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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral La logique du travail psychocorporel Mettre en mots les états du corps Un exemple d’atelier clinique : la clinique psychocorporelle chez un groupe des personnes souffrant de schizophrénie Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteurs

    Psychologie du corps et de l’apparence

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    La clinique psychocorporelle

    Alfonso Santarpia, Myriam Abouchar et Anne Zabern

    p. 171-189

    Texte intégral Bibliographie Bibliographie Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    Le corps est une grande raison, une pluralité avec un sens unique, une guerre et une paix, un troupeau et un pasteur. Instrument de ton corps est aussi ta petite raison, mon frère, que tu nommes « esprit », petit instrument et jouet de ta grande raison. Tu dis « je » et de ce mot t’enorgueillis. Mais plus grande chose est celle à quoi tu refuses de croire, – ton corps et sa grande raison, qui n’est je en parole mais je en action.
    Nietzsche (1883/1971, p. 45)

    1Lorsque la phénoménologie proclame que l’homme est « être dans le monde », elle affirme qu’une dualité entre mon être et ma subjectivité, d’une part, et la façon dont j’existe dans mon corps, d’autre part, est impensable (De Waelhens, 1950 ; Santarpia, 2016). Ainsi, le corps a une double nature et une double appartenance : mon corps est objet du monde, mais il est également vécu corporel, « ce qui m’ouvre au monde et me situe à son intérieur » (Merleau-Ponty, 1945, p. 191). Ce vécu corporel, avant tout, appartient au monde de la sensation. Il se tient là sous nos yeux comme quelque chose de donné à soi-même et en acte. De plus, cette expérience s’inscrit et s’organise dans la culture (Mauss, 1985) : utiliser son corps pour marcher, manger ou pour toute autre action, c’est mettre en jeu les traditions et les symboles de la culture à travers lesquels ce corps s’est constitué et où les gestes, supports de l’acte, se sont établis (Allouch, 2010).

    2La psychothérapie humaniste/existentielle (Santarpia, 2016) s’organise et trouve sa modalité d’interrogation dans cette attitude phénoménologique et anthropologique. Celle-ci a orienté plusieurs recherches dans les champs de la neurobiologie (Damasio, 1994 ; Damasio, Tranel et Damasio, 1991 ; Gallese, 2014 ; Gallese et Lakoff, 2005). Damasio nomme proto-soi (Damasio, 1994) l’ensemble organisé des états du corps (par exemple sensations viscérales, sensations de changement de la température corporelle ou de la fréquence cardiaque). Ces proto-représentations ne sont pas encore la conscience. La conscience apparaît dès qu’un organisme se trouve doté d’un soi-central, c’est-à-dire un système capable de se représenter, sous la forme d’un sentiment, la relation entre l’état du proto-soi et les objets, les personnes avec lesquelles il entre en interaction4.

    3Cette expérience fondatrice, d’être inscrit dans un courant d’expériences sensorielles basiques a été élaboré dans le champ de la psychothérapie humaniste à focalisation corporelle (Santarpia, 2016) dans la notion de soi minimal (Gallagher, 2000 ; Gallagher, 2011). Celui-ci peut être défini comme la conscience d’être le sujet de l’expérience immédiate avec un schéma générique et dynamique d’avoir une frontière corporelle qui organise/filtre un dedans et un dehors (Johnson, 1987 ; Johnson, 1991). Le soi minimal évoque le fait que mon expérience m’appartient (sense of ownership) et le sentiment d’agentivité (la capacité à agir sur le monde, les choses, les êtres, à les transformer ou les influencer). Il implique le fait de pouvoir utiliser le pronom « je » pour se désigner soi-même, de façon immédiate. Le soi minimal implique une présence à soi-même mais aussi au monde et à autrui. Il s’organise sur l’internalisation et l’assimilation d’expériences émotionnelles harmonieuses avec autrui à propos des motivations humaines principales, à savoir (Frankl, 2009 ; Lichtenberg, 2008 ; Lichtenberg, 2004 ; Maslow, 1943) : la sécurité affective, la sensualité, la sexualité, l’affiliation sociale, le sentiment de valeur et l’efficacité personnelle, l’expression et la modulation de l’aversion, la spiritualité et la recherche de sens dans la vie. Pour chaque domaine motivationnel, le patient vit des images/représentations de son corps (en harmonie ou pas) avec la perception psychophysiologique du corps (corps-objet, schéma corporel, perceptions sensorielles5).

    La logique du travail psychocorporel

    Conscience émotionnelle et défenses psychocorporelles

    4La clinique psychocorporelle à orientation humaniste/existentielle (Santarpia, 2016) se centre sur l’identification de la désorganisation du soi-minimal avec ses systèmes motivationnels et sur la proposition de nouvelles expériences impliquant la conscience émotionnelle des patients (Greenberg, 2004 ; Hermans et Dimaggio, 2004 ; Pearson, 2007 ; Santarpia, 2016). La conscience émotionnelle décrit la capacité d’un individu à faire l’expérience d’états subjectifs différenciés, à les interpréter correctement, ainsi qu’à les identifier et les imaginer chez autrui (Lane, Reiman, Axelrod, Yun, Holmes et Schwartz, 1998 ; Lane et Schwartz, 1987 ; Santarpia, 2016).

    5Reich (1970, 1979) est le premier thérapeute dans le champ de la psychothérapie à avoir construit une logique d’intervention basée sur la frontière corporelle (peau/muscles/ gestes) et la conscience émotionnelle. Il avait observé que les tensions musculaires sont organisées en sept segments qui regroupent des muscles particuliers attachés sur le devant, les côtés et l’arrière du corps et forment ainsi sept anneaux (oculaire, buccal, cervical, thoracique, diaphragmatique, abdominal et pelvien). Quand les contractions sont fréquemment répétées (réflexe programmé), elles deviennent contractures chroniques (toniques) et s’inscrivent profondément dans l’attitude du corps et dans le psychisme. Elles peuvent avoir un rôle d’évitement/déni de l’activation physiologique nécessaire à un vécu corporel6 de type émotionnel. Récemment, et pour la première fois dans la littérature, un groupe de chercheurs (Volchana et al., 2011) a montré de façon expérimentale un phénomène de rigidité tonique musculaire provisoire chez des sujets victimes d’expériences de stress post-traumatique. Reich avait observé que les mécanismes de rétentions musculaires-émotionnelles sont étroitement associés à différents mécanismes de rétentions respiratoires. Contenir la respiration, le fait de retenir l’expiration, équivaudrait ainsi à retenir les émotions en retenant le processus naturel du relâchement de l’organisme (Santarpia, 2016). Il insiste alors sur l’importance de l’abandon de la respiration chez ses patients.

    6Sur la ligne de ces observations cliniques (Boyesen, 1987, 1997, Downing, 1995, Reich, 1979 ; Ruggieri, 1995), les défenses psychocorporelles constituent « l’ensemble des opérations psychiques (toniques ou phasiques), automatiques et inconscientes, impliquant la frontière corporelle (peau, muscles, gestes) et une variation de l’activation psychophysiologique7 dans le dessein d’éviter des vécus émotionnels intolérables » (Santarpia, 2016, p. 83). Le psychothérapeute peut observer ces manifestations psychocorporelles défensives et les liens avec les niveaux de la conscience émotionnelle, grâce à l’observation visuelle du patient. Dans une logique de réduction de l’excitation centrale, on peut observer la contracture/rigidité musculaire tonique des zones corporelles telles que l’abdomen, le dos, le cou, et la musculature respiratoire ou l’absence de sensations viscérales (Boyesen, 1987, 1997). Cette stratégie permet au patient, automatiquement et inconsciemment, de réduire ou d’éviter massivement la conscientisation des sensations basiques (froid, chaud, dureté, tonus, souplesse, fluidité, tremblement, etc.) vécues comme menaçantes.

