Des livres éducatifs
p. 197-205
Texte intégral
1La présence de l’héroïne ou du héros avec un handicap montre comment la société gère l’accueil de celles et ceux qu’elle considère comme les plus fragiles, en institution ou non, en école ordinaire ou en établissement spécialisé. À l’image des modèles théoriques qui régissent les sociétés différentes, les livres reflètent les choix politiques et éducatifs de la France et de l’Italie. Par exemple, sur la question de l’institution, les récits italiens privilégient l’image de la désinstitutionnalisation, alors que les livres français montrent un choix mixte ou un choix plutôt orienté vers les établissements spécialisés, le choix d’un établissement spécialisé étant toujours justifié par un meilleur accompagnement.
2La scolarisation inclusive est systématique mise en scène dans les petites classes dans les livres italiens qui s’intéressent plutôt aux bénéfices de la socialisation, alors que les livres français montrent des solutions panachées et une attention particulière aux acquisitions scolaires. Les livres français affichent la confiance envers les progrès issus de la rééducation. Les héros avec un handicap intellectuel et autistes tirent un bénéfice réel et une aide dans la rééducation, souvent lourde et fastidieuse. Toutefois, pour les personnages avec un handicap moteur, les récits occultent les efforts déployés pour se montrer à égalité avec les autres, et les histoires ont recours à des sauts temporels, passant sous silence le temps inhérent à la réadaptation. Une tonalité toute différente existe dans les livres italiens, dans lesquels les personnages sourds souffrent de leur rééducation, et n’en obtiennent pas de résultat tangible.
3Dans les livres italiens, la représentation est plus diversifiée par le type de personnage (humain/animal), leur âge (avec, notamment, la présence d’héroïnes ou de héros adultes ou âgés) ou le panel de handicaps. En revanche, la parité est un peu mieux observée dans les livres français (40 % de personnages féminins) que dans les livres italiens (30 %), ce qui peut ouvrir à plusieurs hypothèses. Soit les livres français portent une attention soutenue à la présence de personnages féminins, avec une volonté éditoriale de parité, soit le handicap serait considéré comme une caractéristique de faiblesse ou de dépendance, et donc plus facilement associé aux personnages de filles. Cette surreprésentation féminine peut donner à ces ouvrages une connotation de « livres de filles pour des filles », dans le sens où « les adultes pensent […] que les livres avec un héros de sexe masculin conviennent à tous les enfants […], alors que les livres racontant l’histoire d’une héroïne ne pourraient convenir qu’aux filles » (Dafflon Novelle, 2005, p. 16). Ainsi, les livres qui mettent en scène le thème du handicap, dans lesquels les héroïnes sont plus nombreuses, seraient davantage des livres « de filles ». Il y aurait alors la représentation du personnage de la fille en position de faiblesse, qui a besoin de l’aide et un accompagnement par l’entourage, dans un album ou un court roman essentiellement destiné à des lectrices, comme si la littérature préparait la petite fille ordinaire à côtoyer et aider des personnes considérées comme plus faibles, anticipant un rôle social « féminin » de care.
Les modèles identificatoires
4La littérature de jeunesse partagée entre deux finalités – plaisir du lecteur à rencontrer une héroïne ou un héros, et identification au personnage – met donc en scène des modèles identificatoires élaborés par les auteurs et diffusés par les prescripteurs.
5De façon générale, la présence de l’héroïne ou du héros avec un handicap dans les livres annonce un message positif, conforté par son aspect agréable et par le bonheur qu’il peut procurer autour de lui. La majorité des livres racontent le déroulement d’une histoire dans laquelle le handicap imprime une incidence forte sur la narration (très peu de livres racontent le déroulement d’une aventure dans laquelle le handicap serait une particularité sans conséquence). Dans cet environnement dominé par le thème du handicap, des livres évoquent le plaisir ressenti par les parents à vivre auprès de leur enfant. Si certaines familles peuvent être un temps déprimées, le personnage avec un handicap est aussi celui qui fait rire sa mère ou son père. Il y a toujours un sursaut après la tristesse, pour vivre mieux. Si le handicap peut perturber l’échange et la communication entre les membres de la famille, il est mis en scène dans les livres comme une composante qui crée ou renforce le lien familial, parfois après un moment de crise et un temps d’ajustement. Aucun des livres ne montre le départ définitif d’un parent ou une douleur inguérissable (Joselin, 2010). Plus globalement, la présence du personnage avec un handicap est positive pour son entourage, et cette présence peut être joyeuse et irradier la gaieté. Il possède un immense pouvoir de transformer la vulnérabilité et la faiblesse en atouts, pour lui et pour celles et ceux avec lesquels il est en lien. Cette image contrebalance les représentations de souffrance associées au handicap (Assouly-Piquet et Berthier-Vittoz, 1994 ; Morvan, 1988) et résonne avec les revendications de parents qui souhaitent évoquer le bonheur procuré par leur enfant avec un handicap sans que cela ne soit « suspect ».
