Les lieux de culte catholiques à Constantinople/Istanbul aux xviie et xviiie siècles
Un héritage byzantin ?
p. 111-126
Texte intégral
Il n’y a pas, paraît-il, ici-bas d’autre force que la force, et c’est elle qui communique de la force aux sentiments, y compris la compassion […]. Dans l’histoire, on admire la résistance héroïque des vaincus quand la suite des temps apporte une certaine revanche ; non autrement. On n’a pas de compassion pour les choses totalement détruites […]. Dans l’histoire, les vaincus échappent à l’attention. L’histoire est le siège d’un processus darwinien plus impitoyable encore que celui qui gouverne la vie animale et végétale. Les vaincus disparaissent. Ils sont néant1.
1Cet extrait de L’Enracinement de Simone Weil semble s’appliquer au destin de l’héritière de l’antique Byzance deux fois pillée, d’abord par les croisés en 1204, puis par les Ottomans en 1453. À l’issue de cette conquête, Mehmed II autorisa les habitants chrétiens de Constantinople, marchands « francs », Grecs et Génois pour la plupart d’entre eux, à conserver leurs églises, y célébrer leurs cérémonies et pour les catholiques de rit latin, à élire un prieur, qui, aidé par une douzaine de conseillers, se chargeait de la gérance de leurs lieux de culte. Nommée magnifica communità, cette assemblée permit aux différentes paroisses situées dans les quartiers de Galata2 puis de Péra, de subvenir à leurs besoins et d’être un interlocuteur reconnu par les autorités musulmanes auxquelles elles étaient soumises3.
2Quarante et un an après cet accord naquit Soliman dit « le Magnifique », appelé aussi « le Législateur », car, comme tous les sultans, il rédigea son fameux Kanunname, un ensemble de règles juridiques régissant son empire. Il adopta l’héritage législatif de son prédécesseur comme le voulait la coutume, mais il élabora aussi de nouvelles lois adaptées à son époque. Tout comme Mehmed II qui avait fait traduire les codes grecs, les traités de théologie et le cérémonial byzantin4, Soliman le Législateur montra qu’il voulait enraciner son empire dans celui de Byzance. Sans rien renier des codes de la charia et des nouveaux articles qu’il avait le droit de rédiger, il sut s’inspirer de certains paragraphes du Livre des Cérémonies religieuses et civiles de Constantin VII Porphyrogénète5 et du Code de Justinien6. Il « islamisa » alors les règles civiles et religieuses byzantines.
3Il n’est d’ailleurs pas sans intérêt de noter la transmission des usages de l’Empire byzantin dans ceux de l’Empire ottoman ainsi que dans la liturgie du rit latin. Un simple exemple : chez les Byzantins, le patriarche officiant pendant la liturgie était soutenu par deux acolytes en raison du poids des vêtements sacerdotaux ; cet usage est passé chez les Ottomans, lors des audiences des ambassadeurs et de leur suite, on voit les capidgi7 faire exactement le même geste lorsqu’ils prennent sous le bras chaque invité afin de le conduire à sa place en le soutenant. Dans la liturgie catholique, aujourd’hui encore, le prêtre est aidé à l’autel par un acolyte qui soutient son bras et son vêtement liturgique lors de certains gestes, comme le rite de l’encensement. Un autre geste transmis par Byzance est l’usage du bâton de cérémonie, frappé sur le sol à intervalle régulier. Il servait à régler les entrées lors des cérémonies religieuses afin que chacun avance avec ordre, sur le rythme donné. Ce bâton de cérémonie se retrouve chez le capidgi bachi8 qui ouvre la marche des réceptions diplomatiques en frappant le sol. Toujours aujourd’hui, dans l’Église catholique, ce même bâton de cérémonie est tenu par le sacristain lorsqu’il ouvre le passage du clergé avant les cérémonies liturgiques.
4Si nous retrouvons ces usages byzantins dans des coutumes ottomanes, avec ces gestes simples, ils existent également dans les lois régissant la vie de la cité et celles qui encadrent les échanges avec les nations. Pour tout cela, « les vaincus » dont parlaient Simone Weil n’ont pas totalement disparu.
5Les fameuses capitulations9 faisaient partie de ces lois régissant les échanges entre l’Empire ottoman et les différentes nations. Soliman, allié du royaume de France par son hostilité envers Charles Quint, instaura ces premiers accords avec François Ier à la demande de ce dernier. Renouvelées à chaque changement de règne, elles étaient l’objet de discussions longues, souvent infructueuses, chaque ambassadeur se voyant remettre par le roi des instructions précises à leur sujet avant de rejoindre son poste. À travers les capitulations, le sultan avait rétabli l’usage des Byzantins qui octroyaient des avantages commerciaux à certaines nations : autorisation d’établir des comptoirs sur leurs territoires et d’importer des marchandises, diminution des taxes douanières, etc. Que ce soit avec Venise, Amalfi ou Gênes, l’Empire d’Orient avait besoin d’établir des liens pérennes afin de pouvoir résister à l’encerclement des armées musulmanes. Ces chrysobulles byzantins « se présentaient nullement comme des traités entre l’empire et une puissance étrangère mais comme des concessions du pouvoir souverain en faveur de sujets méritants10 ». N’est-ce pas là une définition des capitulations propres à l’Empire ottoman ? Certes, celles-ci prennent racine dans les préceptes du Coran, mais on ne peut nier la volonté du sultan de se servir également de l’organisation civile et religieuse de l’Empire byzantin pour mieux asseoir son propre empire11.
