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    Plan détaillé Texte intégral À la recherche d’un terme générique La faïence « fine » stannifère Que sont les terres blanches ? L’évolution des pâtes Une pléthore de vocables La terre de pipe Terre blanche La terre d’Angleterre et la terre de France Terre de pipe, terre blanche, terre anglaise, un même sens Un exemple de l’évolution chronologique des termes La « faïence fine de terre de pipe » Conclusion Bibliographie Annexe Auteur

    Faïence fine et porcelaine

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    Table des matières

    Une confusion historique : terre de pipe et faïence fine

    Jacques G. Peiffer

    p. 23-50

    Texte intégral À la recherche d’un terme générique La faïence « fine » stannifère Que sont les terres blanches ? L’évolution des pâtes Une pléthore de vocables La terre de pipe Terre blanche La terre d’Angleterre et la terre de France Terre de pipe, terre blanche, terre anglaise, un même sens Un exemple de l’évolution chronologique des termes La « faïence fine de terre de pipe » Conclusion Bibliographie Bibliographie Annexe Appendice Composition des pâtes Composition des enduits vitreux Auteur

    Texte intégral

    À la recherche d’un terme générique

    1Il existe, chacun en a conscience, une ambiguïté dans la dénomination des différentes terres cuisant blanc ; comment ne pas commettre de contresens ? Existe-t-il un terme générique pour les terres de pipe, les terres anglaises, les terres blanches, les cailloutages et les faïences fines ? Ces produits sont-ils tous de la même famille ? Pour entrer dans le vif de notre sujet, nous citerons le faïencier lillois Boussemart, installé à Liège, qui écrit en 1786 : « Terre de pipe ou plus proprement dite grès ». Qu’en est-il de cette allégation, proférée par un grand praticien, qui va à l’encontre de la terminologie admise ?

    2Voici une recherche dont les résultats, nous l’espérons, éclaireront d’un jour nouveau les relations que nous entretenons avec le vocabulaire de la céramique (ill. 1).

    3Connues depuis l’Antiquité, communes dans certaines civilisations pré-islamiques puis islamiques, les terres blanches sont à la source du développement du décor sous glaçure (je donne à ce mot le sens d’enduit vitreux transparent), glaçure incolore ou colorée comme les célèbres turquoise de cuivre. Mais nous ne traiterons ici ni des poteries dites siliceuses, ni de certaines majoliques hispano-mauresques ou italiennes dont le corps est blanchâtre. Nous n’aborderons pas plus le sujet des terres blanches françaises, entre le Moyen Âge et la Renaissance, saluant simplement avec respect l’œuvre exceptionnelle des potiers dits de Saint-Porchaire ou d’Oiron, bien en avance sur leur temps. Nous délaisserons également la production hollandaise, allemande et anglaise des XVIe et XVIIe siècles. Notre propos n’a d’intérêt qu’à travers l’essor considérable, peu avant le milieu du XVIIIe siècle, des fabrications françaises et lorraines basées sur la mise en œuvre des « terres cuisant blanc » ou, plus simplement, « terres blanches ». Nous conserverons cette dernière locution en lui accordant un sens générique, au détriment de « faïence fine », pour des raisons historiques et techniques que nous exposerons dans les pages qui suivent.

    La faïence « fine » stannifère

    4L’expression « faïence fine », qui nous semble limpide, ne possédait pas, au XVIIIe siècle, le sens que nous lui accordons aujourd’hui, ce qui est une source de confusion lorsque l’on se préoccupe de l’étudier. « Faïence fine » ne devrait pas être une locution généralisée car elle ne s’applique pas exclusivement aux terres blanches du XVIIIe siècle, clairement définies par les termes historiques ci-dessus étudiés. Aussi les rédacteurs de L’Encyclopédie adoptent-ils l’expression « faïence plus fine » pour une céramique émaillée (stannifère) : « Ceux qui veulent avoir une faïence bien fine passent leur mélange ou leur terre par des tamis plus fins [...] ». Il n’est fait, dans cette citation, aucune référence à une variété qui serait la terre de pipe. Cette expression concerne donc bien une faïence stannifère traditionnelle de qualité (ill. 2), ce qui n’implique nullement que la terre soit rouge, de nombreuses faïences émaillées étant à pâte blanche.

    5Dans les écrits du XVIIIe siècle, une faïence « fine » n’est donc pas une faïence à pâte blanche et à enduit transparent. Elle est une poterie qui se distingue par la qualité de sa fabrication : aussi cette expression désigne-t-elle autant des faïences stannifères traditionnelles que des terres de pipe, les unes et les autres se reconnaissant soit par la finesse de la pâte (choix supérieur des constituants et meilleure préparation, notamment le broyage si coûteux) et celle, tant de l’émail (plus élaboré, couvrant mieux avec moins d’épaisseur) que des peintures (obtenues non plus par de simples oxydes ou composés colorants, mais à l’aide d’une palette plus riche dont les tons nécessitent un frittage ou une préparation chimique complexe, ce qui a conduit au double feu). Nous ne traiterons pas ici, bien que cela soit d’un grand intérêt, la distinction entre les pigments bruts, les pigments révélés par frittage et les pigments mélangés ou frittés avec leur fondant, il suffit de savoir que ces différentes couleurs sont à l’origine de la qualification de « commune » ou de « fin » lorsque l’on parle du décor. Mais il n’est pas possible d’assimiler directement faïence « fine » à décor de moufle ou de réverbère, la nuance est plus subtile bien que liée à l’emploi du four à moufle. Havard relève dans les Annonces, affiches et avis divers du 25 mars 1762 : « Belle manufacture de faïence fine japonnée façon de Saxe ayant trois fours, de beaux magasins, et de grands jardins. On vendra des outils, ustensiles, terres, etc. Et l’on s’accommodera du secret des émaux et du blanc en émail. »

    6La mention du blanc en émail (émail opaque stannifère) et du terme « japonné » implique qu’il s’agit ici de décor au feu de moufle à la manière des porcelaines japonaises rehaussées de couleurs et d’émaux vitrescibles. Un point peu abordé par l’histoire de l’art céramique est que bien souvent, sous l’émail stannifère de certaines « faïences » traditionnelles à décor de grand feu ou de feu de moufle, se cache un biscuit du type « terre de pipe » revêtu d’une composition alcaline qui permet d’obtenir un enduit agréable, laiteux, presque opalin, dont la fusibilité est plus élevée que celle d’un émail stannifère commun, ce qui facilite l’adhérence des peintures au feu de moufle. Ce genre est caractéristique des faïences dites « japonnées », ainsi qu’elles apparaissent à Sceaux, vers 1754, et des terres de pipe recouvertes d’un mélange de glaçure plombifère et d’émail blanc, comme à Saint-Clément ou à Septfontaines, vers 1764 (Boch, 1785-1794 : p. 6). Cet émail blanc est bien celui qui est nommé « fin » car il est peu épais, il est donc souvent plus chargé en étain pour mieux couvrir, cette caractéristique le rend aussi plus fixe et mieux accordé au décor de moufle.

    7Pour illustrer cette production, il suffit de faire référence à l’œuvre des grandes manufactures de faïence qui adoptent le feu de moufle dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et confient leurs travaux à des artistes éminents : Strasbourg, Niderviller, Sceaux, Lunéville, Meillonas, Marseille, Aprey, etc. Ce qui a été appelé dans les dernières décennies « peinture en qualité fine », en opposition à peinture chatironnée, correspond à ce que l’on nommait « faïence fine » au XVIIIe siècle.

    Que sont les terres blanches ?

    8Quoique les gisements d’argiles blanches soient moins abondants que ceux de terres colorées, de nombreux céramistes et les grandes manufactures les ont utilisés en prenant conscience de leurs spécificités.

    9Ce sont des argiles plastiques, de qualités et de compositions variables, particulièrement en ce qui concerne le rapport silice/alumine qui conditionne leur réfractarité, élément essentiel de leur choix, face aux terres cuisant rouge.

    10Physiquement, les terres cuisant blanc se distinguent par :

    • l’absence presque totale d’oxydes ou de composés colorants naturels (fer, manganèse).

    • leur teneur en alumine (minéral très réfractaire) qui rend la silice peu fusible.

    • la présence d’éléments directement fondants, assurant la vitrification (feldspath des argiles à grès).

    • la présence d’un plus ou moins grand nombre d’éléments eutectiques (dont la complémentarité abaisse le point optimal de vitrification) comme le feldspath, le calcaire ou les alcalis.

    11En simplifiant, nous dirons que les terres blanches donnent naissance à des types différenciés par leur relation avec le feu :

    • certaines demeurent poreuses, même sous une forte cuisson (± 1 250°- 1 350°), ce sont des terres éminemment réfractaires.

    • certaines sont naturellement fusibles et se vitrifient dans leur masse, ce sont des argiles à grès (± 1 280°).

    • d’autres sont très fusibles même à basse température en raison d’une présence calcaire, elles ne résistent pas au-delà de 1 000°-1 100° et subissent, sous un feu supérieur, une transformation magmatique, leur donnant l’aspect d’une lave.

    12Dans la pratique, l’usage de terres pures est rare, et les praticiens ont très tôt découvert le principe des mélanges pour former des pâtes complexes mais fiables ; le but recherché étant de concevoir des pâtes solides (bien liées, sonnant clair), même à faible température afin de limiter la dépense en combustible, et demeurant suffisamment poreuses pour faciliter l’émaillage. L’argile qui répond le mieux à ces considérations est la « terre à pipe » grésante en grand feu mais qui, sous-cuite (entre 1 050° et 1100°) ou amendée par des compléments soigneusement choisis, cuite encore plus bas, reste poreuse et offre une bonne cohésion mécanique. C’est d’ailleurs sur cette bivalence que repose l’ambiguïté originelle entre cette terre blanche et le grès : à des températures intermédiaires, aux environs de 1100-1 200°, elle se ferme (elle perd partiellement sa porosité) sans encore devenir totalement un grès mais il est déjà possible d’effectuer un vernissage en monocuisson, par volatilisation de sel marin : nous avons là les véritables « terres anglaises » du début du XVIIIe siècle, ancêtres non de la faïence dite improprement « fine », mais des grès fins. Cet enduit salin se reconnaît à son aspect peu régulier.

