Conclusion
p. 63-68
Texte intégral
1L’orientation épistémologique et théorique de notre réflexion trouve à s’appliquer à la compréhension de ce qui se joue dans l’action collective. Qu’est-ce qui se négocie d’important aussi bien dans le dialogue avec le monde que dans le dialogue avec les pairs ? C’est l’action, c’est-à-dire les règles de la vie en commun par lesquelles on constitue une association, une entreprise ou que l’on fait vivre un territoire. L’agir ensemble est l’enjeu, quelle que soit la forme qu’il prenne dans les projets d’action qui se concrétisent. S’invite alors la question de la gouvernance des projets collectifs, qui est aussi celle du dialogue entre leurs parties prenantes. C’est aussi la question de la démocratie. Concluons sur ces idées.
2Au principe de la genèse de l’action, il faut poser l’existence d’un écart avec l’existant, sans exclure la possibilité de projets attestataires ou conservateurs. Cet écart est d’abord le fruit de l’imagination, d’une possibilité inventive et créative. Entre utopie et idéologie, l’imagination contribue à constituer le projet comme perspective, avant que l’action le fasse vivre, le tisse dans le monde vécu, celui des « œuvres sédimentées et instituées » que produisent les actions humaines (Ricœur, 1986, p. 213). Si l’élément utopique fait possiblement bouger l’élément idéologique, pour reprendre une expression de P. Ricœur (1997, p. 410), le mouvement constatable est dans l’ordre du monde vécu, celui de l’action qui se concrétise.
3Les utopies comprises comme expression d’idées projectives deviennent envisageables par ce qu’elles peuvent suggérer comme perspective transformatrice souhaitable. Nous retrouvons l’idée d’écart, de tolérance ou de latitude qu’importe le concept de jeu dans la compréhension de l’agir. Parce qu’il y a jeu interprétatif et possibilité de jeu dans l’action, d’un écart expérimentable, donc de comportements non déterminés, l’existence, comme possibilité d’expérimenter des comportements propres, de vivre des règles propres, devient pensable et possible.
4Un dialogue se noue avec le monde par le fait même de l’anticipation de l’action, du projet d’action et du contexte dans lequel il va s’inscrire. Un diagnostic, quelle que soit la forme qu’il prenne, précède l’action inéluctablement contextualisée, confrontée aux contingences et aux aléas. Ce dialogue projectif premier ne dit pas la vérité de l’action, il l’informe, il informe ses protagonistes. L’action est à mener et expérimenter, dans l’expérience ou l’expérimentation vécues, qu’il faut concevoir comme creuset de la connaissance. Ce sont des projets qui s’opposent dans leurs aspirations, dans leurs anticipations et possiblement s’affronteront dans leurs actualisations. Il faut débattre et justifier, expérimenter pour valider, disposer des marges de liberté pour explorer les possibles en idée et en acte.
5Du fait de la nature relationnelle de toute forme d’action collective, la maîtrise du projet collectif ne peut s’envisager sans un minimum de dialogue entre ses parties prenantes. Si l’on pose l’essence conflictuelle du social, l’action collective ne peut se penser dans le dialogue social ou démocratique, sans la négociation qui est au cœur de la lecture régulationniste.
6Toute forme d’action collective, ou d’entreprise dans une acception large du terme, suppose de nouer des relations avec des participants ou partenaires. La diversité de leurs intérêts, de leurs points de vue et motivations, constitue un défi pour la conception et la conduite du projet collectif qui la constitue. Par ailleurs, on n’imagine pas que le déploiement d’un projet puisse se faire sans rencontrer des obstacles et des aléas, des circonstances porteuses de facilités et de difficultés et, dès lors connaître des aboutissements plus ou moins conformes à ce qui était attendu. Autant d’éléments qui appellent des ajustements, des réorientations, voire des remises en cause du projet lui-même, aussi bien que du périmètre de ses parties prenantes.
7Dès lors, la maîtrise d’un projet collectif en tant que bien commun du collectif ne va pas de soi. Les problèmes que pose une telle maîtrise sont notamment ceux des tensions entre acteurs ou catégorie d’acteurs qui naissent d’intérêts divergents, ceux encore du maintien de la cohérence d’un flux de décisions dans le temps. Ils requièrent l’exercice d’une fonction que l’on peut qualifier de gouvernance. Les contours et les contenus d’une telle fonction dépassent les attributions de la fonction de direction dont tout collectif est doté, quelle que soit la forme qu’elle prenne. Un premier contenu s’identifie à une fonction de conseil, d’apport d’expertise à la fonction de direction. L’exercice de cette fonction de conseil est d’essence réflexive, tout comme la fonction, d’ordre politique, associée au deuxième contenu, qui entérine le fait que la direction n’est pas légitime à faire ce qu’elle veut. La Société d’accueil, qu’elle privilégie la propriété privée ou collective, qu’elle fixe des règles de droit – une législation – s’appliquant à tout ou partie des activités de l’entreprise, peut être légitime à être représentée. Dans tous les cas, elle fixe un cadre normatif, dont les arguments sont mobilisables dans l’exercice de la fonction politique. De même, la représentation des parties prenantes, à titre divers, des activités du collectif peut être souhaitée. Cet aspect de représentation d’essence politique est bien identifié, sans pour autant que le périmètre des parties prenantes légitimes à participer à la fonction de gouvernance fasse consensus.
