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  • Chapitre 1. Cadre politique et social
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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Les grandes entités territoriales, un héritage du haut Moyen Age Donations et origine de la lignée des Mévouillon Statut social des Mirabel, des Mison et des Mévouillon : leurs relations avec les grands de l’aristocratie Notes de bas de page

    Châteaux, villages, terroirs en Baronnies Xe-XVe siècle

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre 1. Cadre politique et social

    p. 17-50

    Texte intégral Les grandes entités territoriales, un héritage du haut Moyen Age Les entités territoriales laïques La curtis et le pagus d’après le testament d’Abbon Pagus et comitatus : une division territoriale à la fin du xe siècle Les entités religieuses Les diocèses Deux fondations monastiques de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Age L’abbaye de Bodon Une dépendance de Saint-Césaire d’Arles Donations et origine de la lignée des Mévouillon Des blocs territoriaux aux travers de donations Genèse de la lignée des Mévouillon Les Mirabel et les Mison : deux branches prestigieuses L’émergence d’une lignée : les Mévouillon Un domaine bi-polaire Mévouillon : le berceau éponyme L’anthroponymie, les liens de filiation et les alliances matrimoniales Essence et prise de conscience d’une lignée aristocratique Statut social des Mirabel, des Mison et des Mévouillon : leurs relations avec les grands de l’aristocratie Les évêques Les vicomtes Une aristocratie proche de l’entourage du comte de Provence et du comte de Forcalquier Les origines Comté de Provence et comté de Forcalquier Notes de bas de page

    Texte intégral

    1La recherche des origines des Baronnies s’appuie sur l’étude des liens de parenté de deux branches familiales implantées sur les marges orientales et occidentales de ce territoire et leurs liens privilégiés avec les grands représentants du pouvoir public à l’aube de l’an mil. Parallèlement, une évolution des cadres territoriaux, politiques et économiques, se dessine au cours du xe et du début du xie siècle. L’apparition de nouveaux pôles de centralisation des pouvoirs privés, par l’intermédiaire des castra et au profit d’une famille seigneuriale locale, forme de nouvelles entités territoriales qui doivent s’imposer dans un territoire déjà humanisé.

    2La privatisation des terres et des revenus dans un contexte laïc est également en étroite relation avec la réorganisation des limites des diocèses qui s’échelonne du xie au milieu du xiie siècle.

    Les grandes entités territoriales, un héritage du haut Moyen Age

    3L’organisation de ce vaste territoire public reposait à la fin du xe siècle sur une division en pagus et comitatus, structures territoriales et politiques issues du haut Moyen Age et de l’époque carolingienne ; elle se superposait à l’ancienne division des diocèses, toujours en vigueur, où un semis d’églises s’était développé dès l’antiquité tardive et le haut Moyen Age.

    Les entités territoriales laïques

    4Au haut Moyen Age, le testament d’Abbon du ixe siècle, charte la plus ancienne de notre documentation (Marion 1869 : XXII), permet, préalablement à la mise en place du royaume Bourgogne-Provence, d’approcher le cadre politique et social de la Provence orientale, dont les Baronnies font partie ; il présente les caractéristiques d’un domaine encore public.

    La curtis et le pagus d’après le testament d’Abbon

    5Abbon, dernier des patrices (ou représentant du pouvoir impérial), était un gallo-romain, « mâtiné de franc, mis par Charles Martel, vers 737, à la place du patrice rebelle, Mauronte » (Poly 1976 : 40). Un diplôme de Charlemagne, daté par J.-P. Poly de 805, rappelle les donations d’Abbon effectuées en faveur de l’abbaye piémontaise de la Novalaise. Son immense domaine rassemblait un certain nombre de curtis et couvrait plusieurs pagi.

    6La curtis, « centre domanial apparu à l’époque mérovingienne, abritait plusieurs bâtiments résidentiels et agricoles regroupés dans une enceinte ou dans un enclos » (Colardelle 1993 : 66). Une basse-cour ou curtila complétait généralement ce dispositif. Citées dans le testament d’Abbon, trois Curtis — de Talarno (Tallard, chef-lieu de canton), d’Opaga (Upaix, canton de Laragne-Montéglin), et de Valerignaca (Valernes, can. de La Motte-du-Caire) — situées dans le pago Vuapomcense se répartissent sur les rives gauche et droite de la Durance. On retrouve le terme de curtis encore au xe et xie siècles. En 960, il est fait référence à la curtis Cavegondis (Vaissette et al. 1840-1846 : 434, n° XLIX) ; la dernière mention d’une curtis dans notre documentation remonte au deuxième tiers du xie siècle (1064-1079). En effet, la donation de biens situés à Mévouillon (canton de Séderon), effectuée par une certaine Gisla en faveur de l’abbaye de Saint-Victor de Marseille, fut exécutée dans la curtis de Pons Sigaldi qui resterait à localiser (CSV n° 1083).

    Doc.3 : Carte des Pagi

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    Les Pagi

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    7Les pagi correspondent à des biens situés dans les pagi Vasense, Sigesterico, Ebredunense, Vuapincense et Diense. L’identification des localités concernées demeure cependant difficile à préciser (Geary 1985 ; Magnani Soares Christen 1999 : 217).

    Pagus et comitatus : une division territoriale à la fin du xe siècle

    8Quatre pagi sont connus par les textes au ixe siècle et un cinquième appartenant également à la zone géographique des Baronnies est mentionné dans une charte de la fin du xe siècle. La référence aux sièges d’évêchés est le cas le plus communément rencontré. Les pagi Vuapincense, Vasense, Sigesterico et Diense mentionnés dans le testament d’Abbon font référence respectivement aux civitates de Gap, Vaison, Sisteron et Die dont ils dépendent ; la distance séparant ces cités étant relativement importantes (plus de soixante kilomètres) laisse mesurer l’étendue importante de ces circonscriptions ; les limites se superposent plus ou moins aux contours des évêchés. Ces dernières restent néanmoins difficiles à préciser.

    9Le pagus Rosanensis se distingue des autres pagi par sa faible étendue. Les limites précises des biens détenus dans le pagus Rosanensis par un clerc dénommé Richaud, ne s’étendent pas à l’ouest au-delà de Rosans et à l’est au-delà de Serres, deux actuels chefs-lieux de canton du département des Hautes-Alpes. Le torrent du Buëch dessinerait la limite entre les pagi Rosanensis et Vuapincensi (CLU n° 1013). Implantée au centre du bassin du Rosanais, la montagne du Risou, massif calcaire en forme de tronc de cône, pourrait bien avoir constitué un point de repère dans le paysage autour duquel ce pagus s’étendait. La racine celtique Roz fait référence à un point élevé ; dès 988 un castrum prend le nom de Rizonis.

    10Deux inscriptions lapidaires gallo-romaines, retrouvées dans deux communes de la vallée de l’Ennuye à Bellecombe-Tarendol et Sainte-Jalle, (Barruol 1977) et des cippes gallo-romaines récemment découvertes à Sainte-Jalle (Mège 2000) sont au nom de la divinité qui y était honorée, Baginus auquel étaient associées des déesses Baginatiae. L’hagiographie de Galla ou Jalle, vie d’une femme rédigée au xie siècle qui aurait vécu au vie siècle1, souligne la permanence du souvenir de ce nom lié ici à un vicus (Van Damme 1979) ; sainte Jalle est dite avoir été enterrée dans « la basilique Saint-Etienne du Baginus vicus, modeste agglomération dont elle était originaire » (Van Damme 1979). Or cette entité territoriale de l’époque gallo-romaine ne correspond sans doute pas à celle du Moyen Age. Les divergences permettent tout au plus de signaler ce rapprochement. Le nom de ce pagus est repris aujourd’hui dans l’appellation d’une montagne dénommée Vanige située à la limite de l’Ennuye et du Rosanais. Le pagus Albionense signalé dans une charte de 960 (Vaissette 1840-46 et al. t. 3 : 434, n° XLIX) ferait également référence à une montagne d’Albion comprise entre le mont Ventoux et la montagne de Lure. Elle est mentionnée dans une donation effectuée à l’abbaye de Cluny en 1082 (CLU n° 3590).

    11L’on notera également la mention d’un autre pagus à l’époque gallo-romaine : le pagus Aletanus, connu par une inscription antique retrouvée à Taulignan (can. de Grignan), se rattacherait à un chef-lieu situé dans un quartier de la commune du Pègue qui révéla la présence d’une occupation antique importante ; l’église Sainte Anne, qui portait avant le xviie siècle le vocable de N-D d’Auton aurait perpétué le nom de ce pagus, (Barruol 1969 ; Rouquette 1974 : 45 ; Mege 1986 : 12).

    12Au sein du pagus, une vallée se distingue parfois et constitue une entité géographique favorisant le regroupement d’un domaine et des revenus qui y sont rattachés. En 956, Pons et Richilde confient à l’abbaye de Cluny des biens situés dans la vallée du Bentrix sur la commune de Condorcet :

    « … in pago Diense, in valle Condacense, quicquid in eadem valle visum sum habere cum omnibus apendiciis suis, campis, pratis, vineis, domibus, cultis et incultis, pascuis, silvis, aquis aquarumque decursibus, farinariis, exitibus et regressibus, quesitum et inquierendum… » (CLU n° 1013).

    13Le pagus s’impose comme une entité territoriale administrative comprise par fois dans un comitatus. En 960, des biens confiés par la comtesse Berthe à l’abbaye de Montmajour sont situés dans le pagus Albionensis, qui semble faire partie du comitatum Atensi in comitatu Atensi, in pago Albionense, in loco..., (Vaissette et al. 1840- 46, t. 3 : 434, n° XL IX). Mais le terme de pagus est dans d’autres exemples indistinctement employé avec le mot comitatus (exemple du Gapençais). Dans les Baronnies, les termes comitatus comme les pagi sont encore usités dans la seconde moitié du xe siècle, à l’instar de l’ensemble de la Provence mais ne sont plus employés au xie siècle.

