Déplacements de troupeaux et cités grecques (ve-ier s. av. J.-C.)
p. 49-66
Remerciements
Je remercie mon collègue Pierre Sauzeau pour sa relecture et ses utiles remarques.
Texte intégral
1S’il est, dans la littérature grecque, une célèbre description de déplacements de troupeaux, c’est bien celle qui figure dans l’Œdipe roi de Sophocle1. Par sa précision et sa singularité, ce texte mérite une lecture attentive. La tragédie de Sophocle remonte aux années 420 av. J.-C. et était destinée à un public athénien alors plongé dans la guerre du Péloponnèse. Le personnage central, Œdipe, règne sur Thèbes depuis qu’il a délivré la cité du Sphinx. Une épidémie vient s’abattre sur le peuple thébain et Apollon déclare que la catastrophe est une punition pour le meurtre de l’ancien roi, Laïos. Cherchant le coupable, Œdipe apprend qu’il est à la fois le fils de Laïos et son meurtrier. Lors de l’enquête, deux vieux bergers sont entendus comme témoins ; l’un relève du roi de Thèbes, l’autre de celui de Corinthe. Voici ce que dit le Corinthien :
« Je suis bien sûr qu’il se souvient du temps, où, sur le Cithéron, lui avec deux troupeaux (poimnia), et moi avec un, nous avons tous les deux vécu côte à côte, à trois reprises, pendant six mois, du début du printemps au lever de l’Arcture. L’hiver venu, nous ramenions nos bêtes, moi dans ma bergerie (épauloi), lui aux étables (stathma) de son maître. Oui ou non, dis-je vrai2 ?»
2Mis à part l’absence de précisions sur le type des animaux3, tout est ici d’un réalisme saisissant : il s’agit de déplacements vers des lieux d’estive et non vers des pâturages d’hiver ; la montée intervient au début du printemps, que les Grecs situaient en mars, et la descente au lever de l’étoile Arcture qui marque la fin de l’été, en septembre. Le berger thébain est un esclave4, comme l’étaient souvent les bergers athéniens de l’époque classique, que leurs maîtres vendaient en même temps que le troupeau5. Les pâturages d’été se trouvaient dans les montagnes du Cithéron, entre Athènes et la Béotie qui, pendant longtemps encore, ont été le domaine des bergers (fig. 1)6.
3L’historiographie francophone sur les déplacements de troupeaux en Grèce ancienne a été marquée par un bel article de Stella Georgoudi paru en 1974 et intitulé « Quelques problèmes de la transhumance en Grèce ancienne7.» L’auteur voyait dans la transhumance une conséquence de la nature méditerranéenne et de son climat8. Cet article frappa les esprits, d’autant que ce mot de transhumance comportait une nostalgie pastorale méditerranéenne désormais inoffensive pour les citadins que nous sommes. Toutefois, les actes d’un colloque sur les économies pastorales, tenu en 1986, comportaient deux articles sur les déplacements de troupeaux en Grèce, l’un d’un anglais, Stephen Hodkinson, l’autre d’un danois, Jens Erik Skydsgaard. Tous deux se demandaient si la Grèce avait connu la transhumance9. Le renouveau des études sur l’agriculture grecque tendait parallèlement à montrer que la dépaissance n’était pas la seule réponse aux problèmes de cohabitation entre agriculture et troupeaux, mais qu’une intégration pouvait être mise en œuvre, même dans des régions peu favorisées comme les Cyclades10.

Fig. 1 : Le Cithéron, et la Grèce centrale, Labo d’histoire, upv.
4Le débat sur la question de la transhumance en Grèce ancienne tend à apporter une image plus nuancée des déplacements de troupeaux. D’une position au départ déterministe (la transhumance est la conséquence du milieu méditerranéen), on a abouti à l’impression que les contextes socioéconomique et politique sont des éléments essentiels à prendre en compte11.
5Le problème sera ici examiné au sein de la cité grecque, ce qui signifie que de vastes régions, notamment en Grèce du nord-ouest et du nord (Acarnanie, Épire, Macédoine) où régnaient d’autres systèmes politiques comme l’ethnos ou la monarchie, ne seront pas évoquées.
Élevage et itinérance
6En Grèce, l’itinérance du bétail touche surtout les ovicaprins ; les bovins n’y sont guère soumis car leur présence dans les campagnes n’est liée la plupart du temps qu’aux besoins en bétail aratoire. Seules les régions arrosées du nord-ouest de la Grèce ou de l’Asie Mineure ont pu être concernées par de véritables déplacements de bovins12. Le modèle a même été appliqué aux essaims d’abeilles et cette transhumance des ruches fonctionnait à l’époque impériale dans le nord du Péloponnèse, en Grèce centrale ou dans les Cyclades13. Le transport se faisait certainement par bateau, ce qui évitait de trop perturber les abeilles.
7Les Grecs parlent de probata pour désigner les bestiaux et ce mot vient du verbe probainô, « marcher en avant ». Par une évolution significative, probata a fini par ne plus qualifier que le petit bétail, et en particulier les moutons, sens que le mot a conservé en grec moderne14. L’idée selon laquelle le déplacement du troupeau est constitutif de l’élevage se constate de multiples façons. Un naturaliste comme Aristote (ive s. av. J.-C.) considère que ces déplacements participent des migrations auxquelles les animaux sont naturellement contraints15. Le recueil agronomique des Geoponica (vie s. ap. J.-C.) n’envisage guère d’autre solution et dans un chapitre issu de Florentinus (iiie s. ap. J.-C.)16 sur les soins à donner aux moutons, la recommandation concernant les bergeries (sèkoi) est suivie de la phrase suivante : « L’été, on les nourrit en plein air et ils sont parqués au dehors […]. Il faut systématiquement les conduire hors des lieux où l’hiver est rude vers ceux qui sont plus chauds et non l’inverse, car le froid leur est hautement dommageable17.» Les précisions sur les déplacements sont cependant rares et le vocabulaire utilisé par les bergers grecs n’a guère survécu, de sorte qu’il est bien difficile de trouver un terme grec permettant de désigner le pâturage d’été18.
