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    Plan détaillé Texte intégral L’image sonore « figurante »L’image sonore « défigurante »L’image sonore « figurée »L’image sonore « défigurée »Pour une philosophie du rire en musique Notes de bas de page Auteur

    L’humour en musique, et autres légèretés sérieuses depuis 1960

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Musique savante et humour

    Les figurations de l’image sonore aux xxe et xxie siècles

    Pierre Albert Castanet

    p. 63-87

    Texte intégral L’image sonore « figurante »L’image sonore « défigurante »L’image sonore « figurée »L’image sonore « défigurée »Pour une philosophie du rire en musique Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    « Du reste, tout le monde n’est pas apte à l’attitude humoristique ;
    c’est là un don précieux et rare. »
    Sigmund Freud, « L’humour1 »

    1Discrétionnaire, l’humour présente la plupart des atours attachés au parasite2 car son essence est indéfectiblement affectée à un sujet (qu’il s’agisse de soi-même ou de l’autre)3. Au reste, dans l’Antiquité, le parasite n’était-il pas le commensal dévoué à la table d’un riche, et qui devait de surcroît le divertir ? Symbole de dépendance induite, sa loi incline à embrasser un ordre de la sensibilité procédant par exclusions et inclusions. Au sens large du terme4, peut être comique ou humoristique ce qui dérive de la norme, ce qui se détourne de sa signification première5 ou ce qui découle de l’inattendu – la distanciation et le décalage pouvant provoquer le rire lorsqu’ils perturbent nos repères matériels habituels et nos jalons intellectifs logiques. Mais à l’image du « cri du monde » qui n’est pas, selon Édouard Glissant, une « supplication6 », nous pourrions avancer que le « rire de l’homme » n’est ni impolitesse ni obscénité7. Comme l’écrivait Tristan Tzara : « Le rire, c’est la bonté des hommes8. »

    2Le critique musical Eduard Hanslick avait écrit en 1854 que « tout art part des sens et se meut dans leur sphère9 ». À l’évidence, la poésie, la littérature, le théâtre, la danse, le cirque, le dessin, la photographie, le cinéma, la bande dessinée, etc., ont enluminé chacun à leur manière les multiples « images » de l’humour10. Cependant, dans ce contexte où certains commentateurs se permettent d’évoquer une « curieuse pudeur de l’art devant le rire11 », la musique est sans doute la moins démonstratrice12. Acoustiquement parlant, dans son versant émancipateur et audacieux, le xxe siècle13 a néanmoins perpétué les plaisanteries musicales et autres fantaisies signées jadis ingénument par Marc-Antoine Charpentier, Wolfgang Amadeus Mozart, Gioacchino Rossini, Jacques Offenbach, Emmanuel Chabrier ou Camille Saint-Saëns14… pour en faire – entre autres – des pièces de musique concrète ou de théâtre musical, des éléments acousmatiques d’art radiophonique ou des performances multimédia.

    3Il faut peut-être rappeler que, bien après la « théorie formaliste » mise en place par Eduard Hanslick dans Vom Musikalisch-Schönen15 et bien avant l’élaboration du « langage communicable » élaboré par Olivier Messiaen16, le « postulat de Stravinsky17 » a consisté à considérer la musique, « par son essence, impuissante à exprimer quoi que ce soit : un sentiment, une attitude, un état psychologique, un phénomène de la nature, etc. L’expression n’a jamais été la propriété immanente de la musique18 ». Dès lors, dans ce siècle inventif où la modernité a eu une place de choix, la civilisation de l’image a réussi à l’emporter sur celle du son. Comme l’avait analysé Erik Satie : « L’Évolution musicale est toujours en arrière de cent ans sur l’Évolution picturale19. » Sur ce plan, chaque intention musicale – même finalement la plus abstraite – a eu tendance à faire le plus souvent allégeance à un contenu symptomatologique de première nécessité, à un souvenir qui rassure, à une évocation qui sert de bastingage à la rêverie et comble viscéralement le vide du non-sens a priori insupportable.

    4Étant entendu que tout « complexe » acoustique peut faire montre d’une « évidence » sonore20, la moindre dissonance dépourvue de contexte immédiat peut alors inciter systématiquement à songer aux diverses « figures21 » fictionnelles d’une bande-son de film de guerre, de reportage visant une catastrophe ou de documentaire de troisième type : voyez cette partition pour orchestre appelée primitivement 8’37’’ (1959-1961) par Krzysztof Penderecki. Non repérée par la critique en son temps, elle a été finalement acceptée lorsqu’elle a été rebaptisée Thrène à la mémoire des victimes d’Hiroshima22… Mutatis mutandis, dans le même esprit spontanément référentiel, ambigu au possible, le « genre comique23 » s’est inscrit dans cette double sphère de la référence et de l’irrévérence, le gestus humoristicus brillant par errements opiniâtres d’intention et d’invention24, par obstination d’esprit vif et déplacé, par acharnement stylistique (qu’il cerne l’écriture ou l’interprétation), par volonté et par hasard, par automatisme ou par surcroît d’expression caricaturale.

    5Oscillant entre repères signalétiques et significations référentielles, le symbole – au sens jungien du terme25 – du fait humoristique est chargé de riches connotations. Au sein de ce maelström plural où l’instinct et la culture jouent des rôles complémentaires et signifiants, nous étudierons quelques traits provenant de la source humoristique appliqués au domaine de la musique savante par le truchement de diverses « figurations26 » typologiques d’images sonores, celles-ci pouvant relever de l’ordre mental ou physique, oscillant entre le « figurant » et le « défigurant », le « figuré » et le « défiguré ».

    L’image sonore « figurante »

    6Au niveau du figuralisme des anciens, les compositeurs « modernes » ou « contemporains » ont parfois usé des moyens sensibles de l’expression musicale à des fins d’effets suggestifs immédiats. L’évocation du rire musicalisé dévoile ainsi son cliché dynamique en s’agençant sous forme d’éclats fusant mono-directionnellement, le plus souvent d’une manière descendante. Écoutons attentivement la cinquième partie de la Turangalîla Symphonie (1946-1948) d’Olivier Messiaen intitulée « Joie du sang des étoiles ». Au risque du contresens27, nous aimerions avancer qu’au cœur de ce mouvement « vif, passionné, avec joie », une descente chromatique de courtes figures rythmiques en cascade peut faire penser lointainement à la répétition d’un rire aux éclats. En l’occurrence, dans ce passage au relief subjectif28, les deux doubles croches de la petite trompette et du cornet à piston (motifs présentés en mouvement contraire) sont amplifiées par le jeu des bois et des cordes et accusées ponctuellement par les cors, trombones et tuba. Par association d’idées, songeons au regard spirituel du Psaume 99 à travers lequel saint Augustin avait commenté le pouvoir d’exaltation de cette forme de jubilus sans paroles, cette allure de supplément immanent29, cette apparence d’exaltation s’adressant prioritairement à Dieu et honorant secondairement le Gaudens Homo, c’est-à-dire « l’homme qui est dans la joie30 ».

    7La représentation parodique de certaines pièces de Michael Levinas peut également figurer l’insolite, assurant çà et là diverses formes sonoro-allégoriques de l’enjouement. Sous ces auspices enchanteurs, nous sommes en présence de traces de ce que Lautréamont (Isidore Ducasse) nommait l’« humourisme », concept divertissant mettant en exergue des éléments légers mais pertinents provenant d’une « activité particulière de la réflexion31 ». Dans ce registre, Les Rires du Gilles32 (1981) font métaphoriquement glousser une cymbale qui chute dans une cage d’escalier33 : « elle s’esclaffe. C’est le rire en musique », conclut le compositeur.

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    Exemple 1. Le début des Rires du Gilles de Michael Levinas commence par des « rires enregistrés », signaux imités ensuite par les instruments à vent (Paris, Éditions Salabert, 1981, p. 1).

    8Dans cette courte pièce structurée dans l’esprit et le rebondissement de la commedia dell’arte, Levinas voit la continuité de la « pure tradition du scherzo romantique34 ». Certes, dans ce cas, le geste levinassien n’entre pas véritablement dans le genre comique car le matériau « figurant » le rire est considéré comme « beau vivant35 », non comme objet anecdotique mais comme ingrédient purement musical. À l’inverse, notons que la partition de Clov et Hamm (1973) montre entre autres un trombone d’aura beckettienne utilisant une sourdine gouailleuse (de type « Buzz ») afin de donner l’illusion d’une voix rigolarde de clochard saoul, typique, selon le compositeur, du style du théâtre d’avant-garde des années 1950.

    9Concernant la disposition d’un vrai-faux humour, Edgard Varèse, réputé pour son franc-parler, devisait sans ambages :

    Il faudrait vraiment être un imbécile de musicien, avec déformation professionnelle, pour tirer des effets comiques d’une œuvre de tel ou tel grand compositeur. La blague musicale est quelque chose de lamentable, digne des exécutants d’orchestre de 1890. La musique peut être stimulante. Elle peut être gaie, si vous voulez, mais elle n’est jamais drôle. La seule chose qui peut être drôle, c’est le rapprochement que vous faites avec une anecdote qui vous a touché, avec une situation qui a été drôle à un moment où l’on jouait cette musique. La musique par elle-même n’est jamais comique36.

    10Au beau milieu des années 1950, il évoquera encore les « gens qui rient à la vue d’une fille qui joue du trombone, du tuba, ou même de la contrebasse37 ». Mais, pionnier de l’art-science, ce musicien38 a néanmoins stylisé – une fois n’est pas coutume – dans Amériques (1920-1921) un rire diabolique réservé au quatrième trombone, ayant écrit lui-même sur la partition « Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! » en dessous de son trait monocorde instrumental39. En outre, bien que cet opus pour orchestre soit « une pièce de musique pure », le compositeur a précisé que,

    à tout prendre, le thème est une méditation, c’est l’impression d’un étranger qui s’interroge sur les possibilités extraordinaires de notre nouvelle civilisation. L’utilisation de forts effets musicaux vient simplement de ma réaction assez vive devant la vie telle que je la conçois, mais c’est la représentation d’un état d’âme en musique, et non la description sonore d’un tableau40.

    11Dans cet ordre d’idée de la figuration primaire et néanmoins sérieuse41 du rire, ayons une pensée pour ces découvreurs français de la musique concrète qui ont su utiliser – à l’instar des catégories arrêtées en 1913 par le futuriste Luigi Russolo dans son manifeste intitulé L’art des bruits – des matériaux extra-vocaux bruts au sein de leurs œuvres expérimentales42. Citons par exemple les « petits cris et rires de femmes allant en diminuant jusqu’à un choc de cymbale final43 » insérés dans Deux coups de sonnette (1947) de Pierre Henry, ainsi que les brefs rires coquins, très reconnaissables, introduits au cœur d’« Érotica », quatrième mouvement de la Symphonie pour un homme seul (1950) conjointement signée par Pierre Henry44 et Pierre Schaeffer45. Depuis, le rire n’a cessé d’être intégré sous forme de cascade d’objets sonores naturellement basiques ou métaphoriquement suggestives dans les réalisations électroacoustiques (ou mixtes) européennes : des Dimensioni II – Invenzione su una voce46 (1960) ou de la pièce intitulée Le Rire (1964) de Bruno Maderna au cycle d’Akoigraphophonia (2014) de Jean-Léon Pallandre, en passant par la Cantate pour elle (1966) d’Ivo Malec, par And Around (1981) ou par The Sea Maid’s Music47 (1990) de Jean Schwarz, par l’opéra radiophonique In cielo, in terra, in mare (1992) de Marco Stroppa ou par Ice Music (1997) de Gregory Whitehead.

    12Si le rire acoustique brut a constitué un matériau unique pour la Laugh Piece (1961) de Yoko Ono48, alors membre du groupe Fluxus, il a été également le moteur générique de Rires et chuchotements (2007) de Roger Tessier. Ce mélodrame conçu en un prologue et cinq scènes a en effet été composé pour dix-huit musiciens (dont trois sopranos munies de maracas) d’après un « rire loufoque » entendu en amont par le compositeur et formulé par l’un des futurs protagonistes de la création49. Au reste, dès le prologue à caractère déambulatoire, il est demandé au tutti de faire fuser des « cascades de rires », formants que l’on retrouve sporadiquement tout au long de la pièce.

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    Exemple 2. Extrait de la partition de Rires et chuchotements de Roger Tessier, cascades de rires descendantes notées chromatiquement (p. 26, partition inédite, avec l’aimable autorisation du compositeur).

    13Au plan acoustique, nous pourrions dire que, puisque « derrière toute expérience musicale se cache un visage vocal50 », les figures du rire notées plus ou moins librement sont ici traitées comme des « indices sonores matérialisant51 ». En terme métaphorique, nous sommes en pleine « subversion du sens commun », catégorie qui, selon Jean Duvignaud, « par la destruction de l’accoutumance qu’[elle] entraîne, ouvre ce que l’on ne nomme pas encore le surréel52 ». Nonobstant, au niveau sémantique, les sopranos doivent chanter à la fin de l’œuvre des textes intelligibles en exagérant notamment l’articulation du mot « rire53 ».

    L’image sonore « défigurante »

    14Sous couvert de visitation, de variation, d’altération ou de falsification, il est possible de parodier54, de caricaturer, de défigurer, voire de salir un modèle sonore archétypal également avec la plus grande profondeur d’esprit55. Ainsi, des musiciens aussi divers que Offenbach, Saint-Saëns, Stravinsky, Françaix, Cage, Henry, Crumb, Foss, Schnittke, Kagel, Ligeti56, Berio, Stockhausen, Reich, Zappa, Johnson, Louvier, Petit, Machuel, Jodlowski, Sahran, Gaxie, etc., ont œuvré pour une pluri-stylistique de l’opus musical en sachant dénaturer à souhait des topiques de formes ou des parangons de genres référentiels. Souvenons-nous que, s’étant préoccupé de disserter sur l’humour, Hegel avait repéré que sa représentation devait se remettre au jeu de l’imagination, celui « qui combine à son gré les objets, altère et bouleverse leurs rapports, un dévergondage de l’esprit qui s’agite en tous sens et se met à la torture pour trouver des conceptions extraordinaires pour lesquelles l’auteur se trahit, lui et son objet57 ».

    15Influencé peut-être par son ami Marcel Duchamp (qui « prenait le fait de s’amuser très au sérieux58 »), Erik Satie – également normand – a dans ce sillage introduit les Sports et Divertissements (1914) par un Choral inappétissant. Dédiée aux « recroquevillés » et aux « abêtis », cette fanfare pianistique en toc (écrite « le matin à jeun » du 15 mai 1914) – qui laisse lire entre les portées les expressions « rébarbatif et hargneux » puis « hypocritement » – s’est ainsi proposé de visiter la norme référentielle du sacro-saint choral de Bach : « Ce choral est une sorte de préambule amer, une manière d’introduction austère et infrivole59 », a tenu à préciser le compositeur ésotérique, « faussaire et étonneur public60 ». Ici, à chaque exécution de ce début de cycle parodique61, les connaisseurs élevés au grain moulu par le Conservatoire ne peuvent s’empêcher de pouffer de rire devant l’amas de fautes criantes d’écriture, la non-orthodoxie étant la marque de fabrique de ce musicien entré à trente-neuf ans à la Schola Cantorum. Pour un esprit musicien, le grossier détournement conscient des règles scolastiques de composition devient alors hilarant. « J’y ai mis tout ce que je connaissais sur l’ennui. Je dédie ce choral à ceux qui ne m’aiment pas », enchérissait le maître d’Arcueil dans le texte de présentation de la partition62 émaillée de suscriptions foncièrement insolites. Jankélévitch a dit de Satie qu’il était « en premier lieu un ironiste qui se moque du style pompier, de la grandiloquence officielle, de l’académie des musiciens en place ; mais il arrive aussi que l’ironie corrosive et cinglante laisse la place à l’humour ; et ce renversement est en lui-même poétique63 […] ».

    16Chez Satie, intégré par certains dans le groupe des « Fumistes » aux côtés des « Vilains Bonshommes », des « Zutistes », des « Hydropathes », des « Hirsutes » ou des « Incohérents »64, l’autodérision est fréquente65 et les expressions d’opprobre ne sont pas vraiment tendres66. À parcourir les manuscrits de cet amuseur proche du Groupe des Six, nous pouvons constater que la plupart des pièces qui nous ont été léguées sont de cet acabit alliant gaucheries et anecdotes67, humour pince-sans-rire et malfaçon à dessein. Ainsi, « on craignait d’être dupe, on prêtait à chaque mesure des intentions si finement humoristiques qu’on redoutait de laisser passer, sans les souligner d’un sourire complice, les allusions qu’elles devaient contenir, qu’elles contenaient certainement68 », a repéré Francis Jourdain.

