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    Plan détaillé Texte intégral Le temps de l’attachement, jusqu’au début des années 1880 Le temps de la désaffection, du début des années 1880 à 1905 Le temps de la confrontation (1905-1914) Les limites du refus Notes de bas de page Auteur

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    Table des matières

    Les socialistes français et La Marseillaise, de 1879 à 1914

    Éric Nadaud

    p. 95-109

    Texte intégral Le temps de l’attachement, jusqu’au début des années 1880 Le temps de la désaffection, du début des années 1880 à 1905 Le temps de la confrontation (1905-1914) Les limites du refus Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1En février 1879, La Marseillaise reçoit de la République le statut d’hymne national. Dès lors, la question de son usage se pose en des termes particulièrement difficiles pour les socialistes français qui la chantaient jusque là sans trouble de conscience. Elle touche en effet à leur rapport théorique à la République et à la nation, qui est marqué par des ambiguïtés fondamentales. Les socialistes sont indéniablement attachés à la République, qui leur paraît indispensable à l’émancipation de la classe ouvrière, mais ils se dressent en même temps au nom de leur idéal révolutionnaire contre la République « bourgeoise », gardienne d’un régime de production capitaliste qu’ils condamnent. De même, ils défendent la liberté des nations, mais prônent aussi l’union des prolétaires de tous les pays1. Or si ces engagements ambivalents leur donnent des limites, ils les laissent aussi sans direction claire face à La Marseillaise devenue officielle. Il leur est a priori aussi difficile de se l’approprier que de la répudier complètement, car ce serait dans l’un et l’autre cas sacrifier une partie de leur identité.

    2 Dans ces conditions, comment les socialistes déterminent-ils leur attitude envers La Marseillaise de 1879 à 1914 ? En raison de leurs tiraillements identitaires, qui les privent de prescriptions précises, ils se laissent largement guider par l’évolution et l’orientation de leur propre mouvement, et par la réalité de leur rapport à la République et à la nation. Leur mouvement se rallie durant ces années à la doctrine marxiste, mène à bien un processus unitaire qui le conduit d’un émiettement initial en divers partis groupusculaires à un regroupement presque général au sein du Parti socialiste SFIO, et s’impose comme une force de premier plan. Quant à leur rapport réel à la République et à la nation, il est lui-même principalement fonction des menaces que les adversaires de la République font peser sur le régime, de la politique menée par les gouvernements vis-à-vis de la classe ouvrière, et de leurs relations avec les autres partis. Le fait majeur, c’est l’antagonisme des socialistes avec une République répressive et sourde aux revendications de la classe ouvrière presque tout au long de la période. La Marseillaise s’en trouve fortement desservie. Néanmoins, nombre des déterminants évoqués jouent d’une façon variable, dans des sens divers, selon les circonstances, ce qui accentue la complexité du point de vue des socialistes sur l’hymne, et le rend instable.

    3Du fait de cette complexité et de cette instabilité, la pratique socialiste de La Marseillaise de 1879 à 1914 est difficile à appréhender. C’est sans doute ce qui explique qu’elle ait été fort peu étudiée2. S’il n’est pas question ici de démêler tout l’écheveau de son histoire, on s’attachera du moins à en identifier le sens général et les grandes phases, et à en éclairer les raisons. On envisagera cette « pratique de La Marseillaise » dans une acception large, comme l’ensemble des usages de l’hymne ainsi que des comportements induits par lui, ce qui recouvre non seulement les pratiques « positives » d’utilisation, mais aussi des pratiques d’abstention, ou encore de substitution et de confrontation, celles-ci fondées sur le recours à d’autres chants. On ne l’isolera pas des autres pratiques militantes et symboliques socialistes, sonores ou visuelles, qui font système avec elle et précisent son sens, pas plus que de celles de l’Etat et des partis « bourgeois », avec lesquelles elle est en interaction, puisque les choix en matière d’usage des chants et des symboles dépendent souvent de ceux des autres acteurs, en particulier des adversaires.

    4 Il ressort d’une telle approche que les socialistes évoluent jusqu’en 1914 dans le sens d’un rejet de La Marseillaise, en trois temps, d’un attachement initial à une désaffection, puis à une confrontation. Mais cette tendance générale ne va pas sans des variations et des ambiguïtés qui conduisent à s’interroger sur sa profondeur, et annoncent les évolutions ultérieures.

    Le temps de l’attachement, jusqu’au début des années 1880

    5Les socialistes français considèrent La Marseillaise comme leur hymne jusqu’au début des années 1880. Ils l’encensent, autant qu’ils la chantent, malgré son nouveau statut. Avant d’évoquer les usages qu’ils en font, il faut expliquer cet attachement, qui peut étonner, car il ne cadre pas avec leur opposition à la République « opportuniste », les expose au risque d’être confondus avec les autres républicains, et contraste avec leur rejet sans nuances d’un autre élément majeur de la symbolique républicaine, les trois couleurs.

    6On doit d’abord y voir le fruit de toute l’histoire des combats menés auparavant par les républicains. La Marseillaise n’a cessé d’être dressée par ces derniers, au premier rang desquels les républicains « rouges », contre les régimes conservateurs et autoritaires antérieurs à la IIIe République, qui s’acharnaient au contraire à la condamner ou à la refouler. Mariée au drapeau rouge, elle a servi de chant de ralliement à la Commune de Paris. Et de 1871 à 1879, elle a été de nouveau un motif d’affrontement entre les républicains et les monarchistes partisans de « l’Ordre moral » qui, bien qu’aux commandes de la République, la répudiaient toujours, si bien que sa promotion au rang d’hymne national a consacré la victoire des premiers sur les seconds. Les « rouges » l’ont alors célébrée plus que d’autres, en France comme dans les lieux d’exil ou de déportation des communards, parce que la Commune l’avait sacralisée à leurs yeux. C’est ce passé qui distingue La Marseillaise des trois couleurs, accaparées et salies par tous les régimes depuis 1830. Il la rend glorieuse, et oblige les socialistes. Or il est encore très vivant. Nombre de militants de 1879 en ont vécu personnellement les différentes péripéties, en tout ou partie, depuis la monarchie de Juillet, et ne peuvent aisément s’en déprendre.