8De son côté, dès l’Odyssée, la littérature pastorale a tendu à privilégier le modèle de l’aller-retour quotidien entre bergerie et pâturages. C’est en ramenant le soir son troupeau que Polyphème découvre Ulysse et ses compagnons. Il les enferme le lendemain matin pour repartir en montagne avec ses bêtes et ne revenir que le soir19. Le retour des troupeaux devient ainsi l’une des images qu’appelle l’évocation de la fin de journée20. Dans Daphnis et Chloè, Longus (iie ou iiie s. ap. J.-C.) ajoute une opposition entre une courte mauvaise saison passée à l’étable et une belle saison marquée par des déplacements quotidiens de la ferme au pâturage21.
9Les sources littéraires à propos des déplacements de troupeaux sur de longues distances sont rares : il n’y a guère que le passage de Sophocle déjà cité. Un discours du sophiste Dion Chrysostome (fin du ier s.-début du iie s. ap. J.-C.) évoque les mouvements d’un troupeau de bovins d’un grand propriétaire eubéen sous les Flaviens, mais cela ne dépasse pas les frontières de la cité22. Les sources archéologiques sont pratiquement inexistantes. L’archéozoologie apporte certes des informations sur les animaux domestiques, mais le plus souvent en contexte sacrificiel ; d’un autre côté, les bergeries et les étables sont encore difficiles à identifier et les prospections de surface (surveys) mettent peu en évidence les sites purement pastoraux23.
La transhumance maritime
10L’une des formes les plus originales de déplacements de troupeaux est ce que l’on pourrait appeler la « transhumance maritime ». Le phénomène a perduré jusqu’à une époque récente et a pu être observé par les voyageurs occidentaux et les géographes24. Chèvres et moutons semblent avoir marqué le destin de bien des petites îles qui leur étaient abandonnées. Elles y vivaient quasiment à l’état sauvage. L’Odyssée mentionne un de ces îlots devant le port des Cyclopes « où les chèvres sauvages se multiplient sans fin […] : sans labours ni semailles, tous les jours de l’année, l’île vide d’humains ne sert que de pâtis à ces chèvres bêlantes25 ». Mais cet usage pouvait affecter des îles d’une superficie de 10 à 20 km2, en période de faible pression démographique26. Un passage de Strabon (ier s. av. J.-C.) explique que l’île d’Ikaria, dans l’est de l’Égée, était déserte à la basse époque hellénistique et possédait « seulement des pâturages utilisés par les Samiens27 ».
11La transhumance maritime a laissé quelques traces dans les sources épigraphiques28. Un décret de la cité d’Hérakleia (Cyclades, fin du iiie s. av. J.-C.) interdit l’introduction et l’élevage des chèvres sur l’île et envisage même que des meurtres puissent être commis par des chevriers qui voudraient y conduire leurs animaux. L’histoire récente d’Hérakleia explique ce décret d’époque hellénistique. L’île n’a guère que 18 km2 de superficie. Au début des années 1970, elle ne comptait que 129 habitants vivant essentiellement de l’élevage. Cette population permanente ne s’était installée que dans la première moitié du xixe s., sous l’impulsion du monastère de la Panaghia Khozoviotissa, sur l’île voisine d’Amorgos. Auparavant le monastère utilisait Hérakleia comme terrain de parcours pour du petit bétail29. Hérakleia avait connu un cycle semblable dans la seconde moitié du iiie s. av. J.-C. Les colons étaient parvenus à y fonder une cité, mais avaient dû en assurer la survie en chassant les chevriers.
12Un arbitrage d’Argos (années 330 av. J.-C.) entre les cités cycladiques de Kimolos et de Mélos, deux îles très proches l’une de l’autre, dans le sud-ouest de l’archipel, s’explique aussi à travers la pratique de la transhumance maritime30. La querelle portait sur trois îlots, Polyaiga, Étèireia et Libeia. Le texte ne dit pas en quoi ces îles purent être un enjeu territorial, mais le nom de Polyaiga est significatif : c’est l’île « aux nombreuses chèvres ». Le destin ultérieur de l’île est là encore éclairant. Un voyageur français de la fin du xviiie s. constate lui aussi que, depuis les ravages de la dernière guerre turco-vénitienne, l’île ne servait que de pâturages pour les gens de Mélos31. Le destin naturel de cet îlot, de même que celui des deux autres îlots mentionnés dans l’inscription était donc de servir de pacage pour le petit bétail des grandes îles voisines.
Les pâturages d’été en Grèce continentale
13Hors du monde insulaire, la localisation des pâturages d’été est très différente. Une cité grecque (polis) est en effet formée de terres agricoles qui constituent sa chôra au sens restreint et de terres gastes, les eschatiai. Cette division apparaît chez les penseurs de la cité du ive s. av. J.-C. Platon, dans sa cité idéale, prévoit que les citoyens possèderont deux lots de terre, l’un près du centre, dans la chôra, l’autre aux extrémités du territoire civique32. Aristote ne se démarque pas de son ancien maître sur ce plan33.