    13L’élément le plus probable qui a freiné l’adoption de la céramique à pâte blanche poreuse, jusqu’aux environs de 1740, est le coût de la préparation de la pâte, celle-ci exige des argiles plus chères, un traitement plus long (surtout la calcination et le broyage du silex, le mélange des constituants) ainsi que des compositions plus élaborées pour atteindre sa perfection. Dégraissée par l’introduction de silice, cette pâte est peu sujette au retrait et permet de réaliser des moulages à la croûte d’une grande finesse, dont les formes élégantes sont généralement empruntées à l’orfèvrerie, du moins pour les fabrications de luxe, comme le prouvent les belles pièces d’apparat de Lunéville (ill. 8) et de Pont-aux-Choux (ill. 10) ; elle doit donc son succès à sa composition qui détermine un bon équilibre entre plasticité et résistance à la dessiccation puis à la cuisson. Plus fragile que la faïence stannifère mais moins coûteuse que la porcelaine, elle trouve sa vocation dans l’esthétisme de ses propositions d’avant-garde : c’est un matériau moderne.

    L’évolution des pâtes

    14Les exceptionnelles qualités de la terre de pipe lui permettent d’aller, par exemple, au-delà des possibilités de façonnage de la porcelaine à fritte car celle-ci, dont la pâte est trop courte et trop fusible, demeure un magnifique matériau, mais difficile à mettre en œuvre. Brongniart, qui privilégie, dans sa nomenclature, un classement par la nature des pâtes, place, en tête de l’ordre des faïences fines, la terre de pipe qui se distingue, par sa composition calcarifère (ill. 3), d’un type voisin à pâte silexée, dit « cailloutage » ou « cailloutage anglais ». Cette différenciation est trop simpliste et réductrice comme le démontrent les notes d’atelier d’un grand praticien, Jean-François Boch, qui décrit des compositions de terres de pipe calcarifères, ou à la fois calcarifères et cailloutées (silexées), ainsi que calcarifères, cailloutées et à fritte (ill. 4) comme le soulignera Salvetat cinquante ans plus tard.

    15Formule de Jean-François Boch (c. 1786) : « Terre de pipe avec de la marne de Dommeldange en place de la craie.

    16La marne de Dommeldange donne une chaux plus blanche que la craie de Champagne. Les premières épreuves font espérer que la terre de pipe avec la marne portera un émail et une couverte plus lustrés qu’avec la craie.

    17Épreuve faite : terre (58), fritte (6), cailloux (42). La composition de 106 livres pour 24 de craie est faite avec la marne par degré comme suit : marne (18), marne (20), marne (22), marne (24, 26, 28, 30, 36 et à 48 de marne en place de 24 de craie). Les épreuves faites démontrent qu’on doit mettre la même dose de marne que l’on aurait mis de craie [...] ».

    18La composition des pâtes évolue, entre 1740 et 1820 environ, selon une règle évidente : diminution de la part argileuse réfractaire : la « terre à pipe », proprement dite, passe de 80 à 30 %, remplacée par des argiles kaoliniques ou feldspathiques, ce qui a fait écrire alors à certains auteurs qu’il s’agit de « faïence fine », puisque les matériaux de substitution sont, selon l’acception de l’époque, plus « fins », c’est-à-dire plus purs (donc plus chers), il ne faut surtout pas y lire une notion de granulométrie plus fine, tout au moins dans ce cadre. Il est indispensable de garder en mémoire les éléments qui suivent pour mieux comprendre l’évolution des produits, notamment les fabrications anglaises et continentales, et particulièrement les terres de Paris et de sa région, de Lorraine, de Belgique et du Luxembourg pour ne citer que ces productions abondantes et de qualité :

    • certaines terres sont directement exploitables car elles contiennent leur propre principe fondant, comme les argiles calcaires.

    • les terres réfractaires exigent des préparations élaborées pour s’agglomérer par une cuisson à basse température, elles nécessitent l’adjonction d’un fondant calcaire (carbonate de chaux ou phosphate de chaux) ou de fritte (comme le verre à vitre broyé, cité dans de nombreuses recettes).

    • les terres vitrescibles demandent une cuisson grésante, ce qui ne peut se faire qu’à l’aide d’un four à haute température, donc d’un modèle bien différent de celui du potier de terres communes ou même du faïencier en stannifère (tant pour la qualité des briques et du matériel d’enfournement que pour le principe de la circulation des flammes).

    19Ces trois formes techniques, aboutissant à des données économiques, conditionnent toute l’histoire des terres blanches. L’enquête des Préfets, instituée par Brongniart entre 1805 et 1810, dont la publication par Michel Dubus et Béatrice Pannequin nous est si utile, relate la dispersion de ces gisements : Montereau, dans la région parisienne, approvisionnait de nombreuses manufactures françaises telles que Creil, Montereau et Gien. Saint-Clément et Niderviller en Lorraine possédaient des carrières locales ; celles de Boulogne-sur-Mer, des Pieux et de Saint-Aubin étaient exploitées par les manufactures du Nord ; Cologne, Coblence et Valendar en Allemagne sont des gisements gréseux réputés qu’utilisaient les usines de l’Est comme Longwy (ill. 5) et Sarreguemines ; le fabricant belge Boussemart se réfère à la terre d’Allemagne, nommée « Weisserde », des environs de Coblence (Koblenz, Rhénanie-Palatinat, au confluent de la Moselle et du Rhin), tirée d’un village nommé Valendar ; ce célèbre gisement, connu depuis l’époque médiévale, sera largement commercialisé auprès des manufactures de grès et de terres de pipe d’Allemagne, de Belgique, du Luxembourg et de l’Est de la France. Le Dictionnaire de Littré, en 1875, signale « terre de pipe, terre de Cologne » (Köln, ancienne capitale de la Prusse Rhénane, Rhénanie-Westphalie ou Rhin inférieur), évoquant par l’exemple la renommée de ce site. Andenne en Belgique assoit sa notoriété sur sa derle et Vicenza, en Italie, déjà citée par Picolpasso en 1548, fournit les fabriques de Nove et Bassano.

    20Les premières recherches infructueuses de la composition de la porcelaine naturelle, et particulièrement les tentatives qui menèrent à la découverte de la porcelaine artificielle ou de la terre de Lorraine de Cyfflé, par l’enrobage des particules de minéraux réfractaires (comme le kaolin ou toute argile adaptée) sous une matière vitreuse ou fondante introduite dans la pâte (fritte, verre, phosphate de chaux), procèdent de la première veine.

    21La seconde est représentative du développement du grès blanc, pâte argileuse naturellement feldspathique, qui donne naissance, selon son degré de feu (c’est-à-dire selon sa vitrification plus ou moins aboutie) au grès anglais d’origine allemande dit, selon la terminologie française en usage au milieu du XVIIIe siècle « terres anglaises ». Nous soulignons encore que cette locution sera à l’origine de bien des erreurs car la plupart des auteurs ne font pas la distinction entre les terres grésées (généralement revêtues d’un vernis salin) et celles qui ne le sont pas (pâtes poreuses revêtues d’une glaçure alcaline, c’est-à-dire sodique, potassique, ou soudo-potassique) ou encore plombo-alcaline (ill. 6). Il faut mentionner ici le procédé de vernis au sel dit « par fumigation », mis au point par Le Mazois à Montereau en 1749. Il existe une confusion permanente, tant au XVIIIe qu’au XIXe siècle, entre terre de pipe et terre anglaise. Quelques écrits de praticiens expriment toutefois clairement les caractéristiques de l’une et de l’autre : Jean-François Boch notait avec pertinence que certaines argiles donnent des produits différents en fonction de leurs conditions de cuisson : avec la même base on obtient une terre de pipe vers 1 000 °C et un grès vers 1 300 °C ; en 1806, le faïencier Joseph Wouters d’Andenne nomme « derle » la terre de pipe qui entre dans la composition de ses pâtes pour la « fine poterie blanche dite terre de pipe commune en blanc et bleu » et la distingue clairement de la « terre anglaise en blanc couleur crème peinte et non peinte » et de la « terre de pipe plus raffinée dite cailloutage combiné » (Courtoy, 1962-1963 : p. 67).

    Une pléthore de vocables

    22Dès le XIXe siècle, la controverse fait rage entre les historiens, certains soutenant que les terres blanches sont issues des productions anglaises du XVIIe siècle, d’autres qu’elles sont une émanation directe de la poterie à pâte blanche française du XVIe siècle, pour d’autres encore un avatar du grès allemand du même siècle. Nous vous proposons de rechercher, dans les documents anciens, les nombreuses appellations de cette céramique.

    23Au XVIIIe siècle :

    • terre de pipe,

    • terre blanche,

    • terre de France,

    • terre d’Angleterre, terre à la manière d’Angleterre, terre façon d’Angleterre.

    24Puis, au cours du XIXe siècle :

    • terre de pipe émaillée, glaçurée

    • faïence perfectionnée,

    • porcelaine opaque,

    • demi-porcelaine,

    • porcelaine anglaise (ill. 7),

    • granit,

    • kaolina,

    • terre de fer,

    • china.

    25Nous allons tenter maintenant de définir, pour certaines, une acception qui couvre tant la réalité historique que technique.

    La terre de pipe

    26Cette locution vient vraisemblablement de l’habitude de fabriquer la plupart des pipes en terre blanche. Lucien Brandéis cite le poète et navigateur dieppois Pierre Grignon qui, en 1525, décrit « un objet de terre blanche » dont les Portugais lui avait enseigné l’utilisation pour fumer le tabac, eux-mêmes la tenant des Indiens Mexicos. Quoique indiquée dans le dernier article de L’Art de la verrerie (1752) par le traducteur français, le baron de Holbach, et dans le recueil de notes du chimiste Jean Hellot, attaché à la manufacture de Sèvres entre 1751 et 1766, la locution « terre de pipe » ne se généralise que lentement dans le milieu professionnel pour devenir courante dans les deux dernières décennies du XVIIIe siècle. Son adoption se fait probablement par analogie avec la terre cuisant blanc entrant dans la fabrication en grande série des pipes, industrie qui semble naître en Angleterre au XVIe siècle, qui se développe rapidement au siècle suivant pour devenir florissante au XVIIIe, notamment en Hollande et en Angleterre (bien qu’il ait existé des pipes en terre rouge ou noire, et d’autres en porcelaine). Les premières piperies françaises, établies dans le Nord au XVIIe siècle, emploient la célèbre terre belge d’Andenne, la derle (Garreau Michel in CCVAF, 1972, n° 51 : p. 40). Les cultivateurs de Lorraine française et belge parlent toujours aujourd’hui de la terre de pipe comme d’une argile grasse indésirable dans les usages agraires. (Boyer, 1846 : t. 1, pp. 212 et 213).

