Chapitre 3. Les négociants mulhousiens ou l’élaboration d’un capitalisme commercial
p. 61-97
Texte intégral
1Durant la première moitié du xviiie siècle, la montée en puissance du Corps des marchands officialisée par la mise en place d’un Directoire du commerce, révèle la constitution d’un groupe de négociants et la formation d’un capitalisme commercial. L’étude du patrimoine de ces négociants permet de mesurer l’influence qu’ils exercent sur la vie économique de la cité ; notre démarche vise à établir que la transmission du patrimoine et son utilisation par les héritiers, constituent des éléments déterminants de la naissance de l’industrie à Mulhouse.
I. Qu’est ce qu’un négociant ?
2En guise d’introduction, empruntons la plume du greffier Josua Hofer1 ; « Dann was thun die Kaufleuth ? Sie kaufen Waaren ein und verkaufen sie wieder, sie führen darüber correspondenz und Buchhaltung, sie lernen Kaufmansjungen » : « Que font les commerçants ? Ils achètent des marchandises et les revendent, ils tiennent une correspondance et une comptabilité, ils forment des apprentis-marchands ».
3Tout changement d’état engendre généralement une transformation ou un renouvellement du vocabulaire afin d’ajuster les mots aux faits. On constate cette évolution pour les termes s’appliquant aux marchands et au commerce à Mulhouse, à la charnière des xviie et xviiie siècles.
4Le mot « Handelsmann » désigne le négociant ; un dictionnaire actuel nous dit que le négociant est une « personne qui se livre au négoce, au commerce en grand ». Le terme n’existe pas encore dans le « Krämer Ordnung » de 1666 où « Kaufmannschaft », « Kaufmann », « Krämerey » et « Krämer » définissent respectivement le commerce, le marchand ou commerçant, la mercerie et le petit marchand détaillant. En février 16962, le décret relatif aux commerçants s’intitule « Kaufleuth ». L’usage du substantif « Handelsmann » naît à la même période : en novembre 1698, il est présent dans le contrat de mariage du bourgeois Jacob Reber3, qui deviendra président du Directoire en 1715. L’utilisation simultanée des mots « Kaufmann » et « Handelsmann » semble indiquer une différence de condition, toutefois cette distinction n’est pas systématiquement adoptée. Dans le livre des admissions à la tribu des Tailleurs, les marchands inscrits de 1690 à 1750 sont qualifiés de « Kaufmann »4. Un autre registre de la même tribu5 utilise le vocable « Handelsmann » à partir de 1741 : ainsi Anthony Baumgartner et Jacob Rissler sont cités comme « Kaufmann » dans le premier registre et comme « Handelsmann » dans le second.
5La tribu des Boulangers distingue marchands et négociants6 : Engelbert Feer et Hans Jacob Baumgartner sont inscrits avec la mention « Handelsmann » en 1715, de même Gottfried Hofer en 1717, Hans Michael Hüber et Jeremias Rissler en 1718. Nous retrouvons Engelbert Feer et Hans Jacob Baumgartner dans le registre de la tribu des Agriculteurs7, où ils sont notés comme négociants, en 1721. Il est intéressant de souligner que les membres du Directoire nommés en mars 1715, sont proclamés « Handlungs Directores » par le Conseil, c’est-à-dire directeurs du négoce. Les ordonnances de 1701 et 1721 utilisent encore le terme « Krämer » pour désigner les marchands, grands ou petits ; en mars 1735, la législation commerciale adopte les vocables « Handelsmann » et « Handlung », entérinant ainsi une situation acquise de facto.
6Cette « différenciation sémantique » existe dans plusieurs cités négociantes allemandes étudiées par Étienne François8 : à Augsbourg, en 1711, les termes « Handelsleute » et « Krämer » sont employés pour distinguer les négociants des petits commerçants et boutiquiers. La séparation se confirme dans les institutions, avec la « Kaufleuthestube » (chambre des commerçants) pour les négociants et la « Krämerzunft » (tribu des merciers) pour les boutiquiers. À Mayence, en 1747, la « Krämerzunft » devient une « Handelsstand » (corps des marchands) ; à Coblence, il faut attendre 1765 pour que la « Krämerzunft » soit remplacée par une « Handelsgesellschaft » (société de commerce). Étienne François souligne cependant qu’il faut éviter de généraliser : « dans nombre de villes, le milieu négociant… n’est pas encore constitué comme tel » ; les termes « Handelsmann » et « Kaufmann » continuent souvent à désigner indifféremment négociants et boutiquiers.
7Tel n’est pas le cas de Mulhouse où la constitution d’un Corps des marchands dès 1696 et la nomination d’un Directoire du commerce en 1715, pose clairement la reconnaissance d’un nouveau groupe et l’apparition simultanée d’un vocabulaire spécifique pour le définir.
II. Marchands et négociants
A. Le Corps des marchands : un impact économique mesurable
8Que représente numériquement les marchands au sein de la population active mulhousienne ? Par population active, nous entendons les maîtres inscrits dans les tribus de la ville, nous ne faisons pas intervenir les apprentis et les domestiques. Lors du premier dénombrement de 1699, le nombre total de maîtres auquel nous avons ajouté médecins, pasteurs, greffier et maîtres d’école, peut être estimé à 588 personnes. D’après nos calculs, les marchands constituent un groupe de 22 individus9, c’est-à-dire 3,7 % des bourgeois. En 1745, un état des professions présentes dans quatre tribus mulhousiennes indique 53 marchands pour 654 maîtres10, c’est-à-dire 8,1 % de la bourgeoisie. Les deux dénombrements de la fin du siècle donnent les chiffres suivants : en 1782, le relevé du bourgmestre Johannes Dollfus11 enregistre 81 commerçants pour 759 bourgeois exerçant un métier soit 10,6 % ; si l’on affine les calculs en retenant uniquement les personnes en activité, soit 73 marchands pour 657 maîtres, nous obtenons un chiffre de 11,1 %. En 1798, le recensement de la population12 indique 84 marchands pour 782 maîtres soit 10,7 %. Un contexte politique et économique particulier (dont nous reparlerons plus précisément dans la dernière partie de notre travail) explique la relative stagnation de la fin du siècle.
9Le travail d’Étienne François sur les négociants allemands du xviiie siècle13, nous fournit des éléments de comparaison. À Nördlingen, ville souabe dont la population avoisine 8 000 habitants au début du xviiie siècle, 3,6 % des bourgeois vivent du commerce en 1700 et 4,4 % en 1724. À Augsbourg, cité d’environ 26 000 habitants, les marchands représentent 8,6 % « des contribuables de profession connue » en 1711. Rostock, avec une population entrant dans une fourchette de 12 000 à 14 000 habitants, compte également 8,6 % de bourgeois « Kaufleuthe » en 1769. À Mayence, en 1785, 7 % des ménages tiennent un négoce, pour une ville de 28 000 habitants ; Coblence avec 7 762 citadins en 1794, recense 8,6 % des foyers vivant du commerce. À Hambourg en 1700 (avec une estimation de 70 000 habitants), 16,9 % des nouveaux bourgeois admis durant les trente années précédentes pratiquent le négoce. À la même date, Francfort avec 30 000 habitants, compte 14,9 % de ménages marchands. Étienne François évoque également le cas de Zürich (10 000 à 12 000 habitants) : en 1730, 8,9 % des bourgeois sont des négociants et en 1790, 12,4 %. Soulignons que les bourgeois ne représentent pas l’ensemble de la population d’une ville : si nous prenons l’exemple de Zürich, il s’agit de 8,9 % de personnes appartenant à la bourgeoisie et non pas 8,9 % de la population. Si l’on évoque le pourcentage de ménages pratiquant le commerce, alors toutes les « catégories sociales » sont concernées. La nuance est importante.
10Par rapport aux données précédentes, la république de Mulhouse est très proche de Nördlingen en 1700 et sa situation est comparable à celle de Rostock, au milieu du siècle. L’augmentation du nombre de négociants se révèle plus importante à Mulhouse qu’à Zürich sur l’ensemble du xviiie siècle. La cité connaît une forte progression du nombre de marchands entre 1699 et 1745 : elle correspond à la consécration de la fonction commerciale. Une autre indication significative découle de l’observation des transactions enregistrées à la halle des marchands : pour ce faire, nous avons relevé sur la période 1690-175014, les chiffres concernant le « Pfundzoll » et le total des revenus de la « Kaufhaus ». Nous obtenons le graphique suivant :

11Ce graphique appelle quelques commentaires : nous observons entre 1690 et 1750, un mouvement de croissance de longue durée, affectant de manière similaire la courbe du « Pfundzoll » et celle de l’ensemble des revenus de la halle. Rappelons que le « Pfundzoll » est la taxe appliquée à la valeur d’un produit, supportée par tout marchand étranger lors d’une transaction avec un marchand mulhousien, qu’il soit acheteur ou vendeur. Elle reflète donc la vitalité du commerce extérieur de la petite république. Suivant les années, le « Pfundzoll » constitue entre 61 % et 83 % du total des revenus de la « Kaufhaus » ; la taxe de pesée (« Waggeld »), la taxe d’entrepôt (« Hausgeld » puis « Lagergeld ») et la taxe frappant les transactions effectuées lors des quatre marchés annuels, composent le pourcentage restant jusqu’en décembre 1732. À cette date, le Directoire demande une révision du règlement de la halle, afin de préciser et d’affiner les prélèvements15. Ceux-ci devenant très détaillés dès 1733 et provoquant de ce fait une dilution des chiffres, nous avons choisi de nous en tenir à la taxe la plus significative.
12Le blocus céréalier décrété par Louis XIV d’avril 1689 à septembre 169616, sur lequel se greffe la crise de subsistance de 1693-1694, semblent avoir un impact minime pour les échanges commerciaux mulhousiens ; nous observons une croissance régulière des transactions et des revenus de la halle, interrompue par la crise frumentaire de 1709, dont les conséquences sont repérables sur le graphique. Une nette reprise a lieu de 1712 à 1714, suivie d’un léger tassement des courbes entre 1715 et 1720. L’année 1721 est déterminante : elle correspond à la réforme du « Zollordnung » orchestrée par le Directoire. Nous assistons à une forte progression des chiffres en 1722 et 1723 : cette période coïncide également avec la liquidation du Système de Law. L’année 1725 affiche de mauvaises récoltes céréalières qui paraissent influencer les échanges commerciaux mulhousiens. De 1727 à 1737, l’augmentation des transactions marchandes accompagne une décennie de bonnes récoltes françaises. Dès 1738, le royaume de France connaît une crise frumentaire qui se prolonge jusqu’en 1741 ; de 1742 à 1746, une nouvelle série de récoltes favorables peut être mise en parallèle avec une hausse des transactions et des revenus de la halle. Les années 1747 et 1748 semblent subir la montée du prix du froment ; cependant dès 1749, le redressement des courbes mulhousiennes n’est plus subordonné aux prix français qui demeurent élevés jusqu’en 1752. Un autre facteur entre en ligne de compte : la commercialisation des toiles imprimées par la première manufacture de la cité.
