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    Plan détaillé Texte intégral CHANT ROYAL, OSMONT LE BIEN PUBLIC, CHANT ROYAL DE PIERRE CRIGNON, NON DATÉ (APRÈS 1530) Notes de bas de page Auteur

    Mondes marins du Moyen Âge

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    De Dieppe à Rouen : îles, mers et navigation

    Denis Hüe

    p. 199-215

    Texte intégral CHANT ROYAL, OSMONT LE BIEN PUBLIC, CHANT ROYAL DE PIERRE CRIGNON, NON DATÉ (APRÈS 1530) Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1En nos époques balnéaires, où l’on imagine la côte normande comme une succession de cabines de plage et de promenades élégantes, un peu à la façon des tableaux de Boudin, on a quelque difficulté à considérer la mer avec l’ambivalence qui l’a longtemps caractérisée. Sur le plan symbolique comme sur le plan matériel, elle est mer de tribulations, mer mangeuse d’hommes, figure tout à la fois des difficultés d’une existence terrestre et nécessaire lieu d’échanges et de fortunes. C’est de la mer que sont venus les hommes du Nord qui devinrent Normands, et l’Angleterre, conquise par Guillaume, est juste de l’autre côté de l’eau. Mer de tribulations, mais aussi mer de richesse, mer dispensatrice ; mer d’échange enfin : les Normands peuvent dire de la Manche, de ce bras de terre qui les sépare de l’autre côté de leur histoire, ce que les Romains disaient de la Méditerranée : mare nostrum. On connaît l’histoire d’Apollonius de Tyr, où une famille se disperse et se retrouve aux quatre coins de la Méditerranée : l’expérience de la perte de soi, de ses repères, de son statut – au point que le héros, Apollonius, finit par se nommer lui-même le Perillé, comme si son naufrage devenait état social – est celle d’un individu, qui a son symétrique, tragique, dans le naufrage de la Blanche Nef où périt la fleur de l’aristocratie anglo-normande. La mer est donc non seulement le lieu d’une signification symbolique, elle est, plus encore peut-être que dans le monde méditerranéen, une réalité constante : on ne peut vivre dans le monde anglo-normand sans traverser la mer.

    2Ce qui est une vérité au temps du duc Guillaume, aux heures plus sombres de la Guerre de Cent Ans, se retrouvera bien après, comme une constante de la province ; les marins normands ne sont pas que des pêcheurs, ils sont aussi des commerçants, ayant des liens économiques avec toute l’Europe du nord, des contacts avec l’Angleterre et les Flandres, bien sûr – nous sommes alors dans une sorte de cabotage économique –, mais aussi des comptoirs plus lointains, en Espagne et même en Afrique du nord. La tradition veut, et elle n’est pas insensée, que des rapports économiques aient existé, dès la fin du xve siècle, avec le Brésil et l’Amérique du sud. Les bourgeois rouennais commanditent ces expéditions, et rapporteront des merveilles, des singes, des perroquets et même des sauvages, indiens du Brésil qui figureront lors de la fameuse entrée royale. Lieu d’échanges, lieu du commerce, la mer reste aussi le lieu de l’épreuve de soi et des autres : c’est au travers des tempêtes qu’apparaît la vraie figure de Panurge, c’est au-delà des mers que se trouve l’utopie chère à Th. More.

    3Pour la Normandie, il n’en demeure pas moins que la dimension maritime, au lieu d’être externe, périphérique aux questions d’identité, constitue un point central. Le poète qui a le mieux contribué à la mise en forme de cette identité normande, Wace, évoquera à diverses reprises dans ses œuvres la mer et la navigation. On la voit apparaître dans la Vie de saint Nicolas, qui nous rappelle opportunément que le saint est aussi patron des marins :

    Ja esteient en halte mer,

    Aseür quidouent aler.

    Et la mer comence a emfler

    236

    Et a creistrë et a meller.

    Grant vent vint et espesse pluie

    Que as mariners mult ennuie.

    Granz fu li venz et li orages,

    240

    Esbaï fu tut li plus sagez.

    Si plaissa la tormente tuz

    Ne valeit guerez li plus pruz.

    Rompent cordes, depecent tref,

    244

    Fruissent keviles de la nef.

    Dunt comencent tuz a crier,

    Deu et ses seinz a reclamer.

    Mult se cleiment cheistif et las,

    248

    Sovent dïent : « Seint Nicholas,

    Socur nus, seint Nicholas, sire,

    Si tels es cum nus oüm dire. »

    A tant un hom lur aparut

    252

    Qui od els en la nef estut.

    Si ad itant od els parlé :

    « Jeo sui, que m’avez apelé. »

    Ignele pas l’orez cessat,

    256

    Et seint Nicholas s’en alat1.

    4S’il n’y a pas dans ce texte les détails réalistes qui caractériseront les récits de tempête dans le Brut ou le Rou, nous nous trouvons cependant face à une mise en valeur de cet épisode : celui, traditionnel, des enfants dans le saloir, sera développé en 13 vers seulement ; ce qui est ainsi en jeu, c’est bien la dimension maritime de celui qui deviendra un saint normand après l’expédition qui rapatrie son corps en Sicile2. Ce miracle, le premier d’une longue série, ne fait qu’annoncer celui qui, fondateur de la foi normande, sera raconté tout au long par le même Wace dans sa Conception de Nostre Dame, et repris dans toute l’hagiographie normande. J’en donne une version brève, celle qui se trouve dans la Légende dorée :

