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    Plan détaillé Texte intégral Une géographie militairement favorable Une population disparate Toulouse au centre d’un réseau hydrographique Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Toulouse, une métropole méridionale

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Une ville assiégée : Toulouse en avril 1814

    Jean-Paul Escalettes

    p. 113-123

    Résumés

    Depuis 1807, date de l’invasion de la Péninsule ibérique par les armées napoléoniennes, Toulouse est la place arrière de la Guerre d’Indépendance d’Espagne par sa position centrale dans l’isthme pyrénéen et présente des spécificités bien caractéristiques : une géographie militairement favorable, un habitat dispersé, un e urbanisation militaire, une population disparate, des voies d’eau à franchir, dont l a Garonne et le canal du Midi.

    From 1807, when the Napoleonic army invaded the Iberian Penninsula, Toulouse became a rear guard fortress during the Spanish War of Independence, due to its central position in the Pyrenean isthmus and some particular characteristics: go od geographic position, militarily speaking; scattered settlement; military urbanisation; disparate population; waterways to cross including the Garonne and the Canal du Midi.

    Desde 1807, fecha de la invasión de la Península Ibérica por los ejércitos napoleónicos, Toulouse es la plaza de retaguardia de la guerra de Independencia d e España, por su posición central en el istmo pirenaico, y presenta especifidades muy características: una geografía propicia desde el punto de vista militar, un hábitat dispersado, una urbanización militar, una población mezclada, unas vías de agua qué franquear, entre las cuales el Garona y en canal du Midi.

    Texte intégral Une géographie militairement favorable Une urbanisation militaire permanente et temporaire Une population disparate La population indigène Les Espagnols Toulouse au centre d’un réseau hydrographique Le franchissement des cours d’eau par les armées au début du xixe siècle Le Canal du Midi dans le dispositif de défense français de Toulouse Le Canal du Midi, moyen d’évacuation des blessés Bibliographie Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Depuis 1807, date de l’invasion de la péninsule ibérique par les armées napoléoniennes, Toulouse est la place arrière de la Guerre d’Indépendance d’Espagne. Sa position centrale dans l’isthme pyrénéen lui donne au cours de ces sept années de guerre une importance inédite dans les conflits de cette période. Toulouse joue un rôle de centralisation et de régularisation sur l’arrière des combats qui disparaît lorsque la guerre s’approche.

    Image

    Toulouse en 1814 : A le canal du Midi, B La Garonne, C les remparts.
    Cartographie de l’auteur.

    Une géographie militairement favorable

    2L’urbanisation dense et répartie sur les deux rives de la Garonne entoure et protége l’unique pont. Hors ville, l’habitat présente une dualité contrastée. Le long des axes de communication – du moins les principaux – l’alignement des constructions préfigure les faubourgs liés au trafic. Ailleurs, l’habitat dispersé forme une zone rurale assez classique parcourue par un fort réseau de chemins. L’habitat repose sur un relief vallonné, offrant belvédères, creux et contre-pentes fort prisés des militaires en campagne. Autre caractéristique de la ville, l’importance du réseau hydraulique tant naturel qu’artificiel. Le Canal du Midi protége de sa circonvolution la ville sur près de 200 degrés.

    Une urbanisation militaire permanente et temporaire

    3Toulouse est entourée d’un rempart médiéval de briques agrémenté de tours et portes fortifiées dont la valeur réelle est faible mais reste impressionnant pour l’attaquant. Attaquant qui ne connaît la ville que par la représentation portée sur la carte de Cassini où les remparts1 apparaissent « impressionnants ».

    4Les jours précédant la bataille du 10 avril sont mis à profit pour élever des retranchements temporaires de meilleure valeur militaire. Le manque d’enthousiasme de la population n’a pas permis la complète réalisation des retranchements prévus par les officiers du Génie certaines redoutes sont inachevées, toutes les routes ne sont pas coupées de retranchements mais ceux qui existent présentent une efficacité que la bataille confirmera.

