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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Introduction 1) Les Peón : une stratégie d’alliance avec les grandes familles de Mérida et de contrôle des principaux rouages de la société coloniale 2) A l’assaut des subdélégations yucatèques : une province maritime confisquée au profit du clan Peón 3) Le littoral comme enjeu de pouvoir : la maîtrise de l’espace économique yucatèque Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Pouvoirs des familles, familles de pouvoir

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    Table des matières

    Les grandes familles mexicaines à la conquête des subdélégations côtières. L’exemple du clan Peón au Yucatán (c. 1794-1813)

    Mickaël Augeron

    p. 239-260

    Texte intégral Introduction 1) Les Peón : une stratégie d’alliance avec les grandes familles de Mérida et de contrôle des principaux rouages de la société coloniale Les Peón face aux subdélégations : aux sources de l’hégémonie provinciale meridense ? Les Peón, de l’ascension socio-économique à la reconnaissance municipale 2) A l’assaut des subdélégations yucatèques : une province maritime confisquée au profit du clan Peón Les subdélégations, une affaire de famille(s) Le système Peón : de l’apogée au repli ? 3) Le littoral comme enjeu de pouvoir : la maîtrise de l’espace économique yucatèque Une privatisation du pouvoir intendencial Promouvoir en toute impunité la prospérité du clan familial Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    Introduction

    1Parler de la famille Peón au Yucatán, c’est faire référence à l’un des piliers de la vie politique et économique de la province tout au long du XIXe siècle. Leur « mini-empire », pour reprendre l’analyse de l’historien nord-américain Allen Wells1, semble atteindre son apogée sous le Porfiriat, au moment même où s’accroissent les exportations d’hénequen sur le marché mondial, en réponse notamment à une demande industrielle accrue2. Mais cette longue prééminence, qui repose tout à la fois sur de solides bases foncières, sur un contrôle étroit de la main-d’œuvre indigène et sur une intégration aux réseaux du grand commerce international, ne peut s’expliquer sans évoquer la place qu’occupait déjà la famille à la fin du siècle précédent. En l’espace de trois décennies, après l’arrivée au Yucatán du fondateur de la dynastie familiale, Alonso Manuel de Peón y Valdés, en 1759, les Peón sont parvenus à s’imposer comme des interlocuteurs incontournables pour les représentants de l’autorité royale et les autres grandes familles provinciales. Ce succès, ils le doivent autant à la prospérité de leurs affaires qu’à une habile politique matrimoniale. Pour renforcer leur position socio-économique, ils se sont également lancés à la conquête du pouvoir administratif : l’exemple de cette famille n’est ainsi pas sans illustrer un processus généralisé d’accaparement, par les grandes familles mexicaines, des subdélégations les plus stratégiques3, en particulier celles qui se situent sur des littoraux toujours avides de drainer les richesses coloniales.

    2Province à vocation maritime, le Yucatán représente dès lors un domaine d’observation privilégié pour qui travaille sur la captation du pouvoir royal par les élites coloniales. De par sa position géographique et en raison de ses particularités socio-économiques, la région a toujours joui d’une relative autonomie face au pouvoir central mexicain. Les structures sociales s’y sont très tôt figées, comme l’a démontré Victoria González Muñoz4, pour perdurer jusqu’au début du XXe siècle, à l’avantage de quelques grandes familles urbaines qui cumulent pouvoir économique, social et politique. Dans son excellent ouvrage sur les cabildos yucatèques au XVIIIe siècle, Ana Isabel Martínez Ortega explique cette paralysie des structures sociales par les caractéristiques propres à la province : « sus especiales condiciones geográficas y económicas, sin recursos económicos ni grandes posibilidades de enriquecimiento » par rapport aux riches provinces mexicaines, « lo cual propició la pervivencia de formas económicas arcaicas, así como una íntima vinculación y dependencia de la élite colonial blanca con respecto al sector indígena que llegó, de esta forma, a convertirse en elemento esencial del desenvolvimiento económico de la provincia »5. C’est dire le poids de l’exploitation terrienne et de son corollaire, la mise au pas de la main-d’œuvre indigène. A cela, il convient d’ajouter la parfaite maîtrise des mécanismes de préservation comme de renforcement du statut social, dorénavant fort bien connus des historiens : la « alquimia de las alianzas matrimoniales (…) con su reunión de caudales, propiedades y mercancías », pour reprendre la belle formule d’Arturo Taracena Arriola6, une forte endogamie sociale et le contrôle des différentes instances de pouvoir, y compris religieuses. Les Peón ne se démarquent guère de ce schéma et se montrent même dotés, au fil des générations, d’une forte capacité d’adaptation aux innovations étatiques comme aux bouleversements conjoncturels, sur le modèle tout au moins d’une partie des élites meridenses. Surtout, en s’associant à d’autres grandes familles municipales, les Peón vont parvenir à dominer l’ensemble des subdélégations, ainsi incorporées dans leurs stratégies de pouvoir, quelques années seulement après qu’elles aient été instaurées par la Couronne… et en raison de la nature même des relations qu’ils sont parvenus à tisser avec le second intendant de la province, Arturo O’Neill7.

    1) Les Peón : une stratégie d’alliance avec les grandes familles de Mérida et de contrôle des principaux rouages de la société coloniale

    Les Peón face aux subdélégations : aux sources de l’hégémonie provinciale meridense ?

    3Au Yucatán, comme ailleurs, les grandes familles régionales vont se ruer sur les subdélégations dès leur création en 1786-1787, alors que les réformes mises en œuvre par José de Gálvez, à l’échelle impériale, entendaient pourtant briser leur influence. Loin de demeurer à l’écart des rivalités coloniales, le nouveau système administratif, source de contrôle sur les populations locales, devient alors enjeu de pouvoirs : lutte déséquilibrée d’une part entre les puissantes familles régionales et les grandes familles locales, du fait de la proximité du pouvoir intendencial ; lutte d’autre part entre clans urbains qui s’affrontent pour la maîtrise d’espaces économiques particulièrement convoités. Si dans les premières années, les élites négociantes et foncières de Campeche ou de Valladolid parviennent à imposer leurs candidats dans quelques circonscriptions (Valladolid, Bolonchén Cauich, Sahcabchén, Camino real alto traditionnellement placées sous leur contrôle), le transfert du siège de l’intendance à Mérida en 1791, l’assassinat de l’intendant Lucas de Gálvez en 1792, puis l’arrivée de son successeur Arturo O’Neill en 1793, bouleversent profondément les règles du jeu provincial, l’ensemble des subdélégations yucatèques tombant définitivement entre les mains d’une partie de l’oligarchie municipale meridense8. La mise à l’écart des Campecheanos fut même très brutale comme en témoigne la double révocation, en juillet 1794, des frères Cosgaya (Juan Ignacio et Francisco Miguel, respectivement subdélégué de Sahcabchén et de Bolonchén Cauich), sous le prétexte d’une exploitation abusive de la main-d’œuvre indigène et de fraude envers la Real Hacienda… et alors qu’un an auparavant ils avaient été officiellement parés de toutes les vertus en dépit d’activités illégales connues de tous !

    4De là, on comprend mieux les critiques formulées par les cabildos de Campeche et de Valladolid à l’encontre du système des intendances, et ce dès le milieu des années 1790 : subdélégués et intendants successifs sont accusés de favoriser les grandes familles municipales de Mérida dont ils protégent les intérêts, d’abuser de leur autorité à des fins personnelles et de franchir quotidiennement les marges de la loi. En fait, ce n’est pas tant cette privatisation du pouvoir royal que dénoncent les édiles de Campeche ou de Valladolid, car celle-ci est inhérente à la société coloniale, mais le fait d’avoir été écartés du nouveau système administratif, alors qu’auparavant – du temps des capitanes a guerra et de la toute puissance des alcaldes ordinarios – il existait un partage de fait, en zones d’influence, du territoire yucatèque. Ce qu’ils déplorent, au nom de la défense de leurs intérêts, ce n’est pas la mise en place du système des intendances, mais bel et bien la mainmise de leurs rivales meridenses sur l’ensemble des circonscriptions.

    5À l’épreuve des sources et à la lueur de la base de données prosopographiques que nous avons constituée, il apparaît que le pouvoir intendencial est monopolisé, pendant toute la durée de vie du système des intendances, par quelques familles – créoles – seulement, liées entre elles par de solides liens matrimoniaux, déjà maîtresses du pouvoir municipal et surtout étroitement solidaires en raison d’intérêts économiques convergents. Parmi elles, mention doit être faite de la famille Peón qui va contrôler l’essentiel des postes de subdélégué, du milieu des années 1790 à la fin des années 1800, en raison de leurs alliances successives avec les intendants Arturo O’Neill et Benito Pérez, et surtout contribuer à jeter les bases de ce monopole provincial. Les Peón, alors en pleine ascension, ont adopté une stratégie sociale « offensive », pour reprendre la définition de Solange Alberro9, destinée non pas à préserver des pouvoirs menacés, mais à en conquérir de nouveaux, dans les domaines économique, politique et social.

    6Le fondateur de la dynastie a su très vite s’intégrer à l’élite meridense. Né en Espagne et d’origine nobiliaire, Alonso Manuel Peón y Valdés débarque au Yucatán en 1759. Deux ans plus tard, il épouse Leonor de Cárdenas y Díaz, la très fortunée encomendera de Tixkuncheil10, héritière d’une des plus vieilles familles de la région, mais qui surtout le fait entrer durablement dans le groupe restreint des grandes familles municipales de Mérida. Peu après, il acquiert le prestigieux grade de colonel des milices, comme il sied à son nouveau statut social, avant de devenir en 1768 chevalier de l’ordre de Calatrava en récompense de ses bons et loyaux services envers la Couronne. Au début des années 1790, il est déjà considéré comme l’un des estancieros les plus fortunés de la province du Yucatán, et possède notamment la plus riche des propriétés (Sisilche) du curato de San Cristóbal, si l’on en croit la liste des propriétaires payant la dîme publiée par Ana Isabel Martínez Ortega pour l’année 179111.

