Le temps du procès
p. 76-98
Texte intégral

Fig. 7 - Qb1 (94), fol. p. 38, Hennin 8216, Girard délivré ainsi que Barabbas. Paris, BnF, département des estampes.
1 Le traitement de cette question pose de façon aigüe la question des sources. Les minutes du procès, en partie détruites, ont disparu : la transcription des débats entre les juges pendant les deux mois qui constituent le cœur de l’affaire nous échappe. Le contenu de ces séances, qui n’était pas destiné à être connu des contemporains, serait aujourd’hui précieux pour vérifier les faits et échapper à la confusion des discours. Car, et ce n’est pas le moindre des paradoxes, les documents ne manquent pas : procédure imprimée colligeant les interrogatoires des témoins, multiples mémoires des avocats (ou factums), lettres, commentaires périphériques, notes manuscrites… Il est donc possible de reconstituer précisément le déroulé du procès, en acceptant de composer avec des sources subjectives et en travaillant sur le kaléidoscope des conversations.
La procédure
2La procédure ouverte à Toulon le 18 novembre 1730 déplace le scandale vers la forme affaire1. C’est le début d’un enchaînement chronologique complexe et propre à la sphère judiciaire, soumise elle-même à des forces extérieures. Le recours à cette dimension diachronique, qui restitue l’articulation de plusieurs temporalités, permettra une lecture critique et une meilleure visibilité de l’affaire. Suite à l’émoi causé par la dernière crise convulsive de la Cadière, l’officialité, pouvoir judiciaire de l’évêque, est saisie. L’official, Larmodieu, accompagné du promoteur de justice Reybaud2, interroge l’accusée qui, impressionnée, reprend le récit de sa confession au P. Nicolas3. Au vu du contenu, le promoteur dépose une plainte justifiée par « divers crimes dans lesquels le P. Girard est impliqué, que la matière est trop grave & trop qualifiée pour ne pas exciter notre zèle pour decouvrir la vérité4 ». Encouragée par son entourage, la jeune fille porte le jour même une plainte devant le lieutenant général en la sénéchaussée de la ville, Joseph Martelly Chautard, contre Jean-Baptiste Girard pour rapt, quiétisme, inceste spirituel, enchantement et avortement5 et lui fait une exposition des faits qui lui sont arrivés6. L’accusateur devient lui-même accusé, selon des modalités décalées de la forme affaire qui, dans une dynamique plus rapide, économise le recours habituel au médiateur chargé d’opérer le retournement de l’accusation7. Le lieutenant se rend au domicile des Cadière, « attendu qu’elle n’est pas en état de sortir8 ». La Cadière, sans être interrogée, expose en 35 points de façon plus claire et plus synthétique le même récit que celui fait le matin à l’official. Le lendemain, le 19 novembre, la Cadière part à Ollioules pour chercher le soutien de ses anciennes compagnes du couvent Sainte-Claire, qui joueront un rôle central dans la querelle de sociabilité en cours de formation. Auteur d’une dénonciation publique, elle demande à être suivie par un nombre élevé de personnes, la cause individuelle qu’elle défend ayant prétention à l’universalité.
3Le 24 novembre, commence la procédure proprement dite qui consiste dans le recollement et les confrontations des témoins. Cette information est prise conjointement par le lieutenant général de la sénéchaussée et par l’official, à la requête de Catherine Cadière, « querellante en rapt, inceste spirituel, enchantement et avortement procuré9 ». Elle débute par la comparution d’Antoine Gandalbert, vicaire de la cathédrale de Toulon, à 15 heures ; suivie par celle de M. Giraud, vicaire de la même Église, le lendemain à 9 heures du matin10. Ce sont les horaires habituels d’auditions plus ou moins régulières – généralement deux témoins sont entendus le même jour, avec ponctuellement des coupures de un ou deux jours. Quatre-vingt-neuf témoins se succèdent dans le prétoire de l’officialité de Toulon durant l’hiver 1730-1731. Du 27 décembre au 8 janvier, le lieutenant général est à Aix, ce qui retarde la procédure : « on soupçonne que c’est pour prendre langue des puissances11 ». On peut le vérifier dans la procédure où les comparutions s’interrompent entre le 22 décembre, date à laquelle quatre témoins, La Berluc, Claire Roque, Thérèse Bonifay et Marguerite Truque sont entendus, et le 16 janvier, avec l’audition du chevalier de Raymondis12. Ensuite, le rythme s’accélère, ce qui répond aux vœux exprimés par les lettres patentes citées plus haut. Symétriquement, les jésuites nomment Pazery de Thorame, avocat aixois, défenseur de Girard. Il part à Toulon le jour de Noël pour prendre des copies des dossiers de l’affaire. Le premier président Lebret, d’Aix, intervient également à distance en ordonnant que la demoiselle Cadière soit enfermée au couvent des Ursulines de Toulon, plus inféodé aux jésuites. Le dossier est finalement transféré aux autorités aixoises le 16 janvier 1731 par un arrêt du conseil du roi :
Louis, par la grâce de Dieu, Roy de France et de Navarre […] étant informez du procez verbal dressé le 18 novembre dernier par l’Official du diocèse de Toulon, à la poursuite du Promoteur, de la plainte portée le même jour au lieutenant criminel de la même ville par la nommée Catherine Cadière, & de l’information qui a été faite en conséquence tant à la requête de la dite Cadière qu’à la diligence du promoteur, contre le P.J.B. Girard Recteur au Séminaire des Aumôniers de la Marine… avons par arrêt de notre conseil renvoyé et renvoyons à la Grand Chambre de notre Parlement de Provence pour être l’instruction continuée à la poursuite de notre Procureur général, & à la diligence de la Cadière, si bon lui semble, par les commissaires de la dite cour13…
4À ce moment précis, se manifeste très nettement la volonté d’une prise de contrôle des autorités judiciaires et politiques afin de circonscrire l’affaire et les débats. Pour autant, la procédure se déploie selon les normes temporelles de la justice, et les interrogatoires continuent à Toulon, ce qui ne peut qu’alimenter les commentaires et la rumeur. Le parlement d’Aix envoie à Toulon ses deux commissaires, Bouchet de Faucon, conseiller du roi, et Tamarlet de Charleval, conseiller clerc, le 10 février, avec la mission de reprendre en main l’instruction et « d’ordonner & de faire le procès extraordinaire jusqu’à un jugement définitif exclusivement14 ». À partir du 14 février, les deux commissaires interrogent les témoins. Ils prennent le relais d’une information déjà fort avancée. Les comparutions ont désormais lieu « dans le Palais du Roy où s’exerce la justice15 ». Faucon et Charleval commencent par l’audition du 90e témoin, Suzanne Galotte, et reçoivent 24 dépositions en cinq jours, selon les vœux des lettres royales jugeant à propos « d’accélérer la fin d’un procès, dont la durée ne peut qu’être accompagnée du même scandale qu’il a déjà commencé de causer16 ». Le 19 février, ils entendent le dernier témoin, Jean Bitard. La procédure se termine sur une note plaisante puisque le dénommé Bitard, « faiseur de cage17 » à Toulon, est le fournisseur officiel en accessoires religieux des pénitentes du père Girard : ceintures de fer, couronnes et disciplines.
5Il reste aux commissaires à recevoir les dépositions des principaux intéressés, la Cadière, ses deux frères, le P. Nicolas et le P. Girard, à procéder aux recollements de tous les témoins et enfin à confronter ces témoins aux prévenus. Le 21 février 1731, après avoir lu le rapport des deux conseillers, le procureur général du Roi, Boyer d’Éguilles, rend ses premières conclusions :
la nommée Catherine Cadière, le père Cadière dominicain, le père Nicolas, prieur des carmes seront ajournez en personne ; et le père Girard jésuite, recteur de la maison du séminaire des aumoniers de la marine & messire Cadière, ecclésiastique seront assignez18 pour etre oüis19.
6Ces conclusions sont reprises le 23 février par les deux commissaires, suite à leurs observations, et face aux plaintes de la Cadière qu’ils jugent contradictoires. Un des frères de la Cadière, l’ecclésiastique, accusé d’avoir écrit les lettres de sa sœur au père Girard, est excusé en raison de sa jeunesse.
