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    Plan détaillé Texte intégral Dimension quantitative des désertions Premiers éléments d’explication Notes de bas de page Auteur

    Villages pyrénéens

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Villages désertés des Pyrénées

    Maurice Berthe

    p. 245-259

    Texte intégral Dimension quantitative des désertions Premiers éléments d’explication Aux XIe et XIIe siècles : Aux XIVe et XVe siècles : Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Le problème des dommages causés au réseau d’habitat pyrénéen par les désertions de villages au cours du dernier millénaire n’a fait l’objet d’aucune étude d’ensemble. Si leur histoire reste encore à écrire, c’est qu’elle nécessiterait une enquête associant un dépouillement systématique des fonds d’archives et une minutieuse prospection au sol devant lesquels les historiens et les archéologues ont jusqu’à présent reculé. Seule une entreprise collective pourrait venir à bout d’un si vaste projet. Encore pâtirait-elle des aléas de la documentation écrite et matérielle conservée. Ces réserves ne nous dispensent cependant pas de présenter non pas une première vision d’ensemble, mais, en se fondant sur les monographies existantes – de vallées ou de pays –, un bilan rapide des données disponibles, en sachant bien que de futures recherches ne manqueront pas de le nuancer ou de le corriger. Il ne nous appartient pas de proposer une étude du processus complet des désertions ni de reconstituer leur chronologie. L’objectif principal est de quantifier le phénomène, dans une aire géographique définie, celle du « village casalier » – ou « village à maisons » – que nos journées ont permis d’identifier, et dans une perspective de temps long, le second millénaire, afin d’évaluer ses capacités de résistance. L’impression première est que ces localités, si éprouvées qu’elles aient été au cours des siècles par les assauts des calamités et par les aléas de la conjoncture, ont révélé un singulier caractère d’invulnérabilité. Cette solidité du village pyrénéen, il conviendra aussi de chercher à l’expliquer.

    Dimension quantitative des désertions

    2Les monographies régionales et les enquêtes d’occupation du sol réalisées ces dernières décennies mettent à notre disposition un échantillon de zones – tests pour les deux versants de la chaîne. Certaines donnent des résultats pour l’ensemble du millénaire écoulé, d’autres seulement pour les siècles postérieurs à 1300. Presque toutes indiquent clairement que le réseau villageois pyrénéen, que l’on aurait pu croire fragilisé par la petite taille des localités, la densité du semis et l’environnement montagnard, a été au contraire étonnament stable, ce qui le distingue de ceux des régions pré et péri-pyrénéennes où de multiples villages ont disparu.

    3La première zone-test est le bassin supérieur de la Garonne qui a bénéficié d’une méticuleuse enquête1. Si l’on excepte quatre cas de déperchement ou de glissement d’habitats, Bavart et Lez dans la vallée de la Garonne, au nord et à l’est de Saint-Béat, Cier-de-Luchon et Sainte-Christine2, dans la vallée de la Pique, tout ce secteur ne révèle pas plus de cinq désertions sûres, Batpouey en Barousse, Sériail dans la vallée de la Garonne, Castelvieil dans la vallée de la Pique, Castelblanquat à l’entrée de la vallée d’Oueil, une motte castrale et son habitat subordonné en Larboust3, plus cinq cas de désertions douteuses, un dans la vallée de la Garonne, aux abords du château du Rouzier ou de Montclar, au nord de Cierp, quatre en Barousse, Peyremilla, Adignac, Sainte-Marie-de-Lers et Balestas4. Quels enseignements tirer de cette première zone-témoin ?