6Si l’essentiel des capitulations concernait la vie commerciale, leurs « petits chapitres » régissaient également la vie de la cité en organisant les rapports entre les musulmans et ceux qui ne l’étaient point. Ils permettaient de protéger les non-musulmans dans une société où la religion et l’État ne faisaient qu’un, où le droit était de nature religieuse. Et c’est un lien supplémentaire entre Constantinople la chrétienne et Istanbul après 1453, qu’instaurait cette domination totale de la religion sur la vie publique et privée. Comme l’Empire byzantin traitait les non-chrétiens, l’Empire ottoman traitait les non-musulmans. On note dans le Code de Justinien qu’il était interdit de persécuter un Juif à cause de sa religion, d’entrer de force dans sa maison, de piller ses biens, sous peine de rembourser deux fois les dommages causés12. Il était en outre défendu à un juif d’épouser une chrétienne13. Quant à l’édification de nouvelles synagogues, elle était interdite chez les Byzantins comme elle l’était pour les églises chez les Ottomans. La seule tolérance était de réparer ce qui existait déjà, sans agrandir ni modifier quoi que ce soit. Si une nouvelle synagogue était construite, elle était aussitôt confisquée, avant d’être transformée en église ou détruite14. Ce sont ces mêmes injonctions que nous trouvons dans les firmans ottomans et dans les capitulations :
Toi qui es François, bey du pays de France, vous avez envoyé au palais des sultans et à ma porte de félicité, qui est l’orient de l’aurore de la prospérité et le lieu que viennent baiser les lèvres des rois et des princes, une lettre dans laquelle vous avez parlé d’une église appartenant jadis aux chrétiens à Jérusalem, qui fait partie de notre empire bien gardé, et devenue ensuite mosquée… L’amitié et l’affection qui existent entre ma glorieuse majesté et vous, rendent vos désirs admissibles auprès de ma personne, source de bonheur ; mais cette affaire ne ressemble pas à toute autre affaire de domaine et de propriété : elle concerne notre religion. D’après l’ordre sacré du Très-Haut, créateur du monde et bienfaiteur d’Adam ; d’après la loi de notre Prophète, soleil des deux mondes (que sur lui soient la bénédiction divine et le salut !) cette église est depuis longtemps une mosquée, et les Musulmans y font la prière. Il est contraire à notre religion qu’un lieu qui porte le nom de mosquée, et dans lequel se fait la prière, soit maintenant altéré pour un changement de destination. Quand même notre loi autoriserait, en général, ce changement, votre demande ne pourrait être accueillie auprès de ma personne, source de bonheur. Les lieux autres que la mosquée continueront de rester entre les mains des chrétiens ; personne ne molestera sous notre équitable règne ceux qui y demeurent. Ils vivront tranquillement sous l’aile de notre protection, il leur sera permis de réparer leurs portes et leurs fenêtres, ils conserveront en toute sûreté les oratoires et les établissements qu’ils occupent actuellement, sans que personne puisse les opprimer et les tourmenter d’aucune manière. Qu’on le sache ainsi. 1528, à la résidence de Constantinople la bien gardée, capitale de l’empire15.
71528 fut donc une année importante pour les chrétiens en terre d’islam : c’est à cette date que nous trouvons une première trace écrite où il leur est reconnu le droit de réparer leurs édifices religieux. Cette même année, le sultan confirmait les privilèges accordés aux Français et aux Catalans en Égypte par les mamelouks, en adressant une nouvelle lettre à François Ier : « Qu’ils puissent racoutrer leurs églises connues à Alexandrie selon qu’il sera éclairci en la justice et que d’icelles soit confessé aultant qu’il est notoire à ladite justice16 ». Ces premières références à la protection des non-musulmans concernaient non seulement Constantinople et les villes les plus importantes de l’Empire, comme on pouvait s’y attendre, mais aussi l’Égypte et les Lieux saints de Palestine. C’est qu’un grand nombre de pèlerins français, s’embarquant à Venise, passaient par l’Égypte, maîtresse des Lieux saints, et plus particulièrement par Alexandrie. La protection de ces lieux avait été traditionnellement assurée par Byzance, puis par la République de Venise. Mais Venise étant en guerre contre le Turc, c’est le royaume de François Ier qui revendiqua cette prérogative17.
8Dans les articles rédigés par Jean de La Forest18 en 1536, à la suite de plusieurs audiences avec le grand vizir Ibrahim Pacha et adressés à Soliman avec l’espoir d’obtenir des premières capitulations, les notices concernant la religion se firent plus précises, plus approfondies :
Quant à ce qui touche la religion, il a été expressément promis, conclu et accordé que lesdits marchands et leurs agents et serviteurs et tout autres sujets du roi ne puissent jamais être molestés, ni jugés par les cadis, sanjac-bey, soubachi ni autres que par l’Excelse-Porte seulement, et qu’ils ne puissent être fais ni tenus pour Turcs, si eux-mêmes ne le veulent pas et ne le confessent de bouche, sans violence, mais qu’il leur soit licite d’observer leur religion19.
9À la fin du xviiie siècle, Mouradjea d’Ohsson20 publia un autre chapitre de ce même projet de capitulations :
Que les Français jouiraient du libre exercice de leur culte, et qu’ils feraient garder les Saints Lieux de la Palestine par des religieux catholiques. Il fut interdit, selon la loi mahométane, à tout Français, tout couvent, toute église latine, de posséder des bien-fonds dans les états ottomans21.
10En revanche, sur les dix-huit articles que comportaient les premières capitulations officielles entre un sultan et un roi de France, en 1569, aucun ne faisait allusion à la religion, à la protection des églises ou à leur construction. Mais celles de 1604 permirent d’officialiser le patronage français des pèlerins en chemin vers la Terre sainte. Les capitulations de 1673 augmentèrent encore les protections des catholiques latins et prirent des dispositions pour les jésuites et les capucins présents à Péra et à Galata. Considérées comme les plus importantes pour le protectorat du roi de France sur les catholiques et sur les missionnaires au Levant22, elles étaient composées de 80 articles, dont plusieurs concernaient la religion. Parmi ces derniers, nous pouvons en relever trois :
Art II. Nous voulons que les Lieux Saints, tant dedans que dehors Ierusalem y compris l’Eglise nommée Coumameh, qui est le Saint Sépulchre, ayant été tenu de tout temps par les religieux francs qui y sont encore à présent, demeurent en leur possession, aussi bien que les autres lieux de visite et de pèlerinage, qui sont ainsi qu’ils ont esté autrefois entre leurs mains ; et Nous défendons à quelques personnes que ce soit, de leur y faire aucune peine, ny mesme exiger d’eux aucune imposition ; et si sur cela il naissait quelque différent, qui ne peut se terminer sur les Lieux, il sera envoyé à notre heureuse Porte.