    7Dans une situation interactionnelle, le patient peut éviter, automatiquement et inconsciemment, des sensations associées à des émotions comme la colère par exemple, à travers différentes formes d’évitement gestuel (évitement de proximité physique ou évitement du croisement de regards). On peut avoir des exemples assez significatifs dans la rencontre avec un enfant qui souffre d’une désorganisation importante de l’interaction (par exemple, dans les troubles du développement).

    8Une autre forme de ce type de défense est l’impossibilité à exprimer ouvertement une émotion à autrui. Le patient ressent une forme de conscience d’activation (une sensation, un ressenti), mais il n’arrive pas à l’exprimer à travers une modalité de parole ou d’action. Ainsi, soit il peut, automatiquement et inconsciemment, bloquer l’expression des émotions (à travers une forme de tension corporelle, un nœud à la gorge, par exemple) soit il peut déformer l’expression émotionnelle à travers un geste opposé au sentiment vécu (si on est dans l’irritation, montrer un sourire à la place d’une grimace de colère).

    9Une dernière situation d’observation de ces modalités défensives est le contexte dans lequel le patient, automatiquement et inconsciemment, évite d’intégrer les sensations à travers une focalisation sur une modalité et l’évitement d’une autre. Par exemple, le patient qui ressent exclusivement une modalité sensorielle (le visuel en se regardant dans le miroir) et qui, dans le même temps, efface les autres modalités sensorielles8.

    Soi-minimal et anorexie mentale : stratégies psychothérapeutiques et clinique psychocorporelle

    10Dans la clinique de l’anorexie mentale, à un premier niveau de la désorganisation du soi-minimal, on observe le plus souvent une dysmorphophobie « classique », face à une patiente9 extrêmement maigre, qui n’a pas conscience de cette maigreur et qui va se percevoir comme étant en surpoids. Ces patientes nous disent généralement : « Si je me voyais avec vos yeux, si j’avais conscience de mon corps tel qu’il est, j’accepterais de prendre du poids. Mais je me sens énorme, alors tout gramme en plus est insupportable ». Bien souvent, ces jeunes filles n’ont pas un idéal de maigreur. On le note toutefois chez une partie d’entre elles qui, tout en ayant totalement conscience de leur maigreur, disent : « Je veux être très maigre parce que cela me plait esthétiquement et parce que je ne supporte pas le fait d’avoir un corps normal ».

    11Le type de narration de la problématique corporelle10 peut prendre des formes différentes en fonction des aspects que la patiente met en relief. Toutefois, une trame commune peut être dégagée sur la façon de les explorer et sur les stratégies psychothérapeutiques. Les stratégies seront déclinées en deux grandes catégories : directes et indirectes. Les stratégies directes sont celles dans lesquelles le travail portera directement sur la perception corporelle globale, les sensations internes, la dysmorphophobie :

    • L’exploration du contexte (interne et externe) favorisant ou apaisant les craintes corporelles. Il s’agit à ce stade d’une auto-observation par la personne souffrant d’anorexie et d’une mise en évidence des différentes peurs et de leur contexte d’apparition. La perception corporelle d’une même patiente varie par ses thématiques et son intensité. Pour ajuster les pistes de travail, il est alors essentiel d’avoir une idée précise de ces éléments.
    • Le travail autour du miroir. On se regarde et on décrit à haute voix ce qui vient. Ce travail permet de rester en contact avec les émotions ressenties, qui s’enfuient la plupart du temps. Ce travail permet également au thérapeute de faire remarquer à la patiente que son regard ne se pose que sur certaines parties du corps (celles sur lesquelles se centrent les peurs) et que les autres parties du corps ne sont pas investies, ne sont pas regardées, comme si elles ne faisaient pas partie du corps.
    • La visualisation à travers l’imagination. On invite la patiente à fermer les yeux et à focaliser son attention sur les parties du corps qu’elle ne supporte pas, qui suscitent un grand inconfort, et pourtant, auxquelles elle pense en permanence et qui génèrent une intense souffrance (e.g., parties du corps qu’elle trouve grosses).
    • La pleine conscience autour des sens, des sensations internes, afin de favoriser la conscience corporelle et de s’approprier son corps autrement que par la « violence ».
    • La féminisation du corps. Ici, la patiente est invitée à l’exploration de la vision du corps qui se transforme et se féminise. Comment cela est-il vécu par la patiente ? Quelles représentations et ou peurs a-t-elle du corps féminin, de la sexualité et du rapport au sexe opposé ?

    12Concernant les stratégies indirectes, il s’agit de travailler sur le fonctionnement psychologique plus global que l’on estime en lien avec l’appréhension corporelle (dialogue et harmonisation entre les perceptions corporelles, les émotions et les représentations). Nous entendons ainsi :

    • Le travail autour des difficultés de mentalisation, en décentrant peu à peu la place prédominante du symptôme. Il s’agira ici d’aider la patiente à faire des liens entre sa perception corporelle (vécue et racontée) et son univers de pensée, d’émotions, son histoire de vie et certains évènements « traumatiques ».
    • L’exploration de la fonction majeure du symptôme corporel. Le sentiment de valeur et d’efficacité personnelle est en partie déterminé par la capacité à maîtriser son corps et la faim « C’est la seule chose que je fais de bien. C’est ce que je fais le mieux ». Ainsi, il existe un lien très fort entre l’image du corps et le sens de l’identité en tant que personne au sens de Rogers (195111).

    Mettre en mots les états du corps

    Le sensoriel, l’émotionnel, le métaphorique

    13Le travail psychocorporel uniquement centré sur l’approche de Reich renforcée par son élève Lowen s’expose au danger de simplification de la conception du lien corps/psyché : réduire physiquement les défenses peut court-circuiter et négliger la dimension de la symbolisation corporelle (Allouch, 2010). Un apport précieux qui a nourri le passage crucial entre le niveau sensoriel des défenses psychocorporelles et la symbolisation de l’expérience corporelle est fourni dans le domaine de la linguistique cognitive (Gibbs, 2006 ; Lakoff, 1993 ; Lakoff et Johnson, 1990). Ce domaine de recherche a fourni l’hypothèse d’un lien direct entre l’expérience sensorielle, la symbolisation et l’émergence d’énoncés. Johnson (1997) et d’autres chercheurs (Gibbs, 2006 ; Kövecses, 2000 ; Lakoff, 2012 ; Lakoff et Johnson, 1990) ont proposé les notions de métaphores primaires et de figuration d’expérience corporelle.

    14La notion de métaphores primaires, renvoie aux connexions neuronales entre les émotions et les expériences subjectives sensori-motrices développées depuis l’enfance. Par exemple, le concept d’affection est généralement intriqué (blending ou conflation en anglais) avec la sensation de chaleur que l’enfant éprouve à plusieurs reprises quand il est tenu dans les bras de quelqu’un. Ces types de catégories d’expérience expliqueront ainsi pourquoi nous conceptualisons l’affection en matière de chaleur dans des énoncés tels que « un sourire chaleureux » ou une « personne froide » (Santarpia, 2016).

