Introduction générale
p. 9-11
Texte intégral
1Entre Rhône et moyenne Durance, l’extrémité méridionale des Préalpes offre le cadre géographique de cette étude de castellologie. Ce cadre suit les contours d’une entité politique seigneuriale reconnue pendant trois siècles après l’an Mil. A équidistance de Montélimar, de Gap et d’Aix-en-Provence, cette région de l’arrière-pays provençal, peu étudiée sur le plan archéologique — notamment pour la période médiévale — présentait un large champ d’investigation et permettait de développer le problème de l’enchâtellement dans une région de moyenne montagne, correspondant à une entité historique comprise entre deux axes de communication nord-sud majeurs.
2Couvrant un vaste périmètre, délimité à l’ouest par les chefs-lieux de canton de Vaison et de Dieulefit et à l’est par ceux de Sisteron et de Serres, une succession de douze vallées, séparées par des plis pyrénéo-alpins est-ouest, s’échelonnent du nord au sud, des contreforts du Vercors (Diois) aux crêtes du Mont Ventoux et de la Montagne de Lure, « rebord septentrional des plateaux de Vaucluse » (Jorda 1997). Ces vallées sont drainées à l’ouest par des affluents du Rhône et à l’est par ceux du Buëch, torrent qui se jette dans la Durance en amont de Sisteron. Aux extrémités occidentale et orientale des Baronnies, le relief s’interrompt brusquement. La plaine de Valréas, délimitée à l’est par les rares plis nord-sud, donne à l’ouest sur la vallée du Rhône ; à l’est, la plaine du Buëch, large vallée située en amont du confluent Buëch-Durance, au niveau de Sisteron, s’ouvre en un vaste couloir de circulation nord-sud, axe majeur entre Alpes et haute Provence.
3Partagé entre la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur et la région Rhône-Alpes, cet ensemble géographique qui couvre 2 000 km2, rassemble 127 communes, regroupées en neuf cantons partagés entre quatre départements. Ecartelée entre plusieurs entités administratives, cette zone des Préalpes a perdu sa notion d’entité historique, dont seule la partie méridionale du département de La Drôme a gardé le nom : Les Baronnies.
4Son extension territoriale et la durée de son existence fixèrent les limites géographiques et chronologiques de la thèse. Avant le xive siècle, cette appellation évoquait un territoire lié à la présence d’une importante seigneurie et à l’affirmation d’un lignage — celui des Mévouillon — pendant trois siècles (fin xe siècle-1317) dont l’emprise de leur pouvoir s’exerçait à la fin de leur « règne » sur 189 alleux.
5L’analyse de l’enchâtellement en Baronnies, s’inscrit dans une réflexion à échelle nationale et européenne (dans les pays du pourtour nord-méditerranéen) menée depuis bientôt trente ans ; une recherche, qui au gré des rencontres (Flaran 1 1979, table ronde de la Maison de l’Orient 1983), des confrontations et de la multiplication des études de cas régionaux, évoluèrent très rapidement vers l’acceptation d’une interrelation entre le château et le terroir ; elle excluait l’analyse du château pour lui-même, reléguant l’étude des formes monumentales et de l’histoire des seigneuries à l’arrière plan. Manifestation de l’implantation du système féodal au profit d’une aristocratie laïque (Bloch 1939), le château devient également l’acteur de la structuration des terroirs, participant à l’histoire sociale et économique.
Les cantons concernés par l’étude

6La définition d’un territoire politique précis au contact d’influences méridionales et septentrionales — Les Baronnies — offrait en ce domaine un cadre de recherche susceptible de révéler un certain nombre de nuances entre un incastellamento à l’italienne, bien mis en évidence dans le Latium (Toubert 1973), et la naissance "anarchique" d’une multitude de châteaux isolés, tel en Dauphiné (Colardelle 1979 ; Mazard 1983).
7Les Baronnies ne se prêtent pas à une distinction entre plaines et arrières-pays montagneux contrairement au Languedoc par exemple (Schneider 1996). Elles sont un pays de moyenne montagne compris entre les grands massifs alpins et l’arrière-pays provençal et restent difficiles à saisir. En effet, l’on sait que dans les grands massifs alpins l’autorité delphinale et épiscopale aux côtés des contraintes naturelles, ont limité le développement de bourgs castraux (Falquevert 1997), au contraire des collines de Haute-Provence où le bourg castral est largement diffusé (Sauze 1997).
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