    14« Les biens fiscaux sont répartis en groupes distincts appelés comitatus ». (Poly 1976 : 79). Six comitatus concernent le territoire retenu par notre étude : les comitati Vapinchis (ou Vapincensis), Vasionensi, Hebredunensi, Sustantionensi et Diense (Vaissette et al 1840-46 t. 3 : 434, n° XLIX). Comme la plupart des pagi, ils portent le nom d’une cité épiscopale, mais ne peuvent être confondus avec eux (Gap, Vaison, Embrun, Die ; Poupardin 1901 : 373). « Comitatus et episcopatus ne sont pas des ressorts mais des menses affectés à l’entretien du comte ou de l’évêque ». Le comte détient un ensemble de comitatus, car « sans doute chacune de ces masses domaniales correspond à une de ses résidences habituelles. Un même comitatus peut réunir des biens en plusieurs pagi » (Poly, 1976, 79) ; l’exemple du comitatus Atensi, précédemment mentionné, le suggère. Les biens concernés par la donation de Berthe se situent précisément au sein du comitatus Atensi, dans le pagus Albiense.

    15Mais l’exemple de Saint-André-de-Rosans souligne également les nuances et la réelle difficulté de définir le comitatus par rapport au pagus qui semble subsister de façon plus ou moins parallèle. L’église Saint-André, située dans le pagus Rosanensis, est dite dans la même charte, appartenir au comitatus Vuapincense :

    « ... ecclesiae Sancti Andreae apostoli, quae infra comitatum Vuapicensem in pago Rosanensi, fundata est... » (CLU n° 1784).

    16Un propriétaire peut détenir des biens dans plusieurs comitatus ; le clerc Richaud confie à l’abbaye de Cluny des églises situées dans le comitatu Vuapincense (Gap) et des vignes situées dans le comitatu Vasensis (Vaison). A l’instar du pagus, le comitatus inclut des vallées qui dessinent des ensembles territoriaux homogènes. La comtesse Berthe confie à l’abbaye de Montmajour, en 960, un certain nombre de vallées non identifiées, mais qui font partie du comitatus : la vallée Cortrincia située dans le comitatus Vapinchis, la vallée Maceso comprise dans le comitatus Tracense et la vallée Salavanis localisée dans le comitatus.

    17La donation de la comtesse Berthe au monastère de Montmajour, effectuée en 960, permet de mesurer l’importance de ces biens "confisqués" et d’entrevoir vraisemblablement l’existence précoce de certains alleux qui sont, au xiiie siècle, dans le temporel des Mévouillon Diense (Vaissette et al. 1840-46, t. 3 p. 434, n° XLIX).

    18En effet, Berthe concède de nombreux biens situés dans les comitati Sustantionensi, Friuliensi, Vapinchis, Vasionensi, Atensi, Orisionense, Tracense, et Diense ; quelques un de ces lieux pourraient correspondre à certaines localités des Baronnies. Hugues avait gardé des biens publics situés à l’est du Rhône, région comprise plus tardivement dans le domaine des Mévouillon ; ces possessions étaient au cœur d’enjeux et de luttes partisanes, peu avant la constitution du royaume de Bourgogne-Provence officialisé lors d’une assemblée tenue en Arles en 945, (Poly 1976 : 32).

    19L’emploi des termes pour désigner les différentes entités territoriales évolue au cours des xe et xie siècles :

    • Le mot pagus est exclusivement employé dans notre documentation au cours de la seconde moitié du xe siècle.
    • Le terme de comitatus, très largement usité dès la seconde moitié du xe siècle, perdure durant toute la première moitié du xie siècle, mais disparaît dans la seconde moitié de ce siècle ; la dernière mention remonte à 1 060.

    Doc. 4 : Carte des biens cédés par Berthe en 960

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    20Malgré une dé finition floue de leurs contours, pagus et comitatus s’appuient, dans la plupart des exemples cités, sur l’ancienne division des civitates et soulignent l’interférence entre le domaine d’Eglise et le domaine fiscal au sein du domaine public.

    Les entités religieuses

    Les diocèses

    21L’episcopatus, mentionné dans notre documentation écrite dès 1030, est rarement employé durant le xie siècle et le plus souvent est en liaison avec un contexte monastique ou ecclésial (ex : donation par l’évêque Féraud, de l’église Saint-Geniez de Dromon à l’abbaye de Saint-Victor-de-Marseille en 1030, CSV n° 712), fondation d’une cella à Trescléoux dans l’episcopatu Vapincensi en 1094, CSV n° 731).

    22Rodolphe (III), roi de Jurane et de Provence et successeur de Conrad-Le-Pacifique, confirme en 998 à l’abbaye de Cluny des biens situés dans plusieurs episcopatus (CLU n° 2466). Les localités et les biens concernés par cette charte et situés dans les Baronnies sont les cellae Rosanensis et Sancti-Pantaleonis, le castrum de Condorcet et toutes les acquisitions effectuées dans la villa Ribadanias. Saint-Pantaléon-les-Vignes est situé sur les marges occidentales des plis préalpins ; les deux autres localités (Rosans et Condorcet) occupent deux bassins situés au cœur des massifs montagneux, au nord du Ventoux (vallée du Bentrix et bassin du Rosanais).

    23Les biens les plus méridionaux qui étaient également du ressort du diocèse sont situés "in Provintia". Le recours à cette référence territoriale, permettait de mettre sur le même plan, biens laïques et biens d’Eglise (confirmation de Grégoire VII datée de 1079 ; CS V n° 843). L’emploi du mot episcopatus ne se généralise dans notre documentation qu’au xie siècle (année 1023 : « ... inepiscopatu Diensi », CLU n° 2779).

    24Le Sud-est était partagé entre l’archevêché de Vienne et celui d’Arles, à l’image de la division des anciennes provinces. Un évêque est présent dans les cités de Die et de Vaison dès le ive siècle : Nicaise, évêque de Die en 325, participa au concile de Nicée et Dafnus, évêque de Vaison, était au concile d’Arles en 314. L’église de Saint-Paul-Trois-Châteaux et celle de Gap ne sont pourvues de sièges d’évêchés, avec certitude, qu’au vie siècle ; le diocèse de Gap devait cependant exister dès le milieu du ive siècle A l’époque carolingienne, les métropoles d’Aix et d’Embrun, Gap, Vaison, Sisteron (dont le Petit Diocèse) relevaient de la province d’Aix ; Die, Vaison et Saint-Paul-Trois-Châteaux dépendaient de la province d’Arles.

    25Dans les Baronnies, les limites de ces diocèses ne sont fixées qu’à la fin du xiiie siècle, parfois seulement au xive siècle (Bois 1997 : 96 ; Clouzot 1923). Des fluctuations de frontières diocésaines eurent cours durant les trois premiers siècles après l’an mil. Les diocèses de Gap et de Die sont très vastes ; les autres diocèses ont des surfaces plus comparables à ceux de la province ecclésiastique d’Arles.

    Doc. 5 : Carte des diocèses

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    26Le diocèse de Die s’étendait au xiiie siècle jusqu’à Rémuzat, localité de la vallée de l’Oule aux confins des diocèses de Gap et du Petit diocèse de Sisteron. Rousset qui appartenait au diocèse de Saint-Paul-Trois-Châteaux, ne fut rattaché au diocèse de Die qu’au xiie siècle. Jusqu’en 1086, un même évêque détenait les diocèses de Saint-Paul-Trois-Châteaux et d’Orange. Valréas est rattaché au diocèse de Vaison au début du xiie siècle, à la suite d’une transaction entre l’évêque Rostaing et Raimond de Mévouillon, coseigneur de Valréas. L’évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux détenait cependant la onzième partie de la seigneurie de Valréas.

    27Le vaste diocèse de Gap documenté seulement à partir du concile d’Epaone de 517 recouvre, au xiiie siècle, la plus grande partie des Baronnies et avance très nettement à l’ouest à la "rencontre" des diocèses de Vaison et de Die, à plus de 150 km du chef-lieu (Février 1986 : 50).

    28La frontière fut mouvante au contact du diocèse de Vaison. Si Cost (lieu-dit de la commune du Buis) fit toujours partie du diocèse de Vaison, les églises de Plaisians situées dans la vallée du Derboux furent transférées de ce dernier diocèse à celui de Gap, entre le xiie et le début du xive siècle (Bois 1993 : 103 ; Font-Reaulx 1925 : 255).

    29Le point de rencontre des trois diocèses de Gap, de Die et de Vaison présentait une grande fragilité. Si le diocèse de Sisteron comprend notamment la vallée du Jabron, située à l’extrémité sud-est des Baronnies et les localités de Ferrassières et du Revest-du-Bion, il dessine également une enclave au cœur des massifs préalpins. Cette dernière n’est pas unique en son genre (enclave de Saou ; de Saint-Pantaléon-Les-Vignes) mais reste toutefois exceptionnelle par son étendue. Il est possible aussi que certaines d’entre elles, connues tardivement, soient des éléments résiduels d’une organisation plus ancienne.

    30Le petit diocèse abritait un réseau de prieurés qui gravitaient dans l’aire d’influence d’un monastère fondé au cours de l’antiquité tardive. Le rayonnement de ce dernier ne serait peut-être pas étranger à la formation de cette enclave. La date du rattachement de cette enclave au diocèse de Sisteron n’est pas clairement attestée. La tradition veut que « revendiquée dès le vie siècle par l’évêque de Gap comme faisant partie du pays des Tricoriens et par l’évêque de Vaison comme appartenant au pays des Voconces, cette enclave aurait été placée sous séquestre entre les mains de l’évêque de Sisteron qui y exerça la juridiction épiscopale jusqu’en 1790 » (Isnard 1866 : 54-56, Brun-Durand 1891). Cette revendication de l’évêque de Gap s’appuierait sur une autorisation donnée par « le pape Zozime en 417 à Remère, pour revendiquer les églises que ses voisins, Procule (de Marseille) et Domnin (de Grenoble) lui avaient enlevées » (GCN, I, 2 Sisteron, 1885, col. 448) ; or ce Remère attesté dans cette lettre pontificale n’est sans doute pas l’évêque de Gap du même prénom et il n’y est jamais fait explicitement référence au petit diocèse (Palanque 1951 : 136).

