Les rapatriés d’Algérie et la politique à Toulon (1962-1995)

Marc Bayle

p. 105-120


Texte intégral

1Le traumatisme de la guerre d’Algérie fut lourd de conséquence sur l’orientation politique des rapatriés nombreux à s’installer à Toulon. La nostalgie de « l’Algérie française » dans cette ville était imprégnée d’une culture du ressentiment depuis le début des années 1960. Cette thématique a déjà été explorée. Depuis l’ouvrage pionnier sur La guerre d’Algérie et les Français (Jean-Pierre Rioux, 19901), historiens et politologues ont analysé les conditions d’arrivée et d’insertion en métropole des rapatriés d’Algérie (Jean Jacques Jordi, Émile Temime2), la mémoire de l’Algérie française (Benjamin Stora, 19983) et plus récemment la politisation des rapatriés (Emmanuelle Comtat, 20094). Le retour en métropole des rapatriés a forgé une mémoire de groupe.

2Cette analyse qui s’inscrit dans le registre de la culture politique, entendue, selon la définition de Jean-François Sirinelli, comme « une sorte de code […] un ensemble de référents, formalisés au sein d’un parti ou plus largement diffus au sein d’une famille ou d’une tradition politiques5 », a pour objectif d’appréhender la question de la culture politique des rapatriés dans son rapport à la vie politique toulonnaise dominée par les droites.

3 Dans une ville comme Toulon, où près de 20 000 rapatriés débarquèrent à l’été 1962, la mémoire de l’Algérie resta « chaude ». S’y constitua ainsi un conglomérat de sensibilités diverses, toutes marquées par le ralliement aux thèses de l’Algérie française, s’unifiant progressivement dans la lutte contre l’évolution de la politique gouvernementale en Algérie, et tissant un réseau relationnel avec la municipalité. Le terreau « Algérie française », que constitua Toulon, a préparé les conditions d’implantation puis de succès du Front national à Toulon en 1995.

Le moment 1962

4Toulon accueillit au cours de l’été 1962 un afflux de rapatriés, qui affectèrent durablement la structure sociodémographique de la ville. Dès leur arrivée, les rapatriés furent défendus par leurs associations. Ce réseau, dominé par les ultras de « l’Algérie française », se singularisa à Toulon par sa forte politisation.

L’accueil des rapatriés

5L’attraction méditerranéenne primait. Entre avril et septembre 1962, 650 000 Français d’Algérie débarquèrent sur les quais de Marseille, de Toulon, de Nice et de Sète. 500 000 d’entre eux s’installèrent dans le Midi méditerranéen6. Faisant prévaloir la « géographie sentimentale7 », ils déjouèrent le principe de dispersion des rapatriés sur le territoire national arrêté par le gouvernement, qui avait exclu les villes méditerranéennes des sites d’accueil pour favoriser leur implantation dans des zones à faible densité de population et obtenir une répartition plus équilibrée sur le territoire.

6Le port de Toulon accueillit, sans discontinuer, des bâtiments transportant des rapatriés. Du 30 juin au 4 juillet 1962, près de 9 000 d’entre eux débarquèrent. Le raz-de-marée déborda les structures d’accueil. Cependant, à Toulon, l’opinion se montra favorable aux rapatriés.

7La municipalité s’impliqua largement dans leur accueil. En mai 1962, elle répondit favorablement au préfet du Var qui l’invitait à constituer un comité d’accueil8. Ce comité regroupa de nombreuses organisations, comme la Jeune chambre économique, la Croix-Rouge, le Secours catholique, la Chambre de commerce et d’industrie, le Syndicat de l’hôtellerie ainsi que de nombreux élus. Il assurait l’hébergement, les frais de transport et la nourriture des enfants. Le maire de Toulon, Maurice Arreckx, impliqua fortement la municipalité dans l’accueil des rapatriés, comme il le relata ultérieurement :

Chaque jour il fallait répéter les mêmes gestes […] scouts, secouristes, ambulanciers transportaient sur des brancards des grabataires et des infirmes. Ils rassemblaient les membres des familles, prenant en charge les enfants en bas âge, ouvraient les dossiers qui permettraient l’obtention des prestations de subsistance. Ajoutons à cela les missions de liaison en ville, l’ouverture de garderies, de réfectoires, de vestiaires pour dépanner le plus démunis9.

8La municipalité n’était cependant pas seule à assurer la prise en charge de l’organisation de cet accueil. L’État joua un rôle majeur en 1962 dans l’hébergement et la réinstallation, notamment économique, des rapatriés10. L’État assurait en outre un service social et couvrait, en cas de besoin, les ressources minimales des rapatriés pour assurer leur subsistance. La responsabilité de la mise en œuvre de ce dispositif incombait aux préfets11. Un service départemental des rapatriés fut créé au sein de la préfecture du Var et une cellule d’accueil fut mise en place, pour l’arrondissement de Toulon, placée sous l’autorité du sous-préfet de Toulon. Il reste que, sur le plan politique, la municipalité fut créditée de ne pas avoir marchandé son soutien aux rapatriés.

L’insertion socio-économique

917 000 rapatriés environ s’installèrent à Toulon en 196212. Le recensement de 1968 avançait le chiffre de 17 096 rapatriés, soit 10 % de la population (174 746).

10Les pieds-noirs arrivèrent en métropole à un moment de tension extrême sur le marché du logement. Depuis la Libération, la construction, pourtant dynamique, était inférieure à la demande et les logements étaient chers à la location comme à l’achat13. Dans un premier temps, les rapatriés furent hébergés dans des conditions précaires (tentes, casernes, établissements scolaires réquisitionnés). L’État intensifia les constructions d’HLM, des programmes spéciaux furent prévus en faveur des rapatriés14. À Toulon, de nombreux programmes de construction de logements sociaux furent engagés, comme la zone d’urbanisation prioritaire (ZUP) de La Rode15, au cœur de la ville, la création de cités HLM à l’ouest (La Beaucaire) et à l’est (Sainte-Musse).

11Le recensement de 1968 permet d’obtenir une représentation précise de la répartition spatiale des rapatriés au sein de la commune. La géographe Jacqueline Bouquerel étudia la part des rapatriés dans les différents quartiers de la ville qui montre une permanence dans l’implantation des rapatriés dans certains quartiers de l’est (Sainte-Musse16, Brunet), de l’ouest (La Beaucaire) et du centre (La Rode, Port-Marchand).

12Début 1963 ; l’Administration prenait en compte 5 000 demandes d’emploi de rapatriés dans le Var pour une population rapatriée estimée à 37 00017. En août 1963, elle estimait que 70 % des demandes d’emploi étaient satisfaites18. La municipalité toulonnaise avait recruté 70 agents municipaux19. Cette tendance au réemploi rapide des rapatriés s’inscrivait dans une tendance nationale. Au départ, les pieds-noirs salariés du privé rencontrèrent des difficultés pour trouver un emploi. Mais le plein emploi des Trente Glorieuses permit d’éponger le flux des demandes d’emploi des rapatriés. En 1966, le taux de chômage des rapatriés ne dépassait pas 2 % des actifs20.