    4Le premier est que sur la centaine de localités inventoriées vers 1300, le nombre de celles qui ont cessé d’exister se situe entre cinq et dix seulement (de 5 à 10 %). Le second est que les abandons et les déperchements ont affecté majoritairement de petits villages subordonnés à des châteaux : on ne relève pas moins de cinq sites castraux parmi les villages désertés et trois parmi les quatre cas de déperchement5. Leur abandon date des XIVe et XVe siècles. Ces habitats castraux appartenaient à la seconde génération des villages, celle qui à l’époque féodale est venue se greffer sur le dense réseau de villages « casaliers » mis en place aux IXe et Xe siècles. Ceux-ci, de toute évidence moins fragiles que les villages castraux, sans doute parce que, installés les premiers, ils ont occupé les meilleurs terroirs et su conserver le contrôle des forêts et pâturages d’altitude, n’ont payé qu’un très faible tribut aux désertions – trois ou quatre désertions. Solidement ancrés sur leurs territoires, ils n’ont guère eu à souffrir de l’intrusion après le XIe siècle des sites castraux ; et les difficultés des XIVe et XVe siècles les ont peu affectés. Sortie presque indemme de la fin du Moyen Âge, cette première génération a traversé sans encombres la seconde moitié du millénaire. C’est sûr, le semis villageois originel a constitué de l’An Mil à nos jours l’habitat fondamental de ces vallées6.

    5La thèse récente de Florence Guillot sur l’ensemble du bassin fluvial de la haute Ariège, en amont de Foix et à partir de la cluse de Mercus, offre un autre vaste terrain de prospection7. Sur les cent quinze agglomérations identifiées dans les sources des XIe-XIIe siècles et qualifiées de villa ou de castrum – par l’enquête sur le comté de Foix de 1272 notamment – seize ont été désertées8. Pour sept d’entre elles, la présence d’une église et l’utilisation pour les désigner des termes de villa ou de castrum indiquent clairement l’existence au Moyen Âge d’un village9. Toutes les autres ne constituaient que des hameaux ou de simples écarts. Cinq, quoique qualifiés de villa ou de casal, n’ont laissé aucun vestige écrit ou matériel d’église10. Deux ne constituaient que les noyaux secondaires de communautés bipolaires11. Pour les deux dernières, les textes se bornent à livrer des toponymes de sites habités, sans autre précision ; mais leur absence sur les listes de 1272 et 1385 donne à penser qu’elles n’étaient que des écarts12. Ainsi ne faut-il pas accorder un trop grand crédit au taux brut de désertions de 14 % observé dans la haute Ariège, quand on sait que la majorité des habitats désertés ne constituaient pas d’authentiques villages. La présence parmi eux de hameaux et de petits écarts invite à considérer que le quotient réel de villages désertés se situait bien en deçà des 14 % calculés13.

    6La pérennité des villages du bassin supérieur du Gave de Pau, en amont de Lourdes, est plus remarquable encore14. Parmi les cent dix villages du Lavedan et de la vallée de Barèges dénombrés au début du XIVe siècle (vallés et secteurs d’Azun – huit villages –, de Cauterets – sept villages –, d’Estrème de Salles – dix villages –, de Surguière – cinq villages –, de Castelloubon – dix neuf villages –, des Angles – vingt villages –, de Davantaygue – vingt quatre villages – et de Barèges – dix sept villages – ), deux seulement ont cessé d’exister : le petit village castral de Casted-de-Vern, dans le Davantaygue, peuplé de 9 feux en 1313 et déclaré « vacant » dans le censier de Bigorre de 1429, et Sent-Marti, village de la vallée de Barèges emporté par une avalanche en 160115.

    7Plus à l’ouest, en Béarn, dans le secteur de la Haute-Soule formée des trois vallées qui confluent près de Tardets-Sorholus, au sud de Mauléon, les vingt villages mentionnés dans le censier de 1377 sont toujours là à la fin du XXe siècle, pas un de plus, pas un de moins16. Certes nous ne disposons pas dans cette zone de sources antérieures à la Peste Noire, mais à observer l’abondance de localités et la densité du réseau, on n’imagine pas que ce territoire de huit kilomètres de long et de quatre kilomètres de large ait pu abriter à l’époque féodale un plus grand nombre de villages. On voit mal où des localités supplémentaires auraient pu se nicher. Ce constat laisse penser que le phénomène de totale pérennité observé depuis 1377 est probablement beaucoup plus ancien.