7De son côté, Girard réagit immédiatement à l’interrogatoire des commissaires, bien que le décret d’assigné lui laisse en théorie un délai d’un mois. Ce même 23 février, il se présente « pour obéir à la justice au sujet de la haute accusation contre lui faite par la demoiselle Cadière20 ». Il répond aux deux commissaires pendant « quinze heures dans trois séances21 », fractionnées sur les vendredi 23, samedi 24 février et jeudi 1er mars. Lors de cette première comparution devant la justice, il se laisse aller à quelques aveux. Il convient notamment du fait qu’il s’est enfermé à clef avec elle dans sa chambre à plusieurs reprises ou reconnaît qu’il a pu observer une plaie que la pénitente avait sous la poitrine22. En parallèle, Catherine Cadière reçoit les deux commissaires dans une des chambres du monastère des ursulines de Toulon, le dimanche 25 février, le lundi 26 et le mardi 27 février. La répétition des discours de la Cadière est un élément clé de cet interrogatoire : elle amène la jeune fille à peaufiner son argumentaire et, sans doute, à gagner en autonomie, sortant de la grille pré-tracée par ceux qui la conseillent. Les interrogatoires commencent en début de matinée et se poursuivent toute la journée. Un coup de théâtre se produit lors de la dernière séance, le matin du 27 février : la Cadière change totalement d’attitude et désavoue les faits contenus dans son exposition. Elle reconnaît que le père Girard n’avait « d’autre vûë, que celle du désir de son salut23 » et trahit la confiance du père Nicolas « qui lui a conseillé de former cette plainte contre le père Girard24 ». Elle confirme cette nouvelle position le 6 mars dans sa confrontation avec le père Girard, où les deux protagonistes se rejoignent pour dire « qu’il ne s’est jamais rien passé que de très pur25 » entre eux. La Cadière quitte les ursulines de Toulon le lendemain, 7 mars 1731 ; elle est transférée pour les commodités de l’information au couvent des ursulines d’Ollioules, où elle sera confrontée avec ses anciennes compagnes du couvent voisin des clarisses. En effet, depuis le 2 mars, a commencé le récolement des témoins – il s’agit de soumettre aux témoins leur déposition afin de s’assurer qu’ils la maintiennent – suivi de la confrontation des mêmes témoins avec les principaux prévenus. S’ensuit un nouveau retournement quand, le 10 mars, la Cadière, devant les commissaires, révoque sa précédente rétractation et revient à ses premières positions, celles de la déposition devant l’official et de la plainte devant le lieutenant de police. Elle attribue ces changements, d’une part, au fait que la sœur Guiol – fille de la pénitente du P. Girard – « lui fit boire du vin pur à jeun, qu’elle trouva salé après l’avoir bû, qui lui étourdit les esprits26 » et, d’autre part, à la pression des commissaires qui la mettent en garde contre l’invraisemblable de ses déclarations qui risque de prévenir les juges contre elle. Cette déclaration est confirmée le 12 mars, où devant les mêmes commissaires, en présence de « Me Antoine Aubin, Procureur en ladite cour intervenant pour & au nom de demoiselle Cadière27 », elle affirme qu’étant revenue en pleine santé elle est désormais en mesure de pouvoir discerner « le vrai d’avec le faux28 ». Le 15 mars, elle produit et signe, sans la médiation des deux commissaires, un document destiné à être publié, nommé « acte protestatif de la dlle Cadière29 ». Elle y expose toutes les privations subies pendant la procédure. Le lendemain, un deuxième texte, s’intitulant « autre acte protestatif de la demoiselle Cadière30 », est passé devant Claret, notaire d’Ollioules. Elle justifie la date tardive de cette démarche par l’absence de liberté dans laquelle elle se trouvait aux ursulines de Toulon. L’affaire construit ici une victime parfaite dont l’évaluation des souffrances est autant proposée à l’expertise des gens de justice qu’à la compassion de l’opinion publique. Dans la nuit du 17 au 18 mars, elle part du couvent d’Ollioules, où elle était détenue jusque-là, pour rejoindre Aix-en-Provence, sous bonne escorte. Le cortège s’arrête à Roquevaire dans l’auberge du sieur Jouve. Le brigadier de la Maréchaussée, Fouque, commandant l’escorte, couche dans la chambre de la Cadière et de sa mère, malgré les protestations de ces dernières31. La Cadière arrive au monastère de la Visitation, à Aix, le lendemain matin, où elle doit être enfermée « par ordre du Roi32 ». Elle continue de recevoir la visite des commissaires, Charleval et Faucon, qui doivent affiner la procédure pour présenter leur rapport à la grande chambre du parlement. Ils n’en poursuivent pas moins leur travail à Toulon, où ont lieu les interrogatoires du père Nicolas, du 21 au 24 mars, et ceux des frères Cadière, du 2 au 6 avril.
8Catherine Cadière, dès son arrivée à Aix, fait appel auprès du parlement du décret d’ajournement personnel prononcé et de la procédure dirigée contre elle par les commissaires :
Remontre que par une injustice énorme, ayant été décrétée d’ajournement personnel, quoi qu’elle soit innocente, & le père Girard jésuite, convaincu de tant de crimes horribles, ne l’ayant été que d’un simple assigné, elle a appelé de ces deux décrets à la cour, aussi bien que de la procédure faite contre elle, à la requête du promoteur en l’Évêché de Toulon, par appel comme d’abus, & par appel simple de celle faite contre elle par Messieurs les Commissaires du Parlement33.
9Elle appelle a minima du décret d’assigné pour être ouï, rendu contre le P. Girard, pour le faire convertir en décret de prise de corps. La procédure continue puisqu’elle est confrontée au parloir de la Visitation au P. Nicolas, le 19 avril, puis à ses deux frères, les 20 et 21 avril.
10On peut considérer, à la fin du mois d’avril 1731, que le premier travail d’enquête des deux commissaires est terminé.
La passion de l’affaire
11Le deuxième acte du procès commence, révélant un emboîtement de nouvelles petites affaires. Les partisans de la Cadière, dans une stratégie délibérée, en appellent désormais au verdict de l’opinion publique contre celui des techniciens de justice et des jésuites. En effet, le 2 mai, la Cadière et sa mère, dans une lettre au chancelier d’Aguesseau, se plaignent des irrégularités du procès. Les témoins de la Cadière auraient été subornés : les deux commissaires auraient refusé de faire mentionner sur le procès-verbal les réponses de la Cadière et certaines parties défavorables au P. Girard et plusieurs témoins, déposant contre le P. Girard, auraient été entendus hors de la présence de celle-ci. L’arrivée aixoise du père Girard, accompagné du père Sabatier, le 8 mai, soit près de deux mois après celle de la Cadière, sert leurs desseins34. Girard est accueilli comme un des leurs par les jésuites du collège Bourbon où il réside pendant une grande partie du procès et « tient bonne contenance35 ». Il bénéficie ainsi d’un traitement de faveur que le camp Cadière ne cessera de dénoncer en prenant à témoin le public aixois dont l’opinion éclairée est sans doute plus hostile aux jésuites qu’à Toulon. Les Cadière se chargent de diffuser les informations sur l’affaire. Outre les requêtes et premiers factums qui sont rédigés, c’est par la technique du porte à porte qu’ils instruisent chaque maison des mauvais traitements subis par Catherine pour renforcer les préventions d’une population « qui comenca à se déclarer ouvertement contre le P. Girard et contre tous les jésuites36 ». Les jésuites aixois entreprennent la même manœuvre pour innocenter le P. Girard en défendant la thèse du complot. Il convient en effet de protéger celui qu’une partie de la foule aixoise espère voir sur les fagots, trouvant dans le nom de Jean-Baptiste Girard l’anagramme suivant : « Abi Pater, ignis ardet / Allez Père, le feu est au bûcher ». Le procès se déploie donc dans plusieurs lieux, la rue et le parlement. C’est à ce moment que les deux partis se constituent, toute neutralité semblant impossible. De nombreuses anecdotes illustrent cette passion partisane. Nous en choisirons deux significatives. La première oppose deux des juges désignés par le roi pour instruire l’affaire, M. de Moissac, partisan de la Cadière, et M. de Parade, favorable à Girard. Le premier aurait interpellé le second, lui reprochant de soutenir le traitement injuste infligé à la Cadière, qui, au couvent de la Visitation, est privée des visites de sa mère. Le second, piqué, se défend ; le ton monte, on se menace de coups de bâtons et on en serait venu aux mains si les autres juges ne s’étaient pas interposés37. La deuxième, extérieure au monde judiciaire, concerne un bourgeois, Meringon, partisan passionné du père Girard, qui se serait rendu à Marseille pour affaires38. Il y rencontre neuf officiers de marine qui, curieux de l’évolution de l’affaire, l’interrogent sur ses derniers rebondissements. Le bourgeois, heureux de pouvoir en parler, et convaincu d’avoir un public acquis à la même cause, se déchaîne dans son récit contre la Cadière. Malheureusement pour lui, les officiers ne sont pas du même avis, l’enferment dans sa chambre, et après avoir envisagé un temps de le défenestrer, choisissent finalement de l’expulser de Marseille. De quoi illustrer sur plusieurs modes la diffusion incontrôlable du procès dans tous les esprits et dans tous les lieux, le fait que ces histoires soient enjolivées par la chronique n’ayant finalement que peu d’importance.