    Les Peón, de l’ascension socio-économique à la reconnaissance municipale

    7Par ce mariage, il inaugure surtout une savante politique matrimoniale qu’il va poursuivre avec ses enfants afin d’asseoir son assise régionale sur de solides bases familiales. Il marie ainsi son fils aîné, Ignacio Peón y Cárdenas, à l’une des héritières de l’illustre famille des Maldonado, elle-même apparentée aux Cárdenas, María Josefa Maldonado y Cárdenas. Cette double alliance avec les Cárdenas – qui a su faire fi des interdits matrimoniaux en obtenant les dispenses nécessaires – n’est certes pas sans renforcer la cohésion interne du groupe familial, mais a surtout pour finalité d’assurer la préservation d’un patrimoine en forte croissance. A la mort d’Ignacio Peón, survenue le 3 avril 1807, sa veuve María Josefa Maldonado jouit « de un patrimonio como de sinquenta mil pesos casas y haciendas »12, ce qui ne constitue là qu’une partie de la fortune du clan familial. Ses frères et sœurs, également propriétaires, seront mariés à d’autres riches et influentes familles. Pour ne s’attacher qu’à la seule branche d’Ignacio Peón (13 enfants), on observe que lui-même poursuit cette stratégie d’alliances, en direction également de proches parents : il marie ainsi l’un de ses fils, Manuel José Peón y Maldonado, à l’une de ses nièces, Loreto Peón y Cano, issue par sa mère d’une autre grande famille créole meridense. Surtout, il renouvelle l’alliance avec les Cárdenas, en mariant sa fille aînée Demetria à Juan Nepomuceno de Cárdenas. Cette alliance sur trois générations est fondamentale dans le processus d’intégration des Peón au pouvoir municipal, car elle leur ouvre l’entier soutien des autres grandes familles créoles liées par le sang audits Cárdenas, en particulier celles qui comptent au moins un regidor dans leurs rangs. Parmi leurs proches parents, on peut ainsi citer les regidores et non moins encomenderos Estanislao del Puerto y Solís, Antonio de Cárdenas y Díaz de Ávila, Juan José Domínguez y Cárdenas (et alcalde ordinario en 1789), lui-même apparenté par sa grand-mère Felipa Díaz de Ávila y Bolio à l’une des autres grandes familles de Mérida, les Bolio, donc au regidor Miguel de Bolio. Antonio de Cárdenas y Díaz de Ávila, pour ne citer que lui, est le fils de Domingo Cayetano de Cárdenas y Rodríguez Vigario – qui a exercé à plusieurs reprises les charges d’alcalde ordinario et de procurador – et de Felipa Díaz de Ávila y Bolio. Il épousera lui-même María Josefa de Mezquita y Pastrana, parente de José Felipe Pastrana qui a été procurador en 1784 et alcalde ordinario en 178513. Chaque membre de la famille Cárdenas renvoie ainsi à une alliance avec d’autres familles, tel Mateo Francisco de Cárdenas y Puerto, cousin de María Domínguez Puerto, épouse d’Antonio de la Helguera, tous deux apparentés aux Bolio, aux Calderón et aux Solís…

    8Manuel José Peón y Maldonado lui-même mariera deux de ses enfants à deux héritiers de la puissante famille des Bolio et un autre à l’un des membres de la famille Domínguez, etc. Dans les années 1800, les Peón ont ainsi déjà intégré, à différents degrés, la parenté des plus riches familles de la ville, membres de son cabildo : outre les Cárdenas, on compte également les Vergara, Puerto, Cavero, Buendía, Domínguez, Escobedo, Díaz de Ávila, Solís, ou encore les Torres. On retrouve dans cette politique matrimoniale le schéma endogamique classique, maintes fois décrit pour les oligarchies municipales14, au sein desquelles, pour reprendre les mots de John E. Kicza, « las estrategias matrimoniales jugaron un papel vital en la creación y el mantenimiento de las fortunas familiares »15. Ces alliances contractées par les Peón ne sont également pas sans confirmer, s’il en est besoin, les conclusions d’Ana Isabel Martínez Ortega qui n’hésite pas à qualifier les familles capitulares de Mérida de « gran familia » après avoir souligné combien elles sont toutes liées par de solides liens de sang, plus ou moins directs16, ce qui n’est pas sans leur garantir, comme cela a maintes fois été démontré par ailleurs, un contrôle permanent de la vie politique, économique et sociale.

    9Bien que le patrimoine des Peón repose sur de solides bases foncières (avec de nombreuses haciendas et estancias) et l’animation de riches activités commerciales (en liaison avec l’agriculture d’exportation notamment), la consolidation d’un statut récemment acquis comme le renforcement de leur position sociale passaient non seulement par ces alliances matrimoniales, mais également par une infiltration des rouages de l’administration royale, tant au niveau local que provincial. Une administration qui partout demeure l’alliée fidèle des grandes familles coloniales et qui entre dans une véritable logique de « patrimonialisation » du pouvoir royal17.

    10Si Alonso Manuel Peón ne semble pas avoir exercé de responsabilités particulières au sein du cabildo, deux de ses fils en intégreront les rangs : José Peón y Cárdenas, semble-t-il, sans que nous sachions à quel titre18, et surtout son frère Ignacio qui occupe la fonction d’alcalde ordinario en 1790 avant de devenir regidor en 1799, ce qui n’est pas sans consacrer – ou couronner – l’ascension socio-économique de la famille et accroître considérablement son influence en la hissant au plus haut sommet du pouvoir municipal, dont les portes lui ont été vraisemblablement ouvertes par la branche des Cárdenas. Mais, les Peón, toujours dans une optique d’affermissement social et d’élargissement de leur sphère d’influence, recherchent également des alliances dans les autres secteurs de la vie publique, recourant en cela à des pratiques généralisées récemment décrites par Michel Bertrand pour le groupe des officiers de finances : mariages, parentés spirituelles, amitié, patronages ou association économique19. Même l’armée royale et la milice n’échappent pas à leur emprise, y compris par le jeu des alliances matrimoniales. Ainsi par exemple, Alonso Manuel Peón n’hésite pas à marier sa fille Ignacia à un Péninsulaire sans fortune, l’ingeniero Rafael Llovet, mais qui lui permet d’étendre son réseau relationnel à l’armée royale. Sur ce modèle paternel, Ignacio donnera lui aussi l’une de ses filles en mariage à un officier de l’armée royale, bien que celui-ci soit de « cortas conveniencias »20. L’influente milice ne peut constituer, elle aussi, qu’un facteur d’attrait, les Peón recherchant là autant un élément de prestige qu’un instrument de contrôle social sur les alistados placés sous leurs ordres, sans oublier bien sûr la très stratégique protection du fuero militar21 que les charges d’officier confèrent à leur détenteur. Ignacio Peón bénéficie lui-même du plus haut grade de la milice, celui de colonel : il a ainsi la haute main sur les milices disciplinées de la ville de Mérida et bien entendu sur les compagnies de milices qui en dépendent et qui sont stationnées dans les partidos environnants. Diego, Alonso Luis et José Julian, trois de ses frères, sont également capitaine des milices, comme l’est d’ailleurs leur cousin Cayetano Cavero y Cárdenas.

    11Mais c’est surtout en direction des subdélégations que les Peón font porter leurs efforts. En 1800 en effet, toutes les circonscriptions sont entre leurs mains ou dans celles de leurs proches alliés. Cette indéniable suprématie, qui ne peut toutefois être dissociée d’une stratégie collective – celle des grandes familles municipales meridenses – de contrôle du territoire yucatèque, ils la doivent aux relations privilégiées qu’ils entretiennent avec l’intendant O’Neill.

    2) A l’assaut des subdélégations yucatèques : une province maritime confisquée au profit du clan Peón

    Les subdélégations, une affaire de famille(s)

    12Né en Irlande vers 1750 et d’origine nobiliaire, Arturo O’Neill y O’Kelly, est arrivé très jeune en Espagne : il y fait ses études, devient sujet espagnol de son propre chef au moment de s’engager dans l’armée, et monte rapidement dans la hiérarchie militaire. Il est déjà général quand il obtient le 13 décembre 1792 la double responsabilité de capitaine général et intendant du Yucatán. Après avoir débarqué à Campeche le 22 juin, il prend possession de son poste le 29 juin 1793. Il gouvernera la province jusqu’à l’arrivée de son successeur, Benito Pérez, en octobre 1800 : il sera alors rappelé à Madrid pour entrer au Conseil de Guerre, après avoir obtenu le grade de maréchal de camp et le titre de Marqués del Norte. Après être arrivé au Yucatán, il ne tarde pas à s’intégrer à la société meridense et surtout à s’allier durablement à la famille Peón, qu’il ne va dès lors pas cesser de protéger et de favoriser dans ses initiatives. Sans que nous connaissions à ce jour l’endroit, le motif et le jour de leur première rencontre, c’est par l’intermédiaire de Felipa Maldonado, avec qui il entretient une profonde amitié - laquelle ne se démentira jamais - que le premier contact s’est effectué dès son arrivée à Mérida. Cette femme est alors mariée à un membre de la famille Peón, José Julián Peón. Il leur rend très fréquemment visite à leur domicile, ce qui va très vite le lier au clan familial dans son ensemble. On comprend dès lors qu’il nomme dès 1794 José Julian Peón y Cardenas à la tête de la très riche subdélégation de la Sierra. C’est d’ailleurs précisément à partir de cette année-là que les plaintes campecheanas vont commencer à se multiplier et à se faire bien plus précises dans leurs accusations. O’Neill apprécie tout particulièrement le colonel des milices Ignacio Peón et son père Alonso Manuel, alors colonel retirado des milices. Ces liens d’amitié sont renforcés par des parentés spirituelles. On voit ainsi O’Neill devenir le parrain d’un des enfants de María Josefa Maldonado et d’Ignacio Peón. Quand ils marient leur fille aînée Demetria avec le sous-lieutenant des milices de Mérida, Juan Nepomuceno de Cárdenas, c’est encore lui qui est choisi comme témoin du mariage. Cárdenas est, à ce moment-là, l’un des escribientes de la Secretaría de Cámara de l’intendance. O’Neill est également témoin au mariage d’Ignacia Peón – la sœur d’Ignacio – avec l’ingeniero Rafael Llovet, l’un de ses fidèles collaborateurs, ce qui n’est pas sans renforcer des liens déjà très étroits.