8Ainsi, la fonction de gouvernance de nature politique et réflexive s’affirme de l’ordre d’un dialogue social qu’il paraît aussi légitime de qualifier politique avec ce qu’il suppose de négociation, de délibération débouchant possiblement sur un vote ayant valeur exécutoire. Dans le contexte d’une pluralité d’acteurs accrédités à participer aux orientations et aux décisions d’une action collective, l’exercice de la posture réflexive implique l’exercice d’un jugement. Celui-ci suppose que soient présents ou représentés les acteurs « nécessaires et suffisants » pour l’exercer, a fortiori pour en assumer la responsabilité. Dans cette perspective de représentation, s’expriment des possibilités de choix, fondées sur des légitimités mobilisables potentiellement plurielles. D’un point de vue normatif, la gouvernance pose la question de la représentation des parties prenantes de l’action collective et celle de leur droit de vote, donc de la démocratie qui peut prendre diverses formes en lien avec le statut des parties prenantes considérées comme légitimes.
9Toutefois, cette fonction politique ainsi comprise, à la fois d’expertise et de hiérarchie, qui imposerait ses décisions aux acteurs d’une action collective, peut affaiblir leur autonomie, possiblement leur comportement entrepreneurial. Pour le dire autrement, la démocratie peut n’être que très peu compatible avec le dynamisme entrepreneurial souhaitable. Quel que soit l’univers d’activité de référence, l’action collective ne peut se comprendre sans reconnaître l’action d’acteurs porteurs d’une certaine énergie de changement. Et la vie de toute action collective suppose des moments entrepreneuriaux nécessaires au renouvellement de tout ou partie du projet qui la fonde. Le dialogue social, pour nécessaire qu’il soit, ne peut s’épuiser dans des débats source d’immobilisme. Il demeure que la question politique s’invite inéluctablement dans les diverses formes que prend l’agir ensemble et nourrit la légitimité de la fonction de gouvernance comprise comme maîtrise des projets collectifs.
10Ainsi, pour toute action collective, la fonction de gouvernance se définit comme fonction réflexive et de jugement, portant sur la maîtrise du projet collectif, de sa conception et de sa conduite. La gouvernance est un travail de maîtrise du projet collectif, à ce titre de la conception et de l’application des règles qui orientent et cadrent l’action collective. En ce sens, on peut considérer le travail de gouvernance comme l’exercice d’une méta-régulation de l’action collective, comme un travail de régulation de contrôle du projet et par le projet, c’est-à-dire du projet dans une perspective de contenu et par le projet dans une perspective de processus. La gouvernance vise à régler les conflits de conception et de conduite du projet collectif. En univers disputé sur les ressources et les débouchés, le défi du dialogue démocratique ainsi envisagé est celui de la viabilité du projet collectif.
11Le concept de dialogue mérite d’être précisé. Il n’est pas assimilable à ceux de discussion, de conversation ou de débat. On en appelle au dialogue lorsqu’il y a contradiction ou opposition de points de vue et qu’il faut dès lors se retrouver dans l’échange pour que les contradictions puissent s’exprimer et qu’un accord soit envisageable, au moins provisoirement, pour que le vivre ou l’agir ensemble n’en pâtissent pas. Une négociation est en jeu, et ce qui se négocie ce sont les règles de la vie sociale. Les moments qui se veulent ceux du dialogue dit démocratique suscitent les mêmes attentes, et les mêmes déceptions lorsque les points de vue contraires ne sont pas entendus, débattus encore moins acceptés, ne serait-ce que pour partie, et que rien n’est négociable. Sans communication pas de dialogue, sans négociation pas de dialogue, sans contradiction pas de dialogue. Ainsi, pour penser le dialogue il faut penser conjointement la communication, la négociation et la contradiction qu’il implique sur le mode ternaire, plus précisément les faire vivre, ce qui ne va pas de soi. Pour qu’il y ait dialogue, il faut faire vivre la diplomatie, la réciprocité et la controverse (Bréchet, 2022).