    27L’une des premières mentions de la terre de pipe se trouve dans le manuscrit du faïencier Pierre-Paul Caussy qui relate ses essais de fabrication de « terre d’Angleterre » (grès blanc) avec une terre « de celle avec quoi on fait les pipes [...] la terre des lieux où on fait le grès blanc comme celui de Cologne » et déclare même « je me suis servi de terre à pipe qui cuit blanc chez eux, elle a cuit jaune chez moi, ce n’est donc autre chose que la force du feu qui fait jaunir ces ouvrages. » Ce texte de Caussy aurait été écrit entre 1738 et 1748, selon une datation sur laquelle travaillent plusieurs spécialistes, notamment C. de La Hubaudière. Les fabrications les plus anciennes référencées sont à rechercher, en l’attente d’éléments antérieurs, dans l’installation des deux principaux établissements qui ont institué les fabrications en « terre blanche », celle de Lunéville en Lorraine, fondée peu avant 1723 et dirigée par Jacques Chambrette, et celle de Claude Imbert Gérin et des frères Dubois, sise à Paris entre 1743 et 1749, premièrement rue de Charenton, puis au lieu-dit Pont-aux-Choux (où se fixent plus tard plusieurs manufactures de porcelaine). Dès 1745, Jacques Chapelle est employé dans les ateliers de Gérin, rue de Charenton, qu’il quitte à plusieurs reprises pour des voyages, notamment en Alsace et en Lorraine où, aux dires de témoins, il œuvre dans des manufactures qu’il a trouvées établies (Le Duc in Sèvres. Revue de la Société des Amis du Musée National de Céramique, 1993 : 21). Mais le terme « terre de pipe » ne concerne que la seule manufacture lorraine, Pont-aux-Choux appuyant plus particulièrement son identité sur l’imitation des « terres d’Angleterre » ou sur le titre de « manufacture de terre de France ». En 1748, selon les documents administratifs, mais vraisemblablement plus tôt, Jacques Chambrette fabrique une céramique à pâte blanche, recouverte d’un enduit transparent, nommée « terre de pipe » dans différents actes. Pour en assurer le lancement commercial, des cuissons sont menées en présence de Sa Majesté Stanislas, duc de Lorraine et roi de Pologne, de Voltaire et de la marquise du Châtelet ; le nouveau produit « soutint les plus fortes épreuves du feu » (ill. 8). À la suite de cette démonstration, Jacques Chambrette reçoit, par arrêt et lettres patentes des 13 et 29 septembre 1749, le privilège de sa fabrication et la qualification de « Manufacture royale », ce que rapporte Don Calmet dans sa Notice sur la Lorraine (Noël, 1961 : pp. 38-39). Cette expression est celle usitée couramment partout en Lorraine pour les pâtes blanches poreuses à enduit transparent, elle apparaît dans de nombreux documents, notamment, en 1759, dans la supplique adressée par la veuve de Chambrette à Monseigneur le chancelier de Lorraine et Barrois (Lunéville, Archives municipales) et, en 1765, dans le Mémoire par le Sieur Loyal, propriétaire de la manufacture de fayence et de terre de pipe de Saint-Clément contre le sieur Chambrette [...] (Noël, 1961 : 43). La terre de pipe est bien définie en grande Lorraine et en Belgique-Luxembourg car elle fait l’objet de plusieurs textes de référence concernant tant les fabriques du pays de Lunéville ou des Vosges, que celles de l’axe frontalier, notamment celles fondées par la famille Boch à Audun-le-Tiche, Septfontaines-lès-Luxembourg puis Mettlach en Sarre, ou celles de l’actuelle Belgique francophone, comme Andenne et Liège. Alexandre Brongniart rappelle que « la terre de pipe [...] est faite principalement dans le nord-est de la France, sa pâte est composée d’argile et de silice avec une addition, variable suivant les circonstances, de craie ou de fritte alcaline, ce qui rend cette pâte plus ou moins fusible à haute température. » La « terre à pipe » marnée, qui renferme de la chaux dans la composition de sa pâte, est la « terre de pipe » proprement dite, usuelle au XVIIIe siècle. J.-F. Boch, dans un paragraphe daté de 1788, identifie la terre qu’il utilise et la décrit comme argile à grès : « La terre de pipe que nous tirons des environs de Coblence [...] est l’argile la plus grasse, celle qui a le plus de corps pour pouvoir se tourner mince et celle qui résiste le mieux au feu sans se gauchir, et sans se vitrifier ; si on la met sous le four, ou dans un feu violent, elle vient (devient) dure et compacte comme porcelaine, elle vient un peu transparente et couleur de grès ; si on la met dans un four, où il y a des pâtes de blanc à fayence ou autres pâtes où il entre du sel, elle sera grès comme celui que l’on fabrique à Coblence. La terre de pipe mêlée partie égale avec la même terre cuite et pilée, ou avec du caillou pilé, ou avec du sable de Moselle, ou autre sable à gros grains, est propre à faire des creusets pour les verreries, ou des gasettes à porcelaine ou des fours pour résister à la plus grande violence du feu. Ainsi la terre de pipe de Coblence qui donne le nom à nos ouvrages, plus la composition est chargée de terre, plus elle est aisée à travailler au tour et moulage, et plus elle résiste au feu sans se gauchir ; mais aussi plus la composition est chargée de terre, plus elle est sujette au fendillage. Du temps où nous étions à Audun et au commencement de la fabrique de Septfontaines, la terre de pipe que nous recevions de Coblence était sableuse, nous en recevions quelquefois de si sableuse et si rude à couper au couteau qu’il fallait la moudre avec la composition. » (Boch, 1785-1794 : 27-29). L’auteur aborde le rôle joué par les additifs et plus particulièrement celui de la craie : « La craie donne à la terre de pipe ce que fait la marne à la faïence [...] (Elle) blanchit la terre de pipe, elle rend le biscuit altéré, et empêche le fendillage. Si la craie est nécessaire à la terre de pipe, elle produit aussi des défauts à éviter. C’est la craie qui produit le jaune qui nous a désolés pendant plusieurs années, et qui aurait continué si nous n’avions trouvé les moyens de cuire fort le biscuit dans un four bien aéré, sans fumée, et faire au moins vingt-quatre heures de feu pour que la craie se cuisant en chaux puisse bien évaporer la fumée ; si le biscuit n’est pas bien cuit, lorsque la couverte se glace, elle renferme la fumée de la craie, et donne le jaune qui nous a désespérés et presque ruinés. » (Boch, 1785-1794 : 36-37).

    28Duhamel du Monceau, dans son Art de faire les pipes (1771), situe son usage en tant que matériau puis dans son Art du potier de terre (1773), parlant de l’Angleterre, il distingue les « poteries fines » (vitrifiées) et les poteries blanches (poreuses), établissant l’identification entre grès et terres de pipe fabriqués avec la même argile qu’il ne nomme pas « terre de pipe », ne disposant pas des éléments scientifiques pour établir le rapprochement. Plusieurs praticiens reconnaissent en elle une variante des argiles à grès ; Boussemart, ce fabricant de Liège plusieurs fois cité pour la pertinence de ses propos, précise aussi, en 1786, qu’il faut lui ajouter de la craie pour pouvoir la cuire à une température plus basse que celle du grès. Il note « La terre de pipe que l’on emploie ordinairement pour la fabrication du grès n’est, à proprement parler, qu’une argile pure que la nature a purgé de toutes matières hétérogènes, et c’est pourquoi elle se cuit blanche, ne contenant rien qui puisse la colorer [...] ». Certaines sont naturellement calcaires et ne supportent qu’un faible feu, entre 950° et 1 050° ou bien sont feldspathiques et grèsent entre 1 200° et 1 250°, d’autres encore sont infusibles à température normale, car kaoliniques, et doivent recevoir un fondant complémentaire.

    29Le perfectionnement de la terre de pipe réside dans la préparation de la pâte même. Cette argile très belle et pure mais souvent trop plastique, nécessite un dégraissant (sous forme soit de chamotte, soit de silice issue de sable ou de caillou broyé, puis de caillou ou de sable calciné et broyé) et, enfin, d’un fondant (fritte ou chaux pour assurer la cohésion du biscuit qui devient beaucoup plus dur sans nécessiter la haute température de cuisson que requiert le type anglais). La blancheur du corps est un élément secondaire qui évolue avec la découverte des gisements de terre pure, avec la calcination du caillou et avec le soin apporté à éviter qu’il contienne des impuretés colorantes, et enfin avec l’habitude prise d’azurer la pâte. L’aspect final est assuré par la mise au point d’enduits se vitrifiant sans « jaune » (provoqué par un excès de plomb), grâce à la soude et à la potasse ou même par l’adjonction (à la manière des verriers) d’arsenic ou de manganèse agissant comme décolorants.

    30Il existe donc de nombreuses compositions de pâte, adaptées à l’origine géologique du gisement et dont l’évolution technique est marquée par le perfectionnement du principe fondant : calcaire ou fritte dans un premier temps (XVIIIe siècle), puis feldspath, au XIXe siècle, lorsque l’on quitte les basses températures (950 °-1 050 °C) pour atteindre la limite de vitrification (1100 °- 1 200 °C). Mais il convenait, pour faciliter le décor mécanique sur biscuit et une pose aisée de la glaçure, de conserver la porosité de la pâte. En fait, rien n’interdisait de cuire en grès, voire en grès porcelanique, la plupart de ces pâtes.

