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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Le personnage non familial La solitude rompue par un lien d’amitié La transformation de l’autre Notes de bas de page

    Personnages de papier

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    La relation interpersonnelle avec un ami

    p. 155-164

    Texte intégral Le personnage non familial La solitude rompue par un lien d’amitié La transformation de l’autreLa co-construction personnage avec un handicap/protagoniste ordinaireLe rôle de catalyseValorisation du lien en contradiction avec les images Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Du côté des liens interpersonnels, dans les ouvrages édités à partir des années 1950, les réactions des enfants ordinaires vis-à-vis de leur pair avec un handicap sont variées. La violence du social existe : certains protagonistes ordinaires affichent des sentiments d’hostilité (pitié, mépris, dédain), parfois par maladresse, parfois intentionnellement (Lachal, 1983 ; Baskin et Harris, 1984). Ils ont des réactions de rejet ou de persécution qui se transforment lorsqu’ils connaissent mieux l’enfant avec un handicap. Alors les enfants ordinaires apprennent de leurs erreurs et modifient leurs attitudes. D’autres récits montrent des enfants mis en scène de façon égalitaire. Enfants ordinaires et enfants avec un handicap font des erreurs et aucun n’a le monopole de la connaissance. D’autres encore mettent en scène des enfants ordinaires qui possèdent des connaissances spéciales sur les enfants avec un handicap, ce qui leur donne un rôle de mini-expert. Dans cette configuration, les enfants avec un handicap ne sont jamais représentés comme ayant un point de vue valable (Quicke, 1985).

    2Les histoires montrent des protagonistes (fratrie, pairs, adultes, membres de la famille et même d’autres personnages avec un handicap) qui ont peur ou qui ressentent de la honte à entretenir des relations avec le protagoniste avec un handicap.

    3Lorsqu’un personnage ordinaire éprouve un sentiment de culpabilité, il se sent responsable du handicap de l’héroïne ou du héros car, en fonction des trames narratives, il a causé le handicap, il ne lui a pas apporté les soins nécessaires, il l’a maltraité, il ignorait que le personnage présentait un handicap, il a eu de mauvaises pensées à son égard, il éprouve le sentiment d’être privilégié par rapport au personnage avec un handicap (Dyches, Prater et Cramer, 2001 ; Dyches et Prater, 2005).

    4S’ils sont présents dans les récits, les adultes avec un handicap sont aigris, acariâtres. Ils provoquent un sentiment de peur ou de méfiance chez les enfants ordinaires qui les côtoient. Mais cette crainte est un effet de la méconnaissance. Le sentiment perdure tant que l’enfant n’est pas devenu familier de l’adulte. À partir du moment où ils commencent à se connaître, l’adulte avec un handicap devient chaleureux, plein d’humour, amical, utile à l’enfant ordinaire qui apprend à l’apprécier (Quicke, 1985).

    5 Le héros avec un handicap a souvent un rôle de catalyse dans le changement positif d’un personnage ordinaire (un frère, une sœur, un membre de la famille, un voisin ou un camarade). Il permet aux autres protagonistes d’accomplir leur destinée. Il accélère le processus de maturation des protagonistes ordinaires, les éclaire sur eux-mêmes et sur le monde (Baskin et Harris, 1977). Le personnage avec un handicap « outsider », éternel second, fait apparaître ce qu’il y a de bon chez le protagoniste ordinaire (Keith, 2001), et permet de le promouvoir : il grandit, devient meilleur, gagne en sensibilité ou en conscience grâce à la rencontre ou la proximité de l’héroïne ou du héros avec un handicap (Dyches, Prater et Cramer, 2001 ; Kendrick, 2004 ; Dyches et Prater, 2005). Ces derniers sont des révélateurs qui permettent de découvrir la vraie « valeur » des protagonistes ordinaires qui se dévoilent bons ou cruels, sensibles ou insensibles, à travers la qualité de leurs interactions avec l’héroïne ou le héros qui présente un handicap (Baskin et Harris, 1977).