    Il fu moult grant temps que on ne celebroit point la feste de la Conception nostre dame. Mais la vierge Marie si voult qu’elle fust celebree comme il appert par plusieurs miracles. Premierement par saint Anseaulme en une epistre qu’il envoya aux evesques d’Angleterre. La ou il raconte d’un abbé que on appeloit Helsin qui fu envoyé au royaume de Dace de par le roi d’Angleterre pour faire traittiet de paix car ceulx de Dace avoient appareilliez grant nombre de gens d’arme pour metre Angleterre en leur subgection comme leur propre heritage. Quant il eust la paix faite en s’en retournant dedans la mer dont il en avoit ja passé la plus grant partie, la tempeste et tourment vint si grant dedens la mer et si terriblement que les marronyers de la mer n’y savoient remede et tant que les nefs se desrompoient toutez entierement les cordes et les voiles et toutes les autres ordonnances des dictes nefs et tant que les marroniers n’avoient point d’esperance d’eschapper. Adonc tous ensemble devotement se prindrent a reclamer nostre dame mere de Dieu et lors l’abbé saint Helsin va veoir entre les ondes de la mer aussy comme un prelat vestu en pontifical lequel se va approcher de lui et lui va dire : – « Veulz retourner sain et sauf en ton pais et eschapper ce present peril de mer ou tu es ? » Adonc saint Helsin lui dist : – « Helas il n’est chose raisonnable que je ne voulsisse volentiers faire pour eschapper le peril ou je suis ». Lors lui dist : – « Se tu veulx faire celebrer la feste de la conception nostre dame partout ainsi eschapperas tu de cy ». Adonc Helsin lui demanda / en quel jour et quel service il feroit.
    Adonc lui dist que le. viij.e jour de decembre seroit celebree sa feste et y feroit en tout ytel service comme le service de sa Nativité fors que tant ou il avoit nativité il en feroit mention de la conception. Adonc l’abbé Helsin moult devotement promist que moult volentiers le feroit et tantost ilz se trouverent en la rive de la mer en Angleterre et de la en avant il celebra et annonça partout la feste de la conception3.

    5Ce récit est la rédaction tardive d’un miracle déjà attesté chez Guillaume de Malmesbury, que Wace a mis en vers, et que content à leur tour le pseudo-Anselme4 et Adgar5. Il constitue une sorte de récit fondateur qui non seulement contribue à la marialisation durable de la Normandie, mais l’associe absolument à la mer. Les poètes utiliseront certes les figures de Marie stella maris, comme tout l’occident chrétien. Mais ils iront plus loin, en faisant de la mer et de la navigation une sorte de réservoir d’images mariales.

    6On sait que le Puy de Rouen s’est dévoué à l’exaltation de l’Immaculée Conception de Marie, en organisant annuellement un concours de poésie, chants royaux et ballades, qui durera jusqu’à la Révolution. Ce Puy s’est constitué à l’image d’autres institutions poétiques de la fin du Moyen Âge, comme le Puy de Dieppe – consacré pour lui à l’Assomption de Marie – dont on devine qu’il saura lui aussi exploiter les images marines. C’est dans ce corpus que je vais évidemment puiser pour montrer comment la mer et le monde marin contribuent exemplairement à la mise en forme d’un imaginaire marial. Mais je tenterai de faire apparaître une sorte de symétrique à la démonstration attendue : si le monde marin contribue à informer un imaginaire marial et une vision religieuse du monde, la foi et la dévotion mariale auront leur place dans l’organisation matérielle du monde de la Renaissance.

    7Dans le chant royal proposé par Nicole Osmont en 15116, ce n’est pas un élément du monde marin qui est pris en compte, ni même la mer : c’est l’ensemble des mers qui va fonder l’image poétique, jouant sur la première occurrence du mot Maria dans la Bible. Il ne s’agit pas en effet de la Vierge ni même de la sœur de Moïse et Aaron, mais au moment même de la création, de l’ensemble des mers « Et vocavit Deus aridam Terram, congregationesque aquarum appellavit Maria » (Gn, 1, 10). Après avoir nommé les mers, Dieu vit que cela était bon ; c’est ensuite seulement qu’intervient la Vierge :

    Longtemps aprez, pour recreation

    Du microcosme il feist une autre mer ;

    Les deux voulut par Maria nommer

    8

    La premiere dicte en pluralité,

    La seconde par singularité.

    8Marie est donc l’ensemble des mers à elle seule, et le poète n’hésite pas à passer des mers aux eaux, pour exprimer la condition exceptionnelle de celle qui est à la fois mère, fille et épouse :

    L’esprit de Dieu sur le corps aquatique

    Se deferoit avant discrection

    Des elemens ; le texte mosayque

    16

    De ce faict foy.

    9Il ne s’agit ici que de la mise en œuvre du verset de la Genèse « et spiritus Dei ferebatur super aquas » (Gn, 1, 2), où l’on voit le poète reprendre le mot même du texte latin. La voici donc, littéralement immense, dispensatrice de vie par l’eau douce qu’elle offre à tous :

    Le beau soleil faict d’elle sublimer

    44

    Doulces vappeurs qui par humidité

    Nous donnent fleurs, fruictz et jocundité…

    10Cette fécondité de Marie / les mers se manifestera non seulement dans l’eau douce qui irrigue les terres, mais dans ce que contiennent les océans, les poissons, les dauphins : cette figure rencontre celle des premiers chrétiens, qui représentaient parfois le poisson christique – ichthus – comme un dauphin, sauvant l’humanité représentée ici par Arion – sa harpe le rapproche de plus de David. La mer nous apporte donc le salut, sous toutes ses formes symboliques, mais aussi la richesse, comprise comme une grâce :

    O riche mer ! Par admiration

    Mer et mere de Dieu te veulx clamer,

    Mer qui ne tient d’aucun vice l’amer,

    56

    Mer qui contient sel de suavité,

    Mer dechassant toute insipidité,

    Mer qui nous donne unyons et topace,

    11La bénédiction mariale se montre non seulement dans cette eau féconde et pure, mais aussi dans les richesses qu’elle procure, et peu importe ici que perles et topazes soient à leur tour des emblèmes de Marie : les grâces dont Marie est dispensatrice, ce sont aussi celles de l’aisance matérielle :

    Envoy

    Marchans croyez que pour bien prouffiter

    Il vous convient ceste mer frequenter

    Et sans argent aurez en quantité

    64

    Marchandises de toute qualité

    Huylle, blé, vin, azur et or en masse,

    Car Dieu la fist pour vostre utilité

    Mer qui receoit et donne toute grace

    12Marie, pleine de la grâce superfluente qui la caractérise, la dispense généreusement à ceux qui ont foi en elle, et les marchands rouennais – mis en adresse de l’envoi, comme si le prince du Puy était lui-même une émanation de ces marchands – sont de ceux qui considèrent que leur fortune est la marque d’une bénédiction. Dans la Moralité Le Triomphe aux Normands, composée par Tasserie pour le Puy de 1499 probablement, le personnage du Commun Peuple de Basse Normandie souligne le lien de la Normandie à la Vierge :

    N’es che, que que chose qu’on die,

    1185

    Sen douaire que Normendie ?