13Quelles remarques pouvons-nous formuler ? Tout d’abord la relation existant entre conjoncture économique et commerce mulhousien : à chaque hausse du prix du blé dans le royaume de France, correspond un tassement des courbes mulhousiennes et inversément. Cette inévitable interaction entre prix des grains et échanges commerciaux ne constitue pas l’unique argument permettant d’expliquer les variations observées. La liquidation du Système de Law influe à sa manière sur l’économie mulhousienne ; vécue par les contemporains comme un échec à la tentative d’assainissement des finances françaises, elle s’inscrit selon Emmanuel Le Roy Ladurie, « dans une situation préalable de reprise économique, amorcée depuis 1713 » et « fraie le chemin à la stabilisation de la livre tournois »17. Françoise Bayard et Philippe Guignet conçoivent le Système de Law comme « une purge des effets financiers des guerres »18. Paul Butel souligne l’allègement de la dette de l’État et des particuliers19. À Mulhouse, enclave étrangère dans le royaume de France, la banqueroute du Système pose la question des emprunts remboursables en billets de banque : en décembre 172020, le greffier adresse un mémoire à l’Intendant d’Alsace afin de lui expliquer la situation dans laquelle se trouvent les créanciers de la cité. Les habitants du royaume de France qui ont contracté des prêts à Mulhouse, souhaitent utiliser des billets de banque pour payer leurs dettes ; or, ces billets n’ont jamais été en usage dans la petite république et les Mulhousiens créditeurs exigent d’être remboursés en argent comptant. « Pour la facilité du Commerce, l’argent du Roy a eu le même cours dans la ville de Mulhouse qu’il avoit dans la Province d’Alsace jusqu’au Mois d’Aoust dernier ou le Prix des especes deja fort haut fut encor rehaussé au double Scavoir les Louis d’Or de la Croix de Malte de 36 livres Tournois jusqu’à 72 livres Tournois. Alors le prix courant de 36 livres Tournois fut gardé. Mais les Billets de Banque y ont jamais êtez receus… ». Dans sa chronique, le greffier Josua Fürstenberger précise qu’à Mulhouse, le 14 août 1720, le Louis d’or est stabilisé à la valeur de 36 livres tournois, l’écu à 6 livres, et que personne n’est autorisé à accepter de l’argent à une valeur plus élevée. Les capitaux anciens placés lorsque la valeur de l’argent était inférieure, doivent être rétribués sur la base d’un Louis d’or à 32 livres tournois. Cette situation favorise la petite république : en raison de la hausse des prix qui règne dans le royaume de France, le greffier explique que la population environnante se fournit volontiers chez les marchands et artisans mulhousiens, et ce plutôt qu’à Bâle, où le prix de l’argent leur serait défavorable21. La hausse des transactions commerciales visible dès 1721 dans les relevés de la halle des marchands, bénéficie donc de la conjoncture économique particulière qui règne dans le royaume de France.
14Autre remarque : les interventions du Directoire en matière de législation commerciale, étudiées dans le chapitre précédent, s’insèrent particulièrement bien dans le graphique. En mars et septembre 1721, deux commisssions directoriales introduisent une évolution radicale des règlements relatifs aux échanges commerciaux ; dès la fin de l’année 1721, une forte augmentation du « Pfundzoll » (55 %) et de l’ensemble des revenus (44 %) est enregistrée par rapport à 1720, confirmée en 1722 et 1723. Ainsi, l’augmentation entre 1720 et 1723 atteint 130 % pour le « Pfundzoll » et 101 % pour le total des revenus de la halle. Une révision de la perception du « Pfundzoll », demandée par les directeurs en février 1731, influence les chiffres de 1732 : 29 % de croissance pour la taxe sur les transactions et 23 % pour la halle. En 1735, le Directoire souhaite réexaminer le « Zollordnung » de 1721 : le nouveau texte est adopté en mars mais ne fait pas l’unanimité au sein du Corps des marchands ; un amendement est voté en août 1736, modifiant plusieurs paragraphes. La portée de ces interventions est visible sur les courbes, entre 1735 et 1737. En 1741, un groupe de quinze négociants souligne le non-respect du règlement malgré l’amendement de 1736 ; les conséquences de ce « laissez-aller » sont perceptibles de 1738 à 1741 : chute de 39 % du « Pfundzoll » et de 23 % pour les revenus de la halle. Elles provoquent une relecture du « Zollordnung » l’année suivante, approuvée par le Conseil et le Corps des marchands. Les effets se révèlent positifs pour la halle comme en témoignent les chiffres qui reprennent une courbe ascendante dès 1742 : ainsi, entre 1739 et 1745, le « Pfundzoll » progresse de 49 % et l’ensemble des revenus de 44 %.
15Nous devons donc souligner l’influence essentielle du Directoire sur la croissance du commerce mulhousien dont le palier décisif se situe entre 1721 et 1723 ; chargé de protéger et favoriser le négoce, comme le précisent ses statuts, l’organe représentatif du Corps des marchands agit comme un stimulant, par le biais de la législation. Rappelons que l’activité de négociant devient un critère obligatoire en mai 1725 pour être désigné comme assesseur du Directoire mais dès son installation en mars 1715, au moins cinq directeurs sur sept sont des marchands et trois d’entre eux, des conseillers22. Le Corps de marchands connaît sa période de croissance la plus importante dans les années 1690-1750 ; intéressons-nous aux personnes qui le composent sur cet intervalle de temps.
B. Les marchands des années 1690-1750
16Le Corps des marchands tel qu’il se constitue au tournant des xviie et xviiie siècles, incarne la génération qui assure l’installation du Directoire en mars 1715 ; jusqu’en 1730, les cinq présidents qui se succèdent à la tête du Directoire, sont issus de ce premier bureau : Jacob Reber, Wolf Friederich Cornetz, Hans Heinrich Dollfus, Rudolf Köchlin et Philip Brückner. La seconde génération du Corps des marchands émerge dès la fin des années 1720 ; dans ces rangs figurent déjà (peu nombreux) de futurs fabricants. La troisième génération apparaît après 1740. Nous avons tenté d’établir, à partir des registres des six tribus, un relevé des bourgeois reçus comme « Kaufmann » ou « Handelsmann » pour la période 1690- 1750. Comme nous l’avons remarqué précédemment, la distinction entre « Kaufmann » et « Handelsmann » n’est pas toujours clairement affichée avant qu’elle ne soit complètement admise par la législation commerciale en 1735. Lorsque la branche dans laquelle chaque commerçant exerce son activité est indiquée23, trois sont représentées : le négoce de draps, l’épicerie et la quincaillerie.
17La tribu des Tailleurs24 accueille les marchands sous le vocable « Kaufmann » ; pour chaque personne, nous avons relevé la date d’entrée dans la tribu et ajouté si possible, les dates de naissance et de décès ainsi que la profession. Lorsque le passage entre négoce et fabrique est établi, nous l’avons mentionné.
1688 : Hans Heinrich Dollfus (1667-1747), « Eysenhändler », petit-fils fabricants d’indiennes
1690 : Jeremias Engelmann (1667-1725), « Tuchhändler »
1690 : Wolf Friederich Cornetz (1665-1742), « Tuchhändler », fils fabricant d’indiennes
1697 : Gottfried Engelmann (décédé en 1744), « Eysenhändler »
1699 : Jacob Reber (1661-1719), « Eysenhändler », fils négociant, petits-neveux fabricants
1699 : Engelbert Feer (1671-1739), fils et gendre fabricants d’indiennes
1701 : Philipp Brückner (1672-1738), « Specierer »
1703 : Peter Hammer, « Specierer »
1706 : Peter Thierry (1684-1753), fils négociant et gendre fabricant
1708 : Matheus Mieg (1683-1747), « Tuchhändler », fils négociant et petit-fils fabricant
1709 : Hans Jacob Baumgartner (décédé en 1755)
1710 : Philipp Zuber, « Specierer »
1713 : Johannes Hofer (1689-1742), « Tuchhändler », fils fabricants d’indiennes
1716 : Johannes Weissbeck, « Specierer »
1717 : Hans Michael Birr (décédé en 1739), « Specierer »
1717 : Gottfried Hofer (1691-1735), « Specierer », fils fabricant d’indiennes
1717 : Peter Hofer (1695-1743), « Specierer »
1718 : Gottfried Dollfus, « Specierer »
1720 : Johann Heinrich Steffan, « Specierer »
1720 : Hans Bernhard Schön (1689-1757), « Specierer »
1721 : Daniel Hügeny (1690-1777), « Tuchhändler », fils fabricants d’indiennes
1722 : Daniel von Bihl (décédé en 1763), négociant puis fabricant de bas
1724 : Gottfried Heylmann (1694-1760), « Specierer »
1724 : Hans Georg Jenin, « Specierer »
1724 : Hans Georg Schöning (décédé en 1749), « Eysenhändler »
1725 : Hans Heinrich Wolf (décédé en 1766), « Specierer », deux fils fabricants d’indiennes
1726 : Johannes Rissler (1704-1775), « Specierer », fils négociant puis fabricant de toiles de coton
1727 : Josua Rissler (1702-1774), « Tuchhändler »
1728 : Friederich Cornetz (1706-1780), « Tuchhändler » puis fabricant d’indiennes ; fils fabricant
1729 : Jacob Blech, « Specierer »
1729 : Johan Heinrich Reber (1694-1748), « Eysenhändler », neveux fabricants
1729 : Johan Heinrich Dollfus jeune
1730 : Jonas Thierry (1709-1776), « Specierer » puis fabricant d’indiennes ; fils fabricant
1730 : Johann Georg Schlumberger (1708-1768), « Specierer »
1730 : Johan Georg Dollfus (décédé en 1746), « Specierer », « Kaufmann in London »
1731 : Hans Caspar Wolf (1726-1786), fabricant d’indiennes
1731 : Johan Philipp Engelmann (décédé en 1758), « Specierer »
1733 : Jacob Rissler (1709-1760), « Specierer »
1733 : Johan Georg Heylmann, « Specierer »
1733 : Peter Thierry, « Specierer »
1735 : Johann Michael Spörlin, « Specierer »
1735 : Philipp Heinrich Mäder (décédé en 1775), « Specierer »
1736 : Hans Heinrich Linck, « Specierer »
1736 : Christoph Schlumberger (1711-1783), « Specierer »
1737 : Mathias Mieg (1714-1746), « Tuchhändler », fils fabricant
1737 : Hans Ulrich Graf, « Specierer »
1737 : Josua Graf (1711-1767), « Specierer »
1738 : Tobias Hartmann (né en 1715), « Specierer » puis fabricant d’indiennes avec ses fils
1739 : Josias Schlumberger (1716-1786), « Specierer » puis fabricant ’amidon
1739 : Philip Heinrich Bregenzer (1706-1766), « Tuchhändler » puis fabricant de toiles de coton
1739 : Johannes Bregenzer, « Tuchhändler »
1739 : Hans Heinrich Sonntag, « Eysenhändler »
1740 : Hans Georg Hartmann, « Specierer »
1740 : Friederich Rissler (1716-1782), « Specierer » puis fabricant de toiles de coton et indienneur
1741 : Gottfried Hofer jeune, « Tuchhändler » (« Handelsmann »)
1741 : Anthony Baumgartner, « Specierer » (« Handelsmann ») puis fabricant de toiles de coton
1741 : Jacob Rissler (1718-1768), « Tuchhändler » (« Handelsmann ») puis fabricant d’indiennes
1741 : Sebastian Schmerber (1719-1804), « Specierer »
1742 : Johann Bernhard Hüber (décédé en 1747), « Specierer »
1742 : Josias Friess (1707-1751), « Specierer »
1742 : Samuel Köchlin (1719-1776), « Handelsmann », fabricant d’indiennes
1742 : Niclaus Rissler (1718-1787), négociant puis fabricant d’indiennes
1742 : Friederich Kielmann, « Specierer », fabricant d’indiennes
1742 : Johannes Schön jeune, « Handelsmann », fabricant
1743 : Matheus Mieg (1717-1796), « Tuchhändler », gendre fabricant
1743 : Paulus Schwarz (1716-1782), « Specierer » puis fabricant d’indiennes avec son frère
1743 : Jeremias Rissler (1720-1768), « Specierer »
1743 : Abraham Schmalzer (1720-1790), « Specierer »
1745 : Jacob Manz (né en 1710), « Specierer »
1745 : Peter Rissler (1722-1755), « Specierer »
1746 : Jacob Graf
1746 : Hans Jacob Feer (1715-1780), négociant puis fabricant d’indiennes
1746 : Hans Jacob Schmalzer (1721-1797), négociant puis fabricant d’indiennes 1747 : Jacob Baumgartner
1747 : Peter Thierry
1748 : Niclaus Lederich (décédé en 1793), « Specierer », tentative de fabrique de toiles de coton
1749 : Hans Jacob Blech (1724-1807), « Specierer », frère et neveu fabricants d’indiennes
1750 : Jeremias Hofer (1728-1797), fabricant d’indiennes
18La tribu des Boulangers25 est la première à différencier marchands et négociants lors de leur entrée dans la tribu. Logiquement les commerçants relèvent de la tribu des Tailleurs mais les Boulangers disposent d’un effectif réduit et accueillent volontiers des métiers hors tribu. Ce système favorise l’accès rapide de certains bourgeois à des fonctions politiques qu’ils ne pourraient obtenir en demeurant uniquement chez les Tailleurs surchargés.