    7Si les socialistes continuent de chérir La Marseillaise, c’est aussi pour des raisons propres au contexte particulier des années 1879-1881. Ils restent mobilisés contre les adversaires de la République, dont la démission du président Mac-Mahon en janvier 1879 a sanctionné la défaite, mais dont ils craignent jusqu’aux élections générales de 1881 le retour en force. Ils s’inquiètent non seulement des menaces que ceux-ci font peser sur le régime, mais aussi de leurs menées contre La Marseillaise, ce qui les conduit à alerter sans relâche sur les cas d’officiers antirépublicains qui punissent leurs soldats pour avoir chanté l’hymne sans autorisation3. En outre, ils conservent encore quelques attaches inavouées avec les républicains « bourgeois », parce qu’ils les voient comme un mal moindre que la réaction, et ne restent pas totalement indifférents à l’activisme réformateur de leurs premiers gouvernements. D’ailleurs, ils ne refusent pas le soutien des radicaux dans certains combats, par exemple pour l’amnistie. Enfin, ils sont sensibles à l’état d’esprit qui règne dans leur propre milieu, dont la fidélité à La Marseillaise est entretenue par au moins trois faits : le retour vers 1880 des communards amnistiés, qui rejoignent en nombre les organisations révolutionnaires, où l’on ne voit pas pourquoi ils n’auraient pas continué à tenir leur chant emblématique en affection, au moins pour un temps ; la sympathie initiale pour la République d’une bonne partie des travailleurs, qui participent spontanément aux liesses des premiers 14-Juillet, et pavoisent dans les faubourgs en entonnant l’hymne4 ; et le prestige international de celui-ci, que le mouvement socialiste hors de France s’approprie, pour un emploi ostensible dont les journaux socialistes français se font l’écho sans hésiter5.

    8A ces multiples explications, on peut ajouter que les socialistes savent se protéger contre le danger d’une confusion avec les autres républicains en inscrivant leur pratique de La Marseillaise dans un système d’identification symbolique qui leur est propre. Ils accompagnent le chant d’une signalétique exclusivement rouge, et l’associent à des cris tels que : « Vive la République sociale ! », « Vive la révolution sociale ! » ou « Vive la Commune ! », quand les républicains « bourgeois », eux, ne l’accordent qu’aux trois couleurs et au simple cri : « Vive la République ! » Ainsi peuvent-ils avoir le sentiment de chanter Rouget de Lisle en révolutionnaires.

    9A quels usages destinent-ils alors La Marseillaise ? Celle-ci domine leur répertoire révolutionnaire. Elle n’est pas pour eux un chant comme les autres. C’est celui qu’ils connaissent le mieux, et qu’ils pratiquent le plus, partout en France. Ils en usent dès qu’il faut donner de la solennité à leurs actes, faire le lien avec les combats antérieurs, sonner le ralliement, et s’affirmer face à l’adversaire. Elle leur permet de donner une dimension supérieure à leurs engagements.

    10C’est ainsi qu’ils en font un élément central du culte de la Commune, qu’ils organisent précisément dans les années 1879-1880, et utilisent pour opérer la relance de leur mouvement. Ils la mobilisent pour la célébration de l’anniversaire de l’insurrection, le 18 Mars, qui donne lieu chaque année à des réunions en série, de même que pour le souvenir de la Semaine sanglante. Ce lien entre La Marseillaise et la commémoration de la Commune est marqué par Eugène Pottier mieux que par tout autre dans le poème qu’il compose en décembre 1880 en hommage au tableau éponyme d’Ernest Picchio, et termine par un vibrant : « La mort à plein fossé chante la Marseillaise6 ! » Il apparaît aussi lors du pèlerinage annuel qui s’impose alors au cimetière du Père-Lachaise, le dernier dimanche de mai, où les militants sont empêchés par la police de chanter, mais trouvent tout de même le moyen de rendre l’hymne présent, tel Auguste Corsin, dirigeant du Parti ouvrier, qui rappelle à ses amis réunis le 29 mai 1881 devant le mur des fusillés les fameux vers : « Nous aurons le sublime orgueil/ De les venger ou de les suivre7 ». Le choix par Corsin d’une telle citation montre que l’association de La Marseillaise au culte de la Commune ne sert pas qu’au souvenir. Elle prépare aussi les esprits à une nouvelle insurrection. C’est tout le message de la chanson Bonhomme, qui connaît alors un franc succès en milieu révolutionnaire. Elle appelle Bonhomme à se réveiller au son de La Marseillaise : « A ce chant-là quitte l’outil/ Bonhomme (bis), va chercher ton fusil./ Et vive la Commune lonla !/ Et vive la Commune lonlaire8 ! »

