Avant-propos
p. 63
Texte intégral
1En France, l’expression « folie puerpérale » fait son apparition dans les textes de médecine, en alternance avec celle de « manie puerpérale », vers la fin du xviiie siècle. Synonymes au départ, la première s’impose car elle intègre les différentes formes de la folie (manie, mélancolie) que l’on est en train de codifier à la même époque.
2Ainsi, dans les différents textes de médecine, la « folie puerpérale » sous-entend, durant un siècle, un ensemble hétérogène de symptômes étranges et/ou délirants concernant les couches de la femme. Il ne s’agit pas au départ d’un véritable diagnostic, mais d’un syndrome, tout comme la fièvre puerpérale, à laquelle il est d’ailleurs apparenté : en effet, dans les fièvres puerpérales on remarque souvent la concomitance du délire, signe manifeste à l’époque d’une mort imminente.
3La notion même d’« état puerpéral » est, jusqu’à la fin du xixe siècle, très floue. C’est pour cette raison qu’une partie des médecins aliénistes préfèrent initialement une expression plus générique : la folie des femmes enceintes, des femmes accouchées et des nourrices.
4Malgré cela, dans les textes de médecine générale, d’obstétrique et de gynécologie, aussi bien que dans les registres des asiles, on continue encore au xxe siècle à utiliser l’expression « folie puerpérale » parmi d’autres. Alors que les psychiatres du xxe siècle substituent progressivement la psychose puerpérale à la folie, les formes expressives pour signifier cette dernière demeurent hétérogènes. C’est par ailleurs précisément cette fluidité du diagnostic qui est très intéressante, et dont nous allons nous occuper en particulier. Elle révèle en effet les incertitudes, les ambivalences et les contradictions des frontières physiologiques et pathologiques de la maternité, qui se constatent encore à cette époque.
5Une question cruciale domine la réflexion sur la folie/psychose puerpérale : la pathologie et la physiologie de la maternité. Quels sont les éléments qui distinguent une maternité normale d’une maternité pathologique ? Les range-t-on du côté de l’organique ou du psychique ? Faut-il considérer les infanticides au prisme de la folie1 ?
Notes de bas de page
1 Voir à ce propos : Laurence Guignard, Juger la folie. La folie criminelle devant les Assises au xixe siècle, Paris, PUF, 2010 ; ainsi que les actes du colloque tenu en 2009 à Paris : Expertise psychiatrique et sexualité (1850-1930). Quand médecine, droit, morale et littérature se conjuguaient dans les prétoires…, revue Droit et cultures, n° 60, 2010.
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