    15La notion de figuration d’expérience corporelle (Johnson, 1991, 1987) renvoie à un schéma récurrent et dynamique de nos interactions perceptives et de nos programmes moteurs qui donnent cohérence et structure à notre expérience. Il s’agit d’un ensemble d’organisateurs généraux et innés d’expériences corporelles. La Verticalité par exemple, émerge de notre tendance à employer l’orientation Dessus/Dessous dans la compréhension de nos expériences (Johnson, 1987). Le « Contenu dans un contenant » et « la trajectoire d’un point initial vers un point final » sont des organisateurs d’expériences basiques et sont en relation avec nos principales motivations humaines12. En fait les relations entre émotions et sensations semblent associées symboliquement dans les expressions langagières en tant que relation de « contenus » à « contenants ». Par exemple, nous avons l’exemple prototypique de la colère comme fluide qui chauffe dans un récipient qui génère des énoncés tels que « ça va chauffer », « bouillir de rage » (Gibbs, 1994 ; Kövecses, 2000 ; Lakoff et Johnson, 1990 ; Ortony, 1988).

    16Au niveau technique, cette perspective s’articule avec l’approche thérapeutique du Focusing (Gendlin 1996, 1999, 2006) qui vise à mobiliser chez le patient la focalisation sensorielle et la symbolisation à travers le ressenti corporel (felt sens), la prise (handle), le mouvement corporel (body shift). Le ressenti corporel est une expérience sensorielle et globale, vaste ou détaillée qu’on peut sentir, mais qu’on ne peut nommer. Ensuite, quand l’attention du patient peut se tourner vers son ressenti, des mots ou des images peuvent émerger à la conscience. On peut alors parler de processus de « prise », ou d’« entrer en contact » avec le/s image/s. Le mouvement corporel est une forme initiale d’élaboration de la nouvelle représentation (image/s) rencontrée par le patient. Par exemple, une patiente peut raconter son ressenti corporel à travers l’image de « l’étau » : « Moi je suis toute crispée, je suis tellement crispée que je n’arrive pas à me détendre. Je me sens tellement serrée dans un étau que je n’arrive pas à détendre et à desserrer cet étau, j’ai même du mal à me concentrer ».

    17Gendlin avait compris que le succès de la thérapie était associé à la mise en place de ce processus de symbolisation affective du sensoriel. Dans cette perspective d’intégration entre les sensations, les émotions et les métaphores du corps, Santarpia et collègues (2014 ; 2006) proposent la possibilité d’un repérage, d’une élaboration des métaphores corporelles défensives chez des patients « ma respiration est un mur », « ma poitrine est frigorifiée », « mon souffle est coupé » et sur l’émergence/proposition des nouvelles symbolisations plus créatives, poétiques et (peut-être) transformatives « essayez d’expérimenter que votre respiration pourrait s’ouvrir », « s’illuminer », « se spatialiser ».

    Les techniques à focalisation sensorielle/affective

    18Downing (1995) explique qu’une technique psychothérapeutique à focalisation corporelle se caractérise par la création d’une expérience provoquée par le clinicien selon les moments de la relation thérapeutique (empathie, résonance, création d’un environnement sécurisant alliance thérapeutique, voir Drouin, 2014 ; Gaston, 1990). La technique a pour fonction de réactiver les traces mnésiques d’expériences corporelles qui ont pu être inscrites dans le psychisme du patient voire d’en inscrire d’autres en s’appuyant sur la mise en jeu et en scène de leur corporéité dans la relation thérapeutique (Allouch, 2010).

    19Si, dans la phase de création d’un environnement sécurisant, le thérapeute ressent par exemple l’impression que le patient propose sur soi un discours dévalorisant associé à des gestes instables, il peut l’encourager à expérimenter l’impression d’être bien ancré dans le sol ou sur le canapé (grounding ou ancrage), sans devoir lui imposer une technique d’ancrage trop détaillée. Un autre cas de figure se trouve également dans l’expérience de la suspension du visuel (e.g., fermer les yeux) qui peut progressivement être proposée dans des situations où le patient se trouve dans un contrôle oculaire qui évoque une maîtrise excessive de soi-même et une difficulté à faire confiance.

    20Dans des phases plus avancées du processus thérapeutique (Drouin, 2014), le thérapeute va ainsi appréhender la gestualité consciente ou implicite (inconsciente) de son patient, et il peut l’encourager à exprimer un vécu possible (e.g., expression gestuelle et vocale du ressenti, concordance entre les énoncés et les signes non-verbaux) qui va s’orienter vers des expériences réparatrices (Alexander et French, 1946) ou créatives (Perls, Hefferline et Goodman, 1951).

    21Dans une modalité plus active, le thérapeute peut également inviter le patient (dynamisation) à planifier une action ou à imaginer une action (e.g., frapper un matelas, augmenter la voix, serrer la mâchoire, …). Il peut proposer une « micro-expression » de l’action si l’émotion est menaçante. De nombreux auteurs (Boyesen, 1987, 1997 ; Champ et al., 2015 ; Lowen, 1979 ; Painter, 1992 ; Reich, 1970 ; Rispoli, 1993 ; Santarpia, 2016) ont proposé l’usage de techniques à focalisation corporelle (statiques/dynamiques, multipositionnelles, imagées) afin de travailler sur des expériences psychocorporelles essentielles :

    • La réduction ou l’augmentation de l’activation physiologique (relaxation ou dynamisation) ;
    • Les formes d’ancrages et de sécurité dans l’espace (travail sur le sol, la chaise, le canapé) ;
    • La focalisation ou l’amplification sensorielle (se centrer sur un point du corps ou stimuler une perception globale) ;
    • La suspension du visuel ou de l’auditif (fermeture des yeux, par exemple) ;
    • L’expression gestuelle et vocale du ressenti (devant un miroir ou dans un jeu de rôle avec le clinicien) ;
    • La concordance des énoncés et des signes non-verbaux (focalisation sur une parole intégrée à la sensation ou à la gestuelle, par exemple) ;
    • L’exploration des frontières du corps et du toucher pour marquer l’existence du Je et l’autrui ;
    • Le travail sur l’espace dyadique : accepter/refuser, s’abandonner, prendre ;
    • Les confrontations en corps-à-corps pour s’affirmer ou se protéger.

    22Dans la partie suivante, nous allons observer l’usage de ces techniques dans un atelier chez un groupe de personnes souffrant de schizophrénie.

    Un exemple d’atelier clinique : la clinique psychocorporelle chez un groupe des personnes souffrant de schizophrénie

    23Le niveau de la conscience émotionnelle est radicalement perturbé chez les personnes souffrant de schizophrénie (Exner, Boucsein, Degner, Irle et Weniger, 2004 ; Hooker et Park, 2005 ; Rosse, Kendrick, Wyatt et Isaac, 1994 ; Tremeau, 2006 ; Tso, Mui, Taylor et Deldin, 2012 ; Van’tWout, Aleman, Bermond et Kahn, 2007). En particulier, au niveau motivationnel, plusieurs recherches (Bartholomew et Horowitz, 1991 ; Platts, Tyson et Mason, 2002) ont suggéré qu’il existait une continuité entre les expériences interpersonnelles précoces et le style d’attachement13 du sujet aux autres à l’âge adulte, et que ces styles d’attachements adultes étaient prédicteurs du fonctionnement interpersonnel, du niveau d’estime de soi et de la psychopathologie. D’autres chercheurs (Owens et al. 2012 ; Ponizovsky, Nechamkin et Rosca, 2007) ont mis en avant que les personnes psychotiques ont un niveau d’attachement « insecure » significativement plus élevé que les groupes contrôles. Par ailleurs, d’autres travaux (Dozier, 1990 ; Dozier, Stevenson, Lee et Velligan, 1991) ont montré que les personnes schizophrènes ont un niveau d’attachement évitant plus élevé que dans les autres types de psychoses.