14Certes, il s’agit là de vues théoriques que la nature semble s’être souvent ingéniée à contrarier, car les terres gastes ne sont pas toujours en position périphérique. Depuis quelques années, l’étude des frontières civiques a beaucoup progressé grâce à l’étude des inscriptions fixant des frontières linéaires qui, à partir de l’époque classique, tendent à se substituer à l’ancien modèle de la zone tampon. Les délimitations de frontières s’articulent autour de points de repère dont l’examen statistique est révélateur34. Dans leur immense majorité, ces points de repère sont naturels et correspondent à des lignes de crête, des grottes, des cours d’eau ou des arbres remarquables. Les points d’origine anthropique sont peu nombreux ; les routes y dominent largement, ce qui manifeste que les eschatiai sont des lieux de passage plus que de séjour. Rares sont les repères liés à une exploitation agricole.
15La rareté de la pratique agricole sédentaire et la faiblesse du peuplement que domine une culture de la mobilité conduisent souvent les Grecs de l’Antiquité à rejeter les hommes qui vivent dans les eschatiai du côté de la marginalité et à faire peser sur eux le soupçon de la délinquance, voire de la barbarie. En outre, les eschatiai semblent aussi souvent échapper au régime de la propriété privée qui, pour les Grecs, repose d’abord sur l’ensemencement et la plantation. Le statut des eschatiai était donc celui d’une terre publique (chora dèmosia) dont Aristote fait l’une des deux grandes catégories du sol dans les cités35.
16Bien des documents sur les zones frontalières évoquent de manière conjointe le bois et le pacage. Une inscription encore inédite sur les frontières de deux cités de Lycie (Asie Mineure, basse époque hellénistique), Tlôs et Termessos près d’Oinoanda, montre cette exploitation sylvo-pastorale. La zone montagneuse contestée est reconnue comme possession de Tlôs, mais les gens de Termessos y obtiennent un droit de pâturage (épinémèsis) et d’affouage (xylismos) ; en revanche, il est impérativement interdit aux Termessiens d’y exploiter le sol, d’y bâtir, d’y semer ou d’y planter des arbres36. Ce texte et d’autres montrent que, sur les terres publiques et les zones de frontières, les citoyens bénéficiaient de droits d’usage, voire d’un droit d’appropriation qui s’exerçait en semant ou en plantant des arbres. Les étrangers, même domiciliés dans la cité, étaient exclus de ces droits, de même qu’il leur était interdit de posséder de la terre ou des immeubles. Exceptionnellement, une cité pouvait accorder ou échanger ces droits de pâturage avec sa voisine. Les bénéficiaires avaient alors la possibilité de passer la frontière et de pénétrer sur les pâturages de la cité voisine sans causer de troubles. Le droit de pâturage accordé aux étrangers s’appelait l’épinomia37. Mais le droit de pâturage dont disposaient les citoyens semble avoir porté le même nom d’épinomia. À un étranger qu’elle voulait honorer ou remercier d’un service, la cité pouvait aussi accorder individuellement le droit de pâturage, avec d’autres droits réservés normalement aux citoyens. À ce jour, les inscriptions ont livré soixante-et-onze exemples d’octroi individuel de l’épinomia.
17Bien des aspects du fonctionnement du droit de pâturage restent obscurs : fallait-il payer une taxe pour conduire ses animaux sur les pâturages publics ? C’était le cas dans certaines cités, alors que, dans d’autres ce droit paraît gratuit. Une inscription de Mégalépolis en Arcadie datant du règne d’Auguste montre qu’un notable de la cité, T. Arminius Tauriscus, en échange d’un pont qu’il avait fait construire à ses frais sur l’Hélisson, la rivière locale, avait obtenu de la cité la gratuité du pâturage et de la glandée38. En revanche, un traité entre deux cités crétoises, Hiérapytna et Priansos (iie s. av. J.-C.), précise que le droit de pâturage qu’elles échangent s’exercera sans qu’il y ait de taxes à payer, ce qui suppose que l’on n’en demandait pas non plus aux citoyens39.
18La carte des cités ayant octroyé l’épinomia à titre individuel offre une répartition originale (fig. 2). L’est de la Grèce est seul représenté, malgré l’absence notable d’Athènes. Dans cette zone, le droit de pâturage était le complément naturel du droit de propriété d’une terre et d’une maison (gès kai oikias enktésis). C’est aussi celle d’un certain type de déplacements de troupeaux où les propriétaires d’animaux pratiquent la dépaissance hors de la chôra.

Fig. 2 : Carte des cités ayant accordé l’épinomia, Labo d’histoire, upv .
Les bergers et la montagne
19Deux pôles paraissent souvent animer les déplacements des troupeaux, d’une part les montagnes, d’autre part la plaine. Pour les Grecs, cela se traduisait par une oscillation entre les terres publiques aux marges de la polis où les animaux passaient l’été et les terres privées au cœur de la cité où on les gardait à la mauvaise saison. L’association entre les bergers et la montagne l’a nettement emporté dans les représentations. Dans la littérature pastorale, le berger est souvent l’homme qui connaît les « hautes montagnes40 », alors que pour les gens ordinaires, il s’agit là d’un monde hostile. Une inscription funéraire d’Égine mentionnant un gardien de chèvres a été trouvée dans les collines au centre de l’île ; un autre chevrier a consacré une stèle votive dans la grotte des Nymphes du mont Hymette en Attique41. En Arcadie, les sanctuaires à caractère pastoral, comme ceux d’Hermès ou de Pan, occupent l’étage des pacages, ainsi dans le mont Lycée, alors que les cimes sont consacrées à Zeus42. Les juges qui avaient à trancher des contestations territoriales entre cités lorsque celles-ci portaient sur des cantons montagneux faisaient pour cela appel aux bergers. À la fin du iiie s. av. J.-C., en Thessalie, un groupe de juges de Larissa se fit conduire par un berger du nom de Ladikos fils de Harmodios sur un sommet local, le Nyseion, pour avoir une connaissance globale des lieux disputés entre la cité de Kondaia et l’une de ses voisines dont le nom n’est pas conservé. Le berger précise qu’il connaît bien la région pour y avoir souvent mené paître ses troupeaux43.