    6Les histoires insistent et posent en exemple l’aide active que des protagonistes ordinaires fortunés doivent porter au héros indigent avec un handicap (Davidson, Woodill et Bredberg, 1994). La solidarité ainsi esquissée est un moyen de laisser l’enfant pauvre à une place subalterne, cet enfant qui a besoin de l’enfant riche pour le protéger ou survivre. L’enfant avec un handicap sera un faire-valoir pour mettre en lumière les qualités de cœur de l’enfant riche ; il est également repoussoir, puisqu’il représente tout ce que l’enfant riche doit éviter de devenir (Lazzarato, 1993).

    7Pour contrecarrer le sentiment de honte et les attitudes de rejet, le récit peut faire appel au ressort de l’amitié. Au début des histoires, les personnages ordinaires éprouvent de la curiosité ou du rejet. Au fil du récit, ces attitudes de discrimination passent d’un comportement de rejet à un comportement d’intégration sociale des personnages avec un handicap. Les protagonistes ordinaires les plus enclins à l’exclusion au début de la narration deviennent même les plus virulents pour inciter les autres à modifier leur comportement (Fréchette, 1991).

    8Souvent, les relations d’amitié ne sont possibles qu’entre deux personnages avec un handicap ou avec d’autres enfants « à problèmes » (Dyche et al., 2001). Héroïnes et héros avec un handicap et protagonistes ordinaires interagissent sur un mode inégalitaire.

    [P]ar l’amitié, les enfants valides viennent en aide aux enfants handicapés, devenus redevables, mais non le contraire. En résumé, il est heureux pour le héros porteur d’un handicap d’avoir un ami valide dont la générosité est mise en vedette. Il lui porte secours, le soutient dans l’épreuve, mais il est rare, dans les histoires, qu’un personnage valide tire un quelconque bénéfice d’avoir un ami handicapé .
    Boué, 2000, p. 115

    9Dans certains récits, le handicap des enfants a moins d’incidences sur ses interactions avec les enfants ordinaires : les enfants jouent ensemble, ils sont d’abord amis et le trouble de l’un d’entre eux est une particularité secondaire sur le déroulement du récit (Moreau, 1989 ; Harrill et al., 1993). Par exemple, des récits, principalement avec des héros porteurs du syndrome d’Asperger, mettent en scène des relations d’amitié réciproques entre protagonistes ordinaires et personnages avec un handicap (Dyches et Prater, 2005).

    10Dans le corpus étudié dans cet ouvrage, le ressort narratif de deux tiers des récits est de modifier la condition des héroïnes et des héros avec un handicap. Au début du récit, ils souffrent de solitude ou d’exclusion et n’ont pas d’amis. Mais une relation duelle change la perception, le regard, le type d’échanges, la tonalité affective qu’un protagoniste ordinaire porte sur eux et l’histoire se termine sur l’évocation d’une amitié. Alors, grâce à sa rencontre avec un protagoniste non familial, le personnage avec un handicap sort de la solitude. La relation amicale peut l’aider à s’éloigner d’une famille non satisfaisante pour construire un lien social désirable.

    11Cette rencontre modifie l’héroïne ou le héros avec un handicap, comme elle transforme le protagoniste ordinaire. Dans les relations interpersonnelles, les changements d’attitude apparaissent comme le prétexte des livres. Un personnage ordinaire découvre les compétences d’un personnage avec un handicap (soit par son observation, soit par l’identification à l’héroïne ou au héros qui va permettre de mieux apprivoiser ses difficultés) et change à son contact. Pour sa part, le personnage avec un handicap se transforme et progresse au contact du protagoniste ordinaire, dans une relation de co-construction (handicap moteur et visuel).

