Un hybride germano-canadien au cœur de Siegfried et le Limousin
p. 157-167
Résumé
Mon propos est de relire le roman que Jean Giraudoux a écrit en 1922 sous le titre Siegfried et le Limousin dont il a tiré en 1928 un arrangement théâtral intitulé Siegfried.
L’écriture subjective permet d’étendre à l’ensemble du roman une ambiguïté concernant le statut existentiel de l’un de ses personnages. L’écrivain français Forestier « disparu » sur l’un des champs de bataille de la Grande guerre est-il vraiment l’amnésique rebaptisé en Allemagne Siegfried‚ ou est-il décédé et ne survit-il que dans le rêve éveillé du narrateur ?
Le roman canadien du Français Louis Hémon‚ Maria Chapdelaine‚ que cite Siegfried et le Limousin et dont il s’inspire (ce qui n’est pas le cas de Siegfried‚ où Forestier ne fera clairement qu’un avec Siegfried) permet d’éclairer le sens de cette ambiguïté dont Giraudoux finira par se désintéresser‚ ayant lui-même fait le deuil d’un ami tombé à la guerre. L’achèvement de ce processus lui permet de restaurer dans son drame une bonne distance et une claire frontière entre les domaines français et allemands‚ de même qu’avec son modèle canadien. L’intérêt de ces relations entre œuvres est que SL est aussi un essai littéraire romançant les notions de sources‚ d’influences‚ etc.
Texte intégral
1Comme il l’affiche dès ses premiers mots‚ Siegfried et le Limousin (1922) est un roman de l’après-guerre. Forestier y tient le rôle d’un soldat français frappé d’amnésie à l’issue d’un combat. Retrouvant sa trace‚ Jean‚ son ami parisien‚ décide de le « ravir » à l’Allemagne qui l’a accueilli‚ soigné‚ instruit. Qui s’est fait un fils aimant de cet ennemi d’hier‚ rebaptisé Siegfried. Jean éclaire son projet de réappropriation par une remarque dont les lignes qui suivent se proposent d’examiner les implications : « j’avais à ravir Forestier. Le vrai Siegfried aujourd’hui‚ c’était moi‚ avec mon passeport canadien : Siegfried Chapdelaine1. »
2Jean‚ nous le verrons‚ a de bonnes raisons de vouloir s’appeler (temporairement) Chapdelaine. Certes‚ il usurpe la nationalité et un nom canadiens. Cependant sa prétention d’être issu de la belle province n’est pas inappropriée‚ tant s’en faut. En revanche‚ il est troublant que ce Français passionnément attaché à sa culture s’imagine dans le rôle d’un Siegfried. Tout s’éclaire dès qu’on comprend qu’en retirant à Forestier son identité de héros germanique pour se l’adjuger‚ il entend signifier que celle-ci avait été décernée à contre-emploi : Forestier ne ravira jamais aucune walkyrie. Car c’est lui‚ au contraire‚ la walkyrie endormie‚ et ce sera à Jean de mettre fin au sortilège qui pèse sur son ami. Voilà le message complet : la distribution des rôles se révèle inadéquate‚ mais le mythe‚ lui‚ convient à la situation‚ il la nourrit même. À une condition : que Jean en produise une version que la littérature française puisse s’assimiler. Telle est sur ce point essentiel la pensée de l’ensemble du roman qu’un final célébrant l’idée d’autochtonie recentrera in extremis sur des valeurs purement françaises.
Les religions‚ mythes et dieux des nations subjuguées ne sont-ils pas assimilés dans l’aire culturelle des vainqueurs ? Si le jeu de la Passion d’Oberammergau (apparemment un excursus) se rattache au nœud de l’intrigue‚ c’est justement comme l’exemple le moins récusable de cette loi que Jean entend bien vérifier en se jouant à sa façon l’épisode Siegfried de la saga des Nibelungen. À Oberammergau‚ ce n’est pas le drame tiré des Évangiles qui retient son attention de narrateur‚ c’est le fait que la Bible y acquiert une nouvelle identité : « j’obtins pour toujours ma traduction allemande de la Bible‚ quand‚ celui <qu’on> appelait Anton Lang ayant soupiré sur la croix [c’est l’acteur] et rendu le dernier soupir [c’est le personnage]‚ celle <qu’on> appelait Maria Lang‚ sa mère justement‚ s’étant écroulée de malheur‚ Melchior Breitsamer‚ le disciple aux cheveux d’or soutenant Paula Rendl etc.‚ etc.2 » À la description du spectacle attendue en vain par le lecteur est substituée l’énonciation d’une nomenclature tenue en partie double‚ juive et antique‚ pour les personnages canoniques‚ allemande‚ catholique et moderne‚ pour les acteurs bavarois. Or les premiers sont très vite évincés par les seconds : CQFD. La culture dominante s’est approprié jusqu’aux noms propres. La leçon d’histoire représentée à Oberammergau est celle-là même que venait de donner l’Alsace en version réelle : du nom barbare « Rappoltsweiler » ‚ le Baedeker « tire » la version « Ribeauvillé ». Un nom « lisse et verni » ‚ un nom français3.