Associations et sociabilité politique

13Les associations de rapatriés se singularisèrent par leur politisation autour du thème de l’Algérie française. Deux d’entre elles occupèrent le devant de la scène, l’Association nationale des Français d’Afrique du Nord et d’outre-mer et de leurs amis, l’ANFANOMA21, et le Rassemblement des Français d’Afrique du Nord et d’outre-mer, le RANFRANOM. À Toulon, la mémoire rapatriée mobilisa, dès 1962, l’identité de ce groupe, d’abord dans la défense de l’Algérie française, puis autour du refus, parfois violent, de l’indépendance, et enfin dans la construction d’une identité communautaire22. Selon Emmanuelle Comtat, cette identité est la marque d’une mentalité et de tradition particulières23, une identité revendiquée en fonction de certaines représentations, mue par le sentiment, selon Lucienne Martini, qu’une injustice a été commise24.

14Créée en 1958, l’ANFANOMA monopolisait la représentation des rapatriés auprès des pouvoirs publics, éclipsant peu à peu les autres associations du dialogue avec les autorités. Sa puissance à Toulon était reconnue, avec 2 000 adhérents25, alors que les Bouches-du-Rhône n’en comptaient qu’un millier26. Elle organisait des « grandes messes », lieux actifs d’une mémoire vibrante, tels les rassemblements de Carnoux, « la nouvelle Mitidja », de Cabasse, de Marignane, du Mas Thibert dans la propriété du Bachaga Boualem ou de Tamaris à La Seyne-sur-mer. Son dirigeant national, le colonel Battesti, insistait dès 1962, sur la préservation de ces liens pour « ceux qui ont dû abandonner les terres de leurs pères, à ces épaves qui ne sont pas encore trouvées27 ». Pour autant, l’association entretint des relations permanentes avec les pouvoirs publics, animée de la préoccupation de la défense des intérêts matériels des rapatriés, avec pour « cheval de bataille » l’indemnisation des biens laissés en Algérie28.

15Toutefois, l’accélération du processus de l’indépendance algérienne amena la constitution d’une organisation dissidente, plus radicale, le RANFRANOM.

16Le RANFRANOM était issu d’une scission intervenue au sein de l’ANFANOMA, la ligne du président Battesti, ex-député UNR de Seine-et-Marne, étant estimée par les membres les plus « Algérie française » de l’association comme trop « inféodée au gouvernement29 ». Le colonel Reymond, rapatrié, dès le mois de mai 1961, s’attacha à implanter le RANFRANOM à Toulon, dont les objectifs statutaires visaient à « promouvoir et défendre la vocation imprescriptible des départements de l’Algérie et du Sahara de demeurer au sein de la Patrie30 ». Cet objectif marquait la tonalité « Algérie française » de cette organisation, en opposition frontale au gouvernement, se présentant aussi comme une association-relais de l’OAS, comme en atteste l’arrestation, le 6 février 1962, par la police parisienne des dirigeants nationaux de cette organisation, composée selon la Sûreté Nationale de « membres importants de l’OAS en métropole »31. La section toulonnaise du RANFRANOM, qui était évaluée par la police entre 500 et 800 membres32, multiplia les contacts, les manifestations telles des journées de rapatriés, les offices religieux : Elle devint une centre d’activité d’autant plus important qu’elle disposait d’un potentiel réel formé par la masse des rapatriés, et de laquelle se dégagèrent des éléments actifs.

17L’ensemble des associations de rapatriés implantées à Toulon manifestèrent leur sentiment antigaulliste. La municipalité Arreckx, en rupture de ban avec l’UNR gaulliste et ayant rejeté l’orientation de la politique algérienne du général de Gaulle, saisit tout l’intérêt d’une récupération politique des milieux rapatriés, en prenant fait et cause pour leurs revendications, telles l’indemnisation ou la libération des détenus politiques33. Cette municipalité afficha un scepticisme marqué sur les actions du gouvernement : en mai 1963, Arreckx stigmatisa l’insuffisance des moyens mis en œuvre par l’État pour l’accueil des rapatriés, notamment en matière scolaire34. Dans le journal République, de tendance centre-gauche (il était dirigé par Jacques Defferre, le frère du maire de Marseille), le responsable de la chronique quotidienne « Avec les rapatriés d’Afrique du Nord », le rapatrié Marceau Ferrari mettait en lumière l’inadaptation de l’appareil scolaire :

L’instituteur est pris entre les circulaires et les élans de son cœur. Le système corrige les carences de l’État qui n’a pas encore construit les écoles en nombre suffisant. La rentrée 1963 sera catastrophique35.

18Lors d’une réunion à Toulon du RANFRANOM le 22 avril 1963, à laquelle participèrent Jean-Marie Le Pen et le colonel Thomazo, le colonel Reymond fustigea le pouvoir gaulliste :

Le gouvernement a voulu installer seul le FLN ; c’est le prélude de la communisation de la France mais l’installation des rapatriés pourra redresser la situation36.

19On peut dater de la journée nationale des rapatriés du 3 février 1963, organisée par l’ANFANOMA, à l’Opéra de Toulon, la jonction qui s’opéra entre le mouvement associatif rapatrié et la municipalité. Arreckx trouva le ton qui émut l’assistance :

Je me rappelle avoir vu l’arrivée de ces colonialistes misérables avec leurs cages d’oiseaux et leurs bagages. Face à ce drame on ne peut soutenir que la France n’a pas manqué à sa parole. Il faut maintenant industrialiser la région toulonnaise pour procurer des emplois […] les réfugiés d’Algérie sont une richesse pour notre pays ; leur arrivée à Toulon et dans le Var donnera un coup d’accélérateur à notre vie économique37.

20Le journal République rapporta : « Les applaudissements n’en finissaient plus, la salle entière est debout. On entendait des cris “Vive notre maire !”38 ». La réunion marquait l’adoubement d’Arreckx par le monde rapatrié.