Art IV. Les deux Ordres des Religieux Français qui sont présentement à Galata, à scavoir les Jésuites et les Capucins, demeureront dans leur ancienne possession et entière jouissance des deux Églises qui sont en cette ville, et qui estaient ci-devant entre leurs mains. Et parce que l’une de ces églises a été brûlée, l’on donnera la permission judiciaire nécessaire, afin qu’elle soit rebâtie et remise entre les mains des Capucins et nous défendons qu’on leur donne aucun empêchement là-dessus.
Art VI. Nous défendons aussi à toutes personnes, de faire aucune peine aux Hospitaux de Galata, lors que l’on y lira l’Évangile de la manière qu’elle doit être leuë23.
11Ces trois articles offrent un résumé de ce que le roi de France entendait obtenir pour assurer la pérennité du catholicisme en terre d’islam : le statut de « protecteur des Lieux saints », l’entretien des lieux de culte à Constantinople et dans les autres villes de l’Empire ottoman, ainsi que la possibilité d’exprimer sa foi et de célébrer la liturgie sans restriction.
12Le statut de « protecteur des Lieux saints » est un sujet trop vaste pour être traité ici, mais nous voudrions évoquer brièvement les différentes étapes de la restauration des lieux de culte et décrire quelques aspects des célébrations liturgiques. Ces éléments nous permettent de mieux appréhender l’héritage spirituel laissé et transmis par l’Empire byzantin. Sans cet élément somme toute très matériel de la réparation des églises et sans le soin apporté à la liturgie, Constantinople « la bien nommée » n’aurait pu recevoir ce trésor.
13Si les églises et les couvents de rit latin situés à Péra et Galata ont été déjà parfaitement décrits par plusieurs auteurs24, il reste intéressant de se pencher sur un phénomène qui a touché régulièrement ces lieux de vie religieuse et de culte : leur destruction par le feu, suivie, pour certains, de leur reconstruction. En effet, au gré de ces reconstructions, nous disposons de la description précise de chaque église et de ses enclos. Les incendies ravagèrent plusieurs fois les quartiers de Péra et Galata. Déjà le 16 avril 1660, la seule église qui n’avait pas été détruite par le feu était celle de Saint-Benoît, au moment où les deux-tiers de Galata étaient partis en fumée ; le 5 mai 1696, 10 000 maisons et toutes les églises grecques furent anéanties ; en 1731 et en 1767, puis encore en 1798, les deux quartiers furent presque entièrement brûlés25.
14Les principales églises et monastères qui subsistaient encore à Galata entre le xviie et xviiie siècle étaient Saint-Benoît, servie par les jésuites puis par les lazaristes, Saints-Pierre-et-Paul où officiaient les dominicains, Saint-François donnée aux franciscains de la famille des frères mineurs conventuels (puis transformée en mosquée à la fin du xviie siècle), Saint-Georges gardée également par les franciscains, mais de la famille des capucins, Sainte-Marie Draperis toujours par les franciscains, observantins cette fois-ci, Saint-Louis-des-Français dans l’enceinte de l’ambassade, par les capucins, sans oublier la chapelle Saint-Antoine desservie par les jésuites, située dans le bagne où tant de missionnaires prirent soin des esclaves et des prisonniers26.
15La France, ayant été considérée par Soliman comme la nation dont l’alliance avec l’Empire ottoman était la plus ancienne, fut naturellement reconnue comme la protectrice générale des chrétiens de cet empire, en particulier des religieux et des lieux de culte. La plupart des missionnaires étaient envieux de ce protectorat ; étant liés aux nations auxquelles appartenaient ces ordres religieux, il n’était pas rare de voir certaines communautés accusées de favoriser les intérêts de tel ou tel pays. À Saint-François par exemple, desservie par les franciscains, il y eut toujours grande rivalité entre le baile de Venise et l’ambassadeur de France sur l’ordre de préséance. Il n’était pas rare que l’ambassadeur du roi dût prendre de force, les armes à la main, la place d’honneur. Certains ordres religieux n’hésitaient pas à se plaindre aux autorités turques de leurs confrères afin de pouvoir prendre possession de leurs églises. Ainsi les Vénitiens n’hésitèrent pas à médire des jésuites, qui eurent toutes les peines du monde à obtenir la permission de se réinstaller à Saint-Benoît au début du xviie siècle27. D’autres allaient même jusqu’à Rome, comme le fit le père capucin Adrien de La Brosse en 1631 pour se plaindre de l’action des pères cordeliers à Beyrouth28.
16Toutes ces « chicanes » étaient parfois compensées par l’entraide que s’apportaient les différents ordres religieux entre eux lors des incendies ou autres expulsions sous divers motifs. Lorsqu’une communauté était à la rue, elle se voyait accueillie par les autres ordres jusqu’à ce qu’elle puisse retrouver son église ou son monastère. Et cet accueil pouvait durer dix, voire vingt années. Lorsque les jésuites arrivèrent à Saint-Benoît de Galata le 18 novembre 1583 ce fut le baile de Venise, Francesco Morosini, qui leur offrit différents ornements et objets de culte29.
