L’internement dans les asiles
p. 131-151
Texte intégral
À plusieurs reprises elle a quitté le domicile conjugal sans s’occuper de ses enfants et ne revenant qu’un ou deux jours après […].
Depuis quelque temps [elle] donne des signes de dérangement cérébral.
À plusieurs reprises elle a quitté la maison pour aller au cinéma1.
1Nous allons nous attacher ici à des questions importantes : qui sont ces femmes que l’on juge folles de maternité ? Qu’est-ce qu’on en fait ? Comment traite-on leur folie ?
2Nous pourrons également considérer l’impact du diagnostic de folie/ psychose puerpérale dans l’histoire des pratiques médicales et peser ainsi le rapport entre les représentations et les pratiques.
Les asiles comme source problématique pour l’histoire de la folie
3Depuis les travaux de Foucault, on sait que l’asile représente le lieu de la folie : l’endroit où la personne est prise en charge et traitée, et donc aussi l’endroit privilégié où se fabriquent les notions de « normal » et de « pathologique ». L’asile devient en somme un archétype de la construction sociale de la folie.
4L’historiographie récente commence cependant à problématiser un point capital : la périodisation de la médicalisation de la folie. Pouvons-nous dire que l’histoire de la folie commence avec l’histoire de l’internement à l’asile ? L’internement des fous a-t-il des discontinuités dans la longue durée2 ?
5L’asile est l’un des endroits où l’on soigne la folie ; l’internement, qui opère la séparation de la communauté, est l’un des systèmes mis en pratique par la société : que fait-on des personnes violentes ou rejetées par les familles que l’on ne peut pas mettre ailleurs ? Il faut considérer les critères qui définissent ceux qui entrent à l’asile pour essayer de comprendre la dynamique complexe de l’histoire de la folie. Ces critères reposent en effet sur deux points : la dangerosité sociale des individus, qui n’ont cependant pas encore commis de délits, et l’incapacité (volontaire ou non) des familles et de la communauté à faire face à certains symptômes, dont le plus important n’est pas la maladie, mais l’impossibilité de participer à la vie sociale. Il faut donc traiter l’asile comme une institution hospitalière avant même de se poser la question de la ségrégation. C’est la médecine aliéniste qui se pose ensuite la question du traitement. Mais l’internement des fous précède cette branche de la médecine. La folie ne se retrouve d’ailleurs pas que dans les asiles.
6En prenant ces précautions, nous pouvons nous pencher sur l’histoire des asiles en sachant donc déjà que les mères folles qui y entrent sont, comme les autres fous, soit refusées par leur famille, soit responsables de violence.
Typologie des sources : registres et dossiers individuels
7À partir du moment où l’internement est régularisé par des normes, les asiles sont obligés de tenir un registre ponctuel des internements. Les lois européennes sur la règlementation des asiles sont voulues avant tout pour éviter l’internement arbitraire des personnes et la conséquence possible de l’aliénation des biens. Malgré la rhétorique aliéniste, ces lois sont avant tout des dispositifs de régularisation des droits de la personne par rapport à ses biens. Établir si la personne est folle ou non est donc une véritable enquête, qui est menée auprès de la communauté et qui laisse une trace dans la documentation. Les dispositifs documentaires principaux avec lesquels on organise les asiles pour attester la présence des individus sont alors de deux sortes : les registres d’entrées et de sorties et les dossiers individuels.
Les dossiers individuels
8Le dossier individuel est un fascicule composite et hétérogène qui individualise, en les liant, les documents d’une personne. Il rassemble l’ensemble des documents liés à l’hospitalisation de la personne. Il contient des documents fournis par la Mairie ou la police pour établir la prise en charge du département : des informations administratives (état civil, nationalité, domicile, revenus), biographiques (profession, parenté), les procédures d’internement (d’office ou volontaire), trois certificats médicaux : certificat d’un médecin externe à l’asile établi dans les 24 h ; certificat d’observation après 15 jours, de sortie ou d’entrée définitive ; certificat de sortie définitive, de décès ou de transfert. Si la personne a été internée d’office, ces dossiers contiennent les procès-verbaux. Selon les circonstances de l’hospitalisation et l’état de conservation, on peut y trouver d’autres documents : photos, documents personnels, documents manuscrits rédigés par le malade ou les parents.
Les registres
9Les registres (registres matricules, Livres de la loi) sont des dispositifs qui servent à compter la population de l’asile. On notait avant tout, dans ces cahiers de très grande taille, l’entrée et la sortie (ou le transfert ou le décès) de la personne internée. À l’intérieur, on trouve aussi toutes les informations administratives principales contenues dans les dossiers personnels et les observations sur les étapes les plus importantes de la maladie. À côté de renseignements biographiques (noms, adresse, nationalité, profession, parenté, religion) se trouvent ainsi des informations à caractère médical (anamnèse, étiologie, diagnostic, pronostic). À Marseille, par exemple, parmi les 398 dossiers médicaux des femmes internées à l’asile par placement d’office et sorties (transférées ou décédées) dans la période comprise entre 1878 et 1940, 16 relèvent un diagnostic de folie puerpérale. De ces 16 femmes, 5 ont été internées dans la période comprise entre 1838 et 1899 (le diagnostic a donc été prononcé durant cette période) et 11 ont été internées entre 1900 et 1940.
10Par ailleurs, nous pouvons évaluer au cas par cas si, d’une part, les transformations subies par le diagnostic au niveau interprétatif influencent la perception des médecins qui travaillent à l’hôpital et dans les asiles, et si, d’autre part, la perception du risque d’une maternité pathologique intervient dans la demande d’internement dans les familles et les institutions.
Compter la folie
11Bien que nous ne disposions pas de sources systématisées pour établir des statistiques de l’internement, nous pouvons cependant reconstituer comment les médecins qui travaillent à l’asile interprètent ce type de folie. Dans un élan administratif, hygiénique et prophylactique, ils rédigent toute une série de statistiques, dont une partie est, à la moitié du xixe siècle, consacrée aux causes de la folie. Ce sont par ailleurs ces premières compilations qui sollicitent une nouvelle réflexion théorique autour des folies des femmes en couches. Par la suite ces statistiques sont abandonnées, car l’aliénisme va privilégier dans ses classifications les formes de la folie.
12Suite à l’impulsion donnée aux statistiques officielles par les gouvernements des États européens, le recensement dans les asiles est une pratique qui se répand au milieu du siècle autour des questions d’hygiène, de santé et de prophylaxie, mais aussi de criminalité3. Progressivement tous les États se dotent de normes et de lois sur le traitement des fous et sur l’organisation des asiles4.
13Ces recensements dans les asiles sont le fruit d’une volonté de compter les malades à but sanitaire et administratif, en les classant autour de certaines catégories simples : sexe, âge et causes de la folie. Nous avons déjà souligné que ces mêmes catégories servent aux aliénistes comme base de réflexion dans les premiers traités sur la folie : Pinel et Esquirol sont les deux médecins qui se situent dans ce passage entre pratique et théorie. Durant tout le xixe siècle, se succède en Europe un nombre important d’essais de statistiques basés sur les recensements de la population des asiles, ainsi que sur l’organisation des structures asilaires5. Pour élargir les connaissances sur le fonctionnement des asiles, de nombreux médecins directeurs d’asiles visitent les structures d’autres pays d’Europe6. Ces visites constituent les premiers échanges autour du savoir aliéniste encouragés par la publication de comptes rendus des voyages. Comme les théoriciens, les médecins des asiles partagent leur savoir, mais sur des questions différentes, plus pratiques : le traitement des aliénés, le fonctionnement de l’asile.