21D’une certaine manière, Arreckx voulait donner de Toulon l’image d’une cité accueillante pour les rapatriés. Chez le maire de Toulon, la démonstration des bons sentiments côtoyait toujours l’intérêt électoral bien compris. La spécificité politique toulonnaise résidait dans la rencontre entre, d’une part, une municipalité en opposition à la politique algérienne du général de Gaulle et entrée dans le centrisme d’opposition au pouvoir gaulliste, après avoir été portée au pouvoir municipal avec l’investiture de la formation gaulliste, l’Union pour la nouvelle République (UNR)39 et affaiblie par les échecs de ses adjoints, Henri Fabre et Jean Vitel, aux élections législatives de novembre 196240, et, d’autre part, le ressentiment des rapatriés. Maurice Arreckx avait besoin de disposer d’une nouvelle clientèle électorale. Le poids électoral des rapatriés se manifesta singulièrement à Toulon à l’occasion du référendum du 28 octobre 1962 sur l’élection du président de la République au suffrage universel direct, où les votes « Non » recueillirent 48,40 % des suffrages exprimés, alors que, sur le plan national, ils ne totalisèrent que 38,20 %41. Les 4 100 nouveaux électeurs provenant majoritairement de l’inscription des rapatriés d’Algérie sur les listes électorales, pesèrent assurément sur le résultat toulonnais. Les associations de rapatriés firent campagne auprès de leurs ressortissants en faveur de leurs inscriptions sur les listes électorales en vue de contrer le général de Gaulle. Enfin, le mouvement Rapatrié savait gré à la municipalité Arreckx d’avoir rompu ses liens avec l’UNR et d’épouser les thèses de « l’Algérie française ». Il appréciait en outre l’organisation efficace du dispositif d’accueil des rapatriés. Le mouvement rapatrié, en opposition frontale au pouvoir gaulliste, avait par ailleurs besoin de disposer de l’appui d’une grande municipalité. En complément de son action revendicatrice, il tint le rôle d’un lobby au niveau local.

Un antigaullisme obsessionnel et continu (1963-1984)

22Pour les droites toulonnaises, la relation au général de Gaulle fut au centre du débat public au cours des années 1960. Les consultations électorales revêtirent une politisation extrême, marquées par des confrontations entre les candidats de la formation gaulliste et ceux de la municipalité, soutenus par les partisans de l’Algérie française42.

L’activisme « Algérie française » des années 1960

23L’attentat manqué contre le général de Gaulle, le 28 août 1964, à l’occasion de l’inauguration du mémorial du Mont-Faron en fut le moment le plus symbolique : une jarre, au bas de l’escalier menant au mémorial, contenait une bombe qui n’avait pas fonctionné. L’affaire fut connue et médiatisé.

24L’atmosphère « Algérie française » régnant dans la région toulonnaise et le rôle actif des « vitrines légales de l’OAS » (Anne-Marie Duranton-Crabol), associations chargées de défendre l’amnistie des prisonniers de l’OAS43, constituèrent les deux éléments qui conduisent à avancer l’hypothèse d’une prolongation de l’activité de l’organisation secrète dans cette zone. Cette contre-société « Algérie française » s’intégra au système municipal toulonnais.

25À la suite de l’attentat du Mont-Faron, la police mena une enquête minutieuse sur les milieux « Algérie française », conclue ainsi :

Il faut souligner la particularité de la situation toulonnaise dans la carte de l’activisme. La région du Sud-Est a été particulièrement touchée dans ce domaine : activités criminelles nombreuses des éléments OAS rapatriés en 1962 d’une part et implantation de réseaux nombreux et virulents de l’OAS avant et bien après 196244.

26Après 1962, l’OAS reste ainsi influente et active à Toulon selon la police :

Alors que l’OAS est en voie d’extinction dans tout le pays, c’est dans cette ville que se produisent les derniers attentats par explosifs au mois de décembre 1963. Il faut remarquer l’éclectisme de ces auteurs qui visaient dans le courant de 1963 : des établissements nord-africains de la Basse ville, deux banques, ainsi que la caserne de gendarmerie45.

27Selon le témoignage de Jean Reimbold, responsable de l’OAS-métro du Sud-Est, après l’arrestation d’Argoud, en février 1963, et le départ en exil de Bidault, Sergent mit en place le deuxième « Conseil national de la Résistance », qui devînt le « Conseil national de la Révolution », organe dirigeant de l’OAS46. Loin de la référence « résistancialiste », Sergent visait la remise en cause de la société française, responsable, à ses yeux, de l’abandon de l’Algérie, rejetant à la fois l’adversaire « matérialiste, marxiste comme capitaliste, et se référant à la tradition chrétienne et occidentale47 ». L’objectif restait la prise du pouvoir. Reimbold indique avoir « reconstitué des réseaux sur tout le territoire, Sud-Est, vallée du Rhône, Sud-Ouest48 » grâce à l’appui que lui apportèrent les rapatriés. Il n’eut pas le contrôle, en revanche, de leurs commandos, son action se limitant, selon ses écrits, à « de la structuration, de la propagande et rien d’autre49 ».

Les vitrines légales de l’OAS

28L’OAS bénéficia de complicités ouvertes à Toulon, en mai 1962, des royalistes fondèrent l’antenne locale du Secours pour l’entraide et la solidarité (le SPES), organisation nationale créée pour « apporter de l’aide matérielle et du réconfort aux prisonniers de l’OAS50 ». Le SPES varois lança, en juin 1963, une campagne de collecte de dons en faveur des « victimes des événements d’Algérie », qui s’accompagna de la mise en cause du traitement pénitentiaire réservé aux prisonniers de l’OAS par rapport à celui, présumé plus favorable, des militants du FLN51.

29Parmi les vitrines légales de l’organisation secrète les plus actives, apparut l’antenne toulonnaise du Rassemblement pour l’esprit public (le REP). Créé sur le plan national en janvier 1964, le REP était la prolongation de la revue mensuelle Esprit Public, lancée le 17 septembre 1960 autour de l’historien Raoul Girardet et de Philippe Marçais. Le REP fut l’un des instruments de l’expression publique de l’OAS. Le 22 janvier 1963, le REP organisa une réunion de 1 000 personnes à La Crau dans périphérie est de Toulon, en présence du Bachaga Boualem, symbole des musulmans favorables à la France52. Le REP rêvait d’une union de tous les « nationaux » sans exclusive, contre les marxistes et l’UNR53.

30À la faveur de la revendication de « l’amnistie » des prisonniers de l’OAS, les mouvements « Algérie française » se regroupèrent, sur l’initiative du colonel Reymond, autour d’une motion, le 1er juillet 1963, de défense de l’amnistie, qui entraîna la création du Comité de coordination des associations de Rapatriés et de Réfugiés, associant notamment l’ANFANOMA, le RANFRANOM, les Indépendants du Var54.

31Malgré la débâcle de l’OAS-Métro et l’exil de ses chefs, Sergent et Curutchet, en Belgique, les réseaux « Algérie française » poursuivirent leurs actions. Ces organisations eurent pour principe unificateur leur hostilité au général de Gaulle. Elle se mobilisa à l’occasion des consultations électorales, et cela dès 1964.

L’intégration au système politique municipal (1963-1983)

32La question rapatriée constitua un enjeu majeur des différents scrutins qui jalonnèrent les années 1960.