    Une population disparate

    La population indigène

    5Les Toulousains, après avoir « profité » des avantages de place arrière d’une guerre qui dure depuis 7 ans, découvrent la réalité des combats. La fin du régime impérial est pressentie par une population qui souffre du blocus continental, de la conscription de plus en plus impopulaire à cause du remplacement militaire (on peut acheter un remplaçant si on tire un mauvais numéro) mais le coût augmente et le remplacement ne vous met pas définitivement à l’abri de partir à l’armée… Malgré la censure impériale les atrocités commises en Espagne commencent à être connues. Les populations ont vu passer les colonnes de prisonniers ou d’otages espagnols, et il existe des réseaux ecclésiastiques pour faire évader les Espagnols.

    6Maintenant que la guerre est aux portes de la ville, boutiquiers et commerçants craignent pour leur négoce. Notables et autorités prennent des précautions et dès la deuxième quinzaine de mars 1814 certains commencent à évacuer ; domestiques et serviteurs diffusent les départs. Certes l’ordre impérial d’évacuation devant l’ennemi facilite et légalise la fuite des autorités, mais les petites gens ne veulent pas abandonner le peu qu’ils possèdent à l’ennemi et ceux qui ne peuvent partir tremblent…

    Image

    La représentation de Toulouse et ses environs en 1814.
    Extrait de la carte Cassini.

    Les Espagnols

    7Dans cette population indigène, une colonie étrangère accroît la peur y compris des autorités : le préfet ordonne de surveiller les Espagnols. Population hétéroclite, dont le mélange pourrait se révéler explosif. Le premier noyau est constitué des prisonniers2 ou déserteurs de la défense des Pyrénées en 1793. Ce groupe, peu nombreux, présente la particularité de s’être intégré à la population. L’un d’eux est aubergiste : sa surveillance indique qu’il se consacre à son travail et à sa famille. Un deuxième ensemble regroupe les prisonniers et otages3 à partir de 1809, année qui marque un tournant important : la prise de Saragosse, après le deuxième siège, donne la prépondérance aux actions de guérilla. Dés lors, la Guerre d’Indépendance d’Espagne devient une guerre insurrectionnelle pour laquelle l’Armée Française n’est pas prête. D’où prise d’otages civils, de prisonniers de guerre, de notables fortement surveillés. Dans cette population, les sbires de Napoléon recrutent pour les régiments espagnols du roi Joseph. A la fin de l’Empire, il y a 50 000 prisonniers Espagnols répartis en différents dépôts en France. Mais ce sont les réfugiés qui, notamment après la bataille perdue à Vitoria le 23 juin 1813, représentent sans conteste le groupe le plus important4 L’afflux des afrancesados se comprend avec la retraite française5, mais il s’y mélange des Espagnols « patriotes » qui fuient simplement la guerre. Environ 3 500 Espagnols transitent par Toulouse d’octobre 1813 à mai 1814, laissant une colonie permanente d’environ 2 à 300 personnes dans la ville. Aussi, le 7 avril 1814, Soult demande la gratuité de transport pour les réfugiés espagnols sur les barques du Canal du Midi. Mais c’est une mesure plus politique qu’efficace, car il a précédemment ordonné la réquisition de toutes les barques pour les besoins de l’armée et le transport des blessés ! Quelle attitude eurent ces Espagnols durant la bataille ? La crainte est le sentiment dominant. Les Espagnols afrancesados veulent se faire oublier d’une population toulousaine inquiète6 et des représailles possibles des Espagnols « patriotes ». La ville abrite des Espagnols, elle est attaquée par des Espagnols : comment rester serein ? Ces afrancesados intra-muros savent que les Toulousains ne font pas de différence entre les divers groupes d’Espagnols. L’angoisse collective génère le calme de cette colonie, menaçante, sur les registres. Traités avec mépris par Wellington7, les guérilleros espagnols désertent en 1814, non pour passer dans le camp français, mais pour quitter les combats. Le manque de considération des troupes britanniques, officiers compris, fait qu’il y a des bandes d’Espagnols8 dans les contrées environnant Toulouse, même avant la bataille.

    8Ainsi, la colonie espagnole jette le trouble dans tous les esprits toulousains plus tard, l’Histoire d’Espagne fera de Toulouse une terre d’asile ibérique.