3La version romanesque que Giraudoux propose de tirer du rapt de la walkyrie endormie sur son rocher est bien plus aisée à réaliser que la reconquête de l’Alsace‚ car il suffit pour imaginer que Forestier revienne à la France de croire qu’il vit‚ non pas négligeant sa vraie patrie‚ mais en somnambule‚ la conscience recouverte par la chape d’une amnésie (d’un sommeil). L’endormi s’éveille‚ l’oubli s’efface‚ l’amnésique réintègre sa vraie personnalité. De même‚ dans le monde des lettres‚ il suffirait qu’une source inconnue soit révélée‚ qu’une influence ou un plagiat soient découverts‚ pour que les oeuvres reviennent à leur vie légitime‚ comme un fleuve est reconduit dans son cours naturel après avoir erré. C’est à partir de telles prémisses irréalistes que Giraudoux structure l’intrigue de Siegfried et le Limousin. Par l’effet d’une interaction dont l’agent ne sera autre que le roman lui-même‚ l’histoire de la littérature et la philologie seront susceptibles d’étendre aux relations entre peuples et cultures nationales leurs capacités à assigner avec justesse au lieu de leur origine les œuvres et jusqu’aux mots (jusqu’aux morts)‚ tout comme on rajoute dans les textes les guillemets oubliés. Jean inscrit la quête de son ami sur le plan de la réalité représentée‚ l’Allemagne d’après-guerre‚ tout en la poursuivant dans ses représentations‚ en épluchant revues et journaux4. C’est ainsi qu’il retrouve son ami écrivain qui fut Forestier dorénavant mué en walkyrie‚ en tombant sur le mystère de plagiats tirés de ses écrits par un inconnu‚ lequel va jusqu’à s’approprier des pages non publiées de son oeuvre. Or l’auteur de ces inédits pouvait seul les connaître‚ pense Jean‚ que la labilité de ces échanges culturels présumés entraîne à conclure hâtivement. Il faut donc que Forestier se pille lui-même… En allemand ! Jean fonde sur ce paralogisme la certitude de le retrouver vivant et part à sa recherche.
4 Tout l’art d’une composition aussi improbable consiste à donner aux deux actions une ligne de fuite commune. Ce sera‚ d’une part‚ un essai romancé sur l’idée de transfert littéraire‚ attachée aux notions de sources‚ de traductions‚ de transpositions‚ d’influences‚ d’adaptations‚ etc.‚ notions dont l’illégitimité est discutée (l’inévitabilité affirmée). Ce sera‚ d’autre part‚ une intrigue romanesque représentant du point de vue d’un Français endeuillé une Allemagne dominante‚ quoique sortie vaincue des hostilités‚ qui s’empare d’un prisonnier français en vue d’implanter chez elle les qualités spécifiques de la pensée française qu’il se trouve posséder au plus haut point. Le parallèle suppose que le contentieux entre les deux pays puisse se réduire à l’importance d’une querelle entre philologues. Sur ce point de la pensée de son narrateur‚ Giraudoux garde dans sa mire non seulement les Canadiens francophones‚ francophiles et néanmoins ardents patriotes‚ mais aussi les huguenots français exilés en Prusse‚ dont il fait surgir dans son drame un descendant au nom français‚ honnissant la France.
5Voilà pour Siegfried. Qu’en est-il de « Chapdelaine » ? Ce patronyme apparaît huit fois dans Siegfried et le Limousin. Qu’il ne se soit pas seulement agi de renvoyer au titre du roman de Louis Hémon‚ Maria Chapdelaine‚ qui venait de paraître‚ on peut s’en assurer grâce à une remarque glissée avec délicatesse‚ mais aussi avec toute la netteté giralducienne. Quand le narrateur Jean se présente à Eva – « Je lui déclarai que mon nom était Chapdelaine ou‚ plus exactement‚ Chapedlaine5 » – ‚ l’auteur s’active sur un autre front. En faisant décliner le pseudonyme canadien de son personnage sous sa double forme‚ il exemplifie une observation figurant dans Maria Chapdelaine : « Au pays de Québec l’orthographe des noms et leur application sont devenues des choses incertaines6 ». Deux textes distincts sont donc mis en série : l’assertion générale du plus ancien se vérifie par une application particulière dans le plus récent. Un gage est ainsi donné à Hémon‚ car l’assemblage à joints vifs du général et du particulier‚ du grand et du minime‚ est un tropisme giralducien des plus caractéristiques. Faite sans but narratif‚ la mention de l’instabilité du patronyme Chapdelaine/Chapedlaine est une signature allusive‚ reconnaissant une dette réelle‚ car‚ nous le verrons‚ Giraudoux s’est inspiré du roman canadien.