12Cette idée d’un dialogue avec ses exigences et ses règles vaut pour le dialogue avec le monde. Le dialogue s’engage avec le monde parce que le sujet interprétant émet des conjectures, formule des hypothèses, pose des questions pour tenter de dépasser l’obstacle qu’il rencontre dans sa démarche de connaissance. Nous négocions nos interprétations en interrogeant le monde, en menant des expériences ou des expérimentations. Dans le dialogue qui s’instaure avec lui, on lui demande de valider ou d’invalider certaines propositions provisoires le concernant, toute connaissance demeurant une hypothèse sur le monde qui demeure valide jusqu’à preuve du contraire. On ne peut dialoguer avec le tout du monde sauf par la médiation de la pensée magique, mystique ou religieuse : une communication doit s’instaurer avec une parcelle sélectionnée du monde, qu’il va falloir désigner et décrire. Ainsi, à la communication qu’appelait le dialogue social, ou le dialogue entre pairs, fait écho la nécessité d’échanger avec le monde observé qu’il faut désigner, nommer, décrire dans les interactions qui s’instaurent avec lui. Aux questions qu’on lui pose, il répond dans le domaine d’une factualité qui s’établit par la médiation du langage. Le monde confirme ou conteste, c’est-à-dire valide ou repousse ce que l’on pense à son propos : les preuves sont ou non apportées, les discours ou non démentis. Quant à la condition de l’existence du dialogue avec le monde, elle réside dans la contradiction. Celle qui fondait l’existence du dialogue avec les autres se retrouve ici, dans son essence, avec le monde : l’existence du dialogue est liée à « quelque chose qui résiste », à ce que G. Bachelard (1987, 1989) désignait comme l’obstacle à la connaissance.
13Avec le dialogue, aussi bien avec les pairs qu’avec le monde, s’invite la figure du jeu. Les règles, qu’elles s’appliquent au faire ou au connaître, doivent laisser des marges pour que le jeu se joue, que les comportements ne soient pas déterminés. Le jeu dialogal n’est possible ou n’a de sens que si le monde tolère du jeu, ménage du vide, offre des possibilités d’expérimenter, de négocier aussi bien dans la sphère du faire que du connaître. Le dialogue ne peut être régulateur que s’il y a quelque chose à réguler, en dehors de toute forme de déterminisme. Au risque du néologisme, disons que s’affirme un principe de dialogabilité au fondement de toute possibilité de connaissance et d’action. Si on ne peut pas dialoguer, avec le monde ou avec les pairs, les déterminismes s’invitent et s’imposent. Ce constat est redoutable dans les exigences qu’il suggère, mais l’admettre constitue le passage obligé vers les bonnes questions qui se posent dans notre monde contemporain pour agir ensemble. L’existence d’une possibilité de dialogue, d’un espace où l’échange de paroles est possible entre les acteurs de l’action, pour l’action, pour la régulation de l’action, « conditionne l’apparition d’un monde commun, d’un monde qui n’est pas un, mais se donne comme le même, parce qu’il se trouve offert à la pluralité des perspectives » (Lefort, 1986, p. 71).
Ce qu’on appelle action n’est pas action quand il n’y a pas d’acteurs. C’est-à-dire quand il n’y a pas d’initiatives qui se confrontent à des situations inédites, mais seulement une décision du chef qui se donne elle-même comme l’effet du mouvement de l’histoire ou de la vie, qui récuse la contingence et ne requiert des autres que des comportements conformes aux normes ou aux consignes. De même, ce qu’on appelle parole n’est pas parole dès lors que la parole ne circule pas, que toute trace de dialogue disparaît, qu’un seul, le Maître, détient le pouvoir de dire, tandis que tous sont réduits à la fonction d’entendre et de transmettre. (Lefort, 1986, p. 70)
14L’intérêt d’une fonction de gouvernance réside dans la possibilité d’interroger et de réinterroger le projet collectif, de le prendre comme objet et enjeu de réflexion et de décision. Comme organisation du dialogue entre les acteurs de l’action collective, la fonction de gouvernance ne vise pas la réconciliation dialectique. Si l’on peut parler d’une quête de consensus, il faut comprendre celui-ci comme un accord politique qui ne vise pas à gommer les oppositions de positions, mais à concevoir un programme d’action qui permette de poursuivre l’action collective, de faire vivre le projet collectif. L’accord politique compris comme aboutissement provisoire des conflits et des négociations n’est pas un contrat entre des parties mais un accord daté, négocié et élaboré par des représentants des acteurs impliqués dans l’action.
15À bien des égards, le dialogue ainsi compris présente tous les traits de la démocratie, car la question politique et la question démocratique admettent à leur fondement la division originaire du social, dit autrement l’acceptation de la nature conflictuelle des relations sociales (Arendt, 1994 ; Lefort, 1986). Pour ces deux auteurs, comme pour bien d’autres, il faut penser la rationalité politique et donc la démocratie à l’épreuve de la pluralité et de la contradiction. La perspective démocratique n’est pas celle de l’unité du social, mais celle d’une possibilité de faire vivre l’expression des conflits dans un cadre réglé. En matière d’entreprise, plus largement d’action collective, ce cadre réglé est celui de la gouvernance.