    8C’est sans doute vrai aussi dans les secteurs qui n’ont pas encore fait l’objet d’enquêtes et qui conservent aujourd’hui des réseaux aux mailles serrées. On a de la peine à imaginer qu’ils aient pu à un moment de leur histoire accueillir des densités plus élevées. Comment aurait-on pu détacher de l’assemblage continu de petits finages villageois que constitue chacun de ces secteurs des terroirs où installer de nouvelles communautés ? Cela signifie que l’analyse des réseaux actuels, des limites et de l’organisation interne des territoires cultivables, partout où existent de telles fourmilières, peut apporter de bons indices de la pérennité, à l’échelle d’une vallée ou d’un bassin, du semis des villages, notamment là où la toponymie atteste son ancienneté. Le cas le plus typique est fourni par la vallée de Louron, petit bassin de quatre kilomètres de long et de deux kilomètres de large où s’égrènent de part et d’autre de la rivière deux files de villages. Sur une superficie de moins de dix kilomètres carrés se pressent quinze villages distants de cinq cents à six cents mètres. La présence parmi ces localités de cinq toponymes en « vielle », dérivés de villa – Estarvielle, Loudervielle, Loudenvielle, Adervielle, Vielle-Louron – et deux toponymes en « cazaux » – Cazaux-Dessus et Cazaux-Fréchet – dans le sens d’habitat groupé que ce terme avait aux Xe et XIe siècles en Gascogne, est un indice de leur existence autour de l’An Mil et de leur pérennité postérieure. Ces déductions restent hypothétiques, il ne faut pas le cacher. Pour significatives qu’elles soient, ces densités ne livrent en effet que des indices et nous ne prendrions pas le risque de les utiliser si plusieurs zones des Pyrénées n’offraient pas en même temps que des densités similaires, des sources médiévales témoignant à la fois de leur ancienneté et de la rareté des désertions, par exemple le Davantaygue bigourdan ou la Cerdagne.

    9Seule ombre au tableau, sur le versant français, le bassin de la haute vallée de l’Aude, tout particulièrement le pays de Sault17. Sur les quarante huit localités inventoriées dans l’« état des villes et des lieux » de la baylie de Sault établi entre 1280 et 1310, vingt deux ont cessé d’exister entre le début du XIVe siècle et la fin du XVIe. À ces vingt deux abandons, s’ajoutent trois cas de désertions antérieures au XIVe siècle et deux cas de déperchement de villages castraux des XIIe et XIIIe siècles. Avec un taux de désertion de 53 %-51 % pour l’ensemble des Pyrénées audoises – la baylie de Sault constitue un cas d’exception.

    10Sur le versant espagnol, les terrains d’enquête sont encore peu nombreux. Les premières informations disponibles présentent une situation de contraste entre les Pyrénées catalanes et les Pyrénées aragonaises et navarraises.

    11Côté Catalogne, le territoire de l’ancien diocèse d’Urgell est celui où une enquête d’occupation du sol sur le très long terme apporterait les résultats les plus utiles, d’une part parce qu’on y conserve pour les IXe et Xe siècles des sources écrites permettant de restituer une carte de l’habitat avant l’An Mil, ce qu’on ne peut guère faire ailleurs dans les Pyrénées, si l’on excepte les vallées aragonaises d’Echo et Ansó, d’autre part parce que ces textes révèlent que les villages présentaient dès cette époque les traits qui caractérisent plus tard, sur l’ensemble de la chaîne, le village traditionnel pyrénéen18. L’évaluation des capacités de résistance du village et du réseau porterait en effet sur un habitat dont on sait qu’il a conservé son organisation et ses formes sur plus d’un millénaire, un constat que pour l’instant on ne peut faire dans aucun autre secteur. En attendant cette enquête, ce qui ressort d’une comparaison sommaire de la carte des paroisses des IXe-Xe siècles avec celle des localités actuelles, est que le semis villageois a peu varié. À la pérennité de l’organisation interne du village répond la pérennité du réseau d’habitat, ce qui pose naturellement la question des liens de cause à effet entre les deux phénomènes. Ainsi les cent deux paroisses qui occupaient peu après l’An Mil le haut plateau de Cerdagne, constituent toujours le réseau des villages actuel, à quelques rares unités près19. Pour les Valls d’Àneu, les auteurs de la récente publication du capbreu de 1669, indiquent clairement que le réseau des villages, en place dès avant l’époque féodale, s’est perpétué, sans modification notable, du XIe siècle à nos jours20. Le colloque international d’archéologie qui s’est tenu à Puigcerda en 1994 apporte, cette fois pour l’ensemble des hautes vallées du comté de Pallars, un témoignage supplémentaire sur la pérennité des villages ; la majorité des agglomérations actuelles était déjà en place aux Xe et XIe siècles, sous la dénomination de villae21.