Maria Chapdelaine correspond parfaitement à la ligne défendue par les membres du Goncourt‚ bien qu’ils ne l’aient pas primé. S’ils l’avaient fait‚ ils se seraient donné l’air de courir derrière un succès‚ certes mérité‚ mais amplifié par une campagne de presse jugée à l’époque impudemment commerciale. Giraudoux-Chapdelaine a-t-il espéré recevoir la prestigieuse récompense ?
6Un texte d’allure autobiographique soigneusement conservé par Giraudoux‚ mais ni daté ni publié‚ révèle un écrivain on ne saurait plus conscient des attentes du public : « Jeanne‚ récitai-je moqueur‚ la littérature obéit en ce moment à trois modes ». Celle qui est mise en tête de liste correspond à plusieurs des ouvrages primés par les Dix‚ et peut également passer pour le meilleur résumé en moins de quinze mots de Maria Chapdelaine7 : « l’amour du folklore‚ par lequel les petits cœurs des jeunes filles sont remplis8 ». Phrase assassine…
7Impossible‚ au vu de ces convergences‚ de ne pas associer au mirage du Goncourt l’attirance exercée par le roman secrètement mésestimé. Les académiciens‚ d’ailleurs‚ n’ont-ils pas consacré des thèmes qui rapprochent Hémon et Giraudoux quand ils ont couronné des oeuvres « dont l’ambition est de porter témoignage‚ par exemple en faveur d’une France provinciale‚ opposée à la décadence parisienne‚ ou en soulignant l’attachement aux provinces perdues‚ ou encore en interrogeant la supériorité des vertus civilisatrices proposées par la France au reste du monde9 » ? Rien d’étonnant donc que Giraudoux se soit trouvé deux fois sur les rangs‚ en 1909 et en 1917. Les Provinciales a raté en 1909 le prix qui sera décerné à l’anti-allemand En France‚ de Marius et Ary Leblond. Quand‚ à son tour‚ Giraudoux écrit l’anti-allemand10 Siegfried et le Limousin, il avait à nouveau manqué de peu cette distinction (qu’il n’obtiendra jamais) : La Flamme au poing d’Henry Malherbe l’avait emporté sur Lectures pour une ombre.
8En 1922‚ le prix est octroyé à Henri Béraud et Siegfried et le Limousin sera récompensé par… son propre éditeur11. Or Giraudoux y avait glissé plusieurs piques visant le naturalisme que les Dix ont encouragé à maintes reprises. On peut conclure de son ironie qu’il n’entendait pas dévier de sa ligne pour plaire : la province‚ oui‚ le folklore‚ non. Il fallait que le Goncourt vienne à lui‚ non qu’il aille au Goncourt.
9Une autre façon de faire parler les non-dits de Siegfried et le Limousin, est de se demander pourquoi le pseudonyme « Chapdelaine » n’apparaît plus dans le drame issu du roman. Siegfried (1928) conserve pourtant la fiction d’un personnage qui se prétend canadien en vue de donner des leçons de français à un haut dignitaire allemand (l’amnésique Forestier) : en cette époque de rancoeurs exacerbées‚ un professeur de nationalité française l’aurait approché plus difficilement. Alors que‚ dans le roman‚ le faux Canadien Jean se fait appeler « Monsieur Chapdelaine » ‚ c’est dans le drame l’artiste Geneviève Prat qui devient canadienne. Mais comme elle garde son vrai nom et qu’elle ne cache pas longtemps qu’elle est Française‚ le subterfuge est déconnecté du roman de Hémon. Serait-ce que Giraudoux dramaturge estime ne plus rien lui devoir ?
10C’est à éclairer l’influence exercée par Maria Chapdelaine sur le roman de Giraudoux‚ mais dont la version théâtrale a ignoré les effets‚ que sera consacré ce qui reste de l’espace imparti à la présente réflexion.
Dans Siegfried et le Limousin‚ les leçons de français que prodigue Jean sont destinées à éveiller en Siegfried von Kleist le désir de redevenir Français‚ mais non pas tant directement en sensibilisant ses adhérences à sa langue maternelle‚ qu’indirectement en lui rappelant par une série de rédactions françaises conçues ad hoc le souvenir de la belle nature qu’il a connue enfant‚ sous la forme qu’elle prend en France giralducienne : la province.