    12Parfois, dans des récits plus moralisateurs, seul le protagoniste ordinaire change au contact du héros autiste (dans les livres italiens) ou du personnage sourd ou malentendant (dans les livres français) : le camarade ou l’ami ordinaire montre ses qualités d’altruisme et de générosité, il est heureux d’accomplir une bonne action et n’attend rien en retour. Dans cette configuration, les personnages avec un handicap sont passifs et mis en scène dans un rôle de catalyse. Ils ne sont pas acteurs de leur devenir, mais ils font évoluer les autres : bousculés et moqués, ils permettent à un protagoniste ordinaire de montrer ses qualités de cœur en les défendant ; sages et obéissants, leur exemple modifie le comportement des protagonistes ordinaires, change leurs perceptions et remet dans le droit chemin celles et ceux qui étaient égarés ou trop turbulents.

    Le personnage non familial

    13Une place majeure est donnée en littérature de jeunesse au personnage tiers non familial qui se situe entre l’enfant héros et ses parents ou sa famille ; ce personnage tiers l’aide à sortir d’une situation difficile et lui permet de connaître un autre système de valeurs. Ganna Ottevaere-van Praag (1997) remarque : « Pour échapper à des tensions familiales insupportables, l’enfant cherche refuge auprès d’un étranger. Ce tiers personnage joue un rôle majeur dans les récits modernes. Il prenait déjà beaucoup de relief dans les romans du siècle dernier » (p. 65). Dans ce corpus, la plupart des protagonistes ordinaires1 ont principalement pour rôle de créer du lien social.

    14Les livres montrent clairement que les évolutions du lien social ne sont pas envisagées de façon similaire selon le type de handicap de l’héroïne ou du héros. Les relations duelles sont davantage mises en scène pour des personnages avec un handicap moteur, visuel ou intellectuel.

    15Certains récits montrent des relations amicales et sociales satisfaisantes qui n’ont pas besoin d’évoluer (une seule histoire met en scène un animal adulte malveillant qui ne modifie pas son comportement). Pour seulement une quinzaine de récits, le handicap n’altère ni ne modifie les relations duelles ou sociales des personnages.

    La solitude rompue par un lien d’amitié

    16Dans les autres livres, un ressort fréquent de la narration est de sortir le personnage de la solitude : environ la moitié des héroïnes ou des héros avec un handicap n’ont pas d’amis au début de l’histoire. Un camarade, populaire et entouré d’amis, est parfois le maillon indispensable entre le personnage avec un handicap et les autres membres de la communauté. Ce personnage tiers, ami du personnage avec un handicap, a une fonction de médiateur et l’aide à trouver ou retrouver une place satisfaisante dans un entourage familial, un environnement scolaire ou un contexte social.

    17Lors de la première rencontre, certains protagonistes ordinaires ont un a priori plutôt favorable ou indifférent envers le personnage porteur d’un handicap. D’autres récits mettent en scène des protagonistes ouvertement hostiles, enfants ou adultes, qui ne connaissent rien au handicap et qui n’en comprennent pas grand-chose. Certains auront besoin d’y être eux-mêmes confrontés pour entrevoir ce que peut être le quotidien d’un personnage avec un handicap. Le protagoniste ordinaire méchant ou stupide n’éprouve ni pitié ni compassion et il ose des gestes que probablement personne auparavant n’avait jamais risqués. Il est parfois celui qui ne porte aucune considération particulière au handicap et sa « brutalité » bouscule positivement l’héroïne ou le héros.