    17De même, plus tard, au sein d’un catalogue riche autant que composite, la musique de Mauricio Kagel s’est souvent emparée de situations insolites, conjuguées à des matériaux disparates auto-infligés et liées à une organologie pataphysique imaginaire69. Ainsi, il est arrivé que le compositeur se soit imposé de régler la dramaturgie musico-théâtrale70 d’une partition grâce à un jeu savant et déambulatoire d’actions et de silences mimés (Sur scène, 1959-1960), de flirter avec l’ironie moqueuse en composant sous l’emprise de drogues (Tremens, 1963-1965), de faire jouer en quintette de l’arrosoir avec entonnoir (Der Schall, 1968), de partir de la musique de Beethoven pour sournoisement la gauchir ou logiquement la détruire71 (Ludwig Van, 1970), de jouer sur les relations parfois ambiguës existant entre l’expression humaine et la formulation animale (Bestiarium, 1974-1975), de narrer muettement un théâtre d’humeur percussive (Dressur, 1977), de substituer par la négative une illusion scénique dont le titre rappelle celui d’un oratorio de Haydn (Die Erschöpfung der Welt, 1980), de briser avec humour72 notamment les us et coutumes de la réception auditive (Rrrrrrr…, ensemble de quarante et une pièces, 1980-1982), de se moquer ouvertement de la musicalité du Diable (La Trahison orale, 1981-1983), d’écrire un pseudo-concerto pour chien et cordes (Scenario, 1982), d’utiliser sonorement les ressources d’un sport collectif amateur (Eine Brise, performance pour 111 cyclistes, 1996) ou de n’employer ni syntaxe ni sémantique pour une partition vocale étonnante (Quasi niente, 2007, pour bouches fermées), ultime partition ô combien symbolique de la fantaisie du maestro.

    18Non exhaustive mais montrant tout de même la part imposante de la « porosité kagélienne73 », cette liste de propositions fortement typées et à l’esthétique bien différente a représenté autant de stimuli éclairant le monde de manière sérieusement dérisoire74 et furieusement hétéroclite, autant de contraintes75 prescrites à des fins d’avènement (tantôt consciemment subversif76, tantôt simplement divertissant) de l’œuvre d’art « contemporaine ». In fine, ce provocateur-exhibitionniste ajoutait que « l’humour n’est pas seulement un moyen de communication privilégié, c’est une façon de faire réfléchir rétrospectivement, de faire prendre conscience. Les choses sont toujours trop complexes pour qu’on les communique simplement en les nommant. C’est comme le “sabotage” visuel, je pense que les choses vraies ne sont qu’apparentes77 ».

    19En outre, dans l’ordre du scénique de portée naïve, mentionnons pour l’anecdote l’image offerte innocemment par la cantatrice américaine Florence Foster Jenkins qui, sans aucun scrupule, louait la prestigieuse salle du Carnegie Hall à New York pour donner entre 1937 et 1951 des récitals en solo, accompagnée par un pianiste, parfois vocaliste lui aussi, en l’occurrence le compositeur Cosme McMoon. Or, respectée par tous car riche et mécène, cette dame d’un certain âge (née en 1868) – au demeurant parolière de songs improbables – chantait archi-faux et déshonorait a priori inconsciemment les grands classiques de l’art lyrique avec une fausse candeur narcissique et un naturel bon enfant. Dans son essai philosophique portant sur le rire, Henri Bergson n’avançait-il pas qu’un « personnage comique est généralement comique dans l’exacte mesure où il s’ignore lui-même78 » ? L’« Air de la Reine de la nuit » extrait de La Flûte enchantée de Wolfgang Amadeus Mozart et l’« Air d’Adèle » inclus dans La Chauve-souris de Johann Strauss faisaient par exemple partie de son répertoire à l’aura glorieusement discordante79. De plus, « non contente de remplir les oreilles des auditeurs de fausses notes, de râles, de sifflements, de glissades dangereuses, de hurlements, d’ululements, de couacs, de canards, de pains, elle s’affublait de costumes de son cru du plus extravagant loufoque : ailes d’anges, auréoles, tresses de fleurs, voiles multicolores80… ».

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    Exemple 3. Florence Foster Jenkins dans son costume outrancier de « l’Ange de l’inspiration » (photographie anonyme).

    20Par ailleurs, dès lors que l’image sonore « défigurante » s’avère trop accusée, son aura éclaire de fait le domaine du gag fondamentalement clownesque (voir à ce sujet le contexte gestuel de la Sequenza V – 1966 – pour trombone de Luciano Berio, « hantée par le souvenir de Grock, le dernier grand clown81 », voisin du compositeur). Nous trouvons du reste des traces sonoro-iconodoules autant dans la musique de dessins animés que dans celle de spectacles populaires à vocation hilarante82. Dès lors, l’entendement tend à cerner cette apparence risible d’éléments francs, reproduits par l’effet de phénomènes à la fois culturels (l’indicatif des films de Laurel et Hardy par exemple, pour lequel le son peut créer la situation) et musicaux (glissandi de trombone ou de jazzo-flûte pour lesquels l’effet de chute crée inévitablement le son). Dans ce cadre, pointant une partition aux reliefs parfois vaudevillesques (séquence swinguée avec voix de jazz rauque appelée fry) et à la densité diversement tumultueuse (allant du cliquetis au cri), Benoît Aubigny va jusqu’à parler d’un « sketch plein d’humour83 » à propos de Time Piece (1972), écrit pour six voix d’hommes par Paul Patterson. En outre, Gilles de Talhouët a avoué avoir ri à plusieurs reprises en écoutant Tintamarre (2007) pour petit ensemble de Claire-Mélanie Sinnhuber, l’œuvre possédant, selon lui, « une sorte d’impertinence enfantine ». Or, transformant souvent les objets sonores acoustiques normés en matériaux bizarrement éclectiques mais efficients, la compositrice a confessé, en octobre 2011 : « Je me demande enfin si ma musique n’est pas drôle pour la simple raison que j’aurais aimé l’être davantage moi-même84. »

    21Au plan de la citation déformée incitant au risible, citons le ballet « absurde85 » écrit d’après Alfred Jarry et incarné par la Musique pour les soupers du Roi Ubu (1966) de Bernd Aloïs Zimmermann. Composée à l’occasion de l’admission du musicien à l’Académie des Arts de Berlin, l’œuvre désirait à l’origine « représenter » les membres de l’aimable assemblée en les caricaturant de façon subtile. Partant d’un collage de danses anciennes (Pavane de William Byrd86, Saltarelle de Tilman Susato…), le compositeur a ensuite tenu à « surimprimer » des lambeaux d’œuvres de maîtres divers (Musique concertante de Boris Blacher, Symphonie de Wolfgang Fortner, Canti di liberatione de Luigi Dallapiccola, Dumbarton Oaks d’Igor Stravinsky, et même le Klavierstück IX de son rival Karlheinz Stockhausen). Mais afin d’accuser l’« humour musical très varié87 » de l’ensemble, le futur auteur du Requiem pour un jeune poète a également mutilé des thèmes très reconnaissables (Dies Irae, la « Promenade » des Tableaux d’une exposition de Modeste Moussorgski, la Symphonie pastorale de Ludwig van Beethoven, le « Prélude » de Tristan et Isolde de Richard Wagner, la Marche militaire de Franz Schubert, le « Prélude » de Carmen de Georges Bizet, « La Marche au supplice » de la Symphonie fantastique d’Hector Berlioz88). Comme l’a affirmé son élève York Höller, la « volonté de distance » a toujours été le « trait fondamental de la nature de Zimmermann89 ».

    22Un des endroits les plus burlesques de ce puzzle citationnel pluri-stylistique90 réside sans doute au cœur de cette Marche de Radetzky de Johann Strauss père qui, par son instrumentation lourdement criarde et son changement de mesure caricatural, donne assurément à chaque prestation dans le saugrenu. Au reste, conçue en sept parties et une entrée, cette partition a été présentée par son auteur comme étant « une farce qui va son bonhomme de chemin, brave et joyeuse en apparence, grosse et vorace comme Ubu lui-même, apparemment une gigantesque plaisanterie, mais, pour celui qui est capable d’entendre, une épigramme alarmante, macabre et comique à la fois91 ». Ailleurs, Zimmermann a parlé d’« un conglomérat grotesque, apparemment drôle, de mélanges de styles […] », inséré dans un contexte citationnel « tellement sous-cutané qu’il ne se révèle qu’à celui doté de l’humour musical et politique92 […] ». Lors de la première représentation de ce « ballet noir », le 31 janvier 1968 à Berlin, l’opus bigarré fut accueilli par des rires sournois puis par des applaudissements « frénétiques93 ».

    L’image sonore « figurée »

    23La figuration parfaite de l’image sonore est celle du comique rendu par les lois du théâtre ou les règles du vaudeville transposées sur les planches de la scène musicale ou diffusées sur les ondes de la radio94. Ici, le sens des mots, des regards, des mimiques, des intonations, des silences, les comiques de situation ou les effets de répétition jouent un rôle de charpente macro-formelle (la forme de l’œuvre musicale) et micro-formelle (les détails du montage gaguesque). Dans ce cadre, le spécialiste de la déconnexion de sens95, de l’accumulation et de l’itération systématique reste Georges Aperghis (Récitations, Jactations…). Afin de renouveler les apparats de l’opéra-bouffe, il a par exemple, dans Les Boulingrins (2010), écrit d’après Georges Courteline, joué sur d’« inlassables répétitions, jusqu’à épuisement ». Selon le compositeur, c’est en ce sens que cette technique peut avoir le pouvoir de montrer une « mécanique musicale » qui devient « théâtrale » et qui « déclenche le rire96 ».

    24Très à l’aise dans le genre du théâtre musical (comme dans l’opéra), Georges Aperghis a mis en musique la tragédie d’un pianiste incontinent qui, de fait, ne peut pas se mettre à rire. À travers cette démarche somme toute incommodante, le musicien a voulu décortiquer le principe physique du rire selon les canons de la théorie freudienne97. La narration a consisté en effet à mettre sous tension le déclenchement terminal dont la charge accumulée était stigmatisée par le truchement d’une chute désopilante (comme dans toute bonne blague qui se respecte). Pour mettre en œuvre tous ces artifices, il s’est penché sur un texte rédigé au début des années 1970 par l’humoriste Raymond Devos, hâblerie intitulée Le rire physiologique. Conçue en 1982, la pièce d’Aperghis s’est ensuite présentée comme une mélodie-scénographie pour baryton et pianiste non muet98. Dans ce duo singulier, le prétexte humoristique est figuré autant par le statut de l’accompagnateur timide (« musicien involontaire, c’est-à-dire que le rieur fait pipi dans sa culotte… c’est le cas de mon pianiste… C’est pourquoi il ne rit pas… ») que par le contenu de la matière musicale. Ainsi que l’écrit Michel Serres, « le personnage canonique de la comédie est le malade. Il fait rire99 […] ». À ce propos, que l’on nous permette une fois de plus de mettre en perspective cette remarque bergsonienne : « Toujours humiliant pour celui qui en est l’objet, le rire est une espèce de brimade sociale100. »

    25Du point de vue scénico-sonore, le texte puis le sketch de Devos101 le fantaisiste demandaient une démonstration quasi exhaustive du catalogue sonore des différentes formes de cette « bizarrerie naturelle102 » : du geste étouffé au trait précipité staccatissimo, en passant par le micro-intervalle, le glissando, le rire mécanique et froid103, le rire silencieux, le rire chanté (comme à l’opéra104, l’opérette ou dans les mélodies de Franz Liszt ou les lieder de Hugo Wolf), en voix de fausset ou sur le souffle, ou même le spasme convulsif ou douloureux qui hoquette. Bien entendu, dans de telles circonstances, le rire artificiel (figuré) ne pouvait que déclencher symptomatiquement la véritable alacrité du public, « irrésistible et subite105 ».

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    Exemple 4. Jeux de rôles extraits des dernières mesures du Rire physiologique de Raymond Devos et Georges Aperghis écrit pour baryton et piano (Paris, Éditions Salabert, 1983, p. 11).

    26Ici, l’artifice d’écriture de l’effet comique est entièrement mis au service du drâma106. Nous avons affaire, par exemple, à des rythmes complexes irrationnels, à des appogiatures affectant la binarité basique de la mesure ou à des gestes figuralistes accusant à l’envi la volonté scénographique (temps de silence laissé au jeu scénique, écriture syncopée du piano en rapport avec l’exposition du rire saccadé du chanteur, claquement de couvercle du clavier dans les états de chaude fureur, ou polyrythmie tambourinée des doigts sur le couvercle fermé du piano pour marquer des signes d’impatience mal contenue). Là aussi, entre nature et culture, la loi bergsonienne se vérifie : « Est comique tout arrangement d’actes et d’événements qui nous donne l’une dans l’autre, l’illusion de la vie et la sensation nette d’un agencement mécanique107. »

    27Mais si « l’illusion de la vie » a été l’apanage de l’art de John Cage108, en revanche, « l’agencement mécanique » de l’effet comique (et de l’ennui complémentaire) a été étudié par Tom Johnson, notamment dans ses opéras. Ainsi, pour Riemannoper (1988), le compositeur théoricien a simplement et quasi innocemment mis en musique des définitions de termes musicaux issus du Riemann Musik Lexicon. Dans Un’ Opera italiana (1991, 2006), entre disputes et dérisions, entre jurons et lieux communs, entre satires et citations, l’orchestre s’emploie à rendre largement hommage aux grands styles ultramontains (de Monteverdi à Verdi). L’auteur de Paddeln (1987) – une pièce radiophonique plutôt cocasse – s’est un jour demandé « si l’humour n’est pas lié à la logique, la logique est amusante […] mais cela n’est pas dû seulement à la mécanique. Le texte, la mise en scène font aussi rire […] il y a eu onze traductions différentes de L’Opéra de quatre notes [1972], la dernière en coréen. Il le faut, sinon on perd l’humour […]. Il est vraiment important d’avoir une bonne traduction pour que le public comprenne la blague. La traduction espagnole utilisée à Valencia n’est pas tout à fait celle utilisée à Madrid109 », tenait à préciser ce performeur américain vivant à Paris.

    28Enfin, à l’échelon spectaculaire, citant allègrement Le bon roi Dagobert (en trois vitesses superposées et présentations différentes), l’Agrexandrin no 14 (1974) d’Alain Louvier écrit pour six mains110 demande aux pianistes (une fille entourée de deux garçons de préférence) des jeux d’attitude et de connivence, des gestes événementiels inattendus, renforçant ainsi une part circonstanciée et non négligeable de théâtre musical d’aura parfois comique. Par exemple, dans cette page à vocation pédagogique, le rapport aux bras prend une grande importance, même en dehors du clavier111. Au travers de cet ordre comportemental, accusant des éléments de surprise, y compris sur le plan visuel, la courte partition doit déclencher in fine l’effondrement spectaculaire de la demi-douzaine d’avant-bras sur le total des touches d’ébène et d’ivoire du piano ! L’auteur de Diabolus in musica (1975) pour « pianiste conférencier », « violoniste acrobate » et « violoncelliste assis » ne déclarait-il pas, à propos du rire en musique :

    […] il y a un comique au premier degré (les clowns) et puis, il y a le gag musical qui fait appel à un niveau culturel plus élevé. Cela me fait beaucoup rire car je suis musicien […]. Musicien et comique, cela ne va pas ensemble. Il y a des œuvres comiques mais pas de musiciens comiques, bien que les textes de Satie soient très drôles, Kagel très grinçants, et Chabrier joyeux. La musique pure peut tout au plus faire sourire. Pour faire rire, il faut de la mise en scène112 […].

    L’image sonore « défigurée »

    29L’humour en musique peut également se montrer sous un prétexte situationnel inclus dans un contexte fantaisiste. Dans ce cadre, les concerts de « musique contemporaine » de la cantatrice Cathy Berberian présentaient dans les années 1960-1970 des matériaux extra-vocaux d’obédience avant-gardiste (grâce notamment aux recherches expérimentales menées par son époux, le compositeur Luciano Berio). Élargissant à foison la palette élémentaire dans le domaine des cris et chuchotements, elle s’est également intéressée à la gestuelle en lui accordant un crédit proprement musical. Elle a même composé quelques pièces amusantes comme Stripsody (1966), Morsicat (h) y (1971), Awake and Read Joyce (1972) ou Anathema con variaziono (1972)113. Un journaliste italien voyait au travers des récitals de la diva de la nuova vocalità toute une engeance bigarrée à l’envergure dédaléenne : « C’est du théâtre : grotesque, kitsch, ironie et humour, désacralisation, démythification, boutade pour les raffinés, cabaret, genre classique, imitation, disponibilité, bel canto ou presque, grimace, poésie, intelligence, sensibilité, musicalité, plaisanterie et hilarité114 », pouvait-on lire dans les années 1970 dans les colonnes du Giorno.