    24Dans cette perspective entre corps, conscience et émotions, nous avons pensé qu’un travail de groupe qui utilise des techniques psychocorporelles pouvait faire évoluer la conscience émotionnelle (associée au niveau motivationnel de l’attachement) chez des patients souffrant de schizophrénie. Les éléments présentés ci-après sont issus d’un travail de recherche (Zabern et Santarpia, 2013) mené en France, dans un centre hospitalier. Le but thérapeutique des séances était de faire (re)vivre des expériences d’attachement (Bowlby, 1969) aux participants, de les amener à prendre conscience de leur vécu corporel et émotionnel, dans une situation de relation interpersonnelle et groupale (cf. tableau 1). Le groupe avec lequel ce travail a été réalisé comprenait deux hommes (Monsieur D et Monsieur T) et deux femmes (Madame M et Madame C), âgés de 26 à 60 ans, souffrant de schizophrénie. Les participants étaient stabilisés (absences de délires) et en pleine possession de leurs fonctions cognitives.

    Tableau 1 - Contenu des séances de l’atelier

    Image

    Séance I : Éprouvés corporels et narrations sur la spatialité

    25La présence thérapeutique dans ce type de rencontre est caractérisée par une forte sensibilité pour le monde perceptif des patients (le contact oculaire, les pauses du discours, les silences, et les gestes) qui accompagne le discours. La thérapeute participe au mouvement dynamique et interactif du patient, elle capture les sons et le contenu du récit du patient sans se laisser submerger par celui-ci (Rogers, 1993). D’abord, un dialogue sensoriel et interne prend forme chez le clinicien : « Comment respirer devant le corps de cet homme/femme qui se raconte, quelle est la meilleure posture physique pour trouver la juste distance afin de capturer une trace sensorielle de son vécu émotionnel pendant notre échange ? Comment puis-je moduler ma voix pour l’effrayer le moins possible ? » (Santarpia, 2016, p. 19). Ensuite, les participants racontent leur façon d’habiter leur corps dans l’ici et maintenant.

    26Les informations recueillies lors de cette première séance serviront de base de référence afin de voir si une évolution narrative a eu lieu tout au long de l’atelier. Afin de mesurer cette évolution nous avons axé notre analyse du discours des sujets sur tout ce qui se rapporte au vécu corporel, émotionnel et tout ce qui fait référence au type d’attachement de ces patients. Tout d’abord, nous présentons quelques extraits nous permettant d’affirmer l’existence d’une forme d’attachement de type évitant au commencement de l’intervention (Ainsworth, Blehar, Waters et Wall, 1978).

    Madame C explique : « Je pleurais toujours dans un coin toute seule… Je me sens mieux quand je suis seule parce que je sens que je ne suis pas vulnérable, j’ai personne qui, qui peut me, me juger c’est un bien grand mot mais me, me, me, me percer à jour… ». Madame M : « Moi j’ai appris à vivre seule, je suis seule moi, ça fait des années que j’suis seule ».

    27Lors du déroulement de cette première séance, après une focalisation non-directive et non-structurée sur le contact respiratoire de chacun, la thérapeute propose une expérience organisée de prise de conscience généralisée du corps sensoriel dans la double spatialité (extérieure et intérieure) :

    • Explorer visuellement l’avant, l’arrière, le haut, le bas, la gauche, la droite en en insistant sur la perception du sentiment d’ancrage dans le sol et sur la pesanteur du corps.
    • Explorer la frontière corporelle (les sensations de l’intérieur du corps, froid, chaud, zone de tensions, de relâchement).

    28Ce moment clinique sera suivi par un échange discursif sur le vécu affectif-symbolique de cette expérience sensorielle.

    Les invitations de la thérapeute : « Madame/Monsieur avez-vous visualisé une image, une sensation, un objet devant vous pendant cette expérience ? Avez-vous repéré un mouvement, un geste qui pouvait vous rassurer ? ».
    Madame C : « Moi je suis toute crispée, je suis tellement crispée que je n’arrive pas à me détendre. Je me sens tellement serrée dans un étau que je n’arrive pas à détendre et à desserrer cet étau, même j’ai du mal à me concentrer ».
    Monsieur T : « Moi je suis un peu… comme dit madame, comme elle je suis trop crispé et y faudrait peut-être plusieurs séances. Je me crispe en position défensive, comme si c’était en défensive ».

    29Cet échange nous offre une base de référence sur la façon dont chacun vit son corps et sur les sentiments/émotions que chaque participant est capable de laisser émerger au commencement de l’intervention. La thérapeute observe les patients dans leur récit mais aussi dans leur communication non-verbale ce qui permet de détecter la présence d’importantes tensions chez ce type de patients. La thérapeute note que :

    tous étaient restés totalement figés pendant l’exercice de relaxation, ils ne bougeaient pas, ne semblaient pas réussir à se laisser aller, comme s’ils essayaient de rester dans un contrôle permanent de leur corps afin de ne pas permettre l’exploration de soi-même. Ils avaient également au départ beaucoup de difficulté à fermer les yeux et à les laisser fermer toute la séance ou, s’ils le faisaient, s’endormaient rapidement.

    30Dans ce type de situation, le fait de garder les yeux ouverts pour une longue période pourrait constituer une forme de défense psychocorporelle : nous attacher visuellement à des éléments externes, contrôler l’autrui ou l’environnement permet d’éviter, de fuir l’intérieur, de fuir nos ressentis et nos émotions.

    Séance II : L’expérience de l’ancrage assis

    31Dans cette séance, la thérapeute propose un travail de prise de conscience corporelle assise (ancrage). La thérapeute insiste sur la prise de conscience des points de contact du corps avec la chaise et le sol. Ce travail sur la stabilité concrète du corps s’inscrit dans la logique de deux principes observés dans les recherches sur l’Embodiment (Gallese et Lakoff, 2005 ; Gibbs, 2006 ; Varela et Rosch, 1993) :

    • La pensée conceptuelle s’appuie sur les structures de la sensori-motricité pour interagir avec l’environnement ;
    • Il y a un lien métaphorique entre catégories abstraites et concrètes.

    32Une fois l’expérience de l’ancrage assis terminée, la thérapeute invite à un échange autour du vécu sensoriel afin que chacun puisse tenter de verbaliser quel a été son ressenti corporel et affectif/émotionnel. Dans une modalité de présence et d’exploration narrative d’orientation rogerienne (Rogers, 1951), la thérapeute peut suivre les questions directrices suivantes : Quelles ont été les zones perçues ou non perçues ? Quelles étaient les sensations associées à ces perceptions (agréables, désagréables, neutres) ? Pouvez-vous associer des images, des souvenirs concernant l’ancrage et la pesanteur du corps sur la chaise ? Avez-vous réussi à laisser venir une émotion à la fin de la séance ? Si non pour quelles raisons, si oui, pouvez-vous nommer cette émotion ?

    Madame C : « J’ai du mal avec mes émotions, je les... elles sont ancrées mais au fond. C’est une façon de me défendre contre les agressions de la vie… en cachant mes émotions pour être moins vulnérable » ou encore « moi mon émotion elle est plutôt brouillon », ce qui illustre la difficulté à ressentir et à mettre des mots sur ce qu’elle ressent, tout semble confus.
    Monsieur T : « Quand vous avez presque 50 ans et qu’on vous demande de faire ressortir des émotions alors que vous en êtes incapable c’est très difficile ».

    33À ce stade, la thérapeute relate que les patients ne parlent pas d’émotions spécifiques mais utilisent le mot général « émotion » pour parler de ce qu’ils ressentent. C’est un point crucial de la clinique psychocorporelle, la thérapeute s’interroge sur la possibilité d’intégration, d’assimilation et de synthèse entre le plan sensoriel, le plan affectif/émotionnel et le plan de la symbolisation affective.