1683 : Jacob Reber (1661-1719), « Kaufmann »
1683 : Daniel Hügeny, « Kaufmann »
1683 : David Claden, « Kaufmann »
1690 : Hans Georg Hartmann (décédé en 1746), « Kaufmann »
1691 : Martin Birr, « Kaufmann »
1691 : Jeremias Engelmann (1667-1725), « Kaufmann »
1697 : Hans Heinrich Dollfus (1667-1747), « Kaufmann »
1698 : Wolf Friederich Cornetz (1665-1742), « Kaufmann »
1699 : Egmund Witz (décédé en 1751), « Kaufmann »
1703 : Philipp Brückner (1672-1738), « Kaufmann »
1708 : Lucas Meyer, « Kaufmann »
1710 : Matheus Mieg (1683-1747), « Kaufmann »
1710 : Hans Ulrich Graf, « Kaufmann »
1715 : Engelbert Feer (1671-1739), « Handelsmann »
1715 : Hans Jacob Baumgartner (décédé en 1755), « Handelsmann »
1716 : Friederich Hartmann, « Specierer »
1717 : Gottfried Hofer (1691-1735), « Handelsmann »
1718 : Hans Michael Hüber, « Handelsmann »
1718 : Jeremias Rissler (1693-1763), « Handelsmann »
1719 : Hans Jacob Schmalzer, « Kaufmann »
1720 : Hans Bernhard Schön (1689-1757), « Kaufmann »
1723 : Hans Heinrich Hartmann (décédé en 1741), « Handelsmann »
1723 : Hans Georg Hässler (décédé en 1741), « Handelsmann »
1724 : Hans Ulrich Laufenburger (décédé en 1728), « Kaufmann »
1726 : Hans Heinrich Wolf (décédé en 1766), « Kaufmann »
1727 : Johannes Rissler (1704-1775), « Specierer »
1727 : Gottfried Heylmann (1694-1760), « Specierer »
1727 : Johann Georg Schöning (décédé en 1749), « Eysenhändler »
1728 : Johann Heinrich Reber (1694-1748), « Eysenhändler »
1730 : Daniel Hügeny (1690-1777), « Tuchhändler »
1730 : Josua Rissler (1702-1774), « Tuchhändler »
1730 : Hans Caspar Wolf (1726-1786)
1737 : Jonas Thierry (1709-1776), « Kaufmann »
1737 : Philipp Heinrich Mäder (décédé en 1775), « Kaufmann »
1740 : Josias Schlumberger (1716-1786), « Kaufmann »
1740 : Tobias Hartmann (né en 1715), « Kaufmann »
1745 : Samuel Köchlin (1719-1776)
1746 : Paulus Schwarz (1716-1782), « Kaufmann »
1746 : Friederich Kielmann, « Kaufmann »
19Les Agriculteurs26 comptent également plusieurs marchands et négociants, déjà inscrits à la tribu des Tailleurs et parfois dans une troisième tribu :
1719 : Hans Heinrich Dollfus (1667-1747)
1720 : Hans Bernhard Schön (1689-1757)
1721 : Engelbert Feer (1671-1739)
1721 : Hans Jacob Baumgartner (décédé en 1755)
1726 : Johannes Hofer (1689-1742)
1726 : Johannes Schön (1687-1735)
1728 : Gottfried Heylmann (1694-1760)
1728 : Peter Thierry (1684-1753)
1728 : Peter Hofer (1695-1743)
1728 : Josua Rissler (1702-1774)
1731 : Hans Michael Spörlin
1743 : Jacob Vetter (1697-1783)
1748 : Tobias Hartmann (né en 1715)
1748 : Josias Schlumberger (1716-1786)
1748 : Hans Jacob Feer (1715-1780)
1748 : Matheus Mieg (1717-1796)
1750 : Hans Jacob Schmalzer (1721-1797)
20Comme nous l’avons constaté avec le recensement de 1699, la tribu des Vignerons27 pauvre en maîtres, accueille sans réserve de nouveaux inscrits ; des marchands optent pour cette tribu avec l’arrière-pensée d’accéder rapidement à des responsabilités politiques.
1695 : Jeremias Engelmann (1667-1725), « Tuchhändler »
1716 : Philip Brückner (1672-1738), « Specierer »
1717 : Johannes Dollfus (1694-1736), marchand fabricant de bas
1717 : Egmund Witz (décédé en 1751), « Specierer »
1720 : Peter Hofer (1695-1743), « Specierer »
1721 : Hans Ulrich Laufenburger (décédé en 1728)
1724 : Matheus Mieg (1683-1747), « Tuchhändler »
1725 : Johann Heinrich Reber (1694-1748), « Eysenhändler »
1726 : Hans Michael Birr (décédé en 1739), « Specierer »
1728 : Hans Georg Schöning (décédé en 1749), « Eysenhändler »
1729 : Hans Jacob Baumgartner (décédé en 1755)
1731 : Johann Jacob Blech, « Specierer »
1731 : Daniel Hügeny (1690-1777), « Tuchhändler »
1732 : Jeremias Rissler l’aîné (1693-1763)
1732 : Friederich Cornetz (1706-1780), « Tuchhändler » – indienneur
1733 : Josua Rissler (1702-1774), « Tuchhändler »
1733 : Philipp Jacob Anthès (1703-1762), indienneur
1735 : Jacob Vetter (1697-1783), deux fils fabricants
1737 : Mathias Mieg (1714-1746), « Tuchhändler »
1737 : Hans Ulrich Graf, « Specierer »
1738 : Josua Graf (1711-1767), « Specierer »
1739 : Hans Georg Hartmann, « Specierer »
1740 : Jonas Thierry (1709-1776), « Specierer » – indienneur
1740 : Johannes Bregenzer, « Tuchhändler »
1741 : Matheus Mieg fils (1717-1796), « Tuchhändler »
1742 : Hans Bernhard Hüber, « Specierer »
1742 : Anthony Baumgartner, « Specierer » – fabricant de toiles de coton
1748 : Jeremias Rissler (1720-1768), « Specierer »
1749 : Johann Heinrich Dollfus (1724-1802), peintre puis indienneur
21Nous avons relevé les négociants suivants à la tribu des Bouchers28 :
1711 : Engelbert Feer (1671-1739)
1711 : Peter Thierry (1684-1753)
22Nous pouvons faire le même type de relevé pour la tribu des Maréchaux29 :
1719 : Johannes Hofer (1689-1742), « Tuchhändler »
1724 : Hans Georg Schöning (décédé en 1749), « Kaufmann »
1734 : Hans Michael Spörlin, « Eysenhändler »
23Comme nous l’avons souligné dans le premier chapitre, ces deux dernières tribus disposent d’effectifs relativement élevés comparativement aux Boulangers, Agriculteurs et Vignerons, ce qui explique les très rares inscriptions de marchands. Les bourgeois pratiquent aisément la double, triple voir quadruple inscription à une tribu. Les marchands ne dérogent pas à la règle ; en agissant de la sorte, certains atteignent la fonction de chef de tribu (« Zunftmeister ») puis de conseiller (« Rathsherr ») plus rapidement qu’en demeurant dans la tribu qui les reçoit traditionnellement. Les exemples de Hans Heinrich Dollfus (1667-1747), Engelbert Feer (1671-1739) et Matheus Mieg (1683-1747) sont significatifs : le premier est un « Eysenhändler » ou négociant quincaillier ; il obtient donc son inscription aux Tailleurs en 1688. Il demande son rattachement aux Boulangers en 1697 puis aux Agriculteurs en 1719. Le négociant Engelbert Feer est sans doute l’un des bourgeois de Mulhouse à avoir acquis le plus grand nombre d’inscriptions : en 1699, il achète son entrée aux Tailleurs ; en 1711, il requiert son admission chez les Bouchers et en 1715, chez les Boulangers. Enfin en 1721, la tribu des Agriculteurs le reçoit à son tour. Matheus Mieg, « Tuchhändler » ou négociant drapier, achète son entrée à la tribu des Tailleurs en 1708 ; en 1710, il est accueilli chez les Boulangers puis s’inscrit chez les Vignerons en 1724.
24Les relevés d’admissions aux tribus confirment que la première affiliation des marchands s’effectue chez les Tailleurs : de 1688 à 1750, soixante-dix-huit marchands sont reçus dans cette tribu. Un seul négociant entre auparavant dans une autre tribu : Jacob Reber, chez les Boulangers en 1683. Nous dénombrons trente-neuf « Kaufmann » et « Handelsmann » chez les Boulangers, entre 1683 et 1746 : pour vingt-cinq d’entre-eux, il s’agit d’une deuxième inscription. Chez les Agriculteurs, dix-sept réceptions sont comptabilisées entre 1719 et 1750 : neuf membres du Corps des marchands réalisent ainsi une seconde admission et six autres, une troisième. Les Vignerons totalisent vingt-neuf entrées de marchands et négociants entre 1695 et 1749 : tous pratiquent la multiple inscription à l’exception de Johannes Dollfus et Philipp Jacob Anthès. En examinant les relevés des six tribus, nous constatons que quatre-vingt-seize « Kaufmann » ou « Handelsmann » figurent dans les registres d’admissions entre 1683 et 1750 ; ce chiffre doit être considéré comme une estimation minimale car, malgré plusieurs vérifications, certains marchands nous ont probablement échappé.
25Il est intéressant de rechercher le moment où s’opère la connexion entre négoce et manufacture, puisque nous disposons de trois générations marchandes. Le relais est amorcé entre première et deuxième générations : nous le constatons avec Wolf Friederich Cornetz, Engelbert Feer, Peter Thierry, Johannes Hofer, Gottfried Hofer. Dans la majorité des cas, la transition se réalise entre deuxième et troisième générations, cette dernière recevant d’abord une formation commerciale puis choississant d’investir dans l’activité manufacturière, tels Friederich Rissler, Jacob Rissler, Nicolaus Rissler, Friederich Kielmann, Anthony Baumgartner. Des négociants de seconde génération (Jonas Thierry, Tobias Hartmann) optent pour l’entreprise d’indiennage en association avec leur(s) fils ; la troisième génération amplifiera cette démarche.
26Les regroupements de personnes ou sociétés sont une caractéristique de l’établissement des fabriques mais l’existence de raisons sociales désignant des associations de négociants existent avant les manufactures ; nous en trouvons confirmation dans les statuts de la ville, rédigés et publiés en 1740, avec l’instauration d’une réglementation spécifique aux sociétés.
C. Les statuts de 1740 introduisent une réglementation adaptée aux sociétés
27Sous l’impulsion de l’ensemble de la bourgeoisie et de ses représentants au sein des tribus, un projet de publication des statuts de la république est soumis au Grand Conseil en aôut 173930. La rédaction de ce « code civil, administratif et judiciaire »31, confiée au greffier et juriste Johann Heinrich Reber, n’avait jamais été entreprise de manière aussi complète avant cette date. Cette volonté de fixer par écrit les statuts de la ville, est doublée d’un désir d’évolution législative exprimé à travers les « Burgerliche Beschwehrten » (réclamations de la bourgeoisie), qui demandent entre autres points, la suppression du « Gewerff » ou impôt sur le patrimoine. La raison invoquée par les représentants des tribus est l’augmentation des différents revenus publics ainsi énumérés32 : taxes liées aux échanges commerciaux (halle des marchands, marchés annuels), impôt sur le vin étranger, revenus des propriétés de la république (moulins, foulons, hospice…), contribution annuelle des tribus. Les bourgeois estiment que toutes ces taxes suppléent complètement à l’impôt sur le patrimoine ; le Grand Conseil décide donc l’abolition du « Gewerff » dans les nouveaux statuts.
28Cette décision signifie que la petite république atteint en 1739, un seuil de prospérité économique lui permettant de supprimer l’impôt prélevé sur la fortune de ses citoyens. Un an auparavant, le greffier Reber a décrit cette prospérité mulhousienne33 : « unsere Statt ist Gott seye gedankt, bissher ins flohr gestanden, die commercien und Handthierungen haben merklich zugenommen, viele familien sind dardurch bereicheret, und die Statt mit schönen gebauen gezieret worden dass wer sie vor 40 oder 50 jahren gesehen, solche fast nicht mehr kennen würde » ; « notre ville, Dieu en soit remercié, est jusqu’à présent prospère, le commerce et les affaires se sont remarquablement accrus, de nombreuses familles se sont ainsi enrichies et la cité est ornée de belles constructions, que ne pourrait plus reconnaître une personne qui aurait vu la ville il y a 40 ou 50 ans ».
Un règlement pour les sociétés
29Les statuts de 1740 prévoient une partie consacrée aux « Gemeinschaften und Societeten »34. Les procès-verbaux du Conseil et les registres du Directoire ne mentionnent aucune législation sur les « communautés et sociétés », avant cette date. Le Magistrat se trouve à nouveau dans l’obligation d’adapter la législation à l’évolution du contexte économique.