17Les lieux de culte qui nous intéressent ici en priorité sont Saint-Benoît, Saints-Pierre-et-Paul et Saint-Georges : les archives de la congrégation de la mission lazariste à Paris conservent à leur sujet plusieurs documents originaux, provenant des archives du collège Saint-Benoît de Constantinople (fonds des pères jésuites, 1583-1773). C’est le cas d’une copie, datant d’octobre 1731, d’un « Commandement du Grand Seigneur pour rebâtir les églises et couvents de Saint-Benoit, de Saint-Pierre et de Saint-Georges de Constantinople à la suite de l’incendie de juillet 1731 ». Ce document commence par nommer l’ambassadeur de France, Louis Sauveur Renaud, marquis de Villeneuve30, et énonce sa requête
pour laquelle il nous a fait savoir que des trois monastères qu’habitaient les religieux français à Galata, deux avaient été consumés par le feu […] et que le troisième se trouve ruiné et délabré en plusieurs endroits, mais que leurs églises en avaient été garanties par le soin qu’on avait eu de les faire bâtir de pierre. Il nous a prié de lui accorder un ordre […] afin que le Mimar Aga ou chef des Architectes se portasse sur les lieux et examinasse les endroits ruinés de l’un et les appartements brûlés des deux autres pour qu’il pusse en conséquence de leur information rebâtir les couvents de la manière qu’ils étaient auparavant. Sur quoi la justice avait commis et envoyé de la part de Aly Zadé, Mustapha Effendi, lieutenant du Cady […], de même que le Mimar Aga, son secrétaire Salih Effendi Hussein Youssouf et Kutchuk Achmed ses maîtres charpentiers et Osman Effendi lieutenant du Voïvode de Galata, lesquels pour accéder à la demande qui a été faite par l’ambassadeur […] se sont portés à la ville nommée Galata et au couvent connu sous le nom de Saint Georges appartenant et affecté à la nation française31.
18Un grand nombre de musulmans avaient été appelés à témoigner de ce qu’ils savaient sur les investigations qui allaient avoir lieu. Étaient présents également le procureur de l’ambassadeur, le sieur David Magy32, ainsi que le drogman de l’ambassade, Charles Fornetti33. Après avoir constaté que l’église Saint-Georges avait survécu à l’incendie, le lieutenant du qadi note que « les chambres des religieux, la cuisine, le bûcher, les lieux de commodités et d’autres endroits se trouvent consumés par le feu ». Il décrit méticuleusement tout ce qu’il voit afin que l’autorisation de reconstruction à l’identique puisse être accordée. De fait, aucun agrandissement n’était toléré sous peine de destruction totale ordonnée par le Grand Seigneur.
Ils reconnurent […] qu’il y avait au premier étage neuf chambres avec une fenêtre chacune, d’un couloir percé de trois grandes fenêtres, le tout peint avec des bordures et des tringles arrondies, les battants des portes travaillés de menuiserie de même que les volets. Au deuxième étage deux grandes chambres vis-à-vis quatre autres petites chambres avec des cheminées percées de deux fenêtres chacune, d’une cuisine, d’un réfectoire, d’un lieu de commodité et avec les planchers peints. Au troisième étage, quatre chambres sans cheminée, d’un couloir, le plancher peint comme ci-dessus. Au rez-de-chaussée quatre magasins séparés par des murailles, deux voutées pour soutenir le corps du bâtiment et deux autres magasins qui avaient outre l’épaisseur des murailles, 21 pieds de longueur sur 4 de large et que les portes des deux magasins étaient de fer […] et que les murailles qui entourent ce couvent doivent de même que la citerne être réparées et même rebâties.
Après être partis de cet endroit les officiers se sont portés à l’église Saint Pierre dans le même quartier où ils aperçurent un bâtiment couvert de tuiles long de 29 pieds 18 pouces, de large quatorze et demi, de haut sept pieds six pouces, peint de rouge et de vert dont le plancher est ruiné, réduit en poussière, les châssis des fenêtres de bois au nombre de seize le tout travaillé de menuiserie et leurs barreaux de fer. De plus une muraille de pierre ruinée sans pouvoir souffrir réparation de 36 de longueur sur 9 de hauteur qui exige d’être rebâtie à nouveau. Qu’il y a de plus une cuisine longue de 10 pieds large de 9 avec des cheminées cintrées et à côté de cette cuisine une dépense. De plus un réfectoire de 10 pieds en carré percé de plusieurs fenêtres et dessous un bûcher. Que sur la place qui est vis-à-vis au jardin il y avait 9 chambres de religieux qui avait chacune 5 pieds en carré dont le plancher était peint que chacune de ces chambres avait deux fenêtres aux volets de menuiserie et qu’entre le réfectoire et leur chambre il y avait une salle couverte d’un toit qui avait été brûlé. Que l’église de ce monastère avait enfin 4 portes hautes de 3 pieds sur 2 de large dont les montants étaient en bois et les battants de menuiserie34.
19Ces mêmes officiers se rendirent ensuite à l’église Saint-Benoît située dans le quartier alors dénommé « Sultan Bajazet » à Galata (aujourd’hui Beyoglu). Comme cette église avait été construite en pierre, elle n’avait pas été détruite, mais tout ce qui est décrit ci-dessous avait été ravagé par l’incendie :
Joignant l’église 2 magasins de pierre voûtée de 19 pieds 6 pouces de long sur 9 de large dont la porte et les montants étaient de fer, percés chacun de 4 fenêtres de 2 pieds de haut sur 1 de large. Sur ces magasins une salle percée de 4 fenêtres dont les montants étaient en pierre haut de 2 pieds et demi sur 1 et demi de large dont les barreaux et volets étaient de fer de même que la porte à 2 battants haut de 2 pieds et demi et 1 de large. Du côté de l’église en haut 8 chambres de religieux et en bas 6 autres percées chacune d’une fenêtre et garnie de barreaux de fer, bâties en dehors du côté de la rue de briques. Une cuisine de pierre, un réfectoire et 3 lieux de commodité. Du côté du jardin de l’église une galerie longue de 45 pieds large de 6 pieds. Proche la tour qui a besoin en dedans de réparations du côté de l’Orient une chambre en haut et une en bas. À l’extérieur de la galerie en haut aussi qu’en bas sur la muraille de pierre 2 belles chambres35.