12Lors du même mois de mai, les échos de l’affaire atteignent la capitale : la diffusion des mémoires des avocats, ou factums, amplifie son retentissement. Ces factums produisent un argumentaire pour instruire les juges et, par la même occasion, nourrissent le public qui accède désormais par cette source au contenu de la procédure. Ainsi, dans un double mouvement, la compréhension de l’affaire s’obscurcit sous de nouvelles couches de commentaires et devient plus lisible grâce à la pertinence de commentaires distanciés. L’avocat Marais est un des témoins privilégiés de ce phénomène : « on voit à Paris des requêtes et mémoires pour l’affaire de la Cadière. Je ne les ai pas encore vus39 ». La pièce se joue sur une autre scène, avec un public sans doute plus exigeant, diverti par cette cause exotique, aux accents de Provence, dérivatif aux accidents convulsifs du cimetière Saint-Médard, qui jusque-là entretenaient la curiosité de l’opinion parisienne. Un recueil des pièces de l’affaire en témoigne particulièrement. Le chroniqueur a recopié les principales pièces satiriques et chansons qui circulent pour l’année 1731. Y alternent des épigrammes contre une danseuse de l’opéra, une saillie contre le diacre Pâris et des vers contre le jésuite et sa pénitente40. Girard et la Cadière proposent la même étrangeté religieuse en ajoutant au scénario des ingrédients érotiques qui satisfont aussi bien les rieurs que les libertins. Tout le monde suit cette nouvelle affaire, en témoignant d’une nette préférence pour la jeune Cadière. C’est sans doute ce qui pousse le père Nicolas à présenter une cédulle évocatoire, qui lui permettrait de transférer le procès devant le parlement de Paris, où la sensibilité janséniste est bien plus forte qu’à Aix : « ils ont pris le parti de venir chercher à Paris la justice qu’on leur refuse en Provence41 ». Le 21 mai, la cause est portée à l’audience. Les contemporains en attestent avec un très léger différé : « on me mande qu’on doit mettre ces jours-ci sur le barreau du parlement d’Aix le procès du P. Girard42 ». On déclare les appels de la défense des Cadière non recevables. C’est la raison pour laquelle, le 22 mai, le carme et le père Cadière posent cette cédule évocatoire43 qui accuse le père Girard d’avoir des liens de parenté « avec sept des Conseillers au Parlement d’Aix, & entr’autres avec les Srs de Faucon & de Charleval commissaires44 ». Malgré les protestations des jésuites face au départ d’un des accusés, Nicolas reçoit l’autorisation de partir le 22 mai, en compagnie d’Étienne Cadière, pour plaider sa cause à Paris. Le parti janséniste aurait lancé à cette occasion une souscription à l’échelle régionale pour subvenir aux frais de leur voyage45.
13Le voyage est l’occasion pour le carme de rassurer ses proches – il passe par Avignon – et de couvent en couvent, notamment à Lyon où il se présente comme « l’ange exterminateur de la secte jésuistique46 », il prêche la bonne parole. Les deux hommes reçoivent un accueil chaleureux dans la capitale où ils sont soutenus par les prieurs de leurs ordres, qui les reçoivent rue Saint-Jacques, pour les dominicains, et rue de Vaugirard pour les carmes. Ils accomplissent des démarches pour consulter trois des plus fameux avocats de la capitale47. Le groupe des « avocats jansénistes » s’illustre particulièrement dans les années 1730, autour de deux meneurs incontestables, Louis-Adrien Le Paige et Gabriel-Nicolas Maultrot48. Il s’agit d’un groupe très offensif, fer de lance du mouvement janséniste, composé d’une dizaine de personnes selon Dale Van Kley49, alors que pour Catherine Maire50 le barreau parisien est marqué par une « jansénisation » massive à partir de 1727. L’arrivée des deux religieux à Paris coïncide en effet avec une relance de la complexe « querelle des avocats51 », interne au parlement de Paris. Les noms des avocats consultés sont cités par la chronique, il s’agit de « Mrs le Normand, le Chevalier et Aubry trois des fameux avocats de Paris52 » à qui on expose les enjeux de l’affaire à l’aide d’un document rédigé par Chaudon. Après en avoir pris connaissance, ils rendent un avis catégorique : ils n’ont jamais entendu parler « d’une affaire plus extraordinaire, plus embrouillée, et plus mal enfournée53 » si ce n’est l’affaire de Gaufridy. Intéressés par le levier politique de l’affaire, ils donnent quelques conseils à leur collègue, lui recommandant d’insister sur les accusations d’inceste spirituel et de quiétisme, plus dangereuses pour les jésuites, eux qui ont pu eux-mêmes être à une époque les principaux pourfendeurs de cette déviance. Il est donc intéressant de voir du fait de cette intervention le cheminement et les inflexions données à la ligne de défense du procès aixois. Cela ne suffit cependant pas au frère Nicolas et au frère Cadière. Il leur en faut davantage pour revenir en position de force. Ils tentent de constituer un véritable réseau de défense, assurant une connexion durable entre la capitale et Aix. Ils auraient reçu le soutien de grands personnages comme le duc d’Orléans ou le comte de Toulouse, sensibles à leurs malheurs, mais néanmoins impuissants pour plaider leur cause auprès du chancelier54. Ce dernier évoque en effet les difficultés que susciterait le transfert à un autre parlement et affirme que le principe veut que le châtiment soit rendu sur les lieux du crime pour des motifs d’exemplarité. Il est difficile d’évaluer sur la foi de cette seule source le rôle de ces élites. Ce qui nous intéresse ici, c’est le cheminement géographique du procès, la circulation de l’information, et la recherche de stratégies efficaces. Qu’elles aboutissent ou non, ces démarches existent et l’opinion, de la rue aux alcôves, s’empare du sujet dans un brouhaha désormais incessant. L’affaire se décentralise à partir de ce moment-là d’Aix à Paris : « le grand factum de la Cadière est ici entre les mains de tout le monde : on se l’arrache, il était hier au Palais-Royal, chez S.A.R… toutes les conversations ne roulent plus que sur ces sottises monastiques55 ». Et cette diffusion, dont les jésuites comme les jansénistes sont responsables, semble être nettement en faveur des Cadière. Le retournement commence à se faire, la position de la pénitente se renforce. La démarche du père Nicolas et d’Étienne Cadière, par-delà ses limites judiciaires, a permis d’actionner le levier de l’opinion parisienne pour la cause de la jeune victime.
14Cette cédule interrompt pour un temps les séances et oblige le procureur à en appeler au roi. Un arrêt du conseil du Roi du 11 juin 1731, enregistré au parlement d’Aix le 20 juin, prononce le déboutement de la cédule évocatoire sur le motif que « le P. Girard étant originaire de la ville de Dole en Franche-Comté & sa famille ni ses parens n’étant point connus en Provence56 » et déclare qu’en cette occasion « la Grand’Chambre doit être considérée comme un tribunal d’attribution dont il n’est pas permis d’évoquer, sauf à récuser ceux des juges commis par le Roy qui pourroient être légitimement suspects57 ». Par des lettres patentes du même jour, le roi nomme symboliquement les juges du procès, de fait, il ne fait que désigner les juges qui composent cette année-là la grande chambre du parlement58. Le roi proroge donc l’instruction de l’affaire, bien que l’on se trouve à la veille du congé annuel – les séances du parlement se déroulent d’octobre à juillet. Il veut, une nouvelle fois, accélérer la conclusion d’un procès trop longtemps retardé59. Il s’agit, dès le 1er juillet, d’examiner définitivement les appels lancés par la Cadière, ses frères et le carme, qui, après un premier rejet, ont été ramenés puisque les appelants se sont pourvus par opposition contre cet arrêt. Les mémoires des avocats examinent les raisons de ces appels, en particulier le premier mémoire de Chaudon – daté du 27 mai, auquel lui répond le premier mémoire de Pazery – daté du 10 juillet, suivi du deuxième mémoire de Chaudon – daté du 28 juillet. C’est ce moment que choisit Chaudon pour proposer aux jésuites un arrangement par la médiation de M. de Monval, conseiller à la Cour des Aides de Provence. Cette manœuvre importante nuance l’idée selon laquelle les partisans de la pénitente chercheraient systématiquement à radicaliser l’affrontement. Bien au contraire, les multiples revirements et les contradictions internes sont bien consubstantielles de la forme affaire caractérisée par son opacité. La démarche de l’avocat est rejetée60, ce qui peut s’expliquer par le sentiment des jésuites, à ce moment précis, de contrôler le cours du procès ou par le souci des autorités de conduire la justice jusqu’au verdict afin d’étouffer toute contestation.