    30Inclassable et baroque par nature, Cathy Berberian a su injecter tout l’hédonisme qui l’habitait et qu’elle extériorisait lors de ses spectacles inhabituels consacrés aussi bien aux récitatifs de Claudio Monteverdi qu’aux chansons des Beatles (une des prestations a mis par exemple au programme Ticket to Ride de John Lennon et Paul McCartney dans l’interprétation d’« une cantatrice d’oratorio de Haendel dans les provinces anglaises115 »). Déjà, en 1965, la plasticité de sa voix (ses voix116) avait servi de point de départ à une fresque intrigante fondée sur un texte anglais117 de Markus Kutter, défiguré sonorement (car pulvérisant parfois les mots en éclats de syllabes ou en gerbes de consonnes) par Luciano Berio. L’opus ultramoderne intitulé Sequenza III fait à présent partie des grands classiques de la littérature soliste pour voix féminine. Développé par le biais d’une écriture plutôt rigoureuse, le solipsisme vocal a cristallisé une composition libre d’après un modèle prototypique. En effet, plaçant en filigrane référentiel la figure mythique du grand clown Grock (comme pour la Sequenza V), le compositeur italien a inscrit comme thème fondamental de son œuvre, celui de l’hilarité stylisée. « Car en fait, il n’y a pas tellement de différence entre une femme californienne qui rit à pleine voix et une soprano léger coloratura118 », soutenait-il.

    31Enfin, l’humour peut parfois être présenté comme une arme braquée contre l’horreur et faire feu de tout lazzi. Le surréaliste Jacques Vaché désignait ainsi « umour » cette forme d’« inutilité théâtrale (et sans joie) de tout119 ». Mentionnons à cet égard ces spectacles de cabaret, d’opérette, de musique légère, de chansons, de sketches, de blagues et de scènes de théâtre qui avaient pour but de distraire les militaires allemands mais aussi les prisonniers dans la plupart des camps de concentration (Westerbork, Neuengamme, Buchenwald, Dachau, Birkenau, etc.) lors de la Seconde Guerre mondiale. Parmi ces réjouissances douces-amères fondées de bric et de broc sur des dialogues burlesques et sur des timbres musicaux connus de tous – technique de pastiches de chansons populaires (Au clair de la lune) ou d’opéras célèbres (J’ai perdu mon Eurydice de Glück120) afin de pouvoir vite déchiffrer et mémoriser sur-le-champ –, évoquons le cas du Verfürgbar aux enfers, « opérette-revue » écrite à Ravensbrück, en octobre 1944, par l’ethnologue Germaine Tillon. Fondé librement d’après l’opéra-bouffe Orphée aux enfers de Jacques Offenbach (qui était lui-même une espèce de caricature de l’Orphée et Eurydice de Christophe Willibald Glück), le livret en trois actes qui était destiné en premier lieu à remonter le moral de ses codétenues (autrement dit à « amuser les filles121 »), se présentait comme une satire grinçante de la vie quotidienne de l’internement. Citons juste parmi tant de répliques mimées et chantées : « Un camp modèle avec tout le confort, eau, gaz, électricité » ; « Gaz surtout », répondait le chœur ! À bon droit, le compositeur Bruno Giner a remarqué que cette forme d’humour caustique apparaissait « comme un moyen de défense, une prise de distance nécessaire et vitale pour survivre dans l’enfer122 ».

    Pour une philosophie du rire en musique

    32Selon Paul Valéry, « tout le corps humain présent sous la voix, est support, condition d’équilibre de l’idée123 ». Parmi maints exemples contrastés au travers du mystère de l’art, le rire est donc à considérer comme élément primordial de la sensibilité et de la corporéité humaine. Mais il ne faut pas confondre processus d’élaboration savante et recette pour l’entertainment124. Edgard Varèse avait à cet égard prévenu son entourage : « il nous faut faire la différence entre l’art et le spectacle : l’un s’adresse à l’esprit, l’autre aux sens125 ». Néanmoins, que ce soit en tant que simple matériau phonique (artistique) ou en tant qu’élément volontairement figuraliste (spectaculaire), l’amateur de musique « contemporaine » tirera profit de la potentialité dynamico-sonore du rire dans maintes partitions – en dehors des œuvres déjà mentionnées, relevons : Visage (1961)126 de Luciano Berio, Momente (1962) de Karlheinz Stockhausen, Fragments pour Artaud (1970) de Pierre Henry, Java Rosa (1972) de Françoise Barrière, Clair-obscur (1979) de Roger Tessier, Les Chants de l’Amour (1982-1984) de Gérard Grisey, Powder Her Face (1996) – première scène de l’opéra de Thomas Adès, ou la pièce radiophonique Diablorence (1996) de Pierre Mariétan127…

    33À l’instar de la présence de « cris expressifs de la vie violente128 » dans l’art, la présente étude a voulu offrir quelques jalons « pour une philosophie du rire » en musique. Elle a ainsi tenu à survoler plusieurs champs expérimentaux situationnels (le « grotesque » de Florence Foster Jenkins, le « burlesque » de Cathy Berberian)129, les circonstances présentant une des catégories freudiennes de l’humour, en l’occurrence « celle où quelqu’un dirige l’attitude humoristique vers sa propre personne130 ». L’observation, certes non exhaustive, a tenu également à embrasser divers conditionnements plus ou moins hybrides, allant du « rire instrumental » (chez Levinas) au « rire physiologique » (chez Aperghis), en passant par le « rire musical » (chez Tessier), le « rire diabolique » (chez Varèse), le « rire érotique » (chez Schaeffer-Henry), le « rire convulsif » (chez Berio) ou même le « rire jaune » (chez Germaine Tillon)… À l’évidence, face à toutes ces contingences de « figuralité », la déviation de contexte est restée la plus importante de toutes les catégories embrassées.

    34Prenons encore deux exemples en relation avec la condition verbale en ayant en mémoire l’analyse de Mikhaïl Bakhtine. Le théoricien russe a en effet montré en 1979 que « l’auditeur qui reçoit et comprend la signification d’un discours, adopte simultanément, par rapport à ce discours, une attitude responsive active131 ». Voyez alors l’apparition soudaine du mot « beau » en plein charabia pantomimique des Jactations (2001) pour baryton de Georges Aperghis (ce seul mot compréhensible faisant alors rire le public132) ou, à l’inverse, entendez le marmonnement incompréhensible de la violoncelliste au cœur de la fable en duo (avec texte en français) intitulée Espoir (2008) de François Sarhan (la phase baragouinée déclenchant alors de la même manière l’hilarité des spectateurs133). En fait, pour soi-même ou pour les autres134, pour adultes ou pour enfants135, avec textes ou sans paroles136, tout concourt à la même prise de conscience du sens esthétique137 de l’humour en musique138. Car, entre manifestation et immanence139, conjuguant les vertus du fait musical avec les critères de l’acte humoristique, l’entité sonore englobe et présente une pluralité d’actions en faveur d’un art de l’instant (références à la théâtralité inhérente au monde sonore en général ou à la voix et au geste en particulier140).

    35Bien entendu, à l’instar du bruit et de la musique141, le rire de l’un peut être le pleur de l’autre, et réciproquement. Souvenons-nous que Morbido Symphonie (2005), la dernière œuvre de Luc Ferrari pour quinze instruments et sons mémorisés, était « aussi bien morbide que morbido », et par ailleurs, selon l’intention du compositeur, « très drôle142 ». Ainsi, selon la philosophie de Maurice Merleau-Ponty, chaque expression (chaque manifestation, chaque signification) dépend de notre être sensible en tant que « sujet charnel143 ». Dans ces conditions de perception, de cognition et d’émotion144, les critères humoristiques de la musique « contemporaine » exhortent à privilégier soit la naturalité orgasmique145, soit le caractère intellectualisé146 des formants élémentaires en présence (sonores ou visuels). Dans ce contexte particulier, l’artiste a de ce fait la possibilité de favoriser tantôt l’intentionnalité d’un message rationnel ou absurde (spectaculaire, la situation est d’emblée risible147), tantôt la focalisation sur ce que Blumenberg appelle les éléments d’une « métaphorologie148 » (dans ce cas, artistique, l’éclat du rire sert de fondement figuré à un relief musical parfois non comique). Mais, dans la plupart des cas, comme le chante le poète Henri Michaux, la musique reste le « médicament de l’humeur149 ».

    36Éristique à bien des égards, Luciano Berio, déplaçant ingénument le curseur d’appréciation qualitative du donné sonore, a répondu un jour que « la musique est tout ce que l’on écoute avec l’intention d’écouter de la musique150 ». En serait-il ironiquement de même pour la place de l’humour dans la musique « contemporaine » ?

    « Je ris, sans objet, je ris de rire – langoureusement. »
    (Pierre Henry, Journal de mes sons151)

    Notes de bas de page

    1 Sigmund Freud, L’inquiétante étrangeté et autres essais, Paris, Gallimard, 1985, p. 328.

    2 « Le parasite, le brouillage du sens ou des voix, est donc cette excitation même, ou celui qui l’obtient. Le parasite est toujours un excitateur », Michel Serres, Le parasite, Paris, Grasset, 1980, p. 258. Sur le thème de la « parasitose sonore », prière de lire Pierre Albert Castanet, Tout est bruit pour qui a peur – Pour une histoire sociale du son sale, Paris, Michel de Maule, 2007, p. 105-106.

    3 À l’entrée parasiter, le dictionnaire indique : « vivre aux dépens de », Le Petit Robert, Paris, Société du nouveau Littré, 1972, p. 1230.

    4 « Sans doute faut-il d’abord se dépouiller des distinctions arbitraires ou abstraites qui opposent le comique, l’humour, la dérision, le grotesque », Jean Duvignaud, Le propre de l’homme – Histoire du comique et de la dérision, Paris, Hachette, 1985, p. 13. En outre, Paul Valéry notait que « le mot humour est intraduisible. S’il ne l’était pas, les Français ne l’emploieraient pas. Mais ils l’emploient précisément à cause de l’indéterminé qu’ils y mettent », Paul Valéry, « Réponse à une enquête sur l’humour », Aventure, novembre 1921.

    5 Cf. Guy Debord et Gil J. Wolman, « Mode d’emploi du détournement », Les lèvres nues, mai 1956.

    6 Cf. Patrick Chamoiseau et Édouard Glissant, L’intraitable beauté du monde, Paris, Galaade, 2007, p. 36.

    7 Cf. notre introduction aux journées d’étude sur L’humour de l’art donnée à l’université de Rouen le 10 février 2015.

    8 Tristan Tzara, Dada est tatou. Tout est Dada, Paris, Flammarion, 1996, p. 245.

    9 Eduard Hanslick, Du beau dans la musique, Paris, Minerve, 1986, p. 95.

    10 Cf. Robert Escarpit, L’humour, Que sais-je ?, no 877, Paris, PUF, 1967. Lire également : Michel Melot, L’œil qui rit. Le pouvoir comique des images, Paris, Bibliothèque des Arts, 1975. En complément : Marta Sironi, Ridere dell’arte. L’arte moderna nella grafica satirica europea tra otto e novecento, Milan, Mimesis, 2012.

    11 Jean Duvignaud, Rire, et après. Essai sur le comique, Paris, Desclée de Brouwer, 1999, p. 27.

    12 Dans la Revue illustrée de 1885, Maurice Barrès remarquait qu’une certaine « gaieté » de la musique se perdait : « L’opérette maintenant n’est plus qu’un petit opéra-comique insupportable », propos repris par Guy Bernard, L’art de la musique, Paris, Seghers, 1967, p. 407.

    13 À commencer peut-être par L’Heure espagnole (1907, créé en 1911) de Maurice Ravel, œuvre conçue sur un livret amusant de Franc-Nohain. Désirant « régénérer l’opéra bouffe italien », cette « fantaisie cocasse » n’a nullement omis de faire figurer des traits de « lyrisme ridicule » accusés par l’exagération orchestrale de divers « effets comiques », notait le compositeur, propos consignés par Guy Bernard, L’art de la musique, op. cit., p. 656-657. Notons ensuite la partition tragicomique de Renard (1916- 1917) signée par Igor Stravinsky. Dans cette « fantaisie burlesque chantée et jouée », le conte populaire russe écrit d’après Afanassiev a mis à flot les dichotomies archétypiques existant entre le dramatique et l’humoristique, le bien et le mal, le loyal et le traître, l’ingénu et le rusé, le trompeur et le trompé… Ici, « le déroulement musical se plie à la nécessité et n’exhorte plus à la résistance. La musique adhère à l’action du sort », Hugues Dufourt, « Permanence de Stravinsky », La musique spectrale. Une révolution épistémologique, Sampzon, Delatour, 2014, p. 114.

    14 Ou même Alphonse Allais : voir par exemple sa Marche funèbre composée pour les funérailles d’un grand homme sourd en 1897, qui montre une partition constellée de silences : ce Lento rigolando n’est en effet concentré que sur une présence exclusive de pauses aérant à l’envi les mesures figurant sur les portées musicales, cf. Kyle Gann, No Silence, Paris, Allia, 2014, p. 100.

    15 « Que contient donc la musique ? Pas autre chose que des formes sonores en mouvement », répondait Eduard Hanslick, Du beau dans la musique, op. cit., p. 94.

    16 À ce propos, ce dernier écrit en 1969 que la musique « n’exprime rien directement. Elle peut suggérer, susciter un sentiment, un état d’âme, toucher le subconscient, agrandir les facultés oniriques, et ce sont là d’immenses pouvoirs : elle ne peut absolument pas “dire”, informer avec précision », Olivier Messiaen, « Le langage communicable », livret du CD ECD 71594, Paris, Erato Disques, 1973, p. 16.

    17 Expression de Théodore Stravinsky parue dans Le message d’Igor Stravinsky, Lausanne, Édition Rouge, 1948 et reprise par la suite par Michel Philippot, Igor Stravinsky, Paris, Seghers, 1965, p. 156.

    18 Igor Stravinsky, Chroniques de ma vie, Paris, Denoël/Gonthier, 1962, p. 63. Pour sa part, Merleau-Ponty n’écrivait-il pas que la musique était « trop en deçà du monde et du désignable pour figurer autre chose que des épures de l’Être, son flux et son reflux, sa croissance, ses éclatements, ses tourbillons » ? Maurice Merleau-Ponty, L’œil et l’esprit, Paris, Folio Gallimard, 1964, p. 16.

    19 Erik Satie, in O. Volta (dir.), Erik Satie – Écrits, Paris, Champ libre, 1977, p. 158.

    20 Expression de Pierre Boulez parue dans Éventuellement, Relevés d’apprenti, Paris, Seuil, 1966, p. 172.

    21 Tentant de cerner une notion d’« image sonore », Francis Courtot a montré que des fulgurances acoustiques peuvent par exemple acquérir « le statut de figure lorsqu’elles véhiculent un sens formel précis », Francis Courtot, « Mots et notes, présence et figures », in Marta Grabócz (dir.), Les modèles dans l’art, Strasbourg, PUS, 1997, p. 124.

    22 Si certains ont entendu sans problème des bombes exploser dans ce thrène polonais, d’autres, comme Jean Roy, ont, par exemple, « songé aux activités d’un port » en écoutant Intégrales d’Edgard Varèse, propos cités par Odile Vivier, Varèse, Paris, Seuil, coll. « Solfèges », 1973, p. 67. Que penser également des impressions de Jacques Lacarrière entendant Nuits de Iannis Xenakis ? En effet, au sein du groupe vocal, l’écrivain entendait des « appels de louves, répons de loups », des « piaillements de musaraignes affolées, de bêtes terrorisées par l’éclipse des astres », Jacques Lacarrière, Ce bel aujourd’hui, Paris, Lattès, 1989, p. 226-227. Par ailleurs, Cathy Berberian a raconté qu’après une audition de Visage (1961) pour voix et électronique de Luciano Berio, une dame était venue lui dire : « Vous savez, Madame, quand j’écoutais cette bande, il m’a semblé qu’il y avait une femme qui paraissait avoir un orgasme », cf. Jean-Noël von der Weid, Le flux et le fixe, Paris, Fayard, 2012, p. 120.

    23 Cf. Pierre Albert Castanet, « Le comique en musique : les figurations de l’image sonore », in Christian Rolot et Francis Ramirez (dir.), Cinéma, le genre comique, Montpellier, Université Paul-Valéry, 1997, p. 195-208.

    24 Rappelons par exemple que pour l’interprétation de Stimmung (1968), écrit pour six vocalistes par Karlheinz Stockhausen, le compositeur a demandé que les textes poétiques soient dits, « sans pathos, avec calme […] avec un peu d’humour et des gestes descriptifs des mains », Karlheinz Stockhausen, cité par Wolfgang Fromme, « Avant-propos », Stimmung – Pariser Version, Vienne, Universal Edition, 1969, p. xxiv.