33Aux élections cantonales de mars 1964, les associations de rapatriés facilitèrent le succès des candidats de la municipalité d’Arreckx sur leurs concurrents de l’UNR gaulliste, et cela dès le premier tour55. Dans son compte rendu au ministère de l’intérieur, le préfet du Var expliquait cet échec des candidats gaullistes par « l’attitude des milieux rapatriés56 ». Les élections municipales de mars 1965 accentuèrent la participation des rapatriés au jeu électoral. Apparut une liste spécifiquement d’intérêt rapatrié, mené par Charles Croix57, affirmant son identité « pied-noir » et « Algérie française » et suspectant la liste du maire sortant de comprendre des membres de l’UNR58. Cette liste incarnait la tendance dure des milieux rapatriés mais la liste Arreckx bénéficiait du soutien de l’ensemble des associations de rapatriés. Les deux figures de proue de mouvement Algérie française à Toulon, le colonel Reymond et l’abbé Dahmar, entrèrent dans la liste du maire sortant. La question rapatriée domina la campagne ; près de la moitié des communiqués de presse de campagne dans le journal République portaient sur la thématique des rapatriés. Au premier tour, la liste Arreckx caracola en tête, avec 23 007 voix, devant celle du PCF (13 644), de l’amiral Baudouin, soutenue par l’UNR (11 764), de la SFIO (8 982) et de Croix (1 492). Au second tour, la liste Arreckx (31 845 voix) l’emporta aisément au second tour, loin devant celles de l’amiral Baudouin (11 450 voix) et du PCF (15 907 voix)59.

34La campagne de l’élection présidentielle de 1965 à Toulon tourna à la démonstration de force de la mouvance Algérie française. Toutes les associations de rapatriés s’engagèrent en faveur de Jean-Louis Tixier-Vignancour, qui axa sa campagne sur l’alliance du mouvement Algérie française, du vichysme et du poujadisme. Au premier tour de l’élection présidentielle, le 5 décembre 1965, Tixier-Vignancour totalisa 15,89 % des voix à Toulon, triplant son score national. Toulon devint une zone de force de l’extrême droite antigaulliste. Ce n’était donc pas sans raison que Tixier-Vignancour fit de cette ville un point d’ancrage électoral et se présenta aux élections législatives de mars 1967. Mais cette consultation marqua le retour du clivage droite-gauche en France60. À cette consultation, la droite Algérie française se divisa entre la candidature de Tixier-Vignancour et celle du premier adjoint au maire de Toulon l’ancien député Henri Fabre. L’échec de Tixier-Vignancour, face au candidat de l‘UNR, porta un coup sévère à la droite Algérie française.

35Maurice Arreckx était contraint à terme de sortir de son isolement politique, ne pouvant rester cantonné dans son centrisme d’opposition61avec l’appui de la mouvance « rapatriée ». Il esquissa un rapprochement avec le Premier ministre Jacques Chaban-Delmas, favorable à l’ouverture aux centristes, en vue des élections municipales de 1971. Mais le maire de Toulon se heurta au veto des élus municipaux rapatriés hostiles au gaullisme, même dans sa version pompidolienne. Cela n’empêcha pas le mouvement gaulliste à Toulon d’accorder à Arreckx un soutien sans participation. Les candidatures « Algérie française » se marginalisèrent, du fait de la prédominance électorale des candidats de la municipalité. Toute la droite nationaliste et le dernier isolat de Tixiéristes se rallièrent à la municipalité Arreckx.

Un terreau favorable à l’implantation du Front national (FN)

36À sa création en 1972, la formation de Jean-Marie Le Pen, comprenait une composante Algérie française62. Mais les années 1970 furent celles de « la traversée du désert de l’extrême droite63 » selon la formule de Pascal Perrineau. Au premier tour de l’élection présidentielle de 1974, Le Pen n’obtînt que 0,75 % des suffrages exprimés sur le plan national et 2 % dans le Var où il peinait à s’installer. Son implantation militante s’avéra groupusculaire64. Toutefois, le sentiment « Algérie française » perdura à Toulon au cours des années 1970, même s’il ne trouva guère à s’exprimer politiquement65. Les associations de rapatriés s’attachèrent à perpétuer le souvenir de l’Algérie Française, notamment au travers de leurs rassemblements comme ceux de Carnoux, après l’édification de Notre-Dame-d’Afrique, ou à Tourves dans le domaine du rapatrié Eugène Ibagnés.

37Bénéficiaire d’une grâce présidentielle, le 31 mars 1966, Jean Reimbold fut le premier à former un groupement politique, Action nouvelle. La philosophie d’Action nouvelle s’exprima dans une thématique anti-gaulliste, déniant toute perspective d’avenir à la majorité UDR-RI. Le recrutement d’Action nouvelle se fit dans le vivier de l’OAS sous la forme d‘un accord passé avec le groupe « Jeune Révolution », dans l’esprit et le souvenir de l’ancien réseau OAS-métro-jeunes. En mars 1973, Reimbold appela à voter pour le Front national66. Action nouvelle, en raison de son manque d’audience, fut dissoute en décembre 1983.

38En marge du Front national, le mouvement rapatrié toulonnais, plus structuré, intervint directement dans la vie publique. La municipalité Arreckx comptait, au renouvellement municipal de 1971, près de huit rapatriés, dont certains très engagés lors des événements d’Algérie, tel André Séguin, adjoint au maire et conseiller général de Toulon67. Le colonel Reymond, adjoint au maire de Toulon, prit la direction de la délégation départementale de la Fédération nationale des rapatriés L’amnistie restait sa priorité qui devait couvrir, à ses yeux, toutes les infractions commises en relation avec les événements d’Algérie.

39Dans les années 1970-1980, des réseaux réactivèrent dans le Var la thématique Algérie française, tel celui de Jo Ortiz, l’ancien propriétaire du bar « Le Forum » à Alger et fondateur du Front national français, qui joua un rôle décisif dans la semaine des barricades à Alger en janvier 196068. De retour d’Espagne, après son amnistie, il parvint, en 1984, à créer un mouvement fédératif des rapatriés, la Fédération pour l’unité des réfugiés, des rapatriés et de leurs amis (FURR). Son objectif était de ravir au RECOURS (Rassemblement et coordination unitaire des rapatriés spoliés d’Outre-Mer) de Jacques Roseau, jugé trop neutre politiquement, la représentation de la communauté rapatriée. Alain Rollat présente la FURR comme un carrefour associatif où se croisèrent les différentes familles de la droite ultranationaliste qui eurent en commun leur fidélité à l’Algérie française. Ortiz faisait écho au racisme de Le Pen sur la question de l’immigration. Il reste que le mouvement d’Ortiz, qui s’évanouit avec le décès de son fondateur en 1995, a servi les intérêts du FN en opérant le regroupement de la mouvance rapatriée et en la mobilisant autour d’une mémoire collective active, et tenant un discours sur l’immigration d’une tonalité aussi extrémiste que celle de Le Pen69.