    Sen benest fieulx ly a donné

    Che bon peis et abandonné

    Pour partage, pour appennage,

    Bé, n’es ce son propre eritage ?

    1190

    M’erme ! ossy on ne l’y het peint7.

    13Propriétaire de la Normandie, Marie en est la nourricière ; les richesses de la mer sont une marque, un signe – au sens presque de « signature » de sa générosité envers ceux qui la servent. Cela caractérise, au-delà même de ce que l’on pouvait annoncer plus haut, la relation privilégiée qui va unir Normandie et monde marin.

    14On devine que non seulement la mer, mais l’outil même de la navigation vont prendre une dimension mariale. Un chant royal, composé probablement avant celui qui vient de nous retenir, décrit « La nef de Dieu qui porta Jhesuscrist8 » : Marie y est bien évidemment le contenant du Christ, et la mer va reprendre le rôle qui lui est donné traditionnellement dans l’exégèse médiévale, la figure des tribulations de l’existence humaine. La métaphore de base a la particularité de réactiver, sur le plan symbolique la statue de la Vierge à l’enfant arrivée miraculeusement sur les côtes de Boulogne dans une barque ; comme lieu de pèlerinage, comme matrice même de textes de dévotion mariale, Notre-dame de Boulogne est un lieu essentiel de la fin du Moyen Âge. Le texte, proposé en appendice, demande cependant à être décodé sur divers niveaux, tant il joue implicitement sur une dimension normande et rouennaise ; ainsi, le terme de barge – qui, associé à « ouvrage » (v. 4-5) propose une assonance plus qu’une rime – prend tout son sens quand l’on sait que c’est le nom d’une auberge rouennaise, celle où traditionnellement semble-til, le prince organisait le banquet de clôture du Puy ; par ailleurs, le lexique offre bien d’autres noms pour qualifier la nef, la galée ou la caravelle dont il est question. La « triumphante barge » est donc bien une allusion très précise à la vie rouennaise. Si la nef est évidemment « pleine de grace exquise », ce dernier mot rime avec « marchandise », ce qui renvoie bien sûr à la dimension commerçante déjà évoquée. Quant au privilège marial, il est représenté par l’étanchéité de la nef, où « riens ne mucrist » (v. 20). Le mucre, absent de la plupart des dictionnaires traditionnels (Littré, Académie, etc.) est attesté dans le TLF, au sens de moisi, odeur de renfermé ; le dictionnaire insiste bien sur le caractère normand de ce mot en ancien français, dont l’emploi ne s’est élargi qu’ensuite à diverses provinces de l’ouest et au Canada. Cette nef normande est merveilleuse à plusieurs titres, et le poète insistera sur sa sûreté : elle ne peut se briser « pour roc, banc ou vague », et elle contient des musiciens, qui s’entendent jusqu’au rivage : écho peut-être des fêtes qui accompagnaient le banquet du Puy, mais bien davantage, figure renversée de la sirène diabolique. Bateau salvateur inaccessible à la tentation, la nef est ainsi, littéralement impeccable, et si elle peut craindre les pirates qui viendront l’attaquer, son capitaine – Jésus-Christ donc – saura les refouler, « d’une fonde » : la figure de David contre Goliath se superpose, de façon inattendue, à cette image maritime, et l’on comprend mieux la dimension musicale de la nef, qui est celle du psalmiste. Ce chant royal, qui se conclut par un appel aux « Bons mariniers » pour chanter Marie, aura un relatif succès car, bien qu’il ne nous soit conservé que par un seul manuscrit, il est évoqué dans le Livre d’Heures de Jacques Le Lieur, B.M. Rouen Y 226a, qui se servira de son refrain pour décorer les marges des Heures de la Conception de la Vierge de Guillaume Tasserie (p. 58). On peut donc penser que sa célébrité a pu s’étendre sur plusieurs années, car ce livre d’heures date probablement des années 1530, Jacques le Lieur s’y fait représenter avec ses enfants – nous savons par ailleurs que ce texte est au moins antérieur à 1516, puisqu’il présente des césures lyriques qui seront interdites dès lors, et qu’il date probablement d’avant 1510. C’est donc, de façon souterraine à nos yeux, pendant au moins une vingtaine d’années que ce texte a pu nourrir l’imaginaire normand : la mer est mariale, la nef l’est également, riche du Christ et de la grâce, il ne reste plus maintenant qu’à naviguer, qu’à mettre en scène les richesses de la mer.

    15La première est évidemment la pêche. Un chant royal anonyme raconte comment un filet – un aplet – est détruit par une grosse tempête et par les méfaits d’un « loumarin9 » diabolique : les pauvres pêcheurs sont réduits à la famine, quand « le maistre » décide de fabriquer « La belle saine a tous pescheurs propice ». Ce mot désigne une sorte de filet de pêche, et le mot est considéré comme synonyme de l’aplet10 : ce qui importe ici, dans le changement de nom, c’est bien l’appropriation de la senne – orthographiée parfois seine – comme un objet local et identitaire11, qui tirerait son nom du fleuve de Normandie. L’intérêt est ici dans la description très détaillée de l’objet, dont chacun des éléments va prendre une dimension symbolique : fil de charité, ficelle de bon désir, vuarestai de grâce, bassouyns d’humilité, hallecorde de prudence, elle est évidemment sans bout d’orgueil12. Là encore, nous sommes dans une sorte d’aire normande, avec des termes techniques qui nous situent dans l’estuaire de la Seine, et qui renvoient à une sorte de quotidienneté locale, tant il est vrai que le monde qui est mesuré part du pas de sa porte. On en verra un exemple dans un chant royal de Geffroy Barbel13, où sont évoquées les navigations au long cours, les vents d’Afrique et les pirates barbaresques, mais où les écueils les plus dangereux sont les Casquets et Ratier, tous deux bien connus, au large des côtes normandes. Mais l’univers va bien au-delà des côtes normandes, et l’on sait que les navigateurs dieppois ont participé à l’aventure des grandes découvertes. Les poètes sauront détailler les éléments indispensables à la navigation, qui sont tous des figures mariales : la carte parfaite, l’astrolabe permettent de naviguer au-delà du monde connu ; ce monde reste cependant marial : un très beau chant royal de Jean Broise chante la « Terre a bresil dont l’escarlatte est faicte14 », mêlant à nouveau l’ivresse des découvertes et le bonheur du marchand. Mais ce qui importe, avant même la teinture et sa qualité, c’est bien le caractère amène du lieu :

    En ceste terre, ainssi qu’elle remain,
    Dangier n’y a de roches ne basture.
    Tout y est sain, par quoy navyre maint
    Y est allé, trouvant bonne advanture. […]
    La terre ont dict jardin de redolence,
    Terre a bresil dont l’escarlatte est faicte15.