    13De là, il fait tout naturellement profiter de ses largesses « estas casas, a las que ha distinguido entre todas », les comblant en ces occasions, « a manos llenas, de utilidades y beneficios »22. La famille en effet ne tarde pas à exploiter cette puissante protection pour développer son influence régionale et accroître son patrimoine : elle va très vite contrôler le système des intendances, du sommet à la base, en obtenant les subdélégations de son choix. Pour l’historien John E. Kicza, l’existence de liens d’intérêts multiples – économiques et/ou matrimoniaux – entre les grandes familles et la haute bureaucratie rendait inutile leur participation directe à l’administration23. Plutôt que l’entrée dans cette administration et l’attente d’une carrière professionnelle ascendante, elles préféreraient globalement se consacrer prioritairement aux affaires, donc faire fructifier leur patrimoine ou acquérir de nouveaux biens fonciers. Ces familles laisseraient ainsi le champ libre aux élites locales, aux potentialités économiques plus limitées, qui s’empresseraient de prendre possession des postes qu’on leur offrait. Il est clair que ce schéma doit être partiellement remis en cause, du moins pour le Yucatán. Le clan Peón en témoigne.

    14C’est tout d’abord, comme nous l’avons déjà souligné, José Julián Peón y Cárdenas, qui est nommé par O’Neill à la tête du partido de la Sierra, et on ne s’étonnera guère « que es la mejor subdelegación del distrito ». Quand, en 1799, elle est divisée en deux circonscriptions, il en conserve la partie la plus riche, Sierra Alta. Cautionné (fianza) par son frère Ignacio et par Felipa Maldonado, il restera au total plus de dix ans en poste24, contre la réglementation royale qui limite théoriquement les mandats à cinq années dans la même circonscription. En 1799, O’Neill nomme son frère Alonso Luis, subdélégué du Camino Real Alto. C’est à un autre frère, Bruno Peón, qu’il confie en 1800 la très stratégique et non moins disputée subdélégation de Bolonchén Cauich. Mais celui-ci, devant la fronde des habitants de Campeche25 démissionne aussitôt en faveur d’un de leur... cousin, Gerónimo Buendía y Cavero ! Pour la subdélégation de Tihosuco (Beneficios Altos), « que es otra de las mas ventajosas de la provincia », ce n’est autre que le gendre (et non moins cousin) d’Ignacio Peón, marié à sa fille Demetria, Juan Nepomuceno de Cárdenas qui obtient le poste tant convoité, quelques mois seulement après la célébration de leurs noces26. Avant lui, c’était un autre membre de la famille, Mateo Francisco de Cárdenas y Puerto, qui occupait le poste. Neveu des regidores Estanislao del Puerto y Solís et Antonio de Cárdenas y Díaz de Ávila, Mateo a épousé María Josefa de Escobedo y de la Cámara, elle-même issue de deux autres grandes familles présentes au sein du gouvernement municipal, les Escobedo et les Cámara. Ces derniers avaient d’ailleurs déjà placé l’un de leurs membres au sein des subdélégations : Joaquín Antonio Zepeda y Cámara, fils d’Andrés de Zepeda y Puerto et de María Teresa de la Cámara y Ancona, ancien alguacil mayor, nommé par O’Neill en mars 1794 subdélégué du Camino real.

    15Le clan fait également appel à des alliés gravitant dans l’entourage de la famille Peón et/ou dans celui – professionnel – d’O’Neill. Tel est le cas du secretario de la Capitanía General et ayudante de milicias, Francisco de Heredia y Vergara (également membre d’une famille installée dans la province depuis le début du XVIIIe siècle et présente au sein du groupe des regidores), placé en 1794, à la tête de la circonscription de Zotuta (Beneficios Bajos). C’est non seulement un proche collaborateur d’O’Neill, mais également un familier des Peón. Marié à Manuela de Aranda y Ceballos, son recrutement n’est également pas sans contenter la vieille famille Aranda y Aguayo, présente au sein des rouages du gouvernement municipal. Il sera remplacé en 1799 par un certain Manuel García, sous-lieutenant des milices. Celui-ci est parfois décrit comme un subdélégué fantoche – « su mozo Garcia » disent les sources – à la solde du précédent : « Manuel Garcia es subdelegado en lo publico del partido (...), pero en lo privado es realmente el subdelegado D(on) Francisco de Heredia y Vergara », avec lequel il serait obligé de partager « las utilidades y negociaciones » de sa circonscription27. Quoi qu’il en soit, il est cautionné par un certain Francisco Ricalde, que nous n’avons pas pu identifier, et par Pedro Rafael Pastrana – qui lui-même a été subdélégué de Tihosuco dès 1789 –, un proche parent de l’ex-alcalde ordinario José Felipe Pastrana. Pour le récompenser de sa fidélité, ses « protecteurs » lui octroieront, semble-t-il, par la suite, le poste de sindico procurador pendant deux ans puis d’alcalde ordinario de la ville de Mérida.

    16Pour Tisimin y Chancenote, c’est à un de ses plus fidèles subordonnés qu’O’Neill confie la subdélégation en 1799 : Juan Antonio de Lavalle, lieutenant colonel de l’armée royale et comandante dudit partido. Ses deux fiadores ne sont autres qu’Ignacio Peón et l’un de ses alliés, l’estanciero et non moins négociant Manuel Antonio Espínola, ce qui leur permet, comme pour le subdélégué précédent, d’avoir sur lui un contrôle presque absolu, garant de sa fidélité future28. Autre subdélégué-client, cette fois-ci placé à la tête de la subdélégation de La Costa vers 1800 : Juan José Roche cautionné par le commerçant José Matías Quintana (procurador du cabildo en 1799) et le sub-inspector et ayudante de pardos Francisco de Heredia y Vergara.

    17En ce qui concerne le nouveau partido de Sierra Baja, il tombe en 1800 entre les mains d’un autre allié, le capitaine des milices urbaines José Francisco de Cicero29, cautionné par Pedro Bernardino de Elizalde (proche parent du regidor et ex-encomendero30 Juan Antonio Elizalde) et par une parente des Peón, María Josefa Buendía. Ami intime de Francisco de Heredia, Cicero, « que es de lo mas distinguido de Mérida », selon la formule de l’intendant Pérez, appartient à la très prestigieuse companía de caballeros encomenderos et occupe, depuis le 3 septembre 1793, le poste de secretario de camara del gobierno e intendencia du Yucatán. Pedro Bernardino de Elizalde obtient lui-même en janvier 1800 la subdélégation de Sahcabchén (Champotón). Quant à la subdélégation d’Hunucmá (Camino Real Alto), elle est confiée en 1799 au commerçant José Joaquín de Torres, fils de Blas de Torres, autre allié de la famille, ami personnel d’Ignacio Peón. Enfin, la subdélégation de Valladolid est attribuée à Ignacio Basilio de Rivas y López... oncle de José Joaquín de Torres et donc beau-frère de Blas de Torres, qui apparaît d’ailleurs comme fiador. Ignacio Basilio de Rivas y López est le fils du colonel d’artillerie Juan Nepomuceno Rivas y Vertiz, et non moins petit-fils de l’ex-gouverneur et capitaine général – et affairiste notoire – du Yucatán Roberto Rivas Betancourt, en poste dans les années 1780. Il est semble-t-il apparenté à Joaquín de Quijano y Cetina, frère du regidor Juan Esteban de Quijano et futur subdélégué du partido de la Costa (1804), dont il démissionnera deux mois seulement avant d’achever son quinquennat… au bénéfice de son beau-frère, José María Rivas dont il deviendra le fiador ! Tous deux possèdent ranchos et haciendas dans ladite circonscription, et y effectuent des « comercios tolerados » par l’intendant.

    Le système Peón : de l’apogée au repli ?

    18En l’état actuel de nos recherches, nous ne savons pas si les Peón ont contracté quelque alliance matrimoniale directe avec les membres de la puissante famille Quijano. Il est certain cependant qu’ils entretiennent avec elle des liens qui se lisent notamment au travers des fianzas qu’ils accordent aux subdélégués : Juan Nepomuceno de Cárdenas est par exemple cautionné en 1802, à la fois par le regidor et grand propriétaire terrien Juan Estevan de Quijano, par le colonel des milices et non moins beau-père Ignacio Peón et par Felipa Maldonado. En 1804, ces fiadores seront remplacés par le regidor Miguel Bolio et Pedro Rafael Pastrana, autres alliés des Peón. Les Peón ne sont d’ailleurs pas les seuls à entretenir d’étroites relations avec l’intendant O’Neill, les Quijano gravitant également dans son proche entourage, ce qui, tout naturellement, n’a pu que renforcer les liens entre les deux familles. Pour preuve de cela, il n’est que de citer l’estanciero et non moins commerçant Miguel de Quijano, frère du regidor Juan Esteban de Quijano, qui n’est autre que le fiador d’O’Neill. Nul étonnement dès lors que José Antonio Bobes, gendre de Juan Esteban, dont il a épousé la fille Tomasa, né dans les Asturies et d’origine nobiliaire, ancien alcalde mayor de Teutitlan del Camino real, soit nommé par O’Neill en juillet 1794 à la tête de la subdélégation de Bolonchén Cauich. Ce lien ne se démentira pas, car en 1800, O’Neill vivra dans la maison dudit Juan Esteban !

    19Au total, on voit ici, qu’en 1800, c’est l’ensemble des subdélégations qui se retrouve entre les mains du clan Peón et de ses alliés. Le schéma est identique dans les années suivantes : le départ d’O’Neill, rappelé à Madrid, n’entame en rien son influence, car il parvient aisément à obtenir les faveurs du nouvel intendant Benito Pérez Brito de Los Ríos y Valdelomar. Ignacio Peón obtient ainsi, le premier novembre 1805, la subdélégation d’Hunucmá (Camino Real Bajo) où il possède plusieurs maisons et haciendas (ce qui aurait dû interdire son recrutement !), mais mourra en charge le 3 avril 1807. Il est cautionné par Blas de Torres et l’estanciero et non moins commerçant Manuel Antonio Espínola qui a été procurador du cabildo en 1800. Diego, autre frère d’Ignacio, est nommé le même jour subdélégué de la Sierra Baja. Il a pour fiadores l’estanciero Anastasio de Lara y Argaiz (alcalde ordinario en 1800), et Ignacio lui-même (remplacé à sa mort par Miguel Bolio !). C’est un proche parent qui obtient parallèlement la juridiction de Champotón, Cayetano Cavero y Cárdenas. L’allié José Francisco Cicero, lui, passe de la subdélégation de Sierra Baja à celle de Valladolid ; José Joaquín de Torres à celle des Beneficios Altos ; Pedro Bernardino de Elizalde de celle de Sahcabchén à celle du Camino Real Alto. Après le décès d’Ignacio Peón, sa veuve María Josefa Maldonado obtient de l’intendant qu’il soit remplacé par l’un de leur proche, le subteniente retirado Manuel Rendón, apparenté à José Rendón, regidor et ex-alcalde ordinario (1800) de la ville de Mérida et à l’ancien regidor Ignacio Rendón. Manuel est lui-même propriétaire d’une hacienda dans le partido et s’adonne au commerce. Nul ne s’étonnera que ses deux fiadores soient María Josefa et Blas de Torres. Quant à José Domingo de Torres, frère de José Joaquín, il obtient en 1802 la subdélégation des Beneficios Bajos (Zotuta). Apparaissent en qualité de fiadores le négociant Pedro Rafael Pastrana et Miguel Badillo, avant que le premier ne soit remplacé par Antonio María de Milán, factor de tabacos et surtout beau-père dudit José Domingo !