    Toulouse au centre d’un réseau hydrographique

    9En 1814, la ville de Toulouse s’étend sur la rive droite à l’intérieur des actuels boulevards, sur la rive gauche à l’intérieur des actuelles allées Charles de Fitte ; des embryons de faubourgs à Guilheméry, aux Minimes et à la Patte-d’Oie complètent la physionomie de la ville. À cheval sur la Garonne, la ville est cernée sur 315° par des rivières et des ruisseaux : le Touch, l’Hers, la Save, la Louge, la Lèze, l’Hyse, l’Aussonnelle, la Sauve, le Girou, la Sausse, la Pichounnelle, la Marcaissonne et la Seillonne, auxquels il faut ajouter le Canal du Midi et celui de Brienne. Seul le secteur de la route de Carcassonne est dépourvu de réseau hydrographique important. En mars 1814, il faut également signaler une importante zone inondée autour de l’Hers, des crues et la boue des berges : le franchissement des « coupures d’eau » est donc un problème essentiel de la bataille de Toulouse.

    Le franchissement des cours d’eau par les armées au début du xixe siècle

    10Lors des guerres de la Révolution et de l’Empire, cette difficulté occupe une grande place. Plusieurs de ces passages sont même entrés dans la légende : le pont d’Arcole, celui de Lodi, les ponts sur le Danube à l’île de Lobau (les ponts français démolis à 17 heures sont rétablis en 10 heures de nuit) et ceux de la Berezina. En 1812, la Grande Armée comprend treize compagnies de pontonniers (500 voitures et 2 500 chevaux). Durant la Guerre d’Indépendance d’Espagne, Français et Britanniques s’emparent alternativement de ponts intacts ou les détruisent avant de retraiter ; à défaut de pont, il faut franchir le cours d’eau. Tout moyen est alors mis à contribution, et en premier barques9 ou esquifs ; puis on se rabat sur tout ce qui flotte, y compris des outres. Lors de la Bataille de Toulouse, le franchissement de la Garonne est un problème pour Wellington : le Pont-Neuf, le seul pont de Toulouse, est au centre de la ville occupée par l’Armée Française. Wellington cherche à couper la route de Narbonne, liaison avec l’Armée de Catalogne aux ordres du Maréchal Suchet, et aussi à encercler Soult dont la route vers Paris est coupée à Montauban par la cavalerie britannique. L’Armée anglaise tente de passer à Portet-sur-Garonne, puis réussit à Roques. Arrêtée par la boue sur les hauteurs de Nailloux, l’Armée britannique fait demi-tour, tente et réussit le passage au Nord de Toulouse, à Merville.

    11Ce rapide résumé montre l’importance des cours d’eau dans cette fin de la Guerre d’Indépendance d’Espagne. Importance indéniable depuis l’entrée des Coalisés en France. Ils passent la Bidassoa à marée basse, traversent la Nivelle, la Nive, et remontent l’Adour, dont les petits affluents gênent leur progression. Cette poursuite entre Bayonne et Toulouse met à contribution les pontonniers (pour passer) et les sapeurs du Génie (pour faire sauter les ponts). Nous pourrions croire que le franchissement du Canal du Midi se fait dans la foulée. Il n’en est rien, et cela tient à sa structure. Il s’agit en effet d’un ouvrage artificiel, dont les caractéristiques le différencient d’un cours d’eau naturel : son profil régulier et aux berges abruptes, sa position par rapport au sol naturel, tantôt surélevée tantôt encaissée, la présence de chemins de halage plantés régulièrement d’arbres.

    12La profondeur et l’étroitesse ne sont qu’accessoires, comme le sont les ponts qui l’enjambent. À chacun d’eux le canal se rétrécie, facilitant théoriquement son franchissement mais le rétrécissement de la coupure d’eau rend l’ouvrage facilement défendable, l’ultime recours restant la destruction. À Toulouse, un dernier élément provient de la géographie : le Canal du Midi fait une circonvolution sur 200° autour de la ville, protégée sur les 115° restant par la Garonne. La géographie du Canal du Midi nous conduit à examiner son rôle dans le dispositif de défense français établi par le maréchal Soult et ses officiers d’état-major.