    16Le monde que l’on découvre est beau, offert à la conquête, source de richesse : terre superbe, féconde, admirable : toutes les îles que rencontrent nos poètes au cours de leur navigation prennent des aspects utopiques, et il n’est que de voir les refrains de quelques-uns des chants royaux de Jean Parmentier pour comprendre combien le monde lointain, à portée de main, est une sorte de cadeau : « au parfaict port de salut et de voye16 », « la terre neufve en tous bien fructueuse17 », « L’isle ou la terre est plus haut que les cieulx18. » Ces textes sont bien connus depuis leur édition par Françoise Ferrand, et j’ai préféré m’attacher au chant royal de Michel Heurtault19 qui, part du songe de Nabuchodonosor (Dn, 2), où est représenté le colosse aux pieds d’argile, figure de la fragilité du royaume de Babylone. Le poète transforme ce rêve pour imaginer une île de forme humaine :

    Sainct Danyel, prophete d’excellence

    Eust vision d’une isle enmy la mer

    Laquelle avoit humaine corpulence

    4

    Dont la figure il voulut exprimer

    Disant qu’elle eust chef d’or pour deprimer

    Tous malveillans, qui figure richesse

    Bras eust d’argent demoustrant la sagesse

    8

    Des habitans, elle avoit corps d’arain

    Jambes de fer pour prouesse puissante,

    Couronne en chef dicte du souverain,

    L’isle royale en vertus florissante

    17Le poète la décrira en détail, équilibrée dans son corps politique, pleine de sagesse et de vertus ; les animaux entre eux ne se dévorent pas, l’air y est pur, le soleil et la rosée la rendent fertile, les vents et les embruns la battent, elle reste parfaite :

    40

    L’effort de mer ne la molleste ou blesse

    Plus fort la heurte eau de pays loingtain

    Plus est fertile et en biens abondante

    Qui la faict dire en beau parler certain

    44

    L’isle royale en vertus florissante.

    18On notera au passage la signature hypotextuelle qu’opère le poète : « Plus fort la heurte eau ». Cette île est bien sûr une figure mariale, mais ce qui me retiendra ici, c’est la mise en place d’un double imaginaire, celui de l’île lointaine, bien sûr, mais bien davantage celui de l’île utopique ; ce que propose le poète, en même temps qu’un monde lointain, c’est un modèle politique ; les songes de Daniel portent presque tous sur le pouvoir et ses représentations, et les quatre règnes qu’il évoque renvoyaient à la longue décadence de Babylone : ici, c’est une figure du corps politique, telle que pouvait la figurer après d’autres Christine de Pizan, où les états de la société s’organisent harmonieusement. L’argile est remplacée par le fer, et le travail des artisans y est bien évidemment valorisé20 : utopie, plus exactement, Eutopie, l’île royale est une figure du pouvoir, et en même temps un encomium princier. La merveille lointaine d’un monde parfait est l’écho de ce que nous pouvons trouver sous la houlette d’un prince réel présent. L’idéal est d’ordre politique, et peut-être pas si inaccessible, puisque Marie est humaine.

    19Un autre texte, de Jacques Le Lieur, propose une figure presque de l’autre monde, puisque ce qui le retiendra, c’est « L’arbre de vie en l’isle fortunee21 » : cette figure lointaine du royaume des morts prend ainsi la dimension du paradis terrestre, et tout le propos du poète est, en 1524, de nous montrer que cette île existe réellement : c’est sa dimension géographique qui prime, sa localisation sur terre :

    Dans le premier des sept clymatz mondains

    24

    Dessoubz le ciercle ou Cancer en haultesse

    Sent du soleil les mouvemens soudains,

    Entre occident et mydy – fort hault est ce

    Le droict aspect et situation

    28

    Ou est situee en exaltation

    Ceste isle exquise abundante en pastis…

    20On voit donc, en dessous du tropique, un peu plus à l’ouest, apparaître une île dont la matérialité, même idéalisée, est évidente : les vents sereins des alizés, le bois exquis – sans doute le brésil – constituent des bonheurs pour les navigateurs, comme l’aiguade qui leur est offerte et la fruition : ce mot qui renvoie à une forme de jouissance mystique semble, par paronymie, évoquer le bonheur des aliments frais qui marquait toute arrivée à terre. Ce texte a eu un succès relatif, et il a même été illustré, dans le ms. BnF, fr. 1537 : quelques bateaux de formes diverses se pressent autour d’une île minuscule, où se dresse un arbre surnaturel, tant il est beau et surtout proche de la mer. Marie guide, Marie redresse l’errance des voyageurs égarés, Marie réconforte le navigateur.

    21Mais, même pour un marin aussi expérimenté que le fut Jean Parmentier, la mer est rude, et il arrive au navigateur de s’interroger sur les raisons de sa présence en plein océan, encalminé sous le soleil. Ce texte, l’un des plus beaux de la Renaissance, mériterait une étude à lui seul22, mais c’est, bien davantage, celui que compose Pierre Crignon, à son retour, qui me semble marquer une sorte d’aboutissement de l’aventure humaine.