Les rapatriés et la montée du FN

40Les dirigeants du FN varois de 1972 à 1985 eurent tous une coloration « Algérie française ».

41Il en fut ainsi du docteur Communal, rapatrié, nommé en 1983 secrétaire fédéral du FN dans le Var, qui aurait appartenu à l’OAS70. En 1984, le FN mit à la tête de sa fédération varoise Bernard Mamy71, camarade de faculté de Le Pen, associé aux événements en Algérie (le « 13 mai 1958 », les barricades). Le FN ne décollait toutefois pas à Toulon La municipalité d’Arreckx absorbait telle une éponge toute la mouvance d’extrême droite et son électorat72.

42À la suite de l’élection municipale de Dreux en 1983, qui avait vu la constitution d’une alliance entre le FN et la droite classique, le FN obtint ses premiers résultats significatifs aux élections européennes de juin 1984, avec 22,30 % des voix à Toulon contre 10, 95 % sur le plan national. Aux élections cantonales de mars 1985, le FN recueillit 31,09 % des suffrages exprimés dans le canton du centre-ville, le meilleur résultat du FN en France. Mamy fut cependant écarté de la fédération du FN en octobre 1985 au moment où il prétendait conduire la liste du FN aux élections régionales de mars 1986. Yann Piat lui succéda à la tête du FN varois. La liste FN qu’elle conduisit aux élections législatives de 1986 dans le Var obtînt 19 % des suffrages, soit un score supérieur à celui enregistré par la liste FN de Marie-France Stirbois à Dreux (16,1 %)73.

43De 1984 à 1988, le FN s’implanta dans la vie politique locale. Il tira parti des fragilités de Toulon, en récession démographique74 et en crise économique75, avec la réduction de l’appareil de défense76, la fermeture des chantiers navals de La Seyne en 1989, l’absence de diversification de ses activités77, et un chômage élevé (19 % en 199078). L’évolution électorale du FN à Toulon se résume en trois chiffres : 1 068 voix en 1974 (présidentielle), 13 700 voix en juin 1984 (élection au Parlement européen) et environ 24 000 en 1988, soit 27 % des votants réalisant un score supérieur de 13 % à sa moyenne nationale (présidentielle)79. Le Pen obtînt 27 % des suffrages exprimés à Toulon au premier tour de l’élection présidentielle du 24 avril 1988, contre 14,4 % sur le plan national80. Selon le phénomène de « vampirisation des électorats traditionnels » (P. Perrineau81), le FN était aussi présent dans les quartiers sud de la ville, composés de classes moyennes et bourgeoises (19 % au Cap-Brun), que dans les quartiers populaires (38 % à la Beaucaire, 30 % au Jonquet). Il progressait dans les quartiers d’implantation rapatriée (30,51 % à La Rode, 30,12 % à Sainte Catherine). La montée en puissance du FN permit à cet électorat de retrouver un vote plus familier, lui permettant « de renouer avec une inclination électorale que seule la structure de l’offre électorale les avait contraints de se reporter sur d’autres adversaires du gaullisme (centristes, gauche) » (B. Lacroix, J. Blondel82). Le FN devint la troisième force politique de la ville, après la droite modérée et la gauche, comme en témoigna le second tour de l’élection municipale de 1989 où ces trois courants s’opposèrent83.

44Sous l’impulsion de l’ancien directeur de cabinet de Le Pen, Jean-Marie Le Chevallier, le FN poursuivit son ascension, des élections municipales de 1989 aux législatives de 1993. Lors des élections municipales de 1989, Le Chevallier composa une liste renouvelée, faisant appel à dix-huit « pieds-noirs84 ». Au premier tour, il obtint 20 % des suffrages contre 10,1 % en moyenne nationale.

La culture « Algérie française » entre droites et extrême droite

45La connivence entre la droite varoise et le FN s’explique par deux facteurs principaux, l’emprise électorale croissante du FN et la convergence idéologique entre ces deux courants sur le rejet de l’immigration85. Par exemple, le 10 août 1973, le conseil municipal de Toulon votait à l’unanimité une motion destinée au gouvernement, demandant des mesures énergiques contre l’immigration nord-africaine dans le Var86. Arreckx alla plus loin dans un entretien au journal suédois Dagens Nyheter, dont les termes n’avaient rien à envier au discours de l’extrême droite sur l’immigration : « Cette immigration, tous ces Arabes, c’est une misère, une plaie ouverte ! Le racisme n’a rien à voir avec la politique, on l’a dans les tripes ! D’ailleurs, les Arabes sont différents de nous87. » Dans ces conditions, la droite locale et le Front national nouèrent des alliances électorales entre 1985 et 1992.

46En Provence, Jean-Claude Gaudin, président du conseil régional PACA, et Maurice Arreckx, attentifs à la préservation de leurs positions locales, donnèrent le ton : pas d’ennemi à droite. Les élections législatives de juin 1988 constituèrent le point d’orgue de cette alliance entre la droite classique et le FN, puisqu’elles donnèrent lieu dans le Var, comme dans les Bouches-du-Rhône, à un accord électoral entre les deux courants : en échange du retrait, au second tour de l’élection législative du 12 juin 1988 dans la troisième circonscription du Var (Hyères-La Garde) du maire de Hyères pour favoriser l’élection de la candidate du Front national, le FN retira ses candidats dans les cinq autres circonscriptions pour favoriser l’élection des candidats de l’UDF et du RPR. Yann Piat, candidate du FN dans la troisième circonscription, fut élue ainsi que les candidats de la droite classique dans les autres circonscriptions, bénéficiaires de cet accord de désistement88. Comme dans les Bouches-du-Rhône, la droite classique pratiqua, en 1988, l’alliance ouverte avec le FN.

47L’automne 1988 marqua un tournant dans les relations entre la droite modérée et le FN. La première réaction vint du RPR qui réagit avec détermination contre le FN, à la suite du « Durafour-crématoire » de Le Pen, agissant comme un déclencheur. Gaudin mit un terme à son alliance avec le FN, qui finissait par tourner à son désavantage. En vue des régionales de 1992, il écarta tout projet d’alliance avec le FN. À Toulon, le maire François Trucy ferma la porte à toute ouverture au FN, y compris en vue du second tour.

