Évolution de l’emploi des femmes à Aix-en-Provence au cours du XIXe siècle
p. 85-105
Texte intégral
1Le xixe siècle est pour la France une période de changements politiques et économiques spectaculaires, qui affectent l’emploi des femmes comme presque tous les aspects de la société. Les transformations politiques et juridiques commencées avant la Révolution sont confirmées par le code Napoléon, qui prive finalement les femmes de protection contre l’exploitation et diminuent leurs chances sur le plan économique. Beaucoup d’hommes disparaissent pendant la Révolution et les guerres napoléoniennes – des pères, des maris, des frères, des fils – laissant les femmes sans le soutien financier essentiel qu’ils leur apportaient. En outre, la pensée des Lumières combinée à l’expérience de la Révolution puis à celle de la guerre aboutit finalement pour les femmes à un idéal de confort bourgeois1. Cet univers domestique douillet repose d’ailleurs sur la disponibilité et l’énergie d’employées de maison célibataires. Dans le courant du xixe siècle, les changements technologiques liés à la révolution industrielle offrent aux femmes de nouvelles possibilités d’emploi ; pourtant la femme, épouse et mère, totalement dévouée à sa famille est un idéal tenace, même s’il n’est pas souvent réalisé.
2La France n’est pas le seul pays à vivre des bouleversements politiques et économiques au cours du xixe siècle. Les femmes de la plupart des pays d’Europe et d’Amérique subissent le même type de pressions que les Françaises. Les sources littéraires – traités de philosophie, romans, recueils de poésie, magazines féminins, sermons, correspondances intimes – témoignent du glissement qui s’opère dans les attentes culturelles concernant les femmes : alors que leur présence sur la scène publique était considérée comme normale, elles se retrouvent soumises et tenues à l’écart. Mais le travail de recherche présenté ici est une étude démographique, et non littéraire, qui part de données tirées des registres de recensement d’Aix-en-Provence pour analyser l’évolution de l’emploi des femmes en milieu urbain au xixe siècle. Cette évolution se présente sous trois aspects : l’importance numérique des femmes dans la cité et dans la population laborieuse ; l’éventail des métiers exercés par les femmes ; le statut familial des femmes qui travaillent.
3Les archives municipales d’Aix-en-Provence conservent les registres de recensement de la ville, depuis l’An xi (1802-1803) jusqu’en 1968. L’évolution de l’emploi des femmes est illustrée ici par des données concernant trois années précises. La première est 1809. Parmi les trois recensements effectués à Aix-en-Provence sous l’administration de Napoléon Bonaparte (an xi, 1809, 1812), celui de 1809 est le plus clair et le plus complet2. La deuxième année choisie est 1866 ; en plus des données habituelles sur la population, le recensement de cette année-là inclut pour la première fois des données détaillées sur le nombre des personnes exerçant telle ou telle profession. Le récapitulatif par secteur économique donne une vision d’ensemble de l’assise économique de la ville et offre ainsi un contexte à l’évaluation des activités économiques féminines recensées. La troisième année, 1896, vient après un quart de siècle d’innovations et de réformes, sous la iiie République. Pour chacune de ces trois années, l’auteur a établi une liste complète de toutes les femmes en âge de travailler (c’est-à-dire âgées d’au moins douze ans), vivant dans la ville d’Aix-en-Provence et ses faubourgs immédiats – population désignée dans les registres par l’expression « population agglomérée. » Une base de données complète comprenant toutes les femmes en âge de travailler (et non pas un échantillon) permet de ne pas en rester aux métiers le plus souvent recensés – couturière, domestique et journalière – et fait apparaître des métiers peu représentés pour les femmes – comme par exemple accoucheuse, bijoutière ou tonnelière.
Panorama démographique
4Entre 1809 et 1896, la population agglomérée d’Aix-en-Provence augmente de 14 %3. Durant cette même période, le nombre de « femmes dans la cité » augmente de 21 % et le nombre de femmes en âge de travailler de 32 %, plus de deux fois l’augmentation de la population totale. Pour chacune de ces trois années, les femmes sont en outre plus nombreuses que les hommes.
Tableau 1 - La population d’Aix-en-Provence

5La structure par âge des populations féminine et masculine montre que la population de la ville augmente à cause de l’arrivée d’adolescents et de jeunes adultes des deux sexes – surtout des jeunes femmes. De 0 à 10 ans, le nombre des individus féminins et masculins est à peu près le même pour chaque âge. Les individus de plus de 10 ans, surtout ceux de sexe féminin, sont en revanche dans chaque groupe d’âge plus nombreux que les jeunes enfants, ce qui indique clairement de nouvelles arrivées. D’autres travaux montrent que les offres d’emploi sont le principal moteur de ces migrations, et que la zone d’attraction d’Aix se limite d’un rayon d’environ 180 kilomètres4.