    18Le ressort narratif d’autres récits mène les personnages victimes d’un groupe (l’institution, un groupe social hostile) vers un groupe social accueillant, grâce à une relation amicale. Ces héroïnes ou héros se trouvent dans un état de dépendance physique, sociale ou psychique vis-à-vis d’autrui. C’est pourquoi leur situation varie selon la personne qu’ils côtoient. Ils sont à la merci d’une « mauvaise rencontre » qui amplifie leur souffrance : à plusieurs reprises, Jésus Betz est victime des peurs, des superstitions ou de la cupidité des groupes hostiles qui l’entourent2, l’institution judiciaire poursuit Mine3, les employés du laboratoire clandestin volent les chats abandonnés4, les villageois chassent Fati5, la tante contraint sa nièce Batcha à mendier6. En revanche, une « bonne rencontre » va transformer leur existence : la route de Jésus Betz croise des personnages qui deviendront des amis, les enfants du quartier vont se mobiliser pour sauver Mine, les bénévoles d’une association soignent et sauvent les chats abandonnés, l’ami de Fati ne l’abandonne pas, Batcha croise un garçon qui va l’aider à changer de vie.

    19De cette façon, les trames narratives montrent combien la responsabilité d’autrui est engagée dans la vie de l’héroïne ou du héros avec un handicap. En effet, l’attitude du protagoniste non familial a une conséquence immédiate et parfois vitale pour le personnage qui peut moins se dégager et moins se défendre qu’un protagoniste ordinaire. Une rencontre amicale, indifférente ou hostile, n’est donc pas anodine ou dénuée d’impact.

    20Parfois, l’environnement familial tendre et affectueux du personnage avec un handicap ne suffit pas à le protéger d’un groupe hostile. La rencontre avec un protagoniste tiers amical va permettre de nouer un lien qui lui permettra ensuite d’être intégré dans la communauté. D’autres histoires permettent d’échapper à un environnement familial insatisfaisant, lorsque la famille est trop en souffrance, lointaine, hostile ou trop repliée sur elle-même. Le ressort narratif fait alors passer l’héroïne ou le héros d’un contexte familial défaillant à un environnement amical ou social satisfaisant.

    21Mais le lien d’amitié ne va pas de soi. Les images sont en accord avec les histoires racontées dans ces livres. En effet, il s’agit de montrer le cheminement d’un protagoniste ordinaire, inquiet, indifférent, qui va apprendre à apprécier et accepter l’héroïne ou le héros avec un handicap.

    22Dans certaines illustrations qui mettent en scène des personnages avec une trisomie 21, les sentiments dysphoriques sont exprimés par les protagonistes ordinaires. Par exemple, une héroïne avec une trisomie 21 est souriante alors que sa future amie exprime un sentiment de mécontentement ou d’ennui. L’une des premières illustrations de Clara et Bérénice montre l’agacement de Clara, fillette ordinaire.

    Bérénice prend la serviette, se lève, fait le tour de la table, enlace Clara et lui donne un gros baiser chocolat-confiture.
    “Merci ! elle est gentille, Clara !”
    “Beurk ! Beurk ! Beurk ! Arrête ça ! Tu colles ! J’en ai partout maintenant, tu es vraiment dégoûtante !” dit Clara, exaspérée.

    Pistinier Caroline, ill. de l’auteure, Clara et Bérénice, Paris, Kaléidoscope, 1995.

    Image

    23La dernière illustration inverse les rôles dans une scène identique, en miroir.

    « Clara enlace Bérénice et lui donne un énorme baiser caramel-chocolat. “Beurk ! Beurk ! Beurk ! Tu colles !” dit Bérénice. »

    Pistinier Caroline, ill. de l’auteure, Clara et Bérénice, Paris, Kaléidoscope, 1995.

    Image

    24Seuls les personnages avec une trisomie 21 provoquent ainsi des sentiments d’inquiétude ou d’agacement chez des protagonistes ordinaires, comme s’il était impossible que les personnages avec une trisomie 21 puissent ressentir eux-mêmes des sentiments d’inquiétude ou de colère, ou comme si, trop gentils, trop confiants, ils ne pouvaient déceler les sentiments dysphoriques de leur entourage.