30L’ordonnance comporte vingt-et-un paragraphes qui définissent et fixent les conditions d’existence d’une société. Le premier paragraphe présente le contexte de création : « Wann ihrer zween oder mehr um ihres besseren Nuzens und Gewinns willen, entweder alle ihre Güter, oder nur einen Theil derselben, zusammenschiessen, und damit zu ihrem Vortheil handlen, oder auch nur gewisse Arbeit und Geschäft auf Gewinn und Verlurst miteinander unternehmen, wird solches eine Gemeinschaft oder Societat genannt » ; « lorsque deux ou plusieurs (personnes) souhaitent, pour leur plus grand intérêt et profit, associer tout ou partie de leurs biens, afin de négocier à leur avantage ou pour entreprendre ensemble une affaire sûre avec profits et pertes (partagés), sera alors créée une communauté ou société ».
31Le paragraphe n° 4 précise que la déclaration de société ne peut s’effectuer qu’après concertation sur la mise en commun des biens ou du travail, sur la répartition des gains et pertes éventuels ; lorsque ces éléments ont été envisagés et qu’un accord a été conclu, alors seulement la société est déclarée comme telle. Un alinéa daté de 1757 spécifie qu’un contrat (de société) non signé entraine la dissolution de la société : « Eine Societat da der Contract nicht unterschrieben gewesen für unvollkommen erkant ». Il renvoie à l’annulation d’une société de cinq personnes, créée en octobre 1757, pour le lancement d’une fabrique d’indiennes.
32Le paragraphe n° 7 pose le principe de répartition des gains et pertes : lorsqu’aucune convention particulière n’existe entre les partenaires, ils sont distribués en proportion du capital investi par chaque associé.
33Le paragraphe n° 14 établit qu’un associé désigné pour négocier au nom de la société, engage aussi les autres associés. S’il emprunte de l’argent pour la compagnie, la dette engageant sa part mais aussi celle de tous ses associés, peut être exigée par les créanciers ; il paie sa part sous réserve de demander à ses associés ou à leurs héritiers, de payer la leur.
34Le règlement de 1740 définit les bases de la société commerciale, en nom collectif, qui repose sur la solidarité d’un petit nombre d’associés participant à la gestion de la société donc tous responsables de dettes éventuelles, se répartissant les gains selon les clauses fixées par le contrat d’association. Le départ d’un associé entraîne généralement la dissolution et la constitution d’une nouvelle société.
35Ce texte régit désormais les associations de négociants et va s’appliquer aux sociétés créées pour exploiter le « filon » commercial que représente l’impression sur étoffes. Comme l’indiquent les statuts du Directoire datés du 14 mars 174235, un registre des raisons sociales doit être tenu par les directeurs ; malheureusement ce répertoire particulier a disparu et nous disposons uniquement d’un relevé effectué en 1742 (que nous consulterons ultérieurement) et des raisons sociales des deux premières manufactures d’impression sur étoffes36. En 1768, le Conseil décrète la création du « Ragionenbuch » ou livre des maisons de commerce, dans lequel figurent les raisons sociales des négociants et des fabricants mulhousiens. Les dates de naissance des sociétés créées avant 1768 ne sont pas mentionnées dans ce document.
D. Portraits particuliers de négociants mulhousiens
36Nous avons souhaité présenter deux négociants qui dévoilent deux facettes différentes du négoce tel qu’il se pratique au début du xviiie siècle à Mulhouse.
37Le bourgeois Daniel von Bihl (1688-1763)37 mérite notre attention car il est le premier négociant de Mulhouse défini par le terme de fabricant. En février 1722, il doit s’acquitter du « Pfundzoll » sur les marchandises qu’il vend en ville (en l’occurrence de la laine). Il est donc considéré comme un marchand étranger. En effet, depuis sa majorité, il n’a rien payé pour la conservation de son droit de bourgeoisie à Mulhouse. Il a séjourné dans le Palatinat, il n’est pas encore admis dans une tribu. Le 8 juillet 172238, il demande l’autorisation de monter une fabrique de bas (« Strumpffabrique ») et l’admission à la protection de la ville pour son beau-frère associé dans l’affaire. Le Conseil précise à von Bihl qu’il lui est interdit de pratiquer le négoce de la laine et d’installer une fabrique, s’il décide de séjourner à Mulhouse. Le 20 septembre, il est admis à la tribu des Tailleurs et en décembre 1722, il semble avoir démarré son activité. Le 26 mai 172539, le Conseil apprend qu’un compagnon bâlois travaille chez Daniel von Bihl sans avoir obtenu le billet de congé de son patron précédent ; von Bihl doit dédommager le fabricant de Bâle. Le 22 mars 172640, il achète une maison dans la rue Mercière, pour 1 990 livres stebler ; ses voisins sont les négociants Peter Thierry et Jeremias Engelmann. En mars 173941, il achète une autre maison dans la rue Paille, pour la somme de 960 livres stebler. Le 30 janvier 172742, le « Strumpffabricant » mulhousien demande l’autorisation de former un apprenti mais sa requête est rejetée, car son activité est considérée comme un art libre (« freye Kunst »)43 et non comme un métier (« Handwerk ») soumis aux règlements corporatifs. Le 10 mars 172844, le Directoire lui inflige une amende parce qu’il pratique toujours le commerce de la laine, malgré l’interdiction qui lui en a été faite le 8 juillet 1722.
38Le 16 juin 173445, le négociant Johannes Dollfus attaque Daniel von Bihl dans une longue lettre adressée au Conseil ; nous en traduisons les passages importants : « le métier qu’il a appris est celui de tondeur de draps (« Tuchscherer »), il n’est ni commerçant ni fabricant de bas… Daniel von Bihl n’est pas un maître puisqu’il n’a pas appris le métier de tisseur de bas (« Strumpfweber »), aussi n’est-il pas en état de prendre un apprenti ; ou alors tout bourgeois honorable et tout négociant pourra agir de même… En tous lieux, les commerçants peuvent monter une fabrique, parce qu’ils ne continuent pas à pratiquer un métier… Le fait que Daniel von Bihl m’accuse d’employer, à Pfastatt, un tisseur de bas expulsé de notre ville, ne mérite aucune réponse et en tant que négociant, je suis beaucoup plus autorisé que lui, tondeur de draps, à faire fabriquer des bas dans la région… ». Johannes Dollfus estime que von Bihl représente un danger pour les corps de métiers puisque sa fabrique remet en question les principes fondamentaux qui les régissent, à savoir l’obligation d’obtenir la maîtrise pour former des apprentis. L’activité étant qualifiée d’art libre, elle se place hors des réglements corporatifs. Cette situation révèle les litiges inévitables qui vont opposer les métiers prisonniers de leur structure traditionnelle aux nouvelles formes d’activité économique.
39Quant à Daniel von Bihl, il persiste dans la pratique du négoce de laine à côté de sa fabrique, car le 24 février 174046, le Conseil lui demande de choisir entre la laine et les bas. En juin 175747, il est autorisé à embaucher son neveu dans sa fabrique d’Illzach mais ne peut se constituer en société. En février et mars 175948, deux plaintes le concerne car il emploie des apprentis et des compagnons et loge également des pensionnaires dans son entreprise. L’inventaire après décès de Daniel von Bihl commence en octobre 1763 : le neveu et la sœur du « Strumpffabricant » sont chargés de mener l’activité à sa fin49. En mai 1768, la manufacture de bas fonctionne encore avec cinq métiers à tisser ; le greffier estime le « fonds de fabrique » à la valeur approximative et sous-évaluée de 2 000 livres tournois, faute de livres de comptabilité et de bilans précis50.
40Plus connu dans l’historiographie mulhousienne que Daniel von Bihl, Matheus Mieg51 est né en 1683, marié à Cleopha Abt en janvier 1708 et admis à la tribu des Tailleurs en mars de la même année. Son père Matheus (1640-1712), né à Bâle et reçu à Mulhouse comme bourgeois privilégié en 1665, obtient du Magistrat l’autorisation de pratiquer le commerce des tissus52. Les procès-verbaux du Conseil révèlent de nombreux litiges avec différents corps de métiers car Mieg père négocie toutes sortes de marchandises et se spécialise même dans les transactions immobilières. Matheus Mieg fils suit une formation de négociant drapier mais n’hésite visiblement pas à imiter son père, puisque le 11 septembre 170953, le Conseil lui interdit le commerce de l’ambre. En octobre 171054, le Magistrat l’autorise à acheter de la laine écrue et du fil de lin ; Mieg est contraint de les faire tisser à l’extérieur de la ville afin de ne pas porter préjudice aux métiers mulhousiens. Le 16 février 171355, les « Leinenweber » (tisserands de lin) portent plainte contre Matheus Mieg pour atteinte à leur profession mais ils sont déboutés. Le 12 avril 171956, Mieg devient assesseur du Directoire. Suite à de nouvelles plaintes des tisserands de lin, le 3 aôut 172557, le Conseil obtient un rapport émanant de la ville de Zürich, qui concerne les commerçants autorisés à acheter du fil de lin et à le distribuer dans les campagnes pour la fabrication de toiles. Le Magistrat délègue deux maîtres « Leinenweber » à Zürich pour quérir des informations sur ces marchands qui achètent du fil pour fabriquer des tissus de coutil58. En septembre 1725, la tribu des Tailleurs examine une requête des tisserands de lin concernant le litige qui les oppose à Matheus Mieg et aux autres marchands ; leur inquiétude concerne les réserves de fils que le négociant se constitue à domicile dans le but de les négocier ou de les faire travailler à volonté59. La tribu demande le vote des quarante-huit fileurs de lin ; par trente-trois voix contre quinze, ils obtiennent que seul leur corps de métier soit autorisé à vendre du fil sur le marché ou dans leur maison. Le 17 octobre 1725, le Conseil interdit à Mieg et aux tisserands d’Illzach de faire fouler leurs toiles de demi-lin à l’extérieur de Mulhouse60 ; ils sont contraints d’utiliser les foulons de la cité. En février 172661, Mieg reçoit un autre avertissement : il doit entreposer son stock de fils de lin à la halle des marchands, pour la pesée, et non le garder chez lui en évitant ainsi de s’acquitter du « Waggeld ». Le 13 août 173262, les tisserands de laine (« Wollenweber ») portent plainte contre Mieg parce qu’il vend à l’aune, du tissu fabriqué par les tisserands de la ville, ce qui est formellement interdit aux commerçants. Le 8 décembre 173563, au nom de tous les tisserands de Mulhouse, Georg Jacob Schlumberger réclame une sanction à l’encontre de Matheus Mieg qui vend à l’aune, des draps de laine fabriqués par les « Wollenweber ». Nouvelle plainte le 23 février 174064 : Mieg et son fils ont vendu sept aunes de drap bleu à deux soldats, pour un prix inférieur à celui qui est fixé dans la cité. Notons que depuis 1737, Mieg est associé avec son fils aîné Mathias sous la raison sociale « Matheus Mieg und Söhne ». Il fournit à des dizaines de tisserands autour de Mulhouse, du fil de laine et de lin puis se charge de revendre les toiles tissées. Il représente à merveille le monde des marchands fabricants qui achètent la matière première, la font travailler dans les campagnes et récupèrent le produit fini afin de le commercialiser. Nous pourrions dire qu’il gère une entreprise dont la main-d’œuvre très abondante, travaille à domicile avec son propre matériel. Matheus Mieg fait également partie des signataires de la pétition du 22 juin 174165, qui réclame la révision de plusieurs articles du « Zollordnung ». Conseiller depuis 1732, il devient président du Directoire en 1742 puis « Seckelmeister » (trésorier) en 1746. Il est décédé en février 1747, au moment où s’ouvre l’ère des manufactures de toiles imprimées. Son activité le place en conflit permanent avec les métiers du tissage et nous pouvons souligner que le Magistrat provoque cette situation lorsqu’il autorise Mieg, en octobre 1710, à employer des tisserands à l’extérieur de la cité. L’activité du marchand fabricant axée sur la rentabilité, tente progressivement de s’affranchir des réglements rigides structurant les corps de métiers ; elle provoque donc inévitablement leur opposition.
