Introduction
p. 229-230
Texte intégral
1En mai 1968 fleurissait sur les murs le mot d’ordre : « tout est politique ! ». 50 ans après, qu’en est-il ? Tout est politique ? Même la logistique ?
Tout est politique, même la logistique !
2La logistique a toujours été, sans toujours avoir porté ce nom, un outil d’organisation économique parce qu’elle consiste à organiser des relations concrètes entre acteurs : des flux. Structuration économique va alors de pair avec structuration politique, puisque des règles de relation, des projets communs, des rapports de force s’installent entre les acteurs coordonnés. Donner cette lecture politique à la logistique, c’est reconnaître que son rôle, c’est aussi – et peut-être même d’abord ? – élaborer des règles, négocier des normes, établir des pratiques collectives qui permettent aux acteurs individuels et collectifs d’agir... En un mot, faire de la politique !
3Clarifions les termes. La politique, c’est organiser la cité, penser l’articulation entre l’action publique et l’action privée, proposer la combinaison d’objectifs collectifs et d’objectifs individuels. C’est donner un cadre, général, englobant, collectif, qui permette l’accomplissement d’actions et d’objectifs individuels. Et l’institution, c’est l’organisme auquel nous reconnaissons ce rôle politique d’organisation des rapports.
4Comment penser la relation entre logistique, politique(s) et institutions ? À y regarder de plus près, la relation est complexe : les institutions imposent, façonnent, orientent une manière de faire et de penser la logistique ; à l’inverse, les acteurs logistiques modèlent les cadres institutionnels qui les entourent et encadrent leur action. Faire de la logistique, c’est faire des choix politiques et institutionnels !
Quels choix politiques en matière de logistique ?
5Les chercheurs du CRET-LOG ont apporté leur pierre à cet édifice. Les sept chroniques qui suivent en attestent. La puissance publique regagne aujourd’hui du terrain, tant il est central de penser simultanément le cadre d’action que les actions elles-mêmes. Le rôle de l’État et des institutions est interrogé dans les chapitres qui suivent, en plaçant chaque fois la logistique au centre de la réflexion politique et institutionnelle.
6En analysant la Conférence Nationale de la Logistique, Nathalie Fabbe-Costes pose la question de la faisabilité d’une politique logistique nationale et Laurent Livolsi celle de son mode d’élaboration. Les chroniques de Christelle Camman et Laurent Livolsi font écho à deux projets réalisés au sein du laboratoire. La première montre comment un acteur institutionnel, à savoir un grand port maritime, peut devenir un architecte de services logistiques et dynamiser des Supply Chains. La seconde montre justement qu’il est de la responsabilité des institutions – au premier chef, les collectivités territoriales – d’orienter les acteurs de la logistique vers la mutualisation, notamment pour réduire l’impact des activités logistiques sur l’environnement. Dans l’économie du partage qui fleurit, le modèle de collaboration entre acteurs bouleverse les acteurs installés et est en soi un modèle politique puisqu’il redonne un pouvoir central à l’acteur individuel. Là encore, le rôle de la logistique est structurant (voir la chronique de Dominique Bonet Fernandez). Ruralité ou urbanité sont le cadre d’action de nouvelles pratiques logistiques. Natalia da Silva Duarte envisage les coopératives agricoles comme un outil institutionnel de sortie de la pauvreté des agriculteurs au Brésil, puisqu’elles construisent des compétences logistiques qui modifient le rapport de force avec fournisseurs et clients internationaux. Odile Chanut souligne les enjeux de la coordination de la logistique urbaine, traités par des contrats, des chartes entre institutions politiques et acteurs privés. Enfin, Christian Morel invite à penser la ville autrement, la réflexion logistique pouvant servir de levier pour créer des espaces urbains plus vivables et mieux partagés.
7On l’aura compris, la logistique est à la fois une question politique et un véritable outil politique. Alors, tout est politique ? En tout cas, la logistique, oui !
Auteur
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Gilles Guieu
Professeur de management stratégique et de théorie des organisations au département GEA-Gap de l’IUT d’Aix-Marseille (Aix-Marseille Université) et directeur de recherche au CRET-LOG. Diplômé de l’Institut d’Études Politiques de Grenoble et de l’Université Stendhal à Grenoble, il est docteur en sciences de gestion de l’IAE de Grenoble. Ses enseignements portent sur la stratégie des entreprises et les méthodes de recherche. Ses travaux portent sur l’hypercroissance des PME et les stratégies inter-organisationnelles. Il produit également des travaux scientométriques sur des champs et thématiques des sciences de gestion : entrepreneuriat international, gouvernance des PME, logistique, etc.
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