    Séance III : L’être-porté et la contenance horizontale

    34Dans la troisième séance, la thérapeute propose un travail de prise de conscience corporelle en s’allongeant sur des tapis. Les patients doivent se centrer sur les points de contact du corps avec le tapis ainsi que sur l’autre face de leur corps qui n’est pas en contact avec le tapis. Cette expérience d’être porté par le sol évoque également l’expérience de ressentis différents selon que le corps est en contact avec le sol (expérience d’être porté, pouvoir se relaxer) ou non (frustration, sensation de vide). La psychothérapeute leur demande également de laisser venir une image, une sensation, une émotion une fois récupérée la position verticale.

    Madame C : « C’est un petit peu mieux allongé mais j’ai, je n’arrive pas à respirer comme il faut, j’ai ma respiration qui se bloque… non pas quand je suis allongée, quand euh… je crois que inconsciemment ouais, ça me le fait tout l’temps, je m’en rends pas compte mais ça me bloque, j’suis tellement bloquée que j’ai tout de bloqué, j’ai tout qui est… serré… et là je vois que je me balance et ça m’énerve ».
    Monsieur T : « Oui. Euh, allongé on ressent mieux l’espace, plutôt qu’assis. D’ailleurs je n’avais pas entendu qu’il fallait se relever (sourire) oui, il y a une meilleure relation entre l’individu et l’espace, euh oui on peut dire ça oui ».

    Séance IV : L’expérience tactile et l’imagerie du lieu sécurisant

    35Cette séance permet une première approche du toucher afin de pouvoir travailler là-dessus dans une séance ultérieure. Bowlby (1958) a souligné chez l’humain l’importance de la co-corporéité comme lieu du lien privilégié d’échange entre le bébé et sa mère14. Au cours de la séance, les patients sont amenés dans un premier temps à prendre conscience de leurs corps, de leur respiration, de l’ancrage dans le sol et du contact de leur corps en appui sur le sol. Dans un second temps, une infirmière déroule, de façon progressive et par étapes successives, une couverture sur le corps de chacun afin que ceux-ci prennent conscience des ressentis corporels liés au contact de cette couverture sur leur corps. L’attention est portée essentiellement sur les sensations de chaleur, le contact de cette couverture avec leur corps, les sensations que ce contact génère, la différence sensorielle avec les parties non couvertes et donc en contact direct avec l’air. La thérapeute insiste sur la chaleur et l’enveloppement que crée la couverture, toujours en les amenant à se concentrer sur leur corps et leur respiration. À la fin, les patients sont invités à un travail d’imagerie très simple qui consiste à imaginer se rendre dans un lieu sécurisant, rassurant, où ils se sentent bien et, une fois dans ce lieu, à laisser venir une émotion ou un ressenti corporel spécifique, à s’en imprégner et à essayer de l’identifier. À ce stade, la psychologue essaie de stimuler un travail d’intégration entre le plan sensoriel et le plan cognitif-symbolique, puis de faire émerger du matériel verbal à propos de la question de sécurité et de relation.

    Madame C : « Bah j’ai ressenti de la douceur quand on m’a mis la couverture sur le… (montre son torse) mais après j’ai ressenti une sorte d’oppression dans la poitrine… la couverture ça me portait de la douceur, et peut être que oui le fait d’avoir cette douceur ça m’a oppressée, je sais pas… ».
    Monsieur T : « Moi c’était comme un bébé dans son placenta, dans son placenta oui, comme une régression… non agréable ».

    36Concernant l’imagerie du lieu sécurisant, le travail d’élaboration est compliqué.

    Madame C : « J’ai essayé d’aller ailleurs mais je n’arrivais pas à me concentrer comme il fallait… j’ai du mal à me relaxer… ».
    Monsieur T : « Euh non puisque je vous ai dit que j’étais comme un, comme, comme un bébé, le lieu apaisant c’est… il y a des gens c’est le ventre de la maman… je vous ai dit que je ressentais comme une régression… ».

    Séance V : Le travail de rêve éveillé sur la situation étrange

    37La cinquième séance est focalisée sur un travail de rêve éveillé dirigé (Desoille, 1961) inspiré de la « situation étrange » de Ainsworth (Ainsworth et al., 1978). La séance se déroule assis. La thérapeute commence par un travail de prise de conscience de l’ancrage puis elle réalise une brève relaxation (non structurée) en se centrant sur la respiration. Ensuite, elle demande aux patients d’imaginer un lieu apaisant et de s’y rendre, dans le but de les mettre dans un état de sécurité interne et de détente. Après être restés un moment dans ce lieu, il leur est demandé d’en sortir et de se rendre dans une pièce, de la taille qu’ils souhaitent, dans laquelle sont disposés un certain nombre de jouets et où se trouvent une mère et son enfant. Ils sont là pour observer ce qu’il va se passer entre cette mère et son enfant tout au long de l’histoire. Il y aura une première séparation, la mère laissant l’enfant seul dans la pièce, suivie de retrouvailles. Puis une seconde séparation où une étrangère entrera dans la pièce en l’absence de la mère et repartira au retour de celle-ci. Lors de chacune de ces scènes, il sera suggéré des comportements, des émotions, des pensées afin de guider les patients. Il sera demandé à chacun de bien faire attention à chaque moment à ce que fait l’enfant (comportements et émotions).

    38À la fin, dans le but de rassurer les patients après cette expérience qui aura pu être difficile, la mère (dans l’imagination) expliquera à l’enfant qu’elle ne partira plus et qu’il peut compter sur elle. Enfin, il leur est demandé de quitter cette pièce et de retourner dans leur lieu rassurant, d’y rester un moment et de laisser venir les émotions qui peuvent émerger. Progressivement ils sont amenés à reprendre conscience de leur corps dans la pièce, sur la chaise, à se recentrer sur leur respiration afin de revenir dans la pièce. S’en suivra un échange sur l’expérience vécue afin de les amener à mettre des mots sur ce qu’ils ont pu observer et ressentir durant cette séance. Cet échange sera bien sûr libre. Cependant, si la psychothérapeute constate une difficulté, elle peut tenter d’amener les participants à se questionner : sur leurs émotions en présence et en l’absence de l’autre ; sur le sentiment de sécurité ou d’insécurité que l’on peut éprouver dans ses relations ou lorsqu’on est seul ; sur les conditions pouvant amener à de tels sentiments.

    Madame C : « Pas vraiment… j’ai eu du mal… bah je… dans ma tête je m’imaginais euh… ma nièce avec ma petite nièce… donc c’était des gens que je connaissais que je visualisais… oui, j’ai réussi à vivre ces moments avec des gens que je connais et moi j’arrivais pas à mettre des émotions dessus… j’étais vraiment stoïque… bah justement je… les émotions je n’arrivais pas à les mettre dessus… l’enfant euh… il jouait ou il jouait pas selon le moment mais… c’est comme si je ne faisais pas partie de l’évènement… par contre les personnages que j’ ai observés ils avaient l’air d’avoir des émotions… mais je n’ai pas grand-chose à dire… »
    Monsieur T : « je n’ai pas réussi à imaginer, la position assise ce n’est pas… ce n’est pas enclin à imaginer euh cette histoire d’enfant… je n’entendais plus… non puisque en fait il fallait être abandonné complètement sur la chaise quoi et… ce qui a eu pour effet de… de… même les bruits on les entendait plus… quasiment plus rien… pour moi c’est… contraire, y’a une chose contraire dans l’histoire… il fallait bien être abandonné sur sa chaise et en même temps écouter ce que vous avez à dire, et pour moi c’est contraire… je veux dire que je me suis concentré sur le fait de m’abandonner sur ma chaise mais je n’ai pas écouté l’histoire… je me suis détendu un peu ».
    Madame M : « J’ai vu un enfant mais euh c’est tout hein… avec une maman, un petit avec une maman… ah bah je n’ai pas imaginé là, je ne sais pas j’ai rien imaginé là, j’ai vu un enfant mais c’est tout hein, il jouait comme ça a été dit ».