11Cette anagnorisis ne va pas de soi. L’Allemande Eva a profité de l’amnésie de Forestier pour l’annexer à ses grandes ambitions politiques. Cependant aucun des avantages accompagnant la carrière officielle destinée à Forestier-Siegfried n’a la moindre valeur aux yeux de Jean qui ne voit en lui que le camarade blessé entraîné derrière les lignes ennemies‚ qu’il va falloir ramener du bon côté. Dans cette entreprise qui se révèlera dangereuse‚ il s’adjoint l’aide du romantique Zelten‚ Allemand francophile qui facilitera l’approche du bastion de l’Allemagne moderne en fournissant les faux papiers canadiens‚ car son intérêt est de renvoyer Siegfried à sa condition antérieure pour priver Eva‚ une rivale politique‚ de son joker.
12Le combat qui se perpétue ainsi par personnages interposés entre la France et l’Allemagne (et en contrepoint entre deux images antinomiques de l’Allemagne)‚ Giraudoux le montre traversé du désaccord plus sourd‚ mais aussi plus profond‚ plus irrémédiable‚ opposant d’une part les valeurs d’une Allemagne citadine et centralisée qui se relève‚ et d’autre part les valeurs que le roman rattache finalement au Limousin‚ comme à la plus authentique terre française‚ traditionnelle et familiale. Au nouvel État allemand‚ donc‚ une défaite paradoxalement porteuse d’avenir‚ à la France victorieuse la survivance du monde ancien. Dans les deux pays‚ cependant‚ un petit nombre de personnages sont les tenants nostalgiques d’un monde dont ils s’efforcent de croire qu’il reprendra vie une fois accompli le deuil qui suit l’hécatombe de la guerre‚ alors que le passé est en réalité le grand et‚ tout le roman nous l’apprend‚ le véritable perdant du conflit‚ non l’Allemagne12. L’espoir que la vie retrouve son cours d’avant Quatorze réunit Jean‚ Zelten‚ et Geneviève Prat‚ ex-femme et amie de Zelten‚ amie de Jean et bientôt mère de substitution de Siegfried.
13L’intrigue dont je viens de souligner les tensions liées à l’après-guerre semble à mille lieues du récit simple‚ paisible et pathétique de Louis Hémon.
14Issue d’une famille canadienne profondément attachée à ses racines françaises‚ Ancien Régime et catholiques‚ la jeune et pure Maria Chapdelaine a trois prétendants. Elle se serait fiancée avec François Paradis si le malheureux ne s’était égaré dans la forêt du grand Nord où il ne pouvait que mourir de froid. Inconsolable‚ Maria se met à haïr un pays qui lui a pris l’homme qu’elle aime‚ et se laisse tenter par la demande en mariage de Lorenzo Surprenant qui a vendu sa terre pour émigrer aux États-Unis. Elle s’est décidée à le suivre dans le monde moderne‚ quand sa mère meurt à son tour des suites d’une maladie que l’isolement et des conditions de vie primitives rendent fatale. Misérablement‚ mais entourée des siens et munie des sacrements. Au cours du deuil de cette femme au courage exemplaire résonne longuement la fidélité aux anciennes valeurs françaises‚ en sorte que Maria intériorisant l’image du couple formé par ses parents s’accommode du destin de sa famille. Elle se résout à épouser son voisin défricheur de forêts et restera fidèle à sa langue et à sa terre.
15Dans ce récit qui défend des valeurs auxquelles Giraudoux était attaché‚ trois éléments ont à l’évidence fixé son attention.
16Le premier‚ qui est le thème de la mort incertaine et du deuil infaisable‚ ne pouvait que rappeler au combattant exposé qu’il fut (deux fois blessé) l’image des corps déchiquetés par les obus13 et le sort inhumain des malheureux qu’étrangement les statistiques du front pouvaient compter au nombre aussi bien des blessés – c’est-à-dire des vivants – que des morts14. Au Canada‚ quand un homme se perd dans le froid du grand Nord‚ la communauté refuse l’horreur d’une telle fin (reviendra-t-il ? que seront devenus ses restes s’il ne revient pas ? quel sort sera réservé dans l’au-delà à son âme ?)‚ mais elle enseigne à prendre sur soi. L’horreur et la crainte s’expriment par le mot anodin « écarté » ‚ détourné de son sens habituel. Hémon transmet cette tradition telle quelle‚ sans la problématiser :
Il s’est écarté.
Des gens qui ont passé toute leur vie à la lisière des bois canadiens savent ce que cela veut dire. Les garçons téméraires que la malchance atteint dans la forêt et qui se trouvent écartés – perdus – ne reviennent guère. Parfois une expédition trouve et rapporte leurs corps‚ au printemps‚ après la fonte des neiges… Le mot lui-même‚ au pays de Québec et surtout dans les régions lointaines du nord‚ a pris un sens sinistre et singulier15.