    11C’est aussi pour le présent que les socialistes font usage de La Marseillaise. Elle constitue l’attraction principale d’un certain nombre de leurs réunions privées à but éducatif et récréatif, qui mêlent poésie et discours, selon un programme souvent annoncé par voie de presse, où elle est jouée ou chantée à un moment-clé, en ouverture, en clôture ou en guise de charnière. On la fait retentir aussi pour l’accueil des grandes figures révolutionnaires, par exemple pour celui de Louise Michel, l’icône de la Commune, à la soirée-conférence socialiste qu’elle anime à la salle Chayne de Paris, en décembre 18809. Mais elle sert également dans les manifestations publiques. Elle fait partie là aussi du rituel de réception des combattants illustres. Elle vibre lors des cérémonies organisées en l’honneur des communards amnistiés, à l’occasion de leur retour, comme l’a relevé Laure Godineau10, aussi bien que dans les grands meetings où prennent la parole les chefs de file, tel Blanqui, incarnation de l’intransigeance révolutionnaire, à Lille, le 21 novembre 1880, qui est « porté plutôt qu’escorté par la foule enthousiaste au chant de La Marseillaise11 ». Les premières fêtes nationales du 14-Juillet, à partir de 1880, sont aussi l’occasion pour ceux des militants qui y prennent part de la faire entendre. Louise Michel la fait chanter à des enfants sur la place des Cocotiers à Nouméa le 14 juillet 1880, sur demande, mais sans réticence et avec émotion, juste avant de rejoindre l’Europe12. Des groupes l’entonnent encore à Saint-Denis le 13, et à Paris le 14 juillet 1884, en compagnie d’étendards rouges13. La Marseillaise s’impose de même dans les conflits sociaux, dont les meneurs sont souvent socialistes. Pour reprendre une formule de Michèle Perrot, elle est « le chant préféré » des grévistes dans les années 1870 et 188014. Ses usages sont donc étendus, bien qu’ils semblent plus restreints que ceux des chants qui lui succèderont au premier rang du répertoire révolutionnaire, puisque les sources disponibles, il est vrai peu précises pour les années 1880, n’évoquent pas la clôture de congrès socialistes nationaux à ses accents.

    Le temps de la désaffection, du début des années 1880 à 1905

    12Au cours des années 1880, les socialistes abandonnent progressivement La Marseillaise. Peut-on dater plus précisément leur délaissement ? Certains historiens le renvoient à une époque manifestement trop tardive. Gaetano Manfredonia suggère qu’il faut le situer bien après celui des anarchistes15. D’autres le placent explicitement dans les années 1890, parce qu’ils croient que La Marseillaise a été directement remplacée par L’Internationale, qui s’impose durant cette décennie. En fait, c’est à peu près en même temps que les anarchistes, dès la première moitié des années 1880, que nombre de socialistes, même si ce ne sont pas tous, commencent à abandonner l’hymne national, et c’est d’abord pour La Carmagnole. Les comptes rendus de leurs réunions le montrent bien, de même que les études de Michelle Perrot sur les manifestations des grévistes, dont il ressort que La Carmagnole rivalise de plus en plus avec La Marseillaise à partir de 1884, et qu’elle finit par la supplanter dans les années 1887-189016.

    13De cette désaffection, l’adversaire de classe est le premier responsable. La République établie jette elle-même le discrédit sur La Marseillaise, par sa propre évolution, en dévoilant de plus en plus clairement sa volonté implacable de défendre l’ordre social et de servir les seuls intérêts de la bourgeoisie capitaliste, mais aussi par l’usage qu’elle fait de l’hymne, en lui enlevant son âme révolutionnaire et populaire des débuts, pour s’en servir comme d’un chant bon pour tout saluer, y compris pour honorer les représentants de l’ordre national et international, parmi lesquels des « tyrans » détestés des démocrates. Les partis les plus hostiles au socialisme la disqualifient eux aussi par leur pratique, qu’il s’agisse des nationalistes, prompts à récupérer tout symbole national, des royalistes catholiques qui se « rallient » à elle en même temps qu’au régime dans les années 1890, ou des républicains de gouvernement dits « progressistes », qui en font la fédératrice d’un rassemblement conservateur contre le socialisme.

    14Mais il faut aussi prendre en compte la montée de l’aspiration à l’autonomie en milieu socialiste, qui est portée en France comme dans le reste de l’Europe par l’essor de la classe ouvrière, la poussée des luttes sociales, le développement des organisations prolétariennes et le progrès du marxisme. Les socialistes veulent faire leurs affaires eux-mêmes, et opposer leurs pratiques, leur culture et leurs propres institutions à celles de la bourgeoisie. Il est clair que l’hymne national, qui s’adresse aux citoyens dans leur ensemble, toutes classes confondues, n’est pas compatible avec une telle démarche.

    15Dès lors, les socialistes écartent La Marseillaise de leurs pratiques militantes. Tantôt instinctivement, tantôt de propos délibéré et ostensiblement, ils cessent de la chérir et de l’entonner. Pour bien marquer leur éloignement, et parfois non sans mépris, ils l’appellent à l’envi : « leur » Marseillaise. Ce n’est plus que le chant des bourgeois, auxquels renvoie le possessif, que la classe ouvrière ne saurait s’approprier.

    16Cet hymne qui n’est plus le leur, les socialistes le remplacent par des chansons au caractère subversif ou prolétarien plus marqué, qui traduisent mieux que lui leurs idéaux. Ils conçoivent dès la fin des années 1870 des versions de La Marseillaise, à des fins sociales, révolutionnaires, pacifistes ou anticléricales. Certaines en reprennent le titre, comme La Marseillaise des mineurs en 1891, ou La Marseillaise fourmisienne, en hommage aux victimes du 1er mai 1891 à Fourmies17. D’autres se contentent d’en détourner ostensiblement le texte ou l’air, telle La Bataille, composée en 1884 pour donner les communards en exemple, qui commence par « Allons, enfants des fusillés18… ». Ces versions n’ont toutefois qu’une diffusion limitée. Elles sont davantage un révélateur de la frustration qu’engendre La Marseillaise qu’un véritable produit de remplacement.