20Parce que tout cela conduit dans les marges de la vie civique, les détails éclairant l’organisation des déplacements d’animaux et la gestion des estives ne sont guère nombreux dans les sources. La documentation littéraire offre quelques aperçus du troupeau en marche. En tête, avancent souvent les chèvres qui dirigent l’ensemble du troupeau44. Surtout il y a le bélier qui s’impose comme le « conducteur des brebis », l’hègémôn tôn probatôn. Son rôle lui donne une personnalité. Aristote explique qu’il vit plus longtemps que les autres animaux, qu’il est le seul à porter un nom et qu’il répond à l’appel des bergers45. Le bélier meneur du cyclope Polyphème est même entré dans la grande littérature. Le matin de l’évasion d’Ulysse et des compagnons, il sortit le dernier. Sous son ventre s’était attaché l’ingénieux roi d’Ithaque :
« Doux bélier, qu’as-tu donc ?… te voilà le dernier à sortir de la grotte ?… les autres t’ont laissé ?… D’ordinaire, c’est toi qui le premier de tous, t’en vas paître à grands pas les tendres fleurs des prés ! et tu vas, le premier, au courant des rivières ! et le premier encor, tu t’empresses, le soir de rentrer à l’étable !… Aujourd’hui, te voilà le dernier des derniers46 !»
21Dans la documentation épigraphique, seuls les traités bilatéraux réglant le passage des troupeaux ou mettant en commun des pâturages de montagne offrent des informations sur le troupeau en marche. On y voit la crainte que suscitaient les dégâts des troupeaux pendant leurs déplacements. Un traité du début du iiie s. av. J.-C. entre deux cités crétoises, Hiérapytna et Praisos, précise que le droit de pâturage qu’elles s’échangent s’exercera « étant entendu que chacun ira et viendra vers son propre territoire sans commettre de dégâts47 ». Le même souci se retrouve dans un autre traité conclu par Hiérapytna avec une autre de ses voisines, Priansos (iie s. av. J.-C.) : il y est prévu que toute personne ayant commis des dégâts en exerçant le droit de pâturage devra payer les amendes prévues par la loi48. En montagne, les bergers devaient empêcher les animaux de pénétrer dans les sanctuaires car la terre sacrée ne pouvait faire l’objet d’aucune exploitation active par l’homme. On ne peut ni y couper du bois, ni y semer, ni y parquer du bétail. Le traité entre Hiérapytna et Praisos précise que les Praisiens excluent de la zone de compascuïté deux sanctuaires qui se trouvent à Ardanitos et à Daros49. Les bergers devaient trouver ces sanctuaires bien tentants, car les animaux pouvaient passer les heures chaudes du début de l’après-midi à l’ombre de leurs arbres, souvent à proximité d’une source sacrée.
22Dans les estives, l’enclos à bétail (aulè) était un équipement indispensable. Son apparence était sans doute très différente de celle du parc à bétail amovible plus tard en usage. L’archéologie n’est d’aucun secours pour se figurer l’aulè des bergers grecs. La grotte du Cyclope, dans l’Odyssée, en donne sans doute une idée ; elle se présentait comme « cour (aulè) profonde, dont l’enceinte était faite de gros blocs arrachés, de chênes à panache et de pins au long fût50 ». Dans un passage de l’Euboïque de Dion, il faut imaginer une structure assez proche de la mandra qu’utilisent traditionnellement les bergers dans la Grèce moderne, c’est-à-dire une cour en plein air bien close comportant aussi un abri pour le berger et les jeunes animaux51. La fonction de l’aulè ne pouvait être de récupérer le fumier des animaux pour favoriser la repousse de l’herbe, mais de protéger le troupeau des bêtes sauvages pendant la nuit. Elle était parfois placée sous la protection d’une divinité particulière, Zeus Enaulios, ou, plus souvent, Pan, le dieu arcadien52. L’aulè était tellement liée au temps de l’estive que les inscriptions crétoises utilisent le verbe local aulostaten qui signifie « parquer », comme un quasi-synonyme de « faire paître du bétail53 ».
23La cohabitation des troupeaux dans les pâturages publics devait être encadrée par des règles. Le traité entre Hiérapytna et Praisos apporte un renseignement à ce sujet : « Si un Hiérapytnien désire parquer du bétail sur le territoire de Praisos, qu’il ait un surveillant (synkritas) praisien et de même, si un Praisien désire parquer du bétail sur le territoire d’Hiérapytna, qu’il ait un surveillant hiérapytnien54.» Ce synkritas assurait manifestement la police des pâturages publics et assignait des zones de pacage à chaque berger qui souhaitait conduire son bétail dans les eschatiai. Il avait son mot à dire lorsqu’en outre des animaux arrivaient de la cité voisine55. Le problème des rapports entre bergers se posait d’autant plus que les eschatiai mettaient en contact des troupeaux de cités différentes. Les querelles entre bergers risquaient de dégénérer en guerres, comme ce fut le cas en 395 av. J.-C., dans le Parnasse, lorsqu’un différent entre bergers de Phocide et bergers de Locride Ozole entraîna, par le jeu des alliances, une guerre internationale, la guerre de Corinthe56.
Estivage ou transhumance ?
24L’existence de mouvements pastoraux ne fait aucun doute pour la Grèce ancienne. Il n’en est pas moins nécessaire de qualifier ces déplacements en utilisant les termes employés par les géographes57.