    12À l’ouest de la chaîne, dans les Pyrénées navarraises et les vallées de la région nord occidentale de l’Aragon, le phénomène des désertions présente un cas de figure plus complexe. On peut y distinguer deux modes de comportements. La vallée de Salazar, conformément aux règles pyrénéennes de pérennité de l’habitat, paraît avoir conservé jusqu’au XXe siècle son réseau de peuplement de l’An Mil22. Les autres vallées n’ont pas encore fait l’objet d’études poussées. Il semble cependant que plusieurs d’entre elles ont été affectées aux XIIe et XIIIe siècles par un phénomène de concentration de l’habitat qui a entraîné la disparition de nombreux villages issus de l’expansion des Xe et XIe siècles. Ce constat a pu être fait dans le secteur méridional de la vallée de Roncal où les quatre villages qui au XIe siècle partageaient avec Burgui le territoire actuel de cette localité, étaient désertés en 126823. Il a été établi aussi dans les bassins aragonais des fleuves Aragon et Onsella24. J’ignore ce qu’était le réseau d’habitat de ces vallées aragonaises au début du XIVe siècle et son évolution postérieure. Pour ce qui est des vallées navarraises, les transformations opérées aux XIIe et XIIIe siècles expliquent la coexistence de deux types de réseau, celui de la vallée de Salazar composé d’un nombre élevé de villages et celui de la vallée de Roncal, au semis plus lâche mais constitué de plus grosses agglomérations. Cependant dans les deux cas, la situation des années 1300 s’est perpétuée jusqu’à nos jours25.

    13Au terme de ce rapide survol, on retiendra surtout le caractère de solidité du village pyrénéen, même s’il n’est pas présent dans toutes les zones-tests. Ces vertus de robustesse, souvent même dans plusieurs secteurs, d’indestructibilité, le village les a révélées durant les trois périodes de plus grands périls, les XIe-XIIIe siècles, le bas Moyen Âge et les temps contemporains.

    14La recomposition de l’habitat des XIe-XIIIe siècles, responsable ailleurs de la disparition de pans entiers du tissu villageois, a épargné le monde des vallées, ce qui a limité le nombre des abandons. Les désertions inventoriées dans les Pyrénées datent pour la plupart des XIVe et XVe siècles ; mais les villages, quoique de petite taille, y ont mieux résisté que dans les autres régions. Sur la dernière vague, celle qui s’est amorcée dans la seconde moitié du XIXe siècle et se poursuit aujourd’hui, les données sont encore trop fragmentaires pour que l’on puisse dresser un bilan d’ensemble. Elle ne semble pas, sauf dans les Pyrénées aragonaises, avoir occasionné de gros dommages. On retiendra aussi que ces propriétés de pérennité semblent plus manifestes parmi les « villages à maisons » que parmi les villages castraux. C’est du moins ce que suggèrent les vallées du bassin supérieur de la Garonne et peut-être aussi la vallée du Gave de Pau.