    25 « Un mot ou une image sont symboliques lorsqu’ils impliquent quelque chose de plus que leur sens évident et immédiat », Carl G. Jung, L’homme et ses symboles, Paris, Robert Laffont, 1964, p. 20-21.

    26 « Figuration » ou « figurabilité » : traduction possible du terme freudien Darstellbarkeit désirant représenter – sans le recours de la verbalisation – ce qui ne l’est pas de prime abord, par exemple en campant un personnage, en suggérant un état psychologique, en ayant recours à une mise en scène… Cf. Sigmund Freud, « Darstellbarkeit », Studienausgabe, Frankfurt, Fischer Verlag, 1969, vol. 2. Rappelons qu’en musique il est d’usage d’employer le terme de « figuralisme » pour désigner « la traduction musicale des images du texte par des moyens analogiques », cf. Larousse de la musique, Paris, Librairie Larousse, 1982, vol. 1, p. 584.

    27 « Si l’on admet qu’une pratique musicale dans une société donnée se fonde sur une hiérarchie de critères, avec un critère de pertinence dominant, ne va-t-on pas, dès que l’on sort de cette pratique pour aller à la pratique “à côté”, commettre nécessairement un contresens ? […] Il y a un contresens nécessaire et fondamental qui est la condition même du fonctionnement de l’objet musical », évoquait Jean Molino lors de l’émission Les fonctions de la musique diffusée sur France Culture, en 1976, propos consignés ensuite dans « Apologie du contresens », Musique en Jeu, no 31, Paris, Seuil, mai 1978, p. 84.

    28 Il s’agit du passage figurant à la page 217 de la partition parue chez Durand à Paris.

    29 « La joie est donc le symptôme d’un Plus : la joie est à la lettre l’état de grâce, c’est-à-dire l’efférence purement créatrice sans contrecoup, ni arrière-pensées ni retours de réflexion », Vladimir Jankélévitch, Henri Bergson, Paris, PUF, 1959, p. 249-250.

    30 Saint Augustin, « Commentaire du Psaume 99 », Prier Dieu : Les Psaumes, Paris, Le Cerf, 1982, p. 189.

    31 Cf. Essence, caractères et matière de l’humourisme, Choix d’essais, Paris, Denoël, 1968, p. 68. En outre, dans Le comte de Lautréamont et Dieu, Léon Paul-Quint n’écrivait-il pas que l’humour se présentait comme une manière d’affirmer « une révolte supérieure de l’esprit » (Les Cahiers du Sud, 1930) ?

    32 Paris, Salabert, 1981. Cette œuvre est enregistrée sur CD, Adès no 14.072-2, 1989.

    33 Initiée à l’IRCAM (Paris), cette technique sera réitérée pour obtenir un son hybride (voix/cymbale tournoyante) figurant le rire d’Akaki, au début de l’opéra Go-Gol (1996). Comme dans Préfixes (1991), cet esclaffement bigarré est à déclencher à partir d’un clavier échantillonneur placé au sein de l’orchestre. À noter que dans un texte prononcé à Darmstadt en juillet 1982 qui parle du concept d’« harmonisation du rire », le compositeur a inventorié les sons, « parents du rire », enregistrés sur la bande magnétique des Rires du Gilles, Michael Levinas, « Qu’est-ce que l’instrumental ? », in Pierre Albert Castanet et Danielle Cohen-Levinas (dir.), Le compositeur trouvère, Paris, L’Harmattan, 2002, p. 36.

    34 Levinas cite à ce sujet La Symphonie fantastique d’Hector Berlioz et Till Eulenspiegel de Richard Strauss, Michael Levinas, Le compositeur trouvère, op. cit., p. 393.

    35 « Les esthéticiens n’ont pas su reconnaître dans toute sa plénitude le beau vivant dans la musique pure ; c’est, en grande partie, parce qu’ils ont trop rabaissé le sensoriel au profit de la morale et du sentiment, comme Hegel l’a rabaissé au profit de l’idée », Eduard Hanslick, Du beau dans la musique, op. cit., p. 95.

    36 Propos recueillis par Georges Charbonnier, Varèse, Paris, Belfond, 1970, p. 48-49.

    37 Op. cit., p. 57.

    38 Pour l’anecdote humoristique, rappelons ces lignes insérées par Francis Picabia dans le Bulletin Dada du 5 février 1920 : « Edgard Varèse continue à prendre des glaces pour soigner sa blennorragie. Le robinet froid vient d’être acheté pour le jardin des Plantes », texte publié dans Dada Zurich Paris 1916-1922, Paris, J.-M. Place, 1981, p. 217. Pour donner une idée de l’humour qui courait en ce début d’années vingt, notons aussi cette injonction (pré-fluxiste) de Tzara parue dans la revue Schammade publiée à Cologne : « Musiciens, cassez vos instruments aveugles sur la scène », texte repris dans Tristan Tzara, Dada est tatou. Tout est Dada, op. cit., p. 215.

    39 Voir la mesure 283, page 58 de la partition publiée par Colfranc, à New York, en 1973.

    40 Propos varésiens cités par Odile Vivier, Varèse, op. cit., p. 35.

    41 Dans un genre moins sérieux, relevons que la matière sonore du rire a bien entendu été utilisée comme fondement de chansons et même de danses : de la Rigolomanie, scie fameuse du répertoire des Cafés Concerts 1900 ou de la Polka des rieurs écrite par Bades… aux célèbres refrains facétieux assénés par Henri Salvador dans les années 1970, ou à certains enregistrements de Georges Brassens ou de Frank Zappa… Karen Blixen raconte même qu’un chant traditionnel africain faisait rire à la fois le chanteur et les spectateurs à cause de son épopée loufoque ; Karen Blixen, La ferme africaine, Paris, Gallimard, 2005, p. 226.

    42 Parmi le contenu des six catégories russoliennes, citons : 1. Grondements, mugissements… 2. Sifflements, ronflements, renâclements… 3. Murmures, marmonnements, grommellements, grognements… 4. Stridences, bourdonnements… 5. Percussions… 6. Cris, gémissements, hurlements, rires, râles, sanglots… Cf. Luigi Russolo, L’art des bruits, Lausanne, L’Âge d’Homme, 1975, p. 40-41.

    43 Pierre Henry, « Deux coups de sonnette… », Journal de mes sons, Arles, Actes Sud, 2004, p. 55.

    44 « La musique ne peut avoir un sens que par rapport aux cris, au rire, au sexe, à la mort », Pierre Henry, « Pour penser à une nouvelle musique », Journal de mes sons, op. cit., p. 100.

    45 Remarquons que, s’agissant des premières pièces de « musique concrète », Pierre Boulez a évoqué des « fantaisies d’humour douteux », Pierre Boulez, « (Musique) concrète », Encyclopédie de la musique, Paris, Fasquelle, 1961, t. 3, p. 577.

    46 Avec la voix de Cathy Berberian.

    47 Pièce réalisée avec la complicité de la vocaliste Élise Caron.

    48 « Riez durant une semaine », peut-on lire sur la brève partition verbale intitulée Œuvre Rire de Yoko Ono, opus écrit durant l’hiver 1961, Yoko Ono, Pamplemousse, Paris, Textuel, 2004, p. 27.

    49 Nous songeons aussi au Scherzo de la Symphonie no 1 opus 38 dite « Le Printemps » (1841) de Robert Schumann. En effet, inspiré par un poème d’Adolf Böttger, ce troisième mouvement, n’avait-il pas été primitivement sous-titré « Rires et jeux » (cf. Alfred Einstein, La musique romantique, Paris, Gallimard, « Tel », 1959, p. 157, pour l’édition en français) ?

    50 Danielle Cohen-Levinas, La voix au-delà du chant : une fenêtre aux ombres, Paris, Vrin, 2006, p. 8.

    51 « Un indice sonore matérialisant est un aspect d’un son, quel qu’il soit, qui fait ressentir plus ou moins précisément la nature matérielle de sa source et l’histoire concrète de son émission », analyse Michel Chion, cette citation provenant du glossaire bilingue en ligne : http://michelchion.com/texts.

    52 Jean Duvignaud, B.-K. Baroque et Kitsch – Imaginaires de rupture, Arles, Actes Sud, 1997, p. 95.

    53 À cet égard, voici quelques citations mises parfois en boucle dans la coda : « Rire aux larmes », « Rire d’un miroir c’est rire de tout », « Rire est le propre de l’homme », « Celui qui ne sait pas rire ne doit pas être pris au sérieux », « On ne rit pas pour rire mais pour être applaudi »…

    54 Sur la question de la musique parodique, consulter Henri Baudin, « Comique et Musique », Cahier Comique Communication no 4, 1986, p. 77-81.

    55 Hegel avouait que l’humour peut acquérir une dimension « profonde » car, à l’instar de l’ironie, il est construit « dans la visée du dévoilement d’une vérité supérieure », Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Cours d’esthétique, t. II, Paris, Aubier, 1996, p. 218. Évoquant une part de subjectivité, le philosophe avouait aussi que « le véritable humour, qui veut se préserver de ces excroissances et exagérations, n’est compatible qu’avec une grande profondeur et richesse de l’esprit ». Par ailleurs, Duchamp parlait d’« ironisme d’affirmation : différences avec l’ironisme négateur dépendant du Rire seulement », Marcel Duchamp, Duchamp du signe, Paris, Champs Flammarion, 1994, p. 46.

    56 À l’image de Visage (1961) de Luciano Berio, l’enjeu des Aventures et des Nouvelles Aventures (1962- 1965) de György Ligeti a été, selon Jean-François Lyotard, « de libérer un rapport au parler primal, purement affectuel, antérieur à toute soumission à l’orthophonie (au “parler-droit”) ; d’exprimer la “machine sonore du corps libidinal, celle qui fabrique les soupirs, hoquets, éructations, cris, halètements, gémissements, rires, battements de lèvres, claquements de langue, sifflements, interjections, sanglots”… », propos cités par Pierre-Yves Macé en 2009 dans le webmag Accents on line de l’Ensemble intercontemporain – http://www.ensembleinter.com/accents-online/?=1461.

    57 Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Cours d’esthétique, op. cit.

    58 John Cage, Rire et se taire sur Marcel Duchamp, Paris, Allia, 2014, p. 68 (pour la version française). Duchamp attribuait un « grand pouvoir » à l’esprit humoristique : « l’humour était une sorte de sauvetage pour ainsi dire, car jusque-là l’art était une chose tellement sérieuse, tellement pontificale que j’étais très heureux quand j’ai découvert que je pouvais y introduire l’humour. Et ça a été vraiment une époque de découverte. La découverte de l’humour a été une libération », entretien avec Duchamp réalisé par Guy Viau à la Radio-Télévision canadienne, le 17 juillet 1960, http://www.toutfait.com/ issues/volume2/issue_4/interviews/md_guy/md_guy_f.html.

    59 Erik Satie, « Préface », Sports et Divertissements, Paris, Salabert, 1987, p. 1.

    60 Jean-Pierre Armengaud, Erik Satie, Paris, Fayard, 2009, p. 21.

    61 Sur le plan de la parodie, prière de consulter avec intérêt, Gérard Genette, Palimpsestes, Paris, Seuil, 1982.

    62 Ibid.

    63 Vladimir Jankélévitch et Béatrice Berlowitz, Quelque part dans l’inachevé, Paris, Gallimard, 1978, p. 157-158.

    64 Cf. Daniel Grojnowski et Bernard Sarrazin, Fumisteries. Naissance de l’humour moderne. 1870-1914, Paris, Omnibus, 2011.

    65 À la manière des proclamations négatives de Tristan Tzara, lisez la lettre qu’Erik Satie a envoyée le 8 mai 1915 à Paul Viardot dans laquelle il avoue être un compositeur d’« œuvres incohérentes » et de « fantaisies d’une rare stupidité ». La fin de la correspondance est éloquente : « Monsieur Erik Satie passe, à juste titre, pour un prétentieux crétin. Sa musique n’a aucun sens & provoque le rire & le haussement d’épaules », Erik Satie, in Ornella Volta (dir.), Erik Satie – Correspondance presque complète, Paris, Fayard/Imec, 2000, p. 209.

    66 Au critique Jean Poueigh qui avait parlé de « mauvais goût » à propos de Parade, Erik Satie écrivit le 30 mai 1917 sur une carte postale : « … ce que je sais, c’est que vous êtes un cul – si j’ose dire, un “cul” sans musique », Erik Satie – Correspondance presque complète, op. cit., p. 289. Cette déclaration épistolaire valut au gymnopédiste un procès en diffamation.

    67 Rappelons qu’après avoir écouté « De l’aube à midi sur la mer » extrait de La Mer de Debussy, Satie avait déclaré tout de go : « Ah, mon vieux, il y a surtout un petit moment, entre dix heures et demie et onze heures moins le quart que je trouve épatant ! », propos reproduits par Ornella Volta, Erik Satie, Paris, Seghers, 1979, p. 39.

    68 Francis Jourdain, Né en 76, Paris, Pavillon, 1951, p. 244. Même l’austère partition de Socrate a été considérée du vivant de Satie comme « un de ces monuments humoristiques à froid, dont la place est au Panthéon du Chat Noir », André Cœuroy, « L’Humour musical : Erik Satie », L’Ère nouvelle, 5 mai 1920.

    69 Dans ce cadre, faut-il rappeler le scandale, en 1962, du Poème symphonique pour 100 métronomes de György Ligeti ? Néanmoins, l’essayiste Alex Ross a écrit que « passé l’hilarité initiale, on réalisa la portée sous-jacente de cette nouvelle facétie », Alex Ross, À l’écoute du xxe siècle. La modernité en musique, Arles, Actes Sud, 2010, p. 624.

    70 Cf. Matthias Rebstock, Komposition zwischen Musik und Theater, Das instrumentale Theater von Mauricio Kagel zwischen 1959 und 1965, vol. 6, coll. « Sinefonia », Hofheim, Wolke Verlag, 2007.

    71 « On m’a accusé beaucoup de fois de destruction. Et d’un point de vue éthique, je dirai toujours non ; d’un point de vue logique, oui. C’est-à-dire, je fais une différence entre les deux dimensions », Mauricio Kagel, « Une panique créateur I », Musique en jeu, no 11, 1973, p. 45. Rappelons qu’Adorno écrivait que « bien que les œuvres d’art ne soient ni des concepts, ni des jugements, elles sont logiques », Theodor W. Adorno, Théorie esthétique, Paris, Klincksieck, 1989, p. 178.

    72 Le compositeur Georges Aperghis confiait qu’« il y a toujours chez Kagel une tragédie traitée sur le mode sarcastique, ironique », Georges Aperghis, « Entretien avec Philippe Albéra », Musiques en création, Genève, Contrechamps, 1997, p. 24.

    73 Expression due à Llorenç Barber à propos de l’Étude no 1 pour grand orchestre de Mauricio Kagel, texte repris dans Mauricio Kagel, Parcours avec l’orchestre, Paris, L’Arche, 1993, p. 178.

    74 « Quand je fais de la dérision, je le fais à un tel niveau de professionnalisme, que ça donne… douleur », Mauricio Kagel, « Une panique créateur II », Musique en jeu no 11, op. cit., p. 58.

    75 Au niveau des contraintes à effet comique, écoutez Anatra al sal (2000) de Lucia Ronchetti pour sextuor vocal dont cinq des voix ne peuvent chanter que par l’entremise d’une seule voyelle : mots avec O pour la soprano léger, avec A pour la contralto, I pour le contre-ténor, E pour le ténor et U pour la basse profonde. Écrit par la compositrice, le texte humoristique concerne une recette de canard au sel. Dans la troisième partie de la partition, un conflit éclate entre les protagonistes à propos de la sauce. Le texte chanté en italien – et en latin pour la basse qui tient le rôle du cuisinier – est reporté dans les pages du livret du CD Alles theater !, CD Stradivarius STR 33680, 2003, p. 35-38.

    76 Évoquant autant la composition que la dérision, autant la subversion que la décomposition, Deliège a rapproché l’attitude kagélienne du comportement de Dada, Célestin Deliège, Invention musicale et idéologies, Paris, Christian Bourgois, 1986, p. 270-271.

    77 Propos de Mauricio Kagel rapportés par Jean-Noël Von der Weid, La musique du xxe siècle, Paris, Hachette, 2005, p. 473.

    78 Henri Bergson, Le rire. Essai sur la signification du comique, Paris, PUF, 1991, p. 13.

    79 Cf. disque compact The Glory of the Human Voice, RCA Victor, CD GD61175, 1992.

    80 Fernando Caruso, livret du CD Florence Foser Jenkins – The Complete Legacy, Naxos 8120711F, 2007, p. 1.

    81 « Pour l’hommage à Grock, j’ai choisi l’instrument le plus simple, le plus naturel et quelque peu comique », propos de Luciano Berio reproduits par Ivanka Stoïanova, Luciano Berio – Chemins en musique, La Revue musicale no 375-377, 1985, p. 409-410.