L’asile de Marseille
14À Marseille c’est Jean-Baptiste Lautard7 qui se penche en premier sur la question du recensement des aliénés dans La maison des fous de Marseille. Motivé par la nouvelle loi de 1838, il écrit :
J’ai tracé l’histoire de cet établissement, en inscrivant avec exactitude, sur mes tablettes, les événements les plus remarquables dont il fut le théâtre jusqu’à ce jour ; j’ai fait, en un mot, de l’hôpital de Marseille, ce que fait l’historien d’une peuplade nouvellement découverte8.
15Lautard prend en charge le service de l’hôpital Saint-Lazare de Marseille en 1802 et y reste jusqu’en 18379. Son objectif est de rassembler les statistiques à partir du xviie siècle. Ces dernières – que l’on ne peut pas utiliser d’un point de vue quantitatif – sont alors divisées en deux périodes, 1699-1802 et 1803-1837, et rassemblent donc les données de plusieurs années.
16Dans la collecte de données, il regroupe les aliénés sur la base des « causes d’aliénation » en utilisant les deux catégories qui fondent le corpus esquirolien : les physiques et les causes morales. C’est précisément l’organisation de son discours qui nous permet d’avoir un premier aperçu de la manière dont la folie puérperale est représentée dans l’asile de Marseille. Lautard accorde une place importante aux causes organiques de la folie et range dans cette catégorie les folies des « suites de couches ». Il évalue que sur 714 femmes (sur 1408 aliénés) rentrées à l’hôpital en 36 ans (1803-1837), 10 étaient atteintes de folie provoquée par les suites de couches.
17Sans rentrer dans le détail des pathologies des couches, Lautard signale :
Dans tous les temps, moins bien soignées que les hommes, les femmes du peuple ont été plus facilement confinées dans les asiles publics, pour peu qu’elles deviennent incapables de remplir les soins du ménage ; les maris ont communément paru s’en détacher sans peine et ne plus s’occuper de leur sort, dès l’instant qu’elles ne sont plus sous leurs yeux10.
18La remarque est très intéressante car elle nous révèle que, au-delà d’une représentation organique, la folie est déjà intégrée dans les pratiques d’internement par le biais du rôle de la femme au sein de la famille : l’incapacité à assurer cette fonction peut finalement être à la base de l’internement. Nous avons là une représentation complètement opposée à celle fournie par Kraepelin, selon lequel on gardait les femmes folles plus facilement à la maison. Ce décalage important est sans doute l’une des preuves du traitement différent de la folie selon les classes sociales : alors que les grands aliénistes font souvent référence aux classes riches, Lautard fait référence aux classes pauvres, où travail féminin et travail masculin s’équivalent.
19Cela semble signaler aussi que vers la fin du xixe siècle, la folie de femmes dans les classes aisées est déjà regardée depuis un point de vue social (la fonction des femmes au sein de la société) alors que pour les couches pauvres domine une interprétation organique.
20Nous retrouvons ces éléments encore un peu plus tard, dans les dynamiques d’internement du nouvel asile construit à Marseille et consacré spécifiquement aux aliénés : l’asile de Saint-Pierre, bâti durant les années 1840 autour de la rue Saint Pierre, sur les terres de M. Timone.
21C’est le médecin Honoré Aubanel11, déjà en service à Saint-Lazare, qui organise le déplacement des malades en 1844 et qui est mis à la tête du nouvel hôpital. En 1850, il rédige un compte rendu pour le département des Bouches-du-Rhône, l’administration responsable de la pension des malades indigents, conformément à la nouvelle loi de 1838.
22Le texte d’Aubanel12 fournit des renseignements précieux. Comme il l’avait déjà fait à Bicêtre13, Aubanel regroupe les internés selon différentes catégories et, pour ce qui concerne l’étiologie, son compte rendu donne des détails très précis qui nous permettent de saisir certaines des caractéristiques de l’internement asilaire de cette époque14.
23Pour ce qui en est des raisons qui sont à l’origine de l’internement des femmes, il fournit des informations importantes sur la folie puerpérale. Aubanel regroupe en effet les causes d’aliénation des malades rentrés à l’hôpital entre 1841 et 1849 en cinq classes : causes morales, excès, privations, causes organiques, causes externes15. Si ces statistiques n’ont aucune valeur quantitative (d’autant plus que 864 malades, dont 407 femmes, sont regroupés sur huit ans), elles sont cependant très intéressantes, car elles nous permettent d’avoir une vue d’ensemble des dynamiques de l’internement peu de temps après la promulgation de la nouvelle Loi.
24Dans ses tableaux statistiques, Aubanel introduit la grossesse et l’accouchement parmi les causes organiques. Avec les troubles de la menstruation, elles sont de fait rangées à coté de maladies physiques ordinaires : la variole, la pneumonie, l’otite, le choléra.
25Sur la base des statistiques d’Aubanel, les troubles liés à la folie puerpérale représentent 2,5 % des cas de l’ensemble des causes de la folie des femmes attestées en 9 ans. Peu importantes d’un point de vue statistique, ces données sont pourtant signalées par le médecin, conformément à la réflexion menée à ce moment par l’aliénisme : les causes liées à la vie « génésique » de la femme font partie intégrante du savoir également dans les pratiques médicales.
26Si nous essayons alors de tirer un bilan des causes d’internement à la moitié du xixe siècle, nous pouvons constater la diffusion d’une interprétation organique de la folie des femmes, bien que d’un point de vue quantitatif, cela pèse peu sur la totalité des femmes internées : les causes morales sont beaucoup plus importantes.
27Nous pouvons apprécier également cela en regardant par exemple d’autres statistiques publiées sur la même période. Alors que dans d’autres asiles on ne prend pas en compte la dimension « génésique » de la folie, les statistiques de l’époque nous informent que, dans certains cas, la puerpéralité, quand elle est prise en compte, représente environ 10 % des représentations de la folie.
28En France, par exemple, le Rapport statistique sur le service des aliénés de l’hospice de l’Antiquaille16 (à Lyon) spécifie que, sur 542 femmes internées dans les années 1830, 45 le sont pour « suites de couches », soit 8,3 %, et 25 pour « menstruation ».
29La folie puerpérale, bien qu’elle puisse être présente et cachée parmi d’autres causes (notamment celles morales de chagrins domestiques, etc.), est évaluée pour l’instant seulement depuis le point de vue organique. Ce n’est pas une maladie de la maternité, mais une maladie des moments physiologiques liés à l’engendrement : grossesse, accouchement et allaitement.
30Nous pouvons alors constater que dans les pratiques asilaires, comme dans la réflexion aliéniste, ces folies sont visibles et perçues déjà à la fin du xixe siècle, mais elles influent peu sur la représentation globale de la folie, qui reste attachée à une représentation morale. Leur poids sur la totalité des folies varie, selon les quatre cas considérés, entre 2,5 et 9,0 %. Cette représentation statistique est conforme à celle des traités de l’aliénisme de la même époque.
Comportements maternels et transgressions à la moitié du xixe siècle
31Pour se rendre compte de la façon dont on envisage plus largement les attitudes transgressives féminines au milieu du siècle, il est intéressant d’aller voir ce qui se passe du côté de l’infanticide. Cela nous permet de saisir de quelle manière on codifie les comportements violents des femmes envers leurs enfants.
32Ainsi, dans la sous-série 208 U des Archives départementales des Bouches-du-Rhône, qui regroupe tous les dossiers d’affaires pénales émanant de la Cour d’appel d’Aix (dossiers jugés en assises ou d’affaires correctionnelles jugées en appel) pour la période comprise entre 1800 et 1900, on trouve 40 procédures ouvertes pour infanticide, dont 29 commis par des femmes seules et le reste par deux ou plusieurs personnes (couples, proches). Dans ces dossiers, nous pouvons souligner l’absence de stigmatisation de la responsabilité des mères : à la place, nous retrouvons une représentation sociale du crime et la mise en place de stratégies pour tenter d’échapper à la peine.
