Ibid., p. 27.

    75 Blanchot Maurice, L’Espace littéraire, Paris, Gallimard, 1955, p. 340.

    76 Ibid., p. 150. Blanchot cite une lettre écrite par Mallarmé à son ami Henri Cazalis : « S’il est fait (le conte), je serai guéri ».

    77 Mallarmé Stéphane, Igitur, op. cit., p. 32.

    78 Ibid., p. 26. [Notes 1]

    79 Ibid., p. 28. [Notes 1]

    80 Ibid., p. 31.

    81 Ibid., p. 36. [Notes 2]

    82 Ibid., p. 32. [Notes 1]

    83 Ibid., p. 28.

    84 Ibid., p. 25. [Notes 1] Cette parenthèse n’est pas fermée.

    85 Ibid., p. 35.

    86 Ibid., p. 27. [Notes 1]

    87 Ibid., p. 29. [Notes 1]

    88 Ibid., p. 41.

    89 Ibid., p. 26.

    90 Ibid., p. 42.

    91 Ibid., p. 55.

    92 Ibid., p. 41.

    93 Ibid., p. 37.

    94 Ibid., p. 36.

    95 Ibid., p. 41.

    96 Ibid., p. 58.

    Auteur

    • Jena Whitaker

      Docteur en littérature française (Johns Hopkins University) et l’auteur d’une thèse intitulée « Poet-translators in Nineteenth Century French Literature : Nerval, Baudelaire, Mallarmé. » Un de ses articles, « Désir de lire, désir de traduire » fit récemment l’objet d’une publication dans la revue MLN 132.4. Sa recherche porte principalement sur la relation entre traduction et création poétique et les liens entre la littérature et la philosophie.

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    1 Blanchot Maurice, L’Entretien infini, Paris, Gallimard, 1969, p. 110.

    2 Ibid., p. 389.

    3 Blanchot Maurice, L’Écriture du désastre, Paris, Gallimard, 1980, p. 99 : « La fragmentation, marque d’une cohérence d’autant plus ferme qu’il lui faudrait se défaire pour s’atteindre, non par un système dispersé, ni la dispersion comme système ; mais la mise en pièce (le déchirement) de ce qui n’a jamais préexisté (réellement ou idéalement) comme ensemble, ni davantage ne pourra se rassembler dans présence d’avenir que ce soit. L’espacement d’une temporalisation qui ne saisit – fallacieusement – que comme absence du temps. »

    4 Comme le Grand Robert de la langue française nous l’indique, la parenthèse est premièrement, « une insertion dans le corps d’une phrase, d’un élément (mot, proposition, phrase) qui interrompt la construction syntaxique, deuxièmement la parenthèse est “chacun des signes typographiques entre lesquels on place l’élément qui constitue une parenthèse”, et finalement la mise entre parenthèses est par rapport à la philosophie, et notamment la phénoménologie, une “opération par laquelle la philosophie fait abstraction de certains problèmes” (Cuvillier) ».

    5 Derrida Jacques, La Dissémination, Paris, Éditions du Seuil, 1972, p. 355.

    6 Blanchot Maurice, L’Entretien infini, op. cit., p. 449.

    7 Blanchot Maurice, Le Pas au-delà, Paris, Gallimard, 1973, p. 15-16 : « Presque sur toutes choses : il y avait toujours cette légère restriction, sous-entendue, et qui l’obligeait – douce obligation – à recourir, souvent et comme par rituel dont il souriait, à ces manières de dire, presque, peut-être, à peine, momentanément, à moins que, et tant d’autres signes hors signe, dont il savait très bien (le savait-il ?) qu’ils accordaient quelque chose de précieux, la possibilité de se répéter – mais non, il ne savait pas ce qui lui venait par eux, « peut-être » le droit de franchir la limite à son insu, « peut-être » le recul anxieux, paresseux devant l’affirmation décisive dont ils le préservaient afin qu’il fût encore là pour ne pas l’entendre. »

    8 Ibid., p. 27 : « L’exigence du retour serait donc l’exigence d’un temps sans présent, temps qui serait aussi celui de l’écriture, temps futur, temps passé, que la radicale disjonction (en l’absence de tout présent) de l’un et de l’autre, fussent-ils les mêmes, empêche d’identifier autrement que comme la différence que porte la répétition. »