    15Ces premières constatations ne sont qu’un préalable à des recherches qui devraient permettre de rectifier et de compléter le schéma proposé. Mais elles nous autorisent d’ores et déjà à tenter de réunir quelques éléments d’explication, en focalisant l’attention d’abord sur les siècles de croissance de l’époque féodale, puis sur les siècles de tourmente de la fin du Moyen Âge.

    Premiers éléments d’explication

    Aux XIe et XIIe siècles :

    16Les historiens du village ont depuis longtemps décelé un lien de causalité entre les désertions et le vaste mouvement d’agglomération d’où, par des canaux divers, est issu le réseau des villages et des bourgs mis en place à l’époque féodale26. Les XIe, XIIe et XIIIe siècles sont considérés comme la période de naissance du village et de la ville, le plus souvent par un phénomène protéiforme de regroupement des habitats préexistants. La concentration de l’habitat s’est faite au détriment des localités anciennes dont beaucoup ont disparu. Les agglomérations nouvelles ont regroupé les populations qui vivaient jusqu’alors dans des nébuleuses de petites localités, au terme d’un processus qui a affecté les hommes et les terroirs qu’ils exploitaient. Les désertions qui en ont résulté sont bien des désertions de croissance obéissant à une logique de redistribution des populations, sans déficit démographique, et de réaménagement des territoirs, sans retrait des terroirs cultivés.

    17C’est une des singularités des vallées pyrénéennes que d’avoir pour l’essentiel échappé à ce processus de concentration de l’habitat et conservé après l’An Mil les structures pré-féodales27. Alors que tous les secteurs périphériques, au sud comme au nord, ont connu aux XIe-XIIe et XIIIe siècles un phénomène d’agglomération dans les pôles d’attraction qu’ont été partout les bourgs castraux et les villes neuves, et en quelques régions les villages ecclésiaux ou les sauvetés, les vallées pyrénéennes, sans être totalement fermées aux modèles extérieurs, ont su préserver leur habitat traditionnel et limiter ainsi les désertions. Les villages castraux et ecclésiaux ont eu du mal à pénétrer le cœur de la chaîne, les sauvetés, les villes neuves et les bastides sont presque toutes restées à l’écart. Tout atteste pourtant dans le monde des vallées la présence de la féodalité qui explique ailleurs la genèse du village auprès du château, autour de l’église ou du la place du marché. Les résistances opposées par les sociétés montagnardes au mouvement de féodalisation lui ont ôté sa capacité à refaçonner l’habitat. La pâte que formaient les villages et les communautés d’habitants n’était pas modelable. Les châteaux sont nombreux en montagne, mais ils sont souvent venus se greffer sur l’habitat préexistant sans en modifier la structure28. Seules méritent l’appellation de villages castraux quelques agglomérations valléennes liées à des châteaux comtaux ou vicomtaux comme Mauléon-Barousse et Tarascon-sur Ariège ; mais il ne semble pas qu’ils aient fait table rase des villages environnants29. Les Pyrénées ont été plus fermées encore aux villages ecclésiaux, sans doute parce que les châteaux ont inspiré moins de crainte en montagne qu’en plaine et que par voie de conséquence les populations ont moins cherché à se placer sous la protection des églises. Certes ils ne sont pas totalement absents des secteurs de montagne, mais ils se présentent comme un phénomène de pourtour, en Catalogne surtout où ils ont connu leur plus large diffusion30. La solidité du tissu villageois pré-féodal et les résistances des communautés ont réussi à endiguer à la lisière des Pyrénées les flux successifs des villages neufs, sauvetés ou bastides. On ne connaît pas d’exemple de fondation de sauveté dans les vallées pyrénéennes. Quant au front pionnier des bastides, il est venu buter sur les contreforts pyrénéens, sans réussir à s’insinuer dans la montagne elle-même. Les comtes ou vicomtes de Béarn, Bigorre, Comminges et Foix dont les états couvraient à la fois la chaîne et son piémont, ont tous été des promoteurs de bastides, aucun n’est parvenu à en implanter dans les vallées de montagne31. Quant à la genèse de la ville pyrénéenne, elle se situe bien aux XIe-XIIIe siècles, mais sur les marges de la chaîne. Aucune des abbayes présentes dans le monde des vallées n’est à l’origine d’une bourgade ou d’une ville monastique, ni Saint-Savin et Saint-Orens en Bigorre, ni Saint-Béat dans la vallée de la Garonne, ni Saint-Michel de Cuxa ou Arles-sur-Tech dans les Pyrénées catalanes. Seule l’abbaye de Saint-Volusien, au pied du château de Foix et dans son sillage, a donné naissance à une ville. Mais Foix n’est pas à proprement parler une ville de montagne. Alors que les châteaux qui encadrent la chaîne ou contrôlent l’entrée des vallées ont parfois engendré des centres urbains, Bourg-Vieux de Tarbes, Lourdes ou Mauléon-Soule par exemple, les castra pyrénéens ne sont jamais à l’origine de villes. Les villes neuves créées de toutes pièces par la volonté d’un prince ou d’un grand seigneur, sont tout aussi rares. Mise à part la zone catalane où Villefranche est fondée au XIe siècle et Puigcerda entre 1170 et 1177, les Pyrénées n’offrent pas d’exemple de réussite de ville neuve, si ce n’est en pourtour de montagne. Et si l’on examine de près le cas de Puigcerda, cette ville qui en un peu plus d’un siècle est devenue la quatrième ou cinquième ville de Catalogne, avec une population au début du XIVe siècle de 1256 familles, non comprises les familles juives, a sans doute puisé une part importante de ses habitants dans le réseau des villages de Cerdagne, mais sans entraîner de désertions32. Même l’ancienne résidence des comtes de Cerdagne que Puigcerda a remplacée dans ses fonctions de pôle politique, Hix, située à trois kilomètres à peine, a survécu à l’essor de la nouvelle ville. L’agglomération de Puigcerda s’est ajoutée au réseau ancien des villages, sans toucher à son organisation. La ville neuve n’a pas davantage fait le vide autour d’elle que le bourg castral.