    La transformation de l’autre

    25La rencontre avec l’autre permet de faire du bien au personnage avec un handicap : cela permet de découvrir ses capacités pour peu qu’un protagoniste ordinaire prenne le temps de s’arrêter et de le regarder. Il va ainsi progresser, s’épanouir et trouver une place. De son côté, la présence du personnage avec un handicap va permettre à un protagoniste ordinaire de changer profondément, de développer ses sentiments d’altruisme et d’exercer sa générosité.

    La co-construction personnage avec un handicap/protagoniste ordinaire

    26Les livres mettent en scène des relations de co-construction entre le personnage avec un handicap et un protagoniste ordinaire. Les personnages qui évoluent dans les relations de co-construction sont le plus souvent porteurs de handicap moteur ou visuel, qui ne présentent donc pas de difficultés de communication : peut-être les auteurs estiment-ils que la relation d’échange équitable en est facilitée. Souvent, à la plus grande surprise du protagoniste ordinaire, l’héroïne ou le héros avec un handicap a quelque chose à lui apprendre et à partager, il a une influence positive sur son entourage et conduit ce protagoniste à transformer son regard et, plus globalement, sa façon d’être face à des personnages vulnérables. La situation de handicap n’a pas changé, mais le contexte a changé : si le handicap du personnage demeure, ses effets sont positifs. Dans cette configuration, les personnages avec un handicap sont acteurs de leur transformation et du changement de regard sur eux, y compris en désobéissant aux règles qui leur sont imposées, en ne se conformant pas à la conduite ou aux consignes préconisées par leur entourage. Ils ont les compétences pour connaître et exprimer ce qui est bon pour eux, si l’autre prend le temps et la peine d’écouter.

    27Une façon de mieux comprendre l’héroïne ou le héros avec un handicap est de se mettre à sa place, d’agir comme lui. Au début d’une histoire, une fillette s’ennuie auprès d’une adolescente mutique « aux muscles congelés »7. Cette dernière réussit à interpeller la petite, elle va trouver les mots justes, au moment adapté, pour que la fillette s’intéresse à elle. Elle prouve ses compétences à dire, malgré ses difficultés de parole, ce qui est bon pour elle. Le regard porté sur elle va se transformer peu à peu8 et l’amitié va naître entre les deux enfants. De son côté, la fillette change de regard et de comportements, au fil de l’histoire, et acquiert peu à peu des attitudes moins enfantines. Turbulente, elle devient plus posée ; extravertie, elle apprend à mieux maîtriser ses émotions ; joueuse, elle devient plus studieuse. Elle essaye d’imiter la jeune fille avec un handicap qui est devenue un « modèle » aux qualités enviables : « Parfois je faisais comme Betta. […] J’essayais de ne pas bouger même un muscle, de montrer que j’étais contente en clignant les paupières deux ou trois fois9. » La relation de co-construction permet à l’héroïne avec un handicap et à la fille ordinaire d’échanger une compétence, de prendre du plaisir et de ressentir de l’intérêt dans l’échange.

    28Dans tous les récits où le personnage sourd ou malentendant s’exprime en langue des signes, un protagoniste ordinaire s’initie également à la langue des signes pour être en capacité de communiquer avec lui. Ce sont alors les protagonistes ordinaires qui font un pas vers le personnage sourd pour que la communication soit possible : les parents, les amis, le petit voisin, l’enseignant et les élèves. Parfois l’apprentissage de la langue des signes est le symbole de l’amitié scellée entre le personnage sourd et le protagoniste ordinaire, après une période de rejet ou d’agressivité.

    Le rôle de catalyse10

    29Les histoires évoquent des personnages avec un handicap qui ne changent pas, mais dont la présence va permettre à un protagoniste ordinaire de changer profondément, de développer des sentiments d’altruisme et d’exercer sa générosité. Cette représentation est déjà prégnante dans les livres de littérature de jeunesse du xixe et du xxe siècle qui mettent en scène une héroïne ou un héros avec un handicap (Baskin et Harris, 1977 ; Quicke, 1985 ; Davidson, Woodill et Bredberg, 1994 ; Dyches, Prater et Cramer, 2001 ; Keith, 2001 ; Blezza Picherle, 2004 ; Kendrick, 2004 ; Dyches et Prater, 2005) et cette représentation perdure dans ce corpus, où le personnage dans un rôle de catalyse occupe la place des orphelins des ouvrages du début du xxe siècle.