25Lorsqu’un berger, au printemps, conduit quelques animaux depuis la plaine jusqu’aux montagnes qui la surplombent en ne parcourant que quelques kilomètres, il faut parler d’estivage. En revanche, les déplacements organisés de vastes troupeaux sur de longues distances correspondent seuls à la transhumance. Les exemples concernant l’Espagne, le Midi de la France et le Mezzogiorno italien montrent que le développement de la transhumance dépend d’un contexte à la fois économique, social et politique bien particulier. L’Italie romaine a connu un tel type d’organisation pastorale58. Estivage et transhumance sont pratiqués au profit d’éleveurs installés dans la plaine et qui « montent » leur bétail en été. Dans le cas où les éleveurs sont en montagne et se procurent des pâturages d’été en plaine, on parle d’hivernage et de transhumance inverse ou hivernale. À notre connaissance, les sources grecques n’évoquent aucun exemple d’hivernage ou de transhumance inverse. Le nomadisme pastoral enfin se traduit par des déplacements où les troupeaux entraînent tout le groupe humain qui en tire sa subsistance. Ces définitions peuvent paraître rigides, mais elles ont le mérite d’évoquer des réalités précises59.
26Les textes anciens sont souvent trop allusifs pour permettre de juger de l’ampleur numérique et géographique des déplacements de troupeaux. Le seul critère possible permettant d’arriver à la certitude de mouvements relevant de la transhumance serait de trouver des accords liés à la vie pastorale passés entre des cités non limitrophes. Or les traités bilatéraux comportant une clause sur les troupeaux concernent presque toujours deux cités voisines. C’est par exemple le cas d’un accord entre Myania et Hypnia, deux petites cités de Locride Ozole (Grèce centrale) conclu vers 190 av. J.-C.60 qui se partageaient un plateau très sec à l’est de Delphes et qui vivaient largement de l’élevage ovin. Le texte ne laisse en rien entendre que les animaux venaient de loin. Il en va ainsi avec bien d’autres documents provenant de Grèce balkanique et d’Asie mineure, comme ce traité entre deux cités limitrophes d’Éolide, Aigai et Olympos (vers 250 av. J.-C.), où Aigai, qui est assez importante et se trouve en aval, accorde aux Olympènoi le droit de pénétrer sur son territoire à des conditions avantageuses61. Sur la côte occidentale de l’Asie mineure enfin, un traité entre Milet et Héraclée du Latmos (entre 184 et 181 av. J.-C.)62 parle du passage des animaux des Milésiens par le territoire d’Héraclée dans une clause ne comportant pas de réciprocité, car le territoire d’Héraclée est enclavé dans celui de Milet qu’il coupe en deux. Le texte ne fait donc que régler un problème très particulier de passage des troupeaux dû à la géographie politique de la région.
27Les octrois du droit de pâturage à titre individuel ne concernent pas toujours des cités limitrophes. La cité d’Orchomène d’Arcadie a par exemple livré cinq décrets comportant l’octroi du droit de pâturage dont trois seulement pour des voisins de la cité63. Mais les deux autres cas montrent clairement que l’épinomia pouvait aussi figurer dans ces décrets comme un honneur accordé à des étrangers qu’on voulait distinguer et dont on ne s’attendait pas à ce qu’ils en fassent réellement usage.
28Les documents tendent donc surtout à montrer que les cités se contentaient de régler certains problèmes que posait l’exploitation de pâturages frontaliers en concluant des accords de compascuïté et qu’elles n’ont pas mis en place les moyens légaux pour permettre des déplacements de troupeaux sur de longues distances. Les frontières entre cités présentaient un obstacle majeur au développement de la transhumance64 et l’histoire de la transhumance à des époques plus récentes offrirait certainement des parallèles. Pour le monde grec, cela signifierait que la polis était un cadre essentiel encadrant aussi cet aspect de la vie pastorale.
29Avant l’émergence de la cité, il est possible que des mouvements de transhumance se soient organisés dans le Péloponnèse ou en Grèce centrale. Les palais mycéniens, avec leurs grands troupeaux et l’importance qu’ils accordaient à la production lainière, offraient le cadre institutionnel nécessaire65. À l’époque où la Grèce était intégrée à l’Empire romain, les conditions requises pour le développement de la transhumance furent à nouveau réunies, même si l’atonie manifeste des marchés et de l’artisanat du textile dans la Grèce balkanique laisse des doutes à ce sujet66. Enfin, à l’époque même qui nous intéresse, mais en marge de la Grèce des cités, les royaumes du Nord, comme l’Épire et la Macédoine, ont pu voir des troupeaux se déplacer sur de grandes distances67.
30L’hypothèse de la transhumance ne doit cependant pas être complètement rejetée au profit de l’estivage pour la zone qui nous intéresse. L’obstacle des frontières pouvait être surmonté là où les cités s’étaient regroupées en fédérations (koina). Par impérialisme, d’autres cités avaient parfois fini par dominer de vastes territoires en assujettissant des voisines plus faibles ou en les annexant.
31Le texte de Sophocle présente une géographie qui dépasse nettement le modèle du simple estivage. Les bergers de Thèbes et de Corinthe se retrouvent dans le Cithéron. Or, le Cithéron ne fut jamais une frontière commune entre Thèbes et Corinthe. Ce passage de l’Œdipe roi semble bien montrer des déplacement pastoraux sur de longues distances, mais Sophocle a très bien pu plaquer les réalités de l’Athènes contemporaine sur des récits mythiques comme cela est souvent le cas dans la tragédie attique.