Tableau 2 - « Le statut socioprofessionnel »

* Ces données sont des estimations dérivées du recensement de 1812
** PACA : 1999 = 45 %
6Les documents officiels tels que les rôles d’impôts dressés sous l’Ancie Régime accordent un statut « socioprofessionnel » non seulement au personnes exerçant une profession, mais également aux propriétaire et aux rentiers, ainsi qu’aux religieux et aux religieuses (et même aux mendiants !). Au xixe siècle, les recensements continuent de se référer à la définition globale de population active, différente du concept actuel de population laborieuse. Nous utiliserons ici, suivant le contexte, soit la notion large de « population socioprofessionnelle » soit celle, plus récente et plus restrictive, de « population laborieuse. » Le choix de la définition utilisée sera indiqué dans le texte.
7La différence numérique entre population socioprofessionnelle et population laborieuse est particulièrement importante au début du xixe siècle. Pour les femmes comme pour les hommes, le nombre de personnes pourvues d’un statut socioprofessionnel en 1809 est 30 % plus important que celui des travailleurs. En 1896, l’écart n’est plus que de 7 % pour les femmes et de 4 % pour les hommes. Parmi des femmes en âge de travailler, le pourcentage de femmes occupant un emploi rémunéré est d’environ 5 % inférieur au pourcentage de femmes recensées dans la population socioprofessionnelle dans chacune des trois années sur lesquelles se concentre cette recherche. Au début du xixe siècle les Aixoises représentent 26 %, soit de la population socioprofessionnelle, soit de la population laborieuse ; à la fin du siècle, elles en constituent 40 %.
8En 1896, à Aix-en-Provence, la population socioprofessionnelle a augmenté, en tout, de 65 % depuis la période napoléonienne, une augmentation plus de quatre fois supérieure à celle de l’ensemble de la population, sur la même période. Le changement était moins important pour les hommes : 33 % d’augmentation en neuf décennies. En revanche, pour 100 Aixoises recensées dans la population socioprofessionnelle en 1809, il y en a 256 en 1896 ; ce qui représente une augmentation de 156 %. Ce changement est dû à deux phénomènes. Le premier, qui touche autant les hommes que les femmes, est la croissance importante de l’emploi dans l’industrie à Aix au cours de la deuxième moitié du siècle. Le second phénomène, qui concerne plutôt les femmes et le recensement de 1896, est la politique de la Statistique générale de la France (SGF), bureau chargé de conduire les recensements nationaux. Les agents du recensement doivent indiquer la véritable profession de chaque individu (« individus exerçant directement la profession5 »). Jusque là, la plupart de temps, les femmes mariées et les enfants du chef de famille étaient enregistrées sous la profession de ce dernier ou simplement comme « sans profession ».
9Un des résultats de la politique de recensement de 1896 apparaît dans le tableau 2. Le nombre de femmes inscrites comme ayant une profession a triplé entre 1809 et 1896, et cette augmentation survient pour moitié dans les trois dernières décennies du siècle. Plus précisément, 17 % seulement des Aixoises sont recensées en 1809 comme ayant une activité professionnelle, 22 % en 1866, et 39 % en 1896. Cette multiplication par deux des travailleuses est particulièrement frappante parce qu’elle s’opère au cours d’un siècle qui cultive un idéal féminin d’épouse et de mère « ange du foyer ». Les femmes aixoises représentent un quart de la population des travailleurs sous le Premier Empire et deux sur cinq en 1896.
10Jusqu’à quel point ces chiffres sont-ils fiables ? Malheureusement, en dépit des efforts consciencieux des recenseurs, la fiabilité des données est minée par certains préjugés sur l’emploi des femmes, surtout lors des deux premiers recensements. Il est très probable, en particulier, que le travail des femmes mariées soit sous-estimé. Les rôles d’impôts d’avant la Révolution (la capitation) qui accordent un statut socioprofessionnel aux religieux et aux personnes vivant de leurs rentes se concentrent manifestement sur les activités économiques du chef de famille et négligent le travail des autres membres de la famille. Cette situation est banale dans le cas où épouses et enfants font partie de l’entreprise familiale, qu’elle soit agricole, commerciale ou artisanale. Mais ce peut être le cas même lorsque la profession de l’épouse n’a rien à voir avec celle de son mari. Prenons l’exemple de Louise Estienne, sage-femme à Aix-en-Provence (fin du xviie siècle et début du xviiie), qui est payée par l’hôpital Saint-Jacques pour l’hébergement des femmes enceintes célibataires jusqu’à leur accouchement6. Alors que son emploi rapporte probablement à la famille deux fois plus que le salaire de son mari, travailleur agricole, la capitation ne mentionne pas ses activités. Cette habitude de ne pas reconnaître les contributions financières des femmes mariées est renforcée lorsque le code civil consacre l’incapacité juridique totale de la femme mariée7. La tendance consistant à ne pas mentionner la participation de l’épouse, ni dans l’entreprise familiale ni dans l’exercice d’un autre métier, ne date pas des recensements de l’époque napoléonienne, mais il est évident qu’elle empêche de mesurer exactement l’activité économique des femmes. Dans les recensements de 1809 et de 1866, par exemple, 5 % seulement des femmes déclarées comme ayant un statut socioprofessionnel sont mariées ; et, dans les deux cas, environ la moitié de ces femmes mariées vivent sans maris8. Au contraire, en 1896, quand le nouveau type de recensement tient compte de l’emploi des femmes, les femmes mariées représentent 25 % de la population socioprofessionnelle féminine.