48Ainsi, la conquête de la mairie de Toulon par le FN, en juin 1995, tenait, certes, aux causes générales qui ont favorisé la poussée de cette formation en France. Elle ne peut, toutefois, être déconnectée du sentiment « Algérie française » qui imprégna la ville pendant quarante ans. Les connivences de la droite classique avec l’extrême droite et la rapidité avec laquelle le FN se posa en force d’alternance avec la mise en cause judiciaire de Maurice Arreckx et de son entourage, l’expliquèrent largement. La victoire du FN89 fut la conséquence d’un enchaînement de facteurs : l’assassinat de la députée Yann Piat, suivie de la mise en examen et de l’arrestation de M. Arreckx90, provoquant la déstabilisation de la droite locale, la multiplication des listes de droite.

49L’action des réseaux de « l’Algérie française » s’est ainsi épanouie sur un terrain sociopolitique favorable. Force idéologique, ce courant a connu une certaine fortune électorale, en raison de la forte présence des pieds-noirs (un Varois sur cinq était rapatrié d’origine en 1980). La municipalité toulonnaise a instrumentalisé cette culture « Algérie française » à son profit. Elle favorisa, par la suite, la percée du Front national. Le socle politique du Front national avait été préparé de longue main par l’enracinement de cette culture formée dès les années 1960, avant de se transformer en entreprise de revanche91. Son principe unificateur résidait dans la représentation du « déni de justice politique » que constituait, pour une partie de la droite locale, la perte de l’Algérie. Ce facteur d’identification fondait son unité.

Notes de bas de page

1 Jean-Pierre Rioux, dir., La guerre d’Algérie et les Français, Paris, Fayard, 1990, ainsi que Jean-François Sirinelli, dir., La guerre d’Algérie et les intellectuels français, Bruxelles, éd. Complexe, 1991.

2 Jean-Jacques Jordi, De l’exode à l’exil, Rapatriés et Pieds-noirs en France. L’exemple marseillais 1954-1962, Paris, L’Harmattan, 1993 ; 1962, L’arrivée des pieds-noirs, Paris, Autrement, 1995 ; J.-J. Jordi et Émile Temime, dir. : Marseille et le choc des décolonisations 1954-1964, Édisud, Aix-en-Provence, 1996 ; Jeannine Verdès-Leroux, Les Français d’Algérie de 1830 à nos jours, Fayard, Paris, 2001.

3 Benjamin Stora, La gangrène et l’oubli. La mémoire de la guerre d’Algérie, Paris, La Découverte (1re éd.), 1998 ; Le transfert d’une mémoire. De l’Algérie française au racisme anti-arabe, Paris, La Découverte, 1999 ; La guerre des mémoires : la France face à son passé colonial (entretiens avec T. Leclère), éditions de l’Aube, 2007, ainsi que Guy Pervillé, « L’Algérie dans la mémoire des droites » dans Jean-François Sirinelli, dir., Histoire des droites, t. 2, « Cultures », Paris, Gallimard, 1992, p. 621-656.

4 Emmanuelle Comtat, Les pieds-noirs et la politique, quarante ans après le retour, Presses de sciences-po, 2009.

5 Jean-François Sirinelli, dir., Histoire des droites, t. 2, op. cit., p. 3-4.

6 Jean-Jacques Jordi, De l’exode à l’exil, op. cit., p. 59.

7 Selon l’expression d’Anthony Rowley, « La réinsertion des rapatriés » dans J.-P. Rioux, op. cit., p. 348.

8 Maurice Arreckx, Toulon, ma passion, Toulon, SNIP, p. 226.

9 Ibid., p. 226.

10 Cf. la loi no 61-1439 du 26 décembre 1961 relative à l’accueil et à la réinstallation des français d’outre-mer. La loi ouvre aux personnes établissant la qualité de rapatrié les droits à la réinstallation et à l’indemnisation L’article premier de ce texte donne la définition juridique de la notion de rapatriés. Il s’agit : « des Français, ayant dû ou estimé devoir quitter, par suite d’événements politiques, un territoire où ils étaient établis et qui était antérieurement placé sous la souveraineté, le protectorat et la tutelle de la France, pourront bénéficier du concours de l’État. »

11 Archives départementales du Var (AD 83) 83/707W/1887, télégramme du ministre de l’intérieur aux préfets no 1832 du 25 mai 1962 les avisant que « Le gouvernement a décidé de leur confier les responsabilités d’accueil et d’hébergement » et les invitant à constituer un bureau spécialisé au sein de leur préfecture.

12 Jacqueline Bouquerel, Toulon, Paris, La Documentation française (notes et études documentaires), 1973, p. 15.

13 E. Comtat, Les pieds-noirs et la politique, op. cit., p. 101.

14 Pierre Baillet, Les Rapatriés d’Algérie en France, La Documentation française, 1976, p. 9 ; Jacques Frémeaux, « Le reflux des Français d’Afrique du Nord (1956-1962) » dans J.-J. Jordi et E. Temime, dir. : Marseille et le choc des décolonisations, op. cit., p. 100 : En 1963, 28 000 appartements furent réservés aux pieds-noirs sur les 35 000 logements. On évaluait à 300 000 le nombre de demandes de logements sociaux émanant de rapatriés en 1962.

15 Cf., RGP de 1968 et Jacqueline Bouquerel, Toulon, op. cit., p. 15. La ZUP de la Rode comptait un programme de 2 600 logements abritant 8 000 personnes, et comptant près de 24, 6 % des rapatriés installés à Toulon, Sainte-Musse abritait 23,8 % des rapatriés présents à Toulon.

16 Jacqueline Bouquerel, op. cit., p. 15

17 Ibid., ce chiffre doit être entendu comme un ordre de grandeur établi selon les inscriptions des rapatriés dans les services préfectoraux.

18 Ibid.

19 AD 83/740-2037, rapport du préfet du Var du 16 mars 1964 sur les élections cantonales de mars 1964.

20 P. Baillet, Les rapatriés d’Algérie en France, op. cit., p. 22

21 L’ANFANOMA a été créée en 1956 par des pieds-noirs du Maroc et de Tunisie, au moment de l’indépendance de ces protectorats, pour assurer des mesures d’entraide aux rapatriés, puis pour défendre l’indemnisation de leurs biens laissés en Afrique du Nord. Elle a été investie, dès le rapatriement de 1962, par des pieds-noirs d’Algérie (source : E. Comtat, Les pieds-noirs et la politique, op. cit., p. 102).

22 Jean-Jacques Jordi, « Archéologie et structure du réseau de sociabilité rapatrié et pied-noir », Provence historique, fascicule 87, 1997, p. 177-188.

23 E. Comtat, Les pieds-noirs et la politique, op. cit., p. 133,

24 L. Martini, Racines de papier, essai sur l’expression littéraire de l’identité pied-noir, Paris, Publisud, 1997, p. 220.