    Le Canal du Midi dans le dispositif de défense français de Toulouse

    13Dès février 1814, Soult envoie des ordres concernant la mise en défense de Toulouse. À son arrivée le 24 mars, ses officiers du Génie mettent en œuvre la défense de Toulouse sur les deux rives de la Garonne reliées par le seul Pont-Neuf. Nous négligerons la rive gauche du dispositif10, pour examiner la rive droite de la Garonne, où le système défensif s’échelonne sur trois lignes. La 1ère ligne est formée de Croix-Daurade, Lapujade, Périole, Bonnefoy et le Calvinet. En 1814, on ne peut désigner les quelques maisons autour de la route d’Albi par le terme de faubourg. Rien n’est construit de l’actuel faubourg : seules une quinzaine de maisons le long de la route, côté Canal, donnent une apparence urbaine à ce qui n’est qu’une étendue de champs cultivés au profit de la ville toute proche. La 2e ligne comprend le Petit-Gragnague, l’Embouchure, le Canal du Midi et ses six ponts (les Ponts Jumeaux, les ponts des Minimes, Matabiau, Guilhemery, Montaudran et des Demoiselles), puis le Jardin des Plantes, le Busca et les Récollets. La 3e ligne enfin est constituée des remparts de la ville, armés de pièces d’artillerie.

    14La boucle du Canal du Midi forme donc l’ossature de la 2e ligne française. La redoute des Ponts-Jumeaux commande la route vers Blagnac et la rive droite vers Fenouillet jusqu’aux abords de l’actuelle rue Bourbaki, ainsi que la partie de la rive gauche située entre le château de Purpan et la Garonne. L’absence d’artillerie judicieusement placée interdit d’exploiter ce dernier avantage. La redoute du pont des Minimes barre essentiellement la route de Paris et son artillerie bat la campagne de la rue Bourbaki au chemin du Raisin. Aux Ponts-Jumeaux et aux Minimes, les attaques Britanniques sont stoppées et, malgré leur violence, ne peuvent se développer. Certes il ne s’agit pas de l’attaque principale. Après le 10 avril, deux officiers du Génie Britannique visitent les écluses du Canal et particulièrement celle du Pont des Minimes dont le double moulin de bief les impressionne par leur grande technologie ; ils finissent leur périple par les moulins du Bazacle. La redoute du pont Matabiau barre la route d’Albi et bat la campagne autour de Périole ainsi que le bas de la pente du Calvinet vers l’actuelle rue des Cheminots. La redoute du pont Matabiau, appuyée par un mouvement d’infanterie, rejette une attaque espagnole. La redoute du pont des Demoiselles barre la route de Revel et bat la campagne qui s’étend du pied de Montaudran au Canal du Midi. La redoute du pont des Demoiselles sert seulement de repli aux Français repoussés par la cavalerie britannique depuis Montaudran. Comme cette dernière ne pousse pas son avantage, la redoute reste en appui arrière. Ces quatre redoutes, constituées autour des quatre ponts fortement fortifiés, servent au début de la bataille de point d’appui aux troupes françaises avancées sur la rive droite du Canal du Midi.

    15Aux premières heures des combats, les troupes françaises se replient dans les redoutes dont elles assurent le service, épaulées par l’artillerie en nombre conséquent : 25 sur un total de 121 pièces. Elles remplissent leur rôle avec efficacité. Les deux ponts restants, Guilheméry et Montaudran, ne sont pas fortifiés car protégés par les hauteurs du Calvinet, c’est-à-dire la 1ère ligne. Ils permettent le passage du canal aux troupes françaises en direction de la 1ère ligne, et les fortifier gênerait les mouvements. Il ne faut pas oublier que le temps a manqué pour finir les fortifications. À partir de 17 heures, les troupes françaises du Calvinet se replient sur la rive du Canal du Midi côté ville : le canal sert de fossé entre eux et les Britanniques. Les berges et le chemin de halage servent de banquette de tir ; l’ennemi ne s’approche guère, épuisé, il reste à mi-pente du Calvinet sur des positions qu’il garde du 10 au 12 avril au matin.

