Introduction
p. 11-13
Texte intégral
1L’idée de consacrer une étude collective à l’énigme dans l’histoire de l’art est née au constat des interrogations de mes étudiants nanterrois – voire de leur perplexité – face à la multitude des approches, des voies d’exploration et des « écoles » dans cette discipline. La variété des travaux scientifiques, qu’expliquent celles des sujets, des problématiques et des enquêtes, pouvait être illustrée et rendue plus compréhensible par une somme d’études ayant pour dénominateur commun l’énigme en histoire de l’art, ou plus exactement, ce que chacun des contributeurs percevait comme une énigme en histoire de l’art.
2Dans un sens premier, l’énigme, du latin ænigma et du grec αίνɩɣμα, définit la description d’une chose par des qualités qui lui conviennent, mais qui sont indiquées d’une manière assez ambiguë pour la déguiser et la rendre plus ou moins difficile à deviner. Le mot définit aussi le jeu où l’on fait deviner une chose en la décrivant ainsi. Toutefois, la définition la plus répandue, et dérivée des deux précédentes, rend compte de tout ce dont on ne parvient à découvrir les causes ou les motifs avec facilité. La question de l’énigme en histoire de l’art peut donc concerner tout sujet lié à la discipline et dont on ne peut discerner les causes ou le sens de manière simple et immédiate. Le choix du thème de l’énigme en Histoire de l’art comme sujet d’étude collective permettait non seulement de donner à vérifier la multitude des types d’énigmes dans cette matière, mais aussi de constater les multiples compréhensions du mot par les historiens de l’art, comme le nombre des enjeux scientifiques déterminés par ces appropriations personnelles d’une définition classique.
3 Dans l’argumentaire résumé de l’appel à contributions pour les deux journées d’études consacrées au thème – des journées qui eurent lieu les 8 et 9 décembre 2011, dans la salle des Conférences du bâtiment Pierre Grappin de l’université Paris Nanterre –, il était précisé qu’il s’agirait d’étudier, dans une approche transpériode, les différentes formes d’énigmes dans l’œuvre d’art – quelle que soit la nature de l’œuvre en question (architecture, sculpture, peinture, etc.) –, comme aussi les types d’investigations dont ces énigmes faisaient l’objet. Il s’agissait notamment d’étudier ce qui, en Archéologie et en Histoire de l’art, constitue une énigme, ce qui l’entretient ou, à l’inverse, ce qui la dissimule. Il s’agissait aussi de mieux apprécier le rôle de l’« enquêteur » dans la découverte et l’analyse de véritables énigmes, comme aussi sa possible influence dans la constitution d’énigmes fictives, et de réfléchir aux moyens et méthodes grâce auxquels une énigme se révèle ou s’explicite.
4Aboutissement des deux journées d’études, le présent ouvrage est moins « classique » que l’on ne pouvait l’envisager ; manquent des contributions sur la période moderne, en particulier sur les xviie et xviiie siècles, comme aussi des contributions d’archéologues, même si l’article de Jessica Fèvres-de Bideran jette un éclairage opportun en direction de cette discipline. La période contemporaine est la plus richement représentée avec neuf des onze articles, qui couvrent largement la période puisque s’étirant de la toute fin du xviiie (Lucile Franque) à la fin du xxe siècle (Spoerri). Ces études sont en totale adéquation avec les attentes de l’argumentaire des journées nanterroises ; elles montrent, dans une diversité thématique remarquable, les sujets nombreux pouvant être considérés comme des énigmes ou des sources d’énigmes en Histoire de l’art contemporain, comme aussi les réflexions et traitements scientifiques variés pouvant être réservés à ces énigmes.
5Quant à la période médiévale, elle est ici illustrée et servie par l’article de Patricia Andresz, qui a réalisé deux mémoires de master (M1 et M2) sous ma direction, à Nanterre, entre 2011 et 2013, et qui, aujourd’hui, achève une thèse d’Histoire de l’art médiéval à l’université Paris IV-Sorbonne, sous la direction de Philippe Lorentz. Cet article est d’une taille bien supérieure à celle des dix autres, car, à l’origine, il n’a pas été écrit pour cet ouvrage collectif. L’adéquation de l’étude réalisée par Patricia au thème de l’enquête plurielle sur l’énigme en Histoire de l’art, les difficultés qu’elle a rencontrées pour faire publier son texte – en dépit de l’excellence de celui-ci –, et la menace que faisaient peser sur la viabilité du livre trois textes jamais reçus, m’ont convaincue de proposer à Patricia de publier ici le sien. Mon propre article complète l’étude de la question de l’énigme dans l’histoire de l’art du bas Moyen Âge. De toutes ces contributions – pour lesquelles la partition chronologique, trop artificielle ici, a été écartée – se dégagent trois ensembles : une première partie dans laquelle l’énigme (picturale, formelle, iconographique…) est circonscrite, définie et donne lieu à une interprétation ; une deuxième partie dans laquelle l’énigme touche moins une œuvre précise que l’exercice même de l’histoire de l’art et les enjeux de cet « exercice » ; et enfin, une troisième et dernière partie consacrée à l’énigmatique Enterrement du tableau-piège de Daniel Spoerri.
6Presque prévertien par la diversité des sujets abordés, l’ouvrage est également riche de son caractère transpériode et de sa transversalité, avec la contribution de scientifiques qui ne relèvent pas de l’histoire de l’art, mais d’autres disciplines, par exemple l’anthropologie (Bernard Müller). Il est aussi conforme à certaines de nos attentes originelles par la diversité des âges et expériences des contributeurs qui comptent des enseignants-chercheurs et d’autres professionnels du monde de l’histoire de l’art ou de la culture, mais aussi des doctorants et des chercheurs « post-doc » (Patricia Andresz, Jessica Fèvres-de Bideran, Saskia Hanselaar et Rachel Viennot-Hüwel). Cet ouvrage collectif réunit quatre de la vingtaine d’enseignants-chercheurs que compte le département d’Histoire de l’art et d’Archéologie de l’université Paris Nanterre. Par ailleurs, aux Presses universitaires de Nanterre, il est publié dans la collection Les Arts en correspondance, dirigée par Pierre-Marc de Biasi, Louis Rinuy et Ségolène Le Men, professeure en Histoire de l’art contemporain, qui a quitté l’université de Nanterre en juin 2017, mais qui y a laissé une empreinte précise et durable. Ces différentes collaborations, proximités ou « égides » ajoutent à ce livre une valeur qui, pour être subjective, n’en est pas moins significative pour redire l’intérêt de tout projet scientifique qui accueille de nouvelles têtes et « voix », tout en donnant à une même équipe pédagogique l’occasion de participer à la réalisation d’une œuvre commune.
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Information, document, œuvre
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2015