    31O’Reilly, en 1801, dans son mémoire sur un « Procédé pour remplacer la céruse et le minium dans les compositions de l’émail ou de la couverte de poterie fine » (Annales des arts et manufactures, an IX, p. 178) note « la terre, dite de pipe, est la meilleure espèce qu’on puisse employer parmi les argiles qui blanchissent à une haute température ». Le défaut de la terre de pipe primitive dite calcarifère réside dans ce qu’elle est calculée pour cuire à une faible température de cuisson ; elle ne peut recevoir qu’une glaçure très fusible, donc tendre et fragile, ce qui est corrigé dans certaines fabriques par l’usage d’une glaçure stannifère, par conséquent opaque. Cet émail est généralement moins chargé en étain que celui de la faïence commune, il est alors moins fixe et se glace mieux sur le biscuit grâce à sa composition plus alcaline ; cette production est nommée « blanc fin » dans l’Est de la France, en Belgique et au Luxembourg (ill. 9).

    32L’étude d’un nombre suffisant de pièces montre une évolution dans une période charnière que l’on peut situer entre 1790 et 1830. Au cours de ces années, les terres de pipe se présentent de la manière suivante :

    • l’une semble se limiter à la fabrication de formes plastiques (sans décor peint) dans lesquelles les moulures et sculptures jouent un rôle important ; la pâte est quelque peu jaunâtre, tendre et de faible densité ; la glaçure assez sèche (à dominante alcaline) est quelquefois opacifiée (voir : blanc fin) ; les parois sont peu épaisses et le galbe des pièces souffre de temps à autre de déformations. La source est à rechercher dans les premières pâtes calcarifères de Pont-aux-Choux et Lunéville, mais perdure jusque dans le premier quart du XIXe.

    • l’autre se distingue par une conception différente : elle reçoit toujours un décor peint sous glaçure. La pâte est plus blanche, plus épaisse, son façonnage est parfait ; le revêtement vitreux beaucoup plus glacé, est de type plombo-alcalin.

    33Il est à remarquer que dans certaines fabriques situées de part et d’autre de la frontière de l’Est, les deux variétés coexistent au même moment comme le montrent les productions de Longwy et de Septfontaines ; les mentions « terre de pipe » et « cailloutage » prennent tout leur sens à ce moment puisqu’elles apparaissent dans nombre de documents.

    34Durant les trois premières décennies du XIXe siècle, la concurrence exige que des améliorations notables soient apportées aux pâtes, aux glaçures et aux procédés de fabrication, comme en témoignent les recherches et la collaboration tumultueuses de Pierre Honoré Boudon de Saint-Amans (1774-1858). Certaines manufacture mettent au point une pâte très polyvalente comme à Bordeaux « pour la faïence d’art comme pour celle d’usage, les frères Vieillard n’emploient qu’une seule pâte, la terre de pipe, pour toutes leurs pièces, depuis la simple assiette blanche jusqu’à cette merveilleuse fontaine persane [...] » (Chefs-d’oeuvre d’art, 1878 : t. 1, 71). Le critique d’art Émile Bergerat signale ici les produits présentés par la manufacture de Bordeaux à l’Exposition universelle de 1878.

    35Au milieu du XIXe siècle, les recherches techniques conduisent les céramistes à composer de nouvelles pâtes dans lesquelles le pourcentage de « terre de pipe » (argile plastique) diminue progressivement (de 80 à 20 %) et se trouve remplacé par des argiles kaoliniques ou/et feldspathiques, assurant plus de blancheur (par le kaolin) et de cohésion (par la fusion des éléments alcalins du feldspath), mais nécessitant une plus haute température de cuisson, d’où la nécessité de modifier également les glaçures pour résister à ce feu qui passe de 950° à 1150°. Au cours du XIXe, « terre de pipe » devient une expression populaire, presque péjorative, comme le note Alexandre Brongniart dans le Dictionnaire technologique (1830) : « les faïences fines dites vulgairement terres de pipe. » C’est à partir de ce moment que l’expression « faïence fine » devient à la mode et tend à supplanter le terme historique. Ce qui n’est pas admis par plusieurs puristes, dont le peintre céramiste Louis Cellière, qui, dans son Traité élémentaire de peinture en céramique paru en 1883 recommande, à l’intention des néophytes, « ne pas dire faïence pour terre de pipe, on nous discute le terme de terre de pipe employé dans notre traité ; la raison nous a guidé : d’abord c’est le nom de la matière première que chacun peut reconnaître à sa cassure ; les uns la nomme faïence blanche, mais il y a des terres de pipe à couverte jaune, bleue, etc. ; le qualificatif n’est pas juste, puis les faïences stannifères bien émaillées sont incontestablement des faïences blanches. » Ardent défenseur de la terre de pipe, Cellière est d’ailleurs un des seuls auteurs à décrire et à enseigner son décor sous glaçure.

    36Pour nous résumer, la distinction entre les terres de pipe est établie par le fondant de la pâte, trois types historiques principaux mais souvent combinés :

    1. La terre de pipe naturelle marnée (dite calcarifère ou primitive). Elle est composée d’argile « terre de pipe » et de marne calcaire ou de roche crayeuse (J.-F. Boch parle de craie pour la terre de pipe et de marne pour la faïence). Elle est généralement dégraissée par du sable broyé ou peut-être par une chamotte fine. Son fondant est le calcaire.

    2. La terre de pipe à fritte. Elle est aussi quelquefois dégraissée par le sable ou le caillou, mais le liant est une fritte artificielle (silice et alcali) qui peut aussi jouer le rôle de dégraissant.

    3. La terre de pipe cailloutée (ou silexée : la silice vient du caillou siliceux ; galet ou pierre à fusil calciné puis broyé). Le remplacement du sable par le caillou est un perfectionnement notable, souligné par plusieurs auteurs. Cette pâte est, soit calcaire, soit « à fritte » : une marne naturelle est toujours moins chère qu’une fritte, ce qui est aussi indiqué par différents auteurs.

    37Chaque genre possède ses propres caractéristiques, certains n’ont pas eu à évoluer grâce à des qualités propres à la terre de base, d’autres se sont améliorés pour corriger leurs défauts. La terre de pipe trouve son prolongement dans les « faïences perfectionnées » du XIXe, dites cailloutages, demi-porcelaines ou porcelaines opaques ; ces expressions concernent des pâtes complexes (kaoliniques, feldspathiques, phosphatiques) aux glaçures plombo-alcalines plus dures grâce au borax.

    Terre blanche

    38La détermination chronologique de l’antériorité de l’adoption ou de la mise au point des terres blanches à revêtement transparent, reste à établir de manière plus probante que ne le permettent les archives disponibles. André Pottier, dans son Histoire de la faïence de Rouen, relate qu’il possède un pot à lait en faïence fine, avec couverte vitreuse, façon anglaise, portant la date « 1735 » et la situation « Rouen L.C. » (Pottier, 1870 : p. 23), mais les réserves que suscitent les travaux historiques de Pottier exigent, pour le moins, une confirmation de l’existence de cette pièce et de son authenticité. Les débuts d’une production commercialement importante se situent, certes, entre Lunéville et Paris, mais d’autres intervenants potentiels identifiés ou non identifiés, en particulier quelques fabriques dites de « terres blanches », sont en mesure de prétendre à une paternité qui n’est pas entérinée.

    39Cette expression est ambiguë, comme « faïence blanche », elle désigne des céramiques dont l’aspect visuel est blanc comme la faïence commune stannifère à pâte rouge et revêtement opaque ou même des pâtes blanches à revêtement vitreux transparent, telles la terre de pipe dans les régions où cette locution ne s’est pas imposée, ou encore la terre façon d’Angleterre et même certains grès glaçurés ou vernis au sel. Henry Havard, en 1894, attribue deux fois cette dénomination à la faïence émaillée de blanc : « Quatre coupes de terre blanche de Flandres » (1590) et « trois plats de terre blanche » (1638). La réussite des produits de la manufacture du Pont-aux-Choux, exécutés en argile blanche provenant de la région de Montereau, incite un marchand faïencier établi à Montereau même, Etienne-François Mazois, à fabriquer en 1748 « de la poterie de terre blanche façon d’Angleterre » (C.C.V.A.F., 1969, n° 44 : p. 203). Un document des Archives Nationales (Y 15 071) consulté par Madame le Duc, relate en 1768 un procès engagé par Adrien Pierre Mignon, « entrepreneur propriétaire de la Manufacture royale de terre blanche de France à l’imitation des terres et poteries d’Angleterre » établie au Pont-aux-Choux. (Le Duc, 1993 : p. 20). Duhamel du Monceau, dans son ouvrage paru en 1773, L’Art du potier de terre, note « En général l’argile qu’on emploie pour la poterie qui nous occupe (de Saint-Fargeau), est de couleur cendrée ; mais on en distingue deux sortes ; l’une plus blanchâtre que l’autre contient un sable fin : on fait avec cette terre des vases d’un grès plus serré et plus fin qu’avec l’autre, et on la cuit plus fort [...] je l’appellerai terre blanche. » Au XIXe siècle, les mentions de « manufacture de terre blanche » sont encore courantes (Lambert, 1800 in CCVAF, 1969, n° 45 : pp. 30, 31, 32). En 1807, le fabricant Oppenheim écrit « La poterie blanche, façon anglaise, est une faïence fine à couverte transparente et blanche, connue sous le nom de poterie fine, faïence blanche, terre anglaise, terre de pipe, faïence anglaise, terre blanche et cailloutage. »

    La terre d’Angleterre et la terre de France

    40Le premier vocable doit toujours faire l’objet d’une question préalable : s’agit-il de la céramique fabriquée outre-Manche dont l’invention et les premiers perfectionnements sont attribués d’ordinaire à John Astbury, John Heath, Shelton, Enoch Booth et Wedgwood (et cela concerne tant des terres blanches vernissées que des grès blancs vernis au sel dans un premier temps puis habillés d’une glaçure plombo-alcaline), ou s’agit-il de la production française dont l’aspect extérieur imite le grès anglais mais dont le processus technique en est bien différent, car le biscuit est toujours poreux ? Cette évocation de la terre d’Angleterre est le plus souvent un simple argument de vente. Les prémices d’une guerre commerciale, à l’échelle européenne, mettent en présence l’earthenware anglais (terme générique pour tous les produits à corps non vitrifié), plus particulièrement le « creamware », né vers 1740, et les « terres blanches » ou « terres de pipe » françaises et lorraines dont l’origine se situe dans la continuité des productions de la Renaissance.