15Les plaidoiries tiennent plus de 14 audiences à huis clos, dans lesquelles Chaudon parle le premier dans les trois séances des 25, 27 et 28 juin. Il développe pendant plus de huit heures les moyens d’abus de la procédure de l’official de Toulon et les cinq nullités de la procédure des commissaires du parlement : « Le 28 juin Chaudon finit son action et il plaida 3 heures et demi avec un feu et une véhémence qui se soutint toujours. On convient qu’il a bien plaidé à la prolixité près ; il s’étendit un peu trop sur le fond61 ». Pazery de Thorame plaide quant à lui pour le père Girard pendant les deux audiences des 3 et 4 juillet durant trois heures et demie62. L’implication des avocats est totale63. Pazery défend son client mais, dans un souci d’équilibre, propose que le père Girard aille en prison comme les autres prévenus. Bon avocat, il sait, quand il le faut, infléchir la ligne de défense. C’est ensuite le tour des avocats des frères Cadière et du carme déchaussé, puis de l’avocat général, le 19 juillet. Pendant ce temps, la jeune Cadière supplie la cour d’ordonner de pouvoir être traduite aux prisons de ce palais. Elle ne veut plus être au couvent de la Visitation où :
à la suggestion des jésuites, on a fait griller samedi dernier par un serrurier les fenêtres de la chambre de la supliante, quoi qu’elle soit au plus haut étage, on a même mis un cadenas à la porte de sa chambre, et cela dans la seule vue non seulement de l’intimider mais même de la faire périr, en la tenant enfermée nuit et jour dans une chambre si petite qu’elle ne peut presque pas s’y tourner64.
16Il s’agit en quelque sorte de conquérir une forme de liberté en prison. Rien ne nous dit que la jeune Cadière sera mieux lotie dans ses geôles, mais sa demande finit par être satisfaite, tardivement : « on a mis lad. Cadière en prison le dimanche 16 sept 1731 sur les 6 heures du matin, estant dans une chaise et escortée de 6 archers, dits cavaliers, et le brigadier, où exempt à la teste65 ». C’est également l’occasion de se retrouver dans le même lieu que le carme et ses frères, même si elle ne reste que trois semaines dans les prisons du Palais.
17Un nouvel arrêt, rendu le 30 juillet 1731, déclare sans abus la procédure des deux commissaires, la confirme et ordonne qu’il sera passé outre au jugement du procès. Le père Girard, suivi de près par le père Cadière dominicain, est immédiatement conduit en prison, selon les vœux mêmes de son avocat66. Le 11 septembre 1731, les conclusions définitives des gens du roi sont rendues, sous la direction du procureur général, Boyer d’Éguilles, à la défaveur de Catherine Cadière, par une courte majorité – trois voix contre deux :
Déclarée atteinte et convaincue de fausse & calomnieuse accusation, & d’avoir abusé de la Religion & profané ses Mystères, & d’avoir faussement contrefait la Sainte, & ensuite la possédée au grand scandale de la religion pour réparation de quoi, elle sera livrée aux mains de l’exécuteur de la Haute Justice pour faire amende honorable devant la porte métropolitaine de la l’Église Saint Sauveur, & de là menée sur la potence de la place dite des Pêcheurs pour y être pendue et étranglée67…
18Les deux avocats généraux, MM. de Trez et de Seguiran, ont été d’avis de faire pendre et ensuite brûler le P. Girard et de renvoyer tous les autres accusés, alors que les deux procureurs généraux, MM. d’Argens et de Ripert, et M. Gueydan, le troisième avocat général, ont conclu à ce que la Cadière fût pendue après avoir été préalablement mise à la question. La sévérité de ce réquisitoire ne sera pas suivie par les juges qui, dans les semaines suivantes, cherchent une porte de sortie. Dans la décision qui sera rendue, la peur des réactions de l’opinion jouera beaucoup.
Le dénouement
19Ce réquisitoire est soumis aux délibérations des juges qui doivent rendre leur avis définitif après avoir entendu une dernière fois les accusés. Le 12 septembre, le procès est mis sur le bureau, c’est-à-dire que tous les juges sont assemblés pour rendre leur verdict. À partir de ce jour, entre 8 h et 8 h 15, les juges se réunissent avec une grande régularité. Les séances se terminent vers 11 h 30, examinant vingt à trente dépositions par jour. On commence par la lecture, le 13 septembre, de l’exposition de la Cadière, suivie de celle des dépositions des témoins. Le père Girard est entendu une première fois et interrogé par les juges le 28 septembre, la Cadière est sur la sellette dans la Grand Chambre le 2 octobre. Enfin, le 4 octobre a lieu la confrontation mutuelle dans la grande chambre entre le Père Girard et Catherine Cadière68. Le même jour, l’un des juges, le conseiller de Moissac, suite au décès de son père, demande que la séance du lendemain soit reportée69. Cette requête est acceptée par le président Lebret. C’est pourquoi les deux derniers accusés, le P. Nicolas, et le P. Cadière, dominicain, seront entendus le 6 octobre. En quelques jours, se déploie le dernier acte de la pièce, dans une dimension micro-historique où des petits riens prennent une grande importance. De la tenue des accusés aux soucis personnels de tel commissaire, tout peut faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Ce drame, qui se dénoue entre le 12 septembre et le 10 octobre, se joue à plusieurs niveaux : le père Girard et la Cadière subissent les interrogatoires des juges, ils sont confrontés et tentent de se déstabiliser l’un l’autre, enfin, en coulisses, les juges de chaque camp se livrent à des joutes parfois puériles où l’affaire sert de prétexte pour évacuer des querelles personnelles70. L’état de santé des acteurs a un impact sur l’issue du procès. Ainsi, le quinze septembre 1731, le président de Régusse est entré dans la salle d’audience avec un grand mal de dent causé par une fluxion ; le président de Maliverny a quant à lui été incommodé d’un pied par une brûlure d’une tasse de café et M. de Trimond attaqué vivement de la goutte71. La situation de ce dernier lui attire la compassion de la foule qui, préjugeant de son jugement en faveur de la Cadière, l’acclame à la sortie du palais, priant pour la guérison de son mal. M. de Peyrolles, favorable à la Cadière, plus en forme, est un des juges les plus combatifs : il n’hésite pas à interpeller en pleine chambre le procureur d’Argens qu’il accuse de fournir des informations au père Girard. On aurait vu d’Argens « filer à minuit au palais et n’en étoit sorti qu’après 2 h après minuit pour l’exercer aux interrogatoires qui luy seroient faits72 ». Les derniers jours du procès sont l’occasion pour ces acteurs judiciaires de briller aux yeux de l’opinion publique. Il en est de même pour les deux accusés. Les deux journées d’audition et de confrontation de Girard et de la Cadière sont déterminantes. Les sources concordent et tendent à prouver que la Cadière a sauvé sa tête lors de ces deux journées :
Le premier president luy dit de la faire entrer, ce qu’elle a fait avec beaucoup de modestie s’estant assise sur la selette, ayant son mouchoir blanc à la main. Sa tenue, primordiale lors d’un examen, mêle subtilement la sobriété de la dévote et l’éclat de l’actrice ayant une coëffe comme celle d’une véritable dévote et un habit couleur pourpre rayé73. Elle confirme ces dispositions le lendemain, en entrant dans la grand chambre avec un air plus serein et plus assuré que le jour d’hier… la Cadière a toujours de mieux en mieux répondu avec esprit et fermeté74.
20La dignité, l’assurance, « la fermeté75 » de la jeune fille impressionnent juges et observateurs. Les Nouvelles ecclésiastiques s’attardent sur cette description pour illustrer la justesse de la cause que représente la jeune fille, figure malgré elle du parti janséniste :
Le lendemain la demoiselle Cadière fut ouïe sur la scelette depuis huit heures et demÿ, jusques à midÿ, triste et modeste, elle trembla d’abord, et se rassura peu à peu, une voix sonnore qu’elle ne levoit pas beaucoup, et qui se faisoit entendre de tous, devint faible et entrecoupée et son visage se couvrit de sueur, à l’endroit de l’interrogatoire, ou elle se trouvà forcée de faire le récit de tant d’horreurs, elle le fit en des termes si choisis et si mesurés, et néanmoins avec tant de naiveté et de présence d’esprit, qu’elle se fit admirer des juges mêmes qui lüy estoient contraires. La surprise estoit universelle, la réunion de tant de modestie, d’esprit et de fermeté, dans une fille dont l’âge, la naissance et l’éducation, ne promettoit rien de semblable, parut un prodige, et plusieurs juges ont déclaré hautement qu’ils n’avoient rien veü de si grand sur la scelette […] Tout le monde convient que la fille se surpassa dans cette confrontation, le jésuite començant un discours qui paroissoit devoir estre long. Mon Père lüy dit elle, venes au fait, je scai que j’aÿ à faire à un jésuite, homme d’esprit, grand Prédicateur, soutenu par une société puissante, et formidable, mais il ne vous craint pas j’aÿ pour moÿ la vérité, et il m’en coutera peu pour vous confondre76.
21L’intérêt n’est pas ici de démêler le vrai du faux, dans l’analyse d’un discours forcément partial, mais bien plutôt de dévoiler la manière dont les individus se mettent en scène, comment ils se représentent et se pensent. La salle des audiences du Parlement est ici pour la jeune Cadière le lieu de sa révélation quand, après le temps de la subordination, physique comme spirituelle, vient celui d’une libération par la parole.