    16Le Canal du Midi n’a évidemment pas permis à Soult de gagner la bataille, mais en permettant des replis successifs et une position solide, il a largement contribué à la réussite de la manœuvre d’évacuation de Toulouse par les armées françaises. Nous pensons que le maréchal Soult, son état-major et ses officiers du Génie tirent tous les avantages de la géographie du Canal du Midi autour de Toulouse. Pour affirmer cela, nous nous appuyons sur les actions autour des ponts sur l’Hers, où la situation est différente : les Britanniques s’emparent d’un pont intact, en trouvent deux laissés en état par les Français, les deux derniers ayant sauté. Le franchissement de l’Hers se fait sans problème malgré l’inondation de ses rives.

    Image

    La bataille du 10 avril 1814 vers 16-17 heures, vue depuis les toits dans le secteur des actuelles allées Jean-Jaurés et de la médiathèque José Cabanis. On distingue la ligne d’arbres du canal entre la ville et les 1res lignes de combat. Tableau de Théodore Jung (1803-1836), Galerie Historique de Versailles.

    Le Canal du Midi, moyen d’évacuation des blessés

    17Le Canal du Midi, après avoir permis l’évacuation de certaines archives et de lourdes pièces d’artillerie, remplit une fonction inhabituelle pour l’époque, celle de contribuer à la mise en sécurité et l’évacuation des blessés français11 avant et après la bataille. Avant la bataille, de nombreux blessés ralentissent la marche de l’armée et nécessitent un volume de nourriture important. Dés son arrivée à Toulouse, Soult fait évacuer les blessés au moyen des barques du Canal qu’il réquisitionne. Non par charité, mais pour dégager la ville de bouches inutiles qu’il ne peut envoyer par la route12. Cette mesure marque les hommes évacués par son confort, et en particulier ceux qui avaient été blessés en Espagne et transportés tantôt dans la chaleur et la poussière des plaines (la poussière de Salamanque est célèbre), tantôt dans les frimas des Sierras ou la neige des Pyrénées, par des chemins difficiles avec des soins quasi absents. Sans parler des risques encourus du fait de la guérilla espagnole, dont les outrances sanguinaires répondaient aux exactions des militaires français et inversement…

    18Toulouse en 1813-1814 possède un Corps médical et paramédical de premier ordre13. La nouveauté du transport fluvial des blessés est telle que les hommes pensent avoir trouvé le paradis ! Ils pourraient s’associer au chant des bateliers du canal14 :

    Adieu, Toulouse, Adieu la grande ville
    Disait gaiement un jeune batelier
    Assis au bord de la barque docile
    Qu’entraîne au loin le rapide coursier ?
    Puis s’animant aux accords d’une lyre
    Qu’un ménestrel accordait près de lui
    Il s’écria : secondez mon délire
    Je vais chanter le Canal du Midi.

    19Ainsi le Canal du Midi a contribué, indirectement, à sauver l’honneur d’un maréchal d’Empire dont la principale gloire en 1814 est d’avoir battu retraite avec efficacité sous la pression des ennemis et à sauver de nombreux blessés des tourments consécutifs aux combats.

    20Sur ce dernier aspect Toulouse peut être fière du Canal du Midi, même si la statue toulousaine de Pierre Paul Riquet, en lui tournant le dos, semble l’ignorer…

    21De Toulouse assiégée en 1814, il reste dans les archives la mémoire des soucis des autorités et quelques témoignages, mais les ouvrages militaires – heureusement temporaires – ont disparu et la vie, et surtout l’évolution urbaine, a masqué pas à pas les lieux, offrant aux historiens d’Urban-Hist15 de formidables chantiers !

    Bibliographie

    Bibliographie

    Sir Howard Douglas, An essay on the principes and construction of military bridges and the passages of rivers in military operations, London, Boone, 1830.

    [Carme Duplan], Précis historique de la bataille livrée le 10 avril 1814 sous les murs de Toulouse…, Toulouse, chez Benichet, [1814].

    Jean-Paul Escalettes, « Le Canal du Midi et la bataille du 10 avril 1814 », Le Canal du midi et les voies navigables dans le Midi de la France, Actes du congrès de la Fédération Historique de Midi-Pyrénées, Castelnaudary, 1997.

    Jean-Paul Escalettes, 10 avril 1814, la bataille de Toulouse, Portet-sur-Garonne, Loubatières, 1999.