Propre à la guerre moderne‚ le thème de l’absence de dépouille est traité dans Siegfried et le Limousin comme une énigme indéchiffrable. Tandis qu’au Canada « être écarté » signifie tout uniment être perdu dans la forêt et séparé de la communauté‚ Giraudoux construit sa fiction sur ce que le mot « disparu » présente simultanément à l’esprit de peu clair et même de contradictoire. Et c’est là qu’il innove. Tantôt pris dans son sens spécial communément admis‚ le mot jouera son rôle d’euphémisme‚ et Forestier sera tenu pour mort‚ tantôt la disparition suggérera la possibilité inverse de retour‚ et le mot « disparu » entraînera alors « réapparu » ‚ « retrouvé » et même « vivant »… Avant d’être mis en présence d’un Siegfried en chair et en os‚ Jean découvre‚ se profilant derrière un rideau‚ l’apparition de son ombre. On la perçoit si évidemment comme fantomale que tout le récit des rencontres qui se dérouleront par la suite sur la toile de fond d’une (supposée) vie allemande de Forestier‚ peut passer pour une hallucination consolatrice de Jean.
17 Siegfried et le Limousin fait donc régner le plus grand flou sur le degré de croyance requis du lecteur à l’égard d’un phénomène débordant les possibilités imaginatives du récit réaliste. Quant à Siegfried‚ qui refuse de s’intéresser à des corps « réintégrés secrètement et par atomes à la nation » ‚ il propose pourtant certaines représentations qui vont dans ce sens‚ il est vrai de façon peu convaincante :
La disparition d’un homme à la guerre c’est une apothéose‚ une ascension‚ c’est une mort sans cadavre qui dispense des enterrements‚ des plaintes‚ et même des regrets‚ car le disparu semble s’être fondu plus vite qu’un squelette dans son sol‚ dans son air natal‚ et s’être aussitôt amalgamé à eux16…
L’intrigue du drame ne relaie pas l’hypothèse de la réapparition matérielle du corps dispersé de Forestier‚ alors que le roman‚ plus ambigu‚ la proposait en option. En vain‚ car le narrateur rejette cette consolation stoïque‚ lui préférant le risque d’échouer dans son entreprise de rapatriement.
18Giraudoux n’a pas pu manquer de remarquer à quel point l’euphémique « écarté » en usage dans l’ancienne colonie française consonnait en France métropolitaine avec le terme « disparu ». Les deux euphémismes analogues renvoient à l’expérience commune‚ à une réalité partagée‚ ils répondent de façon semblable à des situations similaires‚ et relèvent d’une démarche mentale propre à l’espèce humaine. Les deux auteurs cependant n’en font pas le même usage. Hémon tient la figure de rhétorique pour ce qu’elle est : une atténuation‚ une diminution fictive. Giraudoux déploie au contraire au niveau fictionnel ce qu’elle suggère d’indécidable‚ en sorte que l’amnésie qu’il attribue à son personnage le maintient dans l’atmosphère crépusculaire de la perte‚ alors que l’arrivée de Geneviève‚ qui a les pieds sur terre (et‚ sculptrice‚ les mains dans la glaise) renforce au contraire la résistance que le lecteur optimiste oppose au doute que fait régner le statut incertain‚ peu crédible‚ de Forestier/Siegfried.
19Le premier élément à proprement parler fictionnel et littéraire que Giraudoux retient de Maria Chapdelaine sont la maladie et la mort de Laura Chapdelaine et surtout leur conséquence psychique : la fin du deuil infaisable de Maria17.
20Dans Siegfried et le Limousin‚ l’agonie de Geneviève est aussi pénible et aussi longuement décrite que celle de Laura Chapdelaine. Elles ont le même effet dans les deux récits : Maria renonce aux États-Unis et Jean à sa quête allemande. Siegfried qui reçoit en héritage l’identité de Geneviève‚ souvenir après souvenir (« vous hériterez de moi‚ de moi-même18 »)‚ est réinséré dans son identité française‚ tandis qu’inversement Jean cesse de se projeter en Allemagne. Comme la jeune Canadienne‚ il a compris combien vaine est la fidélité à un passé personnel. Les deux histoires aboutissent à la même conclusion : l’attachement à l’être « écarté » ou « disparu » détache du pays natal‚ tandis que la mort assumée par la communauté répare la déchirure infligée à son tissu par une destruction inhumaine (d’animal ou d’objet).