    22Composé par l’ami fidèle, le compagnon revenu de cette expédition financée par Angot, et qui avait coûté la vie aux deux frères Jean et Raoul Parmentier, le texte est présenté au Puy de Rouen au retour de l’expédition. Parmentier a reconnu la route des Indes, jusqu’à Taprobane, meurt en cours de route, peut-être empoisonné, avec une bonne partie de son équipage il est enterré à Sumatra. Le retour ressemble à une sorte de retraite précipitée, où deux bateaux presque exsangues, dans des mers sillonnées par des Portugais hostiles aux incursions françaises, se hâtent de rejoindre l’Atlantique nord. Les enjeux d’une telle navigation, Parmentier les évoque à demi-mot dans l’Exhortation : il est bien sûr question de créer des comptoirs français dans la mer des Indes, et de lutter contre l’hégémonie portugaise. Ango, l’armateur dieppois, sous couvert d’une opération marchande, se met au service du roi de France ; le résultat de cette campagne sera nul sur le plan politique, médiocre sur le plan économique. Il y a une réelle amertume de P. Crignon dans le refrain de son chant royal « Au grand proffit de tout le bien publique », et ce qu’il raconte, c’est bien l’œuvre de la démesure et de l’appât du gain, qui envoie les marins se perdre de l’autre côté du monde. P. Crignon n’est pas sensible, comme Parmentier, à la beauté de la Croix du Sud, et son soulagement est bien de voir à nouveau se dessiner dans le ciel l’étoile polaire, l’étoile tramontane, l’étoile de Marie.

    23Avec Crignon et la malheureuse aventure des frères Parmentier, l’imaginaire de la navigation touche à une sorte de point limite. Le monde n’est plus offert aux hommes, le bonheur des terres lointaines a un prix, l’inventaire du monde – celui-là même qui fonde l’humanisme – est empreint d’orgueil. Le retour au bercail n’est pas une défaite, mais une grâce accordée au pécheur qui se repent, et qui revient à l’humilité. L’enluminure qui accompagne le chant royal de Pierre Crignon, dans le seul manuscrit conservé, nous montre un vaisseau s’approchant du port, voyant la côte, et longeant une rive herbue que domine un château fort : c’est à peu près la configuration de Dieppe, et il n’est pas exclu que le dessin qui illustre ce chant royal allégorique soit, comme lui, ancré dans la réalité.

    24Revenir au port, c’est peut-être cela la grâce première que l’exaltation des grandes découvertes avait fait perdre de vue. Une petite ballade anonyme de 1524 reprend la figure qui avait presque ouvert cette étude, nous montrant comment un marineau, un petit mousse audacieux avait su cheminer vers le port :

    Qui est ce grand port ? Les sainctz cieulx

    Dont il est yssu de nouveau

    Ce havre ? Le corps precieux

    20

    Virginal, glorieux vaisseau

    Ce marin ? Dieu pour le morseau

    D’Adam de vil peché pollut

    Est descendu bas sans cordeau

    24

    Au doulx havre d’humain salut23.

    25Marie n’est pas que l’étoile de la mer, elle est aussi le port que le marin rallie ; elle n’est pas que la terre lointaine, on la rencontre aussi sur les rives normandes. Ce n’est pas qu’une métaphore. On se souvient qu’en 1517, François Ier avait donné pleins pouvoirs à Bonnivet pour faire construire un port, « le dit havre et fortification au lieu de Grasse, au dit pays de Caux24 » ; le port, achevé en 1523, deviendra vite le Havre de Grâce : la toponymie rencontre la symbolique. Un des chants royaux que j’évoquais plus haut faisait mention de divers écueils et hauts-fonds, les Casquets, Ratier : ce dernier se trouve justement au large du Havre :

    Des grandz rochers ou griefve mort se attire :

    Ratier est l’un, de peril place et sente,

    L’autre est Casquet de ruyne nocente,

    40

    Aulxquels Tourment infernal secretaire

    De jour en jour luy procuroit nuysance.

    Mais non voulant le roy son secret taire

    A composé, de trespure substance,

    44

    Port gracieux et havre salutaire25.

    26La poésie de Geffroy Barbel, en 1533, renoue l’imaginaire et le réel, le symbolique et le géographique. Le port gracieux est celui de Marie. Les marins et les poètes normands, par leur foi comme par leur audace, par leur imaginaire comme par leur goût de la réalité, ont su faire de la mer une figure mariale ; mais ils ont su aussi faire de l’arrivée au port une action de grâce, et la reconnaître comme une faveur de la Vierge. La mer qui borde les côtes normandes, dont on a vu que depuis Guillaume le Conquérant elle était encore de la Normandie, s’étend maintenant jusqu’au Brésil et Sumatra, sous le regard de Marie ; elle est aventure collective, elle est aventure intérieure, tant il est vrai que l’arpenter, partir et revenir, courir le monde et l’admirer peuvent être des figures de l’existence humaine.

    CHANT ROYAL, OSMONT

    271511, ms. BnF fr 2205, f° 6 v°

    Congregationes aquarum Deus
    appellavit Maria (Gen, cap. Primo)

    En ordonnant du monde la fabricque,

    Aprez que Dieu eust faict creation

    Du firmament par puissance autenticque

    4

    D’eaues en mer feist congregation.

    Longtemps aprez, pour recreation

    Du microcosme il feist une autre mer ;

    Les deux voulut par Maria nommer

    8

    La premiere dicte en pluralité,

    La seconde par singularité :

    C’est la Vierge par divine efficace,

    Seulle en concept dicte sans vilité,

    12

    Mer qui receoit et donne toute grace.

    L’esprit de Dieu sur le corps aquatique

    Se deferoit avant discrection

    Des elemens ; le texte mosayque

    16

    De ce faict foy. Pour exposition

    Dire je vueil qu’en la conception

    De la Vierge, pour icelle informer

    De noble forme et sans peché former,

    20

    Le sainct esprit aucteur de sanctité

    Estoit present, qui par sa deité

    La preserva de vicieuse trace,

    En la formant sans immundicité

    24

    Mer qui receoit et donne toute grace.

    Toute grace la bonté magnificque

    Y assembla sans reservation,

    Et tant en tient qu’humaine arismeticque

    28

    Faire n’en peult la calculation.

    Par grace elle a tant de elocution

    Que les humains la veullent exprimer

    Leur patronne pour leur gref reprimer

    32

    Par grace elle est conceue en purité

    Pour concepvoir la haulte verité :

    Tout corps infect par grace elle dechasse,

    Affin qu’el soit sans quelque impurité

    36

    Mer qui receoit et donne toute grace.

    El se deffend par l’entree athlantique

    Dedens la terre en mainte nation ;

    La mer hyrcane, aussi l’asiatique,

    De ceste mer ne sont que portion.

