Toulon de 1870 à 1914
Naissance d’une politique démocratique et sociale
p. 51-66
Texte intégral
1L’installation de la République à Toulon en 1870 est le résultat de l’œuvre des Républicains avancés dont la volonté était de mettre un terme à l’Ancien Régime et installer une république démocratique et sociale. Dans ses travaux, Maurice Agulhon1 décrit admirablement le cheminement des Républicains avancés depuis le 10 août 1792, faisant passer la ville de l’extrémisme « blanc » à l’extrémisme « rouge » au cours du xixe siècle. Après le 4 septembre 1870, avec l’installation de la IIIe République, cette coloration politique devint majoritaire à Toulon jusqu’en 1914.
2Les Toulonnais ont été séduits par l’idéal républicain et ont rapidement adhéré aux idées nouvelles. Les mentalités et les comportements de la population toulonnaise ont peu à peu été transformés. L’instruction a été le moteur fondamental des municipalités dirigées par des hommes qui connaissaient le fort pouvoir de cette institution sur les populations2. Les premiers maires de la IIIe République ont été novateurs dans ce domaine, bien avant les lois de Jules Ferry. L’enracinement de la culture républicaine passe également par une volonté de réduire le monopole de l’Église. Ces changements ont été apportés par des éléments extérieurs à Toulon, venus avec des idées nouvelles, pour modeler une population dominée par un fort tempérament méridional, des radicaux, puis des socialistes.
Naissance de la tradition républicaine avancée
3Le 10 août 1792, les Jacobins instaurèrent à Toulon une république démocratique, à l’instar de quelques villes de France. Toulon connut ainsi « une radicalisation qui plaça la ville à la pointe extrême de la révolution3 ». Cet élan fut freiné après Thermidor par la bourgeoisie possédante, inquiète à l’égard des sans-culottes qui pouvaient contester par la violence une autre forme d’inégalité, celle de la richesse.
4Mais il fallut attendre la révolution de 1848 pour voir le véritable élément fondateur de la tradition républicaine dans le port de guerre. Le « parti républicain » avait subsisté de façon souterraine après 1815, tenu en laisse par les ultraroyalistes. En 1848, l’apport de populations immigrées, attirées par le développement de l’arsenal, avait joué un rôle important dans la mise en place de ce parti « rouge » qui s’insurgea du coup d’État de Napoléon III. Les recensements des ouvriers de l’arsenal montrent une importante population venant d’autres départements méridionaux, de Corse notamment mais aussi d’Italie. Cette résistance en 1851 constitua, en effet, l’autre élément fondateur de la tradition républicaine à Toulon, même si le soulèvement n’eut pas lieu dans le port de guerre. Émilien Constant a retracé le parcours de ces Républicains durant tout l’Empire4.
5Dès l’annonce de la République, le 4 septembre 1870, la bourgeoisie démocrate, prenant la place de la bourgeoisie possédante, relayée par des éléments populaires, s’empara du pouvoir municipal, bien décidée cette fois à défendre la république démocratique et sociale, seule capable de donner au peuple satisfaction dans ses revendications sociales. Toulon fut, entre 1870 et 1914, un des bastions de cette reconquête, même si des résistances freinèrent parfois le mouvement.
6Le premier maire toulonnais de la IIIe République, Noël Blache5, était un jeune avocat toulonnais (le seul maire originaire de la ville du début de la IIIe République) descendant d’une famille républicaine et saint-simonienne. Le 4 septembre, il fut nommé maire de la ville par le gouvernement de Défense nationale sur la base de la loi du 22 juillet 1870 qui obligeait à choisir le maire parmi les membres du conseil municipal6. Noël Blache, « républicain de la veille », était aussi « un résistant de 18517 » et avait rédigé en 1869 L’Histoire de l’insurrection du Var en décembre 1851.
7Noël Blache ne garda pas plus d’un mois ses fonctions de maire car dès le 5 octobre, Gambetta le nomma administrateur de la Défense nationale dans les Alpes-Maritimes. Un mois plus tard, après son départ, un autre avocat fut nommé, Vincent Allègre8, qui fut élu par les membres du conseil par 25 voix sur 33 votants, sans même avoir été présent le jour de l’élection, le 5 octobre 1870. Vincent Allègre, né à Six-Fours, était descendant d’une vieille famille provençale. Il était déjà connu par les membres du conseil car en 1867, et avait donné sa démission en même temps que l’ensemble de la fraction démocratique du conseil. Puis il devint aussitôt conseiller d’arrondissement pour le canton d’Ollioules et conseiller général de La Seyne en 1869. Son élection fut confirmée par le pouvoir exécutif, par l’intermédiaire du préfet Paul Cotte. Son conseil était composé de professeurs, avocats, médecins, négociants, publicistes et même un ouvrier du port9. Après avoir fait ses études à Toulon, Vincent Allègre est devenu avocat à Aix en 1857. Lui aussi a un passé de conseiller municipal dans le camp des opposants à Audemar durant l’Empire libéral.

Noël Blache (8.4.1842-7.3.1920), VAR Dictionnaire, annuaire et album, Paris, Flammarion, 1902.
8Toulon marquait ainsi sa volonté d’asseoir très tôt la République alors que la France hésitait encore dans ses choix politiques. Les bouleversements nationaux freinèrent cet élan. L’élection d’un conservateur, en 1873, entraîna quelques transformations dans les communes républicaines. En effet, le président Mac-Mahon n’était pas partisan de la démocratie.
9En février 1874, Vincent Allègre fut contraint de résilier la fonction de maire. L’année précédente, à Paris, l’Assemblée avait renvoyé Thiers et l’avait remplacé par le légitimiste Maréchal de Mac-Mahon. Ce dernier confia la direction du gouvernement au duc de Broglie qui mit en place un régime d’Ordre Moral, appuyé par l’armée, l’Église et les notables. La loi du 20 janvier 1874 autorisa le gouvernement à prendre les maires et les adjoints en dehors du conseil municipal10. Vincent Allègre fut remplacé en février 1874 par l’amiral Martin de Roquebrune11, un conservateur alors âgé de 65 ans, entouré de trois adjoints choisis parmi la fraction conservatrice de la ville. La droite toulonnaise s’en réjouit publiquement à travers le journal La Sentinelle du Midi12. En signe de protestation, Vincent Allègre, devenu simple conseiller municipal, se retira avec quelques autres de ses collègues, notamment Henri Dutasta13. Le conseil ne pouvant plus fonctionner fut alors suspendu quelques mois et une commission municipale de dix-neuf personnes fut mise en place par le gouvernement, en attendant les élections municipales suivantes14.