22Enfin, le 4 octobre, les deux accusés sont confrontés. La séance commence à 9 h et demie avec l’arrivée de Catherine Cadière suivie du père Girard. Ce dernier, en bon prédicateur, commence par un discours fleuri de compliments destinés à attirer la bienveillance des juges. Il est interrompu par la Cadière qui lui dit « qu’il avoit assez prêché dans sa vie et qu’il étoit tems qu’il se defendit77 ». La jeune fille se révèle être la plus offensive, pressant son ancien directeur de questions, auxquelles parfois il « répond par des pleurs et des sanglots78 ». Le comportement de Girard est ponctué de désordres physiques qui sont pour ses adversaires autant de preuves de culpabilité. Son trouble se manifeste particulièrement quand on évoque sa rupture avec la Cadière et l’abandon de la confession. Il semble déraper à plusieurs reprises :
La force des répliques de l’accusatrice ne laissa enfin à l’accusé d’autres ressources que les invectives, il l’appella friponne, cette injure excitat son imagination, et s’élevant à demÿ de dessus la scelette, elle ÿ répondit avec une sorte d’emportement, puis craignant d’avoir menqué à ce qu’elle devoit à ses juges, elle les suplia aussitôt de luy pardoner ce premier mouvement, excité, dit-elle, par tant d’impudance79.
23Quel crédit accorder aux représentations qui orientent le récit de cette confrontation ? Il semblerait de façon assez claire que la jeune Cadière gagnât le combat aux points. Certains témoignages sont subjectifs, mais le fait que des anti-Cadière aillent dans le même sens valide cette thèse. Le commentaire le plus significatif est sans doute celui apporté, deux ans plus tard, par le conseiller de Montvallon, très proche des jésuites, qui dans une lettre dresse un portrait très élogieux de la jeune fille, tout en soulignant sa fourberie :
S’il faloit de l’adresse & de la dextérité pour joüer tant de différens personnages, il n’en faloit pas moins pour soutenir jusqu’au bout sa bizarre accusation, aussi en a-t-elle donné des marques évidentes sur la sellette & dans la confrontation mutuelle dans la grand-chambre, jamais caractère mieux assorti au rolle qu’elle devoit soutenir, jamais tant de mémoire, tant de souplesse, & tant de présence d’esprit, elle sçavoit par cœur tout ce qu’on avoit écrit pour elle, & récitoit à tout moment des longs fragments de ses factums, conciliant les différents sistèmes de possession d’obsession & de quiétisme avec beaucoup plus d’adresse & de vraisemblance que son avocat80 […].
24Il peut sembler curieux qu’une jeune pénitente maladroite, manipulée par son directeur, soit devenue en quelques mois une ardente et subtile femme capable de réduire au silence un puissant jésuite. Endurcie par les difficultés, elle a forgé un argumentaire au contact de ses partisans, qui ont contribué à aiguiser son esprit. Ses adversaires l’ont également construite. Il faut rappeler que depuis le mois de novembre 1730 la jeune fille est soumise à un questionnement incessant. Bien entraînée à cet exercice, elle semble s’épanouir complètement lors des séances à la grande chambre. Comme si sa foi la convainquait d’avoir une mission à accomplir, le devoir de faire éclater la vérité dans la démonstration d’un jugement divin. Son courage serait renforcé par le soutien du camp janséniste qui lui enverrait les reliques du diacre Pâris : « depuis que je recus ces deux reliques, je n’ay eü aucune crainte et il me sembloit que j’avois un ange à chaque oreille qui me disoit ce que je devois répondre81 ».
25Le 9 octobre, les avocats généraux de Gaufridy et Séguiran demandent que l’accusation de prévarication contre les deux commissaires Faucon et de Charleval formulée par la Cadière et le carme soit prise en compte par la cour, avant de prononcer le jugement. Pourquoi une telle requête ? Faucon étant dans la liste des juges, sa position ne fait aucun doute : il se prononcera pour la peine la plus sévère, à savoir le refuge perpétuel pour la jeune fille. Cette requête est finalement refusée sur arbitrage du président Lebret et sur le motif qu’on ne saurait surseoir pour cela au jugement du procès prévu pour le lendemain. Face à ce refus, une nouvelle arme est employée par les partisans de la Cadière. Des délégués de la chambre des Tournelles et de la chambre des Enquêtes tentent un passage en force en entrant dans la grande chambre et en demandant l’assemblée des chambres. C’est une façon d’ouvrir le jugement et de donner plus de poids aux partisans de la Cadière, ces deux chambres sont en effet plus jeunes et a priori plus influencées par les idées jansénistes. La Tournelle est dirigée par M. de Bandol et les Enquêtes par M. de Bézieux. Le président de Bandol est notamment une des personnes les plus influentes de ce parti. Jouant un rôle très important dans l’affaire, bien que n’étant pas au nombre des juges, il est souvent considéré comme le chef du parti Cadière : « Jusques alors le parti janséniste n’avoit pas eu de chef marqué. Le Président de Bandol se mit à leur tête […] il avoit un grand crédit dans le Parlement. Son autorité donna de nouvelles forces au parti82 ». On reporte à un jour suivant cette réunion des assemblées, Lebret qui semble contrôler ses juges à quelques heures du verdict ne veut pas prendre le risque de donner la possibilité de condamner Girard.
26C’est en effet, dans un curieux retournement, l’enjeu de ces derniers jours du procès. Alors que les conclusions du Parquet – du moins celles des deux procureurs et de l’avocat Gueydan – condamnent la Cadière, on se détermine surtout sur le sort du père Girard. L’objectif est de sauver le jésuite et, de ce fait, on est prêt en échange à mettre hors de cours et de procès la jeune fille. C’est le rôle du président Lebret et de quelques autres que de conduire l’ensemble des juges à cette solution négociée, contre l’avis des jésuites qui jusqu’au bout espèrent une condamnation de la jeune fille. Les tractations sont donc vives et on peut supposer toutes les manœuvres et intimidations possibles entreprises par les deux camps dans des rejeux de logiques diverses, sans doute à l’œuvre avant le déclenchement de l’affaire83.
27Le 10 octobre, lors de l’ultime journée, les juges se réunissent à six heures et demie pour une session de douze heures. Ils rendent public leur arrêt définitif en fin de journée : douze voix pour Girard, douze voix pour la Cadière84. Les commentateurs s’étonnent de cet équilibre miraculeux qui semble résulter du hasard. Il semblerait au contraire que ce résultat eût été construit, obtenu au prix d’un travail de négociation et de compromis. Notons pour commencer qu’il n’y pas sous l’Ancien Régime de règle de légalité des délits et des peines, c’est la Révolution et le code pénal de 1810 qui établissent le principe selon lequel nul délit ne peut être puni de peines qui n’étaient pas prononcées par la loi avant qu’ils fussent commis85. Il serait faux cependant de croire que l’arbitraire régnait exclusivement sous l’Ancien Régime selon le bon plaisir des juges. Des ordonnances prévoient des peines en fonction des crimes commis. On se base sur la coutume et des précédents. C’est donc dans ce cadre, à la fois ouvert et codifié, flou et précis, que doivent se déterminer les juges de l’affaire, en l’absence de flagrant délit, face à des crimes qui restent sans aveu d’un côté comme de l’autre. Le travail à effectuer n’est pas simple. Il suffit de s’intéresser aux variations des opinions des juges dans la journée pour mesurer la complexité de l’entreprise. En effet, en croisant plusieurs sources on constate une distorsion entre les opinions définitives telles qu’elles sont publiées et les relations manuscrites des opinions des juges86. Ces nuances sont à mettre sur le compte des hésitations, des pressions diverses auxquelles sont soumis les juges. Les regards sont braqués sur le parlement, les conséquences politiques du jugement sont très grandes et la vie d’un homme et d’une femme est en jeu. Il s’agit par ailleurs d’un match nul en trompe l’œil qui ne doit pas masquer le déséquilibre des peines, en défaveur de la pénitente. L’arrêt définitif « décharge Jean-Baptiste Girard des accusations à lui imputez » et le met « hors de cour et de procez » tout en le renvoyant pour le délit commun au juge ecclésiastique, par ailleurs il « condamne ladite Cadière aux dépens » et la remet à sa mère « pour en avoir soin87 ». Le P. Nicolas et les frères cadière sont mis hors de cour et de procès. Enfin, il est ordonné que les mémoires en faveur de la Cadière soient lacérés au greffe criminel88 ». D’après la relation du procès, quinze juges ont été d’avis de mettre la Cadière hors de cour et de procès. Ce groupe n’est pas pour autant homogène. Il faut distinguer deux positions différentes. Onze juges peuvent être qualifiés de véritables partisans de la Cadière. Ils mettent hors de cours et de procès la jeune fille et condamnent uniformément au feu le père Girard. Un jugement tranché, clair et idéologique. Parmi eux, les meneurs et les plus radicaux du parti Cadière, appelés abusivement « jansénistes » par les défenseurs de Girard.