    18Les désertions suscitées par les accaparements fonciers poursuivis par les Cisterciens, les Prémontrés et les ordres militaires qui parfois n’ont pas hésité à étendre leurs possessions au détriment des villages, n’ont pas affecté les Pyrénées. Plus que la trame serrée des villages qui couvraient la totalité des terroirs cultivables, ce qui rendait malaisée l’implantation de nouveaux établissements monastiques, ce sont les résistances opposées par les communautés de villages et de vallées. Les quelques établissements cisterciens, prémontrés, hospitaliers et templiers qualifiés de pyrénéens sont en réalité tous situés aux marges de la chaîne. Les seuls domaines que ces établissements ont pu acquérir, se situaient tous au dessus de la limite supérieure des terres agricoles et des prairies, et constituaient des pâturages d’altitude33. Et ces incursions n’ont pas manqué d’entraîner des conflits avec les communautés paysannes qui en revendiquaient le monopole.

    19Si l’on fait abstraction des quelques vallées navarraises et aragonaises où les seigneurs semblent avoir pu mettre en œuvre un remodelage profond des réseaux villageois, force est de constater l’incapacité des féodaux et des moines à imposer aux sociétés pyrénéennes une politique de redistribution des terres et de réaménagement de l’habitat qui aurait entraîné des déplacements de populations et des abandons de villages. Les vagues successives de création de villages castraux ou ecclésiaux et de villes neuves qui en plaine ont tout submergé, ne laissant subsister de l’habitat préexistant que quelques « villages reliques », sont venues se briser sur les flancs de la montagne34. C’est ce qui explique que le modelé villageois des vallées pyrénéennes ait conservé ses formes anciennes. La perpétuation morphologique du village a contribué à assurer la pérennité de l’ensemble du semis légué par les temps carolingiens. Dans une perspective d’histoire comparée, c’est tout le réseau pyrénéen qui fait figure de « réseau relique ».