    9 Blanchot Maurice, Une voix venue d’ailleurs : sur les poèmes de Louis-René des Forêts, Plombières-les-Dijon, Ulysse, fin de siècle, 1992, p. 38 : « […] interdit de renoncer à se renouveler, de s’en tenir à une réponse qui ne remettrait plus en cause la question – finalement (mais c’est sans fin) n’écrivant que pour effacer l’écrit ou plus exactement l’écrivant par l’effacement même, maintenant ensemble épuisement et inépuisable : la DISPARITION qui ne s’exténue pas ».

    10 Blanchot Maurice, Le Pas au-delà, op. cit., p. 132.

    11 Rouffiat Françoise, « Mallarmé : Remarques sur les parenthèses », in Recherches et travaux 59, 2001, p. 160.

    12 Ibid., p. 166.

    13 Blanchot Maurice, L’Entretien infini, op. cit., p. 9.

    14 Ibid.

    15 Derrida Jacques, La Dissémination, Paris, Éditions du Seuil, 1972, p. 354. « Né en sa première fois d’une répétition (« parole… répétée »), le texte reproduit machinalement, mortellement chaque fois « plus mort » et « plus fort », le processus de son déclenchement ».

    16 Blanchot Maurice, L’Écriture du désastre, op. cit., p. 143 : « La poésie, mesdames, messieurs : une parole d’infini, parole de la mort vaine et du seul Rien » (Celan). »

    17 Ibid., p. 139 : « (George Bataille ne l’a jamais pensé longtemps : « le soleil n’est que la mort ».) »

    18 Ibid., p. 94 : « (F. Schlegel : « l’infini d’intensité ».) »

    19 Ibid., p. 8 : « Écrire, serait-ce, dans le livre, devenir lisible pour chacun, et, pour soi-même, indéchiffrable ? (Jabès ne nous l’a-t-il presque dit ?) »

    20 Ibid., p. 43 : « (Levinas écrit : « au-delà de l’être, est une Troisième personne qui ne se définit pas par le soi-même ».) »

    21 Blanchot Maurice, Une voix venue d’ailleurs : sur les poèmes de Louis-René des Forêts, op. cit., p. 123 : « Naturellement, l’énigmatique énoncé, dans la rareté qui vient en partie de ce qu’il ne saurait être que positif, sans cogito auquel il renverrait, sans auteur unique qui l’authentifie, libre de tout contexte qui aiderait à le situer dans un ensemble (d’où il tirerait son ou ses divers sens) est déjà par lui-même multiple ou, plus exactement, multiplicité non unitaire : il est sériel, car la série est son mode de groupement, ayant pour essence ou pour propriété de se répéter (c’est-à-dire selon Sartre, le rapport le plus dénué de signification)… ».

    22 Blanchot Maurice, L’Écriture du désastre, p. 160 : « Nous pouvons toujours poser et entrevoir que l’exigence de l’infini, ou comme sentiment vague, ou comme a priori de toute compréhension, ou comme un ensemble – surtotalié – toujours en dépassement, est nécessaire pour que nous recevions le mot et l’idée de fini (Descartes !) : autrement dit, l’infini du langage comme ensemble infini est alors toujours présupposé pour que la délimitation d’un seul mot et du mot “fini” puisse intervenir ».

    23 Ibid., p. 163 : « Qu’il existe un oubli, la preuve en reste à faire. » (Nietszche)

    24 Mallarmé Stéphane, Œuvres Complètes : II, Paris, Gallimard, 2003, Crise de vers, p. 211.

    25 Blanchot Maurice, L’Entretien infini, op. cit., p. VI.

    26 Mallarmé Stéphane, Œuvres Complètes : II, op. cit., p. 23. « Conférence sur Villiers de L’isle-Adam ».

    27 Blanchot, Maurice, L’Entretien infini, op. cit., p. 115.

    28 Ibid., p. 102.

    29 Ibid., p. 110 : « […] comme s’il s’agissait, ayant renoncé à la force ininterrompue du discours cohérent, de dégager un niveau du langage où l’on puisse gagner le pouvoir non seulement de s’exprimer d’une manière intermittente, mais de donner la parole à l’intermittence, parole non-unifiante, acceptant d’être plus un passage ou un pont, parole non pontifiante, capable de franchir les deux rives, que sépare l’abîme, sans le combler et sans les ré-unir (sans référence à l’unité) ».