    Séance VI : L’intercorporéité tactile sur l’altérité

    39Enfin, la sixième et dernière séance est centrée sur le contact physique avec l’autre. Lors de cette séance, plusieurs expériences sont proposées. Tout d’abord la psychothérapeute les amène, debout, les yeux fermés, à prendre conscience de l’espace dont ils ont besoin pour se sentir à l’aise, de leur « bulle vitale ». Il leur est ensuite demandé de prendre conscience de la place de leur voisin par rapport à eux, et, si c’est possible, des délimitations de sa propre « bulle ». Puis, assis, ils doivent, deux par deux, s’appuyer dos à dos afin de ressentir le contact de l’autre. Le fait de réaliser cet exercice dos à dos permet de ne pas avoir à affronter le regard de l’autre qui peut être vécu comme intrusif dans cette expérience de contact déjà difficile. Ils sont amenés à alterner, s’appuyant tour à tour l’un contre l’autre. Chacun devra alors se concentrer sur ce qu’il ressent au niveau corporel lorsqu’il est en appui sur l’autre et lorsqu’un autre s’appuie sur lui. Enfin, la psychothérapeute termine cette « séance allongée », par un travail de relaxation et de prise de conscience de leur corps en se centrant toujours sur cette « bulle » et sur la présence de l’autre à côté de soi.

    40Elle les amène également à expérimenter un rétrécissement de cette bulle puis son élargissement afin qu’ils puissent repérer les changements corporels et émotionnels qui en résultent. Suivra un échange autour du vécu de la séance, échange orienté sur les thèmes de la proximité/distance et des ressentis corporels et émotionnels liés à ces situations. Cette séance a pour objectif d’interroger le rapport soi et l’altérité (le niveau plus organisé de conscience émotionnelle).

    Madame C : « Moi j’ai mal aux jambes, ça a rien avoir avec, avec la relaxation, j’ai mal aux jambes, j’ai les pieds déformés, et, c’est au niveau du squelette que j’ai des problèmes… m’appuyer et d’avoir les jambes comme ça (allonge ses jambes), je, je, d’être assise par terre je ne peux pas rester, ça me tire trop dans les jambes… oui oui, je sens également mon appui dans mon dos, je n’ai pas réussi à m’appuyer sur l’autre ». Monsieur T : « C’est compliqué, ça me dérangeait de sentir quelqu’un qui était contre moi, contre mon dos… me dérangeait de sentir cette masse appuyée contre moi… j’avais une impression d’écrasement… ».

    L’analyse clinique

    41La focalisation permanente sur le courant d’expériences corporelles du soi minimal (Gallagher, 2011 ; Gallagher, 2000 ; Princé et Santarpia, 2016) a permis une plus grande capacité à investir son corps et à se détendre au fil des séances. Éléments repérés notamment par le non verbal. Les participants ont progressivement réussi à garder les yeux fermés tout au long des séances, sans s’endormir, ce qui peut être interprété comme une réduction des défenses psychocorporelles, ouvrant ainsi la voie à un début d’auto-exploration affective-émotionnelle. De même, ils ont pu arriver à un certain sentiment de conscience de leurs ressentis physiques, et, pour certains, émotionnels.

    42Concernant l’évolution de Madame C. Elle a, semble-t-il, réappris à habiter son corps en diminuant progressivement ses défenses psychocorporelles (Boyesen, 1997 ; Downing, 1995 ; Lowen, 2003 ; Reich, 1969 ; Ruggieri, 1995 ; Santarpia, 2016 ; Volchana et al., 2011). La disparition totale dans son récit des termes « crisper » et « carapace » qui étaient, chez cette patiente, des défenses mises en place afin de ne pas s’auto-explorer, soulignent l’impact de ce travail psychocorporel. En effet, lors des premières séances, Madame C ne pouvait se concentrer sur rien d’autre que sur ses tensions et avait beaucoup recours à des termes tels que « je n’y arrive pas », « j’ai du mal ». À la fin de cet atelier, cette difficulté était beaucoup moins présente et les énoncés évoquant des tensions étaient absents de son discours. Lors de la dernière séance de l’atelier, dans une position narrative plus ouverte à la thérapeute (internalisée comme figure rassurante et accueillante) et au groupe (moins menaçant) Madame C a enfin pu mettre des mots sur l’angoisse15 diffuse et sans objet qu’elle évoquait depuis le début de ce travail. Voici un extrait, tiré de cette séance.

    Madame C : « Je crois que je suis angoissée mais que je suis beaucoup en colère aussi (elle pleure) en colère contre moi-même… ».
    Thérapeute : « Vous savez qu’est-ce que c’est qui était difficile dans la séance ? ».
    Madame C : « Il n’y avait rien de difficile mais je suis en colère parce que j’ai mes douleurs ».
    Thérapeute : « Vous étiez en colère ? »
    Madame C : « Oui, parce que je ne peux pas faire comme je veux, j’suis en colère d’être devenue comme je suis devenue (ton agressif) ».
    Thérapeute : « Qu’est-ce c’est dans ce que vous êtes devenue qui vous met en colère ? ».
    Madame C : « Que je suis, que je suis handicapée pour faire certaines choses… ».
    Thérapeute : « Vous ne vous sentez pas libre… ».
    Madame C : « Bah oui parce que j’ai constamment… c’est chronique… je, je ne peux pas, je ne peux pas faire ce que je veux, j’ai les pieds tout déformés, je ne peux pas me chausser comme je veux… j’ai des douleurs dans les jambes et dans les pieds… ».

    43Nous pouvons souligner la spécificité de la clinique psychocorporelle. Elle mobilise chez Madame C quatre processus de la conscience émotionnelle (la conscience phénoménale, la tendance à l’action, la nomination émotionnelle et la conscience des émotions mixtes (cf. Lane et Schwartz, 1987).

    44L’évolution de Monsieur D a également été intéressante d’un point de vue clinique. Concernant le domaine corporel, ce patient qui ne pouvait parler que de sa douleur lors des premières séances n’en parlera plus du tout lors de la dernière séance. Il est donc possible d’envisager que ce travail de prise de conscience corporelle ait permis de réduire son recours à la douleur comme défense et, ainsi, de l’amener à pouvoir commencer à se concentrer sur le reste de son corps. Cela pourrait peut-être, par la suite, conduire à une meilleure conscience de soi, à laquelle le nombre limité de séance n’a malheureusement pas permis d’aboutir. De plus, il semble avoir pris conscience de la « fonction » de cette douleur, ou du moins, du fait que son origine n’est pas simplement physiologique, comme le montre l’extrait ci-dessous.