    31Au sein de ces diocèses, deux réseaux de prieurés fondés dès l’antiquité tardive et le haut Moyen Age, laissèrent une forte empreinte dans les réseaux politiques et ecclésiastiques postérieurement à l’an Mil. L’un dépendait de la prestigieuse abbaye de Bodon, l’autre de l’Eglise d’Arles, église la plus opulente des ixe-xe siècles.

    Deux fondations monastiques de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Age

    32La renaissance des prieurés de Saint-May et de Saint-Césaire d’Arles au xe siècle s’inscrit dans la vague de reconstitution de l’Eglise de Provence. Ce siècle succédait aux périodes troublées des invasions barbares puis sarrasines, dont la Provence orientale eut le plus à souffrir. Cette dernière fut ravagée par des raids successifs aux viie et viiie siècles, mais surtout par les grandes vagues d’invasion du ixe siècle.

    L’abbaye de Bodon

    33D’après la Vita de saint Mary (Isnard 1866 : 1532), Jean, évêque de Sisteron, aurait fondé au début du vie siècle, dans le Val Bodon et plus précisément dans les gorges de l’Eygues à Saint-May (cant. de Rémuzat), un monastère dont Mary (GCN,. I, p. 506 ; Bouche 1664 : 909) fut le premier abbé. Il fut élu avec le consentement de Gondebaud, roi des Burgondes. « Détruite au viiie siècle, par une première vague de barbares venus d’Italie, puis par un des nombreux raids sarrasins, l’antique abbaye devient, dès le haut Moyen Age, une dépendance de l’abbaye de l’Ile-Barbe (Barruol 1977 : 342). Il ne subsiste aujourd’hui que les vestiges d’un prieuré roman sur le plateau de Saint-Laurent qui domine un éperon rocheux où s’est perché le bourg castral de Saint-May. Des chartes du xiiie siècle montrent que le prieur de Saint-May et celui de Lemps sont les représentants de l’abbé de l’Ile-Barbe. Ce monastère de Saint-May prospéra et à la fin du xie siècle, un réseau de 37 églises, situées dans le Petit diocèse de Sisteron et réparties dans la moyenne vallée de l’Eygues et le bassin de l’Ennuye faisait partie de son aire d’influence.

    34Le transfert des reliques de saint May, de la moyenne vallée de l’Eygues à Forcalquier, sous l’épiscopat d’Arnulphe 944-959, (Didier 1954 : 30) a sans doute un lien avec le rattachement de cette vallée et de celle de l’Ennuye au diocèse de Sisteron. Suite à la période d’anarchie qui régnait dans le diocèse de Sisteron, à la fin du ixe siècle, l’église de Forcalquier prétendait au rang d’église cathédrale. Cette situation d’église concathédrale confirmée du xiie au xviie siècle, est le fruit de la création d’un chapitre par un des prédécesseurs de Giraud, évêque du xie siècle. Ce transfert semblait sinon justifier, du moins témoigner de la mainmise effective de ce diocèse sur le bassin de l’Ennuye et la moyenne vallée de l’Eygues au moment où Forcalquier prétendait être un siège d’évêché. Le point de rencontre des trois diocèses de Gap, de Die et de Vaison représentait en effet une grande fragilité. Les biens appartenant à l’église cathédrale pouvaient également se situer n’importe où et pas seulement dans le diocèse qui en dépendait. L’Eglise d’Arles qui possédait des biens dans le Nyonsais en est une illustration.

    Une dépendance de Saint-Césaire d’Arles

    35L’attestation d’une dépendance de l’abbaye de Saint-Césaire à Nyons est connue, à l’occasion de sa restitution en 972, par l’archevêque d’Arles, Ithier, à l’église Saint-Césaire. Saint-Césaire d’Arles appartenait à l’église d’Arles dès 865 et fut restaurée en 879 d’Arles (Valentin du Cheylard 1927). Le monastère de Saint-Vincent et de Saint-Ferréol de Nyons est rappelé, en 986, parmi les possessions de l’archevêque, l’année même où ce dernier signa la confirmation de la donation en précaire de la villa de Nyons à des laïcs ; ces derniers sont les acteurs de la constitution progressive du futur domaine des Baronnies, par un jeu subtil de relations avec les grands pouvoirs laïcs et ecclésiastiques, de la seconde moitié du ixe au milieu du xie siècle.

    Donations et origine de la lignée des Mévouillon

    Des blocs territoriaux aux travers de donations

    36La méthode d’approche de la définition des limites des Baronnies des xe et xie siècles repose sur une démarche chronologique régressive. Les sources documentaires qui concernent dans un même texte l’ensemble des localités de cette région sont tardives. Seule l’annexion delphinale des Baronnies en 1317 donne une liste exhaustive des alleux détenus par la lignée des Mévouillon ; elle fige une situation tardive, de la fin du xiiie et du début du xive siècle et constitue le point de départ d’une étude conduite selon une double orientation.

    37Le tableau de la répartition géographique de leurs biens définit le cadre territorial de cette étude et permet de dresser un état de la documentation disponible.

    38Au travers de ces chartes relatives aux temporels de l’archevêque d’Arles en Haute Provence et des abbayes de Cluny et de Saint-Victor-de-Marseille trois grandes zones se dessinent :

    • un bloc occidental, dans la région du Nyonsais et de Mirabel, composé essentiellement de plaines et de plateaux. La limite nord est franche : de hautes chaînes de montagnes le séparent du Diois. A l’ouest, une ligne reliant Vinsobres à Malaucène ondoie dans la plaine de Valréas, entre sillon rhodanien et plis préalpins (CLU n° 1013 et n° 2480 ; GCN Arles n° 285 et n° 286) ;
    • une zone centrale, au cœur des plis préalpins, située au nord du Ventoux et de la montagne de Lure, dessine une barrière naturelle ; entre ces deux chaînes, seule la montagne d’Albion, trait d’union entre les massifs des Baronnies et le plateau d’Albion, se situe légèrement au sud de cette ligne (CLU n° 1784, n° 3761, n° 3590) ;
    • une partie orientale drainée par le Buëch et la Durance ; le couloir de la Durance constitue une voie de pénétration privilégiée qui a très probablement favorisé l’extension du domaine des Mison, de Faucon jusqu’au Mées. Les Mison sont également implantés dans une zone plus septentrionale, dans le Gapençais et l’Embrunais (CSV n° 691, 692, 713, 695).

    39Le xie siècle, plus largement documenté, voit s’affirmer un certain nombre de familles ; ces dernières sont possessionnées aussi bien dans les plis préalpins que dans la vallée de la Durance. Qui étaient-elles ? De simples petits propriétaires terriens ou de grands alleutiers ? Leurs domaines étaient-ils juxtaposés, ou peut-on discerner une interférence entre les biens des uns et des autres ? Entretenaient-ils des relations entre eux, comme le suggère la présence des uns en tant que témoins à la donation des autres ? A l’aube de la féodalité, le sentiment de disparité ou d’unité prédomine-t-il dans le paysage politique et social de ce vaste territoire ? La prise de conscience d’appartenance à une lignée ne serait-elle pas un facteur de cohésion ?

    Doc. 6 : Carte des alleux des Mirabel, des Mison et des Mévouillon cédés aux abbayes de Cluny et de Saint-Victor de Marseille

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    Légendes
    Dons des Mirabel au Xe siècle : I - Condorcet, II - Nyons, III - Saint-André-de-Rosans.
    Dons des Mirabel au XIe siècle : 1 - Mirabel, 2 - Rioms, Le Poët-en-Percip, 3 - Barret-de-Liourre, 4 - Revest-du-Bion.
    Dons des Mison au XIe siècle : 8 - Dromon, 9 - Beaujeu, 10 - Mison, 11 - Gigors, 12 - Faucon, 13 - Turriers, 14 - Chorges.
    Don des Mévouillon au XIe siècle : 15 - Trescléoux, 16 - Les Mées, 17 - Mévouillon

    40Des études (Ripert-Montclar 1907 : 24-28 ; Michel 1914) reprises par des érudits locaux, (Jacquet 1975 ; Bernard 1980 : 69-98 ; Buix 1986 : 380-385) s’accordent pour entrevoir dans l’unification progressive des deux blocs ouest et est (Nyonsais et Durance), la naissance de la lignée des Mévouillon qui régira pratiquement l’ensemble de ce vaste territoire aux xiie et xiiie siècle, période plus documentée par les textes.

    41L’analyse développée par J.-P. Poly (voir l’annexe de sa thèse non publiée) et l’étude très serrée des relations de parenté entre les divers alleutiers de cette région soulignent les limites d’une telle interprétation. Seule l’ouverture sur un champ d’investigation territoriale et chronologique plus large permet de nuancer ces affirmations.

    Genèse de la lignée des Mévouillon

    Les Mirabel et les Mison : deux branches prestigieuses

    42En cette fin du xe et début du xie siècle, la présence d’alleutiers restés anonymes dans des zones limitrophes ou identiques permet de s’interroger sur leur degré d’affinité et de filiation. L’absence de patronyme représente un handicap certain dans l’analyse des liens de parenté et dans la recherche de l’essence d’une lignée.

    43L’apparition au milieu du xie siècle de ceux des Mison et des Mévouillon, permet de déterminer plus étroitement les degrés de filiation entre les diverses branches et de suivre l’évolution de leurs domaines. Ces noms de deux localités sont les berceaux éponymes de ces familles. Les membres d’une famille restés anonymes, possessionnés dans la partie occidentale des futures Baronnies du xiiie siècle, ont été surnommés les "Mirabel", pour plus de commodité (Boyer de Saint-Marthe 1731 : 81), nom de l’une de leur principale possession. Ils faisaient très vraisemblablement partie des ascendants de la lignée des Mévouillon.