Le travail des femmes
11Le nombre des différentes professions exercées par les femmes à Aix-en-Provence est le même en 1866 qu’il était en 1809, à savoir 70. Mais il ne s’agit pas des mêmes professions ! Si l’on compte tous les métiers mentionnés, à la fois en 1809 et en 1866, on en trouve toutefois plus de 100. En 1896 les Aixoises sont répertoriées dans 123 professions, ce qui est beaucoup plus qu’au début du siècle. L’Annexe A donne la liste détaillée des activités des femmes ainsi que le nombre des femmes qui les exercent en 1809, 1866 et 1896. Les activités sont classées par secteur économique, et les différents secteurs sont approximativement classés en fonction du nombre de femmes répertoriées dans chacun d’eux. Le fait de grouper les activités par secteur économique aide à identifier les tendances qui caractérisent l’emploi des femmes tout au long du siècle.
12Il est vrai que, pour chacune des trois années étudiées, certaines professions ne comptent qu’une ou deux femmes. Les femmes qui exercent des métiers typiquement masculins (coutelier, ferblantier ou plâtrier) sont en général veuves et s’occupent des affaires de leurs maris. Ou bien il s’agit de professions en déclin (guêtrière ou blanchisseuse de dentelle). Mais certains cas sont tout simplement uniques : quelques femmes fabriquent des souvenirs, des cartes à jouer ou des fleurs artificielles. À l’autre bout du spectre se trouvent les emplois qui concernent des centaines de femmes, comme le travail domestique, les travaux d’aiguilles et autres occupations « industrielles ».
Travail domestique
13Avant la iiie République, le travail domestique est de loin le secteur économique le plus important puisqu’il concerne la moitié des travailleuses d’Aix-en-Provence (cf. tableau 3).
Tableau 3 - L’emploi des femmes par secteur économique Aix-en-Provence, 1809, 1866, 1896

* Religieuses contemplatives ou qui ne figurent pas explicitement dans la catégorie des professions libérales.
14Tout au long du xixe siècle, 85 à 95 % des domestiques femmes travaillent chez des particuliers comme bonnes ou comme cuisinières et sont logées et nourries par leurs employeurs ; quelques-unes exercent des fonctions spécialisées comme celle de gouvernante. Les autres domestiques travaillent à des titres divers pour des entreprises commerciales ou des institutions telles que les écoles ou les hôpitaux. Une poignée seulement des domestiques ont leur propre logement. Être engagée comme domestique est à bien des égards une façon intéressante de commencer à travailler, surtout pour les jeunes femmes qui viennent d’arriver en ville. En plus du gîte et du couvert – même très simple – et de gages modestes, elles reçoivent en général une formation et un encadrement de la part de leurs employeurs. Le travail domestique présente aussi des mauvais côtés : l’obligation de se tenir à la disposition des employeurs, l’absence de vie privée et le risque d’être victime d’exploitation sexuelle (la plupart des servantes n’ont pas de chambre individuelle). De plus, être mariée et « en service » est généralement hors de question, sauf pour les concierges et les domestiques non-logées. Pour toutes ces raisons, le travail industriel, en dépit de l’image sinistre que nous en avons, pouvait paraître bien plus enviable aux femmes qu’un emploi de domestique. Bien que le nombre de domestiques en 1896 soit plus élevé qu’auparavant, le travail industriel éclipse désormais le travail domestique et devient durant la dernière décennie du siècle le principal secteur d’emploi pour les femmes.