    D’icelle avons par derivation

    Toutes les eaux qu’on pourroit estimer.

    Le beau soleil faict d’elle sublimer

    44

    Doulces vappeurs qui par humidité

    Nous donnent fleurs, fruictz et jocundité :

    C’est donc raison que on ayt en tout place

    Ceste vierge pour sa fecundité

    48

    Mer qui receoit et donne toute grace.

    O mer profonde, en ton ventre pudicque

    Le beau daulphin print sa nutricion,

    Que Arion par forme davidicque

    52

    Cytharisant mist a salvation.

    O riche mer ! Par admiration

    Mer et mere de Dieu te veulx clamer,

    Mer qui ne tient d’aucun vice l’amer,

    56

    Mer qui contient sel de suavité,

    Mer dechassant toute insipidité,

    Mer qui nous donne unyons et topace,

    Mer de vertus mer sans timidité,

    60

    Mer qui receoit et donne toute grace.

    Envoy

    Marchans croyez que pour bien prouffiter

    Il vous convient ceste mer frequenter

    Et sans argent aurez en quantité

    64

    Marchandises de toute qualité

    Huylle, blé, vin, azur et or en masse,

    Car Dieu la fist pour vostre utilité

    Mer qui receoit et donne toute grace

    2 ms : 2205, f° 6 v° ; O, f° 43 v°.

    notes : v. 39 : mer hyrcane : mer Caspienne ; v. 58 : unyons : perles. ; v. 59 : timidité lecture incertaine.

    LE BIEN PUBLIC, CHANT ROYAL DE PIERRE CRIGNON, NON DATÉ (APRÈS 1530)

    ms. BnF fr 379, f° 20, col. b

    Au temps que humains vivoient en grand plaisance

    Au lieu de paix et de dilection,

    Que froid ou chauld ne leur faisoit nuysance,

    4

    Mais de tous biens avoient amplexion,

    Haultain vouloir de ardante affection

    Leur mist au cueur par son subtil langaige

    De entrer sur mer pour faire un navigage

    8

    En l’orient ou croist l’or precïeux,

    Et que au moyen de sa bonne trafique,

    Ilz chargeroient de tous biens specïeux

    Au grand prof fit de tout le bien publique.

    12

    Humains oyantz ceste vaine jactance

    Ont entreprins la navigation,

    Et mis sur mer corps biens, vivres, substance :

    Levent leur anchre et sans dilation

    16

    Ont guindé hault voiles de elation.

    Le vent d’orgueil comme fouldre et orage

    S’est mis dedens, soufflant par tel oultrage

    Qu’il a poulsé leur nef en divers lieux,

    20

    Trop loing de Dieu, vers le pole antartique,

    tenant au vent tousjours pour trouver myeulx

    Au grand proffit de tout le bien publique.

    Lorsqu’ilz ont eu de terre congnoissance,

    24

    Fiere Atropos par mortelle action

    f° 20 v°, col. a

    Leur a monstré l’effect de sa puissance,

    Mettant leur corps a putrefaction,

    En maculant de son infection

    28

    Tous les plus fortz de ce noble equipage,

    Depuis le grand jusques au petit page.

    Dont ce voyant ont esté curieux

    De retourner vers la bonté celique,

    32

    Pour eviter ce danger furieux

    Au grand proffit de tout le bien publique

    Et nonobstant les vagues d’ignorance,

    Le vent d’envie et de obstination,

    36

    Jusques au cap dict de Bonne Esperance

    On capïé pour leur salvation,

    Et tant singlé soubs l’elevation

    Du vray soleil dont ilz voyent l’umbrage,

    40

    Qu’ilz sont venus en seur et beau parage,

    Ou d’ung beau temps, cler et non bruyneux

    Ont veu nasquir soubz l’orizon oblique,

    L’astre polaire aux rayons lumineux

    44

    Au grand proffit de tout le bien publique.

    Ceste sydere a donné asseurance

    Aux navigantz en tribulation

    Qu’ils parviendront tost en la terre France,

    48

    En grand leesse et consolation,

    Ou maladifs, par recreation,

    Prendront le pain de vie pour usage,

    Qui leur donra santé et, davantage,

    52

    Beuvront le vin d’amour tout gracieux,

    Parquoy chacun a louer Dieu se applique,

    La vierge aussi, descendue des cieux,

    Au grand proffit de tout le bien publique.

    56

    Prince honnorons la Vierge de courage,

    Qui preserva de mortel nauffrage

    Les navigantz en dangers perilleux

    Elucidons sa vertu magnifique,

    60

    Car elle a faict ung salut merveilleux

    Au grand proffit de tout le bien publique.

    Ms. unique ;

    Leçon non retenue : v. 1 : plaisir

    notes : Ce chant royal est le compte rendu de l’expédition des deux bateaux armés par Ango et commandés par les frères Parmentier en 1529, expédition dont P. Crignon a rédigé le récit détaillé (Discours de la Navigation de J. et R. Parmentier, de Dieppe, éd. Ch. Schefer, Paris, 1883). Il est donc très probablement composé juste au retour. v. 16 : guindé : élevé.

    Image 100000000000026A0000019F3F620AAD.jpg

    Heures de la Conception de la Vierge. Rouen, Bibliothèque municipale, Y 226a, p. 58. Cliché Denis Hüe.

    Image 10000000000002AD00000301B804674D.jpg

    Le Bien public, Chant royal de Pierre Crignon. Paris, BnF, fr. 379, f° 20, reproduit dans Chants royaux du Puy des Palinods de Rouen, par Jean Lafond, Rouen, Société rouennaise des bibliophiles, 1933-1934, planche 38.

    Notes de bas de page

    1 Wace, Vie de saint Nicolas, Poème religieux du xiie siècle, éd. E. Ronsjø, Lund, 1942.

    2 Cf. sur ce point, par exemple, Orderic Vital, Histoire de Normandie, trad. Guizot, Paris-Caen, Brière-Mancel, 1826 ; t. III, p. 1777-192.

    3 Ms. BnF, fr. 242, f° XIIIIxxX v, col. b et XIIIIxxXI, col. a.

    4 Qu’il s’agisse ici d’Anselme le Jeune ou d’Eadmer, ou d’une autre personne importe peu, et les textes peuvent être datés du tout début du xiie siècle.