21Le récit giralducien signale l’emprunt fait au roman de Hémon en imitant avec insistance les particularités singulières de l’épisode canadien : le surgissement décisif et surtout inopiné et inexpliqué d’une péripétie tardive19. Dans le genre de récit auquel appartient Maria Chapdelaine‚ l’absence de préparation est faite pour surprendre. Le lecteur corrélera ce trait irrégulier à l’influence irrationnelle qu’exerce une mort banale et naturelle sur un décès accidentel. Certes‚ le récit de Giraudoux fraie sa propre voie en donnant à cette sorte de compensation la forme d’un passage générationnel au cours d’une célébration pathétique de la vie‚ que la grâce de Geneviève éloigne de toute ritualisation religieuse. Il n’en demeure pas moins que de part et d’autre la figure maternelle est offerte en sacrifice aux mânes du malheureux écarté/ disparu. Quand bien même l’archaïque dévouement de la victime innocente n’est jamais désigné comme tel‚ le lecteur constate qu’il en a l’efficacité dans les deux romans. La seconde mort restaure le lien avec la vie qu’a détruit la première20. Le grand art de Giraudoux sera de représenter les événements qu’entraîne la fin de Geneviève en s’abstenant de statuer sur leur rapport à la réalité. Il aménage ainsi une fin ouverte : Siegfried rentre endormi en France‚ et il ne se réveillera qu’après la fin du récit (mais où‚ comment le peut-il‚ dès lors que cesse la parole qui l’anime ?). Dormant obstinément alors que le matin paraît‚ ce personnage qui passait pour réel il y a peu semble soudain appartenir à quelque dernier rêve de la nuit‚ protégeant un sommeil que la lumière du jour menace d’interrompre‚ et qu’elle interrompt en effet… au moment où le récit de ce rêve est lui-même suspendu par une aposiopèse. La narration se dérobe sur une phrase à jamais inachevée. C’est Jean‚ non un Siegfried désormais indissociable de Forestier‚ que la lumière éveille.
22Dans le train qui conduit de la moderne Allemagne à l’ancien Limousin‚ Jean assiste en effet seul à l’illumination de la province quittée dès l’enfance‚ mais dont le souvenir transmis par son père s’impose alors. « Il faut rester dans la province où nos pères sont restés et vivre comme ils ont vécu‚ pour obéir au commandement inexprimé qui s’est formé dans leurs cœurs‚ qui a passé dans les nôtres21 » ‚ concluait le roman canadien. Comme s’il voulait illustrer cette généralité (ou cette moralité)‚ mais en la gratifiant de toute la ferveur vitale que libère l’issue de sa quête‚ Jean oublie enfin la guerre et renoue avec un pays qui lui apparaît dans une intégrité miraculeuse. Au cours d’un final euphorique‚ une terre antique et intacte lui est offerte sous l’espèce d’une parole immémoriale : la déclinaison des localités qu’il traverse. Par la voix paternelle que ces noms restituent sans aucun intermédiaire ni détour par aucune sorte d’obédience étrangère‚ il communie avec sa patrie.
23Si ce que Giraudoux a découvert dans l’intrigue de Maria Chapdelaine, et qu’il a imité‚ est l’idée que l’issue d’un deuil mélancolique découle du sacrifice d’une figure maternelle‚ le final de Siegfried et le Limousin démarque de beaucoup plus près celui‚ non moins exalté‚ du roman canadien. Ce n’est pas seulement la forme quasi musicale d’une coda qui est commune aux deux morceaux de bravoure‚ c’est aussi la conviction que l’essence d’un pays réside dans sa toponymie et qu’elle peut en émaner‚ lorsque la cérémonie de sa profération remplit les conditions de naturel et d’authenticité d’un mystère que la littérature accomplit. Mémoire d’une civilisation venue de France‚ dont on entend la grande voix impersonnelle (rhétorique) chez Louis Hémon‚ mémoire d’une enfance où résonne la voix (fictionnelle) du père chez Giraudoux‚ un père physiquement absent‚ introduit en esprit au gré des noms remémorés‚ énumérés‚ restitués dans l’écriture et rendus à l’oralité originaire : de part et d’autre de l’océan se lève la même certitude. Les noms anciens humanisent et familiarisent‚ ils pérennisent et renouvellent pour les générations qui se succèdent le « pays de [leurs] pères »22. De part et d’autre‚ un même sentiment de « douceur joyeuse » naît de cette épiphanie de la mère-patrie.
24Même un lecteur ébloui par la splendeur du final de Siegfried et le Limousin, peut apprécier celui de Maria Chapdelaine :
« Ça doit être beau‚ pourtant ! » se dit-elle en songeant aux grandes cités américaines. Et une autre voix s’éleva comme une réponse. Là-bas c’était l’étranger : des gens d’une autre race parlant d’autre chose dans une autre langue‚ chantant d’autres chansons… Ici…
Tous les noms de son pays‚ ceux qu’elle entendait tous les jours‚ comme ceux qu’elle n’avait entendus qu’une fois‚ se réveillèrent dans sa mémoire : les mille noms que les paysans pieux venus de France ont donnés aux lacs‚ aux rivières‚ aux villages de la contrée nouvelle qu’ils découvraient et peuplaient à mesure… lac à l’Eau-Claire… la Famine… Saint-Cœur-de-Marie… Trois-Pistoles… Sainte-Rose-du-Dégel… Pointe-aux-Outardes… Saint-André-de-l’Épouvante…
[…] Pointe-Mille-Vaches… les Escoumains… Notre-Dame-du-Portage… les Grandes-Bergeronnes… Gaspé…
Qu’il était plaisant d’entendre prononcer ces noms‚ lorsqu’on parlait de parents ou d’amis éloignés […] Comme ils étaient familiers et fraternels‚ donnant chaque fois une sensation chaude de parenté‚ faisant que chacun songeait en les répétant : « Dans tout ce pays-ci nous sommes chez nous… chez nous ! »
Vers l’ouest‚ dès qu’on sortait de la province‚ vers le sud‚ dès qu’on avait passé la frontière‚ ce n’était plus partout que des noms anglais‚ qu’on apprenait à prononcer à la longue et qui finissaient par sembler naturels sans doute ; mais où retrouver la douceur joyeuse des noms français23 ?