    20On peut s’interroger sur la nature des relations que les Peón comme les Quijano entretiennent avec l’intendant Benito Pérez dont les faveurs se lisent au travers de ces nominations. D’un naturel intéressé, il se laisse aisément séduire par les propositions corruptrices de ces interlocuteurs, à commencer par les très fortunés Peón eux-mêmes. Ainsi par exemple, à la mort de son mari, María Josefa Maldonado (surnommée la « viuda coronela » dans les textes) s’empresse de lui recommander personnellement un candidat « de las primeras familias de Mérida », Manuel Rendón. Mais, aux dires de tous, « l’affaire » était déjà conclue bien avant, « que aun no havía muerto el coronel quando estava ya dada por el governador la subdelegación de Hunucma a su viuda », alors que l’intéressé ne possède aucune expérience en matière judiciaire ou financière et, qu’en dépit de son grade de sous-lieutenant des milices, « en nada ha servido a la Hacienda ni tampoco a su patria, que solo ha sido util para sí mismo », qu’il possède une hacienda dans la circonscription (Hunucmá) et qu’il s’adonne au commerce, autant d’éléments qui auraient dû interdire son recrutement. Nul étonnement dès lors à ce qu’il soit cautionné dans l’exercice de sa charge par María Josefa et le fameux Blas de Torres. Rendón jouit d’une pension royale – « 14 pesos mensales » obtenus à la suite d’un accident qui l’avait rendu boiteux lorsqu’il était cadete des milicias – et vit presque retiré dans son domaine. Il connaît très bien la « viuda coronela » qui l’a proposé « al governador para subdelegado y a este se ha comvenido a darle la tercera parte líquida del tanto porciento del tributo, rebajados los gastos que ocacione, y a partir las utilidades de las buscas ». Ce ne serait d’ailleurs pas la première fois que ledit intendant monnaye ainsi ses faveurs, au moment de réaliser les « propuestas de semejantes empleos », auprès de riches propriétaires ou de négociants31. Il a certes officiellement pris possession de sa charge le 19 octobre 1800, mais résidait à ce moment-là depuis plus de 28 ans en Amérique, « la mayor parte en ese Reyno y en esta provincia »32, et connaissait donc déjà une partie tout au moins de l’oligarchie municipale meridense. Quoi qu’il en soit, il est intéressant de souligner que les Peón n’apparaissent plus dans les nominations à partir de 1806, même si ce sont des alliés qui obtiennent des postes (Manuel Rendón). L’avantage appartient désormais – certes pour un temps – aux frères Quijano et à leurs proches parents (Rivas, Castellano)… du fait de l’étroitesse des relations qu’ils ont tissées avec l’intendant Pérez « tan adicto a ellos » : son apoderado et non moins agente de negocios n’est autre que Joaquín de Quijano y Cetina. En fait, l’alliance effective entre les clans Quijano et Peón, sous l’intendant précédent, est rompue. Le partage en apparence consensuel du territoire yucatèque, fruit de multiples tractations, sur le modèle de celles qui hantent le cabildo, ne doit pas cacher les profondes rivalités qui divisent ces grandes familles au-delà de la défense de leurs intérêts communs. Les Quijano sont ainsi réputés, au début des années 1800, être en opposition avec les Zepeda, les Badillo, les Castillo et surtout les Bolio. En revanche, ils sont liés par le sang aux Rivas et aux Lara. Dans ce jeu-là, les Peón ont pu apparaître un temps comme des (ré) conciliateurs, leurs multiples alliances leur permettant dans un premier temps de s’imposer à tous en qualité d’arbitres dénués de tout esprit partisan. Une stratégie de neutralité – dont les retombées ne pouvaient être que positives – qui n’est pas sans objectif pour les Peón : jouer de ces divisions pour s’affirmer socialement face à leurs interlocuteurs en apparaissant comme autant de candidats complaisants attachés au compromis. L’affrontement éclate au grand jour en 1800 quand la famille Quijano est accusée du meurtre de l’intendant Lucas de Gálvez par l’alcalde ordinario José del Castillo et le regidor Miguel de Bolio, connus pour leur hostilité envers elle. Dans cette affaire, qui va déchaîner les passions, le nom des Peón ne sera semble-t-il jamais cité, ni comme détracteur, ni comme défenseur, la famille s’en tenant à une stricte neutralité. Quoi qu’il en soit, les luttes pour le contrôle des subdélégations vont vite se radicaliser au sein de cette oligarchie meridense, comme en témoigne notamment la subdélégation de La Costa, considérée comme un véritable fief par les Quijano : le 31 mars 1802, une erreur administrative provoque la nomination accidentelle de Manuel de Elizalde, alors que le candidat placé « en primer lugar » sur la terna présentée au vice-roi Félix Berenguer de Marquina, est Joaquín de Quijano. Il s’ensuit une véritable crise régionale, Pérez refusant qu’Elizalde prenne possession de son poste, demandant même – avec succès – sa révocation en mai… sous le prétexte de malversations dans la Renta del Tabaco, providentiellement découvertes en avril, quelques jours seulement après la nouvelle de sa nomination33 ! C’est peut-être d’ailleurs cette désunion qui va permettre au Campecheanos de retrouver le contrôle définitif de la subdélégation de Bolonchén Cauich, seul échec meridense en matière de domination territoriale. A cela, il faudrait néanmoins ajouter que la circonscription se révèle ingouvernable en raison de l’opposition permanente du cabildo de Campeche (fréquentes dénonciations), un cabildo toujours influent à Madrid et à Mexico, qui rend les affaires sur place problématiques et surtout décevantes ; réalité qui n’est pas sans faire fuir les candidats meridenses. Gerónimo Buendía y Cavero, qui a succédé à son cousin démissionnaire, abandonnera lui aussi la circonscription en mars 1802, officiellement pour raison de santé, mais en fait parce que ses affaires n’allaient pas aussi bien qu’il l’avait espéré et surtout par lassitude face aux pressions quotidiennes des campecheanos… au bénéfice d’un riche propriétaire de Campeche, Agustín López de Llergo, dont le frère est regidor de la ville-port et dont les « labranzas » se font au détriment des indigènes et des autres labradores de la circonscription, sur le modèle d’ailleurs de ses prédécesseurs.

    21Cette double démission n’en marque pas moins un coup d’arrêt à l’emprise administrative de la famille Peón, qui va progressivement perdre son contrôle direct sur les subdélégations et recentrer son attention sur la seule gestion de son patrimoine économique, du moins en apparence. Ce retrait s’explique tout à la fois par une attitude ambiguë, désormais incomprise, qui n’a plus sa place dans une communauté oligarchique à nouveau ouvertement déchirée par les rivalités d’intérêts, par des liens moins étroits avec les intendants qui ont succédé à O’Neill, par une situation hégémonique également qui n’a pu laisser les autres clans familiaux indifférents et qui n’a pu dès lors que raviver ou exacerber des rivalités anciennes. Il est en effet incontestable que les Peón ont profité de leur mainmise sur les subdélégations pour étendre leur position socio-économique au point d’être en mesure de rompre le relatif équilibre qui caractérise cette oligarchie, devenant par là-même dangereux pour leurs homologues. Il n’est que de mentionner les charges « tournantes », telles que les alcaldías, au sein du cabildo, qui voient tous les clans se succéder les uns après les autres autour des différentes magistratures, établissant un équilibre de fait. Enfin, la mort de l’influent et non moins conciliant Ignacio Peón, en 1807, n’a pu qu’accélérer le phénomène, la famille perdant là son plus fin diplomate. L’alliance d’intérêt – tout au moins – contractée avec les Quijano se disloqua, même si elle ne déboucha pas en affrontement ouvert : ainsi par exemple, si en 1802, Juan Esteban de Quijano, Felipa Maldonado et Ignacio Peón cautionnent ensemble le subdélégué de Tihosuco (Beneficios altos), Juan Nepomuceno de Cárdenas, en 1803 (ou 1804), ils seront remplacés par Miguel de Bolio et Pedro Rafael Pastrana, parties prenantes de ces rivalités meridenses. Toutefois, la mise à l’écart des Peón n’est nullement brutale et leur fortune ne semble pas en avoir souffert, des parents et des alliés continuant à accéder aux subdélégations. Diego Peón y Cárdenas et son cousin Cayetano Cavero y Cárdenas achèvent ainsi leur quinquennat au début de l’année 1811 sans qu’ils aient jamais été inquiétés, contrairement à d’autres subdélégués, trop ancrés dans ces luttes partisanes, à l’instar de José Joaquín de Torres écarté – et même arrêté, sous le prétexte fallacieux de ne pas avoir participé à la revue d’inspection des milices ! – de la subdélégation de Tihosuco en janvier 1810 au profit du clan Bolio-Cárdenas (nomination de Joaquín de Bolio).

    22Après 1811, plus aucun Peón ne figure semble-t-il parmi les subdélégués. A peine, trouve-t-on encore jusqu’en 1813 au plus tard – date de sa démission « para dedicarse a la carrera militar » – Josefa Maldonado, au côté du colonel Francisco de Heredia, en qualité de fiadora du sous-lieutenant des milices Tomás de Heredia y Vergara, subdélégué du Camino Real Bajo (Hunucmá) depuis juillet 1808. Il est d’ailleurs fort possible que les Peón estiment déjà à ce moment-là leur position socio-économique assez solide pour se dispenser d’une participation directe à l’administration royale, laissant aux Bolio et autres Cicero – alliés de la famille, grands bénéficiaires du contrôle de subdélégations dans les années 1810 – le soin de répondre à leurs attentes en matière de contrôle socio-économique.