41Daniel von Bihl, premier négociant impliqué dans la création d’une fabrique, et Matheus Mieg, archétype du marchand fabricant, représentent deux facettes bien distinctes du négoce mulhousien : l’activité de « Strumpffabricant », qualifiée d’art libre, ne peut se rattacher à un corps de métier ; elle embarrasse le système corporatif établi et n’est pas admise au sein du Corps des marchands. Au contraire, la profession de « Tuchhändler » est inscrite dans les statuts du Directoire en mars 1742 et reconnue comme l’une des trois branches du commerce.
E. Les trois branches officielles du commerce
42En 1742, un relevé effectué par le Directoire66 fait apparaître les trois branches « officielles » du commerce qui compte douze négoces de draperie, trente-huit épiceries et sept négoces de quincaillerie. Les directeurs dénombrent donc cinquante-sept raisons sociales ; nous reconnaissons logiquement les patronymes de marchands cités dans les relevés précédents. Cet état est à rapprocher de l’estimation réalisée sur quatre tribus en 1745, qui met en évidence cinquante-trois marchands (tous inscrits chez les Tailleurs).
43Une question se pose : peut-il exister des marchands qui ne pratiquent pas « officiellement » l’une des trois activités commerciales précédemment citées et se situent donc en dehors de la juridiction du Directoire ? Cette situation ne paraît pas envisageable et ce, pour plusieurs raisons : pour s’inscrire à une tribu, tout Mulhousien doit avoir terminé sa formation qui ne peut se poursuivre hors du cadre d’un corps de métier. Chaque métier relève d’une tribu déterminée lors de la première inscription : pour cette raison, les Tailleurs reçoivent les marchands et les négociants. Ces derniers ont ensuite la possibilité d’être accueillis dans une autre tribu s’ils désirent accélérer leur cursus politique. Autre constatation : le Directoire admet uniquement trois branches d’activité au sein du Corps des marchands ; les apprentis marchands disposent donc de trois alternatives : devenir négociant drapier, épicier ou quincaillier. Toute autre option paraît difficilement envisageable puisque non reconnue par l’organe qui contrôle le commerce. Ainsi, le Directoire arrête d’enregistrer les raisons sociales des fabricants d’indiennes en 1753 car il prend conscience que cette nouvelle activité n’a rien de commun avec le négoce de draps, l’épicerie et la quincaillerie (« die Indienne fabricanten kein Commune mit den Tuchhändleren, Specieren und Eysenhändleren machen können »)67.
44Voici la liste de toutes les raisons sociales reconnues par le Directoire en 174268 :
45Les marchands drapiers
- Matheus Mieg et fils
- La veuve du conseiller Johannes Hofer et fils
- Friederich Cornetz le jeune
- Philip Heinrich Bregenzer
- Johannes Bregenzer
- Jacob Rissler
- Josua Rissler
- La veuve de Gottfried Hofer
- Hans Heinrich Dollfus l’aîné
- Jeremias Rissler (fils de Daniel)
- Johann Georg Heylmann l’aîné
- Hans Heinrich Hofer
Les épiciers
- Egmund Witz
- La veuve de Hans Heinrich Wolf
- La veuve du conseiller Philip Brückner
- La veuve de Jeremias Rissler
- Johannes Rissler le jeune
- La veuve de Heinrich Hartmann et fils
- Gottfried Heylmann
- Philip Zuber
- La veuve de Hans Michael Hüber
- Jonas Thierry
- Johannes Weissbeck
- Hans Heinrich Steffan
- La veuve de Hans Georg Hässler
- Johann Philipp Engelmann
- Tobias Hartmann
- Christoph Schlumberger
- Jacob Rissler
- Philip Heinrich Mäder
- Friederich Rissler
- Josias Schlumberger
- Hans Bernhard Hüber
- Anthony Baumgartner
- Sebastian Schmerber
- Josias Friess
- La veuve de Josua Graf
- Nicolaus Lederich
- Abraham Schmalzer
- Peter Thierry le jeune
- Peter Rissler le jeune
- Jacob Blech
- Paulus Schwarz
- La veuve de Friedrich Kielmann
- Jacob Manz
- Hans Heinrich Linck
- La veuve de Lucas Weber
- La veuve Abbt
- David Thierry
- Johannes Rissler (fils de Jeremias)
Les négociants quincailliers
- Johann Heinrich Dollfus (bourgmestre)
- La veuve du greffier Reber
- Gottfried Engelmann (« Zunftmeister »)
- Johan Georg Schöning (conseiller) et Hartmann
- Johannes Reber (sous-prévôt)
- Hans Michael Spörlin le jeune
- Hans Heinrich Sonntag le jeune
46Ce relevé de 1742 présente une large majorité de marchands de la deuxième génération (c’est-à-dire trente-six raisons sociales) ; figurent encore dix-sept raisons sociales impliquant des marchands de la première génération dont treize veuves, incarnant la transition entre première et deuxième générations puisque c’est généralement un fils qui reprend l’affaire. Quelques négociants de troisième génération sont également présents mais encore bien minoritaires (quatre raisons sociales). La liaison entre les générations est assurée par la transmission du patrimoine ; nous devons donc nous intéresser au patrimoine des négociants et tenter de mettre en évidence l’enrichissement des héritiers, argument plaidant en faveur de la constitution d’un capital issu du négoce.
III. Le patrimoine des négociants
A. Présentation des sources
47Afin de cerner le patrimoine des négociants mulhousiens, nous sommes amenés à consulter deux types de sources : les inventaires après décès et les procès-verbaux des contrats passés devant le greffier de la petite république. Pour des raisons techniques, il nous est impossible de parcourir la totalité des inventaires des marchands et négociants de la cité, car la très grande série69 qui les rassemble dispose d’un index alphabétique incomplet. Certains inventaires semblent avoir été réalisés sous seing-privé puisqu’ils n’apparaissent pas dans le répertoire : l’inventaire après décès d’un bourgeois de Mulhouse est théoriquement effectué par le greffier, unique notaire municipal puisqu’il n’existe pas de notariat privé dans la cité. Or, suivant le patrimoine légué, une entente entre héritiers peut se réaliser au moment du partage des biens, sans recourir aux services du greffier-notaire. D’autre part, certaines successions se sont peut-être réglées chez un notaire étranger mais nous n’avons découvert aucune indication à ce sujet. Les inventaires de négociants qui ne peuvent être exploités, causent un préjudice certain à notre travail de recherche. Aussi nous attacherons-nous particulièrement aux patrimoines dont nous disposons : ils correspondent aux grandes et très grandes fortunes mulhousiennes décrites par Raymond Oberlé70, d’après son analyse des inventaires de la période 1738-1798. Il estime que la valeur des successions laisse apparaître quatre groupes71 caractérisés par leur « rôle économique » mais dont les « limites sociales » ne sont pas toujours évidentes à distinguer. Les grandes successions représentent une valeur située entre 10 000 et 30 000 livres tournois, c’est-à-dire 7 500 à 22 500 livres stebler. Les très grandes successions excèdent 30 000 livres tournois ou 22 500 livres stebler.
48Autre source de renseignements pouvant compléter les données fournies par les inventaires, les « Kontractenprotokolle »72 ou procès-verbaux des contrats, sont également rédigés par le greffier. Nous rencontrons des actes d’achat ou de vente de biens immobiliers, des contrats de mariage, des prêts ou des emprunts, des reconnaissances de dettes… effectués à Mulhouse.
49Afin de mettre en évidence la contribution des capitaux issus du négoce à la nouvelle activité manufacturière, nous sommes amenés à parcourir les inventaires après décès des « héritiers », dont les dates d’enregistrement sont largement postérieures à la limite temporelle choisie pour notre première partie. Cependant ces documents constituant l’attestation de la liaison entre négoce et industrie, ils représentent un élément déterminant de ce chapitre.
B. L’étude des inventaires après décès
50Nous débuterons l’étude des inventaires, par celui de Jacob Reber, nommé premier président du Directoire en mars 1715 :
51Jacob Reber (1661-1719), déjà désigné par le terme « Handelsmann » lors de l’enregistrement de son contrat de mariage en novembre 169873, est trésorier municipal et président du Directoire au moment de son décès. Son inventaire effectué à partir du mois de mai 171974, révèle le patrimoine d’un grand négociant. Ses biens propres sont constitués de deux maisons sur la Place, dites « zum Hirschen » et « zum Pfawen »75, estimées à 4 000 et 3 000 livres stebler, un entrepôt et une cave dans la « Schulgassen » (rue Henriette actuelle), un pressoir, deux jardins, des prés et environ 1,2 hectare de vignes, pour une valeur totale de 15 270 livres stebler. Parmi les biens mobiliers, nous constatons que Jacob Reber détient 26 737 litres de vin et plus de sept tonnes de céréales. Sa réserve de chanvre est évaluée à 12 485 livres stebler. Les marchandises en stock dans son entrepôt de quincaillerie représentent 10 061 « Specie Thaler » c’est-à-dire 50 305 livres tournois ou 37 728 livres stebler76. Elles sont cédées à ses fils pour 36 000 livres (stebler). Les dettes de la « boutique » s’élèvent à 8 180 florins ou 15 337 livres stebler. Jacob Reber laisse 26 347 livres stebler à ses héritiers ; il s’agit donc d’une très grande succession selon la classification de Raymond Oberlé. Les réserves de vin, de céréales et de chanvre du négociant quincaillier indiquent qu’il pratique également des opérations commerciales sur ces produits.
52L’inventaire du greffier et négociant quincaillier Johann Heinrich Reber (1694- 1748), fils de Jacob Reber, débute le 19 aôut 174877 ; dans le relevé des biens propres, nous retrouvons la maison paternelle « au paon » estimée cette fois à 6 750 livres stebler et l’entrepôt de la rue Henriette. L’inventaire mentionne des prés et champs, environ 85 ares de vignes dont la moitié sur les bans de Rixheim et Bruebach, une réserve de tonneaux équivalant à un volume de 46 540 litres et 13 960 litres de vin. L’ensemble des biens représente 26 858 livres ; les dettes sont évaluées à 11 749 livres dont 10 500 livres redevables aux enfants. Le patrimoine légué par le greffier Reber atteint 15 109 livres stebler ; il entre dans la catégorie des grandes successions. Signalons que sa fille Maria Magdalena épouse le négociant drapier Matheus Mieg (dit le Licencié) en 1742.
53Nous disposons également d’informations sur le patrimoine du « Stattschreiber » Johann Heinrich Reber (1670-1728), frère de Jacob Reber, grâce à l’inventaire après décès de sa veuve Anna Catharina Rissler (1676-1762)78 : une maison dans la rue Mercière est cédée pour 5 251 livres stebler ; une maison avec cour, grange, cave et jardin, donnant sur la rue des Franciscains et la rue des Maréchaux, est vendue 6 000 livres stebler.

Johann Heinrich REBER (1670-1728)
54Cet inventaire se caractérise par de nombreux prêts à des manufactures d’impression sur étoffes et de tissus de coton : le 20 août 1754, une avance de 750 livres stebler est fournie à Anthès Feer et Cie ; les mêmes reçoivent 900 livres en août 1758, puis 2 250 livres en juin et aôut 1759, 1 500 livres en janvier et août 1760. Le 1er mars 1759, l’entreprise Schmalzer et Cornetz emprunte à son tour 1 425 livres stebler. Plusieurs prêts représentant un montant de 3 300 livres, échelonnés entre le 4 septembre 1755 et le 10 octobre 1761, concernent la manufacture de coton Steffan et Cie de Sainte-Marie-aux-Mines, dans laquelle est associé Hans Georg Reber (1731-1816), petit fils de Johann Heinrich Reber. Enfin 1 650 livres stebler sont prêtés à Eck, Schwarz et Cie, en août et septembre 1761. L’ensemble des biens affiche la valeur de 58 670 livres stebler ; après déduction des dettes, le patrimoine légué aux sept héritiers se monte à 56 525 livres stebler. Les inventaires de Jacob Reber, Johann Heinrich Reber et Anna Catharina Rissler démontrent clairement la constitution d’un capital familial issu du négoce, réinjecté soit dans la même activité soit dans le secteur manufacturier.