33À titre d’exemple, nous citerons un intéressant procès d’infanticide, jugé au tribunal d’Aix-en-Provence en 1832.
34Assistons donc à l’interrogatoire entre le juge et l’accusée dénommée M. F. C. :
« Vous êtes inculpée d’après la plainte du réquisitoire du Roi d’avoir volontairement donné la mort à une enfant nouveau-née, dont vous étiez accouchée dans la journée du huit février dernier. Qu’avez-vous à dire pour votre justification ?
« Je déclare que le huit février dernier je partis à Roquevaire vers 10 h du matin dans l’intention de me rendre à Auriol en passant dans la campagne pour demander mon pain. Ne trouvant pas du travail je me livrais à la mendicité depuis quelque temps et je parcourrais ainsi les environs de Marseille. Dans la journée du huit, après avoir traversé diverses campagnes où je demandais de la charité je me trouvai au milieu d’un champ, non loin d’un village dont je ne connaissais pas le nom lorsque je fus saisie par des violentes douleurs. Les souffrances devinrent si cruelles que je ne pus continuer ma route et fut obligée de m’arrêter en cet endroit. C’est dans un moment que debout, appuyée contre une muraille, j’accouchai d’une enfant que je reconnus d’être de sexe féminin. Puis l’entendis se plaindre au moment même où sortait de mon sein. Il tomba par terre. Je m’empressai alors de le ramasser, puis couper avec des ciseaux que j’avais sur moi le cordon ombilical et de le placer dans mon tablier. Il était alors encore vivant et malgré mon état de faiblesse, je me décidais de continuer ma route afin de tâcher d’avoir quelque secours. La fatigue m’obligea de me reposer plusieurs fois et la première fois que je m’assis je regardai de nouveau mon enfant et je m’aperçus qu’il avait cessé de vivre. Je continuai ma route et arrivé à une campagne j’entrais dans une écurie au loge à cochon que j’aperçu ouverte et dans laquelle je vois de la paille fraiche. Fatiguée de ma course je m’assis par terre et dans ce moment mon enfant glissa dans mon tablier et tomba sur la paille. Ce fut alors qu’un cochon qui se trouvait dans cette loge s’en empara et que lui fit la blessure que l’on a pu remarquer sur sa tête. Je m’empressais alors de l’arracher à cet animal, et dans cette instant je vis paraitre un individu qui cria au voleur. Craignant qu’on ne découvrit cet enfant et redoutant la honte et le déshonneur qui s’en seraient suivis pour moi, je l’attachai par le bras sous ma robe et je fis ainsi le trajet jusqu’à Auriol.
« J’affirme que lorsque je suis entrée dans cette loge à cochon mon enfant avait cessé de vivre et si je n’ai point dit la vérité devant le commissaire de police qui m’interrogea, si j’ai pris toutes sortes de précautions pour cacher la naissance de cet enfant, c’est que je voulais éviter qu’on ne connut mon déshonneur, et que, certaine d’ailleurs que mon enfant était mort, mon intention était de l’ensevelir au premier cimetière que j’aurais trouvé17. »
35Le récit de cette femme a l’allure d’une apologie impossible et nous laisse entrevoir un jugement sévère et une peine exemplaire. Cependant le tribunal déclare l’homicide involontaire :
âgée de 23 ans, journalière, […] d’avoir par imprudence causé involontairement la mort de l’enfant nouveau-né dont elle venait d’accoucher, délit prévu par l’art 319 du Code Pénal18.
36Cela nous montre que, à la moitié du xixe siècle, les comportements transgressifs des femmes dans les pratiques ne sont toujours pas stigmatisés sous l’emprise de la médicalisation de la maternité.
37Les troubles de la maternité révèlent pour l’instant uniquement des troubles de la grossesse, de l’accouchement et de la lactation. Les folies organiques ne font donc pas référence à une représentation morale de la maternité : l’on ne stigmatise pas les aptitudes de la mère. Les folies morales, présentes parmi les causes d’internement à l’asile, ne concernent pas la maternité, mais les chagrins de la vie quotidienne.
De la fin du xixe siècle à la Première Guerre mondiale
38Durant la deuxième partie du xixe siècle et les premières années du xxe, nous voyons apparaître, dans les internements à l’asile, les premiers diagnostics liés plus précisément à la folie puerpérale. L’usage que l’on fait de cette affection est pourtant encore hétérogène : anciennes et nouvelles définitions se mêlent.
39À Marseille, c’est seulement en 1899 que nous trouvons dans les registres deux femmes atteintes de « manie puerpérale », puis en 1901, deux femmes atteintes de « lypémanie puerpérale19 ». En 1900, on compte quatre diagnostics, dont trois sont très hétérogènes : Mme M. A. est internée pour « mélancolie stupéfaite puerpérale », deux malades sont internées pour « démence de l’allaitement20 » et enfin seulement Mme C. R. est atteinte de « manie puerpérale ».
40Lorsque nous entrons dans le détail de la folie grâce aux informations plus abondantes sur les malades contenues dans les dossiers personnels21, nous pouvons apercevoir toute la complexité de la question de la folie puerpérale et, de façon plus générale, du fonctionnement de l’internement à l’asile.
41L’asile demeure de manière prioritaire une structure d’accueil pour les personnes indigentes : malnutrition, misère et précarité sociale restent les afflictions principales des internées. Les dossiers médicaux mélangent plusieurs interprétations de la folie : d’une part, ils essaient de donner une explication empirique de la maladie en faisant souvent référence à la vie et aux conditions de vie des malades. De l’autre, ils essayent de se conformer aux nouveautés cliniques. Cela est vrai tant pour les hommes que pour les femmes et ne concerne pas spécifiquement la folie puerpérale. Ce double registre de lecture, pratique et théorique, est pourtant plus net dans les dossiers des femmes, pour lesquelles la vision organique de la maladie reste centrale.
42Nous pouvons analyser cela particulièrement en France, car le pays, grâce à sa législation précoce, suit dans les dossiers médicaux des procédures homogènes d’internement sur la longue période et des enregistrements plus précis.
43À Marseille, par ailleurs, l’une des manières d’être internée à l’asile pour une mère considérée comme folle est sans doute d’être envoyée à l’asile directement par l’hôpital où elle a accouché. C’est le cas par exemple de Mme P. A. C.22, née en 1861, domiciliée à Toulon, internée en 1882. Malgré cet envoi et le certificat qui l’accompagne, le diagnostic d’internement à l’asile dit qu’elle est « atteinte de lypémanie aiguë ». Cependant, sur le certificat de l’Hôtel-Dieu, nous lisons :
Je, soussigné, Dr en médecine et chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu certifie que Mme de P. huit jours après ses couches normales a donné des signes non équivoques d’une aliénation mentale des facultés intellectuelles, actuellement elle est atteinte de manie puerpérale et par moments l’affection change de forme pour devenir de la démence furieuse, en l’état comme elle est peut être dangereuse soit pour elle, soit pour son entourage. J’estime qu’il y a lieu de l’évacuer sur un asile public d’aliénés23.
44Comme nous l’avons déjà signalé par ailleurs, la définition de folie/manie puerpérale est plus une nécessité descriptive qu’interprétative.
45Encore au début du siècle, l’asile semble ne pas prêter une attention particulière à la maternité et à ses dérèglements, mais plutôt à la « vie génésique » en général. C’est ainsi que Mme C. R., 39 ans, née à Bastia en 186024, est internée en 1900, car elle est « atteinte d’agitation maniaque, hallucination due à la ménopause ». Cette ménopause précoce est par ailleurs démentie par le reste du dossier, car nous découvrons qu’elle a des enfants, dont un tout petit (18 mois). En outre, on signale dans le dossier qu’elle a des attitudes violentes et on note qu’« elle frappe les enfants ». L’impression est que cette folie due à la ménopause est plus une tentative maladroite de rattacher la folie à un événement de la vie reproductive.