« Industrie » et « Divers »
15Le tableau 3 montre que la proportion de femmes travaillant dans l’industrie a presque quadruplé au cours du xixe siècle. En fait, la présence des femmes dans les différents types d’emploi offerts par l’industrie est beaucoup plus grande que les chiffres de la catégorie « Industrie » ne le laissent supposer. La catégorie « Divers » est un fourre-tout qui rassemble journalières et ouvrières, commises et employées, sans précision sur la nature du travail. Dans la partie urbaine de la commune, journalières et ouvrières travaillent le plus souvent dans des locaux industriels ; les journalières sont habituellement des travailleuses sans qualification, tandis que les ouvrières sont des « cols bleus » qualifiées. Une étude plus attentive de la catégorie « Divers » dans l’Annexe A, montre qu’en 1809 et en 1866 toutes les femmes de ce secteur sont journalières ou ouvrières. En 1896, 90 % des femmes de la catégorie « Divers » font partie de la main-d’œuvre industrielle, ce qui renforce l’importance de ce secteur à la fin du siècle. Si l’on tient compte des journalières et des ouvrières énumérées dans « Divers », la proportion de travailleuses employées dans l’industrie a pratiquement doublé entre 1809 et 1896. En chiffres bruts, pour 100 femmes classées dans les catégories « Industrie » et « Divers » en 1809, il y en a 177 en 1866 et 494 en 1896 (sans compter les commises et les employées). Même si ce constat n’est pas totalement surprenant, c’est l’une des plus significatifs de cette étude, tant il annonce une tendance de l’emploi des femmes en milieu urbain qui ne fera que s’accentuer jusqu’au milieu du xxe siècle.
16Ce constat paraît en outre contredire l’image d’Aix-en-Provence, ville bourgeoise par excellence, oubliée par la révolution industrielle. Avant d’imaginer des cohortes de femmes peinant dans des fonderies, des usines de fabrication de pâtes ou des filatures, mieux vaut cependant jeter un coup d’œil aux emplois concernant les femmes dans l’industrie (cf. Annexe A). En 1809, quelque 60 % des femmes classées dans le secteur industriel travaillent dans les « industries » du vêtement, maniant l’aiguille ou exécutant des tâches auxiliaires comme le blanchissage ; en 1866 comme en 1896, plus de 90 % des femmes de la catégorie « Industrie » sont ouvrières du textile. Pour les trois années choisies, les fonctions les plus répandues sont celles de couturière et de tailleuse. Comme les recensements étudiés ne mentionnent pas le lieu de travail des personnes, nous n’avons aucun moyen de savoir combien des femmes dans la catégorie « Industrie » travaillaient dans leurs propres logis ou dans de petits ateliers plutôt que dans des locaux industriels. Cependant, à la fin du siècle, de plus en plus de couturières utilisent des machines à coudre. Deux autres nouveautés en 1896 : il est probable qu’au moins 100 sur les 126 chapelières répertoriées sont employées par les différentes fabriques dispersées dans la ville, et il est certain que les 49 allumettières travaillent toutes à l’usine nationales de fabrication d’allumettes. (Les bâtiments de la fabrique d’allumettes ont été transformés en bibliothèque municipale vers la fin du xxe siècle.) Que penser des deux sœurs sexagénaires répertoriées comme tonnelières en 1896 ? Elles travaillent dans l’entreprise familiale avec leurs deux frères plus jeunes, de l’autre côté de la voie ferrée qui jouxte l’usine d’allumettes.
Commerce
17Ce secteur comprend les activités artisanales comme la boulangerie et la pâtisserie, la boucherie et la charcuterie ; les cafés, les restaurants et les hôtels ; les boutiques offrant des marchandises, depuis les produits alimentaires jusqu’aux vêtements, en passant par la quincaillerie ; la vente sur les marchés en plein air. Il comprend également les services comme la coiffure et les bains publics et concerne aussi les commises et de nombreuses employées répertoriées en 1896 dans la catégorie « Divers ». Dans le Tableau 3, la catégorie « Commerce » apparaît comme un secteur d’emploi dont l’importance a peu changé, et représente environ d’une femme travailleuse sur dix tout au long du siècle. Cependant, c’est aussi un secteur où la participation des femmes et des enfants dans les entreprises familiales va de soi, si bien qu’ils ne sont pas ou peu répertoriés. C’est surtout vrai en 1809 et 1866. En fait, en même temps que l’on compte en 1896 un plus grand nombre de femmes dans le commerce – en particulier dans l’alimentation – par rapport au début du siècle, on observe une différence frappante dans le statut marital des femmes. En 1809 et 1866, 17 % seulement des femmes enregistrées comme commerçantes sont mariées mais plus de 40 % d’entre elles sont veuves, et 60 % de ces dernières ont des enfants. En 1896, au contraire, plus de la moitié des femmes enregistrées dans la catégorie « Commerce » sont mariées ; parmi les bouchères et les boulangères, 65 % sont mariées, et 9 d’entre elles sur 10 travaillent avec leur mari ou un membre de leur famille. 20 % d’entre elles seulement sont veuves. C’est, entre autres, la preuve que la politique de la Statistique générale de la France (SGF) a changé : on note désormais les professions de tous les membres du foyer et pas seulement celle du chef de famille. Si cette politique avait été mise en application plus tôt, le nombre des femmes de la catégorie « Commerce », et donc le nombre total de femmes ayant un statut socioprofessionnel aurait été forcément plus élevé. Y a-t-il, dans le commerce, une profession en expansion pour les Aixoises ? Oui, le nombre de coiffeuses passe de 3 à 31 entre 1866 et 1896.