    82 Voir par exemple les spectacles divertissants des années 1960-2000 émanant du studio de Spike Jones, du Festival Hoffnung, du collectif Le Quatuor, du Portsmouth Orchestra, de L’Orchestre du Splendid ou de L’Orchestre du Grand Turc… À ce sujet, relevons cette analyse sans concession de Hugues Dufourt : « La musique vulgaire, la chanson, la danse, la farce, la comédie ont toujours été des sujets d’opprobre. Les couches cultivées ont constamment perçu un signe de relâchement des mœurs dans ces genres triviaux. Une musique qui s’encanaille est un triste présage », Hugues Dufourt, « Permanence de Stravinsky », La Musique spectrale – Une révolution épistémologique, op. cit., p. 115. Dans ce sillage, Frédéric Schiffter n’a pas hésité à dire que « pour les gens sérieux – les universitaires – l’humour nuit à l’œuvre », Frédéric Schiffter, « Humour », Dictionnaire chic de philosophie, Paris, Écriture, 2014, p. 138. Ainsi, afin de légitimer la composition de gospels ou de raps raillée par la critique savante, John Adams va implorer le double spectre – cathartique et métaphorique – de la folie et de l’ironie. Il déclarera : « aux côtés de toute œuvre sombre, introspective, “sérieuse” doit apparaître le Fou – la carte violente, ironique et désirante », John Adams, Catalogue des éditions Boosey & Hawkes, Londres, Boosey & Hawkes, 2008, p. 8.

    83 Benoît Aubigny, L’ensemble vocal a cappella de 1945 à nos jours. Histoire d’une renaissance, Paris, Champion, 1998, p. 308.

    84 Propos recueillis par Gilles de Talhouët pour le site Internet du Caphi à l’université de Nantes.

    85 Mot extrait d’une correspondance datée du 23 octobre 1963 de Bernd Alois Zimmermann avec le maître de ballet Aurel von Milloss, propos consignés par Wulf Konold, Bernd Alois Zimmermann, Paris, Michel de Maule, 1998, p. 299.

    86 Jouée pitoyablement par un quatuor de contrebasses dans un registre aigu, non confortable.

    87 Expression de Bernd Alois Zimmermann relevée dans une lettre du 4 octobre 1966 adressée à John Cranko, cf. Wulf Konold, Bernd Aloïs Zimmermann, op. cit., p. 301.

    88 Dans un registre semblable, pensons entre autres aux parodies du ragtime de Scott Joplin intitulé The Entertainer et du « menuet » à la manière de Haydn, aux citations de La Poule de Jean-Philippe Rameau et du Cancan de Jacques Offenbach placés au cœur de l’opéra en deux actes Le Grand Macabre (1974-1977, rév. 1996) de György Ligeti.

    89 York Höller, « Moine et Dionysos », Contrechamps, no 5, novembre 1985, p. 74.

    90 Bernd Alois Zimmermann s’est même auto-cité avec la présence de quelques mesures du « Preludio » de son opéra Die Soldaten.

    91 Propos zimmermanniens parus dans le texte d’introduction de la Musique pour les soupers du Roi Ubu à la création. Bernd Alois Zimmermann, Intervall und Zeit, Mayence, Schott, 1974, p. 109.

    92 Opinion de Zimmermann émise au travers d’une lettre adressée à Boris Blacher le 5 mai 1967, cf. Wulf Konold, Bernd Alois Zimmermann, op. cit., p. 303-304.

    93 D’après le compte-rendu de Zimmermann consigné dans Ursula Stürzbecher, Werkstattgespräche mit Komponisten, Cologne, Gerig, 1971.

    94 « L’art radiophonique, en tant qu’art de l’interaction et des mots, peut avoir recours à cette denrée rare dans l’art actuel qu’est l’humour. Le rire apparaît alors comme un levier puissant pour la prise de conscience d’un monde que Whitehead trouve suffocant », notait Sylvain Marquis à propos de l’univers de Gregory Whitehead ; Sylvain Marquis, « “Schizophonie”, prosopopée et critique vocalisée dans l’art radiophonique actuel », in Bruno Bossis, Marie-Noëlle Masson, Jean-Paul Olive (dir.), Le modèle vocal. La musique, la voix, la langue, Rennes, PUR, 2007, p. 48.

    95 « Il faut accepter les lenteurs, les aléas, les incertitudes du comportement des sons par rapport aux images, aux textes, aux gestes », explique Georges Aperghis ; Antoine Gindt, Georges Aperghis, le corps musical, Arles, Actes Sud, 1990, p. 62. Le petit rire introduit au cœur de la Récitation no 11 n’est donc qu’un objet musical comme un autre.

    96 Propos de Georges Aperghis cités par Jérémie Szpirglas, « Sens dessus dessous », Mouvement, no 55, 2010, p. 89. Conçu pour quatre chanteurs et ensemble instrumental, cet opéra-bouffe est dédié à Jérôme Deschamps, auteur, acteur et metteur en scène dont la notoriété télévisuelle a été liée à la troupe humoristique de la « Famille Deschiens », collectif fondé par Macha Makaïeff en 1978.

    97 « L’humour serait la contribution au comique par la médiation du surmoi », Sigmund Freud, « L’Humour », L’inquiétante étrangeté et autres essais, op. cit., p. 328. En complément, voir Jean Guillaumin, « Freud entre les deux topiques : le comique après “L’Humour”, une analyse inachevée », Revue française de psychanalyse, no 4, juillet 1973, p. 632.

    98 Paris, Salabert, 1983.

    99 Michel Serres, Le parasite, op. cit., p. 373.

    100 Henri Bergson, Le rire. Essai sur la signification du comique, op. cit., p. 103.

    101 Cf. Raymond Devos, Matière à rire, Paris, Plon, 1993.

    102 Expression de Philarète Chasles désignant la connotation physiologique de l’humour. Philarète Chasles, « Humour », in William Duckett (dir.), Dictionnaire de la conversation et de la lecture, Paris, 1832, vol. 11.

    103 Comme dans la 11e Récitation (1977-1978) pour voix seule de Georges Aperghis ou Amitié (2005) pour violoncelliste récitant de François Sarhan. Auteur d’opérette (Anatole et Vélocipède en 2000 sur un livret de Jacques Roubaud) et de spectacles humoristiques (Encyclopédie du Professeur Glaçon en 2005), François Sarhan intervient lui-même dans ses shows d’inspiration surréaliste. Déconcertantes et comiques à souhait, ses Chansons-secondes (2011) pour voix n’excèdent pas le soixantième de minute…

    104 Nous pensons par exemple à l’opéra-bouffe en deux actes et un prologue intitulé Les Mamelles de Tirésias (1947) de Francis Poulenc, dédié à Darius Milhaud et fondé sur un poème de Guillaume Apollinaire…

    105 Exemple de comique remarqué dans les années 1850 par Charles Baudelaire dans le troisième chapitre de son essai intitulé « De l’essence du rire », Œuvres complètes, Paris, Robert Laffont, 1980, p. 693.

    106 Sur l’attitude humoristique ou le contexte satirique du drâma (signifiant : « action »), prière de consulter : Pierre Albert Castanet, Quand le sonore cherche noise – Pour une philosophie du bruit, Paris, Michel de Maule, 2008, p. 293.

    107 Henri Bergson, Le rire. Essai sur la signification du comique, op. cit., p. 53.

    108 Plus exactement, l’auteur de 4’33’’ disait qu’il voulait « brouiller les distinctions entre l’art et la vie », John Cage, Rire et se taire sur Marcel Duchamp, op. cit., p. 52.

    109 Bernard Girard, Conversations avec Tom Johnson, Paris, Aedam Musicae, 2011, p. 109-110.

    110 Cette pièce de quatre minutes qui clôt le Livre 2 des Agrexandrins s’intitulait primitivement Vishnou. Après la double barre de fin, on lit symboliquement (à la manière de Debussy) ce vers extrait des Romances sans paroles de Paul Verlaine : « … Et vous gesticulez avec vos petits bras ».

    111 À la lettre C, « quand il estime que le jeu a assez duré, le pianiste 1 donne une grande tape dans le dos du (de la) pianiste 2, qui lâche le pied droit en faisant bruyamment claquer la pédale. La résonance ainsi coupée, dix secondes de silence stupéfait… puis on attaque D », pouvons-nous lire dans les remarques écrites par le compositeur à même la partition, Alain Louvier, Agrexandrins, 14 pièces progressives pour piano, livre 2, Paris, Leduc, 1994, p. 29.

    112 Propos consignés par Pierre Albert Castanet, Louvier… les claviers de Lumière, Lillebonne, Millénaire III, 2002, p. 89-90. L’amateur de gags peut aussi lire dans cet ouvrage des extraits de la conférence terminale du pianiste de Diabolus in musica illustrée comme il se doit par des imitations de bruits quotidiens aux cordes frottées (p. 168-169).

    113 Cf. dans ce même volume l’article de Stéphan Etcharry, « La diva qui riait : Cathy Berberian, le rire et l’humour dans la musique des années 1960 ».

    114 Il Giorno du 19 janvier 1976.

    115 L’arrangement chant/piano était dû au compositeur hollandais Louis Andriessen.

    116 Cf. The Many Voices of Cathy Berberian, Mayence, CD Wergo no 60054-50, 1988.

    117 À propos de la charge en affect des constituants sonores de la langue anglaise de cette Sequenza, lire Pierre Albert Castanet, Tout est bruit pour qui a peur – Pour une histoire sociale du son sale, op. cit., p. 286.

    118 Propos de Luciano Berio consignés par Ivanka Stoïanova, Luciano Berio – Chemins en musique, op. cit., p. 77.

    119 Expression de Jacques Vaché issue d’Alain Rey (dir.), Dictionnaire culturel en langue française, Paris, Le Robert, 2005, t. 2, p. 1735.

    120 Lire par exemple les paroles modifiées dans : Bruno Giner, Survivre et mourir en musique dans les camps nazis, Paris, Berg International Éditeurs, 2011, p. 71-72.

    121 Propos d’Anise Postel-Vinay recueillis par Bruno Giner, ibid., p. 70.

    122 Ibid., p. 71.

    123 Paul Valéry, Œuvres, Paris, Gallimard, « La Pléiade », 1960, t. II, p. 549.

    124 De même, dans Avant-garde and Kitsch (1939), le critique d’art américain Clement Greenberg tenait déjà à faire la distinction entre modernité – « High Art » – et culture commerciale – « Low Art » –, cf. Alex Ross, À l’écoute du xxe siècle. La modernité en musique, op. cit., p. 505. Dans ce domaine, George Maciunas notait dans un des manifestes Fluxus rédigé en 1963 que « l’art-amusement » doit lutter pour « des qualités non théâtrales et mono-structurelles de l’événement naturel, simple, un jeu ou un gag. C’est la fusion de Spike Jones, du vaudeville, du gag, des jeux d’enfants et de Duchamp », texte repris dans Olivier Lussac, Fluxus et la musique, Dijon, Les Presses du réel, 2010, p. 143.

    125 Propos varésiens cités par Odile Vivier, Varèse, op. cit., p. 135.

    126 Dans son guide d’écoute de Visage de Luciano Berio, Flo Menezes a dénombré dix séquences de rires : de types « hystérique », « cynique », « ironique », « honteux »… Flo Menezes, « Un essai sur la composition verbale électronique de Visage de Berio », Quaderni di Musica/Realtà, no 30, 1993. Pour mémoire, notons que les Chinois ont distingué jusqu’à vingt-sept catégories de rires (« froid », « stupide », « orgueilleux »…) que tout bon acteur se devait de connaître, cf. Christian Poché, François-Bernard Mâche, La voix maintenant et ailleurs, Paris, Fondation Royaumont/BPI du Centre Pompidou, février 1985.

    127 Par ailleurs, dans « La règle du jeu » signée par Daniel Durney, prière de lire l’analyse de différents rires extraits de la production musicale de Georges Aperghis, article inclus dans : Antoine Gindt, Georges Aperghis, le corps musical, op. cit., p. 192-199.

    128 Expression de Tommaso Marinetti parue dans son Manifeste technique de la littérature futuriste en 1912, cf. Giovanni Lista, Marinetti, Paris, Seghers, 1976, p. 188. En complément, lire Pierre Albert Castanet, « De l’extra-vocalité dans la musique contemporaine : pour une philosophie du cri », in Béatrice Ramaut-Chevassus et Anne Damon-Guillot (dir.), Dire/Chanter : passages, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2014, p. 179-192. Rappelons aussi que les extrêmes (cris et chuchotements, rires et pleurs…) ont souvent tendance à se rejoindre. Ainsi, pour Kierkegaard, « ce rire ne serait-il qu’un malentendu et ce monde si mauvais, l’existence si malheureuse, qu’au fond rire serait pleurer ? », Søren Kierkegaard, Journal, 1839, t. II, A 373.

    129 « Là où l’humour consent, l’ironie se tient à distance, dans une posture de dénégation. L’extension du concept d’ironie peut donc être soit plus étroite que celle des notions de parodie, de caricature, de grotesque, de burlesque, etc. […], soit être au contraire plus vaste : la parodie, le recours aux registres du burlesque et du grotesque ne sont alors que les modes, les moyens et les indices d’une logique de négation ironique dont la portée les dépasse », Anne Roubet, « Ironie », in Christian Accaoui (dir.), Éléments d’esthétique musicale, Arles, Paris, Actes Sud / Cité de la musique, 2011, p. 281.

    130 Sigmund Freud, « L’Humour », L’inquiétante étrangeté et autres essais, op. cit., p. 387.

    131 Mikhaïl Bakhtine, Esthétique de la création verbale, Paris, Gallimard, 1984, p. 274.

    132 Cf. chapitre 3, in Catherine Maximoff (dir.), Georges Aperghis, Storm Beneath a Skull, DVD Ideale Audience no 9, 2006. À cet égard, rappelons que pour Aperghis « le sens ne doit pas être fermé. Quand il est trop évident, que tout est clair, on pense avoir tout compris et on rentre les antennes […]. Quand je compose, je cherche à maintenir l’auditeur dans un état de constante incertitude. Il doit rester perdu. Pas trop, naturellement, sans quoi il décrocherait totalement. C’est pourquoi je lui donne de temps en temps de petits indices […]. Ce sont d’ailleurs plus ou moins de fausses pistes », propos de Georges Aperghis cités par Jérémie Szpirglas, « Sens dessus dessous », op. cit., p. 86.

    133 Séquence visible sur YouTube.

    134 « Excédé par tous. Mais j’aime rire. Et je ne peux pas rire seul », confessait Cioran au cœur de ses Aveux et Anathèmes, Paris, Arcades Gallimard, 1987, p. 100.

    135 À propos de Momo (2002), spectacle pour enfants de Pascal Dusapin bâti sur un livret de Leigh Sauerwein, la partition « sensuelle et expressive » est conçue pour faire « rire violon et violoncelle en écho aux rires et aux aventures du Petit Momo », petit-fils d’un célèbre clown (http://www.theatreonline.com/ Spectacle/Momo/40192).

    136 Concernant ces deux cas, nous songeons d’une part au texte de Jocelyn Bonnerave qui sert le prologue de Lunfardo (2005) de Sébastien Gaxie et qui accumule blagues et jeux de mots (CD CHIN 200509), et d’autre part à la phase d’interprétation humaine de cris de singes incluse dans la Communication à une académie (2009-2010), ballet de Gaxie pour trombone soliste et ensemble…

    137 Genette n’écrit-il pas que « le comique est un prédicat esthétique » ? Gérard Genette, « Morts de rire », Figures V, op. cit.

    138 Cf. Claude Saulnier, Le sens du comique. Essai sur le caractère esthétique du rire, Paris, Vrin, 1940.

    139 Costin Miereanu a par exemple œuvré sur la notion de « fait musical » afin, d’une part, de pouvoir situer le rapport entre « manifestation et immanence », et d’autre part, « d’inscrire et d’orienter les circuits des mécanismes de pensée selon lesquels création (conception) et jeu (réalisation) fonctionnent au sein de différents types de musique », Costin Miereanu, « Textkomposition. Voie zéro de l’écriture musicale », Musique en jeu, no 13, 1973, p. 71.

    140 Pour un complément d’information, consulter le tableau synthétique de nos recherches dans Pierre Albert Castanet, « De la théâtralité de la musique, la voix contemporaine en question (Cathy Berberian, Georges Aperghis, Nguyen Tien Dao) », Musique et théâtre, Rouen, Les Cahiers du CIREM, no 4-5, juin 1987.