    17Il en va tout autrement de La Carmagnole, qui s’impose pendant une quinzaine d’années comme le principal substitut à La Marseillaise pour le rôle de chant socialiste dominant. Il faut reconnaître qu’elle dispose de bien des atouts pour prendre l’avantage, dans la version qui prévaut alors, celle de 1869. Outre qu’elle est forte d’une légitimité révolutionnaire qui vaut bien celle de l’hymne national19, elle est supérieure à celui-ci, pour des militants en rupture avec l’ordre établi, en ce qu’elle glorifie l’insurrection, outrage la religion et provoque les élites sociales. Elle est de surcroît servie par la haine que lui vouent les puissants, et par les poursuites judiciaires qu’elle vaut à ses adeptes20, qui peuvent se poser en victimes d’une fausse République. Qui plus est, aucun autre chant de premier rang ne se prête comme elle à la fête et à la danse. À ces qualités fondamentales s’ajoutent son identification aux luttes héroïques des mineurs et des verriers de Carmaux, qui passionnent le monde ouvrier et socialiste des années 1890, et sa valorisation par Jaurès, qui frappe l’opinion en la déclamant sur une table de banquet lors de l’inauguration de la verrerie ouvrière d’Albi, le 25 octobre 1896, et en prend la défense à la Chambre21.

    18Ce n’est qu’à l’extrême fin du siècle que L’Internationale d’Eugène Pottier prend le relais. Promue par le Parti ouvrier français (POF) de Jules Guesde, puis adoptée par le premier congrès général des organisations socialistes françaises, en 1899, elle supplante progressivement La Carmagnole dans son rôle de remplaçante de La Marseillaise, car elle répond encore mieux aux attentes des militants. Forte d’avoir été composée par un ancien communard, elle est également bien plus prolétarienne, antimilitariste et internationaliste, ce qui lui vaut aussi la détestation de l’adversaire de classe, qui la dénonce comme un défi à la patrie et à l’armée. En outre, elle impressionne par sa majesté, d’autant qu’elle s’appuie sur la musique imposante et entraînante de Pierre Degeyter. C’est un véritable hymne de la classe ouvrière, qui s’écoute chapeau bas. Certains la désignent explicitement comme la « Marseillaise du socialisme international22 ».

    19Cette tendance à la désaffection n’est pas pour autant linéaire. Elle n’exclut pas des retours de flamme. Il s’en produit principalement lorsque les gauches se rassemblent sous le drapeau de la « défense républicaine », de 1899 à 1902, puis du « Bloc des gauches », de 1902 à 1905. Des socialistes se joignent alors à des manifestations « blocardes » où retentit l’hymne national. Néanmoins ces retrouvailles sont sans effusions. Les socialistes ne renouent pas tous avec l’hymne républicain, et ceux qui le font ne l’entonnent qu’exceptionnellement, si les circonstances et leurs contacts avec les radicaux les y obligent.

    Le temps de la confrontation (1905-1914)

    20À partir de 1905, les socialistes prennent encore plus leurs distances vis-à-vis de La Marseillaise. Outre qu’ils renoncent complètement aux usages « blocards » dans leurs activités nationales, ils font le choix d’une opposition frontale et publique à l’hymne républicain, qu’ils se contentaient jusque là, en règle générale, de ne plus chanter. À l’abstention et à la substitution, ils ajoutent la confrontation.

    21Leur antagonisme croissant avec les autres partis est à l’origine de ce durcissement. Ils se regroupent en 1905 dans la SFIO, une formation marxiste, révolutionnaire, prolétarienne et internationaliste, dominée par ses tendances de gauche et dépourvue de toute perspective proche d’accéder au pouvoir, dont le premier acte est de mettre fin au « Bloc des gauches ». Ils optent d’autant plus pour l’intransigeance qu’ils désirent se rapprocher de la Confédération générale du travail (CGT), l’autre grande organisation prolétarienne de l’époque, elle-même révolutionnaire, antimilitariste et internationaliste, et que les luttes de classe se réveillent brutalement, en 1905 également, avec l’ouverture d’une crise sociale sévère qui met aux prises, pour des années, le prolétariat et la « République radicale » associée au patronat.

    22En relation avec cet antagonisme central, L’Internationale et La Marseillaise achèvent chacune de devenir le chant dominant dans l’un et l’autre camp. La première s’impose sans rivale en milieu socialiste, parce qu’elle est le reflet parfait de l’identité du nouveau parti, qu’elle est adoptée désormais par les autres organisations ouvrières, la CGT comme les autres partis de la Seconde Internationale, et parce que La Carmagnole, à laquelle elle restait jusque là souvent accouplée, séduit beaucoup moins, du fait notamment de l’affaiblissement de la question cléricale et de la question du régime. La Marseillaise pour sa part avait fait de grands progrès à droite avant 1905, mais sans conquérir les cœurs d’une bonne partie des catholiques, qui continuaient de répliquer aux provocations par des cantiques23. Elle fédère désormais presque l’ensemble des droites, désormais acquises très largement à l’idée de République, et pour partie converties au nationalisme, auxquelles elle permet de gagner en cohésion, d’établir un lien avec la gauche « bourgeoise » modérée, de se légitimer en se posant en patriotes, et de rejeter à l’inverse les révolutionnaires comme des « sans-patrie ». Il est clair au surplus que les deux hymnes se renforcent l’un par l’autre, par tout un jeu d’interactions, chacun étant perçu dans son camp comme la meilleure riposte à l’autre.