    44Les relations des monastères et de l’aristocratie en Provence du milieu xe au xiie siècle témoignent de l’importance de ces familles au sein de l’aristocratie des xe et xi e siècles et de leur part active dans la restitution de biens d’église. La question de l’ascendance des Mévouillon et par là-même de leur lien de parenté avec les Mirabel et les Mison permet d’insister sur les relations des générations de la première et de la seconde moitié du xie siècle, et d’identifier au mieux les alleutiers de Mévouillon et des environs proches. Gisla et Ripert I s’annoncent comme les personnes clefs de cette histoire.

    45Huit frères détiennent en 1023, des biens dans le Nyonsais ; deux d’entre eux, Laugier et Féraud se font moines à l’abbaye de Cluny et, de leur vivant, lui confient entre autre bien le quart du castrum de Mirabel. Ils cèdent également la moitié du castrum d’Autane dont l’autre moitié avait été déjà préalablement mise sous la protection de cette abbaye par leur père et laissent à leurs frères le reste de l’héritage. Ce dernier rassemblait le quart des castra de Barre, de Clansayes, des Guards (Nyons) et de la villa du même nom, le quart de Peytieux (Châteauneuf-de-Bordette), la villa de Pupiana (Châteauneuf-de-Bordette) le quart de la villa des Faysses, de Monteil, des parts des lieux de Frontignan et de l’Achis (Mirabel, CLU n° 2779). Cette décision est prise lors d’une grande assemblée, réunissant à Saint-Privat de Sarrians, des membres de familles aristocratiques et des évêques. « C’est sans doute le même Laugier, moine de Cluny (Leodegarius, Cluniensis monasterii frater et monachus) qui demande à l’archevêque Raimbaud d’Arles de consacrer l’église de Sarrians qu’il avait construite dans cette villa offerte à Cluny par le comte Guillaume II, au moment de sa mort », (Magnani Soares : 72).

    46La possession d’alleux dans le Nyonsais n’exclut pas une politique d’alliance avec de grandes familles aristocratiques. Laugier I avait au préalable épousé, aux environs de 1002, Odile de Nice dite également de Vence et veuve de Miron (Cais de Pierlas 1888 : 15 ; Poupardin 1907 : 296 ; Compan 1980 : 151 ; Magnani Soares Christen 1999 : 82).

    Les époux et la descendance d’Odile

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    47Cette dernière appartient à une famille proche de l’entourage du comte de Provence, Guillaume, qui lui concède notamment la villa de Cagnes aux environs de 990 (lettre de G. de Manteyer à Ripert-de-Montclar datée du 7 janvier 1904, collection privée, G. Barruol). Elle est l’ascendante des seigneurs de Nice et étendit son domaine dans la vicomté de Sisteron, sans doute grâce aux faveurs de Roubaud, frère du comte. Elle est notamment présente au castrum de Lurs en 999 où elle effectue la donation de biens à l’abbaye Saint-Pons près de Saint-Cimiez en compagnie de son premier mari Miron ; l’évêque de Sisteron Frodon est témoin (Cart. St Pons n° 1 ; GCN t. I, col. 536-537). Notons qu’en 967, le roi Conrad de Bourgogne avait confirmé le castrum de Lurs à l’évêque de Sisteron (Didier 1954 : 8). Si rien ne vient l’attester explicitement, la similitude des biens suggère un lien de parenté probable (Rosenwein 1994 : 24, note n° 54). Un certain Richaud et son frère Datil sont notamment co-signataires de la donation du castrum de Bédoin à l’abbaye de Montmajour, effectuée par Ismion (Magnani Soares 1997 : 37-38). Les domaines possédés successivement par une famille vraisemblablement descendante de Richaud, puis tombés sous l’emprise de l’évêque de Vaison Pierre III, petit-fils de Laugier I, sont situés à Malaucène et dans ses environs. Elle en déduit qu’un lien de parenté liait Richaud à la famille de Laugier. E. Magnani Soares Christen montre, très justement, à ce propos, les relations existantes entre le clerc Richaud et le comté de Vénasque, région limitrophe du "domaine" des Mirabel.

    48La déduction intuitive des liens de parenté entre Richaud et cette aristocratie du xe et xie siècles vient peut-être de ce que le clerc partage le castrum de Mison avec une famille qui adopte le nom de cette localité. Cette famille qui porte le nom de Mison a des liens très étroits avec la famille de Mirabel. La confusion ou la tentation de sur interprétation s’appuie également sur le recoupement du domaine des Mévouillon tel qu’il se présente au xiiie siècle et les terres confiées par le clerc Richaud au xe siècle (Playoust 1988 : 26-27).

    49A l’autre extrémité des massifs préalpins, les Mison, issus d’une localité du même nom, située à 10 km au nord de Sisteron, entre Buëch et Durance, possèdent des biens sur les rives de la Durance, de l’Embrunais (Gigors) aux Mées (CSV n° 691). Ce patronyme apparaît en 1030, dans la donation de Saint-Geniez-de-Dromon effectuée par l’évêque de Gap, Féraud, à l’abbaye de Saint-Victor de Marseille ; Isoard de Mison I et son épouse Dalmatia sont cités parmi de nombreux témoins, issus de familles seigneuriales locales (CSV n° 712). Néanmoins une des premières mentions d’un des leurs dénommé Gaudemar, remonte à 1023.

    Les Mison-Dromon

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    50A cette date, le frère cadet d’Isoard I, Gaudemar et son épouse Agnès donnent à l’abbaye de Cluny, aux côtés de deux de leurs fils Albert et Ismidon l’église Sainte-Marie située dans le territoire du castrum de Beaujeu et dans le comitatus Guapincense. Ils possèdent la moitié de la vallée appelée Gargatas, l’alpage de Vallonus, des biens dans le comitatu Diense, et d’autres dans le territoire du castellum de Lunis (Lus-La-Croix-Haute). Ils se distinguent de leurs descendants et des autres membres de la branche des Mison qui effectuent leurs donations en faveur de l’abbaye de Saint-Victor de Marseille.

    51Pierre de Mison, mentionné dès 1045, fils d’Isoard I et de Dalmatia, et son épouse Inguilbergue eurent un fils du nom d’Isoard III (CSV n° 695, n° 713). Pierre détient des biens dans l’Embrunais et à Turriers. Isoard II est possessionné à Faucon. On note également l’existence d’un certain Isnard de Mison, témoin de la donation effectuée en 1058 par Isoard II (CSV n° 694).

    52Cette branche eut des contacts privilégiés avec l’évêque de Gap qui n’était autre que Féraud, un des membres de la branche des Mirabel. En effet, ce dernier confie en 1030 à l’abbaye de Saint-Victor de Marseille, l’église Saint-Geniez de Dromon située dans le territoire d’un castellum du même nom ; Isoard de Mison I et son épouse Dalmatia, Gaudemar et Agnès furent témoins de cette donation avec Isnard de Volonne et son épouse Dalmatia (CSV n° 712).

    53Les Mison détenaient notamment deux manses dans le castellum de Dromon qu’ils confient à l’abbaye de Saint-Victor la même année (CSV n° 713). Dans cette dernière charte, les Volonne participent à la donation aux côtés d’Isoard de Niozelles et d’autres seigneurs. Ils possédaient sur la rive gauche de la Durance une coseigneurie considérable de Volonne aux Mées qui s’étendait sur les diocèses de Gap, de Riez et de Digne.

    Doc. 7 : Carte des possessions des Mison au xie siècle en Val de Durance et Diois

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    54Les Mison, vicomtes du Gapençais connaissaient sans doute Miron II, fils de Miron I, premier mari d’Odile de Nice. Miron II était en effet vicomte de Sisteron de 1042 à 1067, et son père détenait notamment le castrum de Lurs.

    L’émergence d’une lignée : les Mévouillon

    55Comprise entre ces deux blocs territoriaux distants de 50 km à vol d’oiseau, une vaste zone de plis montagneux est-ouest, situés au nord du Ventoux et de la Montagne de Lure, est partiellement détenue par une famille importante ; cette dernière adopte, au milieu du xie siècle, le patronyme de Mévouillon, localité située au cœur des massifs montagneux, en amont des torrents de la Méouge et de l’Ouvèze, dans l’actuel canton de Séderon.

    56Le patronyme Mévouillon apparaît en 1057, porté par un certain Laugier frère de Ripert I (CSV n° 184) ; il adopte également ce patronyme en tant que témoin d’une donation effectuée par l’évêque de Gap Féraud en 1087 (CLU n° 3620). Ce nom prend successivement, au xie siècle, les formes de Medillone, de Methulensis et de Mettulionis. Il correspond au nom d’une localité située au cœur des plis préalpins. A 5 km à vol d’oiseau au nord du mont Ventoux, aux sources du torrent du Charuis, affluent de la rive droite de l’Ouvèze, Mévouillon, compris entre la montagne du Buc et de Bouvrège, est à l’écart des vallées voisines de l’Ouvèze et de la Méouge. Mévouillon était-il le lieu de naissance de cette lignée ou correspondait-il à un "simple" berceau éponyme "fictif", symbole d’une restructuration des domaines à l’aube de la féodalité Zimmermann 1990 : 295) ?

    Un domaine bi-polaire

    57La première donation, effectuée par un des leurs, ne concerne pas Mévouillon, futur chef-lieu de domaine. C’est au cœur de la haute Ouvèze, à quatre kilomètres à vol d’oiseau au nord de cette localité, que Ripert en compagnie de sa mère Percipia et de ses frères Laugier, Hugues et Raimbaud, confie à l’abbaye de Saint-Victor un certain nombre de biens en 1060 (CSV n° 731).