46Encore durant les années 1910, malgré les découvertes scientifiques sur le rôle des infections de la puerpéralité et la structuration conséquente du diagnostic de psychose puerpérale, nous retrouvons encore des cas où la folie n’est pas du tout mise en relation avec une entité nosologique spécifique de la puerpéralité, bien que l’on souligne les comportements violents des mères pour montrer la dangerosité de la malade et pour solliciter l’internement.
47Voyons par exemple le cas de Mme F.A.C.25 internée en 1910 à Marseille. La malade est née à Collodi, en Toscane ; âgée de 31 ans, elle est mariée avec un cordonnier et elle a émigré en France durant sa première grossesse. Elle vit à Marseille depuis un an, avec cinq enfants, dont le plus petit a 9 mois, quand elle est placée d’office en 1910. Dans le certificat médical qui accompagne l’internement, nous apprenons que la malade :
présente de la dépression mélancolique avec préoccupation hypocondriaque et idées de suicide26.
48Dans le certificat de l’asile le diagnostic est maintenu. La malade est :
atteinte de mélancolie avec préoccupations hypocondriaques et idée suicide27.
49Mais, si nous regardons bien dans le dossier, des précisions supplémentaires nous sont fournies par d’autres documents. Dans une lettre manuscrite du mari qui demande l’internement de sa femme, nous lisons :
Monsieur, père de 5 enfants, ma femme étant actuellement presque folle, je vous prierai de la faire admettre dans un hôpital publique. Cette femme dans des moments ne peut être maîtresse de soi-même. Pour sauver les cinq enfants qu’en tous instants elle […] peut tuer, je vous prierais de l’admettre dans un hôpital28 [sic].
50C’est encore le mari qui nous donne des précisions dans le procès-verbal :
Depuis 15 jours ma femme […] a perdu la raison. Depuis huit jours ses crises de violence sont plus violentes. La nuit elle se lève et elle cherche à se donner la mort, mercredi dernier j’ai du [sic] lui enlever des mains un rasoir avec lequel elle voulait se tuer, elle veut partir pour son pays ; en un mot elle se livre à toutes sortes d’excentricités. Comme je n’ai pas les moyens de lui faire donner des soins et qu’elle est dangereuse pour son entourage, je sollicite son placement dans un asile d’aliénés29.
51L’impression encore une fois est qu’on souligne les incapacités domestiques et maternelles pour obtenir l’internement et la prise en charge et non parce qu’elles évoqueraient un lien particulier avec la maladie.
52En parcourant les documents, nous avons l’impression que l’on essaie, avec une grande difficulté, de tenir compte de toutes les dimensions interprétatives de la folie. Au fur et à mesure des découvertes scientifiques, on essaie d’intégrer les nouvelles notions dans l’observation du malade. Théories humorales, anatomo-pathologie et organicisme se mélangent à un pragmatisme qui fait écho au traitement moral de la folie. Dans les asiles, la théorie et la pratique médicale se superposent. En effet, on regarde toujours de près de la vie quotidienne des internés et l’on interprète souvent les maladies comme des accidents de la vie.
53Par ailleurs, il faut remarquer que les dossiers médicaux utilisent des interprétations différentes quand on parle des femmes. À propos des femmes internées, les explications données font toujours référence à l’univers féminin : la vie reproductive (règles, grossesse, accouchement, allaitement, ménopause) ou la vie privée (le statut de la femme en rapport avec le mariage, le travail domestique et la maternité). Dans ce contexte, la folie puerpérale est alors l’une des explications possibles à l’intérieur de cette vision ; pour ces mêmes raisons une femme célibataire est internée pour des « chagrins d’amour » ou parce qu’elle n’a pas pu se marier. À l’inverse, dans les dossiers médicaux des hommes, on fait souvent référence au statut par rapport au travail, mais on ne parle jamais de paternité et l’on découvre que les internés ont des enfants seulement grâce aux renseignements administratifs qui servent à établir la pension.
54À l’asile, l’interprétation médicale n’est jamais spéculative. La maladie est conçue à l’intérieur d’un système qui intègre les pratiques et les représentations collectives. Le dossier personnel, avec l’ensemble de ses sous-rubriques, est alors une sorte de photographie instantanée du malade et du monde qui l’entoure30.
Les années 1920 et 1930
55Dans les internements compris entre 1920 et 1930, nous observons encore une incertitude importante dans l’usage des diagnostics spécifiques à la folie puerpérale. On préfère souvent soit évoquer simplement des questions organiques liées à l’accouchement, soit signaler l’existence d’un accouchement récent dans la vie de la malade. Il en est ainsi dans le cas de Mme J. M. P.31, 28 ans, placée d’office en 1924.
56À l’arrivée à l’asile, on dit que la malade
présente un état d’excitation vive à veste maniaque, propos incohérents… logorrhée. Accouchement récent. Aurait présenté des troubles mentaux lors de deux accouchements antérieurs32.
57Après quelques jours d’observation, on formule un double diagnostic témoignant de la difficulté interprétative. La malade « est atteinte de psychose maniaque post puerpérale – excitation psychique – propos sans suite33 ».
58Cette difficulté interprétative est transversale, puisque même lorsqu’il s’agit de femmes qui proviennent des maternités l’utilisation de diagnostics puerpéraux n’est pas assurée. C’est le cas par exemple de Mme S.B.C.34, 29 ans, née à Bastia en 1894, placée à l’asile en 1924. Dans le certificat médical du médecin de la Maternité on écrit que :
Nous soussigné Dr P. J. docteur en médecine […] certifions avoir examiné Mme […] actuellement en traitement à l’hôpital de la Conception et avoir constaté qu’elle est atteinte de troubles nerveux à la forme lypémaniaque ayant débuté par des idées de dépression, avec auto-accusation, impulsions au suicide aggravé à la suite d’un accouchement, avec tentative de suicide par défenestration35.
59Le transfert à l’asile depuis la Maternité est transcrit dans le diagnostic. La malade est : « Atteinte de psychose post-partum, tentative de suicide par défenestration36 ».
60Ce diagnostic n’est pourtant pas maintenu par la suite. Après les deux semaines d’observation, on va privilégier un autre aspect de la folie de la malade. L’on dit alors que la malade Est atteinte de psychose dégénérative à base lypémaniaque. Tentative de suicide par défenestration37.
61Cette ambivalence peut aussi être due à une sorte de dilution du diagnostic : des informations se perdent durant le temps de vie à l’asile. C’est par exemple le cas de Mme A. L. R. B.38, âgée de 30 ans, qui rentre à l’asile en 1924. Dans le certificat du médecin qui signe l’internement nous lisons :
Je […] certifie que Mme […] est atteinte de troubles psychiques post puerpéraux caractérisés par un délire incessant de l’agitation, des pleurs, menaces, idées de suicide.
62Dans le certificat d’admission à l’asile, la référence à l’accouchement est placée entre parenthèse, comme pour donner un simple détail explicatif. Nous lisons ainsi que la malade :
Est atteinte de troubles mentaux (de manie aiguë, à la suite d’un accouchement récent)39.
63Après l’observation, les médecins découvrent que la malade a une infection puerpérale. Mais on accorde à cette infection une interprétation « ancienne » : ce serait une maladie sympathique de l’utérus. Le diagnostic de folie puerpérale, que le médecin avait élaboré au départ, disparaît :
[La malade] est encore très confuse, désordre des idées, mais l’agitation nocturne tend à se calmer. L’état bocal de l’utérus légèrement infecté à la suite d’un accouchement hystérique s’améliore progressivement40.
64Il faudra remarquer l’observation de l’accouchement hystérique qui aurait provoqué l’infection : on lie encore à l’hystérie un pouvoir organique, l’utérus malade contaminerait à la fois le corps et l’esprit.