    23Dès lors, des batailles de chants répétées, où L’Internationale vibre comme une contre-Marseillaise, et La Marseillaise comme une contre-Internationale, opposent les socialistes et leurs adversaires. L’écho en est amplifié par la presse, d’information comme d’opinion, toujours avide d’incidents spectaculaires, ce qui stimule plus encore l’ardeur des protagonistes. Les réunions publiques et les manifestations de rue en sont le principal théâtre, surtout dans les grandes villes, où les militants des deux camps sont nombreux et au contact les uns des autres. Les jeunes socialistes, plus enclins à l’action « sur le terrain » qu’à l’étude laborieuse de la doctrine, y sont en première ligne, de même que Gustave Hervé, le directeur du journal La Guerre sociale, qui multiplie avec ses amis de l’extrême-gauche de la SFIO les provocations, en perturbant par des contre-manifestations avec chant de L’Internationale les rassemblements où La Marseillaise se fait entendre, y compris des cérémonies officielles, au point de s’attirer les foudres de la Justice24. Mais le duel sonore gagne aussi la Chambre, où les députés SFIO frappent les esprits le 13 mai 1909, en entonnant pour la première fois en séance L’Internationale, à laquelle une bonne part des autres élus républicains répliquent par La Marseillaise25. Il se porte aussi sur le terrain social, où les socialistes associés aux cégétistes opposent le chant de Pottier aux syndicalistes « jaunes » conduits par Biétry, qui n’ont de voix que pour Rouget de Lisle26. La SFIO fait ainsi ressortir d’une part sa différence fondamentale avec l’ensemble des autres partis, droites et Parti radical mêlés, dont l’attachement commun au régime capitaliste est révélé par leur regroupement derrière le même emblème sonore, et d’autre part sa propre identité de vues avec la CGT.

    24De même, les détournements les plus notables de La Marseillaise ne visent plus à élargir l’emploi du chant afin de le faire servir à des fins socialistes, mais à en délégitimer l’usage. C’est le sens des deux nouvelles Marseillaises que crée le jeune poète Gaston Couté, l’un des collaborateurs d’Hervé : La Paysanne, ou Marseillaise fraternelle des gâs de Saint-Ay, où sont dénoncées en 1908 les « Marseillaises fratricides », et La Marseillaise des requins, composée en réaction à l’intervention de la France au Maroc en 1911, dont l’esprit contestataire apparaît crûment dès l’ouverture : « Allez ! petits soldats de France, /Le jour des poir’s est arrivé./Pour servir la Haute Finance/Allez-vous en là-bas crever ! (bis)27 ».

    25La confrontation perd tout de même en intensité après l’été 1912, quand Gustave Hervé fait le choix d’une « nouvelle politique28 ». Renonçant à l’antipatriotisme et à l’antimilitarisme, pour affirmer son républicanisme, il défend un point de vue sur La Marseillaise nettement plus positif, jusqu’à se faire reprocher par ses anciens amis de la CGT d’appeler à « écouter respectueusement la Marseillaise29 ». Toutefois, la disparition de ce facteur d’effervescence ne modifie pas fondamentalement l’ambiance. C’est ce que confirment les obsèques parisiennes de Jaurès, le 4 août 1914. On les présente habituellement comme un grand moment d’union nationale, où le président du Conseil René Viviani joint sa parole à celle d’orateurs socialistes et syndicalistes, en présence des corps constitués et de représentants de tous les courants politiques, le jour même où la France entre en guerre. En fait, la symbolique en est exclusivement socialiste, au-delà du cercle des personnalités officielles, si l’on en juge d’après les comptes rendus de la presse de la SFIO. On n’y entend que L’Internationale et le cri « Vive la République sociale ! », et on n’y voit que des drapeaux rouges30. Malgré le contexte, les socialistes ne veulent que leurs symboles, pas ceux de la nation, pour accompagner la dépouille de leur leader.

    Les limites du refus

    26Le délaissement ou le rejet de La Marseillaise sont cependant plus relatifs et même plus affectés qu’il n’y paraît. Ils comportent de multiples limites et des ambiguïtés, qui témoignent de la persistance de l’attachement des socialistes aux principes républicains. D’abord, les socialistes se positionnent d’une manière variable, selon que la République leur paraît menaçante, menacée, ou inspirée par une bourgeoisie réformiste. Ils refusent La Marseillaise le plus nettement et dans l’unité la plus large quand le régime montre un visage hostile aux travailleurs, comme dans les années 1890-1898. Mais ils l’acceptent lorsque la République semble menacée, ce qui est le cas en juin 1899, comme indiqué plus haut, quand ils se mobilisent dans leur ensemble pour la « défense républicaine », et côtoient des républicains « bourgeois » dans des manifestations communes d’où jaillit La Marseillaise31. Enfin, leurs pratiques de l’hymne républicain divergent s’ils ne s’entendent pas entre eux sur le diagnostic d’une menace sur la République, ce qui se produit face au boulangisme, en 1888-1889, ou quand le régime est mis par un parti « bourgeois de gauche » au service d’une politique de réformes, comme au temps du « Bloc des gauches », où les plus « blocards » cautionnent le chant de Rouget de Lisle par leur présence dans des rassemblements de soutien au pouvoir32, tandis que les plus révolutionnaires condamnent le Bloc dans tous ses aspects.

    27Précisément, les socialistes n’affichent pas non plus le même détachement selon qu’ils appartiennent à l’un ou à l’autre des deux grands courants fondamentaux : celui des réformistes, qui se regroupent progressivement derrière Jaurès, et celui des révolutionnaires, menés par Guesde et Vaillant. Les premiers portent sur l’usage de l’hymne républicain un regard moins critique que les seconds, même s’ils s’approprient tout autant La Carmagnole puis L’Internationale. Jaurès est leur porte-parole en 1903 dans un article célèbre où il fait de L’Internationale « la suite prolétarienne de La Marseillaise », ce qui revient à légitimer chacun des deux hymnes, l’un par l’autre33. Loin de traduire le point de vue de l’ensemble des socialistes, comme on le croit souvent, il y exprime une volonté d’intégration dans la République, qui est purement réformiste. La presse des révolutionnaires, elle, veut ignorer Rouget de Lisle.