    41« Terre d’Angleterre » et « terre de France » désignent une même matière (ill. 10) ; par exemple ces termes concernent administrativement les produits du Pont-aux-Choux, fondé en premier lieu en 1743, rue de Charenton, Faubourg Saint-Antoine à Paris, par Claude Imbert Guérin, Edme Serrurier et les frères Dubois ; un édit royal octroie un privilège de dix ans aux associés et les autorise à fabriquer de la faïence « façon d’Angleterre ». En 1745, l’établissement est connu, semble-t-il, sous le nom de « Manufacture royale des Terres d’Angleterre » (Plinval de Guillebon, 1995 : 58) puis en 1748 (Gérin et les Dubois s’étant entre-temps retirés), un nouvel arrêté lui accorde le nom de « Manufacture royale des terres de France à l’imitation de celle d’Angleterre » (C.C.V.A.F., 1969 : n° 44, 206). (Garnier, 1893 : 163). Pont-aux-Choux est, du reste, mentionné, en 1772, dans l’Almanach des marchands, avec la dénomination de « Manufacture royale des terres de France à l’imitation de celles d’Angleterre ».

    42Il est aujourd’hui admis que la volonté d’imiter les Anglais, avec les « terres à la façon d’Angleterre », est à l’origine de la manufacture du Pont-aux-Choux, mais il n’existe aucune étude scientifique déterminant la nature de la pâte utilisée par cette faïencerie et permettant de la comparer à d’autres produits voisins. Nous avons pu mener un examen visuel sur une pièce attribuée à cette manufacture (chocolatière du Musée national de Céramique à Sèvres) : la pâte est une composition argileuse du type « terre de pipe » dégraissée, dont la caractéristique est d’être particulièrement docile au façonnage car l’œuvre est extrêmement complexe ; la glaçure présente un net aspect plombo-alcalin. Tous ces éléments sont très éloignés de la façon anglaise. Jean-François Boch, dans son manuscrit, ne fait jamais référence à l’Angleterre pour désigner les pâtes blanches glaçurées qu’il dit avoir fabriquées en grand nombre dans sa première poterie d’Audun-le-Tiche près de Longwy, soit entre 1748 et 1767, puis dans la seconde à Septfontaines-lès-Luxembourg.

    43Les références à l’Angleterre pourraient donc bien se limiter à un simple motif commercial, car les œuvres connues ne présentent pas cet aspect de dureté des fabrications anglaises fortement silexées et cuites nécessairement à haute température, comme l’ont démontré, au XIXe siècle, des professionnels tels Bastenaire-Daudenart et Boyer en rappelant la médiocre solidité des terres françaises. Ces dénominations évoquent le problème relationnel que provoque le développement de la fabrication des céramiques à corps blanc et revêtement vitreux transparent, qu’il convenait de différencier des productions lorraines d’une part, et anglaises d’autre part. Cette appellation est consacrée peu après les actes protectionnistes qui renouvellent l’interdiction, établie en 1740, sur recommandation du Conseil du commerce, d’importer certaines céramiques anglaises. Faut-il voir dans ces mesures l’incapacité des faïenciers français à répondre valablement à la demande de leur clientèle ? Peut-être, mais dans une situation qu’il convient de nuancer : leurs poteries communes sont solides et leurs faïences de luxe fort belles. Certaines de ces dernières sont à pâte rouge et d’autres à pâte blanche ou blanchâtre, ce qui n’est pas suffisamment souligné. Toutes reçoivent un émail stannifère, les glaçures transparentes sont connues, mais tendres et peu utilisées sinon sur la grosse poterie. Il n’y avait guère de raisons pour changer des habitudes qui donnaient satisfaction et que nous qualifions aujourd’hui de « tradition » ou de « culture populaire », mais qui représentent une « culture technique » pour les praticiens. La puissante motivation de la mode et l’attrait du renouvellement sont les facteurs qui créent le changement : le goût pour l’ornementation plastique et l’abandon du décor peint marquent les nouveaux choix qui cherchent leur style dans une expression voisine de l’orfèvrerie. Cette approche passe par une technique appropriée car la faïence commune est peu en mesure de traduire le galbe complexe des rocailles et le raffinement des filets « argent » ; aussi la recherche d’une autre matière est-elle directement adaptée à un nouveau type de façonnage dans lequel le moulage est prépondérant face au tournage. Ce qui conduit à concevoir une pâte rouge ou blanche qui se caractérise par la grande qualité de sa préparation : choix des argiles, rôle du dégraissant (chamotte ou silex), et principalement broyage fin des constituants. Mais les pâtes rouges, lorsqu’elles sont revêtues d’un émail stannifère blanc, perdent de leur intérêt car l’épaisseur de l’enduit vitreux masque les finesses du moulage. Les pâtes blanches les plus anciennes, dont nous avons relevé plusieurs variantes, sont de ton ivoiré plus ou moins accentué ; elles sont souvent courtes (maigres), pour éviter les retraits, mais assez plastiques pour être travaillées à la croûte et remplir avec soin tous les creux des ornements du moule ; elles se travaillent également au tour, supportant bien le tournassage, ce qui permet d’exécuter des parois d’une très grande finesse.

    44Est-ce là l’influence des grès blancs anglais ? Pour une part, certes, mais nous supposons, par hypothèse, qu’il s’agit, pour une autre part, d’une recherche parallèle à celle de la porcelaine à fritte, trop fusible et trop chère, et qu’il faut voir là le choix habile fait par des praticiens avisés. Guérin, l’un des initiateurs, vient d’ailleurs de Chantilly et de Vincennes, Serrurier est un homme de métier reconnu. Cette production, nommée « Terre de France » par protection royale, ce qui témoigne d’une confiance administrative dans les moyens mis en œuvre, correspond simplement à ce que d’autres praticiens nommaient « terre de pipe », comme en Lorraine, ou « terre blanche » ou encore « terre façon anglaise ». Nous ne sommes pas toujours en mesure de prendre position sur le sens de certains écrits ; hors de la vérification visuelle d’une pièce, comment savoir s’il s’agit d’un corps poreux (earthen ware et flint ware) ou d’un corps vitrifié (grès blancs vernissés ou glaçurés : iron stone, fritted drap) ? Lorsque Brongniart parle d’une poterie « tout à fait semblable à la faïence fine dite terre de pipe, mais couverte d’une glaçure obtenue par le sel dont M. Enoch Wood m’a donné trois pièces […] qui ont été fabriquées vers 1710 » (Brongniart, 1841-1844/1877/1977 : t. 2, p. 231), il relève que ce sont des céramiques dont le vernis, obtenu par volatilisation du sel, est celui d’un grès, montrant une fois de plus la persistance de la confusion entre le grès blanc et les terres blanches. Seul Brongniart fait référence à la fabrication d’une céramique à corps poreux revêtu d’un vernis par volatilisation, mais sans en faire un élément de sa célèbre classification (modifiée par lui-même entre 1830 et 1844).

    Terre de pipe, terre blanche, terre anglaise, un même sens

    45Nous venons de mettre en évidence le parallélisme de ces termes tout en soulignant que la dénomination « terre anglaise » recouvre également une variété de grès blanc, toutefois peu courante sur le continent, vraisemblablement en raison de la difficulté de monter à des températures supérieures, c’est-à-dire passer de 950-1050 ° à 1250-1 350 °, ce qui implique des fours et du matériel d’enfournement adaptés, donc un coût plus élevé. Soulignons simplement ici, sans nous étendre, les avantages de la cuisson au charbon de terre, adoptée très tôt par les Anglais, sur celle au bois alors en usage en France. Nous notons dans les écrits de la seconde moitié du XVIIIe siècle, la tendance suivante : terre blanche et terre anglaise sont principalement utilisées dans l’aire d’influence du Bassin parisien alors que terre de pipe est plus largement répandue de part et d’autre de l’axe frontalier nord-est, et notamment en Lorraine, au Luxembourg et dans la Belgique francophone.

    Un exemple de l’évolution chronologique des termes

    46Peut-être plus que les arguments techniques, les motivations commerciales sont à l’origine de l’évolution chronologique des vocables désignant les céramiques à corps blanc poreux. Il est intéressant de découvrir dans les textes anciens se référant à une seule manufacture, les différents termes évoquant ces produits. Creil, à cet égard, est instructif. Nous relevons, dans les archives et documents cités par Madame Ariès :

    • en 1797, sur les actes de fondation : une manufacture de poteries dites terres anglaises.

    • en 1799 : une manufacture de poteries fines.

    • en 1801 : une manufacture de poteries dites terres anglaises.

    • en 1801 : une manufacture de poteries fines façon anglaise.

    • en 1802 : une manufacture de poteries de terre à l’anglaise.

    • en 1813 : fabrication de faïence de terre de pipe.

    • en 1822 : la poterie à la manière anglaise.

    • en 1823 : cuisson des porcelaines, faïences, terres de pipe et autres terres.

    • en 1825 : terres fines. : fayence fine (étiquette de Brongniart).

    • en 1827 : bonne et durable fayence terre de pipe.

    • en 1834 : fayences dites terres de pipe, des porcelaines opaques, grès et autres produits.
      : faïence fine de Creil (S. Flachat, L’industrie, Exposition de 1834).

    • c. 1838 : une manufacture de poteries anglaises.

    • en 1840 : fabrication des fayences fines, des porcelaines opaques et transparentes...

    • en 1844 : pétrocérame, demi-porcelaine, faïence dure.

    • en 1852 : une cuvette en terre anglaise... 85 pièces en terre de pipe unie et à fleurs.

    • en 1854 : porcelaine opaque.

    • en 1867 : porcelaine opaque, kaolina.