Même s’il est vrai que la venue d’un enfant handicapé est source de douleur, il est plus difficile d’imaginer que le bonheur existe aussi. […] En tant que père, je peux témoigner de cette pensée un peu particulière : de nombreux professionnels acceptent mieux la douleur des parents que leur bonheur. La douleur est naturelle, le bonheur est suspect .
Raballand, 2007, p. 56
6Les familles évoquent l’apport d’un enfant avec un handicap dans leur vie, qui « va dans le sens de la capacité à relativiser les événements de la vie, d’une meilleure écoute, d’un enrichissement personnel et, de façon variable, d’une ouverture au monde et au handicap ; de nouvelles valeurs orientent leurs projets de vie familiale » (Nader-Grobois, 2010, p. 411).
Un enfant « trop parfait »
7Les histoires campent des personnages qui réussissent à passer d’une condition insatisfaisante à une situation acceptable par leur courage, leur ténacité et leurs capacités cognitives. Si l’autonomie du personnage avec un handicap n’est pas mise en scène dans l’histoire, il a alors un rôle de catalyse, pour permettre à un protagoniste ordinaire de changer et de devenir meilleur.
8Cependant, il convient de s’interroger sur l’image donnée à l’enfant qui ne peut s’identifier à ce héros proche de « l’enfant parfait », parce que moins « beau », moins « gentil », moins autonome ou moins performant que les modèles proposés dans les récits (Joselin, 2013b). Il est évident que l’enfant avec un handicap peut aussi être perturbateur, égoïste, menteur ou antipathique… au contraire du personnage sage et gentil, compétent et autonome, des livres. Il serait intéressant de réfléchir à l’impact de cette image idéalisée sur l’enfant avec un handicap, ainsi qu’aux conséquences de cette représentation sur son entourage et ses camarades. Car ceux-ci rencontrent dans les livres l’image de gentils petits personnages performants, alors que l’enfant avec un handicap qu’ils côtoient chaque jour ne correspond pas forcément à ce modèle, potentiellement lourd pour des enfants. Cette injonction à devenir « comme tout le monde » peut constituer un déni du handicap (Stiker, 1982) et provoquer une souffrance pour tenter de se conformer à une image attendue, sans jamais pouvoir y parvenir. La valorisation du modèle de l’héroïne ou du héros autonome constitue également un modèle inatteignable pour certains enfants rendus plus dépendants par un handicap sévère. La négation du handicap peut représenter une forme de violence envers la personne : lorsque la paraplégie est assimilée à un « petit défaut1 », les difficultés qu’elle engendre peuvent alors être niées. Laisser croire qu’il n’y aurait aucune différence à vivre avec ou sans handicap efface totalement la particularité de la personne, au risque de ne pas reconnaître ni accepter sa spécificité.
9De leur côté, certains camarades de classe des héroïnes ou des héros avec un handicap dans les livres sont également des modèles de bonté et d’entraide, toujours prêts à rendre service, voire à se sacrifier. Les camarades de classe d’un enfant avec un handicap peuvent eux aussi ne pas se reconnaître dans le modèle de « l’ami parfait », ou ne pas souhaiter endosser un rôle qui demanderait autant d’investissement, sans possibilité de se dégager.