32La récurrence des questions liées aux troupeaux dans les relations internationales de la cité de Hiérapytna en Crète mérite aussi l’attention. Hiérapytna se trouvait sur la côte sud de la Crète, à l’emplacement de l’actuelle Hiérapétra. Vers 300 av. J.-C., au début de l’époque hellénistique, elle maîtrisait un territoire assez modeste centré sur l’isthme entre la côte sud et la côte nord de la Crète. À l’époque hellénistique, Hiérapytna mena une politique extérieure à l’échelle de toute la Crète orientale (fig. 3). L’un de ses axes d’expansion concernait l’est de l’île. Au début du IIIe s. av. J.-C., cela se manifesta par un traité conclu avec sa voisine Praisos qui comportait une clause de droit de pâturage réciproque68. Mais, vers 145-140 av. J.-C., Hiérapytna s’empara de Praisos et annexa son territoire. Les Hiérapytniens eurent désormais accès au plateau du Diktè, dont ils cherchèrent ensuite à écarter la cité d’Itanos. Le texte qui évoque la résistance itanienne aux ambitions d’Hiérapytna montre que la zone était intéressante parce qu’elle pouvait offrir non seulement le contrôle d’un important sanctuaire, celui de Zeus Diktaios, mais aussi quelques terres agricoles et des pâturages69. L’impérialisme hiérapytnien a ainsi conduit à doter la cité de vastes terrains de parcours. En outre, vers 200 av. J.-C., Hiérapytna avait aussi conclu un traité avec une cité qui se trouvait cette fois-ci à l’ouest de son propre territoire, Priansos70. Ce traité comporte un droit de pâturage réciproque et gratuit. Mais, à la différence de ce qui s’était passé avec Praisos, le territoire de Priansos et celui d’Hiérapytna ne semblent pas avoir été limitrophes et l’on pense que deux autres cités, Mallos et Biannos, venaient s’intercaler entre elles. La politique extérieure impérialiste d’Hiérapytna lui a donc permis de dominer une grande partie de la Crète orientale où des routes de transhumance pouvaient se développer71.

Fig. 3 : les axes de l’impérialisme de Hiérapytna, Labo d’histoire, UPV.
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33L’habitude de voir dans la transhumance une caractéristique s’imposant naturellement à l’agriculture grecque est encore bien ancrée et cela a longtemps conduit à écarter l’hypothèse d’une forte intégration agro-pastorale. Les comptes et inventaires du sanctuaire d’Apollon à Délos montrent toutefois qu’à Délos et Rhénée (Cyclades, iiie s. av. J.-C.), l’élevage du petit bétail faisait l’économie de toute forme de déplacements72. En outre, le terme de transhumance sert souvent à qualifier tout déplacement de troupeaux et à esquiver la réflexion sur la nature véritable de ces déplacements et leur environnement politique, social et économique. Certes, l’opposition entre chôra et eschatiai impose souvent que les troupeaux de petit bétail pratiquent la dépaissance dans les limites du territoire civique. Mais ce cadre essentiel de la vie de bien des Grecs qu’était la polis a été un obstacle majeur au développement de la transhumance. La cité avait largement structuré la vision du monde des Grecs : du côté de la sauvagerie, il y avait tout ce qui relevait des cultures de la mobilité et tous ceux qui vivaient dans les zones frontalières de la cité. Seuls comptaient vraiment la mise en valeur des terres agricoles, la sédentarité. Les bovins qui tiraient l’araire l’emportaient donc sur le petit bétail. Imposer la mise en place de mouvements de transhumance aurait supposé que la cité accepte le triomphe de l’étranger sur le citoyen, du berger sur le laboureur. C’était difficilement concevable.
Notes de bas de page
1 Par ex., Jean-Claude Duclos, dans les pages d’introduction au volume intitulé L’homme et le mouton dans l’espace de la transhumance, Grenoble, 1994, p. 23-26. Voir aussi Patrick Fabre, Guillaume Lebaudy (dir.), 1951. Transhumance. Sur la route des alpages, Marseille, 2002, p. 8.
2 Sophocle, Œdipe roi, v. 1133-1140 ; sauf indication contraire, nous utilisons ici les traductions de la Collection des Universités de France. Sur les aspects pastoraux du texte, voir Stella Georgoudi, « Quelques problèmes de la transhumance dans la Grèce ancienne », Revue des études grecques, 87, 1974, p. 167-169.
3 Pour désigner les bergers, Sophocle emploie souvent poimèn (v. 1029 ou 1040 par ex., avec l’adjectif planès, à propos du Corinthien ; c’était donc un « berger itinérant », ce qui ne signifie pas qu’il était nomade) ou botèr (v. 1044 ou 1069) qui vient du verbe boskô, « faire paître », et ne préjuge pas de l’espèce des animaux.
4 Sophocle, Œdipe roi, v. 1123-1125, qui précise que c’était un esclave né à la maison, oikoi trapheis.
5 Voir les exemples que j’ai rassemblés dans : L’élevage en Grèce (fin ve-fin ier s. av. J.-C.). L’apport des sources épigraphiques, Bordeaux, 2003, p. 416-417.
6 Henri Belle, Trois années en Grèce, Paris, 1881, p. 60-62, croisa des pasteurs valaques entre Éleuthères et Platées.
7 St. Georgoudi, « Quelques problèmes… », p. 153-185.
8 Ibid., p. 163. Fernand Braudel, La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, 2e éd., Paris, 1966, vol. 1, p. 76-92, a aussi marqué les spécialistes de l’Antiquité.