    5 Cf. Adgar’s Marienlegenden, nach der Londoner Handschrift Egerton 612… éd. Carl Neuhaus, Altfranzösische Bibliothek, Heilbronn, 1886, p. 136 sq.

    6 Ms. BnF, fr. 2205, f° 6 v° ; Oxford, Bodl. 379, f° 43 v°. Le texte est donné en appendice.

    7 On pourra trouver le texte de cette moralité et de la Moralité de la Dame à l’Agneau et de la Dame à l’Aspic, édités par P. Le Verdier, Société des Bibliophiles Normands, Rouen, imprimerie de Léon Gy, 1908, sur le site du CETM : http://www.uhb.fr/alc/medieval/THac.htm

    8 Ms. BnF 1538, f° 1 v°.

    9 C’est selon l’Académie (1762) « une espèce de poisson de mer », selon le TLF – qui cite La Pérouse – une sorte de phoque.

    10 « Charles VI, en 1400, se préoccupera non seulement de réglementer le commerce, mais aussi l’utilisation des engins de pêche. Dans son ordonnance, il fixait la dimension minima d’un filet appelé « aploïda » ou « aplet », termes qui désignaient la senne, filet déjà connu des Romains, qui lui avaient donné le nom de « sagena ». A. Boyer, Les Pêches mar., 1967, p. 8 » (TLF, ad. verb.).

    11 Cela est d’autant plus paradoxal que le terme d’aplet est en fait plus régional (présent entre autres chez Wace), et que la senne, qui vient d’un latin sagena, est un mot très généralement attesté.

    12 Le vuarestai est le cordage principal qui délimite la senne ; je comprends les bassouyns comme les flotteurs ; la hallecorde est sans doute celle qui permet de remonter le filet. Le bout [but] est le terme générique de cordage. Il n’est pas possible de détailler le chant royal de Pierre Crignon qui, sur le même principe, détaille toutes les parties de l’astrolabe. On pourra le consulter dans ma Petite Anthologie palinodique, Paris, Champion, 2002.

    13 Ms. BnF, fr. 1715 (1533), f° 66 v°, « Le filz du roy, tresexcellent pylote, / Gubernateur et maistre de navire », ref : « Port gracieux et havre salutaire ».

    14 B.M. Rouen, Ac 4, f° 67 : « Le taincturier qui toutes coulleurs tainct, / Pour mieulx fournir de drogues sa taincture… », ref : « Terre a bresil dont l’escarlatte est faicte ».

    15 Ibid., v. 12-15, 21-22.

    16 « Sus l’ocean et grosse mer mondaine / Ou jamais n’eust quelque asseuré repos… », ref : « au parfaict port de salut et de voye », 379, f° 24 v° ill.

    17 « Esbare hau, au quart au quart au quart debout dormeurs… », ref : « la terre neufve en tous bien fructueuse », 379, f° 18 v°.

    18 « Le grand patron et pilote tressage / Qui composa la grand cosmographie… », ref. : « L’isle ou la terre est plus haut que les cieulx. », 379, f° 29 v°.

    19 « Sainct Daniel prophete d’excellence / Eut vision d’une ile enmy la mer », ref : « l’isle royale en vertuz florissante », ms. BnF, fr. 1715, f° 51. Le texte date de 1533.

    20 Pour une mise en évidence du fer comme métal positif dans la perspective palinodique, cf. D. H. « La Vierge et la science », Par Les Mots et les textes, Mélanges… C. Thomasset, éd. D. James-Raoul et O. Soutet, Paris, p. 431-450, p. 437-8.

    21 Les Îles Fortunées étaient dans la mythologie gréco-latine le séjour des morts. Les premiers navigateurs atlantiques ont ainsi nommé les îles Canaries, que d’aucuns ont rapprochées du Paradis terrestre de saint Brendan. Ces îles figurent dans le Speculum historiale de Vincent de Beauvais, et constituent aux yeux de l’homme de la Renaissance, un lieu géographique autant que symbolique.

    22 « Et pour son dernier œuvre, luy estant sus ledict voyage, voyant plusieurs de ses gens desplaisans et fachez d’estre si longtemps sus la mer dont il y en avoit largement de repentans par ung regret des ayses passees, il a composé ung petit traicté ou exortation contenant les merveilles de Dieu et la dignité de l’homme, pour leur donner cœur de persister et s’efforcer a parfaire ladicte navigation ou il a tousjours esté bien obey et reveré de ses gens… » P. Crignon, prologue à la Description nouvelle des merveilles de ce monde… De Jean Parmentier, éd. Morrhy des Champs, selon F. Ferrand, J. Parmentier, Œuvres poétiques, Droz, « T.L.F. », 1971, J. Petrus selon moi (cf. mon article « Un poète dans sa ville : La Moralité sur l’Assomption de Notre Dame, de Jean Parmentier », Mainte Belle Œuvre faicte, mélanges… G. A. Runnalls, Orléans, Paradigme, 2005, p. 225-241, n. 2).

    23 Ballade anonyme « D’un grand port de mer spacieux / Est deradé un marineau… », ref. : « Au doulx havre d’humain salut », 1524, ms. unique, BnF, fr. 25535, f° 39.

    24 Cf. l’article de D. Clary, ad. Verb., Encyclopædia Universalis.

    25 Cf. note 13 ; v. 37-44.

    Auteur

    • Denis Hüe

      CTEM-CELAM, Université de Haute Bretagne – Rennes 2

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    1 Wace, Vie de saint Nicolas, Poème religieux du xiie siècle, éd. E. Ronsjø, Lund, 1942.

    2 Cf. sur ce point, par exemple, Orderic Vital, Histoire de Normandie, trad. Guizot, Paris-Caen, Brière-Mancel, 1826 ; t. III, p. 1777-192.

    3 Ms. BnF, fr. 242, f° XIIIIxxX v, col. b et XIIIIxxXI, col. a.

    4 Qu’il s’agisse ici d’Anselme le Jeune ou d’Eadmer, ou d’une autre personne importe peu, et les textes peuvent être datés du tout début du xiie siècle.