    141 Voir Raymond Murray Schafer, Le paysage sonore, Paris, Lattès, 1979. Rappelons le jugement de Berlioz sur l’expression sonore du peuple chinois : « Il a une musique que nous trouvons abominable, atroce, il chante comme les chiens baillent, comme les chiens vomissent quand ils ont avalé une arête. » Par ailleurs, le musicien français faisait remarquer à propos de l’étranger : « Nous rions de ses croyances, de ses mœurs, de ses arts, de sa science, de ses usages familiers même », Hector Berlioz, « Mœurs musicales de la Chine », À travers chants, Lyon, Symétrie, 2013, p. 260 et 262.

    142 Commentaires du compositeur parus dans Luc Ferrari, coll. Portraits Polychromes no 1, Paris, Institut national de l’audiovisuel, 2007 (2e éd.), p. 116. Inachevée, l’œuvre ne comporte que deux mouvements sur trois.

    143 Cf. Jean-Yves Mercury, L’expressivité chez Merleau-Ponty – Du corps à la peinture, Paris, L’Harmattan, 2000, p. 62-64.

    144 Francis Poulenc a écrit à Darius Milhaud qu’à la création de sa Sonate pour cor, trompette et trombone, en janvier 1923, sa partition « a déchaîné un immense éclat de rire suivi de hou ! hou ! hou ! parodiant le trombone », correspondance reproduite dans le texte d’Isabelle Battioni figurant dans le livret du coffret discographique Poulenc, intégrale de la musique de chambre et des œuvres vocales avec instruments, Naxos, 2007, p. 12.

    145 Au sujet de « l’éclat orgasmique » de la Sequenza III pour voix seule de Luciano Berio, consulter Guy Scarpetta, L’impureté, Paris, Grasset, 1985.

    146 « Il y a deux espèces d’émotion, l’une infra-intellectuelle, qui n’est qu’une agitation consécutive à une représentation, l’autre supra-intellectuelle, qui précède l’idée et qui est plus qu’idée, mais qui s’épanouirait en idées si elle voulait, âme toute pure, se donner un corps », analysait Henri Bergson, en 1932, dans Les deux sources de la morale et de la religion, Paris, PUF, 2008, p. 268.

    147 Pour le rapport au rationnel, nous songeons par exemple à Il suffit d’un peu d’air, « farce lyrique » de Claude Ballif composée en 1990 d’après la pièce de l’écrivain canadien Ronald Tremblay. Pour l’aspect absurde, renvoyons à de nombreux events du groupe Fluxus parmi lesquels la Composition for Nam June Paik no 5, datée du 2 janvier 1962, de George Maciunas. La partition verbale de cette composition insolite indique : « Mettre un chien ou un chat (ou les deux) dans le piano et jouer du Chopin », Nicolas Feuillie, Fluxus dixit – Une anthologie, Dijon, Les Presses du réel, 2002, p. 244, vol. 1.

    148 Dans ce cadre original, l’image initiale se montre comme racine de toute pensée conceptuelle, le procédé référentiel étant considéré « comme un authentique moyen de réaliser la saisie de contextes qui n’est pas réductible au noyau restreint de la métaphore absolue », Hans Blumenberg, Naufrage avec spectateur, Paradigme d’une métaphore de l’existence, Paris, L’Arche, 1994, p. 93.

    149 Henri Michaux, Passages, Paris, Gallimard, 1963, p. 128.

    150 Luciano Berio, Entretiens avec Rossana Dalmonte, Paris, Lattès, 1983, p. 21.

    151 Pierre Henry, « Sirius », Journal de mes sons, op. cit., p. 59.

    Auteur

    • Pierre Albert Castanet

      Université de Rouen – CNSMD de Paris
      Est compositeur, musicologue, clarinettiste, performeur. Auteur d’une douzaine d’ouvrages musicologiques, il est également professeur à l’université de Rouen et professeur associé au CNSMD de Paris. Directeur du département des Métiers de la culture (université de Rouen), il est membre titulaire de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen.

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    1 Sigmund Freud, L’inquiétante étrangeté et autres essais, Paris, Gallimard, 1985, p. 328.

    2 « Le parasite, le brouillage du sens ou des voix, est donc cette excitation même, ou celui qui l’obtient. Le parasite est toujours un excitateur », Michel Serres, Le parasite, Paris, Grasset, 1980, p. 258. Sur le thème de la « parasitose sonore », prière de lire Pierre Albert Castanet, Tout est bruit pour qui a peur – Pour une histoire sociale du son sale, Paris, Michel de Maule, 2007, p. 105-106.

    3 À l’entrée parasiter, le dictionnaire indique : « vivre aux dépens de », Le Petit Robert, Paris, Société du nouveau Littré, 1972, p. 1230.

    4 « Sans doute faut-il d’abord se dépouiller des distinctions arbitraires ou abstraites qui opposent le comique, l’humour, la dérision, le grotesque », Jean Duvignaud, Le propre de l’homme – Histoire du comique et de la dérision, Paris, Hachette, 1985, p. 13. En outre, Paul Valéry notait que « le mot humour est intraduisible. S’il ne l’était pas, les Français ne l’emploieraient pas. Mais ils l’emploient précisément à cause de l’indéterminé qu’ils y mettent », Paul Valéry, « Réponse à une enquête sur l’humour », Aventure, novembre 1921.

    5 Cf. Guy Debord et Gil J. Wolman, « Mode d’emploi du détournement », Les lèvres nues, mai 1956.

    6 Cf. Patrick Chamoiseau et Édouard Glissant, L’intraitable beauté du monde, Paris, Galaade, 2007, p. 36.

    7 Cf. notre introduction aux journées d’étude sur L’humour de l’art donnée à l’université de Rouen le 10 février 2015.

    8 Tristan Tzara, Dada est tatou. Tout est Dada, Paris, Flammarion, 1996, p. 245.

    9 Eduard Hanslick, Du beau dans la musique, Paris, Minerve, 1986, p. 95.

    10 Cf. Robert Escarpit, L’humour, Que sais-je ?, no 877, Paris, PUF, 1967. Lire également : Michel Melot, L’œil qui rit. Le pouvoir comique des images, Paris, Bibliothèque des Arts, 1975. En complément : Marta Sironi, Ridere dell’arte. L’arte moderna nella grafica satirica europea tra otto e novecento, Milan, Mimesis, 2012.

    11 Jean Duvignaud, Rire, et après. Essai sur le comique, Paris, Desclée de Brouwer, 1999, p. 27.

    12 Dans la Revue illustrée de 1885, Maurice Barrès remarquait qu’une certaine « gaieté » de la musique se perdait : « L’opérette maintenant n’est plus qu’un petit opéra-comique insupportable », propos repris par Guy Bernard, L’art de la musique, Paris, Seghers, 1967, p. 407.

    13 À commencer peut-être par L’Heure espagnole (1907, créé en 1911) de Maurice Ravel, œuvre conçue sur un livret amusant de Franc-Nohain. Désirant « régénérer l’opéra bouffe italien », cette « fantaisie cocasse » n’a nullement omis de faire figurer des traits de « lyrisme ridicule » accusés par l’exagération orchestrale de divers « effets comiques », notait le compositeur, propos consignés par Guy Bernard, L’art de la musique, op. cit., p. 656-657. Notons ensuite la partition tragicomique de Renard (1916- 1917) signée par Igor Stravinsky. Dans cette « fantaisie burlesque chantée et jouée », le conte populaire russe écrit d’après Afanassiev a mis à flot les dichotomies archétypiques existant entre le dramatique et l’humoristique, le bien et le mal, le loyal et le traître, l’ingénu et le rusé, le trompeur et le trompé… Ici, « le déroulement musical se plie à la nécessité et n’exhorte plus à la résistance. La musique adhère à l’action du sort », Hugues Dufourt, « Permanence de Stravinsky », La musique spectrale. Une révolution épistémologique, Sampzon, Delatour, 2014, p. 114.

    14 Ou même Alphonse Allais : voir par exemple sa Marche funèbre composée pour les funérailles d’un grand homme sourd en 1897, qui montre une partition constellée de silences : ce Lento rigolando n’est en effet concentré que sur une présence exclusive de pauses aérant à l’envi les mesures figurant sur les portées musicales, cf. Kyle Gann, No Silence, Paris, Allia, 2014, p. 100.

    15 « Que contient donc la musique ? Pas autre chose que des formes sonores en mouvement », répondait Eduard Hanslick, Du beau dans la musique, op. cit., p. 94.

    16 À ce propos, ce dernier écrit en 1969 que la musique « n’exprime rien directement. Elle peut suggérer, susciter un sentiment, un état d’âme, toucher le subconscient, agrandir les facultés oniriques, et ce sont là d’immenses pouvoirs : elle ne peut absolument pas “dire”, informer avec précision », Olivier Messiaen, « Le langage communicable », livret du CD ECD 71594, Paris, Erato Disques, 1973, p. 16.

    17 Expression de Théodore Stravinsky parue dans Le message d’Igor Stravinsky, Lausanne, Édition Rouge, 1948 et reprise par la suite par Michel Philippot, Igor Stravinsky, Paris, Seghers, 1965, p. 156.

    18 Igor Stravinsky, Chroniques de ma vie, Paris, Denoël/Gonthier, 1962, p. 63. Pour sa part, Merleau-Ponty n’écrivait-il pas que la musique était « trop en deçà du monde et du désignable pour figurer autre chose que des épures de l’Être, son flux et son reflux, sa croissance, ses éclatements, ses tourbillons » ? Maurice Merleau-Ponty, L’œil et l’esprit, Paris, Folio Gallimard, 1964, p. 16.

    19 Erik Satie, in O. Volta (dir.), Erik Satie – Écrits, Paris, Champ libre, 1977, p. 158.

    20 Expression de Pierre Boulez parue dans Éventuellement, Relevés d’apprenti, Paris, Seuil, 1966, p. 172.

    21 Tentant de cerner une notion d’« image sonore », Francis Courtot a montré que des fulgurances acoustiques peuvent par exemple acquérir « le statut de figure lorsqu’elles véhiculent un sens formel précis », Francis Courtot, « Mots et notes, présence et figures », in Marta Grabócz (dir.), Les modèles dans l’art, Strasbourg, PUS, 1997, p. 124.

    22 Si certains ont entendu sans problème des bombes exploser dans ce thrène polonais, d’autres, comme Jean Roy, ont, par exemple, « songé aux activités d’un port » en écoutant Intégrales d’Edgard Varèse, propos cités par Odile Vivier, Varèse, Paris, Seuil, coll. « Solfèges », 1973, p. 67. Que penser également des impressions de Jacques Lacarrière entendant Nuits de Iannis Xenakis ? En effet, au sein du groupe vocal, l’écrivain entendait des « appels de louves, répons de loups », des « piaillements de musaraignes affolées, de bêtes terrorisées par l’éclipse des astres », Jacques Lacarrière, Ce bel aujourd’hui, Paris, Lattès, 1989, p. 226-227. Par ailleurs, Cathy Berberian a raconté qu’après une audition de Visage (1961) pour voix et électronique de Luciano Berio, une dame était venue lui dire : « Vous savez, Madame, quand j’écoutais cette bande, il m’a semblé qu’il y avait une femme qui paraissait avoir un orgasme », cf. Jean-Noël von der Weid, Le flux et le fixe, Paris, Fayard, 2012, p. 120.

    23 Cf. Pierre Albert Castanet, « Le comique en musique : les figurations de l’image sonore », in Christian Rolot et Francis Ramirez (dir.), Cinéma, le genre comique, Montpellier, Université Paul-Valéry, 1997, p. 195-208.

    24 Rappelons par exemple que pour l’interprétation de Stimmung (1968), écrit pour six vocalistes par Karlheinz Stockhausen, le compositeur a demandé que les textes poétiques soient dits, « sans pathos, avec calme […] avec un peu d’humour et des gestes descriptifs des mains », Karlheinz Stockhausen, cité par Wolfgang Fromme, « Avant-propos », Stimmung – Pariser Version, Vienne, Universal Edition, 1969, p. xxiv.

    25 « Un mot ou une image sont symboliques lorsqu’ils impliquent quelque chose de plus que leur sens évident et immédiat », Carl G. Jung, L’homme et ses symboles, Paris, Robert Laffont, 1964, p. 20-21.

    26 « Figuration » ou « figurabilité » : traduction possible du terme freudien Darstellbarkeit désirant représenter – sans le recours de la verbalisation – ce qui ne l’est pas de prime abord, par exemple en campant un personnage, en suggérant un état psychologique, en ayant recours à une mise en scène… Cf. Sigmund Freud, « Darstellbarkeit », Studienausgabe, Frankfurt, Fischer Verlag, 1969, vol. 2. Rappelons qu’en musique il est d’usage d’employer le terme de « figuralisme » pour désigner « la traduction musicale des images du texte par des moyens analogiques », cf. Larousse de la musique, Paris, Librairie Larousse, 1982, vol. 1, p. 584.

    27 « Si l’on admet qu’une pratique musicale dans une société donnée se fonde sur une hiérarchie de critères, avec un critère de pertinence dominant, ne va-t-on pas, dès que l’on sort de cette pratique pour aller à la pratique “à côté”, commettre nécessairement un contresens ? […] Il y a un contresens nécessaire et fondamental qui est la condition même du fonctionnement de l’objet musical », évoquait Jean Molino lors de l’émission Les fonctions de la musique diffusée sur France Culture, en 1976, propos consignés ensuite dans « Apologie du contresens », Musique en Jeu, no 31, Paris, Seuil, mai 1978, p. 84.

    28 Il s’agit du passage figurant à la page 217 de la partition parue chez Durand à Paris.

    29 « La joie est donc le symptôme d’un Plus : la joie est à la lettre l’état de grâce, c’est-à-dire l’efférence purement créatrice sans contrecoup, ni arrière-pensées ni retours de réflexion », Vladimir Jankélévitch, Henri Bergson, Paris, PUF, 1959, p. 249-250.

    30 Saint Augustin, « Commentaire du Psaume 99 », Prier Dieu : Les Psaumes, Paris, Le Cerf, 1982, p. 189.

    31 Cf. Essence, caractères et matière de l’humourisme, Choix d’essais, Paris, Denoël, 1968, p. 68. En outre, dans Le comte de Lautréamont et Dieu, Léon Paul-Quint n’écrivait-il pas que l’humour se présentait comme une manière d’affirmer « une révolte supérieure de l’esprit » (Les Cahiers du Sud, 1930) ?

    32 Paris, Salabert, 1981. Cette œuvre est enregistrée sur CD, Adès no 14.072-2, 1989.

    33 Initiée à l’IRCAM (Paris), cette technique sera réitérée pour obtenir un son hybride (voix/cymbale tournoyante) figurant le rire d’Akaki, au début de l’opéra Go-Gol (1996). Comme dans Préfixes (1991), cet esclaffement bigarré est à déclencher à partir d’un clavier échantillonneur placé au sein de l’orchestre. À noter que dans un texte prononcé à Darmstadt en juillet 1982 qui parle du concept d’« harmonisation du rire », le compositeur a inventorié les sons, « parents du rire », enregistrés sur la bande magnétique des Rires du Gilles, Michael Levinas, « Qu’est-ce que l’instrumental ? », in Pierre Albert Castanet et Danielle Cohen-Levinas (dir.), Le compositeur trouvère, Paris, L’Harmattan, 2002, p. 36.

    34 Levinas cite à ce sujet La Symphonie fantastique d’Hector Berlioz et Till Eulenspiegel de Richard Strauss, Michael Levinas, Le compositeur trouvère, op. cit., p. 393.

    35 « Les esthéticiens n’ont pas su reconnaître dans toute sa plénitude le beau vivant dans la musique pure ; c’est, en grande partie, parce qu’ils ont trop rabaissé le sensoriel au profit de la morale et du sentiment, comme Hegel l’a rabaissé au profit de l’idée », Eduard Hanslick, Du beau dans la musique, op. cit., p. 95.

    36 Propos recueillis par Georges Charbonnier, Varèse, Paris, Belfond, 1970, p. 48-49.

    37 Op. cit., p. 57.

    38 Pour l’anecdote humoristique, rappelons ces lignes insérées par Francis Picabia dans le Bulletin Dada du 5 février 1920 : « Edgard Varèse continue à prendre des glaces pour soigner sa blennorragie. Le robinet froid vient d’être acheté pour le jardin des Plantes », texte publié dans Dada Zurich Paris 1916-1922, Paris, J.-M. Place, 1981, p. 217. Pour donner une idée de l’humour qui courait en ce début d’années vingt, notons aussi cette injonction (pré-fluxiste) de Tzara parue dans la revue Schammade publiée à Cologne : « Musiciens, cassez vos instruments aveugles sur la scène », texte repris dans Tristan Tzara, Dada est tatou. Tout est Dada, op. cit., p. 215.