    28Les études locales font aussi ressortir une discordance entre les dirigeants de parti nationaux, surtout les plus révolutionnaires, qui défendent avec intransigeance les principes, et certains élus locaux, qui se plient aux traditions et aux codes républicains sur les questions de symboles. Ainsi Carrette, élu maire de Roubaix en 1892 au nom du POF, le parti en principe le plus marxiste, affiche dans ses fonctions un respect des usages habituels de la symbolique républicaine, donc de La Marseillaise, qui fait contraste avec le sectarisme de sa formation34. Son cas n’est pas isolé. Cependant, nombre de maires socialistes, hommes de principe, ne font pas preuve d’une soumission semblable aux pratiques municipales établies. Il résulte de cette autonomie des élus une diversification des pratiques symboliques socialistes au plan local, qui s’étend à mesure que le socialisme progresse aux élections municipales.

    29Les différences sont aussi géographiques. Les groupes socialistes n’évoluent pas au même rythme dans toutes les régions et communes, pour des raisons qui peuvent tenir à l’éloignement autant qu’aux traditions culturelles ou à l’emprise locale d’un courant particulier. Quelques uns continuent de chanter La Marseillaise jusque dans les années 1900. On trouve un exemple de cet usage résiduel dans le rassemblement organisé à Salles-d’Aude (Aude) pour la première célébration du Premier Mai, en mai 1899, en présence d’un député du Parti ouvrier français. Il se termine dans l’enthousiasme aux accents de La Marseillaise, révélant ainsi un double retard par rapport aux pratiques nationales, dans l’usage de l’hymne comme dans celui du Premier Mai, dont on ne voit pas quelle autre raison pourrait l’expliquer que l’isolement de ce petit bourg rural35. Des différences semblables affectent aussi la diffusion des pratiques de substitution. Ainsi le Nord fait-il le choix de L’Internationale dans les années 1890 bien plus tôt que le Midi, plus longtemps fidèle à La Carmagnole.

    30Les socialistes français sont de même en décalage avec ceux des autres pays. Hors de France, La Marseillaise conserve en effet dans les années 1890 et 1900 le sens d’un hymne révolutionnaire universel. Tous les congrès de l’Internationale socialiste se terminent à ses accents, de 1889 à 1896. Les socialistes français en sont donc réduits à contester l’hymne en solitaires, et se retrouvent dans une situation inconfortable dans les congrès socialistes internationaux, sans savoir comment manifester leur singularité. L’adoption de L’Internationale pour la clôture de ces congrès à partir de 1900 leur apporte un soulagement. Mais les résistances à l’oppression dans le reste de l’Europe et hors congrès internationaux n’en continuent pas moins de s’exprimer au son de La Marseillaise jusqu’en 1914, ce dont la presse SFIO est bien obligée de se faire l’écho.

    31Enfin, il est permis de s’interroger sur la profondeur de ce rejet de La Marseillaise. Il faut observer que les socialistes ne s’en prennent pas à La Marseillaise en elle-même, mais avant tout à ceux qui en font usage, et à l’usage qu’ils en font. Même Hervé ne met pas l’hymne en cause directement. Les journaux socialistes continuent d’ailleurs à stigmatiser les officiers qui lui manquent de respect jusqu’à la guerre, comme en 1880. On peut même douter de la sincérité du refus socialiste, à la lumière du témoignage livré en 1915 par l’un des délégués français au congrès socialiste international réuni à Bruxelles en 1891, Arthur Rozier. Ce dernier confessa qu’après y avoir entendu un éloge de La Marseillaise présenté par le secrétaire belge du congrès, auquel ils souscrivaient au fond d’eux-mêmes, lui et ses amis avaient émis des réserves, mais sans pouvoir s’empêcher d’éprouver « la plus douce émotion d’orgueil patriotique36 »…

    32La pratique socialiste de La Marseillaise dans les trente-quatre premières années de l’hymne officiel confirme par son instabilité et sa complexité l’identité contradictoire du socialisme français. Certes, les socialistes suivent une direction bien visible de 1879 à 1914, celle d’un refus de plus en plus affirmé, sous l’effet de la domination politique de partis « bourgeois » qui leur sont le plus souvent hostiles, de leur propre enfermement prolongé dans l’opposition, de la solidité d’une République dont la sauvegarde n’exige pas leur mobilisation en dehors de très brèves crises, sans parler de leurs bonnes ressources en chants dominants de rechange, avec La Carmagnole et L’Internationale. Mais leur difficulté à exprimer ce refus autrement que d’une manière limitée, différenciée et variable, malgré un tel contexte, prouve toute la résilience de leur esprit républicain.

    33La suite vérifie que l’instabilité et la complexité sont bien les traits permanents de la pratique socialiste de La Marseillaise, et que la direction négative prise jusqu’en 1914, loin de déboucher sur un refus définitif, n’est que la première phase d’une histoire plus que séculaire faite d’oscillations répétées dont on ne peut prendre la pleine mesure que sur le long terme. Au gré de l’évolution de leur rapport à la République et à la nation, les socialistes se réapproprient La Marseillaise durant la Grande guerre, puis reviennent dès le rétablissement de la paix en 1919 à leur désaffection d’avant 1914, avant de reprendre en 1935 la voie des retrouvailles, encore timides et équivoques avec le Front populaire, mais bien plus franches avec la Résistance, la Libération et les expériences gouvernementales des IVe et Ve Républiques. Cette histoire se poursuit-elle ? Entre les refus des années 1879-1914 et les usages obligés d’un parti de gouvernement au début du xxie siècle, y a-t-il encore un lien ? On peut le penser, tant il est visible que les socialistes continuent à vouloir mettre des limites à leur pratique de l’hymne, comme en témoignent les remous provoqués parmi eux lors de l’élection présidentielle de 2007 par les efforts de leur candidate pour inscrire la symbolique républicaine au cœur de sa campagne. Leurs réticences persistantes, en dehors des grands moments d’unité nationale, attestent que la question de La Marseillaise, même si elle a perdu beaucoup de son acuité, reste un point sensible de leur identité.