20Suite à ces examens, les officiers consultèrent les 80 musulmans qui avaient été réunis et qui connaissaient la manière dont avaient été construits ces monastères et églises. Ils approuvèrent ces constats. Les travaux furent autorisés, et cinq mois plus tard, le 6 mars 1732, eut lieu la visite de contrôle permettant à l’envoyé du sultan de vérifier que tout avait été reconstruit à l’identique.
21À chaque incendie, la même organisation se mettait en place : requête de l’ambassadeur, authentification sur place de la requête par le mimar aga (architecte), acceptation ou refus de la requête, vérification de la reconstruction à l’identique. Ces permissions de reconstructions ne reçurent pas toutes l’accord de la Porte aussi rapidement. L’église Saint-François, détruite par l’incendie d’avril 1660, ne reçut la permission de reconstruction que dix années plus tard.
22Certains aspects architecturaux sont bien présents dans les dessins et gravures reproduits en annexe. Nous reconnaissons la longue galerie avec les petites chambres des moines, ainsi que, à l’extérieur de cette galerie, les « deux belles chambres ». Au cours des années 1605-1610, Julien Bordier, écuyer du baron de Salignac, laissa une description de Saint-Benoît. La première partie concerne les peintures et les mosaïques de l’église, et il faut attendre la fin de son paragraphe pour trouver des similitudes avec le manuscrit présenté ici :
De l’autre costé de l’église qui regarde le septentrion, est une assez longue gallerie, qui anticipe sur le jardin, dont la paroi de la muraille, qui faict la clôture du corps de l’église, est tout rempli de gentilles figures et pintures, représentant la sainte vie et miracles de Saint Benoist : et le long de la gallerie, sont les chambrettes des religieux, du temps qu’il y en avait36.
23La coupole de l’église est à peine visible de l’extérieur : certaines églises avaient été détruites car leur clocher, qui désormais devait rester silencieux, demeurait trop visible à la vue des croyants37. Et si la tour carrée que l’on perçoit au centre de l’ensemble conventuel de Saint-Benoît a pu subsister, c’est qu’elle était un vestige d’une des tours génoises de l’ancienne Galata, et considérée comme tel par les Turcs. En règle générale, les églises de rit latin ne sont pas visibles dans le tissu urbain : elles sont comme cachées au milieu d’un ensemble de constructions civiles38.
24Ces descriptions méticuleuses sont intéressantes pour connaître l’architecture de ces sanctuaires et monastères, pour en comprendre la matérialité et la logique. Elles nous permettent également de prendre conscience du fait que ces lieux de culte, certes modestes, étaient édifiés avec soin. Le luxe des matériaux, des mosaïques, du marbre, si caractéristique des constructions de l’époque byzantine, se retrouvait toujours dans ces églises qui, avec leur coupole, se voulaient être un symbole de l’univers. Ce luxe n’était pas un reflet d’une civilisation byzantine décadente, mais exprimait la volonté de produire un éblouissement de la vue comparable à celui que peut ressentir l’esprit au contact du monde intelligible. Cette abondance de statues, d’autels somptueusement décorés, de tableaux et de bougeoirs en argent entendait encourager l’esprit à s’élever toujours plus haut et c’était bien cela que ressentaient les différentes communautés qui pénétraient dans ces églises latines.
25Les enclos qui se constituaient autours des églises comportaient généralement une école, pour certains un hôpital, ainsi que de vrais jardins potagers et ornementaux. Ils formaient des refuges pour les communautés chrétiennes. Dans ces hôpitaux étaient soignés indifféremment des chrétiens et des musulmans, et dans ces écoles ce n’était pas seulement des enfants catholiques qui étaient accueillis, mais aussi des Arméniens, des Juifs et des Grecs. Le célèbre drogman de la Porte, Alexandre Mavrocordato, avait été élève des jésuites de Saint-Benoît. Ces enclos devenaient paradoxalement des lieux de mixité sociale et confessionnelles. Les enclos comportaient également de petites maisons, achetées par la paroisse par l’entremise de prête-noms39, afin de pouvoir les louer et subvenir ainsi aux besoins de l’église et des pauvres. En cas de besoin, ils étaient revendus. Ces maisons sont bien visibles sur les dessins et gravures représentant Saint-Benoît et Saint-Georges : ce sont les multiples petits ajouts architecturaux qui entourent le lieu de culte. Ces ensembles devenaient ainsi de véritables villages où résidaient les habitants d’une même « nation ». Même si chacune avait son lieu de culte propre, il n’était pas rare de voir, pendant les célébrations liturgiques ou les offices, se mélanger des « nations » d’idiomes différents, unis par une même langue latine. C’était aussi l’occasion pour le représentant du roi de France de revendiquer son statut de « fille aînée de l’Église », et en conséquence d’exiger la première place lors des processions et des liturgies.