    Jean-Paul Escalettes, Petit précis du 10 avril 1814, la bataille de Toulouse, les généraux, l’armement, la vie quotidienne, les lieux, Portet-sur-Garonne, Loubatières, 2003.

    H. Geschwind et F. de Gélis, La bataille de Toulouse, Toulouse, Privat, 1914.

    Journal de Toulouse, année 1814.

    Notes de bas de page

    1 Arch. mun. Toulouse, 1 M 10.

    2 Le 20 Thermidor an III (7 août 1795), il y a 15 prisonniers espagnols en résidence à Gratentour (Arch. dép. Haute-Garonne, Br4° 271) ; un rapport de police de 1801 mentionne qu’un ancien officier espagnol de 1793, issu d’une noble famille, élève des chevaux de course.

    3 D’octobre 1808 à octobre 1813 à Toulouse, il y a en permanence une colonie d’une trentaine d’Espagnols recensés ; nous verrons plus loin la valeur de ces listes ; en janvier 1814, trois d’entre eux obtiennent l’autorisation de séjourner à Toulouse au lieu de rejoindre le camp de Périgueux. Il y aura même une demande d’installer la loge maçonnique espagnole Saint Joseph des Amis Réunis de Vitoria (Arch. dép. Haute-Garonne, 4 M 2/5bis, Wu 485 ; Arch. mun. Toulouse, 2 I 63).

    4 Cet afflux pose problème dès août 1813 au maréchal Soult : il renvoie à Toulouse 71 femmes ou filles dont un Espagnol « qui vit de ses charmes ». Il précise que « l’on ne doit pas assimiler ces personnes aux réfugiés espagnols » ; le 10 septembre 1813, c’est le tour des domestiques espagnols congédiés sans emploi d’être arrêtés et dirigés vers Toulouse ; le 17 octobre 1813, 570 réfugiés espagnols des camps d’Auch et Lombez sont dirigés vers Toulouse ; le préfet du Gers se loue de leur conduite, attitude suspecte et destinée à ne pas effrayer son collègue toulousain, quand on sait que dans un autre courrier il écrit que les réfugiés sont « des malheureux sans ressources de leur gouvernement qui vivent de la charité publique et de quelques rapines… » ; deux jours plus tard, le maire de Toulouse interroge le préfet pour savoir si « le terme d’asile inclus la fourniture des subsistances ce qui serait contraire aux intérêts de la ville qui est asphyxiée de réquisitions ». (Arch. dép. Haute-Garonne, 4 M 2/5bis).

    5 En octobre 1813, le gouvernement impérial fait attribuer un secours mensuel qui « ne concerne que les militaires ou assimilés c’est-à-dire les personnes ayant administré pour S.M.C. Joseph, les autres catégories ne doivent rien toucher » ; un rapport officiel décrit la situation : « en général nous n’avons qu’à nous louer de la conduite de ces victimes malheureuses de la guerre. Leur séjour sur notre territoire a été très pénible pour nos habitants parce que le gouvernement vient seulement de se prononcer sur les secours qu’il accorde à chacun d’eux » ; le 1er octobre 1813 le maréchal duc de Sotomayor, général de brigade, chambellan du roi et président de la commission de secours aux réfugiés qui siége à Toulouse, intervient auprès du maire pour que l’ancien professeur de musique des pages de Ferdinand VII soit exonéré des 6 francs de patente qu’il doit payer au titre de professeur d’espagnol ; dans le contexte, nous doutons qu’il y ait beaucoup de Toulousains avides d’apprendre l’espagnol… (Arch. mun. Toulouse, 2 I 1).

    6 En octobre 1813, le préfet reçoit des instructions à ce propos : « quelques familles espagnoles ont à se plaindre des traitements qu’elles éprouvent. Les Espagnols de cette classe ne sont pas plus des prisonniers de guerre que les femmes et les enfants qui les accompagnent. Ce sont au plus des otages volontaires. C’est un asile, c’est l’hospitalité, une nouvelle patrie peut-être qu’ils sont venus chercher. S’il en est parmi eux, qui commandent une surveillance plus particulière, elle doit être comme imperceptible et ne point se manifester par des actes rigoureux. »

    7 Pour Wellington, les guérilleros ne sont pas une armée mais un amalgame de bandes par formation, par naissance, il manque d’enthousiasme envers cette forme populaire de guerre ; diverses punitions s’appliquent aux troupes alliées ; les punitions britanniques appliquées aux Espagnols sont de deux sortes : le fouet et la pendaison.