    3) Le littoral comme enjeu de pouvoir : la maîtrise de l’espace économique yucatèque

    Une privatisation du pouvoir intendencial

    23C’est autour de cette préoccupation que se trouve en effet le véritable enjeu de cet accaparement territorial, tant les pouvoirs (police, justice, finances et guerre) conférés aux subdélégués sont considérables. Les accusations du c abil d o de Campeche, qui ne cesse de crier à l’injustice et de dénoncer l’arbitraire comme la partialité des subdélégués, sont à ce titre parfaitement fondées. Les élites meridenses savent d’ailleurs depuis longtemps faire front commun pour défendre leurs intérêts claniques face à leurs rivales de Campeche, de Valladolid ou des autres bourgades yucatèques. Parmi les noms précédemment cités, plusieurs sont d’anciens encomenderos (Juan José Domínguez y Cárdenas, Juan Antonio de Elizalde, Juan Esteban de Quijano, Gregorio de la Cámara et José de Cepeda y Lira) qui n’hésitent pas à mener ensemble certaines de leurs affaires : en 1789 par exemple, avec d’autres riches partenaires (dont José Miguel de Quijano), ils créent une compagnie « para establecer cuatro ranchos de pesquerías » sur les côtes du partido de Tizimin, pensant trouver de fructueux débouchés tant dans la province qu’à Cuba34. On ne s’étonnera guère dès lors qu’un certain Cristobal de la Cámara soit nommé en 1791 ou 1792 subdélégué de la circonscription, ce qui lui permettait entre autres de défendre les intérêts de ses « mandataires ».

    24En s’attachant à quelques-uns de ces subdélégués, Ana Isabel Martínez Ortega, avait déjà remarqué l’existence de liens privilégiés avec les élites meridenses, ce qui l’avait amené à conclure fort judicieusement : « el concejo de Mérida o, al menos sus elementos más poderosos, a través de una clientela familiar instalada en las subdelegaciones, pudo compensar las pérdidas de cotas de poder político que la implantación de los subdelegados suponía para los cabildos », désormais présidés par les subdélégués35. Mais cet attrait ne saurait se restreindre au seul « pouvoir politique » pour englober la sphère économique, car les subdélégués représentent autant de pièces maîtresses destinées à protéger comme à promouvoir leurs intérêts claniques, au détriment même de la législation royale.

    25Contrairement à leurs homologues des autres provinces mexicaines qui n’hésitent pas à placer une clientèle nombreuse à la tête des subdélégations, les élites de Mérida préfèrent recruter parents, alliés ou associés, dont elles jugent la fidélité bien plus sûre et à qui elles peuvent concéder une confiance quasi absolue, ce qui n’est d’ailleurs pas sans nous renseigner sur la nature et l’importance des intérêts en jeu. Le clan Peón ne se démarque nullement de ce modèle général. Et il est jusqu’aux tenientes, recrutés pour assister les subdélégués, qui appartiennent à la parentèle – ou parfois à la clientèle – de ces familles. Avant de devenir alcalde ordinario vers 1804 puis subdélégué de Sahcabchen en novembre 1805, le sous-lieutenant des milices Cayetano Cavero y Cárdenas fait ainsi office de teniente de subdelegado de la subdélégation du Camino Real Bajo. Mateo Francisco Cárdenas y Puerto recrute pour le seconder un parent, Joaquín de Bolio, lui-même futur subdélégué de la circonscription. Cautionné en 1805 par Blas de Torres et José Joaquín de Torres, José (María ?) de Olivera, assiste lui aussi en qualité de teniente de subdelegado, le subdélégué d’Hunucmá José Joaquín de Torres, avant de passer au service de son successeur Ignacio Peón. Lors de ses absences, le subdélégué Juan Nepomuceno de Cárdenas, gendre d’Ignacio, se fait ainsi remplacer, en qualité de subdelegado interino, par son propre frère Domingo, alors que cela est interdit par la législation royale. Nous pourrions multiplier les exemples, tant ils sont légion. Susceptibles d’informer « patrons » ou parents sur les agissements – s’ils sont bien sûr contraire aux intérêts du groupe familial dans son ensemble – de leur supérieur hiérarchique, les tenientes viennent renforcer le jeu complexe des fianzas accordées aux subdélégués, en constituant un instrument de contrôle individuel et collectif sur ces derniers, et contribuent également au partage effectif du pouvoir – et des bénéfices qui lui sont liés – entre les différentes familles.

    26Derrière leur stratégie d’affirmation sociale comme de renforcement de leur assise locale et régionale (devenir des partenaires incontournables), les Peón font preuve d’intenses préoccupations économiques et savent utiliser le pouvoir intendencial pour promouvoir leurs affaires, l’un des fondements de la notabilité dans cette société coloniale d’Ancien Régime. A l’instar de nombreuses autres familles hispanoaméricaines, comme l’a souligné Pedro Pérez Herrero36, ils ont largement bénéficié du nouveau système économique en vigueur. A travers eux, on retrouve les préoccupations des autres membres de l’oligarchie meridense : contrôler les productions régionales (bois, tabac, élevage, maïs, sucre, eaux-de-vie, cacao, riz, hénequen et même le sel pour le salage de la viande comme du poisson) comme leur commercialisation (y compris par la contrebande) tant sur les marchés interne qu’externe, contrôler également les voies de communication afin d’assurer et de sécuriser les transports de marchandises… tout en écartant les familles concurrentes et en pratiquant la fraude fiscale envers la Real hacienda. Ce sont précisément ces produits que commercialisent les grandes familles qui se disputent le pouvoir intendencial et qui continuent à animer, par l’intermédiaire des subdélégués, de très fructueux repartimientos pourtant officiellement abolis au Yucatán depuis 1783 ! La nouvelle conjoncture économique n’a pu que stimuler cette offensive commerciale : si le Reglamento y aranceles para el comercio libre, promulgué en 1778 a pu dans un premier temps avantager le port de Campeche, alors seule ville mexicaine à avoir obtenu le privilège de commercer librement avec l’Espagne, au côté bien sûr de Veracruz, son extension aux autres ports mexicains en 1789, a considérablement accru la concurrence entre les oligarchies urbaines pour le drainage des ressources coloniales, tout en renforçant, surtout après 1796, l’autonomie de la région face à l’influente Mexico. La liberté, concédée aux commerçants americanos, d’armer des navires pour leur propre compte en direction de la métropole puis l’autorisation du commerce des Neutres, ont créé pour la première fois une situation de concurrence par le libre jeu – qui demeure certes relatif – du marché37. La province a vu son économie ainsi dynamisée, le littoral et ses accès renforçant parallèlement leur intérêt stratégique : à l’accroissement de la population et à l’élargissement des marchés potentiels, s’ajoute une certaine reconversion des anciennes estancias en haciendas avec augmentation de leur taille et développement de leurs productions. La longue course à l’appropriation de nouvelles terres, qui s’est initiée vers le milieu du XVIIe siècle au bénéfice des hac e n dados et au détriment surtout de la propriété indigène38, redouble d’intensité et oppose d’autant plus les élites urbaines entre elles, soucieuses d’agrandir leur propre domaine. Du fait notamment de la fermeture des échanges transatlantiques avec la métropole (guerre contre l’Angleterre), la période 1797-1804 connaît même une augmentation particulièrement sensible des exportations yucatèques en direction de Cuba, de la Floride ou même de la Nouvelle-Orléans39 : c’est justement la période durant laquelle les Peón dominent le système des intendances. On comprend, dans ces conditions, combien les subdélégués, de part l’influence et les moyens de pression que leur confére leur charge, représentent des alliés précieux pour la sécurisation et le développement des affaires.

    Promouvoir en toute impunité la prospérité du clan familial

    27Parmi les prérogatives des subdélégués du Yucatán, on trouve certes la levée du tribut auprès des indigènes et l’exercice du pouvoir judiciaire en première instance, mais on remarque également d’autres responsabilités liées aux spécificités régionales. Ils doivent ainsi non seulement s’occuper de la perception de l’alcabala, mais aussi de la « composicion de tiendas » comme de la gestion des Comunidades de Indios ; celui d’Hunucmá doit en plus s’occuper du « cobro de destilaciones de aguard (ien) te »… En somme, l’équation est simple : qui contrôle les subdélégations, contrôle l’essentiel du dispositif économique yucatèque : on comprend dans ces conditions qu’abus de pouvoir et malversations soient monnaie courante40. Craignant très certainement pour sa carrière, l’assesseur de l’intendance Miguel Magdaleno de Sandoval va d’ailleurs vouloir se désolidariser de ce système d’exploitation provinciale – dont il a lui-même pourtant bénéficié41 ! – au service de la famille Peón et de ses alliés, en soulignant combien les subdélégués leur ont permis de développer leurs affaires commerciales. Ces derniers utilisent notamment leurs pouvoirs pour exploiter abusivement la main-d’œuvre indigène et réquisitionner de force bœufs, ânes ou mulets pour le transport « de cajones de panelas, azucares, arroz, y otros frutos de sus grangerias » vers leurs greniers de Mérida42… quand ils n’exigent pas de ces mêmes indigènes ou de certains propriétaires de ranchos comme d’estancias qu’ils leur cèdent à bas prix leurs animaux de port43 ! Les activités commerciales d’Ignacio Peón ont ainsi bénéficié, à l’échelle régionale, de cette situation monopolistique, y compris par des voies illégales.

    28Toutefois, les Peón doivent également répondre aux exigences de leurs parents et autres alliés, tous grands propriétaires fonciers et/ou négociants qui, collectivement, bénéficient de cette mainmise sur le système économique régional. La cohésion du « clan familial », qui repose bien entendu, sur la notion de parenté, est renforcée ici par les bénéfices que chacun des membres qui le compose peut en tirer. Cela n’est pas sans nous renvoyer à l’analyse de John E. Kicza qui écrit que les « negocios reforzaron la lealtad familiar en la sociedad novohispana »44. La famille Bolio pratique communément la contrebande – véritable « sport » régional en direction surtout du Bassin Antilles-Caraïbes et des jeunes Etats-Unis –, ce qui a d’ailleurs valu à Joaquín de Bolio d’être un moment inquiété autour de 1800. Les Torres également, en la personne notamment du subdélégué et non moins lieutenant José Joaquín de Torres, accusé à juste titre de « comercios prohibidos… », alors qu’il s’était vu officiellement confier, par l’intendant Pérez, la subdélégation des Beneficios Altos « por hallarse situada en la parte oriental de esta provincia, con costas y puertos que guardar de los enemigos y del contrabando »45 ! Son frère José Domingo, également subdélégué, n’est pas sans pratiquer lui aussi ce commerce illégal. En fermant les yeux sur ces activités, qu’ils sont pourtant censés pourchasser (ils le font volontiers pour les clans concurrents !), les subdélégués reprennent ici le rôle qui avait été assigné aux agents des douanes et autres officiers de finance avec lesquels les grandes familles locales cherchaient à s’allier pour frauder en toute impunité46.