9 Dans Charles Richard Whittaker (éd.), Pastoral Economies in Classical Antiquity, Cambridge 1988, voir Stephen Hodkinson, « Animal husbandry in the Greek polis », p. 35-74, Jens Erik Skydsgaard, « Transhumance in Ancient Greece », p. 75-86. Voir S. H. Isager, J. E. Skydsgaard, Ancient Greek Agriculture. An Introduction, Londres et New York, 1992, p. 99-101, et R. Osborne, Classical Landscape with Figures : The Ancient Greek City and Its Countryside, Londres, 1987, p. 47-48.
10 Voir Paul Halstead, « Traditional and ancient rural economy in Mediterranean Europe : plus ça change ? », Journal of Hellenic Studies, 107, 1987, p. 77-87.
11 Le débat a suivi des traces largement parallèles à celui qui a animé la recherche sur la transhumance provençale au Moyen Âge après le livre de Thérèse Sclafert, Le haut Dauphiné au Moyen Âge, Paris, 1926.
12 Pour les Grecs, l’Épire passait comme la terre d’élection de l’élevage bovin : Aristote, Histoire des animaux, III, 21, 522b. En Asie Mineure, l’élevage bovin est caractéristique de régions septentrionales, comme la Bithynie ou le Pont.
13 Columelle, De l’agriculture, IX, 14, 18-19.
14 Émile Benveniste, Le vocabulaire des institutions indo-européennes. 1. Économie, parenté, société, Paris, 1969, p. 37-45.
15 Aristote, Histoire des animaux, VIII, 12, 596b-597a.
16 Sur Florentinus : Stella Georgoudi, Des chevaux et des bœufs dans le monde grec, Paris-Athènes, 1990, p. 54-55.
17 Geoponica, XVIII, 2, 3 ; trad. personnelle.
18 Voir St. Georgoudi, « Quelques problèmes… », p. 162.
19 Homère, Odyssée, IX, v. 233-234, 313-315 et 336-337.
20 [Théocrite], XXV (Héraclès tueur de lion), v. 85 et ss.
21 Longus, Daphnis et Chloè, III, 3, 4, pour la nourriture des animaux à l’étable ; IV, 4, 3, sur le départ des troupeaux le matin et leur retour le soir (cf. I, 8, 2-3).
22 Dion, Discours 7, voir notamment 11-12.
23 Hamish Forbes, « The identification of pastoralist sites within the context of estatebased agriculture in ancient Greece : beyond the “transhumance” versus agro-pastoralism debate », Annual of the British School of Athens, 90, 1995, p. 325-338.
24 Alfred Philippson, Die Griechischen Landschaften, t. 4, Francfort, 1959, p. 396 : « Les petites îles inhabitées sont utilisées par les plus grandes auxquelles elles appartiennent, à des époques déterminées de l’année, comme pâturages pour le petit bétail, beaucoup sont aussi partiellement cultivées : les bergers, pendant la période de pacage, habitent des cabanes de pierres primitives ou des grottes. La condition d’une utilisation comme pacage est un approvisionnement en eau suffisant sur l’île, ce qui s’obtient généralement grâce à des citernes » (traduction).
25 Homère, Odyssée, IX, v. 116-124. Sur Ithaque, seulement bonne que pour les chèvres, voir Homère, Odyssée, IV, v. 605-606
26 Émile Y. Kolodny, La population des îles de la Grèce, Aix-en-Provence, 1974, t. 1, p. 132.
27 Strabon, X, 5, 12 = C 488.
28 Louis Robert, Hellenica, VII, Paris, 1949, « Les chèvres d’Hérakleia », p. 161-170, et « Îles à chèvres », p. 173-175.
29 É. Y. Kolodny, La population…, t. 1, p. 185-186. Les îlots voisins de Schinoussa et de Kouphonisi ont connu un destin semblable.
30 Anna Magnetto, Gli arbitrati interstatali greci, vol. II : 337-196, Pise, 1997, no 1, p. 1-8.
31 Charles-Sigisbert Sonnini, Voyage en Grèce et en Turquie fait par ordre de Louis XVI et avec l’autorisation de la cour ottomane, éd. présentée et annotée par P. Brun, Paris, 1997, p. 163. Voir d’autres cas d’îles à chèvres, p. 92 et 98. Le voyage de Sonnini dans les Cyclades date de 1779-1780 (éd. originale en 1801).
32 Platon, Lois, 745c-e.
33 Aristote, Politique, VII, 1330a.
34 Giovanna Daverio-Rocchi, Frontiera e confini nella Grecia antica, Rome, 1988, et Denis Rousset, « Les frontières des cités grecques. Premières réflexions à partir du recueil des documents épigraphiques », Cahiers du Centre Glotz, 5, 1994, p. 97-126.
35 Aristote, Politique, VII, 1330a.
36 Christian Le Roy, « Une convention entre cités en Lycie du Nord », Comptes rendus de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1996, p. 961-980.
37 Sur l’épinomia, Johannes Hendrik Thiel, « Zu altgriechischen Gebühren », Klio, 20, p. 54-67 (en fait, p. 54-62) et Chr. Chandezon, L’élevage…, p. 351-389
38 IG, V. 2, 456. Voir aussi trois textes de cités béotiennes (fin du iiie et début du iie s. av. J.-C.) où les citoyens et les étrangers avaient l’obligation de payer une taxe pour accéder aux pâturages publics : Chr. Chandezon, L’élevage…, no 7-9, p. 41-49.
39 Angelos Chaniotis, Die Verträge zwischen kretischen Poleis in der hellenistischen Zeit, Stuttgart, 1996, no 28, p. 255-264
40 [Théocrite], VIII (Les chanteurs bucoliques), v. 2.