    Notes de bas de page

    1 Sur l’identité socialiste, voir Alain Bergounioux, Gérard Grunberg, L’Ambition et le remords. Les socialistes français et le pouvoir (1905-2005), Paris, Fayard, 2005.

    2 Sur l’histoire des usages de La Marseillaise en général, voir Michel Vovelle, in Pierre Nora (dir.), « La Marseillaise », Les Lieux de mémoire. La République, Paris, Gallimard, 1984 ; et Frédéric Robert, La Marseillaise, Paris, Imprimerie nationale, 1989.

    3 Voir Le Prolétaire, 24 janvier 1880, p. 5, et Le Citoyen, 25 juillet 1880, p. 3.

    4 Voir le témoignage de Gustave Hervé à ce sujet, La Guerre sociale, 15 au 21 juillet 1908.

    5 Telle L’Égalité, de Jules Guesde, le 25 août 1880, à propos de la grande manifestation organisée le 15 août 1880 par les socialistes belges en faveur du suffrage universel. Voir aussi ibid., 16 juillet et 8 octobre 1882.

    6 La Question sociale, 1er janvier 1892, p. 80.

    7 Amédée Dunois, Le Populaire, 24 mai 1936. La paternité de ces vers, tirés du « couplet des enfants », est controversée, mais peu importe ici.

    8 Robert Brécy, La Chanson de la Commune, Paris, Éd. Ouvrières, 1991, p. 216.

    9 Ni Dieu, Ni maître, 10 décembre 1880.

    10 Laure Godineau, Retour d’exil. Les anciens communards au début de la IIIe République, doctorat soutenu en 2000, Paris 1, Lille, ANRT, 2001, p. 243-245.

    11 Ernest Granger, Ni Dieu, Ni maître, 22 novembre 1880.

    12 Louise Michel, Mémoires de Louise Michel écrits par elle-même, Paris, F. Roy, 1886, p. 60.

    13 Le Cri du peuple, 14 et 15 juillet 1884.

    14 Michelle Perrot, Les Ouvriers en grève. France 1871-1890, Mouton-Paris-La Haye, 1974, p. 562 et 563.

    15 Gaetano Manfredonia, La Chanson anarchiste en France des origines à 1914, Paris, L’Harmattan, 1997, p. 175-176.

    16 Michelle Perrot, op. cit., p. 563.

    17 Voir Robert Brécy, Florilège de la chanson révolutionnaire : de 1789 au Front populaire, Paris, Éditions ouvrières, 1990.

    18 Maurice Charnay, Almanach socialiste illustré pour 1897, Paris, À la Bibliothèque socialiste, 1897.

    19 Thème développé dans La Carmagnole, organe du peuple, 2 février 1892.

    20 Voir, par exemple, Rolande Trempé, Les Mineurs de Carmaux : 1848-1914, Paris, Éditions ouvrières, 1971, p. 882-883.

    21 Journal officiel de la République française, Débats parlementaires, 5 novembre 1896, p. 1374-1378.

    22 Alexandre Zévaès, La Petite République, 5 avril 1896.

    23 Voir par exemple les bagarres de Lambezellec (Finistère), Le Temps, 23 juin 1903.

    24 Par exemple à la suite de la perturbation de la fête des conscrits au Trocadéro le 30 septembre 1906 (Le Temps, L’Humanité, 1er et 2 octobre 1906).

    25 Le Petit Journal, 14 et 18 mai 1909.

    26 Par exemple à Lyon, le 14 juillet 1906 (L’Humanité, 16 juillet 1906).

    27 Robert Brécy, Florilège, op. cit., p. 196-198.

    28 La Guerre sociale, 31 juillet au 6 août 1912.

    29 Francis Delaisi, ibid.

    30 L’Humanité, 5 août 1914 ; La Guerre sociale, 6 août 1914.

    31 Voir par ex. les manifestations parisiennes du 11 juin 1899 (La Lanterne, 13 juin 1899) et du 19 novembre 1899 (Le Petit Parisien, 20 novembre 1899).

    32 Voir par exemple les manifestations à Marseille en l’honneur du président du Conseil Émile Combes, le 9 août 1903 (Le Temps, 10 août 1903).

    33 Jean Jaurès, « Marseillaise et Internationale », in La Petite République, 30 août 1903.

    34 Sur le cas de Carrette, voir Rémi Lefebvre, « Les socialistes, la question communale et l’institution municipale », in Cahiers Jaurès n° 177-178, juillet-décembre 2005, p. 88-89.

    35 Le Socialiste, 14 mai 1899, p. 4.

    36 Arthur Rozier, Le Bonnet rouge, 11 juillet 1915.

    Auteur

    • Éric Nadaud

      Ancien élève de l’ENS (Saint-Cloud), est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université d’Orléans. Sa thèse de doctorat a porté sur Une tendance du Parti socialiste SFIO, la Bataille socialiste, 1921-1933 (dir. Serge Berstein). Il poursuit actuellement des recherches sur le mouvement socialiste en France de 1921 à 1960, ainsi que sur les pratiques militantes et symboliques de la gauche depuis le xixe siècle. Il est également l’un des rédacteurs du Dictionnaire biographique, Mouvement ouvrier, Mouvement social (1940-1968) en douze volumes (éditions de l’Atelier).

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    1 Sur l’identité socialiste, voir Alain Bergounioux, Gérard Grunberg, L’Ambition et le remords. Les socialistes français et le pouvoir (1905-2005), Paris, Fayard, 2005.

    2 Sur l’histoire des usages de La Marseillaise en général, voir Michel Vovelle, in Pierre Nora (dir.), « La Marseillaise », Les Lieux de mémoire. La République, Paris, Gallimard, 1984 ; et Frédéric Robert, La Marseillaise, Paris, Imprimerie nationale, 1989.