    Monsieur D : « (à propos de sa douleur au dos) Mais j’crois que c’est l’anxiété qui fait ça… »
    Thérapeute : « C’est l’anxiété qui fait quoi ? »
    Monsieur D : « Bah… je ne sais pas… que j’me sens mal dans ma peau un truc comme ça… de quoi l’avenir sera fait… enfin voilà quoi je ne sais pas… »
    Thérapeute : « C’est des questions qui vous angoissent ? »
    Monsieur D : « Quand j’y pense oui… »

    45Nous pouvons voir que cette prise de conscience émotionnelle est encore fragile et superficielle mais elle est tout de même présente. Pour Madame M, l’évolution a été plus difficile à percevoir. Elle a, en effet, continué à utiliser des mécanismes d’évitement jusqu’aux dernières séances. Cependant, quelques évolutions sont tout de même repérables. Tout d’abord, à propos de sa douleur, nous avons pu noter, en analysant son discours, qu’elle est passée de dix occurrences relevant de ce domaine à la première séance contre une absence totale de la référence à cette douleur à la dernière séance (zéro occurrence). Cette douleur qui semblait lui servir de protection, de défense face à l’auto-exploration a pu être abandonnée au fil de l’atelier. Cette évolution, difficilement observable lors de l’atelier, a été confirmée par les membres de l’équipe soignante lors de la réunion clinique en après coup. En effet, ils ont décrit Madame M comme plus en lien, plus dans le contact et parlent d’une « lumière qui s’est rallumée », lumière qui était, d’après leurs dires, éteinte depuis environ deux ans. Cela peut être mis en lien avec la reconnexion émotionnelle visée par les séances.

    46Pour Monsieur T, l’évolution a été relativement fragile d’un point de vue clinique. Au départ, Monsieur T semblait avoir du mal à accepter le travail d’exploration corporelle qui lui était proposé. Puis, au fil des séances, il a réussi à se détendre et à ressentir son corps dans sa globalité, comme il a pu le dire lors de la dernière séance : « tout le corps qui est en contact avec le sol ». Il évoque « un meilleur ressenti entre le corps et l’espace » qu’il explique comme un sentiment de mieux habiter l’espace et donc une meilleure conscience de soi dans cet espace. Nous avons également noté, en lien avec cela, une baisse des occurrences relatives aux catégories « crisper » et « carapace » qui étaient vraisemblablement, pour ce patient, des défenses face à l’exploration de soi. En effet, il expliquait lors de la première séance « Je me crispe en position défensive » et mettait en avant que cette « crispation » l’empêchait de ressentir des émotions. Concernant le champ émotionnel, l’atelier ne lui a, semble-t-il, pas permis d’aboutir à une meilleure capacité de verbalisation de ses émotions, même s’il en parle tout de même plus facilement lors des dernières séances où il est moins sur la réserve, moins dans l’évitement, mais cela reste très fragile. Il a évoqué une expérience de « régression » lors de la séance de relaxation avec la couverture (séance 3) ; puis, à la séance suivante, lors du rêve éveillé (séance 4) il a mis en place des défenses massives face à ce travail. Lorsque la thérapeute a raconté l’histoire de la mère et de son enfant, Monsieur T a fait ce que nous pourrions appeler un déni total de ses perceptions acoustiques. Il explique en effet, lors de l’échange post-exercice, qu’il n’a pas entendu la voix de la thérapeute, que, tout au long de l’exercice, il n’entendait plus rien « même les bruits on les entendait plus » dit-il. De même, il emploiera souvent le mot « abandonner » pour parler du fait de se détendre : « il fallait être abandonné complètement sur la chaise », ce qui peut être envisagé comme renvoyant à sa problématique personnelle dans ce domaine et viendrait révéler l’insécurité profonde de son système d’attachement.

    Conclusion

    47La clinique psychocorporelle centrée sur ce type de psychopathologie peut constituer une ressource précieuse pour accompagner le travail sur les émotions et sur l’existence tragique des patients souffrant de schizophrénie. Nous avons pu observer, dans le cadre du travail mené au sein de cet atelier, que les patients ont progressivement appris à se réapproprier leur corps, à laisser assouplir les mécanismes de défenses physiques et émotionnelles qui étaient très présents lors de la première séance et qu’ils ont pu laisser émerger des émotions et les identifier. De nombreux auteurs (Exner, Boucsein, Degner, Irle et Weniger, 2004 ; Hooker et Park, 2005 ; Rosse, Kendrick, Wyatt et Isaac, 1994 ; Tremeau, 2006 ; Tso, Mui, Taylor et Deldin, 2012 ; Van’tWout, Aleman, Bermond et Kahn, 2007) ont mis en avant les difficultés de conscience corporelle et émotionnelle qui sont présentes dans la schizophrénie. Les sujets qui souffrent de cette pathologie sont dans une forme de fuite du monde réel et donc physique. L’utilisation de techniques psychocorporelles permet à ces individus de se reconnecter avec leurs corps et leurs ressentis émotionnels dans un espace thérapeutique sécurisant, contenant et rassurant.

    48Une des perspectives de recherche future sera de stimuler et d’encourager le travail psychique sur la transformation des vécus angoissants de la schizophrénie à travers de nouvelles métaphores et des images créatives. Dans cet objectif de produire un changement expérientiel, narratif et symbolique nous avons utilisé des protocole d’écriture poétique, de la manipulation d’argile et l’écoute de musique classique pour éloigner les patients d’une narration médicalisée de la maladie et du corps (symptômes, plaintes, angoisses, gênes et douleurs physiques), pour générer des expériences corporelles agréables et une narration riche d’éléments symboliques et spirituels (Santarpia, Brabant et Dudoit, 2017 ; Santarpia, Dudoit et Paul, 2015a ; Santarpia, Paul et Dudoit, 2015b ; Princé et Santarpia, 2016). Les médiations artistiques peuvent constituer une ressource de premier ordre dans l’intégration et l’harmonisation chez les patients des plans sensoriel, émotionnel et symbolique de ce système complexe que nous appelons « corps ».

    Bibliographie

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    10.31887/DCNS.2006.8.1/ftremeau :

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    TSO, I.F., MUI, M.L., TAYLOR, S.F. et DELDIN, P.J. (2012). Eye-contact perception in schizophrenia : Relationship with symptoms and socioemotional functioning. Journal of Abnormal Psychology, 121 (3), p. 616-627.

    VAN’TWOUT, M., ALEMAN, A., BERMOND, B. et KAHN, R.S. (2007). No words for feelings : alexithymia in schizophrenia patients and first-degree relatives. Comprehensive Psychiatry, 48 (1), p. 27-33.

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    ZABERN, A. et SANTARPIA, A. (2013). Attachement, Corps et Émotions : quels liens dans la psychose ? (Mémoire de recherche, Master). Aix Marseille Université.

    Notes de bas de page

    4 Le soi-central possède une fonction biologique, il permet à un organisme de garder la trace des modifications de ses états corporels (marquage corporel) occasionnés par ses rencontres avec l’environnement physique ou relationnel.

    5 Par exemple, dans l’anorexie mentale ce dialogue entre images du corps et perceptions devient problématique et énigmatique : « Je ne ressens pas mon corps », « Je sens mon corps gros et je ne le supporte pas », « Je veux que mon corps soit maigre et malade, je ne supporte pas d’être normal », « Si je prends du poids, j’ai l’impression de prendre trop de place ». Ainsi, l’expérience de l’anorexie mentale illustre une désorganisation importante du soi minimal. Nous expliciterons, dans la suite de ce travail, certaines stratégies psychothérapeutiques permettant une mise en évidence, une reconfiguration et une harmonisation des images du corps avec les perceptions sensorielles.

    6 Dans ce travail, pour définir la notion de corps vécu (ou vécu corporel) nous utilisons le sens que Maurice Merleau-Ponty donne à ce terme dans la Phénoménologie de la perception (1945) : un corps subjectif, ressenti plus que représenté, expérimenté plus que connu, intériorisé plus qu’extériorisé comme objet possible.