16Dès lors qu’il n’existe pas de collectif préexistant à sa mise en forme par l’action collective elle-même, et donc par le projet qui la fonde, le projet collectif s’impose comme objet même du dialogue démocratique. L’enjeu de ce dialogue est l’agir ensemble, le défi de la maîtrise d’un projet collectif compris et accepté, par lequel le collectif se présente comme une totalité différenciée et organisée. La question politique et la question démocratique s’inscrivent dans la perspective d’une action collective singulière à imaginer et faire advenir. Ainsi s’affirme le projet collectif comme objet de l’exercice politique et démocratique, comme expression d’une possible émancipation en même temps qu’inscrit dans les contingences et les incertitudes de son devenir. La question de la possibilité d’un dialogue social à visée politique s’invite au fondement de la maîtrise démocratique de l’action. La diversité des formes d’action collective implique d’instruire les différentes formes de la participation et de la représentation que recouvre ce dialogue.
17La question de l’échelle à laquelle on raisonne est essentielle. Envisager le dialogue pose la question de ses possibilités d’existence et d’expression, en lien aux exigences de relations interpersonnelles, de communication de face-à-face, de perspectives communes de vie. Si ces exigences sont satisfaites, on peut parler d’un projet partagé de l’ordre de la possibilité d’un dialogue interpersonnel contextualisé dans la vie même des personnes, dès lors associé à une certaine idée de démocratie participative de proximité. Le projet est partagé parce que les conditions de son élaboration sont partagées, inscrites dans l’exercice d’un dialogue direct constitutif de la vie même du collectif. Les travaux d’E. Ostrom témoignent de l’importance de cette démocratie participative, nous dirions de projets portés et partagés, par opposition aux schémas qui privilégient le rôle du marché ou de l’Etat, ce qui correspond à des situations où les acteurs sont confrontés à des dispositifs institutionnels exogènes, à des prix ou des lois qu’ils n’ont pas contribué à façonner.
18Une échelle plus large introduit inéluctablement la question de la délégation ou de la subsidiarité, sans exclure la possibilité du dialogue direct et de la participation, mais sans imaginer celle de leur généralisation. Au projet partagé des collectifs de petite taille ferait ici écho la perspective d’un projet régulateur dont les règles englobantes laissent exister, voire favorisent, les projets collectifs englobés. Si dans les deux cas, le concept de jeu s’impose, le changement d’échelle en dessine une pertinence d’expression différente, plus régulatrice dans le cas d’une communauté politique large que finalisée par la visée d’une action collective à mener.
19Dans tous les cas, la question de la possibilité du jeu démocratique se pose dès lors que des degrés de liberté dans l’action n’existent plus, que le dialogue social n’a guère d’objet dans des régulations oppressantes. Si le projet collectif appelle le dialogue entre les acteurs de l’action à son propos, ce dialogue n’aurait pas d’objet s’il n’y avait pas de possibilité de choix, donc des degrés de liberté dans l’action. À quoi bon dialoguer s’il n’y a rien à négocier et qu’une seule possibilité d’action s’impose ? Ainsi, à l’existence du dialogue social ou démocratique fait écho l’existence d’un dialogue possible avec le monde. Toute dérive assujettissante dans la sphère des idées et des comportements, et donc des projets collectifs, est mortifère. La question de la maîtrise des projets collectifs, de leur gouvernance et de la démocratie ne peut s’instruire en dehors des exigences d’un agir projectif proprement humain ordonné à la vie.
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
De la porosité des secteurs public et privé
Une anthropologie du service public en Méditerranée
Ghislaine Gallenga (dir.)
2012
Vers de nouvelles figures du salariat
Entre trajectoires individuelles et contextes sociétaux
Annie Lamanthe et Stéphanie Moullet (dir.)
2016
Piloter la performance organisationnelle
Une aide à la décision avec la valeur ajoutée horaire
Michel Pendaries
2017
La démarche stratégique
Entreprendre et croître
Katia Richomme-Huet, Gilles Guieu et Gilles Paché (dir.)
2012
La logistique
Une approche innovante des organisations
Nathalie Fabbe-Costes et Gilles Paché (dir.)
2013
L’entreprise revisitée
Méditations comptables et stratégiques
Pierre Gensse, Éric Séverin et Nadine Tournois (dir.)
2015
Activités et collectifs
Approches cognitives et organisationnelles
Lise Gastaldi, Cathy Krohmer et Claude Paraponaris (dir.)
2017
Performances polynésiennes
Adaptations locales d’une « formule culturelle-touristique » globale en Nouvelle-Zélande et à Tonga
Aurélie Condevaux
2018