28C’est M. de Revest de Montvert qui opine en premier et retient quatre crimes capitaux, dont deux très importants, l’inceste et l’avortement. Les accusations de quiétisme et la sorcellerie, tant débattues dans les factums des avocats, sont mises de côté. On préfère insister sur des crimes que la raison condamne. M. de Martiny de Saint-Jean suit le même avis en se basant sur les conclusions de gens du roi qui demandent une victime. C’est Girard qui doit être cette victime. MM. de Peyrolles, de Moissac ou de Trimond s’expriment avec la même virulence. Cette position révèle toutes les ambiguïtés du camp Cadière. Les juges peuvent se présenter comme des figures persécutées de l’arbitraire jésuite et donc monarchique, montrant par là leur visage « progressiste ». Mais en tant que juges, ils usent aussi de leur droit de punir, pouvoir qui conduit souvent à des exécutions iniques. Ils restent en ce sens fidèles à une tradition conservatrice selon laquelle il est préférable, par sûreté, de condamner un innocent plutôt que de laisser en liberté un coupable. Nous sommes encore loin de la rupture idéologique des années 1750/1760, quand Montesquieu et Beccaria défendront l’idée d’une peine adaptée au crime et proportionnée aux dommages réels causés à la société89. On peut aussi repérer un certain décalage. À Paris, dans l’agitation des années 1730, ce sont des avocats, et non pas les magistrats, qui mènent le courant contestataire. Or, ici, Chaudon est isolé et, malgré son talent et sa ténacité, il ne peut soutenir la comparaison avec les ténors du barreau parisien. Il doit donc compter sur le soutien des juges partisans de la Cadière qui restent des magistrats prisonniers des conservatismes de leur fonction.
29De la même façon, neuf des juges favorables au père Girard – ils le mettent hors de cours et de procès – semblent très hésitants quant à la peine à appliquer à la jeune fille, qui se réduit au fur et à mesure des négociations permettant de sauver la tête du jésuite : « leur opinion a esté de faire faire à la Cadière amende honorable aux cathédrales d’Aix et Toulon portes fermées, leur opinion fut d’abord à faire enfermer pour dix ans la Cadière ensuite pour quatre ans et enfin les uns pour six mois et les autres pour 24 heures90 ». Nous observons donc une plus grande diversité dans les degrés de sévérité à l’encontre de la jeune Cadière. Cinq autres juges se rendent à une position équilibrée et plus raisonnée. Il s’agit du doyen de Suffren, qui dit que « puisqu’on venoit de sauver un scélérat il n’étoit pas juste d’imposer la moindre pene à cette fille91 » ou des présidents de Régusse, d’Espinouse et de Galice qui, tout en innocentant la jeune fille, ne veulent pas pour autant la mort du jésuite. La position du président de Régusse est significative dans la mesure où elle contredit les logiques d’appartenance. En effet, les jésuites semblaient compter sur sa voix, en vertu de liens familiaux avec la société, pourtant, comme le soulignent, non sans respect, les Nouvelles ecclésiastiques, ce magistrat d’expérience s’est élevé « avec force et dignité contre la procédure de l’Official et celle des 2 commissaires, insista sur l’injustice criante qu’il y avoit à confondre ainsi l’innocence avec le crime92 ». Enfin, c’est le cas du président du parlement, Lebret, qui se range aux opinions les plus modérées sur la Cadière en la mettant hors de cours et de procès.
30Le choix des opinions semble donc avoir été le résultat de négociations très serrées entre les juges, mais aussi source de débats intérieurs et de cas de conscience. Les juges ne sont pas tous à priori des hommes de parti ou d’influence, comme le note d’Argens « il y avoit des gens d’un mérite infini entre les deux partis93. La passion les aveugloit94 ». L’entourage familial, selon la chronique satirique, peut avoir exercé une influence non négligeable : « les femmes des juges étoient aussi ouvertement déclarées pour la Cadière jusques la que celles qui avaient des maris qui estoient pour le père Girard refusoient le devoir marital et ne vouloient pas coucher avec eux95 ». Certaines femmes de parlementaires se sont engagées dans le conflit, relayant dans les salons le travail de leurs maris. Citons notamment l’action des marquises de Chateaurenard, de la présidente de Bandol, de la présidente de Maliverny, de Madame de Volonne ou de la marquise de Simiane. Les trois premières semblent avoir été particulièrement investies dans la défense de la cause Cadière. Un auteur jésuite s’en amuse et note à la fin de l’année 1732 qu’elles sont enfin « guéries du Rhume qu’elles avoient contracté il y a un an, en criant contre le père Girard96 ». La tension autour de la décision prise par chacun des juges est donc à son paroxysme. Au vu de l’effervescence qui règne autour du palais depuis plusieurs jours, tout semble possible d’un côté comme de l’autre. Condamner Girard, c’est faire le choix d’affaiblir durablement le crédit des jésuites – les parlementaires aixois le feront trente ans plus tard, mais en synergie avec les autres cours du royaume. C’est aussi, en donnant satisfaction à la rue, encourager une manifestation de joie difficile à contrôler. Les parlementaires Cadière eux-mêmes ne veulent pas aller aussi loin. Condamner la Cadière, c’est non seulement prendre le risque d’une émeute violente et vengeresse, mais c’est aussi confirmer l’impunité des ecclésiastiques. Personne ne peut s’y résoudre. Le compromis s’impose donc. Le président Lebret semble avoir beaucoup œuvré dans ce sens. À rebours du jugement sévère des contemporains qui font de lui l’archétype du pouvoir arbitraire, il aurait pesé de tout son poids pour modérer le jugement et donner une porte de sortie à la jeune Cadière sans trahir ses amis jésuites. Le résultat obtenu peut sembler intelligent. Il condamne mais ménage la Cadière, bien loin des opinions des procureurs qui la condamnaient à mort. En ce sens, la sévérité des juges pro-Cadière à l’égard de Girard n’est pas réciproque à celle des juges pro-Girard.
31Pour résumer, il semblerait que le dénouement eût été le fruit d’un travail qui a neutralisé les franges extrémistes des deux camps pour présenter un jugement équilibré. Les juges Cadière ont tenu sur une position de principe, pour, en conscience, marquer Girard pour la postérité d’une condamnation morale qui satisfait le camp jansénisant. Le dialogue qui aurait eu lieu ce jour-là entre M. de Moissac et M. de Montvallon, aux opinions opposées est significatif de la nature de ces enjeux : « … M. de Montvallon protecteur avéré des jésuites souffrant impatiemment cette cette exacte discussion dit à demi voix pourquoy perdre tant de temps l’arrest est fait et personne ne reviendra cela servira reprit neamoins M. de Moissac au jugement de Dieu97 ». Les conseillers Cadière sont tout à fait dans le rôle du bon juge, celui qui entre dans la magistrature pour combattre un mal infini sans pouvoir le corriger, exerçant en tant qu’homme public le sacerdoce et devenant un prêtre de la justice98. Du côté jésuite, M. de Villeneuve d’Ansouis99, semble être le plus ardent protecteur du père Girard et sa fonction de rapporteur lui donne un certain ascendant. À ses côtés, citons MM. de Villeneuve et de Maurel de Mons. Il faut également distinguer M. de Barrigue de Montvallon, grand ami des jésuites, qui innocente logiquement le père Girard, non sans s’être étendu sur son « extrême simplicité » victime de la « fourberie de sa pénitente100 ». M. de Piolenc, beau-frère de l’abbé de Saleon, évêque d’Agen, concède de son côté que le P. Girard « n’est pas exempt de faute » et le disculpe des crimes par charité pour un homme tombé dans « les pièges » de sa pénitente101. Nous constatons donc qu’il est faux de conclure à une uniformité des positions. Ce qui explique aussi la diffraction de l’affaire par la suite.
32En effet, l’arrêt définitif ne satisfait personne, et le tribunal du public, qui a pourtant pesé dans la décision finale, manifeste son mécontentement et sa déception : « toute la place du Palais et la plupart des rues qui conduisent au lieu du supplice étaient pleines de monde qui s’attendait à voir le jésuite tel que l’a peint le P. Jarrige102 ». On était prêt à rejouer le spectacle rituel de l’exécution. La foule, normalement, « conviée103 », disponible pour faire de ces événements une histoire spécifique, est ici frustrée et sans doute blessée104. Ce jugement suscite des réactions diverses. Ceux qui ont observé de loin le procès et en ont décortiqué les irrégularités, finissent par ne plus du tout le prendre au sérieux. C’est une comédie où « La Cadière, le P. Girard, le carme, le jacobin, l’ecclésiastique n’ont qu’à s’embrasser et oublier tout… la bande joyeuse, provençale, va en faire quelque danse ou quelque chanson105 ». Si le public de la province manifeste bruyamment sa joie de retrouver la Cadière libre, il renouvelle, dans un grand charivari, son hostilité au P. Girard et aux jésuites dans une condamnation symbolique chargée d’expier les fautes commises. Les jésuites sont également déçus et peuvent apparaître comme les grands perdants de l’histoire : « M. de Toulon et les jésuites comptoient et débitoient journellement que la Cadière seroit au moins fouettée106 ». Belsunce, évêque de Marseille, s’indigne de ce déroulement judiciaire :
Vous avez sçu, M., de quelle manière, le parlement d’Aix, a fini la grande affaire qui occupoit depuis si longtems l’Europe, & vous avez mieux senti que personne l’indignité et le ridicule d’un arrêt qui a mis hors de cours et de procez & les Accusateurs et les Accusez107.