65Sur le plan interprétatif, nous n’observons pas de changements importants non plus dans les internements des années 1930. Par exemple, le dossier médical de Mme C. F. G.41 ne fait aucune référence à l’entité nosographique de la psychose puerpérale, alors que c’est manifestement le cas, suivant les critères de l’époque. Mme C. F. G. est née de parents français en Tunisie, elle habite Marseille depuis quinze ans, « exerçant la profession d’imprimeuse », elle est mariée et elle a un enfant de quelques mois. Son mari est chauffeur et « gagne 25 frs par jour. » Au moment de l’internement, en 1929, elle a 24 ans. À son arrivée à l’asile, nous lisons que la malade « présente un état maniaque avec logorrhée, mobilité des idées, incohérence des propos, désordres des actes, cris menaces, violences, insomnie42 ».
66Par la suite, après la période d’observation, on signale que la malade a accouché récemment ; fait qui est marqué par ailleurs à titre concomitant. On dit alors qu’elle est « atteinte de manie avec logorrhée, fuites des idées, désordres des actes, cris, menaces, violences, insomnie. Accouchement de date récente : 2 mois43 ».
67Dans le dossier, nous découvrons par ailleurs que c’est la malade elle-même qui a provoqué son internement, car elle s’est rendue spontanément au Commissariat de police :
Le 23 mars se présente une femme qui descend d’un taxi dont elle n’a pu acquitter la course. Elle déclare : « je veux tuer ma belle-mère qui m’a volée et je veux qu’elle soit condamnée à 20 ans de travaux forcés ». Elle est très surexcitée et ne fait que crier. Au bout d’une demi-heure elle se met à genoux et prie en demandant Saint Antoine. Ensuite elle nous fait connaître qu’elle sait nous endormir et que notre portefeuille va passer de notre poche dans la sienne. Puis elle se met à chanter et à danser44.
68La belle-mère, convoquée au Commissariat, déclare alors :
Ma belle-fille […] est sortie de la Maternité le 12 courant [mars 1929] où elle avait accouché d’un petit garçon le 4. Depuis le 19 mars 1929 elle dépense de l’argent sans compter, veut tuer tout le monde qui l’entoure et quitte la maison sans dire où elle va45.
69En revanche, le dossier médical ne fait aucune référence à la psychose puerpérale, alors que nous avons l’impression que dans sa communauté on saisit le lien entre folie et accouchement.
70Durant les années 1930, la provenance des malades depuis la Maternité n’implique toujours pas forcément un diagnostic de psychose puerpérale à l’asile. Même si l’hôpital pose ce diagnostic au moment de la demande d’internement, souvent, comme durant les années précédentes, l’asile le modifie et fait disparaître la puerpéralité. En témoigne le cas de Mme F.M., 34 ans, d’origine sarde, mariée, qui habite Marseille depuis 1919. Elle a quatre enfants : S. 9 ans, A. 6 ans, C. 4 ans et E. 3 mois. « L’époux sujet italien, âgé de 45 ans, journalier, gagne 30 francs par jour46. » Dans le certificat médical de l’hôpital de la Conception, nous lisons que la malade « est atteinte d’aliénation mentale : psychose puerpérale : excitation maniaque avec agitation, logorrhée, […] fuites des idées, cris, violence, et que son état nécessite son internement dans un asile d’aliénées47 ».
71Mais dans le certificat de l’asile nous lisons que la malade « présente de l’aliénation psychique et motrice avec logorrhée mobilité de l’attention et des idées impulsives48 ».
72Enfin on dit que la malade « est atteinte de manie avec logorrhée, mobilité de l’attention, désordres des actes, cris, chants, se traîne par terre, se déshabille, déchire49 ».
73Pourtant, à partir des années 1930, on commence à insister dans les dossiers sur les attitudes féminines et sur le savoir-faire maternel, alors qu’on a l’impression que les malades ont parfois essayé simplement de s’échapper d’une vie misérable ou qu’elles sont en révolte contre leur mari et leur famille. Dans ces cas, la violence et la rébellion se mêlent.
74C’est le cas par exemple pour Mme M. G.50, née à Marseille, 34 ans, couturière, mariée, avec quatre enfants de 7 ans, 4 ans, 1 an et 2 mois. Placée d’office en 1930 avec un diagnostic d’« exaltation psychique », elle sortira rapidement la même année. Dans le procès-verbal, le mari déclare :
Ma femme […] est atteinte d’aliénation mentale depuis deux ans. Son état s’est aggravé depuis le mois de mai dernier des suites de son dernier accouchement. En février 1929 elle était partie subitement avec mes deux enfants aînés. Elle a été retrouvée à la frontière Suisse et elle est revenue à Marseille. Vendredi dernier à midi elle a abandonné le domicile conjugal laissant nos quatre enfants et depuis je ne l’avais plus revue. Ce matin un gardien de la paix est venu m’avertir qu’elle s’était rendue au commissariat de Saint Barnabé. Ces jours derniers elle maltraitait nos enfants et ne s’occupait pas du dernier âgé de deux mois. Elle tient des propos incohérents parle de politique, d’anarchie etc. En résumé ma femme est dangereuse pour elle et pour nos enfants. Je crains qu’elle commette des actes de violence à leur égard51.
75La violence de la malade toujours mise en évidence, car justifie à elle seule l’internement à l’asile, se transforme alors progressivement en fonction de l’idée de violence en vigueur dans la société52. Ce n’est plus seulement la violence envers l’entourage qui est stigmatisée, mais aussi la manière dont la femme s’occupe de la famille et des enfants. La notion d’incapacité à être mère s’impose progressivement dans les descriptions des dossiers, mais elle ne remplace pas l’interprétation organiciste de la maladie.
76Ce double registre moral/social et organique est bien visible dans le dossier de Mme N. A. F.53. Au moment de l’internement elle est âgée de 34 ans, de profession « ménagère », elle est mariée et elle a deux enfants : de 12 ans et de 3 mois. Le mari, âgé de 38 ans, est employé à la « Cie des tramways ».
77Elle est internée en 1930 à la demande d’un médecin de Marseille. Dans le certificat du médecin nous lisons que :
[N. A. F.] a allaité jusqu’à ces jours derniers son enfant, une fillette avec [sic] trois mois. Elle a présenté des troubles nerveux qui sont allés en s’accentuant. Tantôt irritable tantôt au contraire apathique, s’occupant d’une façon illogique de son enfant à cause d’absences fréquentes de mémoire elle commet des erreurs qui peuvent être très préjudiciables pour son entourage comme pour elle-même […]. Estimant que Mme présente des troubles mentaux concomitants avec la lactation et que la malade est dangereuse pour elle-même54.
78Même si les interprétations de la folie restent ancrées dans la dimension organique, le regard vis-à-vis des mères se transforme, et la tolérance face à leurs comportements se modifie. Alors qu’auparavant on faisait référence à une notion de violence furieuse, dont l’agressivité était le centre, l’on donne à cette époque de plus en plus de détails sur les bizarreries de comportement.
79Dans le même dossier médical, le mari de la malade déclare :
Ma femme […] s’est accouchée il y a trois mois environ. Depuis, son état de santé s’est affaibli peu à peu ; il y a huit jours, elle a commencé à donner des signes d’aliénation mentale. En effet mardi dernier elle a bu deux verres d’urine qui étaient préparés pour l’analyse, puis de l’eau de Cologne, en un mot, toutes les bouteilles qui lui tombaient sous la main. Malgré mes conseils, et la surveillance dont je l’ai entourée, je n’ai pas pu la convaincre qu’elle faisait mal55.
80Une voisine de la famille est appelée à témoin. Elle déclare :
Je suis une amie de la famille F. La femme, depuis huit jours, n’est plus dans son état normal ; elle déraisonne, et devient dangereuse pour elle-même, et pour son jeune bébé56.