Professions libérales
18Même si le nombre d’individus concernés est relativement peu élevé, un des changements les plus importants dans l’emploi des femmes en ville, au cours du xixe siècle, est celui que l’on observe dans les professions libérales, surtout dans l’éducation, la santé et le travail social. Avant la Révolution, ces secteurs étaient dominés par les religieuses9. La fermeture des couvents et la dispersion des nonnes causent des perturbations dans ces services sociaux et dans la vie personnelle des religieuses10. Pourtant, en dépit d’un effectif très bas, les sœurs sont toujours les principales pourvoyeuses d’éducation pour les jeunes, de soins pour les malades, d’aide pour les pauvres, jusqu’au début du xxe siècle. Elles sont en outre les administratrices des institutions qui offrent ces services. À Aix-en-Provence, le nombre de religieuses dans l’enseignement, les soins infirmiers ou l’action sociale se multiplie par trois au cours du xixe siècle. De plus, grâce à la participation de dames laïques, le nombre de femmes impliquées dans les professions libérales en 1896 est plus que trois fois supérieur à ce qu’il était en 180911. Aucune femme n’exerce la médecine ou le droit à Aix en 1896, mais l’École normale des filles compte des femmes dans son administration et parmi ses professeurs ; il y a six sages-femmes et une femme opticienne, trois comptables et des employées des postes et du télégraphe. Au milieu du xxe siècle les principales professions auxquelles se consacrent les femmes instruites sont encore celles de l’enseignement, de la santé et de l’action sociale, et ce sont les femmes à l’éducation plus modeste qui se tournent vers la vie cléricale.
Agriculture
19Au premier coup d’œil, on peut trouver étrange que l’agriculture figure parmi les secteurs économiques concernant les « femmes dans la cité ». En fait, durant tout le début du siècle, un quart de la population totale d’Aix-en-Provence est engagée dans l’agriculture : le nombre d’individus concernés est le même qu’en 1695 quand la population de la ville comptait un tiers d’habitants en plus12. Cependant, la sous-représentation des femmes (et des enfants) dans les activités agricoles est encore plus importante que dans la catégorie « Commerce ». Le Tableau 3 montre qu’à travers tout le xixe siècle, le nombre de femmes enregistrées comme travaillant dans l’agriculture est très peu élevé, de même que leur proportion par rapport à la population socioprofessionnelle. Même si l’on tient compte d’une sous-représentation, l’agriculture n’est pas un secteur en progression, pour ce qui est de l’emploi des femmes en ville13. Sur les 38 femmes répertoriées dans les professions liées au travail de la ferme, lors du recensement de 1809, 15 % sont célibataires et les autres sont veuves. Pas une seule femme mariée ! Pourtant on ne peut imaginer que cela reflète la réalité. Les épouses de la haute bourgeoisie mènent peut-être une vie oisive, mais certainement pas celles des agriculteurs, 1 000 ou plus, qui vivent en ville et travaillent dans les champs alentour. Certaines femmes, comme Louise Estienne au siècle précédent, ont peut-être des occupations différentes de celle de leurs maris. D’autres assument sans doute la responsabilité de la vente des produits sur les marchés, comme les épouses des maraîchers de Provence aujourd’hui. La plupart des épouses des fermiers sont probablement directement concernées par les divers travaux des champs. Le recensement ne donne tout simplement aucune indication. De nouveau en 1866, deux générations plus tard, aucune des quelques femmes répertoriées comme travaillant dans l’agriculture n’est mariée, mais pour quelques-unes – célibataires ou veuves – est mentionné le fait qu’elles travaillent avec leur frère. En revanche, en 1896, alors que leur nombre n’est que de 35 dans la population agglomérée, la moitié des femmes travaillant dans l’agriculture sont mariées. Comme dans d’autres secteurs économiques, il est probable que cela reflète le changement de politique de la SGF plutôt qu’une transformation réelle de la place des femmes dans ce secteur économique.
La classe oisive
20Les propriétaires et les rentières, qui font partie de la population socioprofessionnelle telle qu’on la conçoit aux xviiie et xixe siècles, n’ont pas de place dans la définition courante de population active. Cependant, le sujet de cette étude étant le xixe siècle, il paraît utile de mentionner l’évolution de ce groupe de femmes. Comme l’indique le tableau 3, elles sont 282 lors du recensement de 1809, 350 en 1866 et 197 en 1896. En tenant compte de l’augmentation, du nombre de femmes en âge de travailler, dans la population agglomérée, le brusque recul du nombre de femmes vivant exclusivement de leurs revenus, entre 1866 et 1896, laisse imaginer soit un changement radical dans la perception de l’individu, entre le Second Empire et la Troisième République, soit un changement dans le système de classement. Ou les deux à la fois. Étant donné les contraintes imposées par le Code Napoléon aux femmes mariées qui gèrent elles-mêmes leurs biens, le statut marital de ces femmes nécessite également un commentaire. Tout au long du xixe siècle, plus de deux tiers des femmes répertoriées comme propriétaires et rentières sont veuves. Alors qu’en 1809 et en 1866, il y a moins de 5 % de femmes mariées parmi les femmes propriétaires et rentières, elles sont 20 % en 1896.