41 L. Robert, Hellenica VII, Paris, 1949, p. 154-155 et 158.
42 Madeleine Jost, Sanctuaires et cultes d’Arcadie, Paris, 1985, p. 446-447, 467, 469, 474.
43 Chr. Chandezon, L’élevage…, no 18, p. 83-86 ; voir aussi l’inscription no 17, p. 80-83, qui comporte également le témoignage d’un berger enregistré dans une contestation territoriale entre Gonnoi et Hérakleion en Thessalie.
44 Pausanias, IX, 13, 4, pour les troupeaux de petit bétail qui accompagnaient l’armée spartiate.
45 Aristote, Histoire des animaux, VI, 19, 573b, trad. P. Louis, CUF. Voir aussi Longus, Daphnis et Chloè, qui parle du bouc conducteur du troupeau, agélarchès. Comparer aux usages de la transhumance provençale : Maurice Moyal, 1951. Sur la route des alpages, Grenoble, 2002, p. 28 et 67 ; voir, dans ce même livre les photographies de Marcel Coen, p. 29, 60, 63.
46 Homère, Odyssée, IX, v. 447-452.
47 A. Chaniotis, Die Verträge…, no 5, p. 185-190. Chr. Chandezon, L’élevage…, p. 170-171.
48 A. Chaniotis, Die Verträge…, no 28, p. 255-264. Chr. Chandezon, L’élevage…, p. 172-173. Le problème des dégâts commis par les troupeaux est récurrent : voir M. Mauron, La transhumance. Du pays d’Arles aux grandes Alpes, Paris, 1959, p. 142 : « Empêcher nos moutons bêlants de brouter les rosiers des grilles, de ravager les potagers et de courir à travers champs boire leur saoul à la rivière, n’était pas une mince affaire. ».
49 A. Chaniotis, Die Verträge…, no 5, p. 185-190. Chr. Chandezon, L’élevage…, p. 170-171.
50 Homère, Odyssée, IX, v. 184-185. Dion de Pruse, VII (Euboïque), 13, parle aussi de l’aulè faite de bois
51 Le mot de mandra est déjà utilisé en grec ancien, dans un fragment de Sophocle à propos de chevaux. Ensuite, ce mot est régulièrement utilisé : Théocrite, IV (Les pâtres), v. 61 ; Callimaque, Hymne à Déméter, v. 106 ; Plutarque, Propos de table, III, 648a). Voir aussi une inscription de Lydie (IIe s. ap. J.-C.), Wilhelm Dittenberger, Orientis Graeci Inscriptiones Selectae, Leipzig, 1903, no 488, l. 6.
52 L. Robert, Hellenica X, Paris, 1955, p. 33-37 et pl. VIII-1 ; sur Pan et l’enclos à bétail, Philippe Borgeaud, Recherches sur le dieu Pan, Rome, 1979, p. 97-100.
53 Chr. Chandezon, L’élevage… no 44, p. 170-171, l. 62-63 et no 46, l. 82, et p. 308.
54 A. Chaniotis, Die Verträge…, no 5, p. 185-190, l. 52-68. Chr. Chandezon, L’élevage…, p. 170-171.
55 Voir A. Chaniotis, « Milking the Mountains. Economic Activities on the Cretan Uplands in the Classical and Hellenistic Period », dans A. Chaniotis (éd.), From Minoan Farmers to Roman Traders. Sidelights on the Economy of Ancient Crete, Stuttgart, 1999, p. 181-220, ici p. 198-199.
56 Helléniques d’Oxyrhynchos, 18 (13), 3-4.
57 Philippe Arbos, La vie pastorale dans les Alpes françaises, Paris, 1922, p. 7-15.
58 Mireille Corbier, « La transhumance entre le Samnium et l’Apulie : continuités entre l’époque républicaine et l’époque impériale », dans La romanisation du Samnium aux iie et Ier siècles av. J.-C., Naples, 1991, p. 149-176.
59 Certains chercheurs qualifient l’estivage de « petite transhumance », de « transhumance verticale » ou de « transhumance intrarégionale ».
60 Jean Bousquet, « Convention entre Myania et Hypnia », Bulletin de Correspondance hellénique, 89, 1965, p. 665-681.
61 Chr. Chandezon, L’élevage…, no 51, p. 196-201.
62 Albert Rehm, Das Delphinion in Milet, Berlin, 1914, no 150, p. 357-366 ; voir les l. 72-76.
63 Chr. Chandezon, L’élevage…, p. 353.
64 Voir St. Georgoudi, « Quelques problèmes… », p. 172.
65 John F. Cherry, « Pastoralism and the rôle of animals in pre-and protohistoric Economies of the Aegean », dans C. R. Whittaker (dir.), Pastoral Economies in Classical Antiquity, Cambridge, 1988, p. 6-34.
66 S. E. Alcock, Graecia Capta…, p. 87-88.
67 Julie Vokotopoulou, « Vitsa. Organisation et cimetières d’un village molosse », dans P. Cabanes (éd.), L’Illyrie méridionale et l’Epire dans l’Antiquité, actes du colloque de 1984, Clermont-Ferrand, 1984, p. 53-64, sur un village d’altitude en Épire.
68 Voir ci-dessus, n. 54.
69 La source sur l’expansion d’Hiérapytna dans la Crète orientale est un arbitrage de Magnésie du Méandre entre Itanos et Hiérapytna daté de 112 av. J.-C. : Sheila L. Ager, Interstate Arbitrations in the Greek World, 337-90 BC, Berkeley-Los Angeles-Londres, 1996, no 158, p. 431-446.
70 Voir ci-dessus, n. 48.
71 Francesco Guizzi, Hierapytna. Storia di una polis cretese dalla Fondazione alla conquista romana, Rome, 2001, p. 346-350.
72 Michèle Brunet, « Le paysage agraire de Délos dans l’Antiquité », Journal des savants, 1999, p. 1-50.
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