Les beaux noms résistant à l’usure du temps comme à l’emprise de toute langue étrangère fusionnent avec les valeurs du territoire (la tradition d’un Canada français)‚ avec celles des êtres engrenés dans la famille (loyauté‚ piété‚ fidélité) et poussent à vivre.
25À la fois plus ample et infiniment plus détaillé‚ le final de Giraudoux est trop long pour être cité. Il faut cependant relever les noms surgissant d’une province évoquée au sens fort du terme pour saisir ce que Giraudoux doit à Louis Hémon : ce sera en fin de compte le contraire du jeu d’Oberammergau : adieu‚ les mythes et récits étrangers ! Dans leur diversité native‚ les toponymes créent l’autochtonie dans la langue : Argenton‚ Saint-Sébastien‚ Azérables‚ Eygurande‚ La Souterraine‚ Gargilesse‚ Crozant‚ Sagnat‚ Razès‚ Morterolles‚ Bessines‚ Breuilh-au-fa‚ Droux‚ Ambazac‚ Fursac‚ Blond‚ Le Breuil‚ Rancon‚ Fromental‚ Larsac‚ Le Raynou‚ Saint-Sulpice-Laurière‚ Montagnac‚ Magnac-Laval‚ Pierre-Buffière‚ Folles‚ Bers24…
Ce n’est pas en vain que le thème limousin a été éliminé de Siegfried. Il entraînait la forclusion de l’Allemagne. Sont également retirés du drame qui décidément adopte une attitude différente face à la nation germaine‚ le sacrifice de la mère (Laura/Geneviève) autorisant le retour à la vie (de Maria‚ de Jean)‚ et le lien irrationnel entre la mort là-bas accidentelle puis naturelle (François vs Laura)‚ ici militaire puis civile (Forestier vs Geneviève). Dans Siegfried, en effet‚ une Geneviève bien vivante25 réintroduit Forestier aux coutumes de la vie française‚ ou s’apprête à le faire‚ mais sous son nom allemand devenu sans partage le titre de l’œuvre. Forestier/Siegfried parvient ainsi à l’état stabilisé et acceptable de Français amnésique‚ doublé d’un Allemand aimable à l’égard de la France. Abandonnant aussi bien l’image du vieux pays limousin que celle de la Bavière où la révolution romantique voulue par Zelten s’effondre comme un cliché anachronique‚ Giraudoux dramaturge a tourné la page de la Première Guerre à titre individuel‚ non sans renoncer à représenter que l’entreprise de l’Allemand francophile Zelten échoue à se généraliser en Allemagne.
26De ces modifications émancipant le drame de son prototype romanesque‚ il ressort que l’auteur de Siegfried a pu légitimement cesser de se croire en dette à l’égard de Maria Chapdelaine. Il a donc à juste titre supprimé de sa pièce le couple hybride « Siegfried Chapdelaine » ‚ qui servait dans le roman à pointer l’influence exercée par l’idéal de patrie archaïque transmis par Louis Hémon et que lui-même associait à l’Allemagne‚ un idéal qui a pu lui paraître moins pertinent26 dans la France sacrifiée mais victorieuse‚ une fois la paix restaurée.
Notes de bas de page
1 Jean Giraudoux, Siegfried et le Limousin p. 673, cité d’après les Œuvres romanesques complètes I, Pléiade, 1990. Nous désignerons désormais ce titre sous sa forme abrégée : SL.
2 SL, op. cit., p. 768.
3 SL, op. cit., p. 633.
4 « On pillait le livre de Forestier comme on avait dû piller son portefeuille, la nuit où il était tombé entre les lignes » (SL, op. cit., p. 622-623).
5 SL, op. cit. p. 704. « Chapdelaine-Chapedlaine » dérive poétiquement de « Champlain » ou « Chapelain », deux formes du nom du célèbre explorateur français qui fonda Québec en 1608.
6 Louis Hémon, Maria Chapdelaine, récit du Canada français, Grasset, 1921, p. 46.
7 Maria Chapdelaine a été publié en feuilleton dans Le Temps en 1914, puis édité à Montréal, chez Lefebvre en 1916, enfin en 1921, chez Grasset. Ces renseignements m’ont été aimablement communiqués à la Société de lecture de Genève par Christiane Bernadac.