    Aux XIVe et XVe siècles :

    20Si la trame villageoise n’a pas craqué après 1348, elle ne le doit pas, comme aux XIe-XIIe et XIIIe siècles, à la faiblesse des assauts portés par les formes d’agglomérations concurrentes, car les coups assénés par les calamités ont été suffisamment répétés et rudes pour faire d’irréparables dommages. Elle le doit à la capacité des villages et de leurs habitants à amortir les atteintes et à reprendre leurs forces après chaque attaque. Il est cependant plus facile de faire ce constat que d’en déceler les causes.

    21Dans tous les pays d’Occident où l’habitat avait conservé jusqu’en 1300 des formes disséminées, typiques de l’organisation pré-féodale, la dépression du bas Moyen Âge a généralement causé de multiples abandons. La crise y a en quelque sorte opéré le reclassement que les seigneurs de l’époque féodale n’avaient pu effectuer35. Ce fut le cas notamment dans les bassins pré-pyrénéens du royaume de Navarre qui ont enregistré des taux de désertions supérieurs à 30 % et dépassant fréquemment 40 et 50 %36. Ces pourcentages élevés s’expliquent par la multitude des villages observée au début du XIVe siècle. Dans tous ces secteurs la densité dépassait vingt villages aux cent kilomètres carrés, souvent même, ainsi dans le bassin de Pamplona, trente ou quarante37. L’ampleur du phénomène des despoblados y fut à la mesure des fortes densités. Mais s’il supprima de la carte quantité de villages, il ne modifia pas pour autant les structures de l’habitat qui sont demeurées jusqu’à nos jours celles de l’An Mil, comme fossilisées38. Ce fut aussi le lot de bien d’autres régions des pourtours pyrénéens où les taux de désertions des XIVe et XVe siècles, ont leurs racines, de la même manière, dans les carences du mouvement d’agglomération de l’époque féodale et la stabilité d’un réseau où prédominaient les petites unités de peuplement.