    Ascendance et descendance de Ripert I

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    58Nettement plus au sud, au pied de la montagne d’Albion, Ripert I, fils de Percipia, sa femme Béatrix et ses enfants Ripert II, Isnard, Pierre, Raimbaud, et Hugues donnent en 1082 à l’abbaye de Cluny deux des alleux les plus méridionaux de leur domaine ; ces derniers sont situés dans la commune actuelle du Revest-du-Bion (Leboret et Vorze). A la même époque, mais à une date indéterminée, ce même Ripert I confiait l’église Saint-Antonin des Mées à l’abbaye de Saint-Victor (CSV n° 711 ; n° 703 ; n° 704).

    59Non seulement les biens des Mévouillon s’étendent dans les Baronnies centrales et méridionales mais également sur les marges orientales et sur la rive gauche de la Durance.

    60Non loin de la Durance, dans une des vallées drainées par un des affluents du Buëch, un certain Ripert, donateur en 1075 de la cella Sainte-Marie de Trescléoux à l’abbaye de Saint-Victor de Marseille, se retrouve en 1094 au côté de son épouse Odile, dans la donation d’une condamine à la même église. Dénommé simplement Ripert dans les deux chartes, il signe en tête sous le nom de Ripertus Giraudi. Giraud est en effet le nom d’un castrum, situé dans la commune de Ribiers à 15 km à vol d’oiseau au sud-est de Trescléoux, dont la quatrième partie des revenus est détenue par l’évêque de Gap Féraud (CLU n° 3620 ; Château-Giraud (Castellum Geraldum) est situé dans la commune de Ribiers à 15 km à vol d’oiseau au sud-est de Trescléoux), frère de Laugier I. D’après la situation géographique et les relations avec les Mirabel, il serait tentant de l’identifier au fils de Ripert I, ascendant très probable de la lignée des Mévouillon.

    61La donation d’une certaine Gisla, alleutière de Mévouillon, permet d’approfondir la question du lien entre les descendant des Mirabel-Mison et le berceau éponyme.

    Mévouillon : le berceau éponyme

    62En 1064-1079, Gisla effectue à Mévouillon une donation importante à l’abbaye de Saint-Victor de Marseille, en compagnie de son frère Raymond et de son neveu Hugues (CSV n° 1083). Raymond et Hugues étaient-ils les personnes qui adoptent à la fin du xie et au début du xiie siècle le nom de Mévouillon ? L’adoption systématique du prénom de Raymond par l’aîné des Mévouillon, dès le début du xiie siècle et pendant au moins six générations conforte le lien de parenté entre Raymond frère de Gisla et la lignée des Mévouillon. Ripert et ses frères portant le patronyme de "Mévouillon" au xie siècle impliquent qu’ils aient été les ascendants des Raymond de Mévouillon successifs des xiie et xiiie siècles.

    Ascendance d’Hugues

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    63Les Mévouillon, possessionnés au xiiie siècle à Mévouillon, la présence de Percipia, mère de Ripert I, dans le castrum voisin du Poët-en-Percip, sont autant d’éléments qui suggèrent un lien étroit entre Gislaet les Mévouillon et la plausible identification de ce Raymond à un des leurs.

    Gisla et sa famille

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    64Contemporainement à la donation de Gisla, sœur de Raymond, à Mévouillon, Gisla, fille de Raimbaud en compagnie de son époux Rostaing d’Agoult (fils d’Adalaïs de Reillane) concède en 1060 au chapître d’Apt un manse au castrum de Barret-de-Liourre sur la volonté de ses six enfants, dénommés Humbert, Raimbaud, Raymond, Laugier, Guilelme et Bertrand (Cart. Apt, n° XC, Didier 1967 : 239-240) ; s’agissait-il de la même personne ? Le manse du castellum de Barret-de-Liourre, situé dans le comitatus Guapincensi, a été cédé à Rostaing par son beau-père, Raimbaud père de Gisla ; en effet Raimbaud, fils d’Odile de Nice et de Laugier implique un très net rapprochement de la parentèle de cette Gisla et des descendants de la branche des Mirabel, tels les Mévouillon. De plus, un des fils de Gisla, fille de Raimbaud, porte le prénom de Raymond ; ces divers éléments permettent de voir en ces deux Gisla une seule et même personne. Gisla donatrice de biens à Mévouillon est bien la fille de Raimbaud de Nice, dit également d’Orange.

    65L’interrogation sur l’identité de Gisla, de Raymond et de leur père commun hypothétique demeure. Hugues, neveu de Gisla, donatrice d’alleu à Mévouillon, offre un autre point de repère. Le prénom Hugues est porté par :

    • le frère de Ripert I
    • et le fils de Ripert I.

    66Le neveu de Gisla, du prénom d’Hugues, pourrait être le frère de Ripert I, en admettant que Gisla ait été la sœur de Percipia.

    67L’ascendance de Ripert I demeure néanmoins difficile à assurer. De qui avait-il reçu ses nombreux alleux ?

    68La transmission du prénom du père étant de plus en plus fréquemment la règle, le recours à l’anthroponymie compense très favorablement les limites d’une étude proprement généalogique (Duby 1973 : 145-166 ; Bourin-Derruau 1989 ; Duhamel-Amado 1994 : 104 ; Poly et al. 1987).

    Prénoms adoptés par les Mirabel

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    Légendes : (+) : les Mison (*) : les Mirabel

    L’anthroponymie, les liens de filiation et les alliances matrimoniales

    69Les deux générations de Ripert I et de Ripert II adoptent les prénoms des Mison et des Mirabel.

    70Les Mison et les Volonne, implantés dans le couloir durantien, privilégient les prénoms d’Isnard, d’Isoard et de Dalmatia qui ne sont pas ou peu choisis par la branche des Mirabel. En effet, cette dernière porte les prénoms de Pons, Pierre, et Raimbaud.

    71Les Mévouillon choisissent des prénoms qui étaient ceux des branches de Mirabel et de Mison et cela suppose que le mari de Percipia, mère de Ripert I, soit issu de l’une d’entre elles.

    72Sachant que le domaine des Mévouillon comprend au xiiie siècle, (période où la documentation écrite est plus complète), les biens des Mirabel et des Mison, il est vraisemblable qu’une alliance eut lieu entre les Mirabel et les Mison, à une date qui reste à déterminer.

    73L’anonymat du père de Ripert représente un réel écueil dans la détermination des liens de parenté entre les Mirabel et les Mévouillon. Il est vraisemblablement défunt lors de la donation qu’effectue Ripert, en 1060, aux côtés de sa mère Percipia. Cette dernière possède des biens au castrum du Poët (en-Percip), village enserré entre les montagnes de La Loube et de Banne en amont de la vallée du Menon (can. de Buis-Les-Baronnies).

    74Avait-elle reçu ce bien en dot de son père ou le devait-elle au douaire transmis par son mari ? Les termes de sponsalicium et de dotalité n’étant pas employés, il est difficile de trancher. Si le douaire était en général proportionnel au patrimoine du mari dans de nombreuses régions, cette coutume n’est pas reconnue en Provence.

    Descendance de Percipia ?

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    75De nombreuses hypothèses ont été émises sur l’identité du mari de Percipia :

    76Percipia se serait alliée avec la branche des Mison-Dromon (Michel 1914 : IV ; Jacquet 1975 : 6).

    77Elle serait l’épouse de Raimbaud de Nice, fils d’Odile (Manteyer 1914 : 365).

    78Elle serait pour G. de Manteyer soit :

    • une certaine Percipia, qui effectue aux côtés de son mari Raymond, fils d’Ingilsende, une donation dans la villa de Calars en 1052 (Callas dans le Var) en présence de Foulques, fils du vicomte Guillaume (CSV n° 541). Il propose d’identifier Ingilsende à l’épouse d’un certain Isnard qui « existait dans la même contrée » et le rapproche des Dromon et Niozelles, familles implantées dans la vallée de la moyenne Durance, auxquelles nous pourrions rajouter les Mison et Volonne. Toutes ces familles adoptent le prénom d’Isnard ;
    • Percipia, femme de Pierre-Guillaume et mère d’Isnard et de Pierre ; son mari avait eu d’une première femme un autre Pierre. Ce prénom peu courant mais adopté par les Mison conforterait ces rapprochements. Cette dernière Percipia donne ses biens « apud S. Stephanum ad salam Rolanni », lieu qui resterait à identifier (AD (13) H. 66).

    79Parallèlement à ces propositions, qui recherchent l’identité du mari de Percipia dans l’aristocratie varoise, niçoise ou encore du val de Durance, l’autre hypothèse avancée par J.-P. Poly, semble cependant beaucoup plus étayée et concerne directement la lignée des « Mirabel » (Poly 1987 : 176 note n° 56).

    80Laugier III qui adopte le nom de Mévouillon en 1057, serait le frère de Ripert I du même prénom et le fils d’un certain Laugier II, frère d’Isnard (Année 1011, GCN Aix, n° 307). Dans ce contexte, Laugier II pourrait être le mari de Percipia.

    81En raison de la transmission de prénoms identiques et des relations géo-politiques de ces individus, Laugier III et Laugier II auraient un lien de parenté avec Laugier I, auteur de la donation de 1023 et membre de la famille de « Mirabel », dont J.-P. Poly développe les origines.

    Mari hypothétique de Percipia

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    Essence et prise de conscience d’une lignée aristocratique

    82Le recours à la documentation du début du xe siècle et la référence à des événements concernant la rive droite du Rhône permettent en effet d’approfondir les origines de la lignée et de la branche dite de Mirabel.

    83Au milieu du xe siècle, un certain Pons Ier, époux de Blismodis détenait en précaire de l’archevêque Ithier, des biens sur la rive droite du Rhône dans le comitatu Ucetico (GCN Arles n° 268). Ils reviendront, après sa mort, à ses deux fils Yzon et Imbert évêque de Vaison. Ces derniers sont possessionnés aussi bien dans la vicaria de Caisson que dans le comitatu Aurensensi (d’Orange) en l’actuelle commune de Mornas.