10L’école fut le premier ciment à l’installation de la République15. Les radicaux toulonnais ont enraciné la démocratie et le régime républicain en créant dès 1871 des écoles primaires laïques et gratuites, alors que de nombreuses villes de France attendent la date des premières lois scolaires de Jules Ferry de 1881-1882. Cette œuvre a été complétée par les socialistes dans le but d’assurer la promotion des classes populaires. Chaque maire fit avancer cette cause. Noël Blache, défenseur des idées laïques, présida le Comité de la Ligue de l’Enseignement « pour le développement de l’instruction et de l’éducation des deux sexes16 ». Son successeur, Vincent Allègre, dès le 2 août 1871, demanda au conseil municipal de confier « tous les établissements d’instruction primaire à des instituteurs et des institutrices laïques à partir du 1er octobre 187117 », suivant ainsi les recommandations de la Ligue de l’Enseignement18.
11Le 21 janvier 1875, de nouvelles élections mirent à nouveau en place un conseil à majorité républicaine mais Mac-Mahon confirma Martin de Roquebrune. Quelques conseillers municipaux manifestèrent leur désaccord en n’assistant plus aux séances du nouveau conseil. Henri Dutasta faisait partie des conseillers mécontents de l’arrivée de Martin de Roquebrune et du retour à l’Ordre Moral. S’il ne démissionna pas, il n’assista pratiquement jamais aux réunions du conseil municipal durant ce mandat.
12Les premiers pas vers une démocratisation de l’instruction publique furent freinés par la municipalité de Martin de Roquebrune qui avait entrepris de gérer la ville comme un budget familial, en réduisant au maximum les dépenses afin de préserver la population de nouvelles charges. Les premières restrictions concernaient l’éducation, la culture et les loisirs, qui n’étaient pas reconnus comme indispensables à la vie de la cité. Pour le nouveau maire, l’instruction devait être payante, à la charge des familles et non de la commune. De plus, pourquoi imposer aux familles une instruction laïque ?
L’ère radicale
13L’année 1876 marqua un nouveau tournant politique à Toulon, comme en France. La Chambre des députés comptait une majorité de républicains qui avaient reçu l’appui de ce que Gambetta appelait « les couches nouvelles » de la société (commerçants, fonctionnaires, petits entrepreneurs, médecins)19. Ces élections provoquèrent un nouveau bouleversement du personnel administratif de la ville et du département. À Toulon, les républicains de gouvernement, pour se concilier les faveurs des radicaux, nommèrent un maire républicain à Toulon, Jules Lafay20, natif de Draguignan (7 juillet 1812). Le choix de ce lieutenant colonel d’artillerie de Marine à la retraite, ancien sous-directeur à l’arsenal, n’était pas du goût des conservateurs toulonnais. Deux jours plus tard, le sous-préfet et le préfet furent également remplacés par des radicaux. Une nouvelle loi, du 12 août 1876, rétablit la désignation du maire et des adjoints par le conseil municipal pris parmi ses membres. Jules Lafay fut confirmé à son poste. Dès sa prise de pouvoir, il congédia tous les employés hostiles à la République.
14À partir de 1878, c’est un Bordelais, Henri Dutasta21, qui prit les commandes de la ville. Son mandat et celui de ses successeurs marqueront Toulon pour une quinzaine d’années.
15Dutasta appartenait, par sa naissance et sa formation, à la petite bourgeoisie. Il entra très jeune dans l’enseignement, après des études à l’école Sainte-Barbe à Paris, puis à l’École Normale et reçut sa première affectation de professeur de philosophie au lycée de Cahors en 1866 à l’âge de 23 ans. Deux ans plus tard, le ministère de l’Instruction publique le nomma à Toulon. Ce tout jeune professeur s’investit précocement dans les affaires politiques de Toulon. Dès 1871, il fut nommé conseiller municipal par le faubourg du Mourillon, où il avait fondé un cercle politique où il donnait des conférences22. Son ministère jugea que la fonction municipale était incompatible avec celle d’enseignant et décida de le remplacer. Muté à Carpentras, il refusa de quitter la ville portuaire, ce qui entraîna sa révocation23.

Henri Dutasta (12.12.1843-14.07.1889), L’illustration, 18 mai 1181.
16Le 6 février 1878, il fut nommé maire de la ville par le gouvernement qui ratifiait ainsi le choix exprimé par les membres du conseil municipal. Il était pourtant septième sur la liste des conseillers municipaux. En fait, le pouvoir exécutif ne faisait que ratifier le choix exprimé par les membres du conseil municipal qui l’avaient choisi à bulletin secret24.
17Dutasta s’entoura de conseillers dignes de confiance et avait prévu d’empêcher toute tentative d’infiltration de l’opposition dans son conseil en faisant signer à chaque conseiller municipal un « engagement républicain25 ». Il fut réélu aux élections municipales de 1882 et de 1886.
18Henri Dutasta poursuivit les actions des premiers maires républicains. Lors de son discours d’installation en 1878, il énonça son programme local, où deux priorités émergèrent : « améliorer les conditions hygiéniques de notre cité » et « en préparer la prospérité future26 ».