    39 Voir la mesure 283, page 58 de la partition publiée par Colfranc, à New York, en 1973.

    40 Propos varésiens cités par Odile Vivier, Varèse, op. cit., p. 35.

    41 Dans un genre moins sérieux, relevons que la matière sonore du rire a bien entendu été utilisée comme fondement de chansons et même de danses : de la Rigolomanie, scie fameuse du répertoire des Cafés Concerts 1900 ou de la Polka des rieurs écrite par Bades… aux célèbres refrains facétieux assénés par Henri Salvador dans les années 1970, ou à certains enregistrements de Georges Brassens ou de Frank Zappa… Karen Blixen raconte même qu’un chant traditionnel africain faisait rire à la fois le chanteur et les spectateurs à cause de son épopée loufoque ; Karen Blixen, La ferme africaine, Paris, Gallimard, 2005, p. 226.

    42 Parmi le contenu des six catégories russoliennes, citons : 1. Grondements, mugissements… 2. Sifflements, ronflements, renâclements… 3. Murmures, marmonnements, grommellements, grognements… 4. Stridences, bourdonnements… 5. Percussions… 6. Cris, gémissements, hurlements, rires, râles, sanglots… Cf. Luigi Russolo, L’art des bruits, Lausanne, L’Âge d’Homme, 1975, p. 40-41.

    43 Pierre Henry, « Deux coups de sonnette… », Journal de mes sons, Arles, Actes Sud, 2004, p. 55.

    44 « La musique ne peut avoir un sens que par rapport aux cris, au rire, au sexe, à la mort », Pierre Henry, « Pour penser à une nouvelle musique », Journal de mes sons, op. cit., p. 100.

    45 Remarquons que, s’agissant des premières pièces de « musique concrète », Pierre Boulez a évoqué des « fantaisies d’humour douteux », Pierre Boulez, « (Musique) concrète », Encyclopédie de la musique, Paris, Fasquelle, 1961, t. 3, p. 577.

    46 Avec la voix de Cathy Berberian.

    47 Pièce réalisée avec la complicité de la vocaliste Élise Caron.

    48 « Riez durant une semaine », peut-on lire sur la brève partition verbale intitulée Œuvre Rire de Yoko Ono, opus écrit durant l’hiver 1961, Yoko Ono, Pamplemousse, Paris, Textuel, 2004, p. 27.

    49 Nous songeons aussi au Scherzo de la Symphonie no 1 opus 38 dite « Le Printemps » (1841) de Robert Schumann. En effet, inspiré par un poème d’Adolf Böttger, ce troisième mouvement, n’avait-il pas été primitivement sous-titré « Rires et jeux » (cf. Alfred Einstein, La musique romantique, Paris, Gallimard, « Tel », 1959, p. 157, pour l’édition en français) ?

    50 Danielle Cohen-Levinas, La voix au-delà du chant : une fenêtre aux ombres, Paris, Vrin, 2006, p. 8.

    51 « Un indice sonore matérialisant est un aspect d’un son, quel qu’il soit, qui fait ressentir plus ou moins précisément la nature matérielle de sa source et l’histoire concrète de son émission », analyse Michel Chion, cette citation provenant du glossaire bilingue en ligne : http://michelchion.com/texts.

    52 Jean Duvignaud, B.-K. Baroque et Kitsch – Imaginaires de rupture, Arles, Actes Sud, 1997, p. 95.

    53 À cet égard, voici quelques citations mises parfois en boucle dans la coda : « Rire aux larmes », « Rire d’un miroir c’est rire de tout », « Rire est le propre de l’homme », « Celui qui ne sait pas rire ne doit pas être pris au sérieux », « On ne rit pas pour rire mais pour être applaudi »…

    54 Sur la question de la musique parodique, consulter Henri Baudin, « Comique et Musique », Cahier Comique Communication no 4, 1986, p. 77-81.

    55 Hegel avouait que l’humour peut acquérir une dimension « profonde » car, à l’instar de l’ironie, il est construit « dans la visée du dévoilement d’une vérité supérieure », Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Cours d’esthétique, t. II, Paris, Aubier, 1996, p. 218. Évoquant une part de subjectivité, le philosophe avouait aussi que « le véritable humour, qui veut se préserver de ces excroissances et exagérations, n’est compatible qu’avec une grande profondeur et richesse de l’esprit ». Par ailleurs, Duchamp parlait d’« ironisme d’affirmation : différences avec l’ironisme négateur dépendant du Rire seulement », Marcel Duchamp, Duchamp du signe, Paris, Champs Flammarion, 1994, p. 46.

    56 À l’image de Visage (1961) de Luciano Berio, l’enjeu des Aventures et des Nouvelles Aventures (1962- 1965) de György Ligeti a été, selon Jean-François Lyotard, « de libérer un rapport au parler primal, purement affectuel, antérieur à toute soumission à l’orthophonie (au “parler-droit”) ; d’exprimer la “machine sonore du corps libidinal, celle qui fabrique les soupirs, hoquets, éructations, cris, halètements, gémissements, rires, battements de lèvres, claquements de langue, sifflements, interjections, sanglots”… », propos cités par Pierre-Yves Macé en 2009 dans le webmag Accents on line de l’Ensemble intercontemporain – http://www.ensembleinter.com/accents-online/?=1461.

    57 Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Cours d’esthétique, op. cit.

    58 John Cage, Rire et se taire sur Marcel Duchamp, Paris, Allia, 2014, p. 68 (pour la version française). Duchamp attribuait un « grand pouvoir » à l’esprit humoristique : « l’humour était une sorte de sauvetage pour ainsi dire, car jusque-là l’art était une chose tellement sérieuse, tellement pontificale que j’étais très heureux quand j’ai découvert que je pouvais y introduire l’humour. Et ça a été vraiment une époque de découverte. La découverte de l’humour a été une libération », entretien avec Duchamp réalisé par Guy Viau à la Radio-Télévision canadienne, le 17 juillet 1960, http://www.toutfait.com/ issues/volume2/issue_4/interviews/md_guy/md_guy_f.html.

    59 Erik Satie, « Préface », Sports et Divertissements, Paris, Salabert, 1987, p. 1.

    60 Jean-Pierre Armengaud, Erik Satie, Paris, Fayard, 2009, p. 21.

    61 Sur le plan de la parodie, prière de consulter avec intérêt, Gérard Genette, Palimpsestes, Paris, Seuil, 1982.

    62 Ibid.

    63 Vladimir Jankélévitch et Béatrice Berlowitz, Quelque part dans l’inachevé, Paris, Gallimard, 1978, p. 157-158.

    64 Cf. Daniel Grojnowski et Bernard Sarrazin, Fumisteries. Naissance de l’humour moderne. 1870-1914, Paris, Omnibus, 2011.

    65 À la manière des proclamations négatives de Tristan Tzara, lisez la lettre qu’Erik Satie a envoyée le 8 mai 1915 à Paul Viardot dans laquelle il avoue être un compositeur d’« œuvres incohérentes » et de « fantaisies d’une rare stupidité ». La fin de la correspondance est éloquente : « Monsieur Erik Satie passe, à juste titre, pour un prétentieux crétin. Sa musique n’a aucun sens & provoque le rire & le haussement d’épaules », Erik Satie, in Ornella Volta (dir.), Erik Satie – Correspondance presque complète, Paris, Fayard/Imec, 2000, p. 209.

    66 Au critique Jean Poueigh qui avait parlé de « mauvais goût » à propos de Parade, Erik Satie écrivit le 30 mai 1917 sur une carte postale : « … ce que je sais, c’est que vous êtes un cul – si j’ose dire, un “cul” sans musique », Erik Satie – Correspondance presque complète, op. cit., p. 289. Cette déclaration épistolaire valut au gymnopédiste un procès en diffamation.

    67 Rappelons qu’après avoir écouté « De l’aube à midi sur la mer » extrait de La Mer de Debussy, Satie avait déclaré tout de go : « Ah, mon vieux, il y a surtout un petit moment, entre dix heures et demie et onze heures moins le quart que je trouve épatant ! », propos reproduits par Ornella Volta, Erik Satie, Paris, Seghers, 1979, p. 39.

    68 Francis Jourdain, Né en 76, Paris, Pavillon, 1951, p. 244. Même l’austère partition de Socrate a été considérée du vivant de Satie comme « un de ces monuments humoristiques à froid, dont la place est au Panthéon du Chat Noir », André Cœuroy, « L’Humour musical : Erik Satie », L’Ère nouvelle, 5 mai 1920.

    69 Dans ce cadre, faut-il rappeler le scandale, en 1962, du Poème symphonique pour 100 métronomes de György Ligeti ? Néanmoins, l’essayiste Alex Ross a écrit que « passé l’hilarité initiale, on réalisa la portée sous-jacente de cette nouvelle facétie », Alex Ross, À l’écoute du xxe siècle. La modernité en musique, Arles, Actes Sud, 2010, p. 624.

    70 Cf. Matthias Rebstock, Komposition zwischen Musik und Theater, Das instrumentale Theater von Mauricio Kagel zwischen 1959 und 1965, vol. 6, coll. « Sinefonia », Hofheim, Wolke Verlag, 2007.

    71 « On m’a accusé beaucoup de fois de destruction. Et d’un point de vue éthique, je dirai toujours non ; d’un point de vue logique, oui. C’est-à-dire, je fais une différence entre les deux dimensions », Mauricio Kagel, « Une panique créateur I », Musique en jeu, no 11, 1973, p. 45. Rappelons qu’Adorno écrivait que « bien que les œuvres d’art ne soient ni des concepts, ni des jugements, elles sont logiques », Theodor W. Adorno, Théorie esthétique, Paris, Klincksieck, 1989, p. 178.

    72 Le compositeur Georges Aperghis confiait qu’« il y a toujours chez Kagel une tragédie traitée sur le mode sarcastique, ironique », Georges Aperghis, « Entretien avec Philippe Albéra », Musiques en création, Genève, Contrechamps, 1997, p. 24.

    73 Expression due à Llorenç Barber à propos de l’Étude no 1 pour grand orchestre de Mauricio Kagel, texte repris dans Mauricio Kagel, Parcours avec l’orchestre, Paris, L’Arche, 1993, p. 178.

    74 « Quand je fais de la dérision, je le fais à un tel niveau de professionnalisme, que ça donne… douleur », Mauricio Kagel, « Une panique créateur II », Musique en jeu no 11, op. cit., p. 58.

    75 Au niveau des contraintes à effet comique, écoutez Anatra al sal (2000) de Lucia Ronchetti pour sextuor vocal dont cinq des voix ne peuvent chanter que par l’entremise d’une seule voyelle : mots avec O pour la soprano léger, avec A pour la contralto, I pour le contre-ténor, E pour le ténor et U pour la basse profonde. Écrit par la compositrice, le texte humoristique concerne une recette de canard au sel. Dans la troisième partie de la partition, un conflit éclate entre les protagonistes à propos de la sauce. Le texte chanté en italien – et en latin pour la basse qui tient le rôle du cuisinier – est reporté dans les pages du livret du CD Alles theater !, CD Stradivarius STR 33680, 2003, p. 35-38.

    76 Évoquant autant la composition que la dérision, autant la subversion que la décomposition, Deliège a rapproché l’attitude kagélienne du comportement de Dada, Célestin Deliège, Invention musicale et idéologies, Paris, Christian Bourgois, 1986, p. 270-271.

    77 Propos de Mauricio Kagel rapportés par Jean-Noël Von der Weid, La musique du xxe siècle, Paris, Hachette, 2005, p. 473.

    78 Henri Bergson, Le rire. Essai sur la signification du comique, Paris, PUF, 1991, p. 13.

    79 Cf. disque compact The Glory of the Human Voice, RCA Victor, CD GD61175, 1992.

    80 Fernando Caruso, livret du CD Florence Foser Jenkins – The Complete Legacy, Naxos 8120711F, 2007, p. 1.

    81 « Pour l’hommage à Grock, j’ai choisi l’instrument le plus simple, le plus naturel et quelque peu comique », propos de Luciano Berio reproduits par Ivanka Stoïanova, Luciano Berio – Chemins en musique, La Revue musicale no 375-377, 1985, p. 409-410.

    82 Voir par exemple les spectacles divertissants des années 1960-2000 émanant du studio de Spike Jones, du Festival Hoffnung, du collectif Le Quatuor, du Portsmouth Orchestra, de L’Orchestre du Splendid ou de L’Orchestre du Grand Turc… À ce sujet, relevons cette analyse sans concession de Hugues Dufourt : « La musique vulgaire, la chanson, la danse, la farce, la comédie ont toujours été des sujets d’opprobre. Les couches cultivées ont constamment perçu un signe de relâchement des mœurs dans ces genres triviaux. Une musique qui s’encanaille est un triste présage », Hugues Dufourt, « Permanence de Stravinsky », La Musique spectrale – Une révolution épistémologique, op. cit., p. 115. Dans ce sillage, Frédéric Schiffter n’a pas hésité à dire que « pour les gens sérieux – les universitaires – l’humour nuit à l’œuvre », Frédéric Schiffter, « Humour », Dictionnaire chic de philosophie, Paris, Écriture, 2014, p. 138. Ainsi, afin de légitimer la composition de gospels ou de raps raillée par la critique savante, John Adams va implorer le double spectre – cathartique et métaphorique – de la folie et de l’ironie. Il déclarera : « aux côtés de toute œuvre sombre, introspective, “sérieuse” doit apparaître le Fou – la carte violente, ironique et désirante », John Adams, Catalogue des éditions Boosey & Hawkes, Londres, Boosey & Hawkes, 2008, p. 8.

    83 Benoît Aubigny, L’ensemble vocal a cappella de 1945 à nos jours. Histoire d’une renaissance, Paris, Champion, 1998, p. 308.

    84 Propos recueillis par Gilles de Talhouët pour le site Internet du Caphi à l’université de Nantes.

    85 Mot extrait d’une correspondance datée du 23 octobre 1963 de Bernd Alois Zimmermann avec le maître de ballet Aurel von Milloss, propos consignés par Wulf Konold, Bernd Alois Zimmermann, Paris, Michel de Maule, 1998, p. 299.

    86 Jouée pitoyablement par un quatuor de contrebasses dans un registre aigu, non confortable.

    87 Expression de Bernd Alois Zimmermann relevée dans une lettre du 4 octobre 1966 adressée à John Cranko, cf. Wulf Konold, Bernd Aloïs Zimmermann, op. cit., p. 301.

    88 Dans un registre semblable, pensons entre autres aux parodies du ragtime de Scott Joplin intitulé The Entertainer et du « menuet » à la manière de Haydn, aux citations de La Poule de Jean-Philippe Rameau et du Cancan de Jacques Offenbach placés au cœur de l’opéra en deux actes Le Grand Macabre (1974-1977, rév. 1996) de György Ligeti.

    89 York Höller, « Moine et Dionysos », Contrechamps, no 5, novembre 1985, p. 74.

    90 Bernd Alois Zimmermann s’est même auto-cité avec la présence de quelques mesures du « Preludio » de son opéra Die Soldaten.

    91 Propos zimmermanniens parus dans le texte d’introduction de la Musique pour les soupers du Roi Ubu à la création. Bernd Alois Zimmermann, Intervall und Zeit, Mayence, Schott, 1974, p. 109.

    92 Opinion de Zimmermann émise au travers d’une lettre adressée à Boris Blacher le 5 mai 1967, cf. Wulf Konold, Bernd Alois Zimmermann, op. cit., p. 303-304.

    93 D’après le compte-rendu de Zimmermann consigné dans Ursula Stürzbecher, Werkstattgespräche mit Komponisten, Cologne, Gerig, 1971.

    94 « L’art radiophonique, en tant qu’art de l’interaction et des mots, peut avoir recours à cette denrée rare dans l’art actuel qu’est l’humour. Le rire apparaît alors comme un levier puissant pour la prise de conscience d’un monde que Whitehead trouve suffocant », notait Sylvain Marquis à propos de l’univers de Gregory Whitehead ; Sylvain Marquis, « “Schizophonie”, prosopopée et critique vocalisée dans l’art radiophonique actuel », in Bruno Bossis, Marie-Noëlle Masson, Jean-Paul Olive (dir.), Le modèle vocal. La musique, la voix, la langue, Rennes, PUR, 2007, p. 48.

    95 « Il faut accepter les lenteurs, les aléas, les incertitudes du comportement des sons par rapport aux images, aux textes, aux gestes », explique Georges Aperghis ; Antoine Gindt, Georges Aperghis, le corps musical, Arles, Actes Sud, 1990, p. 62. Le petit rire introduit au cœur de la Récitation no 11 n’est donc qu’un objet musical comme un autre.