    Les orphelins, résignés et généreux, fourmillent dans les romans enfantins de la fin du siècle. Parfois, ils servent de repoussoir aux protagonistes dont ils font ressortir par leur propre lourdeur, le charme et l’intelligence. […] L’enfant [orphelin] recueilli par charité sert donc très souvent de prétexte. Son rôle est marginal. Grâce à lui, des transformations s’opèrent dans le caractère du protagoniste : un accident survenu à un orphelin et dont elle est la cause, guérit Boulotte de son orgueil et de sa jalousie .
    Ottevaere-van Praag, 1987, p. 355-356

    30Le personnage avec un handicap n’est pas dans une dynamique de changement, alors qu’il va être à l’origine du changement du protagoniste ordinaire. Il ne s’agit pas de le montrer dans le rôle du personnage principal, mais de focaliser le regard sur les affects du protagoniste ordinaire, les bons sentiments de ce dernier et/ou sa transformation.

    31Dans cette configuration, le personnage avec un handicap n’est pas transformé par la rencontre, mais sa présence donne l’opportunité à un protagoniste ordinaire de faire quelque chose de bien, d’accomplir une « bonne action ». Ce dernier ne doit rien attendre en retour, mais ressentira le bonheur du don de soi. Ce faisant, il se valorise en montrant sa compétence à aider celui qui est plus démuni, qu’il considère comme plus vulnérable que lui. Le rôle de catalyse est le plus souvent dévolu aux héros autistes (dans les livres italiens) ou sourds et malentendants (dans les livres français). Il est possible que les représentations liées aux difficultés de communication ou à la violence constituent une gêne pour imaginer des relations d’échange équitable11 et que ces personnages ne soient donc pas mis en scène dans des relations de co-construction.

    Valorisation du lien en contradiction avec les images

    32Malgré les relations duelles qui existent dans plus des deux tiers des histoires, seuls seize personnages sont représentés sur l’illustration de couverture avec un ami (dans les livres français). Une image évoque l’une des relations duelles les plus fluides du corpus. Un petit garçpn en fauteuil roulant est doublement représenté en position de leader. En effet, d’une part il se dirige vers la droite, ce qui suggère un cheminement vers un but : dans la mesure où la lecture et le feuilletage des pages des livres s’effectuent de gauche à droite, un personnage placé dans le sens de la lecture renforce l’effet de mouvement positif. « Ainsi, tout déplacement d’un personnage se dirigeant vers la droite se trouve favorablement interprété comme une progression » (Van der Linden, 2006, p. 115). D’autre part, il devance son camarade et « lorsque ce sont plusieurs personnages qui sont pris dans un même mouvement, celui situé le plus à droite sera perçu comme le plus rapide : il est le plus près du but » (Van der Linden, 2006, p. 115).

    Bayar Michèle, Rouzé Marina (ill.), Rodéo à Ascou, Paris, Magnard jeunesse, 2003. (Détail)

    Image

    Notes de bas de page

    1 Dont la présence est suffisamment conséquente dans la trame narrative.

    2 Bernard Fred, Roca François (ill.), Jésus Betz, op. cit.

    3 Cohen-Janca Irène, Moreau Laurent (ill.), La Mine à bonbecs, op. cit.

    4 D’Alessandro Deborah, Franzoni Chiara et Pavia Andrea (ill.), Nelson, un re senza casa [Nelson, un roi sans maison], Rome, Sinnos, 1998.