25 AD 83, 407 W/1119, note du service des renseignements généraux du 24 janvier 1963.

26 JJ. Jordi, De l‘exode à l’exil, op. cit., p. 201.

27 Cf. AD.83, 707/1887, note du service des renseignements généraux, no 660, du 23 août 1963.

28 E. Comtat, op. cit., p. 11 : Les fondements du droit à l’indemnisation avaient été posés par l’article 3 de la loi du 26 décembre 1961 précitée (ouverture d’une allocation de subsistance d’une année, un sorte de revenu minimal et une prime de réinstallation). Le dispositif été complété par une série de lois (loi du 15 juillet 1970 prévoyant une indemnisation partielle modulée en fonction du patrimoine, les lois du 2 décembre 1974, du 2 janvier 1978, du 6 janvier 1982 et 16 juillet 1987).

29 Cf. AD 83/707W/1887, note du service départemental des Renseignements généraux no 6754- 6949L d’août 1963 « Les associations de rapatriés dans le Var ».

30 Cf. AD 83/740W/2120, note du service des Renseignements généraux de Toulon no 316/5 du 4 mai 1963 : « Synthèse sur le RANFRANOM ».

31 Anne-Marie Duranton-Crabol, Le temps de l’OAS, Bruxelles, éd. Complexe, 1995, p. 26 et 93. Le 6 février 1962, la police parisienne arrêta au domicile de l’avocat Me Pirche, sept personnes : outre l’avocat Pirche, le colonel de Sèze, commandant en 1960 du 2e régiment étranger d’infanterie en Algérie, qui avait fait l’objet, après le putsch d’avril 1961, d’une mutation disciplinaire, le commandant Casati, trois autres officiers et l’avoué Martin-Dupost. Selon la Sûreté Nationale : « Il s’agit des dirigeants de l’OAS métropolitaine en liaison directe avec Salan… l’appareil clandestin comprendrait un réseau militaire… un réseau civil chargé de l’action psychologique… à leur programme figurait l’assassinat de policiers ayant participé à la lutte contre l’OAS ».

32 AD 83/740W/2120, note de synthèse sur le RANFRANOM du service des renseignements généraux, op. cit.

33 Marc-René Bayle, Les droites à Toulon, de l’Algérie française au Front national (1958-1994), thèse de doctorat de lettres et de sciences humaines, Université d’Aix-Marseille I, 2001.

34 République du 29 mai 1963.

35 Ibid.

36 Cf. note de synthèse sur le RANFRANOM, op. cit.

37 République du 4 février 1963.

38 République du 4 février 1963 et M. Arreckx, « Toulon, ma passion », op. cit., p. 277.

39 M. Bayle, « La rupture des droites (1961-1962) », dans Les droites à Toulon, de l’Algérie française au Front national, Toulon, Les Presses du Midi, 2014, p. 91-103. La liste de Maurice Arreckx, de tendance centriste et localiste, avait été investie en 1959 par l’UNR, en défendant une ligne « Algérie française ». Le processus d’autodétermination de l’Algérie, engagé par le général de Gaulle dans son discours du 16 septembre 1959, provoqua la rupture de la municipalité Arreckx avec le pouvoir gaulliste. Henri Fabre, premier adjoint au maire de Toulon, député, démissionna de cette formation à l’occasion du référendum du 8 janvier 1961 sur l’autodétermination des populations algériennes. M. Arreckx et Jean Vitel, adjoint au maire et député, démissionnèrent de ce parti le 9 janvier 1962 et prirent position pour le « non » au référendum sur les accords d’Évian.

40 Ibid., Les députés Fabre et Vitel, proches de M. Arreckx, furent défaits par les candidats de l’UNR au premier tour des élections législatives le 18 novembre 1962.

41 François Goguel, « Le référendum du 28 octobre et les élections des 18-25 novembre 1962 », Revue française de science politique, 1963, vol. 13, no 2, p. 289 et s.

42 M. Bayle, Les droites à Toulon, op. cit., p. 141-176

43 AM. Duranton-Crabol, op. cit., p. 229.

44 Cf., AD 83 no 740W/2126, note d’information no 19066 du service régional de police judiciaire (SRPJ) de Marseille du 21 septembre 1964.

45 Ibid.

46 Jean Reimbold, Pour avoir dit non, Paris, La Table ronde, 1966, p. 51.

47 Ibid.

48 Ibid.

49 Ibid.

50 Cf. A. M Duranton-Crabol, op. cit., p. 237.

51 AD 83/740 W/2126, note du service des renseignements généraux du Var sur le SPES no 442 du 4 juin 1963.

52 Sylvie Thénault Histoire de la guerre d’indépendance algérienne, Flammarion, avril 2005, p. 249- 253 : capitaine de l’armée française, le surnom de « bachagha » signifie « haut dignitaire », ou « caïd des services civils », c’est-à-dire chef de 24 tribus arabes des beni-boudouane, situées en Ouarsenis (entre Alger et Oran) Il fut responsable de la harka de la région de l’Ouarsenis pendant la guerre d’Algérie, De 1958 à 1962, Le bachagha Boualam fut vice-président de l’Assemblée nationale de 1958 à1962, En 1962, il se retira en Camargue, à Mas-Thibert, à 18 km d’Arles. Il présida dans les années 1960-1970 le Front national des rapatriés français de confession islamique (FNRFCI).

53 Cf. Arnaud Déroulède, L’OAS-Métro, Mém. Maîtrise Univ. Paris IV, 1986, p. 209 (ses travaux ont été prolongés dans sa thèse, L’OAS, étude d’une organisation clandestine, Univ. Paris IV, 1993 et publiés dans son ouvrage, OAS, Étude d’une organisation clandestine, Curutchet, 1997).

54 AD 83/740W2126, op. cit., cette motion soutient ainsi que « Que l’intérêt du pays comme l’équité la plus évidente exigent que soit accordée l’amnistie de tous les faits en rapport quelconque avec les événements d’Algérie et antérieurs à sa promulgation ».

55 Dans le cinquième canton de Toulon (Le Mourillon, Claret), Arreckx, avec 7 207 voix, distança le candidat de l’UNR (3 337 voix), de la même manière que dans le 1er canton (Le Pont-du-Las), Jean Vitel, adjoint au maire réunissait 4 849 voix contre 3 486 pour le candidat de l’UNR.

56 AD 83/740W/2037, rapport du préfet du Var du 16 mars 1964 sur les élections cantonales.

57 République, 19 février 1965.

58 République du 19 février 1965. La liste Arreckx ne comportait qu’un seul adhérent de l’UNR.

59 République des 15 et 20 mars 1965.

60 François Goguel, « Les élections des 5 et 17 mars 1967 », Revue française de science politique, 1967, p. 436.

61 Serge Berstein « Le centre à la recherche de sa culture politique », Vingtième siècle, 1994, p. 19-24.

62 Guy Birenbaum et François Bastien, « Unité et diversité des dirigeants frontistes », dans P. Perrineau et Nonna Mayer, dir., Le Front national à découvert, Paris, Presses de sciences po, 1996, p. 97 : l’organigramme du FN dans les années 1970 comprenait nombre d’anciens partisans de l’Algérie française, tels Roger Holleindre, Bernard Antony, Roland Gaucher, Mourad Kaouah, ancien député d’Alger (1958-1962).