10Les histoires des albums et courts romans ne montrent pas l’échec, ni individuel (le personnage avec un handicap n’aurait pas réussi à accomplir une action) ni collectif (le personnage avec un handicap ne serait pas tellement heureux ou à sa place dans le groupe social qui l’entoure). Il s’agit d’un message positif de ces livres, qui possèdent un fond d’optimisme et qui se « terminent bien », comme la plupart des livres de jeunesse. Cependant, il peut être difficile pour un enfant avec un handicap ou pour ses camarades de se reconnaître dans une perpétuelle image de réussite. Il existe le risque, en accueillant ostensiblement dans le social les personnes qui pourraient le mieux s’y insérer (les plus proches de la norme attendue de réussite, compétence et autonomie), de repousser au loin celles et ceux qui ne pourraient s’y conformer (Joselin, 2013b). Il convient de remarquer l’absence de droit à l’erreur qui pèse particulièrement sur les personnes avec un handicap, obligées de se comporter selon les codes attendus pour ne pas jeter le discrédit sur elles, puis sur l’ensemble des personnes avec un handicap.
Un manque de reconnaissance de la singularité
11Les représentations plutôt monolithiques du xixe et du début xxe siècle, évoquées en introduction, se sont effacées au profit de représentations plurielles. Dans le corpus étudié, les livres montrent les différences frappantes et fortes selon le type de handicap de l’héroïne ou du héros. Ces facettes ne peuvent se percevoir que par le nombre : en effet, chacun des albums ou courts romans pris séparément présente des personnages crédibles ou réalistes (toute personne peut avoir rencontré d’adorables bambins en fauteuil roulant, des enfants avec une trisomie 21 doux et affectueux…). C’est la répétition constante de certains traits spécifiques, au fur et à mesure qu’ils se rencontrent dans les albums, qui dresse un kaléidoscope des représentations de chaque type de handicap, en y associant des caractéristiques précises, souvent similaires. Aussi les grands traits distinctifs de ce que la société donne à voir et à penser de chacun des handicaps apparaissent clairement et sont réduits à une « catégorie » : le handicap moteur équivaut à la paraplégie (dans les livres français), le handicap intellectuel se confond avec la trisomie 21, le handicap visuel égale la cécité, le handicap auditif se résume à la surdité profonde, et l’autisme n’est jamais accompagné de troubles associés.
12Ainsi, la littérature de jeunesse montre peu de nuances entre les personnages porteurs d’un même type de handicap, elle ne met pas en scène la diversité des manifestations du handicap moteur ou intellectuel, ou la diversité des perceptions visuelles ou auditives… Et par cette indistinction selon les handicaps, c’est l’individualité propre à chaque personnage, et par ricochet à chaque enfant lecteur, qui risque de disparaître. En paraphrasant les mots de Henri-Jacques Stiker (1982) lorsqu’il explique que l’injonction de rééducation – réputée faire du bien à la personne – peut cacher un grand déni de la personne, qui doit alors devenir « comme les autres », de même la littérature de jeunesse, avec un sentiment de bonne volonté de différencier et de distinguer les héroïnes et les héros selon le type de handicap, risque de dissoudre l’individualité de chacun des personnages dans une catégorie figée, en constituant des groupes stéréotypés ou trop similaires. Or, préserver cette individualité apparaît fondamental pour le développement de l’enfant.
Deux enfants porteurs de trisomie 21 n’accèderont pas au même niveau scolaire, n’auront pas les mêmes intérêts pour la vie affective et relationnelle ni les mêmes compétences sociales. Personne ne peut prédire avec précision ce que deviendra un nourrisson, quand bien même celui-ci sera porteur d’une maladie très invalidante. Cette zone d’incertitude doit être préservée pour permettre à l’enfant d’accéder à un développement psycho-affectif harmonieux .
Veyron La Croix, 2013, p. 63
13Il se peut que la différenciation des groupes de personnages avec un même type de handicap soit le signe d’une volonté de reconnaissance particulière. Au même titre que les héroïnes et les héros qui rejettent l’assimilation et ne souhaitent pas être confondus avec d’autres porteurs d’autres handicaps, la différenciation permet de sortir d’une masse globale de « personnages handicapés ». Il semble peut-être trop difficile, pour un public d’enfants, d’appréhender des personnages porteurs de handicaps complexes, rares, ou associés. Mettre en scène des héroïnes ou des héros avec un handicap unique par grandes catégories viserait alors à transmettre un message simple et intelligible. En effet, l’image qui est choisie pour représenter un type de handicap est l’image la plus tranchée, la plus immédiatement perceptible (le fauteuil roulant, la cécité…). Un handicap connu et facilement identifiable permettrait alors à l’enfant lecteur de ne pas être parasité par un message trop complexe, qui ne s’intègrerait pas à la trame narrative. Lire une histoire avec un personnage avec un handicap connu pourrait permettre de juguler le sentiment de peur associé au handicap (Stiker, 1997 ; Assouly-Piquet et Berthier-Vittoz, 1994 ; Morvan, 1988). Pour préserver les enfants de cette peur, les livres leur donneraient à voir des images faciles à se représenter et donc plus rassurantes.