    96 Propos de Georges Aperghis cités par Jérémie Szpirglas, « Sens dessus dessous », Mouvement, no 55, 2010, p. 89. Conçu pour quatre chanteurs et ensemble instrumental, cet opéra-bouffe est dédié à Jérôme Deschamps, auteur, acteur et metteur en scène dont la notoriété télévisuelle a été liée à la troupe humoristique de la « Famille Deschiens », collectif fondé par Macha Makaïeff en 1978.

    97 « L’humour serait la contribution au comique par la médiation du surmoi », Sigmund Freud, « L’Humour », L’inquiétante étrangeté et autres essais, op. cit., p. 328. En complément, voir Jean Guillaumin, « Freud entre les deux topiques : le comique après “L’Humour”, une analyse inachevée », Revue française de psychanalyse, no 4, juillet 1973, p. 632.

    98 Paris, Salabert, 1983.

    99 Michel Serres, Le parasite, op. cit., p. 373.

    100 Henri Bergson, Le rire. Essai sur la signification du comique, op. cit., p. 103.

    101 Cf. Raymond Devos, Matière à rire, Paris, Plon, 1993.

    102 Expression de Philarète Chasles désignant la connotation physiologique de l’humour. Philarète Chasles, « Humour », in William Duckett (dir.), Dictionnaire de la conversation et de la lecture, Paris, 1832, vol. 11.

    103 Comme dans la 11e Récitation (1977-1978) pour voix seule de Georges Aperghis ou Amitié (2005) pour violoncelliste récitant de François Sarhan. Auteur d’opérette (Anatole et Vélocipède en 2000 sur un livret de Jacques Roubaud) et de spectacles humoristiques (Encyclopédie du Professeur Glaçon en 2005), François Sarhan intervient lui-même dans ses shows d’inspiration surréaliste. Déconcertantes et comiques à souhait, ses Chansons-secondes (2011) pour voix n’excèdent pas le soixantième de minute…

    104 Nous pensons par exemple à l’opéra-bouffe en deux actes et un prologue intitulé Les Mamelles de Tirésias (1947) de Francis Poulenc, dédié à Darius Milhaud et fondé sur un poème de Guillaume Apollinaire…

    105 Exemple de comique remarqué dans les années 1850 par Charles Baudelaire dans le troisième chapitre de son essai intitulé « De l’essence du rire », Œuvres complètes, Paris, Robert Laffont, 1980, p. 693.

    106 Sur l’attitude humoristique ou le contexte satirique du drâma (signifiant : « action »), prière de consulter : Pierre Albert Castanet, Quand le sonore cherche noise – Pour une philosophie du bruit, Paris, Michel de Maule, 2008, p. 293.

    107 Henri Bergson, Le rire. Essai sur la signification du comique, op. cit., p. 53.

    108 Plus exactement, l’auteur de 4’33’’ disait qu’il voulait « brouiller les distinctions entre l’art et la vie », John Cage, Rire et se taire sur Marcel Duchamp, op. cit., p. 52.

    109 Bernard Girard, Conversations avec Tom Johnson, Paris, Aedam Musicae, 2011, p. 109-110.

    110 Cette pièce de quatre minutes qui clôt le Livre 2 des Agrexandrins s’intitulait primitivement Vishnou. Après la double barre de fin, on lit symboliquement (à la manière de Debussy) ce vers extrait des Romances sans paroles de Paul Verlaine : « … Et vous gesticulez avec vos petits bras ».

    111 À la lettre C, « quand il estime que le jeu a assez duré, le pianiste 1 donne une grande tape dans le dos du (de la) pianiste 2, qui lâche le pied droit en faisant bruyamment claquer la pédale. La résonance ainsi coupée, dix secondes de silence stupéfait… puis on attaque D », pouvons-nous lire dans les remarques écrites par le compositeur à même la partition, Alain Louvier, Agrexandrins, 14 pièces progressives pour piano, livre 2, Paris, Leduc, 1994, p. 29.

    112 Propos consignés par Pierre Albert Castanet, Louvier… les claviers de Lumière, Lillebonne, Millénaire III, 2002, p. 89-90. L’amateur de gags peut aussi lire dans cet ouvrage des extraits de la conférence terminale du pianiste de Diabolus in musica illustrée comme il se doit par des imitations de bruits quotidiens aux cordes frottées (p. 168-169).

    113 Cf. dans ce même volume l’article de Stéphan Etcharry, « La diva qui riait : Cathy Berberian, le rire et l’humour dans la musique des années 1960 ».

    114 Il Giorno du 19 janvier 1976.

    115 L’arrangement chant/piano était dû au compositeur hollandais Louis Andriessen.

    116 Cf. The Many Voices of Cathy Berberian, Mayence, CD Wergo no 60054-50, 1988.

    117 À propos de la charge en affect des constituants sonores de la langue anglaise de cette Sequenza, lire Pierre Albert Castanet, Tout est bruit pour qui a peur – Pour une histoire sociale du son sale, op. cit., p. 286.

    118 Propos de Luciano Berio consignés par Ivanka Stoïanova, Luciano Berio – Chemins en musique, op. cit., p. 77.

    119 Expression de Jacques Vaché issue d’Alain Rey (dir.), Dictionnaire culturel en langue française, Paris, Le Robert, 2005, t. 2, p. 1735.

    120 Lire par exemple les paroles modifiées dans : Bruno Giner, Survivre et mourir en musique dans les camps nazis, Paris, Berg International Éditeurs, 2011, p. 71-72.

    121 Propos d’Anise Postel-Vinay recueillis par Bruno Giner, ibid., p. 70.

    122 Ibid., p. 71.

    123 Paul Valéry, Œuvres, Paris, Gallimard, « La Pléiade », 1960, t. II, p. 549.

    124 De même, dans Avant-garde and Kitsch (1939), le critique d’art américain Clement Greenberg tenait déjà à faire la distinction entre modernité – « High Art » – et culture commerciale – « Low Art » –, cf. Alex Ross, À l’écoute du xxe siècle. La modernité en musique, op. cit., p. 505. Dans ce domaine, George Maciunas notait dans un des manifestes Fluxus rédigé en 1963 que « l’art-amusement » doit lutter pour « des qualités non théâtrales et mono-structurelles de l’événement naturel, simple, un jeu ou un gag. C’est la fusion de Spike Jones, du vaudeville, du gag, des jeux d’enfants et de Duchamp », texte repris dans Olivier Lussac, Fluxus et la musique, Dijon, Les Presses du réel, 2010, p. 143.

    125 Propos varésiens cités par Odile Vivier, Varèse, op. cit., p. 135.

    126 Dans son guide d’écoute de Visage de Luciano Berio, Flo Menezes a dénombré dix séquences de rires : de types « hystérique », « cynique », « ironique », « honteux »… Flo Menezes, « Un essai sur la composition verbale électronique de Visage de Berio », Quaderni di Musica/Realtà, no 30, 1993. Pour mémoire, notons que les Chinois ont distingué jusqu’à vingt-sept catégories de rires (« froid », « stupide », « orgueilleux »…) que tout bon acteur se devait de connaître, cf. Christian Poché, François-Bernard Mâche, La voix maintenant et ailleurs, Paris, Fondation Royaumont/BPI du Centre Pompidou, février 1985.

    127 Par ailleurs, dans « La règle du jeu » signée par Daniel Durney, prière de lire l’analyse de différents rires extraits de la production musicale de Georges Aperghis, article inclus dans : Antoine Gindt, Georges Aperghis, le corps musical, op. cit., p. 192-199.

    128 Expression de Tommaso Marinetti parue dans son Manifeste technique de la littérature futuriste en 1912, cf. Giovanni Lista, Marinetti, Paris, Seghers, 1976, p. 188. En complément, lire Pierre Albert Castanet, « De l’extra-vocalité dans la musique contemporaine : pour une philosophie du cri », in Béatrice Ramaut-Chevassus et Anne Damon-Guillot (dir.), Dire/Chanter : passages, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2014, p. 179-192. Rappelons aussi que les extrêmes (cris et chuchotements, rires et pleurs…) ont souvent tendance à se rejoindre. Ainsi, pour Kierkegaard, « ce rire ne serait-il qu’un malentendu et ce monde si mauvais, l’existence si malheureuse, qu’au fond rire serait pleurer ? », Søren Kierkegaard, Journal, 1839, t. II, A 373.

    129 « Là où l’humour consent, l’ironie se tient à distance, dans une posture de dénégation. L’extension du concept d’ironie peut donc être soit plus étroite que celle des notions de parodie, de caricature, de grotesque, de burlesque, etc. […], soit être au contraire plus vaste : la parodie, le recours aux registres du burlesque et du grotesque ne sont alors que les modes, les moyens et les indices d’une logique de négation ironique dont la portée les dépasse », Anne Roubet, « Ironie », in Christian Accaoui (dir.), Éléments d’esthétique musicale, Arles, Paris, Actes Sud / Cité de la musique, 2011, p. 281.

    130 Sigmund Freud, « L’Humour », L’inquiétante étrangeté et autres essais, op. cit., p. 387.

    131 Mikhaïl Bakhtine, Esthétique de la création verbale, Paris, Gallimard, 1984, p. 274.

    132 Cf. chapitre 3, in Catherine Maximoff (dir.), Georges Aperghis, Storm Beneath a Skull, DVD Ideale Audience no 9, 2006. À cet égard, rappelons que pour Aperghis « le sens ne doit pas être fermé. Quand il est trop évident, que tout est clair, on pense avoir tout compris et on rentre les antennes […]. Quand je compose, je cherche à maintenir l’auditeur dans un état de constante incertitude. Il doit rester perdu. Pas trop, naturellement, sans quoi il décrocherait totalement. C’est pourquoi je lui donne de temps en temps de petits indices […]. Ce sont d’ailleurs plus ou moins de fausses pistes », propos de Georges Aperghis cités par Jérémie Szpirglas, « Sens dessus dessous », op. cit., p. 86.

    133 Séquence visible sur YouTube.

    134 « Excédé par tous. Mais j’aime rire. Et je ne peux pas rire seul », confessait Cioran au cœur de ses Aveux et Anathèmes, Paris, Arcades Gallimard, 1987, p. 100.

    135 À propos de Momo (2002), spectacle pour enfants de Pascal Dusapin bâti sur un livret de Leigh Sauerwein, la partition « sensuelle et expressive » est conçue pour faire « rire violon et violoncelle en écho aux rires et aux aventures du Petit Momo », petit-fils d’un célèbre clown (http://www.theatreonline.com/ Spectacle/Momo/40192).

    136 Concernant ces deux cas, nous songeons d’une part au texte de Jocelyn Bonnerave qui sert le prologue de Lunfardo (2005) de Sébastien Gaxie et qui accumule blagues et jeux de mots (CD CHIN 200509), et d’autre part à la phase d’interprétation humaine de cris de singes incluse dans la Communication à une académie (2009-2010), ballet de Gaxie pour trombone soliste et ensemble…

    137 Genette n’écrit-il pas que « le comique est un prédicat esthétique » ? Gérard Genette, « Morts de rire », Figures V, op. cit.

    138 Cf. Claude Saulnier, Le sens du comique. Essai sur le caractère esthétique du rire, Paris, Vrin, 1940.

    139 Costin Miereanu a par exemple œuvré sur la notion de « fait musical » afin, d’une part, de pouvoir situer le rapport entre « manifestation et immanence », et d’autre part, « d’inscrire et d’orienter les circuits des mécanismes de pensée selon lesquels création (conception) et jeu (réalisation) fonctionnent au sein de différents types de musique », Costin Miereanu, « Textkomposition. Voie zéro de l’écriture musicale », Musique en jeu, no 13, 1973, p. 71.

    140 Pour un complément d’information, consulter le tableau synthétique de nos recherches dans Pierre Albert Castanet, « De la théâtralité de la musique, la voix contemporaine en question (Cathy Berberian, Georges Aperghis, Nguyen Tien Dao) », Musique et théâtre, Rouen, Les Cahiers du CIREM, no 4-5, juin 1987.

    141 Voir Raymond Murray Schafer, Le paysage sonore, Paris, Lattès, 1979. Rappelons le jugement de Berlioz sur l’expression sonore du peuple chinois : « Il a une musique que nous trouvons abominable, atroce, il chante comme les chiens baillent, comme les chiens vomissent quand ils ont avalé une arête. » Par ailleurs, le musicien français faisait remarquer à propos de l’étranger : « Nous rions de ses croyances, de ses mœurs, de ses arts, de sa science, de ses usages familiers même », Hector Berlioz, « Mœurs musicales de la Chine », À travers chants, Lyon, Symétrie, 2013, p. 260 et 262.

    142 Commentaires du compositeur parus dans Luc Ferrari, coll. Portraits Polychromes no 1, Paris, Institut national de l’audiovisuel, 2007 (2e éd.), p. 116. Inachevée, l’œuvre ne comporte que deux mouvements sur trois.

    143 Cf. Jean-Yves Mercury, L’expressivité chez Merleau-Ponty – Du corps à la peinture, Paris, L’Harmattan, 2000, p. 62-64.

    144 Francis Poulenc a écrit à Darius Milhaud qu’à la création de sa Sonate pour cor, trompette et trombone, en janvier 1923, sa partition « a déchaîné un immense éclat de rire suivi de hou ! hou ! hou ! parodiant le trombone », correspondance reproduite dans le texte d’Isabelle Battioni figurant dans le livret du coffret discographique Poulenc, intégrale de la musique de chambre et des œuvres vocales avec instruments, Naxos, 2007, p. 12.

    145 Au sujet de « l’éclat orgasmique » de la Sequenza III pour voix seule de Luciano Berio, consulter Guy Scarpetta, L’impureté, Paris, Grasset, 1985.

    146 « Il y a deux espèces d’émotion, l’une infra-intellectuelle, qui n’est qu’une agitation consécutive à une représentation, l’autre supra-intellectuelle, qui précède l’idée et qui est plus qu’idée, mais qui s’épanouirait en idées si elle voulait, âme toute pure, se donner un corps », analysait Henri Bergson, en 1932, dans Les deux sources de la morale et de la religion, Paris, PUF, 2008, p. 268.

    147 Pour le rapport au rationnel, nous songeons par exemple à Il suffit d’un peu d’air, « farce lyrique » de Claude Ballif composée en 1990 d’après la pièce de l’écrivain canadien Ronald Tremblay. Pour l’aspect absurde, renvoyons à de nombreux events du groupe Fluxus parmi lesquels la Composition for Nam June Paik no 5, datée du 2 janvier 1962, de George Maciunas. La partition verbale de cette composition insolite indique : « Mettre un chien ou un chat (ou les deux) dans le piano et jouer du Chopin », Nicolas Feuillie, Fluxus dixit – Une anthologie, Dijon, Les Presses du réel, 2002, p. 244, vol. 1.

    148 Dans ce cadre original, l’image initiale se montre comme racine de toute pensée conceptuelle, le procédé référentiel étant considéré « comme un authentique moyen de réaliser la saisie de contextes qui n’est pas réductible au noyau restreint de la métaphore absolue », Hans Blumenberg, Naufrage avec spectateur, Paradigme d’une métaphore de l’existence, Paris, L’Arche, 1994, p. 93.

    149 Henri Michaux, Passages, Paris, Gallimard, 1963, p. 128.

    150 Luciano Berio, Entretiens avec Rossana Dalmonte, Paris, Lattès, 1983, p. 21.

    151 Pierre Henry, « Sirius », Journal de mes sons, op. cit., p. 59.

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    Albert Castanet, P. (2017). Musique savante et humour. In E. Kippelen (éd.), L’humour en musique, et autres légèretés sérieuses depuis 1960. Aix-en-Provence: Presses universitaires de Provence. https://doi.org/10.4000/books.pup.29858
    Albert Castanet, Pierre. « Musique savante et humour ». In L’humour en musique, et autres légèretés sérieuses depuis 1960, édité par Etienne Kippelen. Aix-en-Provence: Presses universitaires de Provence, 2017. doi:10.4000/books.pup.29858.
    Albert Castanet, Pierre. « Musique savante et humour ». L’humour en musique, et autres légèretés sérieuses depuis 1960, édité par Etienne Kippelen, Presses universitaires de Provence, 2017, https://doi.org/10.4000/books.pup.29858.

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    Kippelen, E. (éd.). (2017). L’humour en musique, et autres légèretés sérieuses depuis 1960. Aix-en-Provence: Presses universitaires de Provence. https://doi.org/10.4000/books.pup.29793
    Kippelen, Etienne, éd. L’humour en musique, et autres légèretés sérieuses depuis 1960. Aix-en-Provence: Presses universitaires de Provence, 2017. doi:10.4000/books.pup.29793.
    Kippelen, Etienne, éditeur. L’humour en musique, et autres légèretés sérieuses depuis 1960. Presses universitaires de Provence, 2017, https://doi.org/10.4000/books.pup.29793.
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