    84Pons II, son fils aîné, s’y voit notamment confirmer la villa Jocundatis (Mornas), dont le terminium avait été concédé en précaire à ses parents, par l’archevêque d’Arles Manasses, en 954 (GCN Arles n° 283). Il reçoit, de l’archevêque Ithier, la villa Niomes et des biens à Busayrol, situés dans le comitatu Vasionense (Vaison). En 981, cette précaire lui est confirmée par Annon, successeur d’Ithier, ainsi qu’à ses deux fils, Pons III et Laugier I (GCN Arles n° 285).

    Descendance de Pons Ier

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    • Pons III serait d’après J.-P. Poly, le père de Laugier II et le grand-père de Laugier III, frère de Ripert et fils de Percipia. Il donnera la lignée des Mévouillon.
    • Laugier I, auteur de la donation de 1023, serait le père de Raimbaud de Nice dit également d’Orange car il donnera la branche familiale des Orange, ancêtre des Baux, lignée surnommée par J.-P. Poly, les « Orange-Mévouillon ».

    Degré de parenté entre Laugier I et Laugier II

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    85Cette dispersion apparente des biens était-elle le fruit d’une tentative progressive de regroupement des terres (dont officieusement ils avaient temporairement la charge), ou traduisait-elle un glissement géographique d’ouest en est, perceptible au gré des alliances ou des conflits qui précédèrent la main mise définitive du comte Raimond sur la Gothie ?

    86Les Mévouillon adoptent en effet les noms de personnes possessionnées sur la rive droite du Rhône :

    • Raimbaud (de Psalmody) qui est très probablement l’auteur du transfert du monastère de Saint-Roman dans le patrimoine du monastère de Psalmody avant 920 (GCN Arles n° 412) ; il avait en effet obtenu du roi Charles, par l’entre mise du comte Raimond, « la confirmation du domaine Cornealium, où avaient été transférées à cause des païens, la communauté monastique de Psalmody et l’abbaye de Joncels » (Poly 1987 : 70).
    • Garnier, abbé de Saint-Roman de l’Aiguille en Argence ;
    • Ripert et Pons possessionnés en Argence (canton du pays d’Arles frontalier du Nîmois). Ils sont au début du xe siècle aux prises à de nombreuses luttes intestines, entre Guilelmides, Raimondins et Bosonides (Duhamel-Amado 1994 : 102).
    • Ripert procède en 921 à la main mise sur un certain nombre de fiscs, sous couvert d’échanges "frauduleux", et affermit son domaine dans le comté d’Uzès. Un an plus tard, un certain Pons reçoit de l’abbaye de Saint-Victor de Marseille un domaine situé à proximité des acquisitions de Ripert (Poly 1987 : 75). L’abbé Garnier concède une précaire à Pons "l’Orangeois", pour des biens situés à Nîmes (Poly 1987 : 71).
      Pons I ascendant des Mévouillon donne notamment des prés à Goudargues et assiste à l’expiation de Géraud de Sabran, le pseudo-archevêque de Narbonne, lorsque celui-ci fonde Saint-Saturnin du Port (Pont Saint-Esprit) pour Cluny.

    87Les fils de Pons I, Izon et Imbert, évêque de Vaison quittent cette région de l’Uzège aux mains des Sabran pour se rapprocher de la rive gauche du Rhône, fleuve qu’ils ne franchiront plus.

    88Dans ce contexte de glissement des possessions de cette famille, de la rive droite à la rive gauche du Rhône, et des liens qu’elle cultivait avec les dépendances de l’abbaye de Cluny, il serait tentant de rapprocher Pons II d’un certain homme du même prénom possessionné à Condorcet et bienfaiteur de l’abbaye de Cluny en 956-957 (CLU n° 1013). En effet, ce dernier avec sa femme Richilde originaire de l’Uzège, tenait de l’archevêque d’Arles l’abbaye de Sainte-Marie de Goudargues (GCN Arles n° 214 ; Magnani Soares Christen 1999 : 32-33).

    89Les nombreuses précaires confiées par l’archevêque d’Arles dans la région de Mirabel (cant. de Nyons, Drôme) et l’accaparement des sièges d’évêchés dont les descendants bénéficient à partir du milieu du xie siècle, seraient la compensation des biens perdus sur la rive droite. « Dans la seconde moitié du siècle ils ajoutent à leurs propriétés anciennes autour d’Orange et de Mirabel, dans la région du Buis, au nord-est de Vaison, de riches précaires tenues de l’archevêque d’Arles, le fisc de Mornas appartenant à Aniane et les biens de Nyons à Saint-Césaire ; ils ont pris ou repris Mévouillon, confisqué par Hugues d’Arles » (Poly 1987 : 76). Ce "repli" sur la rive gauche du Rhône allait donner naissance aux trois branches majeures dans l’histoire féodale de la Haute-Provence : les Orangeois, les Montdragon et les Mévouillon, « l’une des plus puissantes seigneuries de Provence » (Poly 1989 : 77).

    Doc. 8 : Carte des possessions des ancêtres des Mévouillon au xe siècle

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    Voir tableau : publié par J.-P. Poly : Les Orangeois (954-1150), POLY (J.-P.). L’autre nom du comte Raimond. Le paysage monumental de La France autour de l’An Mil. Colloque international CNRS, Hugues Capet 987-1987, La France de l’An mil, juin-septembre 1987. Picard, 1987, p. 77, Pl. 11.

    Statut social des Mirabel, des Mison et des Mévouillon : leurs relations avec les grands de l’aristocratie

    90Le recoupement de plusieurs actes permet en effet de dresser un tableau de cette société aristocratique qui se divise entre laïcs et gens d’Eglise.

    Les évêques

    91A la fin du xe siècle, les évêchés, largement convoités, sont accaparés par des familles laïques. Le siège de trois des cinq diocèses compris dans les futures Baronnies, Gap, Vaison et Sisteron, est occupé par des membres de la lignée des Mirabel-Mison. Parmi ces évêques, les membres de la famille Mirabel sont particulièrement bien représentés. Dès le deuxième tiers du xe siècle, les frères précaristes Pons II et Garnier furent respectivement évêques de Vaison et d’Avignon (GCN Arles n° 283). Féraud et Pierre I, frères de Laugier I, occupent respectivement les sièges des évêchés de Gap et de Vaison.

    Les évêques au sein des Mirabel et des Mévouillon

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    92L’épiscopat de Féraud est compris entre celui d’Hugues et celui de Rodolphe (de 1003 à 1040 environ). En 1003, Féraud assiste au don des églises du Bion, aux côtés du comte Roubaud et de ses confrères d’Avignon, de Riez et de Carpentras. En 1029, il confie Saint-André de Gap à l’abbaye de Cluny « sollicité par Arbitrius, chanoine de son église et par Pons, prévôt de Saint-André-de-Rosans » (Magnani Soares Christen 1999 : 73 ; GCN Aix Instr. VIII). En 1030, il confie à l’abbaye de Saint-Victor de Marseille l’église Saint-Geniès de Dromon (CSV n° 712). Il est témoin à Marseille et à Sarrians de donations effectuées par les comtes de Provence Bertrand et Geoffroi, respectivement en 1031 et 1037 (GCN n° 454, n° 455). Le dernier acte en date conservé, le situe à Marseille, lors de la consécration de l’église Saint-Victor en 1040. Pierre est le prénom de trois membres de la famille de Mirabel ayant occupé les sièges des évêchés de Vaison et de Sisteron ; Pierre I, frère de Laugier est vraisemblablement évêque de Vaison de 1010 à 1030 ; son petit neveu, Pierre III, petit fils de Laugier I et fils de Raimbaud d’Orange occupe également ce siège de 1053 à 90 ; Pierre II évêque de Sisteron (1030-42) et frère de Raimbaud, était le fils de Laugier I (Poly 1987 : 77). Successeur de Frodon, Pierre II fut évêque de Sisteron vers le milieu du xie siècle3. Souvent confondu avec Pierre I, évêque de Vaison en raison de l’absence quasi systématique dans les chartes du nom de l’évêché que tous deux détiennent, il semble cependant avoir participé en 1033 à la donation de Saint-Véran de Cagnes (Cart. Lérins n° 149). En effet, un an auparavant, un certain Pierre en compagnie de ses frères Raimbaud et Rostaing assistait son père Laugier et sa mère Odile (Cart. Lérins n° 144). En 1030, il donnait la villa Orbazacho située dans le comitatu Nicense (CSV n° 794). Largement possessionné dans l’évêché de Nice grâce à ses parents, il souligne très nettement les liens qu’il pût y avoir entre ces alleutiers des rives de la Durance et les grandes familles aristocratiques des Alpes-Maritimes.

    93A sa mort, en 1042, Raimbaud procède à l’achat de l’évêché de Sisteron, pour son fils Pierre III de Mirabel ; ce dernier étant trop jeune pour assurer la charge de cet épiscopat, Raimbaud dilapide ce bien et l’évêché de Sisteron demeure sans évêque pendant dix-sept ans (Didier 1954 : pièces justificative n° 1). Peu de temps après la première acquisition, Raimbaud procure à ce même fils, à prix d’argent, l’évêché de Vaison. Pierre III de Mirabel, fils de Raimbaud et petit-fils de Laugier est alors abbé de Saint-Florent d’Orange ; rappelons que les Bourguignons qui contrôlaient la vallée du Rhône à la fin du ixe siècle (depuis 896), détenaient notamment cette prestigieuse abbaye, (Poly 1987 : 71).

    94Pierre III occupe le siège de l’évêché de Vaison, vraisemblablement aux environs de 1043 (GCN Aix col. 692-694). Son épiscopat est compris entre celui de Pierre I (frère de Laugier) et celui d’un autre Pierre.