    30 Blanchot Maurice, Le Pas au-delà, op. cit., p. 9.

    31 Ibid., p. 13 : « L’anonymat est porté par (il) qui dit toujours le nom par avance oublié. »

    32 Mallarmé Stéphane, Œuvres Complètes : II, op. cit., p. 174. Lettre de 14 mai 1867 à Henri Cazalis.

    33 Blanchot Maurice, Le Pas au-delà, op. cit, 1973, p. 52.

    34 Blanchot, Maurice, L’Entretien infini, op. cit., p. 449.

    35 Blanchot Maurice, Une voix venue d’ailleurs : sur les poèmes de Louis-René des Forêts, op. cit., p. 38.

    36 Blanchot Maurice, Le Pas au-delà, op. cit., p. 11.

    37 Ibid., p. 13-14 : « il : au bord de l’écriture ; transparence, en tant que telle, opaque ; portant ce qui l’inscrit, l’effaçant, s’effaçant en l’inscription, l’effacement de la marque qui le marque ; neutre sous l’attrait du neutre au point de paraître dangereusement le fixer et, si nous étions capables de le « suivre » jusqu’à ce bord où ce qui s’écrit a toujours déjà disparu (basculé, chaviré) dans la neutralité d’écrire, de paraître nous tenter d’avoir rapport avec ce qui s’exclut de tout rapport et qui pourtant ne s’indique absolu que sous le mode relatif (de la relation même, multiple) ».

    38 Ibid., p. 14.

    39 Blanchot Maurice, L’Écriture du désastre, op. cit, p. 35 : « […] Autrui se rapporte à moi comme si j’étais l’Autre et me fait alors sortir de mon identité, me pressant jusqu’à l’écrasement, me retirant, sous la pression du tout proche, du privilège d’être en première personne et, arraché à moi-même, laissant une passivité privée de soi (l’altérité même, l’autre sans unité), l’inassujetti, ou le patient ».

    40 Blanchot Maurice, L’Entretien infini, op. cit., p. 25 : « […] le tout est égard à l’autre, ne se contentant pas d’être tout, mais désignant l’autre que tout (ce qui est absolument autre et ne peut prendre place dans le tout), affirmant donc le Tout Autre où il n’est plus de retour au même ».

    41 Blanchot Maurice, Le Pas au-delà, op. cit., p. 45.

    42 Ibid., p. 23.

    43 Ibid., p. 27 : « L’exigence du retour serait donc l’exigence d’un temps présent, temps qui serait aussi celui de l’écriture, temps futur, temps passé, que la radicale disjonction (en l’absence de tout présent) de l’un et de l’autre, fussent-ils les mêmes, empêche d’identifier autrement que comme la différence que porte la répétition ». Voir aussi Blanchot Maurice, L’Écriture du désastre, op. cit., p. 55 : « (ou le temps qui lui est laissé est absence de temps, temps d’avant le commencement – temps de la non-apparition où l’on meurt non phénoménalement, à l’insu de tous et de soi-même, sans phrases, sans laisser de traces et donc sans mourir : patiemment). »

    44 Blanchot Maurice, Une Voix venue d’ailleurs : sur les poèmes de Louis-René des Forêts, op. cit., p. 19.

    45 Blanchot Maurice, L’Écriture du désastre, op. cit., p. 160 : « Les postulats de l’étymologie : l’infini se constitue à partir du fini, comme sa négation-insertion (l’infini est le non-fini et aussi dans le fini)… »

    46 Ibid., p. 69.

    47 Ibid., p. 88 : « S’il y a un principe de persévérance, un impératif d’obstination par rapport auquel la mort ferait mystère, détournés de l’astre, dérangés dans la certitude incertaine de l’ordre cosmique, n’ayant plus situation au regard de l’univers, sans consentement ni acquiescement, la patience du tout à fait passif nous a toujours livrés (dans la vie hors vie) à l’interruption d’être… »

    48 Ibid., p. 96 : « […] à travers le silence du silence – celui qui viendrait pas d’un langage (son dehors cependant) – perce, par le répétitif, la dérision du retour désastreux (la mort arrêtée) ».