55Nous pouvons compléter la description du patrimoine de la famille Reber avec l’inventaire après décès de Hans Georg Reber (1699-1777)79, apothicaire, fils du greffier décédé en 1728 et de Anna Catharina Rissler : il mentionne une maison (l’officine) sur la Place d’une valeur de 11 260 livres stebler, une maison dans la rue Mercière évaluée à 7 000 livres stebler, environ 55 ares de vigne, un jardin devant la Porte de Bâle estimé à 2 099 livres, un autre jardin sur le chemin de Brunstatt, un champ de chanvre, des prés à la « Wasserung »80 vendus pour 1 975 livres stebler à son gendre Johann Jacob Kielmann, associé dans la fabrique Eck, Schwarz et Cie. Entre décembre 1760 et janvier 1771, Hans Georg Reber avance régulièrement des fonds à cette entreprise, pour un montant total de 12 275 livres stebler. De mars 1768 à mars 1777, la manufacture Hügeny, Reber et Cie dans laquelle est associé Jeremias Reber (1738-1814), fils de l’apothicaire, bénéficie de nombreuses avances totalisant 18 525 livres stebler. En février 1768, un prêt de 1 125 livres stebler est destiné à la manufacture Dollfus, Vetter et Cie. D’octobre 1763 à février 1775, Hans Georg Reber fils (1731-1816), associé avec Philipp Steffan, Philipp Bregenzer et Medardus Zetter, dans la manufacture de coton de Sainte-Marie-aux-Mines, reçoit 15 370 livres stebler. L’ensemble des biens de l’apothicaire Reber est évalué à 104 728 livres stebler ; après déduction des dettes, les héritiers se partagent un patrimoine de 85 217 livres stebler. La famille Reber exprime tout à fait la force de la solidarité familiale à travers l’implication financière de la génération négociante dans les entrepises industrielles de ses descendants.

Johann Georg REBER (1699-1777)
56Nous disposons de peu de renseignements sur le négociant Engelbert Feer (1671-1739) : entre 1709 et 1738, le greffier-notaire enregistre de nombreux prêts obligataires à des Mulhousiens et des achats réguliers de prés, champs et vignes sur le ban de la ville81. Un testament daté du 4 mai 1730 nous fournit les renseignements suivants : il est propriétaire d’une maison sise « Augustinergassen » (rue des Augustins) avec grange, cave et jardin. Une maison acquise en novembre 171282, pour 5 000 livres stebler, se situe sur la « St Steffans Platz » (place Saint-Étienne) à côté de la propriété du bourgmestre Johannes Hofer. L’inventaire après décès d’Engelbert Feer n’est pas effectué devant le greffier ; il semble donner lieu à un arrangement entre héritiers dont nous ignorons la teneur. Le patrimoine légué par le négociant intervient dans le financement d’entreprises mulhousiennes car ses fils Johann Jacob et Johann Georg, d’abord tournés vers le négoce, vont devenir fabricants de toiles imprimées, le premier étant associé dans la manufacture pionnière Köchlin, Schmalzer et Cie, créée en 1746 et le second dans l’entreprise Anthès, Feer et Cie, lancée en 1754.
57Nous disposons de l’inventaire après décès de Johann Jacob Feer (1715-1780)83 ; voici un aperçu de ses biens propres notés en livres tournois : une maison située dans la rue des Franciscains (maison « Loewenfels » actuelle) estimée à 30 000 livres, une maison dans le village de Rixheim à 2 400 livres, la dîme du vin prélevée sur le ban de Rixheim représentant 4 500 livres annuelles, 65 ares de vignes évaluées à 6 000 livres, un jardin potager sur le chemin de Brunstatt à 1 800 livres. La part de Johann Jacob Feer dans l’entreprise Feer et Hofer se monte à 321 631 livres tournois au 1er janvier 1780. Le fabricant consent des prêts à plusieurs manufactures mulhousiennes : ainsi Wolf, Rissler et Cie lui emprunte 17 600 livres tournois entre avril et septembre 1777 ; Dollfus et Vetter s’engagent pour 15 000 livres tournois, de même les fabricants Friederich Cornetz (8 000 livres), Johannes Dollfus (9 000 livres) et Mathias Rissler (6 000 livres), en mars et avril 1780. L’ensemble des biens représente 439 384 livres tournois ; après déduction de dettes minimes, le patrimoine légué aux héritiers Feer représente 431 099 livres tournois. Cet inventaire souligne l’éclatante réussite d’un négociant, associé dès 1746 dans la première entreprise mulhousienne d’impression sur étoffes, et confirme que le négoce constitue le moteur financier de l’activité manufacturière.
58L’inventaire de l’épicier Gottfried Hofer (1691-1735) débute le 18 février 174084 : ses biens propres estimés à 7 625 livres stebler, sont constitués d’une maison sur la Place, de prés à la « Wasserung », d’une chènevière, d’environ 40 ares de vigne et d’un jardin devant la Porte de Bâle. La valeur du patrimoine laissé aux héritiers atteint 11 508 livres stebler ; il entre dans la catégories des grandes successions. Notons que la veuve de Gottfried Hofer, Ursula Dollfus, est la fille du négociant et bourgmestre Hans Heinrich Dollfus.
59Nous poursuivons avec l’inventaire de son fils Johannes Hofer (1722-1769)85, époux de Anna Catharina Spörlin, tanneur de formation puis fabricant de toiles imprimées associé à partir de 1759, avec le négociant Johannes Eck dans la manufacture Eck et Hofer. Les biens immobiliers du défunt sont composés d’une maison sise rue des Tanneurs, estimée à 4 500 livres stebler, de vignes et d’un jardin devant la Porte Jeune. L’inventaire indique la part de Johannes Hofer dans la fabrique Eck, Schwarz et Cie (qui a succédé à l’entreprise Eck et Hofer) : selon le 31 janvier 1770, elle s’élève à 64 085 livres tournois ou 48 064 livres stebler. L’ensemble des biens propres du manufacturier représente 59 204 livres stebler ; Johannes Hofer lègue un patrimoine de 44 020 livres stebler à ses héritiers, dont son fils Johann Michael qui entre dans la société Eck, Schwarz et Cie en 1770.
60Johann Heinrich Hofer (1726-1800)86, deuxième fils du négociant épicier Gottfried Hofer, est associé dans l’entreprise de toiles imprimées Hofer, Rissler et Cie, créée en 1756. Nous percevons la transition qui s’effectue entre deux générations de la famille Hofer, la première incarnant le négoce et la seconde, la nouvelle activité manufacturière.
61Elisabeth Hofer, fille du fabricant Johannes Hofer (1722-1769), est l’épouse de Johann Heinrich Kielmann, associé chez Hügeny, Reber et Cie. Son frère Johann Jacob Kielmann, est l’associé de Johannes Hofer dans l’entreprise Eck, Schwarz et Cie, dès la fin de l’année 1760. Ceci nous permet de mentionner l’inventaire après décès de Anna Engelmann87, épouse du négociant Hans Georg Kielmann, mère de Johann Heinrich et Johann Jacob Kielmann car figurent dans cet acte, de nombreux prêts à des manufactures mulhousiennes. De mars 1768 à février 1778, 33 300 livres tournois viennent soutenir l’entreprise Hügeny, Reber et Cie. Entre février 1761 et juin 1774, la société Eck, Schwarz et Cie emprunte 43 100 livres tournois à Hans Georg Kielmann et Anna Engelmann. La démarche n’est pas exclusivement familiale mais se répète avec d’autres manufactures : Friederich Cornetz bénéficie de plusieurs avances totalisant 11 600 livres tournois, entre septembre 1771 et août 1778. Idem pour Niclaus Rissler et Cie (6 100 livres entre janvier 1773 et mai 1778), Köchlin Frères (5 400 livres en mai 1777), Johann Jacob Schmalzer (16 000 livres entre mars 1775 et mars 1779), Wolf, Rissler et Cie (12 400 livres entre avril 1775 et juillet 1778), Paulus Hügeny jeune (6 000 livres entre janvier et juin 1777), Hofer, Rissler et Cie (3 500 livres en décembre 1777 et juin 1778), Heilmann, Blech et Cie (2 400 livres en juin 1778 et janvier 1779), Hügeny, Manz et Cie (1 000 livres en juin 1778), Kohler et Junghan (2 000 livres en octobre 1778), Blech et Hügenin (1 200 livres en décembre 1778), Johann Ulrich Hartmann (1 200 livres en avril 1779). Nous constatons que le couple Kielmann-Engelmann, véritable institution de prêts, a consenti un total de 145 200 livres tournois à quatorze entreprises de la petite république. Soulignons également qu’au mois de mai 1779, les héritiers de Anna Engelmann se partagent un imposant patrimoine de 243 293 livres tournois.
62L’inventaire du négociant et bourgmestre Wolf Friederich Cornetz (1665- 1742)88 débute en novembre 1742. Une estimation globale de ses biens immobiliers indique la valeur de 24 000 livres tournois89. Il s’agit d’une maison dans la rue des Boulangers, d’un entrepôt, d’une cave et de jardins à la Porte du Miroir (vendus au négociant épicier Jonas Thierry pour 2 151 livres stebler, le 26 février 174390), de prés, de champs et d’environ 1,1 hectare de vignes (également vendus le 26 février 1743 par les héritiers). Wolf Friederich Cornetz possède la blanchisserie d’Illzach qu’il exploite, selon le contrat de société établi en mars 1728, avec son fils Friederich (1706-1780) cité comme « Handelsmann ». Nous ne disposons malheureusement pas de la valeur exacte du patrimoine légué aux héritiers mais nous pouvons souligner que la blanchisserie et l’héritage paternel constituent des atouts non négligeables pour Friederich Cornetz, lors de son association avec le fabricant de toiles imprimées Johann Jacob Schmalzer, à la fin de l’année 1758. Les capitaux issus du négoce sont réinvestis dans l’activité manufactière, par la conversion d’un négociant de deuxième génération en entrepreneur.

Friederich CORNETZ (1706-1780)
63Comme beaucoup d’autres documents de ce type, l’inventaire après décès du négociant drapier Johannes Hofer (1689-1742) reste introuvable en l’état actuel de nos recherches. Il convient de mentionner ce personnage car son fils Jeremias (1728- 1797), va devenir l’un des associés de l’entreprise Anthès, Feer et Cie créée au printemps 1754. Selon Jean-Marie Schmitt91, le greffier Josua Hofer (1721-1798) et Elisabeth Engelmann (1701-1780), fils et veuve de Johannes Hofer, soutiennent la nouvelle entreprise avec des mises de fonds très importantes : 60 000 livres pour l’un et 80 000 livres pour l’autre92. Le patrimoine légué par le négociant drapier en 1742, va permettre une participation de ses héritiers à l’industrie naissante.
64En février 1747, Hans Heinrich Dollfus (1667-1747)93, bourgmestre et négociant quincaillier, laisse l’un des patrimoines les plus importants de la première moitié du xviiie siècle. Ses biens immobiliers sont composés de deux maisons évaluées à 13 376 livres stebler, d’un jardin devant la porte Jeune sur le Dollergraben, estimé à 3 015 livres stebler et cédé à son petit-fils Johann Heinrich Dollfus, de chènevières, d’un hectare de prés, trois hectares de champs et 1,3 hectare de vignes ; l’ensemble des biens immobiliers affiche une valeur de 23 174 livres stebler. Hans Heinrich Dollfus détient 3 679 livres stebler en espèces monétaires diverses au moment de son décès. Il a réparti sa réserve de vin estimée à 48 000 litres, en différents lieux dont la cave de la première fabrique d’indiennes Köchlin, Schmalzer et Compagnie, son petit-fils Johann Heinrich étant l’un des quatre entrepreneurs fondateurs de cette manufacture. Nous détenons quelques précisions concernant les créances actives du négociant Dollfus : celles qui proviennent de Mulhouse et Illzach représentent 26 967 livres stebler. Celles qui ont été consenties autour de la cité s’élèvent à 16 653 livres. Les héritiers de Hans Heinrich Dollfus se partagent 68 148 livres stebler ; comme son fils Johannes est décédé en 1736, ses petits-fils Johann Heinrich et Johannes bénéficient directement de l’apport de leur aïeul. Le patrimoine du négociant quincaillier contribue donc à l’investissement des frères Dollfus dans les deux premières fabriques de toiles imprimées de la ville.

Johann Heinrich DOLLFUS (1667-1747)
65Nous demeurons dans la famille Dollfus avec l’inventaire après décès d’Anna Margaretha Vetter, épouse du fabricant Johann Heinrich Dollfus, commencé le 11 janvier 176594. Les biens propres sont constitués d’une maison dite « Cour de Lorraine » avec cour et jardin, d’une valeur de 11 250 livres stebler, située dans la rue des Franciscains et siège de la manufacture Köchlin, Dollfus et Cie dès 1758. Le patrimoine comporte également des vignes et des champs de chanvre. La part de Johann Heinrich Dollfus dans l’entreprise Köchlin, Dollfus et Cie s’élève à 176 987 livres tournois ou 132 740 livres stebler, selon le bilan de décembre 1764. L’ensemble des biens d’Anna Vetter affiche la valeur de 160 533 livres stebler ; les héritiers se partagent la somme de 117 320 livres stebler (dans ce cas, la moitié au veuf et la moitié aux sept enfants).