    8 Arch. dép. Haute-Garonne, Br4° 88.

    9 Arch. dép. Haute-Garonne, 4 M 30.

    10 D’une organisation très classique en trois lignes de défenses terrestres successives et concentriques autour du Pont-Neuf.

    11 Arch. mun. Toulouse, 4 H 1.

    12 Il a réquisitionné tous les attelages et charrettes pour le service de l’armée.

    13 En Espagne, dans le meilleur des cas, les pansements ne sont renouvelés qu’une fois par mois… (Alphonse d’Hautpoul, Mémoires du général marquis Alphonse d’Hautpoul, pair de France 1789- 1865, Paris, Perrin, 1906).

    14 Scénette jouée à Chimay en 1844.

    15 On trouve en particulier dans l’outil Urban-Hist créé par les Archives municipales de Toulouse (www.urban-hist.toulouse.fr) une carte thématique consacrée à la Bataille de 1814 et réalisée à partir des données que nous avons collectées.

    Auteur

    • Jean-Paul Escalettes

      Président des Amis des archives de la Haute-Garonne (jean-paul.escalettes@wanadoo.fr).

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    1 Arch. mun. Toulouse, 1 M 10.

    2 Le 20 Thermidor an III (7 août 1795), il y a 15 prisonniers espagnols en résidence à Gratentour (Arch. dép. Haute-Garonne, Br4° 271) ; un rapport de police de 1801 mentionne qu’un ancien officier espagnol de 1793, issu d’une noble famille, élève des chevaux de course.

    3 D’octobre 1808 à octobre 1813 à Toulouse, il y a en permanence une colonie d’une trentaine d’Espagnols recensés ; nous verrons plus loin la valeur de ces listes ; en janvier 1814, trois d’entre eux obtiennent l’autorisation de séjourner à Toulouse au lieu de rejoindre le camp de Périgueux. Il y aura même une demande d’installer la loge maçonnique espagnole Saint Joseph des Amis Réunis de Vitoria (Arch. dép. Haute-Garonne, 4 M 2/5bis, Wu 485 ; Arch. mun. Toulouse, 2 I 63).

    4 Cet afflux pose problème dès août 1813 au maréchal Soult : il renvoie à Toulouse 71 femmes ou filles dont un Espagnol « qui vit de ses charmes ». Il précise que « l’on ne doit pas assimiler ces personnes aux réfugiés espagnols » ; le 10 septembre 1813, c’est le tour des domestiques espagnols congédiés sans emploi d’être arrêtés et dirigés vers Toulouse ; le 17 octobre 1813, 570 réfugiés espagnols des camps d’Auch et Lombez sont dirigés vers Toulouse ; le préfet du Gers se loue de leur conduite, attitude suspecte et destinée à ne pas effrayer son collègue toulousain, quand on sait que dans un autre courrier il écrit que les réfugiés sont « des malheureux sans ressources de leur gouvernement qui vivent de la charité publique et de quelques rapines… » ; deux jours plus tard, le maire de Toulouse interroge le préfet pour savoir si « le terme d’asile inclus la fourniture des subsistances ce qui serait contraire aux intérêts de la ville qui est asphyxiée de réquisitions ». (Arch. dép. Haute-Garonne, 4 M 2/5bis).

    5 En octobre 1813, le gouvernement impérial fait attribuer un secours mensuel qui « ne concerne que les militaires ou assimilés c’est-à-dire les personnes ayant administré pour S.M.C. Joseph, les autres catégories ne doivent rien toucher » ; un rapport officiel décrit la situation : « en général nous n’avons qu’à nous louer de la conduite de ces victimes malheureuses de la guerre. Leur séjour sur notre territoire a été très pénible pour nos habitants parce que le gouvernement vient seulement de se prononcer sur les secours qu’il accorde à chacun d’eux » ; le 1er octobre 1813 le maréchal duc de Sotomayor, général de brigade, chambellan du roi et président de la commission de secours aux réfugiés qui siége à Toulouse, intervient auprès du maire pour que l’ancien professeur de musique des pages de Ferdinand VII soit exonéré des 6 francs de patente qu’il doit payer au titre de professeur d’espagnol ; dans le contexte, nous doutons qu’il y ait beaucoup de Toulousains avides d’apprendre l’espagnol… (Arch. mun. Toulouse, 2 I 1).