19Dutasta se démarqua très tôt par ses idées sociales au sein du conseil municipal et se montra favorable à l’instruction des classes populaires. Dès 1870, lors de son allocution clôturant le concours académique, il déclarait : « Souvenez-vous qu’aujourd’hui plus que jamais, votre pays a besoin d’intelligences éclairées27 ». Lui-même, issu de ces « couches nouvelles », militait dans la Ligue de l’Enseignement. Il conclut : « Ce qui est dangereux, c’est un peuple sans instruction. Instruisez-le, vous le désarmez28. » Il considérait en effet qu’une société démocratique devait se construire avec un peuple instruit, apte à connaître ses devoirs et ses droits. L’enseignement laïque et gratuit n’était pas encore inscrit dans la loi que Dutasta en fit appliquer les principes à Toulon. Délégué à l’instruction publique dans la municipalité Vincent Allègre, il organisa l’instruction sur les préceptes de la Ligue de l’Enseignement. Il préconisa en effet non seulement la nécessité de l’instruction du peuple, mais une instruction laïque et gratuite. Son œuvre d’émancipation populaire devait permettre à la population toulonnaise de prendre part à la vie politique de la ville par le biais du suffrage universel. Dutasta était en avance sur les opportunistes.
20Il convient également de mettre l’accent sur l’enseignement primaire supérieur. Dans ce domaine également, Dutasta se démarquait par son avance sur le gouvernement. L’enseignement primaire supérieur était donné à Toulon depuis 1835 selon les termes de la loi Guizot du 18 juin 1833. Mais la concurrence entre l’Église et la municipalité entrait en défaveur de cette dernière, principalement en raison du manque de soutien financier de la ville. L’école publique, par insuffisance d’élèves, dut fermer ses portes en 1850. Dutasta relança la question dès 1871. Le projet ne fut réalisé qu’en 1882 grâce à la fortune léguée par ce généreux donateur. La construction de l’École Rouvière en 1882, rendue possible grâce à la générosité d’un mécène marseillais vivant à Toulon depuis vingt ans. Gustave Rouvière (1823-1878), légua en effet sa fortune à la municipalité en vue de la construction d’un établissement scolaire destiné aux populations sociales nécessiteuses. Quatre ans plus tard, la loi Goblet fixait le statut des écoles primaires supérieurs et apportait son aide financière aux communes.
21La lutte contre l’Église catholique fut le second ciment à l’installation de la République. Toulon, comme la Provence, était profondément catholique, bien que depuis 1791 le catholicisme n’était plus religion d’État29. L’anticléricalisme de Dutasta, qui lui avait valu son déplacement à Toulon en 1871, montrait « qu’il n’était décidé en aucune façon à composer avec la religion30 ». Il prônait l’enseignement laïque pour soustraire les enfants à l’influence du clergé catholique qui avait soutenu les monarchistes. Dès que Dutasta fut élu maire, il appliqua à la ville ses idées. Il y fit interdire les processions31 et enlever tout symbole religieux dans les établissements scolaires et les lieux publics. L’affaire de la croix du cimetière de Toulon fit grand bruit au niveau national. Il semblerait qu’il avait été influencé par la décision prise par M. Magglioni, maire de Marseille, qui, en mai 1878, avait fait interdire les processions dans sa ville32. Cependant, il attendit que la loi du 28 juillet 1881 sur l’obligation du caractère confessionnel des cimetières lui en donna la possibilité. Durant le mois de juin 1883, Dutasta donna l’ordre d’enlever la grande croix en bois qui était dans l’enceinte du cimetière de Toulon depuis 1820. Les catholiques organisèrent une souscription pour faire construire une croix en fer de dix mètres de hauteur, mais le maire ne voulait pas la remplacer, arguant la neutralité qui était la garantie même de la liberté de conscience, et que s’il autorisait le remplacement de la croix c’était « affecter officiellement une préférence pour tel ou tel culte en érigeant sur le sol municipal des symboles destinés à proclamer la supériorité d’une religion sur une autre33 ».
22Le troisième ciment était constitué par la diffusion des arts et des lettres afin de permettre à chacun de s’ouvrir à ces domaines autrefois réservés à l’élite de la société. L’objectif était d’exalter les valeurs du régime à travers des œuvres républicaines. Vincent Allègre avait des instincts de littérateur mais également d’artiste. En 1873, « il négocia avec un mécène pour la cession au musée de la ville de vingt toiles de grande valeur de Tintoret, Poussin, Corrège, Largillière, Callot34 ». Amateur d’art, il prit également l’initiative, cette même année 1873, d’organiser, avec le concours de l’Académie du Var, une exposition des Beaux-Arts et un concours littéraire à l’intérieur de l’Exposition agricole du Midi qui se déroulait à Toulon. Cette exposition obtint un grand succès populaire35.
23Mais il fallait aller plus loin afin d’offrir à la population un accès direct à la pratique des arts et des lettres. Henri Dutasta donna une forte impulsion à « L’Atelier des beaux-arts » dirigé par un groupe de jeunes artistes désireux d’enseigner leur art au plus grand nombre et concurrencer l’école de sculpture et de peinture de la Marine. Parallèlement, il s’attacha à créer l’œuvre de sa vie, encore visible aujourd’hui, le musée-bibliothèque sur le boulevard de Strasbourg, destiné à regrouper toutes les œuvres d’art et tous les livres éparpillés dans divers bâtiments municipaux, afin de les rendre accessibles au plus grand nombre. La municipalité Dutasta était également intervenue en nommant les directeurs des établissements culturels et politiques : théâtre, musée, bibliothèque, conservatoire de musique, ainsi que l’école des Beaux-Arts.
24Pour favoriser l’alphabétisation, Dutasta soutient la prise en main par l’élite républicaine de la presse, grande ou petite, à commencer par Le Petit Var, créé par lui-même dans l’objectif de contrebalancer la presse conservatrice, représentée par La Sentinelle du Midi, mais aussi de permettre à la classe ouvrière de perfectionner son apprentissage de lecture par la production de feuilletons au rez-de-chaussée de chaque journal. Le Petit Var, dont le premier numéro paraît le 22 septembre 1880, date anniversaire de la Première République, soutiendra son action durant tout son mandat. Ce sera l’organe du parti radical du département. Le journal a été créé un an avant la loi du 29 juillet 1881 de libéralisation de la presse. Dutasta était donc soumis à un droit de timbre important. Les différents textes autorisant la publication de journaux dès le 5 septembre 1870 ont supprimé le droit de timbre et le cautionnement pour les journaux paraissant une à deux fois par semaine, d’où leur multiplication à Toulon.