    3 Voir Le Prolétaire, 24 janvier 1880, p. 5, et Le Citoyen, 25 juillet 1880, p. 3.

    4 Voir le témoignage de Gustave Hervé à ce sujet, La Guerre sociale, 15 au 21 juillet 1908.

    5 Telle L’Égalité, de Jules Guesde, le 25 août 1880, à propos de la grande manifestation organisée le 15 août 1880 par les socialistes belges en faveur du suffrage universel. Voir aussi ibid., 16 juillet et 8 octobre 1882.

    6 La Question sociale, 1er janvier 1892, p. 80.

    7 Amédée Dunois, Le Populaire, 24 mai 1936. La paternité de ces vers, tirés du « couplet des enfants », est controversée, mais peu importe ici.

    8 Robert Brécy, La Chanson de la Commune, Paris, Éd. Ouvrières, 1991, p. 216.

    9 Ni Dieu, Ni maître, 10 décembre 1880.

    10 Laure Godineau, Retour d’exil. Les anciens communards au début de la IIIe République, doctorat soutenu en 2000, Paris 1, Lille, ANRT, 2001, p. 243-245.

    11 Ernest Granger, Ni Dieu, Ni maître, 22 novembre 1880.

    12 Louise Michel, Mémoires de Louise Michel écrits par elle-même, Paris, F. Roy, 1886, p. 60.

    13 Le Cri du peuple, 14 et 15 juillet 1884.

    14 Michelle Perrot, Les Ouvriers en grève. France 1871-1890, Mouton-Paris-La Haye, 1974, p. 562 et 563.

    15 Gaetano Manfredonia, La Chanson anarchiste en France des origines à 1914, Paris, L’Harmattan, 1997, p. 175-176.

    16 Michelle Perrot, op. cit., p. 563.

    17 Voir Robert Brécy, Florilège de la chanson révolutionnaire : de 1789 au Front populaire, Paris, Éditions ouvrières, 1990.

    18 Maurice Charnay, Almanach socialiste illustré pour 1897, Paris, À la Bibliothèque socialiste, 1897.

    19 Thème développé dans La Carmagnole, organe du peuple, 2 février 1892.

    20 Voir, par exemple, Rolande Trempé, Les Mineurs de Carmaux : 1848-1914, Paris, Éditions ouvrières, 1971, p. 882-883.

    21 Journal officiel de la République française, Débats parlementaires, 5 novembre 1896, p. 1374-1378.

    22 Alexandre Zévaès, La Petite République, 5 avril 1896.

    23 Voir par exemple les bagarres de Lambezellec (Finistère), Le Temps, 23 juin 1903.

    24 Par exemple à la suite de la perturbation de la fête des conscrits au Trocadéro le 30 septembre 1906 (Le Temps, L’Humanité, 1er et 2 octobre 1906).

    25 Le Petit Journal, 14 et 18 mai 1909.

    26 Par exemple à Lyon, le 14 juillet 1906 (L’Humanité, 16 juillet 1906).

    27 Robert Brécy, Florilège, op. cit., p. 196-198.

    28 La Guerre sociale, 31 juillet au 6 août 1912.

    29 Francis Delaisi, ibid.

    30 L’Humanité, 5 août 1914 ; La Guerre sociale, 6 août 1914.

    31 Voir par ex. les manifestations parisiennes du 11 juin 1899 (La Lanterne, 13 juin 1899) et du 19 novembre 1899 (Le Petit Parisien, 20 novembre 1899).

    32 Voir par exemple les manifestations à Marseille en l’honneur du président du Conseil Émile Combes, le 9 août 1903 (Le Temps, 10 août 1903).

    33 Jean Jaurès, « Marseillaise et Internationale », in La Petite République, 30 août 1903.

    34 Sur le cas de Carrette, voir Rémi Lefebvre, « Les socialistes, la question communale et l’institution municipale », in Cahiers Jaurès n° 177-178, juillet-décembre 2005, p. 88-89.

    35 Le Socialiste, 14 mai 1899, p. 4.

    36 Arthur Rozier, Le Bonnet rouge, 11 juillet 1915.

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    Nadaud, Éric. (2017). Les socialistes français et La Marseillaise, de 1879 à 1914. In S. Hirschi, C. Legoy, S. Linarès, A. Saemmer, & A. Vaillant (éds.), La poésie délivrée. Nanterre: Presses universitaires de Paris Nanterre. https://doi.org/10.4000/books.pupo.10228
    Nadaud, Éric. « Les socialistes français et La Marseillaise, de 1879 à 1914 ». In La poésie délivrée, édité par Stéphane Hirschi, Corinne Legoy, Serge Linarès, Alexandra Saemmer, et Alain Vaillant. Nanterre: Presses universitaires de Paris Nanterre, 2017. doi:10.4000/books.pupo.10228.
    Nadaud, Éric. « Les socialistes français et La Marseillaise, de 1879 à 1914 ». La poésie délivrée, édité par Stéphane Hirschi et al., Presses universitaires de Paris Nanterre, 2017, https://doi.org/10.4000/books.pupo.10228.

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    Hirschi, S., Legoy, C., Linarès, S., Saemmer, A., & Vaillant, A. (éds.). (2017). La poésie délivrée. Nanterre: Presses universitaires de Paris Nanterre. https://doi.org/10.4000/books.pupo.10113
    Hirschi, Stéphane, Corinne Legoy, Serge Linarès, Alexandra Saemmer, et Alain Vaillant, éd. La poésie délivrée. Nanterre: Presses universitaires de Paris Nanterre, 2017. doi:10.4000/books.pupo.10113.
    Hirschi, Stéphane, et al., éditeurs. La poésie délivrée. Presses universitaires de Paris Nanterre, 2017, https://doi.org/10.4000/books.pupo.10113.
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