14Ils laissent supposer qu’une meilleure différenciation des catégories peut contribuer à une approche plurielle des handicaps, dont les spécificités seront mieux connues. Les représentations incluses dans les récits destinés aux enfants rappellent qu’un type de handicap n’est pas équivalent à un autre et incitent à penser la diversité des réponses aux questions globales touchant le handicap. Toutefois, les récits se situent dans le registre de la représentation, sans reflet particulier de la réalité. La prévalence statistique des handicaps, en particulier, ne correspond pas à la prévalence des héroïnes et des héros mis en scène dans les livres. Par exemple, l’utilisation du fauteuil roulant n’est pas l’apanage de petits garçons paraplégiques à l’instar des personnages montrés majoritairement dans les albums et courts romans. En effet, l’utilisation du fauteuil roulant croît de façon exponentielle avec l’avancée en âge et concerne principalement les femmes : « L’utilisateur type du fauteuil roulant n’est pas comme on le pense parfois un homme jeune accidenté, mais est une femme âgée dépendante » (Vignier, Ravaud et Ville, 2007). Les enfants de zéro à neuf ans représenteraient moins de 5 % des utilisateurs de fauteuils roulants. Les personnes malvoyantes dépassent largement le nombre de personnes aveugles (Sander et al., 2005)2, les personnes sourdes sont minoritaires par rapport aux personnes malentendantes (Sander, Lelièvre et Tallec, 2007)3, un handicap intellectuel accompagne le plus souvent des troubles autistiques. Selon Jean-Yves Barreyre, Clotilde Bouquet et Carole Peintre (2005, p. 3), « seuls 15 % des enfants, adolescents et jeunes adultes atteints d’autisme ou de syndromes apparentés ne présentent pas de déficience intellectuelle ». Le Trouble du spectre autistique (TSA) reflète par ailleurs des variabilités d’une très grande amplitude : « Le diagnostic TSA peut être posé aussi bien sur un enfant non verbal avec une déficience intellectuelle associée et des troubles sévères du comportement que sur un adulte porteur du syndrome d’Asperger, qui est verbal, autonome, et qui dispose de capacités cognitives supérieures à la moyenne » (Dachez, Ndobo et Navarro Carrascal, 2016). En moyenne, hormis pour les représentations de la trisomie 21 qui est bien la première cause de handicap intellectuel, les héroïnes et les héros des livres pour enfants reflèteraient de 5 % à 15 % de la prévalence des divers handicaps. Les personnages mis en scène incarnent donc les représentations sociales de ce qui est pensé être « l’image d’un personnage avec un handicap » et non la photographie de la diversité de la prévalence constatée.
Les représentations absentes
15La représentation dans les livres laisse penser que pour faire supporter le handicap, il serait nécessaire de rendre le personnage familier et aimable, proche des canons de « l’enfant parfait » : le plus souvent jeune, gentil et d’apparence agréable. En règle générale, les livres présentent des héroïnes ou des héros dont le handicap n’entrave pas la relation aux autres, ou qui sont relativement proches des protagonistes ordinaires. Cette représentation permet de montrer des personnages qui restent dans une certaine norme et fait écran à des représentations qui seraient plus problématiques : vieillesse, apparence disgracieuse, difficultés cognitives… (Morvan, 1988). Les personnages avec un handicap, jeunes, gentils, autonomes, capables de progresser, sont mis en scène dans les histoires qui concourent à leur offrir une société plus inclusive, mais d’autres personnages moins proches des modèles de « réussite » ne sont pas représentés.