Communautés religieuses : des « cités dans la cité »
21Aux xviiie et xixe siècles, les femmes qui ont pris le voile bénéficie, comme les propriétaires et les rentières, d’un statut socioprofessionnel. Même lorsque les couvents n’ont pas de murs d’enceinte, les communautés religieuses sont comme des « cités dedans la cité », chacune avec ses propres règles, son administration, et sa division du travail. Aix-en-Provence abritait plus de 600 nonnes au début du xviiie siècle, mais leur nombre chute de manière spectaculaire à la Révolution. Au xixe siècle, leur nombre évolue de 117 en 1809 à 139 en 1866 et 285 en 1896. Il a déjà été question du rôle que les religieuses jouent au xixe siècle à Aix dans les « professions libérales » mais cela ne concerne que les domaines de l’enseignement, de la santé et de l’action sociale. Certaines appartiennent à des ordres contemplatifs, d’autres à des communautés vouées à l’accueil des sœurs âgées. Dans quelques cas, il est difficile de déterminer, soit la mission exacte des différentes congrégations, soit la division du travail précise au sein de chacune. En dépit des lacunes des recensements, avec la réapparition de communautés de religieuses à la fin du xixe siècle, il semble qu’au moins de 80 % de ces femmes peuvent attribuées au secteur des « professions libérales ».
Le statut familial des femmes qui travaillent
22Nous parlerons ici du statut familial des femmes mariées avec ou sans enfants, et des veuves avec enfants14. Parmi la population socioprofessionnelle recensée en 1809 et en 1866, 5 % des femmes seulement sont mariées et la moitié d’entre elles vivent sans leurs maris. En 1896, en revanche, un quart d’entre elles sont mariées et, pour la plupart, vivent avec leurs maris ; en chiffres bruts, cela représente une multiplication par sept du nombre des femmes mariées qui travaillent entre 1866 et 1896. En fait, des changements sociaux considérables sont survenus dans l’intervalle, mais il est clair également qu’en 1896 la SGF applique une politique plus inclusive qu’auparavant en ce qui concerne les activités économiques des femmes. Les veuves représentent un quart de la population socioéconomique en 1809 et en 1866, mais moins que 10 % en 1896. La proportion plus faible de veuves en 1896 n’est pas due à leur disparition de la population active mais à l’augmentation importante du nombre de femmes mariées ou célibataires employées à Aix dans les années 1890. En 1809, 1866 et 1896, entre 50 et 60 % des femmes mariées qui travaillent ont des enfants à la maison. En 1809 et 1866, on compte un pourcentage presque égal de mères veuves qui travaillent ; en 1896 ce nombre est de 80 %, ce qui laisse supposer que les mères veuves souffrent d’un manque de ressources à la fin du siècle.
23Existe-t-il un lien entre le statut familial des femmes et le secteur économique où elles trouvent un emploi ? Même si leur nombre est faible, il existe des différences systématiques entre les épouses, les mères et les mères veuves aussi bien en 1809 qu’en 1866 mais pas en 1896. En 1809, les femmes mariées sans enfants peuvent aussi bien trouver du travail comme domestiques que dans le commerce (un quart dans chaque secteur environ), alors que les femmes mariées avec enfants sont surtout dans la catégorie « Divers » – journalières ou ouvrières – et moins nombreuses dans le commerce ou le travail domestique. (Plus de 90 % des mères classées dans la catégorie « Divers » vivent sans mari à la maison ; on peut les considérer comme des « mères célibataires ».) Au début du xixe siècle, contrairement au profil type de la mère prolétaire qui travaille, 40 % des mères veuves sont classées comme propriétaires. Cependant, 27 % d’entre elles sont journalières ou ouvrières et 16 % sont commerçantes. En 1866 l’emploi comme domestique est celui où l’on trouve le plus d’épouses sans enfants (deux sur cinq environ), et dans la catégorie « Commerce » les mères avec enfants sont à peu près aussi nombreuses ; 90 % d’entre elles environ vivent avec leur mari. La catégorie « Industrie » rassemble encore un quart des femmes mariées, avec ou sans enfants. Malgré l’intervalle de presque 60 ans entre les recensements de 1809 et de 1866, les mères veuves, en 1866, sont réparties parmi les différents secteurs d’emploi, presque comme elles l’étaient sous Napoléon Ier, à savoir 44 % de propriétaires et rentières, 23 % de journalières et ouvrières et la catégorie « Commerce » arrivait en troisième position avec 15 %.