81Malgré le fait que les attitudes de la mère soient stigmatisées pour souligner la folie, dans les certificats d’internement à l’asile on ne fait aucune référence à la notion de folie puerpérale. Dans le certificat d’admission à l’asile, nous lisons que la malade :
présente un état confusionnel avec découragement, lassitude, actes inconsidérés, insomnie57.
82En outre, dans le certificat rédigé après l’observation, on dit que la malade
est atteinte de mélancolie confusionnelle, avec dépression, lassitude, actes inconsidérés, insomnie, en voie d’amélioration58.
83Dans les dossiers, les détails fournis par différents documents nous montrent les transformations de la codification de la folie. Comme un monde à l’envers, l’asile cristallise en son intérieur les représentations des dynamiques sociales, plus que les réelles déviances à la norme.
84La raison de l’internement à l’asile reste, pour les femmes comme pour les hommes, la dangerosité, même si dans la narration des dossiers l’on insiste sur les comportements anormaux. C’est l’explication de la folie qui se transforme et s’affine, et qui récupère à partir des codes sociaux la notion de normal et pathologique.
85Voyons dans un dernier exemple ce processus d’aller-retour entre l’asile et la société. Mme O. J. D. est âgée de 27 ans au moment de l’internement. Internée en 1929, elle est mariée et a trois enfants (âgés de 6 ans, 3 ans et un mois). C’est le mari lui-même qui fournit la preuve de la folie et qui centre la narration sur la maternité. Il déclare ainsi :
Mon épouse […] a été internée à l’asile […] où elle est restée pendant six mois. Elle s’est accouchée le 4 courant et quelques jours avant, j’avais constaté qu’elle s’énervait facilement. Après son accouchement son état s’est aggravé à un point tel qu’il nécessite à nouveau son internement. Depuis une semaine je suis obligé de rester à la maison pour la garder et la surveiller. Aujourd’hui j’ai dû envoyer mes trois jeunes enfants chez des amis. Elle déraisonne en disant qu’elle veut voir enterrer ses enfants. Toute la journée elle parle sans s’arrêter et ne tient pas de conversation. Elle se met à rire, puis à pleurer ou à chanter. Elle cherche dispute à des voisins qui sont absents. Elle ne fait que s’habiller ou se déshabiller. Cet après-midi, elle s’est habillée en homme. Elle se met à la fenêtre en chemise59.
86Encore une fois, bien que la malade ait été internée à deux reprises à la suite de ses deux accouchements, dans les fiches de l’asile l’on ne fait pas référence à la psychose puerpérale. On constate simplement l’accouchement. Au moment de l’internement, le médecin de l’asile dit que la malade :
présente un état maniaque avec confusion des idées, désordres des actes, insomnie. Accouchement remontant au 4 décembre, pas d’hyperhémie, déjà traitée60.
87Par la suite, même la référence à l’accouchement disparaît dans le diagnostic définitif. Nous lisons que la malade :
est atteinte de manie avec mobilité et confusion des idées, désordres des actes, cris, chants, violences, insomnie, déjà traitée61.
Des usages du diagnostic à l’asile
88Durant toute cette période (de la fin du xixe jusqu’aux années 1930), peu de choses changent au niveau interprétatif dans les pratiques de l’asile : les diagnostics liés à la folie puerpérale sont utilisés de manière incongrue, sporadique et contradictoire. Les fonctions physiologiques liées à l’événement de la maternité restent des causes accessoires de la folie. Il semble finalement que, dans la pratique asilaire, domine l’idée que les folies maternelles sont des folies tout court, qui éclatent parfois à l’occasion de la maternité. Mais la perception de ce que devrait être une (bonne) mère se transforme visiblement, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’asile : les attentes par rapport à la fonction sociale de la maternité augmentent sensiblement vers les années 1930 en concomitance avec la pression sociale, politique et démographique de ces années.
89Cette pression ne fait pourtant pas interner plus de femmes qu’auparavant : l’internement à l’asile reste sur la longue période provoqué par des circonstances qui sont étrangères à la définition de la folie. Misère, précarité, isolement et violence restent les causes principales de l’internement : autant pour les hommes que pour les femmes, mères ou non. Derrière la plupart des internements à l’asile public, il y a une famille désemparée qui n’a pas d’outils ou de ressources autres que l’envoi à l’asile. Il serait fort intéressant de pouvoir croiser les internements des couches riches avec ceux des couches pauvres. Les dossiers personnels contenus dans les archives des cliniques privées62 ne contiennent pas d’informations médicales, se limitant à enregistrer les données administratives. Les dossiers médicaux n’ont probablement pas été transmis aux dépôts des archives.
90Cependant, nous avons déjà pu constater qu’il y a aussi des internements de la classe moyenne à l’asile concernant des familles où la femme ne travaille pas. Là aussi, le problème principal est l’impossibilité de s’occuper de la malade et le fait que sa folie réside dans l’abandon de ses fonctions sociales. Cela ne sollicite pas forcément un diagnostic lié à la folie/psychose puerpérale. Ainsi, par exemple, Mme J. O. D. est internée deux fois entre 1928 et 1930 à la suite de ses deux accouchements. Dans les renseignements fournis par la Mairie, en 1929, nous lisons :
La malade, âgée de 27 ans, née à Marseille le 23 mars 1902, mariée, a trois enfants, âgés de 6 ans, 3 ans et un mois […]. Son mari, employé de tramways gagne 1050 fcs par mois63.
91Dans le certificat d’internement de l’asile nous lisons que la malade :
présente un état maniaque avec confusion des idées, désordres des actes, insomnie. Accouchement remontant au 4 décembre, pas hyperthermie, déjà traité. À maintenir64.
92Après l’observation, le diagnostic est maintenu ; la malade :
est atteinte de manie avec mobilité et confusion des idées, désordres des actes, cris, chants, violences, insomnie, déjà traitée. À maintenir en traitement65.
93Pour conclure sur les dynamiques de l’internement à l’asile dans la période comprise entre la fin du xixe siècle et les années 1940, il faut souligner que l’usage des diagnostics liés à la folie puerpérale reste sur cette période assez limité : sur plus de 1000 dossiers individuels féminins consultés, aucun n’est uniquement centré sur ce diagnostic. Lorsqu’il est cité dans certains documents, il disparaît dans d’autres. Cela nous signale qu’à cette époque les métamorphoses de la maladie mentale et la variation des symptômes sont plus importants que le diagnostic. Même dans des cas flagrants de folie liée à la puerpéralité, le diagnostic n’est pas forcement assuré et on l’utilise souvent à titre concomitant.
94L’asile semble peu sensible au débat théorique de l’aliénisme, mais plus sensible aux représentations de la société : la folie puerpérale est alors progressivement liée aux dysfonctionnements de la maternité sans que cela pèse sur les différents diagnostics. L’effort fait par les médecins des asiles de prendre en compte les transformations du savoir psychiatrique butte sur les difficultés de la gestion quotidienne des asiles.
95Il faut cependant envisager que les choses se modifient pour la période suivante : les 200 dossiers médicaux de l’asile de Maison Blanche que nous avons pu consulter en tant qu’échantillon, de la fin du xixe siècle jusqu’aux années 1970 (avec donc une dérogation supplémentaire exceptionnelle par rapport aux termes de la Loi), indiquent que vers les années 1960 l’usage du diagnostic de psychose puerpérale devient systématique et, à l’inverse, presque abusif. Il s’agirait alors, et le conditionnel est nécessaire, d’un décalage entre le débat théorique et le pratique asilaire. Nous avons pu par ailleurs déjà entrevoir ce décalage dans les dossiers analysés. En revanche, nous sommes persuadée que ce nouvel usage de la psychose puerpérale aux alentours des années 1960 est plutôt lié aux bouleversements des pratiques asilaires de ces années. Car, à cette époque, le diagnostic va peser sur les thérapies que l’on envisage et les psychoses et les graves dépressions sont traitées systématiquement par électrochocs. L’expression « psychose puerpérale » prend ainsi du sens au niveau interprétatif, en concomitance avec des pratiques thérapeutiques différentes. Mais il reste des conjectures spéculatives : il faudra attendre la levée de la dérogation, pour se repencher sur la question et reprendre l’étude des dossiers personnels.