    29Mais c’est surtout le contrôle de la main-d’œuvre noire et indigène, auparavant aux mains des alcaldes ordinarios – sachant jouer de leur pouvoir judiciaire sur les territoires ruraux –, qui constitue l’un des principaux enjeux économiques. Ces territoires étant désormais placés sous leur juridiction, les subdélégués utilisent leur autorité pour trouver les operarios nécessaires aux travaux de mise en valeur agricole, notamment au sein du partido de Sahcabchén où tous se plaignent de la rareté de cette main-d’œuvre47, et d’une manière générale œuvrent partout pour son exploitation à très bas prix, tout en assurant la « paix » sociale sur leurs terres comme sur celles de leurs parents ou alliés. Il n’est que de citer Ignacio Peón qui possède casas et haciendas dans la subdélégation du Camino Real Bajo (Hunucmá) qui fut confiée à son autorité en 1805, après l’avoir été à un allié, José Joaquín de Torres, et alors que la législation royale interdit le recrutement de candidats ayant des biens dans la circonscription pour laquelle ils postulent ! Ou encore son propre gendre, Juan Nepomuceno de Cárdenas, qui fait l’objet avec son frère Domingo, de la part des indiens de sa circonscription, de nombreuses plaintes pour mauvais traitements. Cette mise au pas du monde indigène comme le contrôle de sa force de travail n’échapperont pas aux voyageurs et autres observateurs nord-américains au début du XXe siècle, qui décriront encore collectivement pour le Yucatán « a brutal, repressive regime on the plantations » au bénéfice exclusif des henequeneros, en particulier des Peón48.

    30En plus du réseau de fidélités et de dépendances installé dans l’ensemble de la province (subdélégués et tenientes), les Peón mettent à profit les relations étroites tissées avec l’intendant O’Neill pour s’assurer une totale impunité. De là, on comprend mieux les accusations des membres du cabildo de Campeche quand ils dénoncent l’influence de la famille sur l’intendant, les Peón ouvrant « para mover el ánimo del intendente a su protección », et par eux de tous les subdélégués49. Pourtant leurs activités illégales (commerce, fraudes, exploitation abusive de la main d’œuvre indigène) sont connues de tous : « todos saben el abusivo manejo de casi todos los subdelegados de Yucatan », écrit ainsi l’assesseur d’intendance Sandoval – lui-même mis en cause pour partialité et favoritisme envers d’autres individus – au vice-roi Félix de Berenguer en 1800, en accusant son supérieur O’neill de protéger, « por todos medios », lesdits subdélégués50. A cela, il faudrait ajouter les autres secteurs de l’administration royale ou ecclésiastique qui entrent parfaitement dans cette stratégie généralisée d’encadrement des populations et de contrôle de tous les rouages sociaux. Nul étonnement à ce que l’on trouve dès lors de nombreux prêtres dévoués tout autant à la cause familiale qu’à celle de Dieu. Il en est ainsi par exemple des Rivas qui contrôlent directement la subdélégation de la Costa : le curé d’Izamal, la « cabecera » du partido, n’est autre qu’un de leurs proches parents, Fr. Juan Rivas ; ou encore des Cárdenas, et en particulier de Juan Nepomuceno de Cárdenas, subdélégué des Beneficios Altos, où plusieurs prêtres lui sont intimement liés, tel Manuel Antonio de Cárdenas. Ces familles sont également, bien entendu, très présentes au sein des autres rouages de l’administration royale. Les Elizalde comptent par exemple un contador real de diezmos dans leurs rangs, Pedro de Elizalde. Francisco de Heredia y Vergara trouve un emploi au côté de l’intendant, en qualité de secretario de cámara, au moment même où son frère Tomás occupe la subdélégation du Camino Real Alto. Nous pourrions multiplier les exemples tant ils sont nombreux. Le cumul des pouvoirs est indéniable. En ce qui concerne les seules milices, il apparaît clairement que ce sont ces mêmes familles qui en monopolisent les postes d’officier, ces charges constituant un moyen de contrôle sur les familles clientes ou rivales, alistadas sous leurs ordres, y compris pour les partidos entourant la ville de Campeche : Pedro Bernardino de Elizalde, par exemple, cumule ainsi en 1805 la double responsabilité de subdélégué de Sahcabchén et de capitaine des milices... de Campeche. Enfin, il est toujours possible pour les subdélégués, quand la double protection de l’intendant et du fuero militar ne suffisent plus, de recourir à la corruption quand des visitadores sont dépêchés pour enquêter sur leurs agissements (y compris bien sûr lors de la residencia qui achève leur mandat)51, à l’instar de José Julian Peón qui parvient aisément à acheter, en 1795, l’abogado de los Naturales Justo Serrano pour 300 ou 400 pesos… avant même qu’il ne commence ses investigations dans sa circonscription !

    Conclusion

    31Du temps des capitanes a guerra et de la toute-puissance des alcaldes ordinarios, il ne semble pas y avoir jamais eu une telle suprématie régionale au Yucatán. La traditionnelle dispersion des instances de pouvoir a laissé la place à un système d’ordre monopolistique, au profit presque exclusif de l’oligarchie meridense. Par leurs alliances renouvelées (amitié et parentés spirituelles) avec l’intendant O’Neill, les Peón ont joué un rôle essentiel dans cette évolution, en donnant à leurs parents ou alliés un accès durable et définitif aux postes de subdélégué. Par la corruption, ils ont su également obtenir les faveurs de son successeur, Benito Pérez, qui n’hésite pas à vendre les postes aux plus offrants. Entrés dans une logique de course à l’appropriation du pouvoir royal à des fins claniques, qui s’est dans un premier temps matérialisée par l’acquisition de charges d’officier des milices, ils vont trouver dans le contrôle des subdélégations le moyen de consolider puis de renforcer leur statut socioéconomique. Cette mainmise sur la nouvelle administration leur permet ainsi d’accroître, en une dizaine d’années, leur influence au niveau provincial et d’assurer la bonne marche de leurs affaires. Mais c’est surtout en terme de stratégies familiales, de solidarités lignagères, d’amitiés et de clientèles qu’il faut lire ici l’attitude du clan Peón dans son ensemble. En se taillant de la sorte un véritable « empire » ouvert sur les mers au travers d’un solide réseau de fidélités et de dépendances, à un moment où la lutte pour la maîtrise du grand commerce colonial s’intensifie, celui-ci entend promouvoir ses intérêts commerciaux, conserver le contrôle des routes comme de la main-d’œuvre indigène, le régime des subdélégations se transformant également en une arme redoutable destinée à mettre au pas les clans rivaux et à écarter la concurrence, ce qui n’est d’ailleurs pas sans expliquer bien des rancœurs régionales. Et si à partir de 1811, plus aucun Peón ne figure parmi les subdélégués, ce n’est pas parce que la famille est entrée sur la voie de la marginalisation socio-économique, mais au contraire parce qu’elle est parvenue à asseoir sa position sur des bases solides, qui la dispense désormais d’une participation directe à l’administration intendencial : outre le fait qu’elle hésite (par prudence ?), après la mort d’Ignacio Peón, à prendre une part active aux rivalités de pouvoir qui divisent l’oligarchie meridense, elle n’en continue pas moins à s’appuyer sur ceux de ses proches parents qui investissent par la suite les postes, en particulier les Bolio, dont l’un des membres – Pedro de Bolio – accèdera même aux fonctions d’intendant en 1820 ! Nous sommes ici en présence d’un système social parfaitement maîtrisé qui explique pourquoi la Couronne ne parvient pas à réprimer ces désordres administratifs et surtout à rénover son appareil d’Etat en dépit d’une politique volontariste que l’historiographie n’a cessé jusqu’ici de mettre en avant. Elle se heurte tout à la fois aux résistances des élites coloniales et à leur capacité d’adaptation aux innovations étatiques comme aux bouleversements conjoncturels52. Aux côtés de ses ingénieuses stratégies matrimoniales, de sa vaste clientèle aux ramifications locales et de sa puissance foncière, il y a là incontestablement l’une des clés de la perpétuation de la famille Peón, et par-delà de son influence, tout au long du XIXe siècle. Une capacité d’adaptation qui ne se démentira pas et qui pourrait bien expliquer pourquoi « the Mexican Revolution arrived so late in Yucatán »53. En fait, s’adapter rapidement afin que rien ne change…

    Notes de bas de page

    1 Wells (Allen), « Family Elites in a Boom-and-Bust Economy : The Molinas and Peóns of Porfirian Yucatán », Hispanic American Historical Review, vol. 62, n° 2, 1982, p. 252

    2 Topik (Steven C.) and Wells (Allen), éd., The second conquest of Latin America : coffee, henequen, and oil during the export boom, 1850-1930, Austin, University of Texas Press, 1998, 271 p.

    3 Augeron (Mickaël), Entre la plume et le fer : le personnel des intendances de la vice-royauté de Nouvelle-Espagne (1785-1824). Pratiques de pouvoir et réseaux sociaux en Amérique espagnole, thèse de doctorat, La Rochelle/Toulouse-le-Mirail, Université de La Rochelle, janvier 2000, 3 vols., 1036 p.

    4 González Muñoz (Victoria), Cabildos y grupos de poder en Yucatán (siglo XVII), Sevilla, Diputación provincial, 1994, 372 p.

    5 Martínez Ortega (Ana Isabel), Estructura y configuración socioeconómica de los cabildos de Yucatán en el siglo XVIII, Sevilla, Diputación provincial de Sevilla, 1993, p. 19

    6 Taracena Arriola (Arturo), Invención criolla, sueño ladino, pesadilla indigena. Los Altos de Guatemala : de región a Estado (1740-1850), San José/Antigua Guatemala, Ed. Porvenir/CIRMA, 1997, p. 65

    7 Sauf mention contraire, toutes les données biographiques concernant les subdélégués cités dans cet article sont tirées de notre base de données prosopographiques ALEXIS, établie à partir des archives espagnoles et mexicaines.