26Si l’architecture et l’embellissement des lieux de culte étaient soignés, la célébration des messes et des offices ne l’étaient pas moins : les habits sacerdotaux, les processions, les chants grégoriens et la vénération des reliques contribuaient à perpétuer l’héritage spirituel byzantin, dont toutes les nations qui avaient été reçues en ambassade avaient relevé la magnificence. Après avoir offert des cadeaux au gouverneur de Galata, les processions pour les grandes fêtes étaient tolérées, mais la nuit seulement, aux flambeaux, elles étaient suivies par une foule de catholiques, de Grecs et même de musulmans et étaient accompagnées de janissaires qui ouvraient la marche. Les reposoirs étaient beaux, recherchés et financés par la nation française40. Pour les funérailles, il était permis d’aller en procession pendant la journée. Ainsi lorsque l’ambassadeur Jean de Gontaut-Biron baron de Salignac41, mourut le 12 octobre 1610 au Palais de France, il fut transporté jusqu’à Saint-Benoît en convoi. Les janissaires ouvraient la voie, suivis des écoliers de l’école Saint-Benoît, chacun portant un grand cierge allumé. Venaient ensuite plusieurs personnes étrangères à la nation, les religieux et les membres de la Magnifica Communita. Monsieur de Carlat, frère du défunt, suivait le cercueil, ainsi que les ambassadeurs d’Angleterre et de Venise accompagnés de leurs suites. Ils assistèrent aux vêpres avec toute la nation française, puis la procession se dirigea vers le cimetière de Péra42 où le baron de Salignac fut inhumé après que le père de Canillac43, supérieur de la mission de Saint-Benoît, avait reçu l’accord du mufti44 et du qadi45. Ce ne fut que le lendemain que la messe de requiem fut célébrée dans l’église Saint-Benoît toute tendue de noir. Pendant quarante jours, une messe fut célébrée quotidiennement pour le repos de son âme46. Ces processions funéraires n’étaient pas une faveur spécifique à un ambassadeur, puisque même le peintre Jean-Baptiste van Mour, qui mourut à Constantinople le 22 janvier 1737, fut suivi lors de son convoi funèbre par toute la maison de l’ambassade de France jusqu’à l’église Saint-Benoit de Galata où toute la nation française assista à la messe de Requiem47.
27Les cérémonies religieuses avaient lieu tous les dimanches et jours de fête. En l’église Saints-Pierre-et-Paul, deux sermons étaient prononcés au début de la messe48, l’un en turc et l’autre en grec, et le vendredi un troisième l’était également en italien. À l’église Saint-Benoît, les sermons pouvaient être en langue latine, arménienne, italienne ou grecque, et comme les autres églises de rit arménien ou grec, la liturgie prenait soin de conserver ses traditions au milieu de la population musulmane49. L’Église latine a adopté pendant la liturgie, nous l’avons déjà noté, certains gestes des usages byzantins. Cependant elle a aussi adopté certaines prières, comme le Kyrie eleison, les chants d’acclamations, les réponses de l’assemblée et surtout cette magnificence dans la célébration ; le prêtre y portait des vêtements somptueux, l’encens et la lumière des cierges contribuaient à plonger les fidèles dans le mystère de l’Eucharistie. La célébration était d’autant plus longue, qu’on la rendait volontiers plus solennelle et que l’église, en tant que lieu physique, était le seul endroit dans la ville où l’on pouvait librement exprimer sa foi50.
28Prier pour le roi était aussi une manière de rendre encore plus exceptionnelles les cérémonies, de leur donner un éclat, d’assurer plus de visibilité à l’exercice du culte en terre d’islam. Ainsi, le nom du roi était prononcé les Vendredi et Samedi saints, puis à chaque bénédiction du Saint-Sacrement. Après l’hymne du Tantum ergo, les religieux chantaient trois fois l’antienne Domine salvum fac regem et le Gloria Patri. Suivant la volonté de l’ambassadeur Salignac, le jour de la Saint-Louis, le 25 août, devait être considéré comme fête nationale, et toute la nation française assistait à la messe où un Te Deum était chanté solennellement. La procession d’entrée se faisait sur deux files, précédée par des janissaires. Si l’ambassadeur avait invité un ministre étranger, il lui laissait la place de droite, lui faisait donner l’Évangile à baiser en premier et à l’offertoire n’était encensé qu’en dernier. Après la prière pour le roi de France, il faisait entonner le Laudate Dominum omnes gentes en l’honneur du roi ou du prince de son invité51. Les cérémonies étaient souvent si belles que même les Grecs, les Arméniens et les protestants des nations hollandaises, anglaises ou flamandes assistaient à certains offices52. Les missionnaires jésuites de Saint-Benoît avaient également l’habitude de donner des concerts de musique vocale et instrumentale dans leur église. Ces concerts attiraient de nombreux auditeurs et étaient comme une annonce de la beauté de la liturgie qui associait les fidèles au chœur des anges.
29Ainsi donc, que ce soit par la permanence de certains gestes, par la continuité des accords commerciaux et religieux, par ces modestes mais soignés lieux de culte, où la liturgie veut unir le ciel et la terre par sa splendeur, la Constantinople byzantine était toujours spirituellement vivante. Oui vraiment, « les vaincus » de Simone Weil n’ont pas totalement disparu.
Fig. 1. Antoine de Favray (1706-1798), Audience de l’ambassadeur Vergennes chez le sultan Mustapha III, aquarelle gouachée, 35 cm x 49 cm.

Collection particulière.
Fig. 2. Comidas de Carbognano (1749-1807), Intérieur de l’église Saint-Georges, dessin à la mine de plomb.

Archives de la Propaganda fide, SC Romania Costantinopoli, vol. 14, fol. 556.
Fig. 3. Comidas de Carbognano (1749-1807), Vue de l’hospice Saint Georges au sud, dessin à la mine de plomb.

Archives de la Propaganda fide, SC Romania Costantinopoli, vol. 14, fol. 570.
Fig. 4. Comidas de Carbognano (1749-1807), L’enclos et l’hospice Saint-Georges au Ponant, dessin à la mine de plomb.

Archives de la Propaganda fide, SC Romania Costantinopoli, vol. 14, fol. 571.
Fig. 5. Comidas de Carbognano (1749-1807), L’église Saint-Benoît de Galata, planche XIX de la Descrizione Topografica dello stato presente di Costantinopoli.

Bassano, s.n., 1794.
Notes de bas de page
1Simone Weil, L’Enracinement, Paris, Flammarion, 2014, p. 276-277.
2Galata, ancien comptoir génois, gros bourg situé sur la rive européenne du Bosphore, faisait face à Constantinople dont il était séparé par le passage étroit de la Corne d’Or. Péra, située sur la colline surplombant Galata, en est l’extension naturelle et fut le lieu choisi par la majorité des nations étrangères pour y construire leur ambassade.