Notes de bas de page
1 Archives Départementales des Bouches-du-Rhône, série 5 X 101-1940, Femmes : K. H. refugiée arménienne, internée à l’asile de Marseille en 1940.
2 Cf. Lisa Roscioni « Soin et/ou enfermement ? Hôpitaux et folie sous l’Ancien Régime », Genèses, 2011/1, 82, actes du colloque de Rôme La médicalisation : un concept ambivalent, 27-28 juin 2008, p. 31-51.
3 Sur la question de l’hygiénisme voir : Jean-Bernard Wojciechowski, Hygiène mentale et hygiène sociale : contribution à l’histoire de l’hygiénisme, t. I et II, Paris, L’Harmattan, 1997 ; Patrice Bourdelais, dir., Les hygiénistes : enjeux, modèles et pratiques, Paris, Belin, 2001. Sur l’évolution des statistiques de santé voir : Patrice Bourdelais, « L’échelle pertinente de la santé publique au xixe siècle : nationale ou municipale ? », Sève, Les tribunes de la santé, 14, 2007, p. 45-52. Sur la statistique criminelle voir : Axel Tixhon, « Du crime au criminel. De la société à l’individu. Le chiffre au service de l’État », in Déviance et Société, vol. 21, 2004, p. 223-249 ; Bruno Aubusson de Cavarlay, « Des comptes rendus à la statistique criminelle : c’est l’unité qui compte (France, xixe-xxe siècles) », Histoire & mesure, vol. 22, n° 2, 2007, p. 39-73.
4 En France la première loi sur les asiles est de 1838, en Angleterre le Lunacy Act est de 1845. L’Italie a une histoire tardive : la première loi est votée en 1904.
5 Pour la France, voir, par exemple : Lucien Deboutteville, Notice statistique sur l’asile départemental des aliénés établi à Rouen, pendant les dix premières années de son existence, 11 juillet 1825 à fin décembre 1834, Rouen, impr. de N. Periaux, 1835 ; Alexandre Bottex, Rapport statistique sur le service des aliénés de l’hospice de l’Antiquaille, Paris/ Lyon, J.-B. Baillière/Savy, 1839 ; J. B. Carrier, Études statistiques sur les aliénés traités dans l’asile de Saint-Jean-de-Dieu, Lyon pendant les années 1838, 1839 et 1840, Lyon, Savy 1841 ; Léonce de Lamothe, Recherches historiques et statistiques sur les asiles d’aliénés de Bordeaux et de Cadillac, suivies de Notes pour servir à la rédaction d’un programme général d’asile d’aliénés, Bordeaux, impr. de Balarac, 1844.
Pour l’Italie, voir, par exemple : G. S. Bonacossa, Saggio di statistica del R. Manicomio di Torino dal 1 gennaio 1831 al 31 dicembre 1836, Torino, Favale, 1837.
6 Voir par exemple : Lucien Deboutteville, Rapport sur la visite des asiles d’aliénés de la Grande-Bretagne, présenté à M. Ernest Leroy, préfet de la Seine-Inférieure, extrait. L. Deboutteville et Mérielle, rapporteurs, Rouen, impr. de A. Péron, 1853 ; Jules Falret, Notice sur les asiles d’aliénés de la Hollande, Paris, impr. de L. Martinet, 1862 ; Giuseppe Girolami, Intorno ad un viaggio scientifico ai manicomi delle principali nazioni di Europa, Pesaro, Nobili, 1854.
7 Jean-Baptiste Lautard : « docteur en médecine, Chevalier de l’ordre royal de la légion d’honneur, médecin en chef de la maison des aliénés, professeur de médecine légale et directeur de l’école secondaire de médecine, secrétaire perpétuel de l’académie de Marseille, membre du jury médical des Bouches du Rhône des plusieurs académies », sur le frontispice de Jean Baptiste Lautard, La maison des fous de Marseille. Essai historique et statistique sur cet établissement depuis sa fondation en 1699 jusqu’en 1837, Marseille, Achard, 1840. Sur l’asile de Marseille au xviiie siècle, voir Joseph Alliez et Jean-Pierre Huber, « L’assistance aux malades mentaux en Provence au xviiie siècle », Annales médico-psychologiques, 142, 3, 1984, p. 321-342.
8 Jean-Baptiste Lautard, La maison des fous de Marseille, op. cit., p. 20.
9 Sur l’histoire des asiles de Marseille jusqu’au xixe on peut retrouver quelque indication aussi dans : Hippolyte Vassal, L’Asile des aliénés de Marseille, Marseille, Impr. et Papeterie du Midi, M. Schikler, 1891. Sur l’utilisation des statistiques des asiles nous pouvons faire les mêmes considérations que Tixhon fait à propos des statistiques criminelles. Elles se révèlent être des sources très précieuses, non pas d’un point de vue statistique, mais en tant que miroir des représentations et des discours de l’époque, cf. Axel Tixhon, « Les statistiques criminelles belges du xixe siècle : Du crime au criminel. De la société à l’individu. Le chiffre au service de l’État », art. cit.
10 Jean Baptiste Lautard, La maison des fous de Marseille, op. cit., p. 84.
11 Honoré Aubanel, médecin français (1811-1863). Pour des éléments sur la biographie d’Aubanel, on peut lire la nécrologie publiée sur les Annales médico psychologiques : « Honoré Aubanel naquit à Auriol, en 1810, d’un père médecin, justement estimé dans son pays. Ses premières études médicales, faites à Paris, datent de 1833. Il apporta dans ses premières années de travail une telle ardeur, qu’il parvint à l’internat en 1836 et au doctorat en 1839. Placé comme interne à l’hospice de Bicêtre, il dirigea aussitôt ses études vers l’aliénation mentale, poussé vers cette branche de la science, soit par goût, soit par l’amitié que lui avait vouée M. Reynard, ancien député de notre département, qui, sachant l’intention du docteur Guiaud de prendre sa retraite, était bien aise de doter Marseille d’un médecin spécialiste dont il connaissait tout le mérite. Le docteur Ferrus l’attacha à son service et lui voua dès lors une amitié qui ne s’est jamais démentie. Nommé en 1840 médecin en chef de l’hospice Saint-Lazare et de sa succursale Saint-Joseph, il y exerça pendant quatre ans son service médical, assista à la création du nouvel asile des aliénés, dont il dirigea la division et dont il fit l’installation en 1844. [...]. Aubanel redoubla de zèle jusqu’à ses dernières années, et publia successivement plusieurs mémoires et comptes rendus qui accrurent sa bonne réputation médicale et le firent considérer dans notre ville et dans toute la France comme un des spécialistes les plus distingués. En 1839, il publia comme sujet de thèse un mémoire Sur les hallucinations ; en 1841, conjointement avec le docteur Thore, son ami, des recherches statistiques sur l’aliénation mentale, couronnées par la Société des Annales d’hygiène et de médecine légale ; en 1843, un mémoire sur les fausses membranes de l’arachnoïde ; en 1844, une notice sur l’asile des aliénés de Malte dont je lui avais fourni les matériaux ; en 1846, un rapport médico-légal sur un cas de stupidité ; en 1847, des considérations médico-légales sur quelques cas de folie homicide ; en 1849, un mémoire médico-légal sur un cas de folie homicide méconnu par les assises du Var ; en 1850, un compte rendu de son service médical pendant huit ans ; en 1853, des rapports médicaux sur deux aliénés accusés de meurtre ; en 1861, un compte rendu médical de 1850 à 1861. Pendant ces vingt années, il publia encore dans les Annales médico psychologiques divers articles très estimés, et qui dénotent le praticien le plus consommé. Membre de la Société impériale de médecine de Marseille, il remplit pendant quelque temps les fonctions de secrétaire général, fut ensuite nommé président de cette Société. Il présida également pendant dix ans notre comité médical. […] La mort de ses deux filles, deux anges de vertu, arrivée à deux ans d’intervalle, empoisonna son existence auparavant si belle, si calme, si heureuse. La science seule pouvait le consoler, et il se cramponna à cette ancre de salut. Mais bientôt il fut atteint d’une maladie, fruit de ses longs chagrins passés, de sa vie laborieuse et d’une nouvelle déception qui l’atteignait dans ce qu’il avait de plus cher, son hospice d’aliénés, pour lequel il avait sacrifié vingt ans de son existence, et qu’il avait fait un des asiles les plus perfectionnés de la France. Une haute autorité du département le vengea bientôt d’une mesure administrative, aussi nuisible à l’établissement lui-même que répulsive au sentiment général d’estime qu’il avait inspiré à tous ses confrères et aux autorités judiciaires, qui invoquaient si utilement et si souvent son opinion dans les cas douteux de crime ou de folie qu’elles avaient à juger. Un procès ridicule de responsabilité médicale, et dont il triompha avec le plus grand honneur, vint mettre le comble à son existence brisée ; ce fut le coup fatal. Retiré à la campagne, il y vécut solitairement avec ses pensées et avec son cerveau brisé d’émotions […] », in Annales médico psychologiques, quatrième série, t. premier, vingt et unième année, vol. 1, Paris, Masson, 1863, p 317-320.