25Dutasta fut un maire qui se dépensa sans compter, tout dévoué à ses administrés. Ses nombreux voyages à Paris pour défendre les intérêts de la ville le fatiguèrent au point qu’il finit par mourir d’épuisement à la tâche36. Son anticléricalisme ne se limita pas à des actions dans la vie municipale mais aussi dans sa vie privée : chacun de ses enfants décédés avait fait l’objet d’un enterrement civil. Lui-même eut droit, à sa demande, à des obsèques civiles. Il resta longtemps dans la mémoire des Toulonnais « l’organisateur du parti radical dans le Var et l’infatigable défenseur des principes démocratiques37 », combattant toute son existence pour la République.
26L’œuvre de Dutasta fut considérable. Sur les quatorze chantiers projetés, six furent cependant réalisés, mais non des moindres : l’approvisionnement en eau potable, l’assainissement, la construction de nouvelles écoles et du musée bibliothèque, la mise en service du boulevard de la Mer et des lignes de tramway38.
27Après la mort de Dutasta, plusieurs « maires de transition39 » furent élus. Les hommes qui lui succèdent immédiatement n’avaient pas son envergure ni son charisme et sont tous issus de la Marine (artillerie, infanterie et pharmacie). La « grande muette » ne pouvait intervenir officiellement dans les affaires municipales. Il fallut attendre la retraite de quelques officiers, généralement sortis du rang, pour tenter la course à l’hôtel de ville, sachant que les ouvriers de l’arsenal votent globalement socialiste. Les mandats de ces officiers furent écourtés pour des raisons politiques ou privées, et Marius Touzet40, premier adjoint, se chargea chaque fois de l’intérim, dont une première fois en 1888 à l’âge de 76 ans. Après ce court intérim, Marius Touzet se porta candidat au second tour des élections complémentaires du 6 mai 1888 sur la liste du « comité fédéral radical socialiste » et obtient une majorité de voix (3 843) sur 15 748 inscrits et 7 264 votants41. Mais le conseil nomma Alphonse Fouroux, le 22 mai 1888, probablement en raison de son plus jeune âge (trente ans). Fouroux avait été enseigne de vaisseau dans la Marine dont il démissionna en 1887 pour se lancer dans la politique, d’abord comme conseiller général dans le canton ouest de Toulon. Les radicaux toulonnais le placèrent à la tête de la ville. Il reprit le programme politique de Dutasta. Mais son mandat fut suspendu par une sombre affaire d’adultère, d’avortement et de dénonciation, sur fond de chantage et de plainte. Il fut arrêté et emprisonné sur ordre du procureur général d’Aix42.
28Après un nouvel intérim de Touzet, Gaspard Richard43, originaire de la Meurthe, fut nommé maire. Né d’un père républicain, lui-même profondément attaché à la jeune République dont il avait salué, en 1871, la triomphante aurore, Gaspard Richard était chef de bataillon d’infanterie de marine en retraite. Il n’était pas destiné à la politique, mais après le scandale que venait de vivre la ville, il fallait mettre à sa tête un homme différent. Son programme était sensiblement le même que celui de ses prédécesseurs, mais il désirait aussi satisfaire aux revendications démocratiques et sociales portées par la classe ouvrière toulonnaise et se préoccupa d’assurer des revenus aux femmes des employés municipaux décédés44. Gaspard Richard œuvra lui aussi pour l’amélioration des écoles laïques, notamment celles des faubourgs.
Les républicains socialistes contre les nationalistes et les réactionnaires
29Après le 16 mai 1877 et la crise boulangiste45, puis les tentatives ratées des cléricaux et des réactionnaires, la République commençait à devenir solide. Les élections de mai 1892 avaient permis à nouveau d’enregistrer un succès important à l’actif de la République. Les groupes politiques républicains s’imposent désormais sur les réactionnaires. Aux municipales, ils ont assuré la majorité dans 357 chefs-lieux contre 14 pour les réactionnaires. Ils ont gagné des mairies dans l’Orme, le Loiret (Caen), à Nantes où les succès républicains ont dépassé les espérances, dans le Finistère et sur presque toute la côte bretonne, de même que dans le Maine-et-Loire et dans tous les départements de l’Ouest.
30Toulon fait partie de ces communes où la République était déjà solidement installée. À partir de 1892, les socialistes prennent les commandes de la ville. Aux élections municipales, le républicain socialiste Théophile Sambuc, pharmacien de la Marine âgé de 58 ans46, fut élu sans difficulté au détriment de la liste radicale de Gaspard Richard. Après seulement quelques mois dans ses fonctions, il se vit toutefois contraint de démissionner suite à une mauvaise gestion des fonds municipaux. Il avait tenté de rétablir un projet d’assainissement très coûteux pour la ville, que son prédécesseur avait abandonné. Son comportement d’homme d’affaires fut immédiatement sanctionné.
31Après le court intermède du fonctionnaire de Marine Eugène Simond, entre le 22 décembre 1892 et le 5 juin 1893, Prosper Ferrero devint maire, confirmant ainsi la domination socialiste de la ville, à un moment où la République devenaitt radicale.
32Prosper Ferrero était né à Marseille le 25 décembre 1859, mais il avait suivi ses études au lycée de Toulon. Ce fils d’un publiciste savoisien suivit les pas de son père. En 1891, il devint rédacteur en chef du Petit Var, fonction qu’il occupa jusqu’en 1909. Élu membre du conseil municipal en 1892, il adhéra l’année suivante au Parti Socialiste de France de Jules Guesde47. Face aux menées réactionnaires et cléricales du parti conservateur toulonnais, il affirma son attachement aux institutions démocratiques et proclama les principes de l’autonomie communale et de la laïcisation des hospices48. Prosper Ferrero fut le réel prolongateur des idées de Dutasta. Il se préoccupa, en effet, de poursuivre la construction d’écoles dans les quartiers qui en étaient dépourvus. Il fit également approuver par le ministre la construction d’écoles mixtes à la Loubière, aux Routes et au Pont-de-Bois. Mais aux élections municipales complémentaires des 13 et 20 juin 1897, « la réaction bourgeoise avait pris le pas sur le parti ouvrier49 ». Ferrero, une fois l’opposition entrée en son conseil avec quatre membres, décida de ne pas achever son mandat et donna sa démission le 3 juillet 1897, suivi par les trente-cinq conseillers municipaux appartenant sa liste du comité d’action républicaine50.