    5 Cf. Adgar’s Marienlegenden, nach der Londoner Handschrift Egerton 612… éd. Carl Neuhaus, Altfranzösische Bibliothek, Heilbronn, 1886, p. 136 sq.

    6 Ms. BnF, fr. 2205, f° 6 v° ; Oxford, Bodl. 379, f° 43 v°. Le texte est donné en appendice.

    7 On pourra trouver le texte de cette moralité et de la Moralité de la Dame à l’Agneau et de la Dame à l’Aspic, édités par P. Le Verdier, Société des Bibliophiles Normands, Rouen, imprimerie de Léon Gy, 1908, sur le site du CETM : http://www.uhb.fr/alc/medieval/THac.htm

    8 Ms. BnF 1538, f° 1 v°.

    9 C’est selon l’Académie (1762) « une espèce de poisson de mer », selon le TLF – qui cite La Pérouse – une sorte de phoque.

    10 « Charles VI, en 1400, se préoccupera non seulement de réglementer le commerce, mais aussi l’utilisation des engins de pêche. Dans son ordonnance, il fixait la dimension minima d’un filet appelé « aploïda » ou « aplet », termes qui désignaient la senne, filet déjà connu des Romains, qui lui avaient donné le nom de « sagena ». A. Boyer, Les Pêches mar., 1967, p. 8 » (TLF, ad. verb.).

    11 Cela est d’autant plus paradoxal que le terme d’aplet est en fait plus régional (présent entre autres chez Wace), et que la senne, qui vient d’un latin sagena, est un mot très généralement attesté.

    12 Le vuarestai est le cordage principal qui délimite la senne ; je comprends les bassouyns comme les flotteurs ; la hallecorde est sans doute celle qui permet de remonter le filet. Le bout [but] est le terme générique de cordage. Il n’est pas possible de détailler le chant royal de Pierre Crignon qui, sur le même principe, détaille toutes les parties de l’astrolabe. On pourra le consulter dans ma Petite Anthologie palinodique, Paris, Champion, 2002.

    13 Ms. BnF, fr. 1715 (1533), f° 66 v°, « Le filz du roy, tresexcellent pylote, / Gubernateur et maistre de navire », ref : « Port gracieux et havre salutaire ».

    14 B.M. Rouen, Ac 4, f° 67 : « Le taincturier qui toutes coulleurs tainct, / Pour mieulx fournir de drogues sa taincture… », ref : « Terre a bresil dont l’escarlatte est faicte ».

    15 Ibid., v. 12-15, 21-22.

    16 « Sus l’ocean et grosse mer mondaine / Ou jamais n’eust quelque asseuré repos… », ref : « au parfaict port de salut et de voye », 379, f° 24 v° ill.

    17 « Esbare hau, au quart au quart au quart debout dormeurs… », ref : « la terre neufve en tous bien fructueuse », 379, f° 18 v°.

    18 « Le grand patron et pilote tressage / Qui composa la grand cosmographie… », ref. : « L’isle ou la terre est plus haut que les cieulx. », 379, f° 29 v°.

    19 « Sainct Daniel prophete d’excellence / Eut vision d’une ile enmy la mer », ref : « l’isle royale en vertuz florissante », ms. BnF, fr. 1715, f° 51. Le texte date de 1533.

    20 Pour une mise en évidence du fer comme métal positif dans la perspective palinodique, cf. D. H. « La Vierge et la science », Par Les Mots et les textes, Mélanges… C. Thomasset, éd. D. James-Raoul et O. Soutet, Paris, p. 431-450, p. 437-8.

    21 Les Îles Fortunées étaient dans la mythologie gréco-latine le séjour des morts. Les premiers navigateurs atlantiques ont ainsi nommé les îles Canaries, que d’aucuns ont rapprochées du Paradis terrestre de saint Brendan. Ces îles figurent dans le Speculum historiale de Vincent de Beauvais, et constituent aux yeux de l’homme de la Renaissance, un lieu géographique autant que symbolique.

    22 « Et pour son dernier œuvre, luy estant sus ledict voyage, voyant plusieurs de ses gens desplaisans et fachez d’estre si longtemps sus la mer dont il y en avoit largement de repentans par ung regret des ayses passees, il a composé ung petit traicté ou exortation contenant les merveilles de Dieu et la dignité de l’homme, pour leur donner cœur de persister et s’efforcer a parfaire ladicte navigation ou il a tousjours esté bien obey et reveré de ses gens… » P. Crignon, prologue à la Description nouvelle des merveilles de ce monde… De Jean Parmentier, éd. Morrhy des Champs, selon F. Ferrand, J. Parmentier, Œuvres poétiques, Droz, « T.L.F. », 1971, J. Petrus selon moi (cf. mon article « Un poète dans sa ville : La Moralité sur l’Assomption de Notre Dame, de Jean Parmentier », Mainte Belle Œuvre faicte, mélanges… G. A. Runnalls, Orléans, Paradigme, 2005, p. 225-241, n. 2).

    23 Ballade anonyme « D’un grand port de mer spacieux / Est deradé un marineau… », ref. : « Au doulx havre d’humain salut », 1524, ms. unique, BnF, fr. 25535, f° 39.

    24 Cf. l’article de D. Clary, ad. Verb., Encyclopædia Universalis.

    25 Cf. note 13 ; v. 37-44.

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    Hüe, D. (2006). De Dieppe à Rouen : îles, mers et navigation. In C. Connochie-Bourgne (éd.), Mondes marins du Moyen Âge. Aix-en-Provence: Presses universitaires de Provence. https://doi.org/10.4000/books.pup.3840
    Hüe, Denis. « De Dieppe à Rouen : îles, mers et navigation ». In Mondes marins du Moyen Âge, édité par Chantal Connochie-Bourgne. Aix-en-Provence: Presses universitaires de Provence, 2006. doi:10.4000/books.pup.3840.
    Hüe, Denis. « De Dieppe à Rouen : îles, mers et navigation ». Mondes marins du Moyen Âge, édité par Chantal Connochie-Bourgne, Presses universitaires de Provence, 2006, https://doi.org/10.4000/books.pup.3840.

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    Connochie-Bourgne, Chantal, éditeur. Mondes marins du Moyen Âge. Presses universitaires de Provence, 2006, https://doi.org/10.4000/books.pup.3814.
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