3Elisabetta Borromeo, « Les Catholiques à Constantinople. Galata et les églises de rite latin au xviie siècle », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, no 107-110, 2005, p. 227-243, ici : p. 227.
4Nicolas Iorga, Byzance après Byzance, Paris, Balland, 1992, p. 58.
5Empereur byzantin (913-959), il entreprit une description précise des cérémonies religieuses et laïques de la vie à la cour de Byzance afin d’en retrouver les splendeurs.
6Empereur byzantin (527-565), il publia un recueil de constitutions impériales appelé Code, qui est une compilation des lois romaines existantes, sur lesquelles il se fonda pour gouverner.
7Huissier ou portier du sérail.
8Huissier en chef du sérail, garde du sultan.
9Les capitulations étaient à l’origine des privilèges commerciaux que le sultan accordait aux étrangers. Les premières furent négociées en 1536 entre Soliman et François Ier par l’intermédiaire de l’ambassadeur Jean de La Forest. Les originaux n’ont jamais été retrouvés et seul le projet fait foi. Celles de 1569 sont considérées comme les premières officielles, puis elles furent renouvelées en 1581, 1604, 1673, 1740, 1802. Géraud Poumarède, « Négocier près la Sublime Porte. Jalons pour une nouvelle histoire des capitulations franco-ottomanes », in Lucien Bély, dir., L’Invention de la diplomatie, Moyen Âge – Temps modernes, Paris, PUF, 1998, p. 71-85 ; Gilles Ferragu, « Église et diplomatie au Levant au temps des Capitulations », Rives nord-méditerranéennes, no 6, 2000, p. 69-78.
10Guillaume de Saint-Guillain, « Les Vénitiens et l’État byzantin avant le xiie siècle », Économie et Société à Byzance (viiie-xiie siècle), Paris, Éditions de la Sorbonne, 2007, p. 255-262.
11Robert Mantran, La Vie quotidienne à Constantinople au temps de Soliman le Magnifique et de ses successeurs (xvie et xviie siècles), Paris, Hachette, 1965, p. 16-17.
12Les Douze Livres du Code de l’Empereur Justinien, traduit en français par P.-A. Tissot, Metz, Behmer, 1807-1810, t. I, livre I, titre 9, § 13.
13Ibid., t. I, livre I, titre 9, § 6.
14Ibid., t. I, livre I, titre 9, § 18 ; Raymond Janin, « Les Juifs dans l’Empire byzantin », Revue des études byzantines, vol. 93, 1912, p. 126-133.
15Soliman le Magnifique à François Ier, 24 septembre 1528, cité dans Ernest Charrière, Négociations de la France dans le Levant, t. I, Paris, Imprimerie nationale, 1848, p. 129-131.
16Bibliothèque de l’Arsenal, ms 4767-4771 « Traictez et ambassades de Turquie » (recueil de pièces anciennes relatives à l’histoire des relations diplomatiques de la France avec le Levant, 1528-1640).
17Catherine Nicault, « La fin du protectorat religieux de la France à Jérusalem (1918-1924) », Bulletin du Centre de recherche français à Jérusalem, no 4, 1999, p. 7-24.
18Abbé de Saint-Pierre-le-Vif à Sens, protonotaire et secrétaire du roi, il fut choisi pour être le premier ambassadeur permanent en Turquie. Il arriva à Constantinople le 8 juin 1535. L’année suivante, il fit parvenir à François Ier une lettre de Soliman le Magnifique (BnF, Mss orientaux, supp. turc 822) rendant compte de son audience. Il était chargé de faire connaître au roi les nouveaux accords établis, et de l’informer que les anciens avaient été confirmés ainsi que l’installation permanente d’un ambassadeur auprès de la Porte avait été acceptée.
19Ernest Charrière, Négociations, op. cit., t. I, p. 283-294.
20Interprète, diplomate, écrivain arménien catholique (1741-1807), il est drogman au consulat de Suède à Smyrne (Izmir), puis chancelier et enfin ambassadeur à la légation de Suède à Constantinople.
21Ignace Mouradgea d’Ohsson, Tableau général de l’Empire Othoman, 7 t., Paris, Imprimerie de Monsieur, 1788-1824, t. III, p. 447-448.
22Jacques Lafon, « Les Capitulations ottomanes : un droit para-colonial ? », in Itinéraires de l’histoire du droit à la diplomatie culturelle et à l’histoire coloniale, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2001, p. 75-101.
23Les Capitulations entre l’Empereur de France et Mehemet quatrième Empereur des Turcs, renouvellées le 5 juin 1673, par les soins de Monsieur le Marquis de Nointel, ambassadeur de Sa Majesté Très-Chrestienne à la Porte Othomane, Marseille, Charles Brebion, 1675, p. 29-31.
24Notamment Alphonse Belin, Histoire de la latinité à Constantinople, Paris, Picard, 1894 ; Elisabetta Borromeo, « Les Catholiques à Constantinople », art. cit. ; Vanessa de Obaldia, « A Legal and Historical Study of Latin Catholic Church Properties in Istanbul from the Ottoman Conquest of 1453 until 1740 », thèse de doctorat, Aix-Marseille Université, 2018.
25Alphonse Belin, Histoire de la latinité, op. cit., p. 203, 208, 228, 268.
26Les missionnaires au Levant avaient pour mission de prendre soin des chrétiens dans l’Empire. Ils avaient en revanche interdiction de convertir les musulmans, comme le rappellent les instructions délivrées par le roi Louis XV au marquis de Villeneuve en août 1728, avant que celui-ci ne prenne son poste d’ambassadeur à Constantinople ; Centre des Archives diplomatiques de la Courneuve (dorénavant CADC), CP Turquie, vol. 79, fol. 2-23.
27Alphonse Belin, Histoire de la latinité, op. cit., p. 243.