24Les 1 200 travailleuses enregistrées en 1896 comme étant mariées et mères (elles étaient 350 en 1809 et 400 en 1866) témoignent de l’influence des directives de la SGF, qui cherche à rendre compte de l’activité économique de l’ensemble des membres d’un foyer, et non pas seulement de celle du chef de famille. Ce nombre indique également les conséquences de l’industrialisation de la Provence. En 1896, quel que soit leur statut familial, trois travailleuses sur cinq, mariées avec ou sans enfants, sont classées dans l’« industrie » ou dans les emplois « divers » liés à l’industrie. Un autre quart de ces femmes – épouses ou mères veuves – sont dans la catégorie « Commerce ». Le nombre brut de mères veuves ayant un statut socioprofessionnel est à peu près le même pour les trois années considérées. Pourtant, en 1896, une sur huit seulement vit de ses revenus, alors que la proportion était de deux sur cinq sous le Premier Empire et le Second Empire.
Récapitulation et conclusions
25Quelle était la place des femmes dans la cité d’Aix-en-Provence, au xixe siècle ? Comment cette place a-t-elle évolué au cours du siècle ? Les femmes représentaient, en 1809, 54 % de la population en âge de travailler, et 57 % en 1896. Au début du siècle, la population des travailleurs (même selon la définition moins restrictive de population « socioprofessionnelle ») comptait une femme pour trois hommes ; à la fin du siècle on est passé à deux femmes pour trois hommes. Il se peut, cependant, que l’augmentation du nombre des femmes actives soit plus apparente que réelle. La véritable proportion de femmes exerçant une activité professionnelle était peut-être plus importante que ne le suggèrent les chiffres, étant donné l’usage ancien qui consistait à subsumer le travail des femmes et des enfants sous l’activité du chef de famille (un homme le plus souvent). Il fallut attendre la fin du siècle pour que les agents du recensement reçoivent des directives visant à attribuer à chaque membre du foyer la profession qu’il exerce réellement. En revanche, l’augmentation non seulement du nombre total des travailleurs mais aussi de la proportion de travailleurs dans la population de la ville est tout à fait réelle.
26Les emplois de domestique et les divers travaux d’aiguille sont les activités principales des Aixoises au xixe siècle. Alors qu’en 1896 les femmes exercent toutes sortes de nouvelles activités, dans les chapelleries ou la fabrique nationale d’allumettes, la plupart des emplois dits industriels sont en fait des activités de type artisanal. Les professions libérales deviennent en même temps de plus en plus accessibles aux femmes laïques – en particulier dans les domaines de l’éducation, de la santé et du travail social.
27Les données numériques suggèrent une forte augmentation de l’emploi des femmes, mariées et mères de famille, au fil du siècle. Là encore, l’augmentation peut s’expliquer par une prise en compte plus rigoureuse de la place réelle des activités féminines dans les entreprises familiales, plutôt que par l’entrée, à la fin du siècle, d’un grand nombre de femmes mariées et mères de famille dans la masse laborieuse.
28L’évolution de l’emploi des femmes au cours du xixe siècle se poursuit pendant du xxe. À quoi aboutissent ces changements ? À la fin du xxe siècle, les femmes représentent 46 % de la population active des Bouches-du-Rhône15. C’est-à-dire une proportion de quatre femmes pour cinq hommes, alors qu’elle était de deux pour trois en 1896. La catégorie socioprofessionnelle de loin la plus représentée en Provence, en 1999, est celle des employées (51 %), puis viennent celle des professions intermédiaires (26 %) et celle des cadres et professions intellectuelles supérieures (10 %). Dans ces deux dernières catégories (qui correspondent à peu près à la catégorie professions libérales du xixe siècle) la moitié des femmes assument des fonctions dans l’éducation, la santé et l’action sociale. 5 % des travailleuses sont ouvrières ou travaillent dans l’industrie, 5 % artisanes, commerçantes ou chefs d’entreprise. Il ne reste qu’1 % de femmes agricultrices en Provence16. Et le service domestique ? Employées de maison et femmes de ménage chez les particuliers représentent 2 % des femmes qui travaillent, une poignée d’entre elles seulement étant logées chez leurs employeurs17.
29Quelles sont les forces qui sous-tendent ces transformations ? L’idéologie selon laquelle « la place des femmes est à la maison » n’a manifestement plus autant de poids, et l’égalité entre les sexes est une idée qui a fait son chemin. Certains facteurs plus directement économiques sont également de plus en plus déterminants. D’un côté l’attraction que représentent la prolifération de nouveaux types d’emploi et le nombre de possibilités offertes aux femmes ; de l’autre, la poussée suscitée par le désir d’accéder à un niveau de vie plus élevé, dans une société de plus en plus consommatrice.