    95Pierre I apparaît dans la première moitié du xie siècle comme auteur ou témoin de donations effectuées en faveur de l’abbaye de Cluny (1023,1037) et de Saint-Victor de Marseille (CLU n° 2779 ; Bibl.nat. ms.lat. 13915 fol. 67 v. ; copie Manteyer BM 38 R 100068 ; CSV n° 794 ou GCN t. I, Instr. col. 444, n° 6 ; cart. de Lérin, n° 149, p. 136 et n° 154 bis ; CLU n° 2916). Il assite également en 1030 à la signature par les comtes de Provence d’un diplôme en faveur de Cluny (GCN Arles 669). En cette même année, « il donne à l’abbaye de Saint-Victor-de-Marseille la villa d’Orbasac, située au comté de Nice » et assiste en 1032 à la donation que son père et sa mère faisaient à l’abbaye de Saint-Véran de Cagnes, au comté de Vence, près de la rivière du Loup.

    96Sous l’épiscopat de son petit-neveu Pierre III, Vaison est prospère ; ce dernier concède à cette église de nombreuses terres situées près de Vaison à Rasteau et à Cairanne. Des revenus et des corvées leur étaient dûs et étaient perçus aussi bien à Rasteau et Mirabel que dans des terres plus lointaines (Avignon, Courthezon). La perception de dîmes à Vaison, Malaucène et Rasteau et une partie de la leyde du marché de Vaison (1053) complétaient largement ces revenus. L’Église de Vaison « bénéficie également de la donation du moulin de Malaucène et de terres situées dans les environs de Vaison, à l’exception d’une seule terre située à Sisteron » (Cartron 1990 : 74). Les donateurs, seulement désignés par un prénom, n’ont pu être rattachés à des familles précises. Les comtes de Provence, Geoffroi et Bertrand, auraient donné à l’évêque la moitié de la ville de Vaison. Il n’est pas non plus exclu que le dynamisme économique sous l’épiscopat de Pierre III ait pu favoriser au xie siècle la reconstruction de la cathédrale (Rouquette 1974 : 139 ; Cartron 1990 : 76 ; D’Annoville 1993 ; Guyonnet 1996).

    97L’intéraction entre gens d’églises et laïcs est si forte que certains menèrent, paradoxalement de front, vie cléricale et vie laïque. Malgré sa haute position sociale, Ripert de Mévouillon I, évêque de Gap, est excommunié par les prédécesseurs d’Alexandre II ; l’archevêque d’Arles en est averti (GCN Aix Instr. X ; GCN Aix, p. 467). C’est avec femme et enfants et sans le titre d’évêque que Ripert fait don au xie siècle de l’église Saint-Antonin des Mées à l’abbaye de Saint-Victor de Marseille. Cette conduite fut vivement décriée et il fut excommunié (Vita Arnulfi : 238. ; GCN Aix col 277).

    98La situation de Ripert n’est pas un cas d’exception à cette époque ; sur « 58 prélats intronisés dans la période de 980-1060, 9 sont connus pour avoir des enfants ; sur 21 évêchés provençaux, 8 au moins ont eu un évêque marié » (Didier 1954 : 4 et 9 ; Bibl. Carpentras ms 513-514).

    99Les nombreuses donations effectuées par les Mirabel-Mison et par les Mévouillon aux deux grandes abbayes bénédictines masquaient en quelque sorte cet accaparement de biens d’églises. L’occupation de trois sièges d’évêchés (Gap, Sisteron, Vaison) par trois membres de la branche Mirabel était le garant de cette politique.

    100Dans ce contexte ambigu, favorisé par la détérioration du bien public, où biens d’église et biens privés se confondent, les Mévouillon semblent avoir largement profité de leur situation d’évêques pour remodeler les contours des évêchés à leur avantage. La démesure du diocèse de Gap n’est vraisemblablement pas sans rapport avec l’occupation de ce siège par Ripert (les Mévouillon auraient empiété sur le diocèse de Sisteron, créant ainsi par défaut l’enclave du Petit Diocèse de Sisteron, (Nicault 1998 : 89). Cette hypothèse fort séduisante, doit être néanmoins nuancée par l’aire de rayonnement de l’abbaye de Saint-May créée par l’évêque de Sisteron Jean au vie siècle. En effet, à cette époque, les biens appartenant à l’église cathédrale pouvaient également se situer n’importe où et pas seulement dans le diocèse qui en dépendait). Son excroissance occidentale jusqu’à La Roche-sur-Le-Buis et orientale jusqu’à Malijai semble liée à l’aire d’extension des domaines des Mirabel-Mison. Les possessions de Ripert I aux Mées apparaissent dans ce contexte diocésain, moins isolées. Rappelons également que les rives du cours de la moyenne Durance étaient sous la coupe des Mison qui avaient des relations étroites avec l’évêque. La première moitié du xie siècle ne présente cependant qu’une seule nouvelle mention : villa Mollanis (Mollans-sur-Ouvèze), année 1014, 1914 : 98-99. La donation est en faveur de l’abbaye Saint-André de Villeneuve-lès-Avignon.

    101Parallèlement les Mison effectuent une main-mise progressive sur le bien public (le fisc), favorisée paradoxalement par leur statut de vicomtes.

    Les vicomtes

    102Aux environs des années 1035-44, la fonction de vicomte est créée ; représentants du comte, ils l’aident à exercer son autorité sur un vaste territoire.

    103Miron II, fils de Miron et d’Odile de Nice, porte dès 1037 le titre de vicomte. En 1057, il est désigné en tant que vicomte de Sisteron4. Aux environs de 1050, Pierre puis Isoard de Mison, époux de Dalmace, sont vicomtes (vicomes) du Gapençais (CSV n° 694-695) ; la référence à la cité qu’ils régissent, dans leur titulature, est une nouveauté depuis la création de cette fonction, (CSV n° 691). Pierre de Mison est vicomte de Gap dès 1047 (CSV n° 691 Gaudemar, bienfaiteur du prieuré de Ganagobie en 1023 (CLU n° 2771) serait le neveu de Pierre et le frère d’Isoard, au côté duquel il effectue une donation en 1030 (CSV n° 713).

    104La similitude de fonction des Mison et des Miron, familles possessionnées dans la région de Sisteron, invite à s’interroger sur un hypothétique lien de parenté entre ces deux familles. Parallèlement aux vicomtes, d’autres membres de la lignée des Mison, désignés sous le terme de podestats, exercent la justice. Au xie siècle Albert de Mison remplit cette fonction dans un procès relatif aux violences infligées aux moines de Chaudol dont le monastère a été restitué par les Mison-Dromon et le comte en 1038 (CSV n° 737). Il donne la sentence, entouré de ses chevaliers (Poly 1976 : 120-121).

    105Les Mirabel, puis les Mévouillon manifestent également leur appui. Proches du comte de Provence, ces diverses branches font partie de familles héritières d’une aristocratie des environs de l’an Mil.

    Les vicomtes au sein du lignage de Nice et de Sisteron

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    Les vicomtes au sein des Mison

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    Une aristocratie proche de l’entourage du comte de Provence et du comte de Forcalquier

    Les origines

    106Les Mirabel-Mison faisaient très vraisemblablement partie des grandes familles aristocratiques qui, autour de "Guillaume le Libérateur", mirent définitivement fin aux invasions sarrasines en 960 ; les sarrazins provoquèrent de nombreux incendies successifs de l’abbaye de La Novalaise en 912, 920, 929 et contrôlèrent des cols dès 921 grâce à l’appui des Bosonides. Leurs nombreux raids dans les Alpes depuis leur base implantée dans le golfe de Grimaud dès le ixe siècle et l’enlèvement de l’abbé Maïeul en 972 à Orcières (Iognat-Prat 1989 : 70 ; Laurenson-Rosaz 1987), suscitèrent un vaste élan de coalition des forces en présence autour du comte, contre l’envahisseur définitivement repoussé en 960. Les Mirabel-Mison, proches de l’entourage du comte par la famille d’Odile de Nice, ne pouvaient que se rallier à ce mouvement libérateur des Alpes du Sud.

    107Ces affinités comtales se traduisent très nettement dès les "origines". Bien au-delà du témoignage de leur fidélité par des actions de soutien, les ascendants des Mévouillon épousent la politique comtale, au point d’adopter le prénom de l’un d’entre eux dans le courant du xe siècle. Cette pseudo-identification aux grands du moment invite à rechercher les racines de cette lignée dans les grandes familles héritières de l’aristocratie, statut corroboré par la désignation de ses membres au xie siècle.

    108Trois Mirabel-Mévouillon adoptent le nom de Pons, second prénom du comte Raimond ; ce dernier, membre de la lignée princière des Raimondins de Toulouse, rétablit en 936 la paix publique, destabilisée depuis le deuxième tiers du ixe siècle par les luttes entre Guillelmides et Bourguignons. L’adoption de ce prénom témoigne une identification ethnique aux racines profondément inscrites dans la tradition romaine (Poly 1989 : 76-77) ; de nombreux Pons sont témoins ou acteurs de donations en liaison avec les Mévouillon ; sur 52 noms signalés dans une charte de 1060 (CSV n° 731), on dénombre 13 Pons qui appartiennent à des familles seigneuriales. On notera également la mention de Pontius Sigaldi qui possède une curtis, où fut ratifiée la donation de Gisla en 1064-1079, (CLU n° 1083). Cette curtis resterait à localiser ; son nom se rapproche d’un lieu-dit d’Eyroles : la ferme de Sigala ; cette dernière est distante cependant d’une vingtaine de kilomètres à vol d’oiseau de Mévouillon. Un épandage de céramiques antiques et de quelques tessons attribuables à l’antiquité tardive a été repéré au sud-est de la ferme. En 1075, le prêtre Pons et Pons Adabalde apposent leurs sceaux à l’acte de fondation du prieuré de Sainte-Marie de Trescléoux (CSV n° 731). La donation d’une condamine à ce nouveau prieuré en 1094, par Ripert et son épouse Odile, est signée par 21 personnes dont 8 portent le nom de Pons, (CSV n° 302 Amargier).