33Ferrero n’abandonna pas pour autant la politique puisqu’il se présenta avec succès aux élections législatives du 16 mai 1898. Il fut réélu en 1902 et à nouveau en 1906. Défait en 1910, il se retourna alors vers la fonction de conseiller général de Toulon ouest qui lui fut confiée en 1914. Malgré sa robuste constitution physique, il décéda relativement jeune, à l’âge de 68 ans, le 18 octobre 1927 dans sa propriété des Routes, quartier où fut créée une des premières sections toulonnaises du Parti ouvrier français qui précéda, sous la houlette de Guesdes, le Parti socialiste français.
34Après la démission de Ferrero en 1897 s’ouvrit une période de sept années dominée par les nationalistes. Les socialistes n’avaient plus la majorité. Une délégation municipale51 fut mise en place, nommée par le président de la République par décret du 1er juillet, avec Verdier comme président52, dans l’attente des prochaines élections, prévues pour le 25 juillet 1897.
35Après cet intermède, deux officiers s’installèrent à l’hôtel de ville, des conservateurs qui ont profité des divisions de la gauche. La situation locale faisait écho au contexte national où à l’agitation anarchiste répondait un glissement à droite de l’opinion. Les élections du 25 juillet 1897 placèrent donc Henri Pastoureau à la tête de la municipalité. Alors que le Var confirmait l’orientation à l’extrême gauche, Toulon passa aux mains d’un conservateur nationaliste. Sa mort le 22 février 1900, à la suite d’une grippe, vint interrompre son mandat. Mais un autre fonctionnaire de Marine de même tendance, Victor Micholet53, lui succéda. La liste, cléricale et nationaliste, fut élue à une majorité d’environ 600 voix alors que dans d’autres communes environnantes, à La Seyne-sur-Mer, La Garde ou encore La Valette, des républicains socialistes l’emportaient. L’arrivée des radicaux au gouvernement en 1902 ne changea rien dans la situation toulonnaise.
36Les dépenses en matière scolaire furent à nouveau freinées par la municipalité Micholet qui, tout comme Martin de Roquebrune, se désintéressait de tout ce qui concernait la culture. Micholet ne prévoyait pas non plus de la construction de nouvelles écoles, dont les projets avaient été établis par les précédentes municipalités.
37C’est sous la municipalité nationaliste de Victor Micholet que parut la loi du 1er juillet 1901 prévoyant la fermeture des établissements dirigés par les congrégations non autorisées. Celles-ci tentèrent en vain d’obtenir du ministre de l’Instruction publique l’autorisation prévue par les articles 13 et 18 de cette loi pour les établissements qu’elles possédaient à Toulon. La municipalité Micholet n’a rien fait pour se mettre en conformité avec le texte de 1901. Il ne procéda à aucune fermeture d’établissement et les congréganistes se maintinrent encore quelques années, jusqu’à la loi du 7 juillet 1904.
38La municipalité nationaliste récolta les lauriers du travail fourni par Henri Dutasta en matière de beaux-arts. Une « École municipale de dessin Grandjean » fut créée en 1899, dont le nom fut donné en reconnaissance au généreux donateur qui légua sa fortune à sa ville de naissance qui avait subventionné ses études artistiques à Paris54. C’est également sous la même municipalité Pastoureau que fut créée une école de musique en 1900, dont le projet avait été élaboré de longue date. Cette école répondait à un vœu exprimé par les citoyens. La municipalité souhaitait qu’elle soit rattachée au théâtre pour permettre de rendre meilleure l’exécution des œuvres musicales55 et devint conservatoire municipal.
39Aux élections de 1904, Victor Micholet fut battu par la liste socialiste menée par Marius Escartefigue. La poussée nationaliste issue de la réaction aux attentats anarchistes prend fin, le socialisme reprend sa course.
40Originaire de Marseille, Marius Escartefigue56 commença sa carrière politique en 1900 à La Seyne-sur-Mer où il fit campagne pour soutenir Louis Martin, candidat à la succession du député de la deuxième circonscription de Toulon, Georges Cluzeret, récemment décédé. Après le succès de Louis Martin, Escartefigue fut nommé secrétaire général de la mairie.
41Le 8 mai 1904, sa liste fut élue tout entière dès le premier tour à une majorité considérable, 8 500 suffrages par une population qui comptait alors 100 000 habitants. La Fédération socialiste, sous l’impulsion du député Ferrero, commençait à gagner la population ouvrière de Toulon. À 32 ans, Escartefigue rétablissait une municipalité socialiste et républicaine. « Toulon vient de se débarrasser du nationalisme clérical » disait-il lors de discours d’installation en mai 190457. Escartefigue fut réélu maire par 35 voix sur 36, le 3 mai 1908, sous l’étiquette « républicain socialiste », même s’il avait été exclu du parti SFIO en 1907 pour avoir soutenu le futur sénateur radical Georges Clémence.
42Escartefigue dota lui aussi la ville de réalisations considérables. Il voulait être « le maire de tous », il devint « le maire des écoles58 ».