    47Cette chronologie met en évidence que les produits à corps blancs font, au début, l’objet d’une double référence : à l’Angleterre et à la notion de finesse, puisque le terme « terre de pipe » s’impose, mais tardivement, vers 1813, alors qu’il est en usage courant dans l’Est de la France durant le dernier quart du XVIIIe siècle. Enfin que l’usage de « faïence fine » demeure sous la plume de spécialistes comme Brongniart et Flachat et que la manufacture préfère un vocabulaire plus « médiatique » comme porcelaine opaque ou demi-porcelaine, voire même des vocables évoquant une modernité technique comme « pétrocérame » ou « kaolina ».

    48Au terme de cette évolution, à la fin du second Empire, la nouvelle pâte de Creil se compose de 38 % d’argile plastique, 38 % de kaolinite et de 26 % de chamotte (biscuit porphyrisé). Cette formule, plus ou moins adaptée selon l’origine géographique des constituants, est alors usitée dans l’ensemble des manufactures françaises. Il convient de rappeler que la suppression du terme « terre de pipe », à la fin du XIXe siècle, n’implique évidemment pas la disparition du produit et que la fabrication de celui-ci se poursuit sous différentes appellations, particulièrement « granit », « opaque » ou tout simplement « faïence » !

    49Il est temps d’aborder, après ce premier répertoire, le problème du sens de « faïence fine ».

    La « faïence fine de terre de pipe »

    50Il n’existe pas de « terres de pipe communes » car les terres blanches sont, dès leur naissance, orientées vers le produit de luxe ou de demi-luxe, alternative concurrentielle de la porcelaine. Pour cela, elles se glissent dans le même registre, à savoir une expression plastique à l’image de l’orfèvrerie aristocratique. Le façonnage soigné, par tournage suivi d’un tournassage ou par moulage à la croûte, est à l’origine, autant que le peu d’épaisseur et le grain très fin des pâtes, de la qualification ; Duhamel du Monceau, dans son Art du potier de terre (1773) se sert, pour le « grès blanc anglais vernissé », de l’expression « poterie fine » qu’il adopte ou traduit d’un mémoire de M. Jars, correspondant anglais de l’Académie (p. 51-52). Cette expression sera plus tard reprise par O’Reilly (Annales des arts et manufactures, an IX) dans le même sens : « poterie fine ou de grès » (p. 178). Pour Oppenheim, en 1807, la « poterie blanche, façon anglaise, est une faïence fine à couverte transparente et blanche, connue sous le nom de poterie fine, faïence blanche, terre anglaise, terre de pipe, faïence anglaise, terre blanche et cailloutage. » L’auteur, praticien averti, désigne ici des produits qu’il différencie clairement, par ailleurs, de la faïence commune. Le point commun de ces fabrications est la finesse de la structure de la pâte (constituants bien broyés) ; l’enduit vitreux est soit blanc (opaque), soit transparent, mais « fine » est un simple qualificatif et ne forme pas une locution avec « faïence ».

    51Oppenheim ajoute que « la pâte de la faïence (commune) se compose avec moins de soin que celle de la faïence fine. On ne broie pas le sable qu’on lui ajoute […] Le biscuit de la faïence commune est très poreux, et cette qualité lui fait supporter, plus qu’aux faïences fines, les vicissitudes de température. » L’auteur désigne ici par « faïence fine » des faïences dont la pâte (blanche ou colorée) comporte une structure fine recouverte d’émail stannifère, il ne s’agit donc ni de terre de pipe ni de cailloutage, termes dont il a précisé le sens par ailleurs. Cette dualité dans les écrits est une première source d’ambiguïté dont a souhaité s’affranchir Brongniart.

    52D’autres auteurs tel Boyer conservent une position plus claire : « nous avons distingué deux espèces dans la faïence, la blanche et la brune ; la première passe pour fine, la seconde pour commune » (Boyer, 1827 : t. 2, p. 90) et « il n’y avait autrefois que deux espèces de faïence, la blanche et la brune : la première s’appelait fine, la deuxième commune » (Boyer, 1846 : t. 1, p. 130). Boyer, qui différencie ces produit de ceux en terre de pipe ou en terre anglaise, s’appuie sur le texte de L’Encyclopédie (sans citer sa source) et précise que c’est en reconnaissance du soin apporté à la préparation de la pâte (les terres sont lavées et tamisées, le sable et les impuretés ordinaires sont éliminés et remplacés par du sable pur ou de la pierre à fusil, calciné et broyé), à l’exécution et à la finesse du façonnage et notamment de l’estampage des ornementations en relief, que s’est opérée la modification du sens : « fine » n’est, à l’origine, qu’un qualificatif prouvant la qualité de l’ouvrage. Boyer, en 1846, définit la terre de pipe ainsi : « Nous avons fait remarquer, en parlant de la terre de Jéraussem et de la manufacture de Gien, que les pâtes dont on fait la demi-porcelaine, ou si l’on veut, la vaisselle d’argile fine, contiennent une portion plus ou moins forte de kaolin ». En insistant sur « argile fine » et sur « kaolin », l’auteur donne la mesure de la faïence fine.

    53Oppenheim dans L’Art de fabriquer la poterie façon anglaise, puis Bastenaire-Daudenart, dans L’Art de fabriquer la faïence blanche recouverte d’un émail transparent (1830) l’emploient à plusieurs reprises dans cette acception. Ce dernier auteur insiste sur ce qui lui semble être la spécificité des différentes faïences à pâte fine. Les unes, dites « françaises » ou « lorraines », pays où le mot « terre de pipe » est d’un usage précoce et commun, sont caractérisées par un corps et un revêtement vitreux tous deux trop tendres, ce qu’il attribue à l’addition excessive de fondants plombo-alcalins qui « l’emportent de beaucoup sur la silice ». Les autres, dites « anglaises » présentent un corps et un enduit plus durs et résistants grâce à leur forte teneur en silex, ce qui implique une température de cuisson bien plus élevée que celle des faïences communes ou des terres de pipe. Il impute cette qualité à l’usage du charbon de terre par les Anglais qui peuvent ainsi cuire plus haut et plus économiquement. Bastenaire-Daudenart précise qu’il est possible d’améliorer la blancheur du corps de ces poteries en incorporant à la pâte argileuse une petite partie de kaolin, ce qui devient, dans les décennies qui suivent, le principal argument de nombreuses manufactures qui nomment leur faïence « porcelaine opaque », « demi-porcelaine », « porcelaine anglaise » ou « kaolina ».

    54Sous la plume d’Alexandre Brongniart, « faïence fine » identifie un produit précis de la classification qu’il présente, en 1830, lors de la publication de l’article « Poterie » paru dans le Dictionnaire technologique (Quatrième classe : faïence fine ou anglaise). Brongniart la décrit ainsi : « or, le but, la perfection de l’art céramique, est de produire des pâtes denses, qui puissent s’obtenir à une basse température. On ne peut guère espérer arriver au maximum de ce résultat, c’est-à-dire avoir des pâtes aussi denses que celles des grès ou des porcelaines, qui puissent cuire complètement à la température suffisante pour cuire les pâtes des faïences communes : mais il paraît qu’on en a approché autant qu’il est possible, au moyen des faïences fines, dites terre de pipe et cailloutage. En effet, quand elles sont bien faites, elles présentent une pâte d’un tissu serré, imperméable aux liquides, qui se cuit à une température supérieure, il est vrai, à celle de la cuisson des faïences communes... » Toutefois les écrits de Brongniart reflètent parfois l’ancienne acception, par exemple lorsqu’il établit son classement :

    1. La terre de pipe ou faïence marnée dite calcarifère, qui est la plus ancienne.

    2. La terre anglaise ou cailloutage ou faïence fine cailloutée, dite aussi caillouteuse.

    3. La faïence fine dure ou feldspathique, dite lithocérame, demi-porcelaine, porcelaine opaque qui conduit, selon Brongniart, à la porcelaine tendre anglaise.

    55On peut remarquer ici qu’il ne lie pas « terre de pipe » et « faïence fine », respectant là l’approche historique que nous avons soulignée précédemment.

    56Par ses travaux réputés et largement diffusés dans le milieu professionnel, le directeur de la Manufacture de Sèvres impose cette acception bien qu’elle ne fasse pas l’unanimité parmi les praticiens, Théodore Deck qui assurera plus tard les mêmes fonctions note que cette « expression explique mal la chose et qu’il regrette de ne pouvoir accepter les termes du savant chimiste en ce qui concerne les faïences. » Il refuse l’idée d’infériorité que communique le terme « faïence commune » et la distinction qui émane de « faïence fine », chacun des genres possédant sa propre richesse d’expression. Ce débat entre un théoricien et un artiste s’éteindra ou se revivifiera postérieurement selon les auteurs, sans qu’aucun parvienne à imposer son choix. Par exemple, à Nans-sous-Sainte-Anne dans le Jura, en 1860, l’affiche de la vente de la « Fabrique de cailloutage et de terre de pipe » annonce que « cet établissement est en plein roulement et il est à présumer que la fabrication de la faïence fine y sera réunie, attendu que des terres excellentes se trouvent sur les lieux. » Cet écrit montre que la faïence fine pourrait venir en complément des fabrications existantes comme la terre de pipe et le cailloutage (de Buyer, 1983 : p. 151).

    57Une autre évolution des pâtes intervient avec l’incorporation de feldspath, puis avec leur décoloration à l’aide d’une faible quantité d’oxyde de cobalt, ce qui permettait de supprimer le « jaune » qui différencie tant la faïence de la porcelaine. Ces diverses appellations sont résumées par certains auteurs, dont Salvetat, par le terme de « faïences perfectionnées ». Salvetat appelle clairement « faïence fine » les poteries dures à pâte silexée kaolinique et/ou feldspathique, et à glaçure boracique affirmant « l’espèce céramique dont nous parlons maintenant est la véritable faïence fine ; c’est à des variétés de cette espèce qu’on a donné le nom de porcelaine opaque ».

    58Le vocable « faïence fine », en tant qu’élément de détermination d’une variété technique, est un néologisme récent dû à Alexandre Brongniart qui souhaite, avec des arguments qui lui ont été contestés, marquer les perfectionnements apportés aux terres de pipe, notamment en ce qui concerne la composition et la préparation des pâtes. L’ingénieur belge Lambert, en 1865, poursuit cette même démarche, écrivant que « la porcelaine tendre anglaise ou phosphatée est en quelque sorte la dernière limite de perfectionnement de la faïence fine ». Deux spécialistes qualifiés, Auscher et Quillard, en 1901, réfutent les classifications trop théoriques de Brongniart et de Salvetat et donnent une nomenclature simple et logique dans laquelle la faïence fine s’intègre dans l’ordre des poteries vernissées.