    5 PInguilly Yves, Koenig Florence (ill.), La Couleur des yeux, Paris, Autrement jeunesse, 2001.

    6 Sablé Éric, Hoffmann Ginette (ill.), Un Ami pour la vie, Paris, Bayard, 1998.

    7 Albertazzi Ferdinando, Fatus Sophie (ill.), Stelle di nebbia [Étoiles de brume], op. cit.

    8 La fille avec un handicap est présentée dans les illustrations par touches éparses et désagrégées : des yeux, une bouche… pour devenir entière au fil des iconographies. Celle-ci devient « entière » au moment où elle se révèle à l’enfant, où la fillette la « voit » vraiment et se rend compte de son intériorité.

    9 Albertazzi Ferdinando, Fatus Sophie (ill.), Stelle di nebbia [Étoiles de brume], op. cit.

    10 Le terme « catalyse » est utilisé pour signifier le phénomène qui produit un changement chez le protagoniste ordinaire par la seule présence de l’héroïne ou du héros avec un handicap. Lorsqu’un changement s’opère chez les deux personnages, le phénomène est noté comme une « co-construction ».

    11 La relation de co-construction est quasiment absente entre personnages autistes et protagonistes ordinaires.

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    1 Dont la présence est suffisamment conséquente dans la trame narrative.

    2 Bernard Fred, Roca François (ill.), Jésus Betz, op. cit.

    3 Cohen-Janca Irène, Moreau Laurent (ill.), La Mine à bonbecs, op. cit.

    4 D’Alessandro Deborah, Franzoni Chiara et Pavia Andrea (ill.), Nelson, un re senza casa [Nelson, un roi sans maison], Rome, Sinnos, 1998.

    5 PInguilly Yves, Koenig Florence (ill.), La Couleur des yeux, Paris, Autrement jeunesse, 2001.

    6 Sablé Éric, Hoffmann Ginette (ill.), Un Ami pour la vie, Paris, Bayard, 1998.

    7 Albertazzi Ferdinando, Fatus Sophie (ill.), Stelle di nebbia [Étoiles de brume], op. cit.

    8 La fille avec un handicap est présentée dans les illustrations par touches éparses et désagrégées : des yeux, une bouche… pour devenir entière au fil des iconographies. Celle-ci devient « entière » au moment où elle se révèle à l’enfant, où la fillette la « voit » vraiment et se rend compte de son intériorité.

    9 Albertazzi Ferdinando, Fatus Sophie (ill.), Stelle di nebbia [Étoiles de brume], op. cit.

    10 Le terme « catalyse » est utilisé pour signifier le phénomène qui produit un changement chez le protagoniste ordinaire par la seule présence de l’héroïne ou du héros avec un handicap. Lorsqu’un changement s’opère chez les deux personnages, le phénomène est noté comme une « co-construction ».

    11 La relation de co-construction est quasiment absente entre personnages autistes et protagonistes ordinaires.

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    Joselin, L. (2020). La relation interpersonnelle avec un ami. In Personnages de papier. Nanterre: Presses universitaires de Paris Nanterre. https://doi.org/10.4000/books.pupo.18242
    Joselin, Laurence. « La relation interpersonnelle avec un ami ». In Personnages de papier. Nanterre: Presses universitaires de Paris Nanterre, 2020. doi:10.4000/books.pupo.18242.
    Joselin, Laurence. « La relation interpersonnelle avec un ami ». Personnages de papier, Presses universitaires de Paris Nanterre, 2020, https://doi.org/10.4000/books.pupo.18242.

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    Format

    Joselin, L. (2020). Personnages de papier. Nanterre: Presses universitaires de Paris Nanterre. https://doi.org/10.4000/books.pupo.18127
    Joselin, Laurence. Personnages de papier. Nanterre: Presses universitaires de Paris Nanterre, 2020. doi:10.4000/books.pupo.18127.
    Joselin, Laurence. Personnages de papier. Presses universitaires de Paris Nanterre, 2020, https://doi.org/10.4000/books.pupo.18127.
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