43Trois mois à peine après son élection, et seulement un mois après la publication de la nouvelle loi interdisant l’enseignement aux congrégations, dans la séance du 20 août 1904, Escartefigue confirma son attachement aux idées républicaines et socialistes et précisa sa politique de grands travaux, dont les plus importants furent de privilégier les projets de construction de groupes scolaires et d’écoles mixtes, particulièrement dans les quartiers éloignés des écoles existantes, car les habitants de certains quartiers avaient signé des pétitions pour éviter que leurs enfants fassent trop de chemin à pied59. Ces établissements furent construits pour accueillir le millier d’enfants provenant de ces écoles (1 600, dont 1 000 environ pour les quartiers excentrés) que la loi du 7 juillet 1904 renvoie dans les écoles publiques. La loi de 1904 accordait aux communes un délai de dix ans pour procéder à cette suppression afin de répartir les dépenses de l’État et des communes résultant de l’ouverture de nouvelles écoles ou classes publiques. Marius Escartefigue ne mit que cinq ans pour assurer l’admission dans les locaux scolaires publics de tous les élèves des établissements congréganistes supprimés.
44Le Pont-du-Las et les Routes furent alors dotés chacun d’un groupe scolaire, de même que les quartiers du Temple et du Cap Brun. Mais « le maire des écoles » ne s’arrêta pas en si bon chemin. Le mois suivant, au cours de la séance du 16 septembre 1904, furent adoptés les projets de construction de sept écoles mixtes, de trois écoles maternelles et d’une institution de sourds-muets60. Ces écoles furent construites grâce à des emprunts autorisés par décret d’utilité publique. Treize de ces groupes scolaires furent inaugurés en février 1907 par Georges Clémence, père spirituel d’Escartefigue, devenu, en 1896, président du Conseil. « L’exécution des lois laïques républicaines trouvent dans le conseil municipal de Toulon des collaborateurs dévoués » disait Clemenceau le 7 février 1907 lors de cette cérémonie61. Toujours dans le même domaine, il faut signaler la création en 1904 d’une œuvre de bienfaisance dite « la Goutte de Lait » qui permettait de fournir gratuitement aux parents aux revenus trop modestes une alimentation convenable62.

Marius Escartefigue lors de son second mandat de 1929 à 1944, Var Matin, 11 novembre 1957.
45Escartefigue décida de faire procéder à la transformation du conservatoire municipal en école nationale de musique, ce qui permit de faire bénéficier cet établissement de subventions de l’État.
46En 1908, il dut démissionner à la suite d’une campagne de presse féroce de la droite contre son projet de transformation de l’approvisionnement en électricité de la ville. Escartefigue avait décidé de supprimer le monopole accordé à la Compagnie du Gaz en 1881 et de remplacer l’éclairage au gaz par un éclairage électrique. Mais la population n’accepta pas que la ville renonce à exploiter le service de l’électricité pour le confier à un entrepreneur privé qui en récolterait les bénéfices.
47Escartefigue montra rapidement son attachement aux idées républicaines et socialiste. Maire SFIO en 1904, il rompit avec la Section française en 1907 par refus de l’internalionalisme. Il fut, après la Grande Guerre, à nouveau élu maire de Toulon de 1929 à 1940 sous l’étiquette politique de droite (radicaux indépendants). Escartefigue constitua ainsi une personnalité complexe, un « paradoxe toulonnais63 ». Après cette démission, il appartenait au ministère de désigner une délégation spéciale dans l’attente des prochaines élections. Celles du 23 décembre 1909 désignèrent un nouveau maire, Joseph Gasquet, ancien directeur de l’école Rouvière64. Tout était à craindre d’un retour à une période réactionnaire. Gasquet s’était en effet présenté sur une liste réactionnaire, présidée par le curé Gabriel Reynaud, liste soutenue par les journaux la République du Var, la Croix et le Petit Marseillais. Mais dès le 25 décembre, Joseph Gasquet et son premier adjoint se déclarèrent admirateurs du président Fallières et d’Aristide Briand qui avait soutenu et défendu le projet de loi sur la séparation de l’Église et de l’État. Ces professions de foi républicaines et tacitement anticléricales étaient étonnantes venant d’hommes appartenant à un groupe plutôt ultramontain. Le sous-préfet de Toulon dira de lui que c’est un homme « trop âgé pour être vraiment énergique, trop dépourvu de culture générale pour être brillant […] mais sera un maire honnête, robuste, travailleur, dévoué corps et âme aux intérêts de la ville65 ».
48Le successeur de Marius Escartefigue poursuivit dans la voie avec la construction de nouveaux établissements en 1910, cinq classes dans les écoles de garçons du Mourillon, les Trois quartiers, la Rivière neuve, le Pont-Neuf et la Serinette, pour répondre aux obligations de la loi de 190466.
49Après la période socialiste de Marius Escartefigue et radicale-socialiste de Joseph Gasquet, Victor Micholet retrouva son siège de maire en 1912, assurant sa victoire sur la liste SFIO dirigée par Émile Claude (qui sera maire de Toulon de 1919 à 1929) et la liste radicale dirigée par Jean-Baptiste Abel. Bien que les socialistes furent fortement soutenus par le journal le Petit Var et par le député Prosper Ferrero, la droite revint au pouvoir municipal, en raison d’un fort abstentionnisme. Dans le département, de nombreuses municipalités socialistes succèdent à des municipalités clemencistes67.
Conclusion
50En quarante-quatre ans, Toulon connut une mutation des mentalités, grâce à un changement radical du statut des dirigeants locaux. À partir de 1870, un certain particularisme s’est manifesté dans le port de guerre grâce à cette élite intransigeante généralement venue de l’extérieur, qui réitéra le principe de souveraineté populaire annoncé par la Révolution et qui s’est donné les moyens de le mettre en application. Le poids de cette élite a été décisif dans la substitution des institutions en place avant Sedan. Héritiers de la tradition jacobine, les radicaux toulonnais mirent en place une République qui autorisait la population tout entière à l’accès aux savoirs et aux loisirs68, avec l’appui des différentes lois votées par le gouvernement sur l’enseignement et la laïcisation des institutions. Ils furent unanimes sur leurs grands objectifs : l’enracinement de la démocratie, la lutte contre l’influence du clergé catholique, la création d’un réseau d’écoles primaires, laïques et gratuites. Cet engagement est tenu par les municipalités d’abord radicales, puis radicales-socialistes et enfin socialistes qui placent Toulon en situation très avancée par rapport au reste de la France. L’idéal démocratique fut un pari réussi à Toulon grâce à ces municipalités intransigeantes et avec le soutien de la population.