12 Honoré Aubanel, Compte rendu du service médical [de 1841 à 1849] et du service administratif [1848] de l’asile des aliénés de Marseille, Marseille, Impr. Sénès, 1850. Dix ans plus tard, Aubanel rédigea un autre compte rendu de son travail à l’asile de Marseille, mais, suite au deuil pour le decès de ses deux filles, il ne pourra pas le compléter avec le statistiques des aliénés : Honoré Aubanel, Compte rendu du service médical de l’Asile des aliénés de Marseille de 1850 à 1861, Marseille, Bremond, 1861.
13 Honoré Aubanel, Ange-Marie Thore, Recherches statistiques sur l’aliénation mentale, faites à l’hospice de Bicêtre Paris, Paris, J. Rouvier, 1841. Le texte est attribué erronément à Bourdin par Frédéric Carbonel : « Bourdin, Claude-Étienne, ‘‘Recherches statistiques sur l’aliénation mentale faites à l’Hospice de Bicêtre par messieurs Aubanel et Thore’’ », Annales Médico-Psychologiques, t. III, 1844, p. 141-147, in Frédéric Carbonel, « L’asile pour aliénés de Rouen. Un laboratoire de statistiques morales de la Restauration à 1848 », Histoire et mesure, vol. xx, 1/2, 2005, p. 97-136. En réalité il s’agit d’une recension de Bourdin au travail de Aubanel – très critique – dans les Annales médico-psychologiques : Annales médico-psychologiques, n° 03, Paris, Masson, 1844, p. 141-147.
14 Sur l’histoire des asiles en France : « Asiles et fous », Romantisme, n° 141, 3, 2008 ; Hervé Guillemain : Diriger les consciences, guérir les âmes. Une histoire comparée des pratiques thérapeutiques et religieuses (1830-1939), Paris, La Découverte, 2006 ; La méthode Coué. Histoire d’une pratique de guérison au xxe siècle, Paris, Seuil, 2010 ; Chronique de la psychiatrie ordinaire. Patients, soignants et institutions en Sarthe, xixe-xxie siècles, Le Mans, La Reinette, 2010.
15 Les tableaux sont reconstruits sur la base des tableaux d’Aubanel dans le Compte rendu du service médical [de 1841 à 1849] et du service administratif [1848] de l’asile des aliénés de Marseille, op. cit., p. 157-160.
16 Alexandre Bottex, Rapport statistique sur le service des aliénés de l’hospice de l’Antiquaille. Considérations générales sur le traitement de la folie, Paris, J.-B. Baillière, 1839.
17 Archives départementales des Bouches-du-Rhône [ADBR], Aix-en-Provence, série 208 U : 20/20, Marseille : Procédure contre M. F. C., journalière, pour infanticide involontaire, 1832.
18 Ibid.
19 ADBdR, 13 HD, 149.
20 Ibid.
21 À partir de la fin du xixe siècle, les dossiers personnels s’enrichissent d’informations.
22 Archives départementales des Bouches-du-Rhône [ADBR], 13 H dépôts 559, Registre des entrés par placement volontaire : hommes et femmes, vol. 1, 12/2/1924-04/09/1925. [La malade rentre à nouveau à l’asile durant les années 20].
23 Ibid.
24 DBR, 5 X 88 femmes A Z, 1920 : le dossier contenait par erreur trois dossiers des « sorties » de 1900.
25 ADBR 5 X 85 femmes A Z, 1910.
26 Ibid.
27 Certificat de quinzaine, Ibid.
28 La lettre est manuscrite et contient des fautes que nous avons laissées.
29 Ibid.
30 Cf : Ronan de Calan, « L’empirisme médical, d’un mythe à l’autre. Une lecture critique de Naissance de la clinique de Michel Foucault », Gesnerus, 70, 2, 2013, p. 197 ; Camille Jaccard, « Pratiques et théories dans le champ de la santé mentale : quelle histoire ? », Histoire, médecine et santé, 6, 2015, p. 85-93 et Stéphanie Pache, « Les rapports entre théories et pratiques en santé mentale », Histoire, médecine et santé, 6, 2015, p. 9.
31 ADBR 5 X 85 femmes A Z, 1910.
32 Ibid.
33 Ibid.
34 13 H dépôts 559, Registre des entrées par placement volontaire : hommes et femmes, vol. 1, 12/2/1924-04/09/1925.
35 Ibid.
36 Ibid.
37 Ibid.
38 Ibid.
39 Ibid.
40 Ibid.
41 ADBR, 5 X 93 femmes A F 1930.
42 Ibid.
43 Ibid.
44 Verbal du Commissaire du 1er arrondissement de Marseille, Ibid.
45 Ibid.
46 Ibid.
47 Ibid.
48 Certificat de 24 h, Ibid.
49 Ibid.
50 ADBR, 5 X 94 femmes G M, 1930.
51 Ibid.
52 Sur la notion de violence dans histoire et sur l’histoire des comportements violents à Marseille, voir les travaux de Céline Regnard : Céline Regnard-Drouot, Marseille la violente. Criminalité, industrialisation et société 1851-1914, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2009 ; Céline Regnard-Drouot, « Le creuset des infortunes. Les violences comme conséquence de la précarité. Marseille 1851-1914 », Interrogations, n° 4, Besançon, Université de Franche-Comté, 2007.
53 ADBR, 5 X 95 1930, femmes.
54 Ibid.
55 Ibid.
56 Ibid.
57 Ibid.
58 Ibid.
59 Ibid.
60 Ibid.
61 Ibid.
62 J’ai consulté différentes séries des cliniques privées marseillaises qui servaient à la prise en charge des aliénés ayant des ressources. La série 5 X 105-106 contient par exemple les dossiers personnels de aliénés de la « Maison de santé de St. Marthe », mais il n’y a pas suffisamment d‘informations détaillées : ils mentionnent le nom et la date d’internement.
63 ADBdR, série 5 X 95, 1930.
64 Ibid.
65 Ibid.
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