    Conclusion

    59La mention « faïence blanche dite terre de pipe », qui apparaît dans un texte de brevet d’invention de 1808 (Ariès in CCVAF, 1969, n° 45 : p. 54), montre la difficulté qu’ont les professionnels de nommer un produit sans risquer d’être mal compris ; ce détail met en évidence que même un auteur qualifié ne dispose pas, à l’aube du XIXe siècle, des mots nécessaires pour exprimer sa pensée.

    60Pour respecter le sens historique déterminé par les écrits les plus anciens, et suivre le vocabulaire établi par les us et coutumes des gens de métier, il est opportun d’opter pour une solution sans ambiguïté : l’expression « terre blanche » désigne parfaitement et de manière générique l’ensemble des productions dont le corps cuit blanc. De plus il est facile de mieux la déterminer, en se fondant sur les qualifications suivantes :

    Termes techniques

    Correspondance

    - Terre blanche à vernis salin

    Faïence ou grès anglais véritable

    - Terre blanche glaçurée

    Terre de pipe, Terre de France, Terre « façon » anglaise,
    Cailloutage

    - Terre blanche émaillée

    Blanc fin, Faïence blanche

    - Terre blanche perfectionnée

    Faïence fine, Faïence perfectionnée, selon les
    acceptions du XIXe siècle

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    ill. 1 : Marque peinte au revers d’une pièce de la manufacture de Montigny (Meuse), 1778.
    « Fayence » et « terre de pipe » sont clairement désignées comme deux fabrications différentes de la manufacture.

    Document aimablement communiqué par J. Bastian.

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    ill. 2 : Poterie émaillée dite « faïence fine ». Niderviller, décor polychrome au feu de moufle, vers 1780. Sans marque. Pâte : argile grasse additionnée de marne calcaire. Revêtement : émail plombo-stannifère.

    Musée du Pays de Sarrebourg.

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    ill. 3 : Poterie gluçurée dite « terre de pipe ». Lunéville, vers 1760-1770. Sans marque. Pâte : terre à pipe additionnée de fondant calcaire. Revêtement glaçure alcaline tendre.

    Musée Saint-Jean l’Aigle.

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    ill. 4 : Terre de pipe glaçurée. Soupière, faïencerie Boch, Septfontaines, vers 1780. Marque BL peinte sous glaçure plombo-alcaline. Pâte terre à pipe amendée par une marne et une fritte. Revêtement : glaçure plombo-alcaline.
    La blancheur de la pâte indique une grande perfection dans la composition dont l’équilibre complexe est obtenu en mariant la réfractarité de la terre à pipe à un fondant (fritte).

    Musée Saint-Jean l’Aigle.

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    ill. 5 : Terre de pipe silexée dite « cailloutage ». Soupière « de la Légion d’honneur », Longwy, vers 1810. Marque poinçonnée « Longwy ». Pâte : terre à pipe et marne renforcées par du silex calciné et broyé. Revêtement : glaçure plombo-sodique tendre.
    La qualité remarquable de l’estampage tient à la juste plasticité de la pâte dégraissée par le silex qui joue également le rôle de chamotte.

    Musée Saint-Jean l’Aigle.

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    ill. 6 : Terre de pipe perfection née. Assiette à décor parfilé, Longwy, vers 1840. Marque « 1/2 porcelaine HN à Longwy ». Pâte : terre à pipe amendée par une argile kaolinique. Revêtement : glaçure alcalino-plombo-boracique.
    Lors de l’envoi fait au Musée de Sèvres pour l’Exposition de 1839, ces produits sont nommés dans les registres de l’établissement « faïences fines perfectionnées façon anglaise ».

    Musée Saint-Jean l’Aigle.

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    ill. 7 : Terre de pipe dite « porcelaine anglaise », Longwy, vers 1840. Marque imprimée « Porcelaine anglaise HN Longwy ». Pâte : composition de terre à pipe et de feldspath liés par le phosphate de chaux. Revêtement : glaçure plombo-boracique.

    Musée Saint-Jean l’Aigle.

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    ill. 8 : Terre de pipe primitive glaçurée. Buste de Louis XV, Lunéville (?), vers 1750. Sans marque. Pâte terre à pipe amendée par une marne calcaire. Revêtement glaçure tendre de type soudo-potassique.

    Musée national de Céramique, Sèvres.

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    ill. 9 : Terre de pipe émaillée dite « blanc fin ». Marque « Longwy » poinçonnée. Pâte : terre à pipe amendée par une fritte. Revêtement : glaçure opacifiée par l’ajout d’un émail stannifère ou de calcine.
    Lors de l’envoi au Musée de Sèvres pour l’Exposition de 1839, ces produits sont nommés dans les registres « faïences perfectionnées blanc fin ». L’émail, plus épais et plus gras qu’une glaçure, empâte les reliefs de la moulure plastique.

    Musée Saint-Jean l’Aigle.

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    ill. 10 : Terre blanche glaçurée. Chocolatière, Pont-au-Choux, vers 1760.
    Sans marque. Pâte : argile réfractaire en sous-cuisson, dite terre blanche, amendée par une marne calcaire. Revêtement : glaçure tendre de type soudo-potassique.

    Musée national de Céramique, Sèvres.

    Bibliographie

    Bibliographie

    BASTENAIRE-DAUDENART (F.), L’Art de fabriquer la porcelaine, Paris, de Malher et Cie, 1827.

    Homme de l’art, l’auteur sollicite, en 1818, l’autorisation de fonder une manufacture de porcelaine à Saint-Amand-les-Eaux qu’il quitte peu de temps après ; il dirige ensuite la manufacture de Chantilly, en 1830 (Brongniart, 1841-1844/1877/1977 : t. 2, p. 169), puis celle de Nîmes (CCVAF, 1972 : n° 52, 22). Brongniart cite plusieurs de ses formules et les commente avec respect : « nous ne pouvions en espérer de meilleures, ni de plus sûres, étant données par un praticien éclairé ». Dans cet important ouvrage en deux tomes, l’auteur cite en référence l’Art de la verrerie de Neri et le Traité des couleurs d’Arclais de Montamy.

    BASTENAIRE-DAUDENART (F.), L’Art de fabriquer la faïence recouverte d’un émail opaque blanc et coloré, Paris, de Malher et Cie, 1828.

    BASTENAIRE-DAUDENART (F.), L’Art de fabriquer la faïence blanche recouverte d’un émail transparent à l’instar français et anglais, Paris, de Malher et Cie, 1830.

    Comme Openheim vingt ans plus tôt, mais avec beaucoup plus de détail, l’auteur traite de toutes les facettes utiles à un industriel : les matières, les procédés traditionnels, les nouvelles techniques.

    BOCH (Jean-François), Compositions à fayances, terres de pipe et porcelaines, et observations sur la construction des fours, et conduite du feu, par J.-François Boch à Septfontaines, 1787, Recueil de notes manuscrites et additions, 263 pages (?), Septfontaines-lès-Luxembourg, 1785-1794. Villeroy & Boch, General Direktion, Mettlach, Sarre.

    Jean-François Boch est le troisième des six enfants de François Boch (Russange, 1695-1754), fondateur, en 1747, de la poterie d’Audun-le-Tiche (Lorraine). Jean-François est né en 1737 et décède en 1817. En association avec ses frères Dominique et Pierre-Joseph, il fonde, en 1767, la faïencerie de Septfontaines (Grand-Duché de Luxembourg).

    Peut-être le plus averti en matière de communication, il est l’auteur d’un manuscrit dont l’intérêt exceptionnel forme la base d’un ouvrage projeté, mais non terminé, sur les techniques céramiques alors en usage dans les deux établissements qu’il a dirigés avec ses frères. Le document se compose d’un cahier d’atelier analysant le rôle et l’origine des matières premières, la science de la construction des fours, et cite de nombreuses formules de couleurs, de pâtes et d’enduits vitrescibles dont certains sont en service depuis 1748. La terre à bouillir, la faïence commune et la terre de pipe sont au cœur de ses études. Il se réfère également aux manufactures de Saint-Clément, Lunéville, Lagrange et Niderviller où il a eu connaissance de certaines compositions de pâtes ou d’enduits vitreux par d’autres praticiens tels Valette de Lunéville qui épouse sa sœur Catherine, Colinet Thomas, peintre à Lagrange et Casseman peintre en dorure et en réverbère.

    BOUSSEMART (J. de), « Manuscrit sur les recettes et procédés de fabrication à la manufacture de Liège », 1786, in Dansaert (G.), Les anciennes faïences de Bruxelles, 1876, reprint par Van Oest et Cie, Bruxelles et Paris, 1922.

    Joseph Boussemart, fils du directeur de la manufacture de Lille, prend la tête, à partir de 1770, de la faïencerie de Coronmeuse (Belgique actuelle), créée en 1767 par deux Français, Gauron et Lefébure. Il fonde ensuite sa propre société, en 1772, toujours à Liège mais quai Saint-Léonard. Il rédige, en deux exemplaires, l’année de son départ (1786), un rapport très complet sur les procédés utilisés dans l’établissement. La manufacture, alors dirigée par Cambresier, reçoit l’un des exemplaires. L’autre est remis à son ami François Descamps (ou Decamps).

    BOYER, Manuel du porcelainier, du faïencier, du potier de terre, Paris, Manuel Roret, 1827.

    L’auteur est ancien fabricant et pensionnaire du Roi. Son ouvrage, très complet, est, avec celui de Bastenaire-Daudenart, l’un des deux premiers traités de vulgarisation des technologies céramiques. Toutefois l’auteur puise souvent à d’autres sources, il donne des formules de pourpre de Cassius proposées par d’Arclais de Montamy, emprunte à Oppenheim, sans le citer, un passage sur l’impression à la colle et plusieurs définitions de son glossaire, il s’inspire aussi du Traité de Chimie de Thénard et des recettes de l’Anglais R. Wynn.