16Peu d’entre eux sont porteurs de handicap sévère, et aucun n’est polyhandicapé4. Seule Betta, héroïne avec des handicaps multiples, est reconnue comme étant « vive et intelligente », en plus d’être remarquée pour sa beauté.
Albertazzi Ferdinando, Fatus Sophie (ill.), Stelle di nebbia [étoiles de brume], Troina, Città aperta, 2005.

17Il est possible de penser qu’une héroïne ou un héros polyhandicapé soit considéré comme un personnage trop difficile à illustrer, tant au niveau de la description de ses handicaps que de ses interactions aux autres. Or, l’enfant polyhandicapé est celui qui est le moins immédiatement visible : souvent en institution, il fréquente peu les haltes-garderies, l’école… Son absence dans les livres accentue la sensation d’éloignement du personnage polyhandicapé par rapport aux autres personnages.
18Les livres français privilégient les histoires avec un seul personnage handicapé, alors que les livres italiens peuvent mettre en scène jusqu’à trois héroïnes ou héros avec un handicap dans une même histoire. Mais les groupes ne sont pas représentés, alors que la vie en groupe reste encore un mode de vie qui se rencontre chez les jeunes avec un handicap (établissements, classes spécialisées, loisirs, etc.). Peut-être les récits ne souhaitent-ils pas choquer ou donner une vision considérée insupportable par les personnes ordinaires. En effet, si le contact avec une seule personne avec un handicap peut être imaginé comme possible ou souhaitable, en revanche la vue ou le contact avec un groupe de personnes avec un handicap reste plus problématique. Les livres ne mettent donc pas en scène cette représentation qui pourrait provoquer un sentiment de rejet.
19Les thèmes des traitements, l’orthophonie, la kinésithérapie, l’instruction de locomotion et des apprentissages spécifiques, du braille, de la langue des signes… ne sont pas évoqués. L’aspect biomédical et l’aspect rééducatif ne sont quasiment pas représentés. Les narrations occultent les efforts déployés par les personnages avec un handicap pour se montrer à égalité avec les autres, et les histoires ont recours à des sauts temporels. La rééducation se déroule en creux, dans les ellipses des histoires. Par exemple, un récit montre sans transition une situation d’accident et l’utilisation d’une prothèse, passant sous silence le temps inhérent à la rééducation. Ainsi, si ces livres résonnent avec le modèle de la réadaptation (Stiker, 1982), ils occultent les aléas et les efforts à fournir pour y parvenir.
20Le caractère didactique de cette littérature de jeunesse pose avec d’autant plus d’acuité la nécessité d’analyser avec soin le contenu du message véhiculé dans les histoires. En effet, il est possible que les modèles proposés soient lourds à porter pour des enfants qui ne s’y reconnaissent pas, par exemple celles et ceux dont le handicap ne coïncide pas avec les typologies très codées décrites dans les histoires, celles et ceux qui ne sont pas aussi « gentils » que les gentils personnages présents dans les histoires, celles et ceux qui vivent en groupe, en établissements, qui ne voient dans les livres qu’un seul personnage avec un handicap dans un groupe de protagonistes ordinaires, et du côté des enfants ordinaires, celles et ceux qui ne considèrent pas ou ne souhaitent pas « ressembler » à leur camarade avec un handicap.
21Aussi, ces images en « creux », absentes, confortent l’hypothèse d’une représentation édulcorée du handicap dans ces livres de jeunesse, tenant éloignées des représentations qui seraient perçues comme plus problématiques ou plus angoissantes.
Notes de bas de page
1 Lecerf Laurence, Guette Maryse (ill.), Joséphine à la piscine, Toulouse, Milan, 2001.
2 D’après les résultats de l’enquête Handicap, incapacité, dépendance (HID), 12 % des personnes déficientes visuelles seraient aveugles ou malvoyantes profondes, 55 % malvoyantes moyennes et 33 % malvoyantes légères (Sander et al., 2005).
3 Les résultats de l’enquête HID estiment, pour les personnes déficientes auditives : 6 % de déficience profonde ou totale, 28 % de déficience moyenne à sévère, et 66 % de déficience légère à moyenne (Sander, Lelièvre et Tallec, 2007).
4 Handicap intellectuel sévère associé à un handicap moteur ou un autre handicap.
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