8 Giraudoux, Œuvres romanesques complètes I, Pléiade, 1990, p. 1164.
9 CF. Robert Kopp, Un siècle de Goncourt, Paris, Gallimard, 2012, p. 30, 35, 43.
10 Le roman a été mal reçu en Allemagne, ce qui n’étonnera personne.
11 Le Grand Prix Balzac, créé par Grasset, disparut en 1924 faute d’être crédible (CF. R. Kopp, p. 39).
12 Au thème du soldat français tombé sur le champ de bataille fait écho, du côté allemand, une série de motifs énumérant gens et lieux « disparus », comme Jean le constate en comparant l’Allemagne actuelle à celle d’avant-guerre (six occurrences du mot « disparu » mises en lumière par une anaphore, p. 664-665). Parmi ces victimes du temps figure Wedekind (1864-1918) que Giraudoux fréquenta pendant son séjour allemand de 1905.
13 « Un obus est arrivé au milieu d’un groupe d’hommes… On n’en a rien retrouvé qu’un képi », note le peintre André Mare dans son journal de guerre (Maria Graffin, Carnets de guerre 1914-1918 André Mare, Éditions Herscher, 1996, p. 15). SL parle de « parcelles de corps » (p. 623).
14 C’est ainsi que Maria Graffin observe à quelques lignes de distance qu’à Verdun « près des deux tiers des morts français sont des “disparus” » et, un peu plus loin, que l’attaque anglaise du secteur de Bapaume représente pour les Anglais « une inoubliable hécatombe : 20 000 morts, 40 000 blessés ou disparus » (p. 44).
15 Maria Chapdelaine, op. cit., p. 115.
16 Siegfried, op. cit., p. 57.
17 François et Maria ne sont ni mariés ni fiancés au moment de la séparation, leur amour à peine déclaré n’a pris encore aucune forme sociale.
18 SL, op. cit., p. 773.
19 « Mon cher Kleist, disait Geneviève, ce n’est vraiment pas de chance de voir mourir ainsi sans raison le première Française que l’on rencontre », SL, op. cit., p. 771 (je souligne).
20 Dans Intermezzo, la première mort du spectre écarte Isabelle, alors que la seconde la fait revenir à la vie grâce à la thérapie d’une réinsertion réussie dans la communauté française. Ce remède se révèlera inopérant dans la Fin de Siegfried, parce que Siegfried y investit le rôle du spectre d’Intermezzo, qui meurt deux fois, non celui de la vivante et revivante Isabelle.
21 Maria Chapdelaine, op. cit., p. 202-203.
22 SL, op. cit., p. 777.
23 Maria Chapdelaine, op. cit., p. 199-200.
24 SL, op. cit., p. 775-778.
25 Dans « Fin de Siegfried » (1934), une version alternative du dernier Acte du drame, Siegfried, que des officiers allemands assassinent pour pérenniser son identité allemande au moment où l’amnésie se dissipe, meurt dans les bras de Geneviève qui demeure en vie.
26 SL montre en 1922 quels dangereux échos un idéal national reposant sur l’idée de communauté archaïque provoque chez la grande voisine défaite. Giraudoux y prophétise l’avenir totalitaire de l’Allemagne et sa tentative future de réaliser l’unification de l’Europe par la guerre : « Par orgueil ou par calcul, tout Berlin semblait croire que <l>’Allemagne ayant supprimé ses frontières, il restait seulement à obtenir, avec l’aide de l’Angleterre […] que la France et la Pologne supprimassent les leurs, et la victoire ainsi revenait du bon côté » (SL p. 725). Voir à ce sujet mon article « Siegfried et le Limousin : un roman de la méthode », Travaux de littérature 4, 1991, p. 257.
Auteur
-
Antoinette Weber-Caflisch
Université de Genève
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Tiempo e historia en el teatro del Siglo de Oro
Actas selectas del XVI Congreso Internacional
Isabelle Rouane Soupault et Philippe Meunier (dir.)
2015
Écritures dans les Amériques au féminin
Un regard transnational
Dante Barrientos-Tecun et Anne Reynes-Delobel (dir.)
2017
Poésie de l’Ailleurs
Mille ans d’expression de l’Ailleurs dans les cultures romanes
Estrella Massip i Graupera et Yannick Gouchan (dir.)
2014
Transmission and Transgression
Cultural challenges in early modern England
Sophie Chiari et Hélène Palma (dir.)
2014
Théâtres français et vietnamien
Un siècle d’échanges (1900-2008)
Corinne Flicker et Nguyen Phuong Ngoc (dir.)
2014
Les journaux de voyage de James Cook dans le Pacifique
Du parcours au discours
Jean-Stéphane Massiani
2015