    49 Blanchot Maurice, Le Pas au-delà, op. cit., p. 29 : « (mourir) : une lointaine légende, un ancien mot qui n’évoquait rien, sinon la pensée rêveuse qu’il y avait une modalité du temps inconnue ». Voir aussi L’Écriture du désastre, op. cit., p. 49 : « (le mourir, silencieuse intensité ; ce qui ne se laisse pas accueillir ; ce qui s’inscrit sans parole, le corps au passé, corps de personne, le corps de l’intervalle : suspens de l’être, syncope comme coupure du temps et que nous ne pouvons évoquer que comme l’histoire sauvage, inénarrable, n’ayant pas de sens présent). »

    50 Mallarmé Stéphane, Œuvres Complètes : I, Paris, Gallimard, 1998, p. 517.

    51 Ibid., p. 523.

    52 Ibid., p. 525.

    53 Ibid., p. 541.

    54 Ibid., p. 528.

    55 Ibid., p. 521.

    56 Ibid.

    57 Ibid., p. 540.

    58 Blanchot Maurice, L’Écriture du désastre, op. cit., p. 36.

    59 Ibid., p. 17 : « Le fragmentaire, plus que l’instabilité (la non-fixation), promet le désarroi, le désarrangement. »

    60 Blanchot Maurice, Le Pas au-delà, op. cit., p. 54.

    61 Ibid., p. 26.

    62 Blanchot Maurice, Une voix venue d’ailleurs : sur les poèmes de Louis-René des Forêts, op. cit., p. 24.

    63 Ibid., p. 19.

    64 Blanchot Maurice, L’Entretien infini, op. cit., p. 81.

    65 Ibid., p. 112.

    66 Ibid., p. 142.

    67 Blanchot Maurice, L’Écriture du désastre, op. cit., p. 45.

    68 Ibid., p. 87.

    69 Blanchot Maurice, Le Pas au-delà, op. cit., p. 34

    70 Ibid., p. 36 : « Mais “tout revient” décide que l’infini du retour ne saurait prendre la forme de la circularité du tout et décide que nul retour ne saurait s’affirmer au présent (que ce présent soit futur ou soit un présent passé), c’est-à-dire ne saurait s’affirmer que par l’exclusion de toute possibilité et de toute expérience d’une présence ou par l’affirmation d’un temps sans présent : libre de toute affirmation, celle-ci porterait-elle un temps sans présent ».

    71 Derrida Jacques, Glas, Paris, Éditions Galilée, 1974, p. 166.

    72 Mallarmé Stéphane, Igitur, Paris, Gallimard, 2003, p. 26.

    73 Ibid., p. 25. [Notes 1]

    74 Ibid., p. 27.

    75 Blanchot Maurice, L’Espace littéraire, Paris, Gallimard, 1955, p. 340.

    76 Ibid., p. 150. Blanchot cite une lettre écrite par Mallarmé à son ami Henri Cazalis : « S’il est fait (le conte), je serai guéri ».

    77 Mallarmé Stéphane, Igitur, op. cit., p. 32.

    78 Ibid., p. 26. [Notes 1]

    79 Ibid., p. 28. [Notes 1]

    80 Ibid., p. 31.

    81 Ibid., p. 36. [Notes 2]

    82 Ibid., p. 32. [Notes 1]

    83 Ibid., p. 28.

    84 Ibid., p. 25. [Notes 1] Cette parenthèse n’est pas fermée.

    85 Ibid., p. 35.

    86 Ibid., p. 27. [Notes 1]

    87 Ibid., p. 29. [Notes 1]

    88 Ibid., p. 41.

    89 Ibid., p. 26.

    90 Ibid., p. 42.

    91 Ibid., p. 55.

    92 Ibid., p. 41.

    93 Ibid., p. 37.

    94 Ibid., p. 36.

    95 Ibid., p. 41.

    96 Ibid., p. 58.

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