28Romain Planté, « Propager la foi catholique et la grandeur du roi en Orient. Des capucins bretons et tourangeaux en terre d’islam. Conditions de vie des missionnaires et interactions avec les populations locales », mémoire de master (dir. Georges Provost), université de Rennes 2, 2013.
29Auguste Carayon, Documents inédits concernant la Compagnie de Jésus, Poitiers, Henri Oudin, 1864, p. 4.
30Villeneuve (1675-1745) fut nommé ambassadeur de France à Constantinople de 1728 à 1741 ; il obtint le renouvellement des capitulations en mai 1740 ; comportant pas moins de quatre-vingt-cinq articles, ces capitulations sont considérées comme les plus importantes jamais obtenues.
31Archives de la Congrégation de la Mission lazariste (Paris) (dorénavant ACML), fonds des pères jésuites, I-F-27, n.n.
32Négociant à Constantinople à partir de 1699, le Marseillais Magy (1682-1740) participa activement à la vie de la communauté française. Huit fois premier député de la nation, il est mentionné en 1732 comme syndic des pères capucins de Saint-Georges.
33Drogman de France, Fornetti (1700-1760) était très informé des affaires de la ville et en très bons termes avec le grand douanier.
34ACML, fonds des pères jésuites, I-F-27, n.n.
35Ibid.
36Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac, 1605 à 1610, par le comte Théodore de Gontaut Biron, d’après le manuscrit de Julien Bordier, Paris, Honoré Champion et Alphonse Picard, 1889, p. 83-84
37Jean-Michel Casa, Le Palais de France à Istanbul, Istanbul, Yapı Kredi Yayınları, 1995, p. 20-21.
38Voir sur ce point le dossier de la Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée (107-110, 2005) consacré à « Identités confessionnelles et espace urbain en terre d’islam », sous la direction de Méropi Anastassiadou-Dumont.
39Les religieux avaient interdiction d’acquérir du foncier dans l’empire ottoman ; Elisabetta Borromeo, « Les Catholiques à Constantinople », art. cit.
40Alphonse Belin, Histoire de la latinité, op. cit., p. 183.
41Jean François de Gontaut-Biron naquit au château de Salignac en 1553 et mourut à Constantinople le 11 octobre 1610. Ami d’enfance d’Henri IV, converti au catholicisme en même temps que son roi et ami, nommé ambassadeur en Turquie en 1603. Il obtint du pape Paul V l’envoi à Constantinople de nouveaux missionnaires jésuites à Saint-Benoît, les précédents ayant été décimés par une épidémie de peste.
42Les latins étaient enterrés au cimetière des Grands-Champs à Péra, à l’extérieur des murs : à cet effet, il fallait payer une taxe sur les morts afin d’obtenir l’autorisation de faire sortir un mort de l’enceinte de la ville ; voir : Alphonse Belin, Histoire de la latinité, op. cit., p. 182, 507, 508.
43Le jésuite François de Montboissier de Montfort-Canillac (1574-1628) étudia à Rome, avant d’être nommé supérieur de la mission de Constantinople en 1608. Il fonda également les missions jésuites de Jérusalem, Antioche et Alexandrie.
44Dignitaire musulman, interprète du droit canonique islamique.
45Juge religieux dans une circonscription.
46Auguste Carayon, Documents inédits, op. cit., p. 50-51.
47Mercure de France, juin 1737, extrait d’une lettre écrite de Constantinople le 24 janvier 1737.
48Guillaume Durand, Le Sens spirituel de la liturgie. Rational des divins offices – Livre IV de la messe, Genève, Ad Solem, 2003, p. 242-244. Datant de 1286 et divisé en huit livres, le quatrième livre explique en détail le sens caché des gestes liturgiques et de la messe. Guillaume Durand place le sermon, comme aujourd’hui, après le Credo, mais il le nomme Prédication. À l’époque qui nous intéresse, le sermon était prononcé avant la messe (parfois il y en avait un second après) pour l’édification des paroissiens.
49Comme souvent, certaines traditions en terre étrangère sont mieux conservées, car nécessaires à leur survie. La liturgie latine mozarabe en est un exemple : vivant « au milieu des Arabes » (sens étymologique du mot mozarabe), les chrétiens mozarabes furent durant quatre siècles coupés de la chrétienté. Les formes de leur liturgie se figèrent, ils conservèrent précieusement cet héritage, dont le rit et le chant ne sont nullement influencés par le style arabisant, mais au contraire ont conservé leur caractère originel. Joseph-André Jungmann, Missarum sollemnia, Paris, Aubier, 1950, p. 73-74.
50Dans les capitulations de 1673, l’ambassadeur Nointel avait obtenu que l’Évangile soit récité dans les hôpitaux tenus par les missionnaires à Galata.
51Alphonse Belin, Histoire de la latinité, op. cit., p. 228-230.
52Auguste Carayon, Documents inédits, op. cit., p. 103.
Auteur
-
Catherine Vigne
Catherine Vigne est spécialiste de la peinture française dans l’Empire ottoman. Elle a notamment réédité, en 1989, l’ouvrage de son grand-père Auguste Boppe, Les Peintres du Bosphore au xviiie siècle, et est co-auteur, avec Anne Mézin, du dictionnaire biographique Les Français à Constantinople, de François Ier à Bonaparte.
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Les sans-culottes marseillais
Le mouvement sectionnaire du jacobinisme au fédéralisme 1791-1793
Michel Vovelle
2009
Le don et le contre-don
Usages et ambiguités d'un paradigme anthropologique aux époques médiévale et moderne
Lucien Faggion et Laure Verdon (dir.)
2010
Identités juives et chrétiennes
France méridionale XIVe-XIXe siècle
Gabriel Audisio, Régis Bertrand, Madeleine Ferrières et al. (dir.)
2003
Des hommes à l'origine de l’Europe
Biographies des membres de la Haute Autorité de la CECA
Mauve Carbonell
2008