    BRONGNIART (Alex.), Traité des arts céramiques ou des poteries considérées dans leur histoire, leur pratique et leur théorie, 2 vol. plus un atlas.

    Membre de l’Institut (Académie des sciences), des Académies royales de Londres, Naples, Stockholm, Prusse ; de l’Académie des sciences naturelles de Philadelphie, Ingénieur en chef au corps des Mines, Professeur de minéralogie au Muséum d’histoire naturelle, Directeur de la Manufacture nationale de Sèvres, Commandeur de la Légion d’Honneur.

    • Première édition : Paris, Bichet jeune et M. Mathias, 1841-1844.

    • Deuxième édition, revue, corrigée et augmentée de notes et d’additions par Alphonse Salvetat : Paris, Béchet jeune, 1854.

    • Troisième édition, avec notes et additions par Alphonse Salvetat : Paris, P. Asselin, 1877.
      Cette édition est conforme à la seconde en ce qui concerne le texte de Brongniart (jusqu’à la page 592 du tome I et 688 du tome II). Toutefois les notes et additions de Salvetat sont plus complètes et constituent une mise à jour, incluant notamment une étude sur la céramique dite de « Henri II ».

    • Quatrième édition, dite du Centenaire, fac-similé de l’édition de 1877 : Paris, Dessain et Tolra, 1977. Les citations que nous utilisons sont extraites de la quatrième édition, fac-similé de la troisième ; la pagination est donc identique à celle de la seconde (jusqu’à la page 592 du tome I et 688 du tome II) et de la troisième.

    BUYER (Louis et Suzanne de), Faïences et faïenceries de Franche-Comté, Besançon, Cêtre, 1983.

    CAUSSY, L’art de la fayence par Caussy, ou lon apprend a fairre touttes sortes de couleurs sur les terres, a paindre et coucher touttes sortes de couleurs sur l’émail de fayence, a faire la porcelaine, et terre dangleterre, a faire des pierreries fausses, et generallement tout ce quy concerne lart de la fayence, manuscrit de 397 pages, s.l.e.d.

    L’auteur identifié, Pierre-Paul Caussy, est maître de manufacture à Rouen de 1722 à 1759. Grand voyageur, il fonde une faïencerie à la Nouvelle-Orléans et une autre à Genève, il décède à une date inconnue (vers 1763). La date de 1747 apparaît dans le manuscrit (quatrième livre, p. 220), mais la rédaction commence peu avant 1740 comme le démontre une analyse pertinente de Christian Lecomte dont nous confirmons la précision ; elle s’étend sur plusieurs années, ce qui est mis en évidence par certains aspects techniques, notamment l’évocation de la terre d’Angleterre pour laquelle il emploie précocement le terme « terre à pipe » (la plus ancienne ou l’une des plus anciennes mentions de ce terme), mais il ne semble pas détenir de renseignements très opérationnels sur sa fabrication bien qu’il soit l’ami du faïencier parisien Serrurier chez qui fut mis au point, à partir de 1743, une fabrication de « terres blanches » glaçurées. Rédigé avec clarté par un homme de l’art érudit et ouvert, cet ouvrage est un compte-rendu détaillé des connaissances dont disposait un entrepreneur, tant au sujet des techniques traditionnelles que de la « veille technologique » ou de la gestion commerciale et sociale.

    CAHIERS DE LA CÉRAMIQUE, DU VERRE ET DES ARTS DU FEU, Société des Amis du Musée National de Céramique, Sèvres, n° 1 à 59, 1955-1977.

    DUHAMEL DU MONCEAU, L’Art du potier de terre, Paris, Delatour, 1773.

    L’auteur, ingénieur et horticulteur, membre de l’Académie royale des Sciences, spécialiste des ouvrages encyclopédiques thématiques (Description des Arts et Métiers), donne une description bien documentée se terminant par un glossaire beaucoup plus riche que les dictionnaires existants. Duhamel du Monceau (1700-1781) est également l’auteur de L’Art de faire les pipes (1771) et de L’Art du tuilier et du briquetier (1763).

    POTTIER (André), Histoire de la faïence de Rouen, Rouen, A. Le Brument, 1870.

    Cet ouvrage posthume, mis en forme et élagué par un comité de publication, a longtemps été tenu pour un travail de référence bien qu’il n’ait pu être terminé par son auteur. De cette apologie dont il est difficile d’apprécier le degré de partialité, nous dirons qu’il n’est pas exempt d’erreurs techniques et d’inexactitudes historiques. L’auteur dit, page 240, détenir des notes manuscrites de la famille Pottier (son grand-père était faïencier à Rouen) ; certaines de celles-ci citent des compositions d’émail dont il s’avère, après vérification, que les termes sont tirés mot pour mot de L’Encyclopédie (article Fayence, p. 458). Il est difficile de supposer que l’érudition de l’auteur, conservateur de la bibliothèque puis des musées de Rouen, puisse être prise en défaut sur ce point.

    Annexe

    Appendice

    Les plus anciennes contributions techniques qui nous soient parvenues sont vraisemblablement celles du Lorrain Jean-François Boch et celles du Lillois installé à Liège, Boussemart. qui relate en détail la fabrication de la terre de pipe et donne de nombreuses formules qu’il situe dans le temps. Celles-ci, dont les premières s’appliquent à une production antérieure à 1764, montrent qu’elles ne sont pas figées et qu’elles se modifient en fonction de problèmes techniques (l’épuisement de certains gisements de terre) ou d’événements politiques (la guerre, sur la frontière Est, interrompt les approvisionnements de certaines matières premières qu’il faut donc remplacer) ou même des observations issues de l’expérience. Les formules qui suivent, communément admises pour les terres blanches glaçurées, permettent de comparer la composition de plusieurs pâtes et glaçures.

    Composition des pâtes

    (Boch, 1785-1794 : p. 8)

    Terre de pipe première fabriquée à Audun (vers 1760).

    Terre

    Dégraissant

    Premier fondant

    Second fondant

    Terre à pipe 17

    Caillou cuit 9

    Fritte 15 soit :

    Craie 9

     

     

    - soude 30

     

     

     

    - caillou 40

     

     

     

    - sable 9

     

     

    (Boyer, 1846 : t. 1, 213)

    D’après une formule d’une faïencerie de Lorraine non située :

    Terre

    Dégraissant

    Premier fondant

    Second fondant

    Terre de Cologne 106

    Cailloux de Moselle 6

    Fritte 50

    Craie 40,5

    Composition des enduits vitreux

    Toutes les recettes font état d’un frittage des compositions, en creuset ou en bassin sous la voûte du four, puis d’un broyage grossier au bocard puis plus fin au moulin.

    Glaçures plombo-alcalines du XVIIIe siècle :

    (Boch, 1785-1794 : 8) vers 1760 :

    En Lorraine (Boyer, 1846 : t. 1, p. 213)

    Minium

    26

    Minne de plomb rouge

    10

    Sable cuit

    20

    Sable de la Meuse

    10

    Cristal

    6

    Cristal

    2

    Sel

    14

    Sel

    2

    Alun

    1/2

    Alun

    0,375

     

     

    Potasse

    8

    Au siècle suivant, le principal perfectionnement porte sur l’introduction du borax (ou acide borique) pour durcir les glaçures (fondants composites : plomb-soude/potasseborax).

    (Bastenaire-Daudenart, 1830 : p. 421)

    Émail cristallin propre à recouvrir les faïences françaises dites terres de pipes :

    Sable blanc

    100

    Minium ou oxyde rouge de plomb

    160

    Sous-carbonate de soude à 70°

    60

    Tessons ou fragments de verre cassé

    30

    Sous-borate de soude ou borax du commerce

    5

    Azur du second feu

    1

    Auteur

    • Jacques G. Peiffer

      Docteur de l’Université de Nancy 2, Ancien élève des beaux-arts, Directeur des travaux d’art de la faïencerie Saint-Jean l’Aigle.

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    Faïence fine et porcelaine

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    Ce livre est cité par

    • Maggetti, Marino. (2018) Archaeometric Analyses of European 18th–20th Century White Earthenware—A Review. Minerals, 8. DOI: 10.3390/min8070269

    Ce chapitre est cité par

    • MAGGETTI, M.. ROSEN, J.. SERNEELS, V.. (2011) WHITE EARTHENWARE FROM LORRAINE (1755 -c. 1820): PROVENANCE AND TECHNIQUE. Archaeometry, 53. DOI: 10.1111/j.1475-4754.2010.00563.x
    • MAGGETTI, M.. ROSEN, J.. NEURURER, C.. SERNEELS, V.. (2010) PAUL‐LOUIS CYFFLÉ'S (1724–1806) TERRE DE LORRAINE: A TECHNOLOGICAL STUDY. Archaeometry, 52. DOI: 10.1111/j.1475-4754.2009.00500.x

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    Peiffer, J. G. (2003). Une confusion historique : terre de pipe et faïence fine. In J.-M. Minovez (éd.), Faïence fine et porcelaine. Toulouse: Presses universitaires du Midi. https://doi.org/10.4000/books.pumi.40616
    Peiffer, Jacques G. « Une confusion historique : terre de pipe et faïence fine ». In Faïence fine et porcelaine, édité par Jean-Michel Minovez. Toulouse: Presses universitaires du Midi, 2003. doi:10.4000/books.pumi.40616.
    Peiffer, Jacques G. « Une confusion historique : terre de pipe et faïence fine ». Faïence fine et porcelaine, édité par Jean-Michel Minovez, Presses universitaires du Midi, 2003, https://doi.org/10.4000/books.pumi.40616.

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    Minovez, J.-M. (éd.). (2003). Faïence fine et porcelaine. Toulouse: Presses universitaires du Midi. https://doi.org/10.4000/books.pumi.40581
    Minovez, Jean-Michel, éd. Faïence fine et porcelaine. Toulouse: Presses universitaires du Midi, 2003. doi:10.4000/books.pumi.40581.
    Minovez, Jean-Michel, éditeur. Faïence fine et porcelaine. Presses universitaires du Midi, 2003, https://doi.org/10.4000/books.pumi.40581.
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