    7 L’arousal ou activation psychophysiologique est un état psychologique de base et un état physiologique d’éveil cérébral. Il implique des structures cérébrales (les noyaux), des substances de plaisir (l’adrénaline, l’ocytocine, etc.) et le système végétatif (Robinson, 2001 ; Ruggieri, 1995 ; Santarpia, 2016).

    8 Dans l’anorexie, souvent le patient vit sa perception sur un mode visuel et il en oublie les autres modalités sensorielles (le déni de la perception de la faim ou la focalisation sur la douleur comme défense et évitement d’émotions, par exemple). De plus, le stimulus visuel peut être totalement fragmenté, certaines parties du stimulus étant surinvesties, et d’autres totalement occultées.

    9 Le féminin est employé parce qu’il rend compte d’une « réalité épidémiologique ».

    10 Une narration peut être axée sur le versant cognitif et/ou émotionnel et/ou interpersonnel.

    11 Le concept de personne renvoie à une unité de mouvement, à un processus, à un devenir organismique qui s’articule sur un niveau sensoriel, cognitif, émotionnel, intentionnel, et spirituel (Santarpia, 2016, p. 15).

    12 La sécurité affective, la sensualité, la sexualité, l’affiliation sociale, le sentiment de valeur et l’efficacité personnelle, la spiritualité et la recherche de sens dans la vie, l’expression et la modulation de l’aversion (Frankl, 2009 ; Lichtenberg, 2004 ; Lichtenberg, 2008 ; Maslow, 1943).

    13 La théorie de l’attachement (Bowlby, 1958, 1969 ; voir aussi Ainsworth, Blehar, Waters et Wall, 1978) affirme que les nouveau-nés sont biologiquement prédestinés à s’attacher à leur caregiver et que des perturbations survenant précocement dans ces relations peuvent conduire à une insécurité émotionnelle.

    14 Plus récemment, Tiffany Field, docteur en psychologie, actuellement directrice du Touch Research Institute rattaché à l’Université de Miami, a réalisé une revue de la littérature (Field, 2010) très complète qui précise tous les bienfaits socio-affectifs du toucher thérapeutique.

    15 Identification et nomination émotionnelle, troisième niveau de la conscience émotionnelle (cf. Lane et Schwartz, 1987).

    Auteurs

    • Alfonso Santarpia

      Professeur régulier, Département de psychologie, Faculté des lettres et science. Laboratoire de recherche en psychologie humaniste existentielle. Université de Sherbrooke, 2500, boulevard de l’Université, Sherbrooke, QC J1K 2R1, Canada.

    • Myriam Abouchar

      Psychologue clinicienne, Service du Pr Da Fonseca. Spécialisée dans la psychothérapie intégrative de l’anorexie mentale. Espace Arthur. Unité d’hospitalisation pour adolescents. Hôpital Salvator, 249, bd. Sainte Marguerite, 13274, Marseille, France.

    • Anne Zabern

      Psychologue clinicienne. En poste chez Sauvegarde de l’Enfance et de l’Adolescence de la Drome. Doctorante en psychologie clinique. Laboratoire de Psychologie Clinique, de Psychopathologie Clinique et de Psychanalyse (LPCPP), Aix Marseille Université, Aix en Provence, France.

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    4 Le soi-central possède une fonction biologique, il permet à un organisme de garder la trace des modifications de ses états corporels (marquage corporel) occasionnés par ses rencontres avec l’environnement physique ou relationnel.

    5 Par exemple, dans l’anorexie mentale ce dialogue entre images du corps et perceptions devient problématique et énigmatique : « Je ne ressens pas mon corps », « Je sens mon corps gros et je ne le supporte pas », « Je veux que mon corps soit maigre et malade, je ne supporte pas d’être normal », « Si je prends du poids, j’ai l’impression de prendre trop de place ». Ainsi, l’expérience de l’anorexie mentale illustre une désorganisation importante du soi minimal. Nous expliciterons, dans la suite de ce travail, certaines stratégies psychothérapeutiques permettant une mise en évidence, une reconfiguration et une harmonisation des images du corps avec les perceptions sensorielles.

    6 Dans ce travail, pour définir la notion de corps vécu (ou vécu corporel) nous utilisons le sens que Maurice Merleau-Ponty donne à ce terme dans la Phénoménologie de la perception (1945) : un corps subjectif, ressenti plus que représenté, expérimenté plus que connu, intériorisé plus qu’extériorisé comme objet possible.

    7 L’arousal ou activation psychophysiologique est un état psychologique de base et un état physiologique d’éveil cérébral. Il implique des structures cérébrales (les noyaux), des substances de plaisir (l’adrénaline, l’ocytocine, etc.) et le système végétatif (Robinson, 2001 ; Ruggieri, 1995 ; Santarpia, 2016).

    8 Dans l’anorexie, souvent le patient vit sa perception sur un mode visuel et il en oublie les autres modalités sensorielles (le déni de la perception de la faim ou la focalisation sur la douleur comme défense et évitement d’émotions, par exemple). De plus, le stimulus visuel peut être totalement fragmenté, certaines parties du stimulus étant surinvesties, et d’autres totalement occultées.

    9 Le féminin est employé parce qu’il rend compte d’une « réalité épidémiologique ».

    10 Une narration peut être axée sur le versant cognitif et/ou émotionnel et/ou interpersonnel.

    11 Le concept de personne renvoie à une unité de mouvement, à un processus, à un devenir organismique qui s’articule sur un niveau sensoriel, cognitif, émotionnel, intentionnel, et spirituel (Santarpia, 2016, p. 15).

    12 La sécurité affective, la sensualité, la sexualité, l’affiliation sociale, le sentiment de valeur et l’efficacité personnelle, la spiritualité et la recherche de sens dans la vie, l’expression et la modulation de l’aversion (Frankl, 2009 ; Lichtenberg, 2004 ; Lichtenberg, 2008 ; Maslow, 1943).

    13 La théorie de l’attachement (Bowlby, 1958, 1969 ; voir aussi Ainsworth, Blehar, Waters et Wall, 1978) affirme que les nouveau-nés sont biologiquement prédestinés à s’attacher à leur caregiver et que des perturbations survenant précocement dans ces relations peuvent conduire à une insécurité émotionnelle.

    14 Plus récemment, Tiffany Field, docteur en psychologie, actuellement directrice du Touch Research Institute rattaché à l’Université de Miami, a réalisé une revue de la littérature (Field, 2010) très complète qui précise tous les bienfaits socio-affectifs du toucher thérapeutique.

    15 Identification et nomination émotionnelle, troisième niveau de la conscience émotionnelle (cf. Lane et Schwartz, 1987).

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    Santarpia, A., Abouchar, M., & Zabern, A. (2020). La clinique psychocorporelle. In Psychologie du corps et de l’apparence. Aix-en-Provence: Presses universitaires de Provence. https://doi.org/10.4000/books.pup.38650
    Santarpia, Alfonso, Myriam Abouchar, et Anne Zabern. « La clinique psychocorporelle ». In Psychologie du corps et de l’apparence. Aix-en-Provence: Presses universitaires de Provence, 2020. doi:10.4000/books.pup.38650.
    Santarpia, Alfonso, et al. « La clinique psychocorporelle ». Psychologie du corps et de l’apparence, Presses universitaires de Provence, 2020, https://doi.org/10.4000/books.pup.38650.

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    Dany, L. (2020). Psychologie du corps et de l’apparence. Aix-en-Provence: Presses universitaires de Provence. https://doi.org/10.4000/books.pup.38525
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