66Nous pouvons également mentionner l’inventaire de Maria Magdalena Mieg, épouse du fabricant Johannes Dollfus, commencé le 21 janvier 177395. Selon le bilan du 2 janvier 1773, la part de Johannes Dollfus dans la fabrique Dollfus et Hofer se monte 149 032 livres tournois. Le patrimoine légué aux héritiers représente 112 500 livres stebler (2/5 au veuf et 3/5 aux enfants).
67L’inventaire après décès du négociant drapier Matheus Mieg (1683-1747)96 débute au mois de mai 1747. Les informations concernant ses biens immobiliers sont d’une brièveté déconcertante : hormis la valeur de deux jardins, aucune autre estimation n’est fournie par le greffier. On peut s’interroger sur les lacunes de ce document mais il convient de souligner que d’autres inventaires présentent les mêmes omissions, qui sont autant de désagréments pour notre travail. En ce qui concerne Matheus Mieg, il s’agit vraisemblablement du patrimoine le plus important de la première moitié du xviiie siècle : il s’élève à 111 740 livres stebler. Après déduction des dettes diverses, les héritiers se partagent la somme de 99 838 livres stebler.

Matheus MIEG (1683-1747)
68Matheus Mieg fils (1717-1796) continue le négoce de draps de laine dans lequel était également associé son frère Mathias, décédé en 1746. Le fils de Mathias Mieg, également prénommé Mathias (1745-1829), d’abord négociant en draps, devient l’associé de son beau-père Johann Jacob Schmalzer en 1772, dans la fabrique de toiles imprimées Schmalzer et Mieg. Ceci un exemple relativement tardif de passage entre négoce et manufacture puisqu’il intervient à la quatrième génération d’une famille de négociants : Matheus Mieg (1640-1712), Matheus Mieg (1683-1747), Mathias Mieg (1714-1746), Mathias Mieg (1745-1829).
69L’apport de la famille Mieg à l’activité manufacturière se réalise également lorsque Maria Magdalena Mieg, fille de Matheus (1717-1796), épouse le fabricant Johannes Dollfus associé dans l’entreprise Hartmann et Cie dès 1752. L’inventaire après décès de Maria Magdalena commencé en janvier 177397, précise que son conjoint est sociétaire de la fabrique Dollfus et Hofer, située dans la rue des Trois-Rois ; selon le bilan du 2 janvier 1773, la part de Johannes Dollfus représente 149 032 livres tournois ou 111 774 livres stebler. Un prêt de 6 075 livres stebler émanant de Matheus Mieg, est enregistré à la date du 1er janvier 1773. L’ensemble des biens affiche la valeur de 129 392 livres stebler ; après déduction des différentes dettes, le patrimoine légué aux héritiers s’élève à 112 500 livres stebler.

Matheus MIEG (1717-1796)
70L’énorme inventaire de Peter Thierry commence en 175398 : ce négociant en laine, blé et vin est l’époux de Anna Francisca Anthès (1682-1754), fille du directeur des forges de Belfort Philippe Michel Anthès. Leur fille Judith Thierry (1708-1777) est mariée à Friederich Cornetz (1706-1780), négociant puis fabricant d’indiennes à partir de 1758. Leurs petites-filles, Margaretha Cornetz (1729-1776) et Judith Cornetz (1744-1820), vont épouser respectivement Johann Jacob Schmalzer et Johann Jacob Feer, tous deux négociants puis fondateurs de la première manufacture d’indiennes de Mulhouse en 1746.

Peter THIERRY (1684-1753)
71Au moment de son décès, Peter Thierry possède deux maisons dans la cité : l’une située dans la « Paarfussgassen » (rue des Franciscains actuelle)99, d’une valeur de 6 750 livres stebler et l’autre dans la rue Hugwald, estimée à 1 600 livres stebler. L’inventaire de Peter Thierry relève 6 667 livres stebler en espèces monétaires et un volume de tonneaux d’environ 49 610 litres. Le négociant démissionne du Conseil en 1748 et s’installe à Thunstetten, dans le comté de Berne ; les créances actives bernoises de Thierry représentent 81 528 livres tournois. Raymond Oberlé estime qu’une partie de sa fortune est due à ses fonctions d’« admodiateur de la ferme du duc de Mazarin dans la vallée de Thann » et « des seigneuries de Delle, de Ferrette et d’Isenheim », conjointement tenues avec son beau-père Anthès. Les héritiers de Peter Thierry, parmi lesquels figurent plusieurs associés dans des fabriques d’indiennes de Mulhouse, se partagent 366 991 livres tournois : son gendre Friederich Cornetz obtient une part de 36 044 livres tournois dont la maison rue Hugwald, un jardin à la Porte de Bâle, des prés, une chènevière et environ 45 ares de vigne. Peter Thierry fils reçoit 47 234 livres de l’héritage paternel et poursuit une activité de négociant épicier. Soulignons que l’imposant patrimoine du négociant Peter Thierry va contribuer au soutien financier de plusieurs entreprises de toiles imprimées.
72Nous disposons de l’inventaire de sa petite-fille Margaretha Cornetz100 (1729- 1776), épouse du fabricant Johan Jacob Schmalzer : une maison sise « Fritschmanns Gassen » (rue de la Loi actuelle) et des constructions attenantes dont une blanchisserie, sont laissés au veuf selon le testament du 6 novembre 1775, pour 27 000 livres tournois ou 20 250 livres stebler. Le patrimoine immobilier comprend également une maison d’angle entre la rue des Augustins et la rue des Franciscains, avec grange et jardin, d’une valeur de 11 250 livres stebler, et 6 « Tauen » de vigne (environ 3 000 m2) d’une valeur de 1200 livres. D’après le bilan de fabrique daté du 31 décembre 1775, la part de Johann Jacob Schmalzer (et de son épouse) dans l’entreprise s’élève à 112 284 livres tournois ou 84 213 livres stebler. L’ensemble des biens propres représente 114 152 livres stebler ; les deux tiers reviennent au veuf et un tiers aux enfants.
73Le cas du négociant Philipp Jacob Anthès (1703-1762) est un peu particulier puisqu’il appartient déjà à une lignée d’entrepreneurs. En effet, son grand-père est directeur des forges de Belfort et son père également associé dans l’établissement, devient bourgeois de Mulhouse en épousant Anna Engelmann, sœur du négociant drapier Jeremias Engelmann (1667-1725). L’inventaire Anthès commencé en janvier 1763101 précise que les biens propres sont constitués d’une maison sur la Place estimée à 23 000 livres tournois, 45 ares de vignes, une chènevière et un bois, une part de 3 800 livres tournois sur des prés et 4 500 livres tournois sur un moulin, achetés en association avec les frères Feer. Philipp Jacob Anthès est l’un des fondateurs de la fabrique de toiles imprimées Anthès, Feer et Cie : sa part, selon le bilan du 1er janvier 1763, représente 89 755 livres tournois ou 67 324 livres stebler. La valeur de la succession Anthès s’élève à 111 464 livres stebler. Nous rencontrons ici un négociant appartenant à la première génération de manufacturiers mulhousiens.
74L’inventaire après décès de son épouse Anna Catharina Feer (fille du négociant Engelbert Feer) est effectué en octobre 1795102 : il démontre que le patrimoine Anthès soutient des entreprises d’impression sur étoffes ; ainsi Dollfus et Vetter bénéficient d’un prêt de 12 000 livres tournois en novembre 1776, de même Jellensperger, Thierry et Cie (3 000 livres en août 1786), Eck, Schwarz et Cie (21 000 livres en décembre 1791), Blech, Schlumberger et Cie (8 800 livres en 1793).
75Issu d’une lignée de drapiers et négociants drapiers103, Nicolaus Rissler (1718- 1787) inscrit comme négociant à la tribu des Tailleurs en 1742, se lance dans l’impression sur étoffes en 1754, en devenant associé dans la manufacture Anthès, Feer et Cie. Son inventaire après décès commencé le 22 août 1787104, donne un relevé de ses biens propres : une maison située à la Porte Haute est cédée pour 18 000 livres tournois à son fils Nicolaus et son gendre Peter Dollfus, ses associés dans l’entreprise Nicolaus Rissler et Cie. Une nouvelle maison bâtie dans la « Grafengassen » (Grand’Rue actuelle), d’une valeur de 20 000 livres tournois revient à son épouse Juliana Köchlin. La part de Nicolaus Rissler dans sa société se monte à 165 938 livres tournois. L’ensemble des biens représente 234 969 livres tournois ; les héritiers se partagent un patrimoine de 228 582 livres tournois.
76D’autres membres de la famille Rissler vont franchir le pas entre négoce et manufacture : c’est le cas du négociant Jacob Rissler (1718-1768) qui devient en 1754, l’un des entrepreneurs d’Anthès, Feer et Cie. La même année, le négociant drapier Johannes Rissler (1729-1787) fonde avec le marchand fabricant Johann Heinrich Hofer, une manufacture de tissus de coton qui devient la fabrique d’indiennes Hofer, Rissler et Cie en 1756. Mathias Rissler (1734-1802), épicier de formation comme son père, choisit également la manufacture de coton en s’associant à l’épicier Anthony Baumgartner en 1759. Enfin, le négociant Mathias Rissler (1739-1788) est associé dans la manufacture Hartmann et Cie en 1763. Nous assistons avec la famille Rissler, à une forte implication des négociants de deuxième et troisième générations dans la création de manufactures.
77Tous les inventaires précédemment cités mettent en évidence la solidarité familiale qui entretient la relation entre négoce et financement des manufactures : la génération qui investit dans les premières entreprises se positionne au deuxième ou, le plus souvent, au troisième rang d’une lignée de négociants, comme l’indique les relevés d’admissions aux tribus. Les fils, petits-fils, gendres ou neveux disposent donc de deux sources de capitaux familiaux contribuant à soutenir leur activité manufacturière : l’héritage et le prêt. Les inventaires sont éloquents : que ce soit Johann Jacob Feer (dont les héritiers se partagent 431 099 livres tournois), Anna Engelmann épouse Kielmann (243 293 livres tournois), Anna Margaretha Vetter épouse Dollfus (117 320 livres stebler), Maria Magdalena Mieg épouse Dollfus (112 500 livres stebler), Nicolaus Rissler (228 582 livres tournois), le patrimoine légué confirme la réussite des négociants dans l’aventure industrielle.
78Soulignons (et cela paraît évident) que tous les négociants pionniers de l’impression sur étoffes à Mulhouse, ne sont pas systématiquement issus d’une lignée de marchands. Les fabricants Johann Jacob Schmalzer, Samuel Köchlin ou Paulus Schwarz ont des ascendants artisans ; ils constituent à la fois la première génération de négociants et de manufacturiers au sein de leur famille.
Conclusion
79La première moitié du xviiie siècle est marquée par l’impact économique grandissant du Corps des marchands et l’essor du groupe des négociants tel qu’il apparaît à travers l’étude des registres des tribus. Le Directoire, par son rôle d’intervenant dans la sphère législative, permet la création d’une réglementation sur les sociétés ; il reconnaît trois branches officielles pour le commerce mulhousien et impose la nécessité de la fonction de courtier. Entre les années 1690 et 1750, trois générations marchandes tissent le lien entre négoce et activité manufacturière : l’étude du patrimoine des négociants met en évidence une accumulation de capitaux, investis le plus souvent dans le négoce avant la manufacture. En pensant ouvrir une nouvelle voie commerciale à Mulhouse, les « Handelsleute » des années 1740 deviennent les entrepreneurs des trois décennies suivantes et enclenchent, sans en être conscients, un processus industriel. Les inventaires après décès de ces héritiers confirment la relation étroite entre capitalisme marchand et financement des manufactures.
Notes de bas de page
1 AMM ; cote IIA3,1 : « Bedenken », 5 juillet 1753. Ce document sera également utilisé dans la deuxième partie, chapitre 1, sur la question du statut des fabriques à Mulhouse.