    6 En octobre 1813, le préfet reçoit des instructions à ce propos : « quelques familles espagnoles ont à se plaindre des traitements qu’elles éprouvent. Les Espagnols de cette classe ne sont pas plus des prisonniers de guerre que les femmes et les enfants qui les accompagnent. Ce sont au plus des otages volontaires. C’est un asile, c’est l’hospitalité, une nouvelle patrie peut-être qu’ils sont venus chercher. S’il en est parmi eux, qui commandent une surveillance plus particulière, elle doit être comme imperceptible et ne point se manifester par des actes rigoureux. »

    7 Pour Wellington, les guérilleros ne sont pas une armée mais un amalgame de bandes par formation, par naissance, il manque d’enthousiasme envers cette forme populaire de guerre ; diverses punitions s’appliquent aux troupes alliées ; les punitions britanniques appliquées aux Espagnols sont de deux sortes : le fouet et la pendaison.

    8 Arch. dép. Haute-Garonne, Br4° 88.

    9 Arch. dép. Haute-Garonne, 4 M 30.

    10 D’une organisation très classique en trois lignes de défenses terrestres successives et concentriques autour du Pont-Neuf.

    11 Arch. mun. Toulouse, 4 H 1.

    12 Il a réquisitionné tous les attelages et charrettes pour le service de l’armée.

    13 En Espagne, dans le meilleur des cas, les pansements ne sont renouvelés qu’une fois par mois… (Alphonse d’Hautpoul, Mémoires du général marquis Alphonse d’Hautpoul, pair de France 1789- 1865, Paris, Perrin, 1906).

    14 Scénette jouée à Chimay en 1844.

    15 On trouve en particulier dans l’outil Urban-Hist créé par les Archives municipales de Toulouse (www.urban-hist.toulouse.fr) une carte thématique consacrée à la Bataille de 1814 et réalisée à partir des données que nous avons collectées.

    Toulouse, une métropole méridionale

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    Ce livre est cité par

    • Lotti, Pascal. (2025) Un quartier de Tolosa proche de la porte nord de la cité : évolution de la création de la cité au Ve siècle. Archeopages, Numéro spécial. DOI: 10.4000/14h63
    • Jean-Courret, Ézéchiel. Lavaud, Sandrine. Petrowist, Judicaël. Picot, Johan. (2016) Le bazar de l’hôtel de ville. DOI: 10.4000/books.ausonius.16691
    • Nivellement et sociophonologie de deux grands centres urbains : le système vocalique de Toulouse et de Marseille. DOI: 10.70675/8e172e73z12bez45bez9831z067b178c162e
    • Genèse d’une conscience et d’une politique patrimoniales à Toulouse (1789-1913) : de la "cité palladiene" à la "ville rose". DOI: 10.70675/5fffdb91ze337z4e73zaf47zed22876c3757
    • Devenir médecin dans le Midi de la France au XVIIIe siècle, du carabin au médecin : étude prosopographique et encadrement médical du Haut-Languedoc. DOI: 10.70675/e8f081fdz0cf0z466azbfa4zd49a4f1d4c78

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    • Géohistoire de Toulouse et des villes de parlement (vers 1680 - vers 1830) : des centres administratifs et judiciaires d'Ancien Régime et leur redéfinition après la révolution. DOI: 10.70675/7cb534f5z8dcez433ez8e4dzcb19ef0f8955

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    Escalettes, Jean-Paul. « Une ville assiégée : Toulouse en avril 1814 ». Toulouse, une métropole méridionale, édité par Bernadette Suau et al., Presses universitaires du Midi, 2009, https://doi.org/10.4000/books.pumi.33626.

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