    8 Augeron (Mickaël), Entre la plume et le fer…, vol. III, pp. 733-734, 760-763.

    9 Alberro (Solange), « Introducción », in Alberro (Solange) et al., Familia y poder en Nueva España, México, INAH, 1991, p. 10.

    10 Wells (Allen), « Family Elites in a Boom-and-Bust Economy... », p. 246.

    11 Martínez Ortega (Ana Isabel), op. cit., p. 138.

    12 Archivo General de la Nación (AGN), Intendencias, vol. 18, Santiago Flota au vice-roi, de Mérida, 10 avril 1807.

    13 Martínez Ortega (Ana Isabel), op. cit., p. 191.

    14 Voir notamment Palma Murga (Gustavo E.), « Núcleos de poder local y relaciones familiares en la ciudad de Guatemala a finales del siglo XVIII », Mesoamérica [Guatemala], vol. VII, n° 12, 1986, pp. 241-308 ; Webre (Stephen), « El cabildo de Santiago de Guatemala en el siglo XVIII : una oligarquía cerrada y hereditaria », Mesoamérica, vol. 1, n° 2, 1981, pp. 1-19 ; ou encore Casaus Arzú (Marta Elena), « Las redes familiares vascas en la configuración de la élite de poder centroamericana », in Escobedo Mansilla (Ronald), éd., Emigración y redes sociales de los Vascos en América, Vitoria, Universidad del País Vasco, 1996, pp. 285-348.

    15 Kicza (John E.), « El papel de la familia en la organización empresarial en la Nueva España », in Alberro (Solange) et al., Familia y poder en Nueva España, Mexico, INAH, 1991, p. 81.

    16 Martínez Ortega (Ana Isabel), op. cit., p. 190.

    17 Augeron (Mickaël), « La bureaucratie en Amérique espagnole : entre fidélités et dépendances (XVIe-XXe siècles) », Historiens & Géographes, n° 374, numéro spécial coordonné par Laurent Vidal et consacré à l’Histoire de l’Amérique latine, mai 2001, pp. 233-149.

    18 Martínez Ortega (Ana Isabel), op. cit., p. 233.

    19 Bertrand (Michel), Grandeur et misère de l’office. Les officiers de finances de Nouvelle-Espagne (XVIIe-XVIIIe siècles), Paris, Publications de la Sorbonne, 1999, chap. 5 et 6 notamment.

    20 AGN, Intendencias, vol. 18, Benito Pérez au vice-roi, de Mérida, 10 juillet 1807.

    21 Fuero qui soustrait son bénéficiaire à la justice civile (en particulier celle de la lointaine audience de Mexico) pour les placer sous la juridiction militaire, donc celle du capitaine général et intendant de la province lui-même !

    22 AGN, Intendencias, vol. 37, s.f., Miguel Magdaleno de Sandoval au vice-roi Félix Berenguer de Marquina, Mérida, 1er août 1800.

    23 Kicza (John), Empresarios coloniales. Familias y negocios en la ciudad de México durante los Borbones, México, Fondo de Cultura Económica, 1986, p. 44.

    24 AGN, Intendencias, vol. 37, s.f., Miguel Magdaleno de Sandoval au vice-roi Félix Berenguer de Marquina, Mérida, 1er août 1800.

    25 Bruno préféra abandonner la subdélégation de « Lerma, partido de Campeche », au profit de son cousin, « [porque] le havian de censurar juiciosamente muy de cerca sus operaciones », AGN, Intendencias, vol. 37, s.f., Miguel Magdaleno de Sandoval au vice-roi Félix Berenguer de Marquina, de Mérida, 1er août 1800.

    26 AGN, Intendencias, vol. 37, s.f., Miguel Magdaleno de Sandoval au vice-roi Félix Berenguer de Marquina, de Mérida, 1er août 1800.

    27 AGN, Intendencias, vol. 37, s.f., Miguel Magdaleno de Sandoval au vice-roi Felix Berenguer de Marquina, Mérida, 1er août 1800.

    28 Sur la fianza comme instrument de contrôle et de pression sur les subdélégués, par les grandes familles coloniales, voir notre thèse Entre la plume et le fer…, vol. II, pp. 527-535. L’obligation pour chaque subdélégué de présenter des fiadores, censés garantir son intégrité sur leur patrimoine personnel, constitue une source essentielle pour l’historien qui tente de reconstituer liens d’intérêts ou d’amitié, liens familiaux ou clientélaires.

    29 Il s’agit vraisemblablement du procurador (1776) et alcalde ordinario (1778) Francisco José Cicero répertorié par Ortega (Ana Isabel), op. cit., p. 254.

    30 Au Yucatán, les encomiendas ont été incorporées à la Couronne en 1785, contre compensation financière.

    31 AGN, Intendencias, vol. 18, Santiago Flota au vice-roi, de Merida, 10 avril 1807.

    32 AGN, Intendencias, vol. 18, Benito Pérez au vice-roi, de Mérida, 10 juillet 1807.

    33 Augeron (Mickaël), Entre la plume et le fer…, vol. III, p. 770.

    34 Martínez Ortega (Ana Isabel), op. cit., pp. 148-149.

    35 Ibid., pp. 233-234.

    36 Pérez Herrero (Pedro), « Los beneficiarios del reformismo borbónico : metrópoli versus élites novohispanas », Historia Mexicana, vol. XLI, 1991, p. 235.

    37 Le port de Campeche avait dès 1770 bénéficié d’une entorse à l’exclusif colonial en obtenant le droit de commercer directement avec neuf ports de la Péninsule ibérique, alors qu’auparavant l’étape de Veracruz était obligatoire. Pérez Mallaína (Pablo Emilio), Comercio y autonomía en la Intendencia de Yucatán (1797-1814), Séville, Escuela de Estudios Hispanoamericanos, 1978, XIX- 268 p. ; Fisher (John), Commercial relations between Spain and Spanish America in the Era of Free Trade (1776-1796), Liverpool, University of Liverpool, 1985, 159 p. ; Pérez Herrero (Pedro), Comercio y mercados en América latina colonial, Madrid, Ed. Mapfre, 1992, pp. 232 et 261.

    38 García Bernal (Manuela Cristina), « La explotación pecuaria y la competencia por la tierra en torno a Mérida de Yucatán », Temas Americanistas, Sevilla, n° 8, 1990, pp. 25-32 ; et García Bernal (Manuela Cristina), « La pérdida de la propiedad indígena ante la expansión de las estancias yucatecas (siglo XVII) », Actas de las VII Jornadas de Andalucía y América, Sevilla, Junta de Andalucía, 1990, pp. 55-90.

    39 Pérez Herrero (Pedro), Comercio…, p. 261.

    40 Voir notamment AGN, Archivo Histórico de Hacienda (AHH), leg. 1064, exp. 13, « Copia de los parrafos de los oficios en que el ayuntamiento de Camp (ech) e acusa á los subdelegados de la provincia », s. l., 1795.

    41 Les regidores lui permettront même en 1798 d’exercer la fonction d’alcalde ordinario.

    42 AGN, Intendencias, vol. 37, s.f., Miguel Magdaleno de Sandoval au vice-roi Félix Berenguer de Marquina, Mérida, 1er août 1800.

    43 AGN, AHH, leg. 1064, exp. 13, « Copia de los parrafos de los oficios en que el ayuntamiento de Camp (ech) e acusa á los subdelegados de la provincia », s.l., 1795.

    44 John E. Kicza, « El papel de la familia… », p. 75.

    45 AGN, Subdelegados, vol. 18, fol. 67, Benito Pérez au vice-roi, de Mérida, 20 juillet 1805.

    46 Bertrand (Michel), Grandeur et misère…, 459 p. ; et plus particulièrement Bertrand (Michel), « Sociétés secrètes et finances publiques : fraudes et fraudeurs à Veracruz aux XVIIe et XVIIIe siècles », Mélanges de la Casa de Velázquez, 1990, t. XXVI (2), pp. 106-108 en particulier.

    47 Augeron (Mickaël), Entre la plume et le fer…, vol. III, p. 734.

    48 Wells (Allen), « Family Elites.... », p. 224.

    49 Archivo General de Indias (Séville), Audiencia de México, leg. 3027, Les membres du cabildo de Campeche au roi, de Campeche, 25 septembre 1795.

    50 AGN, Intendencias, vol. 37, s.f., Miguel Magdaleno de Sandoval au vice-roi Félix Berenguer de Marquina, de Mérida, 1er août 1800.

    51 AGN, Intendencias, vol. 37, s.f., Miguel Magdaleno de Sandoval au vice-roi Félix Berenguer de Marquina, de Mérida, 1er août 1800.

    52 Preuve en est également leur habileté à maintenir leurs revenus, tirés de leurs plantations d’hénequen, lors des périodes d’instabilité économique qui ont marqué le XIXe siècle, notamment par la diversification de leurs activités productives et de leurs entreprises commerciales. Wells (Allen), « Actuación de los Molina y los Peón en el Yucatán porfiriano », Revista de la Universidad de Yucatán, Mérida, vol. 22, n° 128, mars/av. 1980, pp. 41-61.

    53 Wells (Allen), « Family Elites… », p. 253.

    Auteur

    • Mickaël Augeron

      Maître de conférences, SEAMAN-ENM – JE 2302 – Université de La Rochelle

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    1 Wells (Allen), « Family Elites in a Boom-and-Bust Economy : The Molinas and Peóns of Porfirian Yucatán », Hispanic American Historical Review, vol. 62, n° 2, 1982, p. 252

    2 Topik (Steven C.) and Wells (Allen), éd., The second conquest of Latin America : coffee, henequen, and oil during the export boom, 1850-1930, Austin, University of Texas Press, 1998, 271 p.

    3 Augeron (Mickaël), Entre la plume et le fer : le personnel des intendances de la vice-royauté de Nouvelle-Espagne (1785-1824). Pratiques de pouvoir et réseaux sociaux en Amérique espagnole, thèse de doctorat, La Rochelle/Toulouse-le-Mirail, Université de La Rochelle, janvier 2000, 3 vols., 1036 p.