63 Pascal Perrineau, « les étapes d’une implantation électorale » dans P. Perrineau et N. Mayer, dir., Le Front national à découvert, op. cit., p. 38 ; Pierre Milza, « La culture politique du nationalisme français », dans Serge Berstein, dir., Les cultures politiques en France, Paris, 1999, p. 34.

64 Frédéric Delmonte, Le Front national à Toulon, mém. maîtrise d’histoire, univ. de Nice, 1996, p. 80.

65 Jean-Yves Camus, « Origine et formation du Front national » dans Nonna Mayer et Pascal Perrineau, dir., Le Front national à découvert, op. cit., p. 17-16.

66 Marc-René Bayle, Les droites à Toulon, thèse, op. cit., vol. 2, note de Jean Reimbold, p. 8

67 M. Bayle, Les droites à Toulon, op. cit., p. 429. A. Séguin (1920-1984) fut journaliste à L’Écho d’Alger, membre fondateur du Front de l’Algérie française, créé en juin 1960, après les « Barricades », il fit partie de la branche « Action psychologique et propagande » de l’OAS.

68 Alain Rollat, Les hommes de l’extrême droite : Le Pen, Marie, Ortiz et les autres, Paris, Calmann-Lévy, 1985, p. 23.

69 Yvan Gastaut, L’immigration et l’opinion française sous la Ve République, Paris, Seuil, 2000.

70 Frédéric Delmonte, Le Front national à Toulon, op. cit., p. 53.

71 Var-Matin du 19 juin 1984.

72 Pascal Perrineau, « Les étapes d’une implantation électorale », dans P. Perrineau et N. Mayer, dir., Le Front national à découvert, op. cit., p. 17-62.

73 Françoise Gaspard, « L’évolution du FN en région Centre et dans ses environs (1978-1990) », Revue politique et parlementaire, 1990, no 945, p. 62-70.

74 INSEE-PACA, « PACA un million d’habitants supplémentaires dans une génération », Sud Informations économiques, 1997, no 111, p. 7 : de 1975 à 1990, Toulon perdit 14 000 habitants. De 1982 à 1990, alors que le Var connaissait un fort accroissement de sa population (+15 %), celle de Toulon diminuait (6,5 %).

75 Jean-Paul Ferrier, « Toulon capitale… du chômage et du sous-équipement », Communes et régions de France, 1975, IX, p. 31-32.

76 Maryse Abriés-Verfaillie, « Toulon », La France des villes, le temps des métropoles, Paris, Bréal, 2000, p. 34 : L’arsenal maritime de Toulon offrait, dans les années 1970, 12 000 emplois, il n’en comptait plus que 4 000 en 2000.

77 Laurent Davezies, « Le poids des fonds publics dans le revenu des villes » dans Denise Pumain et Marie-Flore Pumain, dir., Données urbaines 2, Paris Economica, p. 337 : Dans les années 1990, Toulon comptait 71 % de son revenu de fonds publics contre 50 % en moyenne dans la strate des villes de plus de 100 000 habitants.

78 Observatoire du développement économique du Var, Diagnostic sur le marché de l’emploi, avril 1994, p. 12, non publié : En 1990, le taux de chômage de 19 % à Toulon s’établissait à un niveau supérieur à celui du Var (12,6 %) et du taux moyen national (12 %).

79 P. Perrineau, « Les ressorts du vote Le Pen », dans Philippe Habert et Colette Ysmal Colette, dir., Les élections législatives de 1988, Paris, Le Figaro, Études politiques, 1988, p. 194.

80 Luc Léandri, Implantation et gestion municipale du FN à Toulon, Mém. dipl. IEP Aix-en-Provence, 1996, p. 38-41 et José Lenzini, « L’effet Le Pen fragmente la droite varoise », Var-Matin du 26 avril 1988.

81 P. Perrineau, « Les ressorts du vote Le Pen », op. cit.

82 Jacqueline Blondel et Bernard Lacroix, « Pourquoi votent-ils FN ? » dans P. Perrineau et N. Mayer, dir., Le Front national à découvert, op. cit., p. 63-64.

83 Au premier tour de l’élection municipale de 1989, la liste de droite (UDF-RPR), conduite par François Trucy, recueillit 45,67 % des suffrages exprimés, la liste socialiste 14,80 % ; celle du PCF 9,85 % et celle du FN 20,30 %.

84 Aux élections municipales de 1983 à Toulon, le FN n’avait pas présenté de liste.

85 Benjamin Stora, La gangrène et l’oubli. La mémoire de la guerre d’Algérie, op. cit., et Le transfert d’une mémoire, op. cit., p. 147.

86 Charlie Hebdo, août 1973 : Le texte adopté recèle toutes les variantes du comportement ethnocentriste (peur de l’immigré, refus de la différence, lien avec l’insécurité) : « Ces travailleurs étrangers ont tendance à se regrouper dans certains secteurs et posent des problèmes graves de sécurité pour les Français qui y habitent. Toulon veut rester Toulon. Il est indispensable que les Toulonnais puissent y vivre tranquillement. »

87 Dagens Nyheters, 1er août 1976.

88 Var-Matin, 13 juin 1988.

89 Claude Ardid et Luc Davin, Ascenseur pour les fachos, Toulon, Plein Sud, 1995 ; Virginie Martin, Toulon la noire, le Front national à Toulon, Paris, Denoêl, 1995 ; Marc Bayle, Le Front national, ça n’arrive pas qu’aux autres, Toulon, Plein Sud, 1995 ; Jean Viard, dir., La nation ébranlée, l’urgence de comprendre : Toulon, Orange, Marignane, La Tour d’Aigues, éd. de l’Aube, 1996.

90 Jean-Marie Chombart, « Des procédures judiciaires inachevées », Var-Matin du 22 mars 2001 : le 1er août 1994, Arreckx avait été mis en examen et écroué pour corruption passive et active. En avril 1988, le Tribunal correctionnel de Toulon le condamna à deux mois de prison et 1 million de francs d’amendes. Il effectua 400 jours de prison. Arreckx décéda le 21 mars 2001.

91 Benjamin Stora a décrypté le poids de la mémoire de la guerre d’Algérie sur la scène politique française, en raison de la présence des pieds-noirs, de la continuité de « l’esprit OAS ». Il a vu dans le retour de l’extrême droite, au cours des années 1980, l’apparition d’une mémoire de la revanche, opérant l’amalgame entre guerre d’Algérie, immigration et exclusion. Le Front national a réactivé cette mémoire (Le transfert d’une mémoire, op. cit., p. 71-99).


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