2 Rappel : « Kaufleuthe » est le pluriel de « Kaufmann ». De même « Handelsleute » est le pluriel de « Handelsmann ».
3 AMM ; cote IIA4,65 : p. 678.
4 AMM ; cote IIIA, 19 : « Schneider Zunft Aufnahmen Register », pp. 1 – 20.
5 AMM ; cote IIIA, 3 : « Aufnahmenregister », 1717-1798.
6 AMM ; cote IIID, 1 : « Beckerzunft », pp. 140 et suivantes.
7 AMM ; cote IIIF, 1 : « Ackerleuthzunft », sans n° de page.
8 FRANCOIS Étienne : « Négoce et culture dans l’Allemagne du xviiie siècle », dans Cultures et formations négociantes dans l’Europe moderne, sous la direction de Franco ANGIOLINI et Daniel ROCHE, Paris, éditions de l’EHESS, 1995, pp. 29 – 48.
9 Nous avions dénombré 21 marchands dans le chapitre 1 ; un épicier a été compté séparément par Philippe Mieg. Voir cote XB, 10 aux AMM.
10 AMM ; cote XB, 4. Le recensement est effectué sur quatre tribus ; celles des Vignerons et des Agriculteurs ont été omises (volontairement ?). Les chiffres 53 et 654 représentent donc le nombre de marchands et de maîtres pour quatre tribus (Boulangers, Tailleurs, Bouchers, Maréchaux).
11 AMM ; cote XB, 12 : Tableaux de la population de Mulhouse établis en décembre 1782 d’après les relevés effectués par les « Quartiermeistern » (maîtres de quartier) et complétés par les remarques du bourgmestre Johannes Dollfus.
12 AMM ; cote XB, 14 : Recensement de la population de Mulhouse (1798-1800). Ces relevés ont été exploités par Philippe MIEG : « Les métiers des bourgeois de Mulhouse d’après des recensements de 1699 et 1798 », dans Artisans et ouvriers d’Alsace, Strasbourg, Istra, 1965, pp. 205 – 211.
13 FRANCOIS Étienne : « Négoce et culture dans l’Allemagne du xviiie siècle »…, op. cit., pp. 30 – 31.
14 AMM ; cote IVB : registres n° 7 à 21.
15 Revoir chapitre 2.
16 Mentionné dans le chapitre 1.
17 LE ROY LADURIE Emmanuel : L’Ancien Régime. L’Absolutisme bien tempéré (1715-1770). Paris, Hachette, collection Pluriel, 1991, tome II, pp. 19 – 23.
18 BAYARD Françoise et GUIGNET Philippe : L’économie française aux xvie-xviie-xviiie siècles. Gap, Ophrys, 1991, p. 131.
19 BUTEL Paul : L’économie française au xviiie siècle. Paris, Sedes, collection Regards sur l’Histoire, 1993, p. 265. Voir aussi FAURE Edgard : La Banqueroute de Law. Paris, Gallimard, 1977.
20 AMM ; cote XIIIA, 37 : « Memoire », pp. 975 – 980, suite à la lettre du 3 décembre 1720 adressée à « Monsieur d’Angervilliers, Intendant pour le Roy de la Province d’Alsace, à Strasbourg », pp. 973 – 974.
21 Le Vieux Mulhouse, tome 2, Mulhouse, 1897, p. 424. Ce tome est consacré aux chroniques des greffiers Josua Fürstenberger et Johann Heinrich Reber.
22 Revoir chapitre 2, paragraphe « Le Directoire de 1715 ».
23 Les inventaires après décès précisent parfois le métier du défunt ; nous les utilisons ici en recoupant les informations obtenues avec celles qui figurent dans les registres des tribus (séries IIIA, IIIB, IIIC, IIID, IIIE, IIIF) ou dans le registre du Directoire (cote VIIIG, 1).
24 AMM ; cote IIIA, 19 : pp. 1 – 20 ; cotes IIIA, 2 et IIIA, 3.
25 AMM ; cote IIID, 1 : pp. 140 – 155.
26 AMM ; cote IIIF, 1.
27 AMM ; cote IIIB, 2.
28 AMM ; cote IIIC, 2.
29 AMM ; cote IIIE, 1.
30 AMM ; cote IC, 6 : « Reglement so über das von E. E. Burgerschaft eingegebene Project zu verbesserung des Gemeinen Wesens vor E. E. Grossen Rath abgefasst worden », 31 août 1739.
31 OBERLÉ Raymond : Dictionnaire des Toponymes et des Vieux Termes Mulhousiens. Mulhouse, éditions du Rhin, 1986, voir « Statuten » p. 109.
32 AMM ; cote IC, 6 : manuscrits du premier projet daté du 31 aôut 1739 et du deuxième projet daté du 16 mai 1740, article XII, « Burgerliche Beschwehrten ».
33 AMM ; cote VIIIR, 14 : folio 811, juin 1738.
34 AMM ; cote IC, 6 : « Von Gemeinschaften und Societeten », statuts de 1740, deuxième partie, article XXXII, pp. 105 – 109.
35 AMM ; cote VIIIG, 1. Revoir chapitre 2.
36 AMM ; cote VIIIG, 1 : « Herren Indienne Fabricanten », p. 119.
37 URSCH-BERNIER Isabelle : « Marchands et négociants mulhousiens des années 1720-1740 », dans Annuaire Historique de Mulhouse, 2000, tome 11, pp. 56 – 65.
38 AMM ; cote IIA1,19 : p. 404.
39 AMM ; cote IIA1,19 : p. 621.
40 AMM ; cote IIA4,69 : pp. 506 – 507.
41 AMM ; cote IIA4,71 : p. 914.
42 AMM ; cote IIA1,19 : p. 756.
43 Le même terme sera employé par le Conseil pour qualifier l’indiennage, le 5 juillet 1753.
44 AMM ; cote IIA1,19 : p. 844.
45 AMM ; cotes IIA1,20 : pp. 661 – 662 et IIA2,5 : sans n° de page.
46 AMM ; cote IIA1,21 : pp. 759 – 760.
47 AMM ; cote IIB, 4 : « Strumpfweber », 1er juin 1757 et 16 août 1758, p. 1028.
48 AMM ; cote IIB, 4 : « Strumpfweber », 14 février et 7 mars 1759, p. 1028.
49 AMM ; cote IIB, 4 : « Strumpfweber », 16-23 et 28 novembre 1763, p. 1028.
50 AMM ; cote VIIIM, 91.
51 URSCH-BERNIER Isabelle : « Marchands et négociants mulhousiens des années 1720-1740 », op. cit., pp. 56 – 65. Nous évoquerons à nouveau Matheus Mieg dans le paragraphe consacré au patrimoine des négociants.
52 MIEG Philippe : Histoire généalogique de la famille Mieg (1395-1934). Mulhouse, 1934. Personnage n° 49.
53 AMM ; cote IIA1,18 : p. 416.
54 AMM ; cote IIA1,18 : p. 493.
55 AMM ; cote IIA1,18 : p. 650.
56 AMM ; cote IIA1,19 : p. 167.
57 AMM ; cote IIA1,19 : p. 647.
58 AMM ; cote IIA1,19 : p. 650. Le coutil est une toile croisée et serrée, en lin ou en coton.
59 AMM ; cote IIIA, 9 : pp. 252 – 253.
60 AMM ; cote IIA1,19 : p. 652.
61 AMM ; cote IIA1,19 : p. 677.
62 AMM ; cote IIA1,20 : pp. 313 – 314. L’aune de Mulhouse (« Elle ») mesure 0,541 m.
63 AMM ; cote IIIA, 10 : p. 278.
64 AMM ; cote IIIA, 11 : pp. 77 – 78.
65 AMM ; cote IX, 9.
66 AMM ; cote VIIIG, 1 : « Folgen die Namen der jenigen Kaufleuthen welche sich dato alhier befinden. Anno 1742 ».
67 AMM ; cote VIIIG, 1 : p. 119.
68 La numérotation est celle qui figure dans le relevé établi par le Directoire en 1742. Nous avons également laissé les notes entre parenthèses.
69 AMM ; série VIIIM : composée de 195 registres et d’un index alphabétique (incomplet).
70 OBERLÉ Raymond : « L’évolution des fortunes à Mulhouse et le financement de l’industrialisation au xviiie siècle », dans Bulletin de la section d’Histoire Moderne et Contemporaine, 1971, fascicule 8, pp. 83 – 173.
71 Petites, moyennes, grandes et très grandes successions.
72 AMM ; série IIA4 : les registres qui nous intéressent ici portent les numéros 65 à 73.
73 AMM ; cote IIA4,65 : « Heuraths Puncten », novembre 1698, pp. 678 – 680.
74 AMM ; cote VIIIM, 15.
75 La maison « au cerf » et la maison « au paon » sont des bâtiments contigüs. Voir WERNER L. G. : Topographie historique du vieux Mulhouse, éditions de la Tour Gile (Ain), 1949, p. 207.
76 Les valeurs en livres stebler et livres tournois sont arrondies à la livre près.
77 AMM ; cote VIIIM, 44.
78 AMM ; cote VIIIM, 87 : inventaire commencé le 22 mars 1762.
79 AMM ; cote VIIIM, 129 : l’inventaire débute en mai 1777. L’officine de l’apothicaire est vendue en août 1777 au pharmacien Josua Rissler, pour 11 475 livres stebler (voir cote IIA4,81 : pp. 466 – 468).
80 La « Wasserung » est une étendue de prés situés devant la porte Jeune, ayant bénéficié de travaux d’irrigation à la fin du xviie siècle.
81 AMM ; cotes IIA4,67 (1707-1713), IIA4,68 (1713-1721), IIA4,69 (1722-1727), IIA4,70 (1727-1733) et IIA4,71 (1733-1740). Testament (« Gemachnus ») entre Engelbert Feer et son épouse Catharina Salathé, passé le 4 mai 1730 et confirmé le 17 mai devant le greffier, dans IIA4,70 : pp. 354 – 355.
82 AMM ; cote IIA4,67 : « Kauf », 29 novembre 1712, p. 904.
83 AMM ; cote VIIIM, 140 : inventaire commencé le 26 septembre 1780.
84 AMM ; cote VIIIM, 33.
85 AMM ; cote VIIIM, 108 : inventaire commencé le 21 août 1770.
86 Nous ne disposons pas de son inventaire après décès.
87 AMM ; cote VIIIM, 135 : inventaire commencé le 5 mai 1779.
88 AMM ; cote VIIIM, 37.
89 Notons ici l’usage de la monnaie française plutôt que bâloise.
90 AMM ; cote IIA4,72 : « Kauf », 26 février 1743, p. 717.
91 SCHMITT Jean-Marie : Aux origines de la révolution industrielle en Alsace : investissements et relations sociales dans la vallée de Saint-Amarin au xviiie siècle. Strasbourg, Istra, 1980.
92 L’auteur ne précise pas s’il s’agit de livres stebler ou de livres tournois, et il ne donne pas les références des documents dans lesquels il a trouvé ces informations.
93 AMM ; cote VIIIM, 41.
94 AMM ; cote VIIIM, 95.
95 AMM ; cote VIIIM, 116.
96 AMM ; cote VIIIM, 41. Matheus Mieg a déjà été évoqué dans le paragraphe « Portraits particuliers de négociants mulhousiens ».
97 AMM ; cote VIIIM, 116.
98 AMM ; cote VIIIM, 63. Raymond OBERLÉ lui a consacré un article : « Une fortune bourgeoise mulhousienne au milieu du xviiie siècle : Pierre Thierry », 92ème Congrès national des sociétés savantes, Strasbourg et Colmar, 1967, Section d’Histoire moderne et contemporaine, tome II : Le Commerce et l’Industrie. Paris, Bibliothèque Nationale, 1970, pp. 81 – 89.
99 Cette maison dite « Cour de Lorraine » est acquise par le fabricant d’indiennes Johann Heinrich Dollfus en 1754 ; pour cette raison, elle est mentionnée dans l’inventaire après décès de son épouse Anna Margaretha Vetter, en 1765.
100 AMM ; cote VIIIM, 126 : inventaire commencé le 13 juin 1776. Nous aurions pu placer cet inventaire à la suite de celui de Wolf Friederich Cornetz puisqu’il s’agit également de sa petite-fille.
101 AMM ; cote VIIIM, 89.
102 AMM ; cote VIIIM, 189.
103 Nous ne disposons pas des inventaires de son père et de son grand-père.
104 AMM ; cote VIIIM, 165.
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