    4 González Muñoz (Victoria), Cabildos y grupos de poder en Yucatán (siglo XVII), Sevilla, Diputación provincial, 1994, 372 p.

    5 Martínez Ortega (Ana Isabel), Estructura y configuración socioeconómica de los cabildos de Yucatán en el siglo XVIII, Sevilla, Diputación provincial de Sevilla, 1993, p. 19

    6 Taracena Arriola (Arturo), Invención criolla, sueño ladino, pesadilla indigena. Los Altos de Guatemala : de región a Estado (1740-1850), San José/Antigua Guatemala, Ed. Porvenir/CIRMA, 1997, p. 65

    7 Sauf mention contraire, toutes les données biographiques concernant les subdélégués cités dans cet article sont tirées de notre base de données prosopographiques ALEXIS, établie à partir des archives espagnoles et mexicaines.

    8 Augeron (Mickaël), Entre la plume et le fer…, vol. III, pp. 733-734, 760-763.

    9 Alberro (Solange), « Introducción », in Alberro (Solange) et al., Familia y poder en Nueva España, México, INAH, 1991, p. 10.

    10 Wells (Allen), « Family Elites in a Boom-and-Bust Economy... », p. 246.

    11 Martínez Ortega (Ana Isabel), op. cit., p. 138.

    12 Archivo General de la Nación (AGN), Intendencias, vol. 18, Santiago Flota au vice-roi, de Mérida, 10 avril 1807.

    13 Martínez Ortega (Ana Isabel), op. cit., p. 191.

    14 Voir notamment Palma Murga (Gustavo E.), « Núcleos de poder local y relaciones familiares en la ciudad de Guatemala a finales del siglo XVIII », Mesoamérica [Guatemala], vol. VII, n° 12, 1986, pp. 241-308 ; Webre (Stephen), « El cabildo de Santiago de Guatemala en el siglo XVIII : una oligarquía cerrada y hereditaria », Mesoamérica, vol. 1, n° 2, 1981, pp. 1-19 ; ou encore Casaus Arzú (Marta Elena), « Las redes familiares vascas en la configuración de la élite de poder centroamericana », in Escobedo Mansilla (Ronald), éd., Emigración y redes sociales de los Vascos en América, Vitoria, Universidad del País Vasco, 1996, pp. 285-348.

    15 Kicza (John E.), « El papel de la familia en la organización empresarial en la Nueva España », in Alberro (Solange) et al., Familia y poder en Nueva España, Mexico, INAH, 1991, p. 81.

    16 Martínez Ortega (Ana Isabel), op. cit., p. 190.

    17 Augeron (Mickaël), « La bureaucratie en Amérique espagnole : entre fidélités et dépendances (XVIe-XXe siècles) », Historiens & Géographes, n° 374, numéro spécial coordonné par Laurent Vidal et consacré à l’Histoire de l’Amérique latine, mai 2001, pp. 233-149.

    18 Martínez Ortega (Ana Isabel), op. cit., p. 233.

    19 Bertrand (Michel), Grandeur et misère de l’office. Les officiers de finances de Nouvelle-Espagne (XVIIe-XVIIIe siècles), Paris, Publications de la Sorbonne, 1999, chap. 5 et 6 notamment.

    20 AGN, Intendencias, vol. 18, Benito Pérez au vice-roi, de Mérida, 10 juillet 1807.

    21 Fuero qui soustrait son bénéficiaire à la justice civile (en particulier celle de la lointaine audience de Mexico) pour les placer sous la juridiction militaire, donc celle du capitaine général et intendant de la province lui-même !

    22 AGN, Intendencias, vol. 37, s.f., Miguel Magdaleno de Sandoval au vice-roi Félix Berenguer de Marquina, Mérida, 1er août 1800.

    23 Kicza (John), Empresarios coloniales. Familias y negocios en la ciudad de México durante los Borbones, México, Fondo de Cultura Económica, 1986, p. 44.

    24 AGN, Intendencias, vol. 37, s.f., Miguel Magdaleno de Sandoval au vice-roi Félix Berenguer de Marquina, Mérida, 1er août 1800.

    25 Bruno préféra abandonner la subdélégation de « Lerma, partido de Campeche », au profit de son cousin, « [porque] le havian de censurar juiciosamente muy de cerca sus operaciones », AGN, Intendencias, vol. 37, s.f., Miguel Magdaleno de Sandoval au vice-roi Félix Berenguer de Marquina, de Mérida, 1er août 1800.

    26 AGN, Intendencias, vol. 37, s.f., Miguel Magdaleno de Sandoval au vice-roi Félix Berenguer de Marquina, de Mérida, 1er août 1800.

    27 AGN, Intendencias, vol. 37, s.f., Miguel Magdaleno de Sandoval au vice-roi Felix Berenguer de Marquina, Mérida, 1er août 1800.

    28 Sur la fianza comme instrument de contrôle et de pression sur les subdélégués, par les grandes familles coloniales, voir notre thèse Entre la plume et le fer…, vol. II, pp. 527-535. L’obligation pour chaque subdélégué de présenter des fiadores, censés garantir son intégrité sur leur patrimoine personnel, constitue une source essentielle pour l’historien qui tente de reconstituer liens d’intérêts ou d’amitié, liens familiaux ou clientélaires.

    29 Il s’agit vraisemblablement du procurador (1776) et alcalde ordinario (1778) Francisco José Cicero répertorié par Ortega (Ana Isabel), op. cit., p. 254.

    30 Au Yucatán, les encomiendas ont été incorporées à la Couronne en 1785, contre compensation financière.

    31 AGN, Intendencias, vol. 18, Santiago Flota au vice-roi, de Merida, 10 avril 1807.

    32 AGN, Intendencias, vol. 18, Benito Pérez au vice-roi, de Mérida, 10 juillet 1807.

    33 Augeron (Mickaël), Entre la plume et le fer…, vol. III, p. 770.

    34 Martínez Ortega (Ana Isabel), op. cit., pp. 148-149.

    35 Ibid., pp. 233-234.

    36 Pérez Herrero (Pedro), « Los beneficiarios del reformismo borbónico : metrópoli versus élites novohispanas », Historia Mexicana, vol. XLI, 1991, p. 235.

    37 Le port de Campeche avait dès 1770 bénéficié d’une entorse à l’exclusif colonial en obtenant le droit de commercer directement avec neuf ports de la Péninsule ibérique, alors qu’auparavant l’étape de Veracruz était obligatoire. Pérez Mallaína (Pablo Emilio), Comercio y autonomía en la Intendencia de Yucatán (1797-1814), Séville, Escuela de Estudios Hispanoamericanos, 1978, XIX- 268 p. ; Fisher (John), Commercial relations between Spain and Spanish America in the Era of Free Trade (1776-1796), Liverpool, University of Liverpool, 1985, 159 p. ; Pérez Herrero (Pedro), Comercio y mercados en América latina colonial, Madrid, Ed. Mapfre, 1992, pp. 232 et 261.

    38 García Bernal (Manuela Cristina), « La explotación pecuaria y la competencia por la tierra en torno a Mérida de Yucatán », Temas Americanistas, Sevilla, n° 8, 1990, pp. 25-32 ; et García Bernal (Manuela Cristina), « La pérdida de la propiedad indígena ante la expansión de las estancias yucatecas (siglo XVII) », Actas de las VII Jornadas de Andalucía y América, Sevilla, Junta de Andalucía, 1990, pp. 55-90.

    39 Pérez Herrero (Pedro), Comercio…, p. 261.

    40 Voir notamment AGN, Archivo Histórico de Hacienda (AHH), leg. 1064, exp. 13, « Copia de los parrafos de los oficios en que el ayuntamiento de Camp (ech) e acusa á los subdelegados de la provincia », s. l., 1795.

    41 Les regidores lui permettront même en 1798 d’exercer la fonction d’alcalde ordinario.

    42 AGN, Intendencias, vol. 37, s.f., Miguel Magdaleno de Sandoval au vice-roi Félix Berenguer de Marquina, Mérida, 1er août 1800.

    43 AGN, AHH, leg. 1064, exp. 13, « Copia de los parrafos de los oficios en que el ayuntamiento de Camp (ech) e acusa á los subdelegados de la provincia », s.l., 1795.

    44 John E. Kicza, « El papel de la familia… », p. 75.

    45 AGN, Subdelegados, vol. 18, fol. 67, Benito Pérez au vice-roi, de Mérida, 20 juillet 1805.

    46 Bertrand (Michel), Grandeur et misère…, 459 p. ; et plus particulièrement Bertrand (Michel), « Sociétés secrètes et finances publiques : fraudes et fraudeurs à Veracruz aux XVIIe et XVIIIe siècles », Mélanges de la Casa de Velázquez, 1990, t. XXVI (2), pp. 106-108 en particulier.

    47 Augeron (Mickaël), Entre la plume et le fer…, vol. III, p. 734.

    48 Wells (Allen), « Family Elites.... », p. 224.

    49 Archivo General de Indias (Séville), Audiencia de México, leg. 3027, Les membres du cabildo de Campeche au roi, de Campeche, 25 septembre 1795.

    50 AGN, Intendencias, vol. 37, s.f., Miguel Magdaleno de Sandoval au vice-roi Félix Berenguer de Marquina, de Mérida, 1er août 1800.

    51 AGN, Intendencias, vol. 37, s.f., Miguel Magdaleno de Sandoval au vice-roi Félix Berenguer de Marquina, de Mérida, 1er août 1800.

    52 Preuve en est également leur habileté à maintenir leurs revenus, tirés de leurs plantations d’hénequen, lors des périodes d’instabilité économique qui ont marqué le XIXe siècle, notamment par la diversification de leurs activités productives et de leurs entreprises commerciales. Wells (Allen), « Actuación de los Molina y los Peón en el Yucatán porfiriano », Revista de la Universidad de Yucatán, Mérida, vol. 22, n° 128, mars/av. 1980, pp. 41-61.

    53 Wells (Allen), « Family Elites… », p. 253.

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    Ce livre est cité par

    • Tanguy, Jean-François. (2013) Ton père et ami dévoué. DOI: 10.4000/books.pur.43788

    Ce chapitre est cité par

    • Lacoste, Marie-Pierre. (2018) Vers une meilleure connaissance des intendants intérimaires de la vice-royauté de la Nouvelle-Espagne. Nuevo mundo mundos nuevos. DOI: 10.4000/nuevomundo.72133

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