51Les différents programmes municipaux prévoyaient toute une série d’autres mesures destinées à procéder à l’éducation du peuple par lui-même. Au-delà de l’instruction et de l’éducation du goût, dont la presse se faisait l’écho, une culture populaire apparaît, en concordance avec le mouvement national de démocratisation de la culture, avec ses sociétés musicales et sportives, mais aussi ses fêtes et ses loisirs. Toulon occupait désormais une nouvelle place culturelle, tant dans la région qu’en France et se démarquait à la fois des autres ports militaires qu’étaient Brest et Cherbourg, plus conservateurs, mais aussi des villes industrielles et commerciales comme Marseille et Lyon, des villes de loisirs (Hyères, Nice) et universitaires (Aix-en-Provence, Montpellier).
Notes de bas de page
1 Maurice Agulhon, Un mouvement populaire au temps de 1848. Histoires des populations du Var dans la première moitié du xixe siècle, thèse de doctorat ès lettres, Université Paris - Sorbonne, juin 1969 et La République au Village, Paris, Le Seuil 1979.
2 Antoine Prost, Histoire de l’enseignement en France 1800-1967, Paris, A. Colin, 1968, p. 183.
3 Maurice Agulhon, Histoire de Toulon, Toulouse, Privat, 1985, p. 165.
4 Émilien Constant, Le département du Var sous le Second Empire et au début de la IIIe République, thèse de doctorat ès lettres, Université de Provence, 1977, p. 1475.
5 Noël Blache, né le 8 avril 1842 à Toulon, décède à Camoules le 7 mars 1920. Avocat au barreau de Toulon et plusieurs fois bâtonnier de l’ordre, il fut élu conseiller général du Var en 1877 et président de cette assemblée de 1883 à 1890. Il fut également maire de Besse.
6 Jocelyne George, Histoire des maires de 1789 à 1939, Paris, Plon, 1989.
7 Jean-Marie Guillon, « Noël Blache, une figure de la tradition républicaine varoise », in 1851, une insurrection pour la République. Actes des journées d’étude de 1999 à La Tour d’Aigues et de 2002 à Sainte-Tulle, sl, Association 1851, pour la mémoire des Résistances républicaines, 2002, p. 45-68.
8 Vincent Allègre, né à Six-Fours le 7 août 1835, mort dans l’Hérault, à Mèze, le 18 mai 1899. Son éloge funèbre fut prononcé au Sénat à la séance du 19 mai par le président Armand Fallières.
9 Archives départementales du Var (ci-après ADV), 1 D I 42, Décision du conseil municipal du 23 mai 1871, procès-verbal d’installation du conseil municipal.
10 Maurice Agulhon, Les maires en France du Consulat à nos jours, Paris, Publication de la Sorbonne, 1986, 462 p.
11 Archives municipales de Toulon (ci-après AMT), délibération du Conseil municipal du 21 février 1874.
12 La Sentinelle du Midi, 21 février 1874, « Chronique méridionale », p. 2.
13 Henri Dutasta (11 octobre 1843-14 juillet 1889) est né d’un père commis à la mairie à Bordeaux. Professeur de philosophie, il est affecté à Toulon en septembre 1868.
14 AMT, délibération du Conseil municipal du 26 mai 1874 : Martin de Roquebrune fut nommé président d’une commission municipale de 19 personnes.
15 Antoine Prost, Histoire de l’enseignement en France 1800-1967, Paris, A. Colin, 1968, p. 183.
16 Émilien Constant, op. cit. p. 574. Statuts approuvés par arrêté préfectoral du 13 avril 1870.
17 Ce que son successeur dénoncera dès son arrivée aux commandes de la ville dans la Sentinelle du Midi le 20 novembre 1874, p. 1, « Notes et renseignements sur la municipalité de Toulon en 1874 ».
18 Le 15 novembre 1866, Jean Macé annonce la constitution d’une ligue de l’Enseignement qui préconise la gratuité, la laïcité et l’obligation de l’école primaire, de 6 à 13 ans, mais aussi la construction d’écoles, de bibliothèques, de conférences et de cours d’adultes.
19 Mona Ozouf, L’École, l’Église et la République 1871-1914, Éditions Cana, 1982, p. 237.
20 AMT, décret du 26 mai 1876.
21 Jocelyne George, Les maires dans le département du Var du 1800 à 1940, Thèse de doctorat d’État, sous la direction de Maurice Agulhon, Paris, Panthéon Sorbonne, 1987, p. 631.
22 ADV, 8 M 16-23, cercles : La Mourillonnaise.
23 Charles Galfré, « 150 ans de presse varoise », Bulletin de l’Académie du Var, 1982, p. 183.
24 AN, F1 bII Var 26.
25 Jocelyne George, op. cit. p. 634.
26 AMT, délibération du Conseil municipal du 15 février 1878.
27 AMT, discours prononcé lors de la distribution des prix du Concours Académique et du Concours Général.
28 Idem.
29 Alain Vignal, De l’ordre à la vocation, les prêtres du Var. De la Révolution à la Séparation, Aix-en-Provence, 2011, p. 4.
30 René Merle, Les Varois, la presse varoise et le provençal, 1859-1910, La Seyne-sur-Mer, Société d’Études Historiques du texte dialectal, 1996, 409 p.
31 AMT, délibération du conseil municipal du 20 mai 1878.
32 Prosper Rossi, Mes Souvenirs, vol. 4 : 1871-1884, Toulon, Imp. Régionale, 1897, p. 121.
33 AMT, délibération du conseil municipal.
34 B. Durand et A. Malvardi, Notice sur les cimetières de la ville, Ville de Toulon, 1922.
35 François Rossi, Les Beaux-Arts à Toulon, fondation Grandjean, SLND, 18 p.
36 Henri Dutasta fut frappé d’une embolie cérébrale lors d’un de ses déplacements dans la capitale le 11 février 1888. Rapatrié sur Toulon, il y meurt dans sa villa « Solitude » du Cap-Brun, au Mourillon, le jour du centième anniversaire de la prise de la Bastille, le 14 juillet 1889.