33Le chancelier d’Aguesseau108, jusque-là en dehors des débats, s’émeut aussi de cet étrange arrêt : « Comment d’ailleurs les quinze juges qui ont cru devoir absoudre le Jésuite, ont-il pu ne pas prononcer les peines les plus rigoureuses contre elle, qui dans leur manière de penser ne devoit être regardée que comme une calomniatrice109... ». Il demandera deux ans plus tard aux juges Cadière de se justifier. La commande est adressée au président de Maliverny, et produit en 1733 la publication des Motifs des juges du parlement de Provence qui ont été d’avis de condamner le père Jean-Baptiste Girard… Quelques semaines après la fin du procès, le président de Bandol, homme clé de la sociabilité judiciaire aixoise, apporte quelques éléments de réponse à cette question :
Il n’est plus resté aux juges Girard qu’un seul moien de se justifier ; c’est de dire que c’étoit pour eux en parti forcé, en ce qu’il y avoit une conspiration formée autour du palais pour les égorger, et enlever cette fille s’ils l’avoient condamnée. Voilà, Monseigneur, les merveilleux motifs qu’ils imaginent de donner aujourd’hui à la douceur de leurs suffrages110 […].
34Au final, l’affaire des juges d’Aix finit par éclipser l’affaire Girard-Cadière. C’est la justice elle-même qui se trouve désormais sur la sellette. Un tel procès, qui aurait dû être étouffé dès sa naissance, nécessitait un jugement tranché. Ce point de vue, ici exprimé par Bouhier, résume l’opinion commune, notamment du côté des gens de justice qui se sentent salis par l’arrêt du parlement aixois. : « Le scandale de cette affaire est retombé sur la justice111 ». L’affaire Girard-Cadière ne compte donc pas tant pour son contenu qui reste obscur que pour ce qu’elle révèle dans son inachèvement et ses incohérences enchâssées.
Notes de bas de page
1 Voir Nicolas Offenstadt et Stéphane Van Damme, « Une longue histoire », dans Affaires, scandales et grandes causes, Paris, Stock, 2007, p. 7-18.
2 L’équivalent du « procureur du roi » dans la justice laïque, il est chargé de la punition des délits et de la défense du bien public, voir B. Durand, Histoire de la justice en France, p. 63.
3 Le père Nicolas, prieur des carmes déchaux, remplace le père Girard et devient le nouveau confesseur de Catherine.
4 Procédure, Plainte du promoteur, p. 8.
5 Procédure, À nosseigneurs de Parlement, p. 1.
6 Procédure, Exposition de la Cadière, p. 9-12.
7 Voir sur ces dynamiques les ouvrages déjà cités : Luc Boltanski, L’Amour et la justice comme compétences, trois essais de sociologie de l’action, Paris, Métailié, 1990 ; Luc Boltanski, Élisabeth Claverie, Nicolas Offenstadt, Stephane Van Damme, Affaires, scandales et grandes causes, Paris, Stock, 2007.
8 Procédure, Comparant de Catherine Cadière devant le lieutenant de Toulon, p. 9.
9 Procédure, Information, recollemens et confrontations, p. 13-202
10 Procédure, Antoine Gandalbert, 1er témoin et M. Giraud, 2e témoin, p. 14-17.
11 Avignon, Bibl. mun., ms 2372, Lettres de Thomassin de Mazaugues, président au parlement de Provence, adressées d’Aix à Caumont, Mazaugues à Caumont, 29 décembre 1731. Comme pour la correspondance entre Bouhier et Marais, nous ne citerons par la suite que la date de la lettre.
12 Procédure, chevalier de Raymondis, 45e témoin, p. 123.
13 Procédure, lettres patentes sur l’arrêt du conseil du 16 janvier 1731, p. 174.
14 Ibid., p. 175.
15 Procédure, « Continuation de la même information en exécution de l’arrêt du conseil du roi du 16 janvier 1731 », p. 176.
16 Procédure, « Lettres patentes sur l’arrêt du conseil du roi du 16 janvier 1731 », p. 174.
17 Procédure, Jean Bitard, 113e témoin, p. 202.
18 « Le décret d’assigné pour être oüi, est un jugement rendu en matiere criminelle, par lequel le juge ordonne que l’accusé sera assigné pour être oüi par sa bouche sur les faits résultant des charges & informations, et pour répondre aux conclusions que le procureur du roi voudra prendre contre lui. On ordonne ce décret lorsque les charges sont légères, ou que l’accusé est une personne de considération ou officier public, afin de ne lui point faire perdre trop légerement son état par un décret de prise – de – corps ou un ajournement personnel qui emporteroit interdiction […] », Guy du Rousseaud de la Combe, Traité des matières criminelles, suivant l’ordonnance du mois d’août 1670, À Paris, chez Théodore Le Gras, 1762, p. 294 et p. 318.
19 Procédure, « Conclusion de M. le Procureur général du roi », p. 203.
20 Procédure, Premières réponses du père Girard, p. 205.
21 Avignon, Bibl. mun., ms 2372, Thomassin de Mazaugues à Caumont, 5 mars 1731.
22 Procédure, Premières réponses du père Girard, p. 212.
23 Procédure, Réponses de la dlle Cadière, p. 238.
24 Procédure, Réponses de la dlle Cadière, p. 238.
25 Procédure, Réponses de la dlle Cadière, p. 243.
26 Procédure, « déclaration faite par Catherine Cadière », p. 243.
27 Procédure, « comparant de la dlle Cadière », p. 244.
28 Ibid.
29 Procédure, « acte protestatif de la dlle Cadière », p. 245.
30 Procédure, « autre acte protestatif de la dlle Cadière », p. 247-248.
31 Procédure, p. 256, voir également sur ce point Richer, Causes célèbres, p. 405-406.
32 Édouard Méchin, Annales du collège Bourbon, t. II, p. 330.
33 Procédure, p. 97.
34 Voir lettres de Mme de Simiane et de Thomassin de Mazaugues au marquis de Caumont, 9 mai 1731.
35 Marais à Bouhier, 29 mai 1731, p. 146.
36 Turin, Bibl. mun., ms 13, Philocathedras, p. 338.
37 Turin, Bibl. mun. Turin, Philocathedras, p. 370-371 ; voir également, Aix, Bibl. Méjanes, ms 1632, « Relation ou Journal de ce qui s’est passé dans l’intérieur de la grande chambre ; depuis que le procès de la dlle Cadière et du P. Girard a été mis sur le bureau, le 12 septembre », fo 27, p. 41 où l’auteur relate une altercation, cette fois entre M. de Peyrolles, partisan de la Cadière, et M. de Mons, favorable à Girard, le 3 octobre.
38 Turin, Bibl. mun., ms 13, Philocathedras, p. 371-373.
39 N° 436, Marais à Bouhier, 27 avril 1731.
40 Bibl. de l’Assemblée nationale, ms 1422, « Pièces fugitives », 1731.
41 Nouvelles ecclésiastiques, 16 juin 1731, de Paris, p. 118.
42 N° 443, Bouhier à Marais, 29 mai 1731, p. 145-146.
43 [Littré] Terme de jurisprudence. Qui donne lieu à une évocation. Cause évocatoire. Cédule évocatoire, acte qu’on faisait signer à la partie adverse, pour lui déclarer qu’on entendait se pourvoir au conseil, afin d’évoquer l’affaire à un autre parlement.
44 Procédure, « arrêt du conseil du roi », p. 367.
45 Relation fidèle de ce qui s’est passé […], par le P. Pacifique.
46 Turin, Bibl. mun., ms 13, Philocathedras, p. 385.
47 Sur la dénonciation du despotisme de l’Église et de l’État, alimentée par le milieu des journalistes des Nouvelles ecclésiastiques et des avocats, Voir Françoise Bontoux, « Paris janséniste au xviiie siècle », Mémoires de la Fédération des sociétés historiques et archéologiques de Paris et de l’Ile-de-France, 7, 1955, p. 205-220.