    109Le comte Raimond ne peut justifier l’adoption du prénom de Pons, ni par son ascendance ni par l’identification à une quelconque lignée aristocratique de l’Empire. Un des premiers membres de la lignée des Mévouillon adopte ce prénom, peu avant le comte lui-même (Morlet 1968 ; Laurenson-Rosaz 1987 : 184). Ce choix délibéré par le comte se justifie également par une politique de reconquête qu’il veut mener vers une paix durable.

    110Dans cette dislocation de l’Empire, la référence à des saints issus des premiers temps chrétiens permet d’afficher la romanité de familles comme le témoignage d’une ascendance aristocratique plausible. Les nombreuses donations effectuées par Odile de Nice à l’abbaye Saint-Pons de Cimiez (qui abrite la tombe du martyr éponyme), témoignent également de cette dévotion particulière pour ce saint.

    111Au-delà d’un simple rejet de la culture franque et du sentiment d’appartenir à une aristocratie de vieille souche, le choix délibéré de saints, indignement traités par les sarrazins avec l’appui des Bourguignons, reflétait une forte volonté de soutenir le parti raimondin. Les hagiographies de sainte Jalle et de saint May soulignaient très nettement l’aristocratie de ces saints revendiquée par les lecteurs de ces vies qui adoptaient ces récits un peu comme celles de leur ascendance. N’étaient-ils pas sinon les auteurs du moins les contemporains de l’hagiographe ayant rédigé notamment la vie de sainte Jalle (Poly 1987 : 81 note 73) ?

    112L’adoption systématique par les Mirabel-Mison des prénoms Pons et Raymond, n’était-elle pas une recherche d’identification et de reconnaissance par les grands du moment, que la lignée par le sang ne pouvait à elle seule justifier ? Elle rappelait la part prise par les Mévouillon dans le retour des Raimondins, tout en générant progressivement une principauté indépendante qui s’appuyait sur des fondements identiques : la romanité. L’adoption du nom Raimond au xiie siècle, sur lequel nous reviendrons ultérieurement, ne semble pas non plus sans rapport avec le premier nom du comte.

    Comté de Provence et comté de Forcalquier

    113Les différentes branches de la famille issue de Boson et de Guillaume qui détenaient le comté en indivis n’ont que des filles. Dès la fin du xie siècle, ces dernières s’allient avec les membres de maisons comtales extérieures à la Provence. L’une d’entre elles, Gerberge, donna sa fille Douce en mariage au comte de Barcelone, Raymond Bérenger II, en 1112. Cette alliance mettait fin à tout espoir de gouverner dans l’indivision et une longue période d’affrontements naissait entre Raymond Bérenger, comte de Barcelone, et Alphonse Jourdain, comte de Toulouse, qui ne prit fin qu’en 1125, lors d’un partage. Le pays compris entre Rhône et Durance, les Alpes et la mer, dont les Baronnies faisaient partie, revenait à Raymond Bérenger. Néanmoins ce dernier devait "reconquérir" les biens transmis en dot par son épouse. Une partie des Alpes du sud et de la moyenne vallée de la Durance étaient encore sous l’égide des descendants d’Adalaïs, fille du comte Guillaume VI Bertrand, lui-même fils de Bertrand comte de Forcalquier.

    114Lors du partage de 1125, il n’est dit mot des descendants d’Adalaïs et des limites du comté de Forcalquier placés sous l’autorité de Guillem I (1090-1129). La frontière occidentale n’est en effet fixée qu’au milieu du xiie siècle. Elle s’étendait des abords de Lagnes au col de Cabres (situé au nord de La Piarre commune du canton de Serres). Le comté de Forcalquier, aux contours encore mal définis, recouvrait les anciens diocèses d’Apt, de Sisteron, de Gap et d’Embrun (les vallées de La Seyne et de Barcelonnette exceptées). Il n’eut qu’une courte durée de vie, d’environ un siècle. Tout en préservant l’indépendance de leur domaine, les Mévouillon et les Mison entre tinrent des relations privilégiées avec le comte de Forcalquier (Poindron 1968 : 211- 226).

    115Certaines donations des Mirabel-Mison se font en présence du comte ou des membres de sa famille ; Isoard de Mison fonde l’église de Saint-Geniès de Dromon et en fait don à Saint-Victor en présence du comte Bertrand, petit-fils d’Adalaïs (CSV n° 712 ; n° 713). En 1030, les trois évêques de Gap (Féraud), de Vaison (Pierre I) et de Sisteron (Pierre II) étaient les témoins d’une donation effectuée par les comtes Geoffred et Bertrand à l’abbaye de Cluny (CLU n° 2916).

    116Comme les Châteaurenard, les Marseille, les Moustiers, les Sisteron, les vicomtes d’Avignon, ou les Brussans, les Mison et les Mirabel font partie des fidèles du comte dans la première moitié du xie siècle (Poly 1976 : 163). Les Mirabel, les Mévouillon, les Miron, les Mison sont au début du xie siècle les alliés du comte Bertrand avec Isnard de Riez, son cousin Raimbaud (de Reillanne), son frère Boson, Guillem de Cucuron, Bérenger d’Avignon et son frère Amic. Ils participent aux ravages des terres des Baux et de celle de Fos (Poly 1976 : 178).

    Doc. 9 : Carte du partage de 1125

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    117« Les Mison-Entrevennes, dit Agout, qui ont également des alleux dans les Alpes de Haute-Provence sont d’ailleurs les rares lignées avec les Agout-Simiane à souscrire leur charte au comte de Forcalquier. Ils le soutiennent également dans des luttes à main armée contre des seigneurs récalcitrants. Les Entrevennes-Mison aident le comte de Forcalquier à vaincre Uc de Volx en 1126 », (Poly 1976 : 324). Malgré la présence du comte de Forcalquier dans la partie orientale de leur domaine, les Mison gardent une certaine autonomie. Ils ne paient pas l’albergue, contrairement aux Agout et à leurs voisins du Gapençais et de l’Embrunais. Le rôle prééminent des Mirabel, des Mison et des Mévouillon dans la politique comtale, en tant que membres de l’aristocratie provençale, se traduit également très nettement dans leur dénomination et leur titulature.

    Notes de bas de page

    1 BHL 6932 : tome février : 939 ; Bibl. Vat. Codices Ottoboniani latini, Codex 120 : 197 v°, 198 r°, 198 v°, 199 v°.

    2 Bollandus, Acta Sanctorum, 27 janvier.

    3 Le chanoine Albanes l’identifie au frère de Féraud et de Laugier et propose les dates suivantes 1018-1040, (GCN Arles col. 689, n° 23) ; E. de La Plane confirme son élévation au siège d’évêché dès 1018 alors qu’il était enfant, mais ne le met en fonction qu’en 1023 (août 1018 : notice de Polycarpe de La Rivière dans ses Annales, p. 613, repris dans Manteyer 1914 : 139, n° 117 ; De Manteyer 1975 : 359, 365) ; J.-P. Poly donne une chronologie plus serrée 1030-1042 (Poly 1976 : 77 ; CSV n° 794).

    4 « Son père tenait des biens de l’église de Sisteron en 999 (CSP n° 1) ; c’est son mariage avec Odile de Vence qui l’attira dans le pays de Nice » (Poly 1976 : 202, note n° 182, CSP n° 7, CSV n° 793. Il est mentionné avec ses frères l’évêque Pons, Guillaume et Bermond dans divers textes du xie siècle : CSP n° 3, Cart. de Nice n° 8 et 11). Poupardin (R.), Le royaume de Bourgogne (888-1038). 1907, Paris, p. 296.

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    1 BHL 6932 : tome février : 939 ; Bibl. Vat. Codices Ottoboniani latini, Codex 120 : 197 v°, 198 r°, 198 v°, 199 v°.

    2 Bollandus, Acta Sanctorum, 27 janvier.

    3 Le chanoine Albanes l’identifie au frère de Féraud et de Laugier et propose les dates suivantes 1018-1040, (GCN Arles col. 689, n° 23) ; E. de La Plane confirme son élévation au siège d’évêché dès 1018 alors qu’il était enfant, mais ne le met en fonction qu’en 1023 (août 1018 : notice de Polycarpe de La Rivière dans ses Annales, p. 613, repris dans Manteyer 1914 : 139, n° 117 ; De Manteyer 1975 : 359, 365) ; J.-P. Poly donne une chronologie plus serrée 1030-1042 (Poly 1976 : 77 ; CSV n° 794).

    4 « Son père tenait des biens de l’église de Sisteron en 999 (CSP n° 1) ; c’est son mariage avec Odile de Vence qui l’attira dans le pays de Nice » (Poly 1976 : 202, note n° 182, CSP n° 7, CSV n° 793. Il est mentionné avec ses frères l’évêque Pons, Guillaume et Bermond dans divers textes du xie siècle : CSP n° 3, Cart. de Nice n° 8 et 11). Poupardin (R.), Le royaume de Bourgogne (888-1038). 1907, Paris, p. 296.

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    Estienne, Marie-Pierre. « Chapitre 1. Cadre politique et social ». In Châteaux, villages, terroirs en Baronnies Xe-XVe siècle. Aix-en-Provence: Presses universitaires de Provence, 2004. doi:10.4000/books.pup.1647.
    Estienne, Marie-Pierre. « Chapitre 1. Cadre politique et social ». Châteaux, villages, terroirs en Baronnies Xe-XVe siècle, Presses universitaires de Provence, 2004, https://doi.org/10.4000/books.pup.1647.

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    Estienne, M.-P. (2004). Châteaux, villages, terroirs en Baronnies Xe-XVe siècle. Aix-en-Provence: Presses universitaires de Provence. https://doi.org/10.4000/books.pup.1638
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    Estienne, Marie-Pierre. Châteaux, villages, terroirs en Baronnies Xe-XVe siècle. Presses universitaires de Provence, 2004, https://doi.org/10.4000/books.pup.1638.
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