37 Le Petit Var, 14 juillet 1891.
38 Geneviève Le Borgne, Dutasta maire de Toulon, 1878-1888, maîtrise d’histoire, Nice, UER Lettres, 1971.
39 George (Jocelyne), op. cit. p. 804.
40 B. Durand et A. Malvardi, op. cit., p. 65. Marius Félix Nicolas Touzet est né à Toulon en 1821, était retraité de la marine où il avait exercé les fonctions d’agent comptable. Il décède à Toulon le 19 mars 1900.
41 Le Petit Var, 15 mai 1888, « Les élections à Toulon », p. 2.
42 Petit Var, 1er novembre 1890, « Où en est l’affaire ? », p. 2. Fouroux fut libéré en novembre 1892 sur décision de clémence prise par le président Carnot à l’occasion du jour anniversaire de la Première République.
43 Il était né le 6 janvier 1836 à Kerprich-aux-Bois, un canton de Sarrebourg, dans l’ancien département de la Meurthe. Il passa une grande partie de son enfance en Bretagne et s’engagea à l’âge de 19 ans, au 4e régiment d’infanterie de marine à Toulon.
44 AMT, délibération du Conseil municipal du 9 août 1891.
45 Jean-Marie Mayeur, Les débuts de la IIIe République, 1871-1898, Paris, Seuil, p. 165.
46 Théophile Sambuc est né le 5 février 1834. Il est entré au service de la Marine en 1851.
47 Jean Maitron dir. Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Paris, Éd. Ouvrières, 1974, p. 185.
48 AMT, délibération du Conseil municipal du 5 juin 1893.
49 Le Petit Var, 21 juin 1897, « Chronique électorale de Toulon », p. 2.
50 Le Petit Var, 26 juin 1897, « La crise municipale. Adresse aux électeurs », p. 2.
51 La loi municipale du 5 avril 1884 prévoyait dans son article 44 la nomination par le gouvernement d’une délégation spéciale d’un nombre maximum de sept membres en cas de dissolution ou de démission du conseil municipal et dont le président est nommé par décret présidentiel. La délégation spéciale et son président remplacent respectivement les fonctions du conseil municipal et du maire pendant une période qui ne peut excéder six mois.
52 Délibération du Conseil municipal du 3 juillet 1897.
53 Né et mort à Toulon (15 novembre 1850- 2 novembre 1920).
54 Louis Marius Eugène Grandjean, né à Toulon en 1811, mourut à Paris le 4 septembre 1899. Il avait souhaité, par testament, que la municipalité de Toulon utilise sa fortune pour créer une école municipale de dessin ouverte à tous. Ce que la municipalité fit en transformant « l’Atelier des Beaux-Arts » en école municipale en 1899.
55 Elle devient École nationale 1905.
56 Pierre Haddad, Marius Escartefigue maire de Toulon, Université de Nice, Maîtrise 1971-1972, 160 p. Marius Escartefigue (Marseille 2 novembre 1872-Toulon 8 novembre 1957) était issu d’une famille très modeste, dont le père était simple comptable dans une quincaillerie marseillaise. Ses aptitudes intellectuelles lui avaient permis d’obtenir des bourses pour entrer au lycée, puis à la faculté des sciences, et enfin à l’École d’Ingénieurs de Marseille.
57 AMT, délibération du Conseil municipal du 8 mai 1904.
58 Var matin 2 novembre 1957, article d’Auguste Chaînas : Dans son discours de 1904, il proclamait qu’il voulait être « le maire de tous ». Il fut appelé le « maire des écoles » pour les enfants du peuple, dans tous les faubourgs de Toulon.
59 ADV, 3 T 13-11, Enseignement primaire 1854-1908, délibération du conseil municipal du 20 août 1904.
60 Pierre Addad, ibid., p. 136.
61 Le Petit Var, 8 février 1907.
62 En 1894, le docteur Léon Dufour instaura la Goutte de Lait pour lutter contre la mortalité infantile en éduquant les mères sur les dangers des biberons insuffisamment nettoyés.
63 Benjamin Fitoussi, Marius Escartefigue ou le « paradoxe toulonnais », mémoire de maîtrise, Université de Provence, 2001.
64 Né le 23 avril 1844 à Saint-Laurent de Cros, dans les Hautes Alpes, il arriva à Toulon en 1869. Le 21 octobre 1881, il devint directeur de l’école professionnelle Rouvière qui venait d’être fondée par Dutasta. Lorsqu’il fut élu maire le 23 décembre 1909, il était alors à la retraite de son emploi d’enseignant.
65 ADV, 2 M T 28-4, lettre du sous-préfet au préfet du 28 décembre 1909.
66 La loi du 7 juillet 1904 porta un coup fatal aux congrégations enseignantes, leur retirant le droit d’enseigner, y compris dans les écoles privées. À Toulon, ce furent près d’un millier d’enfants qu’il fallut reloger dans les futures écoles.
67 Sur les 21 856 électeurs inscrits, seuls 9 300 ont voté. Beaucoup n’ont pas voté arguant le trop grand nombre de listes en présence et la difficulté de choisir.
68 Jean-Pierre Rioux, Jean-François Sirinelli, Pour une histoire culturelle, Paris, Seuil, 1997.
Auteur
-
Évelyne Maushart
Docteur en histoire contemporaine
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Les sans-culottes marseillais
Le mouvement sectionnaire du jacobinisme au fédéralisme 1791-1793
Michel Vovelle
2009
Le don et le contre-don
Usages et ambiguités d'un paradigme anthropologique aux époques médiévale et moderne
Lucien Faggion et Laure Verdon (dir.)
2010
Identités juives et chrétiennes
France méridionale XIVe-XIXe siècle
Gabriel Audisio, Régis Bertrand, Madeleine Ferrières et al. (dir.)
2003
Des hommes à l'origine de l’Europe
Biographies des membres de la Haute Autorité de la CECA
Mauve Carbonell
2008