Liste détaillée des professions des femmes, Aix-en-Provence : 1809, 1866 et 1896




Annexe
Annexe B
Nombre de professions féminines par secteur économique Aix-en-Provence : 1809, 1866 et 1896
| Secteur | 1809 | 1866 | 1896 | Nombre total des différentes professions par secteur pendant le XIXe siècle |
| Domestique | 9 | 6 | 10 | 10 |
| Industrie | 23 | 23 | 47 | 61 |
| Divers | 3 | 3 | 5 | 5 |
| Commerce | 25 | 31 | 42 | 48 |
| Professions Libérales | 9 | 10 | 16 | 20 |
| Agriculture | 2 | 2 | 9 | 10 |
| TOTAL | 71 | 75 | 132 | 154 |
Notes de bas de page
1 « La participation des femmes aux mouvements de protestation suit un schéma récurrent. Au début du mouvement, les femmes sont accueillies pour leur engagement désintéressé. Mais au moment de la victoire, leur enthousiasme est canalisé, elles sont écartées des activités perturbatrices pour être vouées à des activités stabilisatrices, et sont renvoyées une fois de plus à leur foyer. Les hommes révolutionnaires qui tentaient d’établir un nouvel ordre de liberté se sont accrochés aux valeurs patriarcales et aux arrangements domestiques traditionnels. » Renate Bridenthal et Claudia Koontz, éd. Becoming Visible : Women in European History, Boston, Houghton Mifflin, 1977, introd. p. 4.
2 Archives Municipales, Aix-en-Provence ; F1, Article 3, Recensement d’Aix-en-Provence, 1809 ; F1, Article 21, Recensement d’Aix-en Provence, 1866 ; F1, Article 28, Recensement d’Aix-en-Provence, 1896.
3 La population agglomérée d’Aix-en-Provence est celle de la ville et des faubourgs immédiats, alors que la population totale de la commune comprend celle de hameaux et d’habitations éparses. En 1809, la population totale était de 21651 habitants, elle était de 28 152 en 1866 (dont 1 212 hommes de l’Armée de Terre) et de 28 913 en 1896.
4 Jacques Dupâquier et. al., Histoire de la population française, tome 3, Quadrige/Presse Universitaires de France, 1995, p 190.
5 AM, F1, Article 28, Recensement d’Aix-en-Provence, 1896.
6 Nathalie M. Ostroot, « Expositions de filles mères à Aix-en-Provence 1695-1715 : Étude de contrôle social », dans Femmes entre Ombre et Lumière : Recherches sur la visibilité sociale (xvie-xxe siècles), Publisud, 2000, p. 165-175.
7 L’INSEE et la Délégation régionale aux Droits des femmes et à l’égalité, Femmes en Provence Alpes Côte d’Azur, éd. 2003, p. 8.
8 Les registres du recensement n’indiquent pas des raisons de l’absence des maris. Elles peuvent être liées au service militaire, aux exigences du travail, ou d’une rupture matrimoniale.
9 La capitation de 1695 à Aix recense 617 religieuses. Archives municipales, Aix-en-Provence, CC7, 1695.
10 En plus de 117 religieuses, le recensement de 1809 comptes 37 ex-religieuses, vivant pour la plupart dans le foyer familial. Sur les 117, 12 ou 15 qui vivent seules, avec une domestique ou une parente, sont peut-être également des ex-religieuses. Enfin, l’hôpital Saint-Jacques loge 2 « anciennes officières » qui sont probablement elles aussi des ex-religieuses.
11 Les dames laïques de la haute société donnent aussi de leur temps, de leur énergie et de leurs ressources à des activités bénévoles.
12 Nathalie Ostroot et Wayne Snyder, « La Composition socioprofessionnelle de la population aixoise sous Louis xiv et sous Napoléon 1er ; un essai de comparaison », Provence Historique, tome xliv 1994, p. 19-38.
13 L’agriculture n’est pas non plus un secteur prometteur pour les femmes de la campagne. La migration des femmes vers la ville d’Aix et vers les autres villes de France est la face cachée de l’exode rural au xixe siècle. Dupâquier, op. cit., p. 180-185.
14 Ce sont les cas les plus fréquents, mais il existe d’autres organisations familiales : des filles adultes qui subviennent aux besoins de leurs parents ou grands-parents, des nièces qui s’occupent de leurs tantes, quelquefois une grand-mère ou une tante qui héberge un petit-fils ou une petite-fille, une nièce ou un neveu orphelins. Des frères et sœurs qui travaillent partagent souvent le même logement. Il s’agit le plus souvent de deux sœurs mais il arrive qu’un frère et une sœur cohabitent.
15 INSEE, op. cit., p. 120.
16 INSEE, op. cit., p. 59.
17 INSEE, op. cit., p. 61.
Auteurs
- Geneviève Knibiehler (trad.)
-
Nathalie M. Ostroot
UMR Telemme
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