48 Jean-Pierre Royer, Bernard Durand, dir., Histoire de la justice en France, p. 184-185.
49 Dale Van Kley, Les origines religieuses de la révolution française […], p. 173-174.
50 Catherine Maire, La cause de Dieu […].
51 Marais à Bouhier, 7 juin 1731, p. 157-158.
52 Turin, Bibl. mun., ms 13, Philocathedras, p. 387.
53 Ibid.
54 Turin, Bibl. mun., ms 13, Philocathedras, p. 390-397.
55 Marais à Bouhier, À Paris, ce 19 juin 1731, p. 164.
56 Procédure, « lettres patentes suivies d’un arrest », p. 368.
57 Ibid.
58 « À ces causes de notre certaine science, pleine puissance et autorité royale, avons ordonné et par ses présentes signées de notre main, ordonnons, voulons et Nous plaît que les sieurs Lebret, de Maliverny, de Piolenc, de Coriolis, de Valbelle, présidents, et de Grimaldy, président honoraire, de Suffren, doyen, d’Estienne, Laurens et de Meyronet, conseillers honoraires, de Gautier, de Villeneuve, de Revest de Montvert, de Ricard, de Saint-Jean, d’Armand de Nibles, de Lestang, de Trimond, de Gallice, de Blanc d’Uveaune, de Montvalon, de Maurel de Mons, de Faucon, de Meironet Saint-Marc, d’Esmivy de Moissac, de la Boulie, conseillers laïcs et de Charleval, conseiller clerc, lesquels ont déjà pris connoissance dudit procès, continuent, conformément à l’arrêt de notre conseil du 16 janvier dernier et aux lettres patentes données en conséquence, de procéder incessamment à l’entière instruction et jugement d’iceluy, encore que notre Cour soit en vacation au 1er juillet… », Aix, arch. dép. des Bouches-du-Rhône, B 3405, Lettres royaux, 1731, fo 724 et 729 ; et Procédure, « lettres patentes ensuite d’un arrest », p. 369.
59 « malgré l’attention des Juges qui la composent à procurer selon nos intentions l’expédition la plus prompte […] se trouve retardé par divers incidents que plusieurs des accusés affectent d’y faire naître et de multiplier dans la vue que le Procès ne soit pas jugé dans la séance présente de notre dite cour de Parlement, qui doit finir le dernier jour de ce mois. […] », Ibid.
60 François Richer, Causes célèbres et intéressantes, p. 415.
61 Thomassin de Mazaugues à Caumont, 2 juillet 1731.
62 Thomassin de Mazaugues à Caumont, 6 juillet 1731.
63 Cela mérite d’être souligné quand on sait que l’avocat, au xviiie siècle, joint à ses activités de cabinet et d’audience d’autres professions pour augmenter son revenu. Voir Hervé Leuwers, L’invention du barreau français, 1660-1880. La construction nationale d’un groupe professionnel, Paris, Éditions de l’EHESS, 2006, p. 34-39.
64 Recueil de factums, « À nosseigneurs du Parlement », 13 août 1731, p. 51-55.
65 Note manuscrite dans Recueil des factums pour et contre dans l’affaire du P. Girard, Aix, Bibl. Méjanes, ms 1632, p. 55.
66 François Richer, Causes célèbres, p. 435-436.
67 Procédure, p. 372.
68 Procédure, « confrontation mutuelle », p. 399.
69 Aix, Bibl. Méjanes, ms 1632, « Relation ou Journal de ce qui s’est passé dans l’intérieur de la grande chambre ; depuis que le procès de la dlle Cadière et du P. Girard a été mis sur le bureau, le 12 septembre », fo 27, p. 48.
70 Voir, pour l’essentiel, Aix, Bibl. Méjanes, ms 1632, « Relation ou journal de ce qui s’est passé dans la grande chambre […] ».
71 Ibid., p. 29-30.
72 Ibid., p. 41.
73 Aix, Bibl. Méjanes, ms 1632. « Relation ou journal de la grande chambre […] », p. 37.
74 Ibid., p. 41.
75 N° 487, Bouhier à Marais, 12 octobre 1731, p. 248-249.
76 Nouvelles ecclésiastiques, 5 décembre 1731, p. 233-236.
77 Ibid.
78 Turin, Bibl. mun., ms 14, Philocathedras, p. 3.
79 Nouvelles écclésiastiques, 5 décembre 1731, p. 233-236.
80 Lettres écrites d’Aix sur l’affaire du père Girard & de la Cadière, distribuées au public le 22 avril 1733, par Mr de Montvallon, conseiller au parlement de Provence, Clément Adibert, 1733, p. 52.
81 Turin, Bibl. mun., ms 14, Philocathedras […], p. 7.
82 Argens, Jean-Baptiste Boyer, marquis d’, Mémoires, p. 190.
83 Voici un récit qui mérite d’être pris en compte malgré la partialité d’une source postérieure aux événements : « La veille du Jugement de cet infâme procès, deux jésuites se présentent pour la première fois chez le Magistrat. Après le premier salut, ces pères lui déclarent qu’ils sont chargés de lui faire une restitution considérable. Le magistrat ne se laisse pas éblouir, il reconnoît le piège, & le tourne contre les Tentateurs. Persuadé que la somme que ces Jésuites lui annoncent comme une restitution est le prix de son suffrage, il leur répond que la modicité de ses facultés ne lui permet pas d’avoir jamais fait une pareille perte. » : Jacques Tailhé (abbé), Abrégé chronologique de l’histoire de la société de Jésus, […], p. 79-81.
84 Pour la répartition des sentences selon les juges, voir : Aix, arch. dép. des Bouches-du-Rhône, Théta 11, t. I., Arrest de la cour du Parlement de Provence, 10/10/1731, p. 1005.
85 Voir Benoît Garnot, Histoire de la justice, p. 32-35.
86 Voir Aix, Bibl. Méjanes, ms 1632, « Relation ou journal de ce qui s’est passé dans la grande chambre […] » et Bibl. mun. Turin, ms 14, Philocathedras […].
87 Procédure, « arrêt définitif du 10 octobre », p. 422.
88 Ibid.
89 Voir Benoît Garnot, Histoire de la justice […], p. 47.
90 Turin, Bibl. mun., ms 14 Philocathedras, « opinions différantes de l’arrêt définitif qui durèrent depuis sept heures du matin jusques à 7 heures du soir », p. 109.
91 Turin, Bibl. mun., ms 14 Philocathedras […], « opinions différantes de l’arrêt définitif qui durèrent depuis sept heures du matin jusques à 7 heures du soir », p. 107-109.
92 Nouvelles ecclésiastiques, 18 août 1731, p. 162.
93 Voir Émile Appolis, Entre jansénistes et « zelanti ». Le Tiers parti catholique au xviiie siècle, Paris, A. et J. Picard, 1960, XII-604 p.
94 Argens, Jean-Baptiste de Boyer, marquis d’, Mémoires, Livre Quatrième, p. 190.
95 Turin, Bibl.mun., ms 13, Philocathedras, p. 442.
96 Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève, 8 Z 4814 INV. 7936 FA : « Lettre d’un officier à l’autheur de la gazette ecclésiastique », p. 5.
97 Turin, Bibl. mun., ms 14, Philocathedras […], p. 166.
98 Benoît Garnot, Histoire de la justice en France […], p. 121.
99 Il bénéficie des faveurs du garde des sceaux. Il est également parent de l’évêque de Viviers.
100 Turin, Bibl. mun., ms 14, Philocathedras, p. 163.
101 Ibid.
102 N° 489, Bouhier à Marais, 18 octobre 1731, p. 252. Référence au pamphlétaire Pierre Jarrige, lui-même ex-jésuite, auteur de Les jésuites mis sur l’échafaud pour plusieurs crimes capitaux par eux commis dans la province de Guyenne (1640).
103 Voir Arlette Farge, La vie fragile. Violence, pouvoirs, solidarités à Paris au xviiie siècle, Paris, Hachette, 1986, p. 201-258, « Folio histoire ».
104 Cette déception n’est pas que le fait du peuple : « Ne se prépare t’elle pas à béatifier le fameux père Girard, ce scélérat qui a vieilli dans le crime & auroit été donné sur une roue en spectacle à tout Paris si le parlement eût fait son devoir », LB 168, La Beaumelle à Angliviel père, À Lyon, ce 6 may 1743, dans Correspondance générale de la Beaumelle (1726-1733), éditée par Hubert Bost, Claude Loriol et Hubert de la Beaumelle, Oxford, The Voltaire foundation, 2005, p. 153. Il est amusant de constater que La Beaumelle transpose la scène du supplice à Paris.
105 N° 488, Marais à Bouhier, 17 octobre 1731, p. 250-251.
106 Aix, musée Arbaud, MD 76, Relation de ce qui s’est passé à Toulon à la nouvelle de l’arrest du parlement d’Aix au sujet de l’affaire du P. Girard jésuite, à Toulon, le 13 octobre 1731, vol. II.
107 Supplément aux Nouvelles ecclésiastiques de 1731, p. 265-266.
108 Plutôt prudent, ce grand serviteur de l’État entreprend un profond travail d’unification du droit. Voir Monique Cottret, Culture et politique dans la France des Lumières, 1715-1792, Paris, Armand Colin, 2002, p. 58.
109 Aix, arch. dép. des Bouches-du-Rhône, Théta 11, Lettre de Monseigneur le chancelier, à M. le Pdt de Maliverny, dans Procès de la Cadière, t. 3.
110 Paris, arch. dipl., MD 1735, Boyer de Bandol à Fleury, à Aix, le 11 janvier 1732.
111 N° 492, Bouhier à Marais, Dijon, 25 octobre 1731, p. 260.
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