    22Ce lien de causalité entre absence ou faiblesse du processus de regroupement et amplitude des désertions s’observe beaucoup moins dans la chaîne pyrénéenne. Ce n’est pas que la baisse démographique des XIVe et XVe siècles y ait été moins forte et les coups portés par les calamités moins meurtriers, car partout dans les Pyrénées le nombre d’habitants a fléchi de plus de 40 %. C’est simplement que les villages y ont été plus résistants. L’évolution du réseau d’habitat dans les montagnes de Bigorre est à cet égard riche d’enseignements39. Le censier comtal de 1313 et le cartulaire des vicomtes de Lavedan indiquent la population en feux de trente deux villages du Lavedan au début du XIVe siècle40. Ces documents confirment à la fois l’existence d’une poussière de villages et la petite taille de la majorité des localités : seize comptaient de 5 à 13 feux, cinq de 17 à 23, huit de 30 à 47 et trois seulement de 64 à 100 (une moyenne de 20 feux)41. Le censier de Bigorre de 1429 donne la mesure de la dépopulation : ces zones de montagne ont perdu 40,6 % de leurs feux et la baisse s’est sans doute poursuivie après 1429. Sur l’ensemble du Lavedan, non comprise la seigneurie de Castelloubon pour laquelle les chiffres font défaut, parmi les quatre vingt quatre villages recensés, trente neuf ne dépassent pas 10 feux (dont vingt trois entre 1 et 6 feux)42. Le cas le plus significatif est celui de la baronnie des Angles : seize villages abritaient en 1429 de 1 à 8 feux (cinq de 1 à 3 feux et onze de 4 à 8), les quatre autres de 10 à 28 feux. Quoique réduits souvent à une poignée de feux, ces villages ont tenu. La seule désertion enregistrée en Lavedan, celle de Casted-de-Vern, résulte moins de la crise démographique que du statut de castelnau de ce village. Cette localité fortifiée, peuplée de 9 feux en 1313, a probablement fait les frais des destructions perpétrées par les troupes qui vinrent à diverses reprises après 1360 assiéger le château de Lourdes dont elle était peu éloignée. L’évolution de 1313 à 1429 de la population du village de Labassère, dans la baylie de Bagnères-de-Bigorre, mais en lisière du Lavedan, va nous permettre de mesurer les capacités de résistance d’une communauté pourtant très durement touchée par la crise démographique43. Des soixante cinq familles qui peuplaient le village en 1313, deux seulement y vivaient encore en 142944. Mais la possibilité de disposer de très anciennes exploitations vides de leurs habitants (tous les caps casaus vacants), qui offraient à leurs nouveaux occupants, en sus de bâtiments d’habitation encore en état, des terres et des prairies de fauche faciles à remettre en valeur, a attiré onze exploitants venus des villages voisins, en particulier des quatre localités limitrophes de Bagnères, Pousac, Germs et Neuilh, situées à moins de cinq kilomètres de Labassère45. Des cinq qui y ont acquis des caps casaus complets, trois semblent résider sur leur nouvelle tenure, deux habitent encore leur village d’origine. Les six autres se sont contentés d’y accenser quelques prés et un arpent de terre, dans l’attente sans doute d’autres acquisitions46. À l’attrait exercé par le nombre de caps casaus disponibles et la possibilité de choisir parmi ceux qui avaient appartenu aux familles dominantes, les mieux dotés en terres, en bâtiments et en équipements, s’est ajouté celui de palombières réputées47. Sans compter que l’administration seigneuriale, pour favoriser la survie du village et sauvegarder ses revenus, a consenti aux nouveaux tenanciers, comme elle l’avait fait pour les anciens, de fortes réductions de redevances48. Le censier nous décrit un village qui a été près de succomber et où, autour des deux derniers représentants des vieilles familles, est en train de se former un embryon de communauté nouvelle, encore numériquement fragile, mais riche des potentialités qu’offraient l’habitat et les terroirs49. Labassère est redevenu le village qu’il était50.

    23Hors des montagnes de Bigorre, la crise du bas Moyen Âge a tout de même entraîné des abandons, mais, sauf dans le Pays de Sault et la haute vallée de l’Aude, ils ont été moins nombreux que dans les régions qui encadrent les Pyrénées. Faut-il rappeler que les quelques désertions relevées dans les bassins supérieurs de l’Ariège et de la Garonne sont pour la plupart datés de la fin du Moyen Âge. Plus significative est sans doute la prédominance observée par Gérard Pradalié, parmi les villages abandonnés des secteurs qu’il a prospectés, des villages castraux51. L’exemple bigourdan du castelnau de Casted-de-Vern conforte ses conclusions et invite à analyser sur l’ensemble des Pyrénées les comportements respectifs des villages castraux et des « villages à maisons » face aux difficultés des XIVe et XVe siècles. Il est probable que se vérifierait son hypothèse d’une plus grande stabilité des villages traditionnels.

    24Si l’on veut véritablement trouver les raisons de la pérennité de l’habitat valléen, il importe de se reporter au magistral essai que Benoît Cursente a récemment consacré aux sociétés de la Gascogne médiévale52. Dans le « bourg casalier » des villages d’Ossau qu’il voit fonctionner à la fin du Moyen Âge, les « maisons casalères » agissent comme autant de matrices du tissu villageois53. C’est autour d’elles que se fait la croissance « casalière » que restituent ses sources. Les maisons dominantes (« casalères ») « allotissent leur bien-fonds au profit de maisons-filles, ou bien de "botoys" tributaires, ce qui se traduit à la fois par une dilatation vers la périphérie et par la densification progressive du bâti dans les espaces interstitiels »54. Dans le processus inverse de décroissance on peut raisonnablement imaginer que les maisons-filles et les maisons tributaires ont été plus durement affectées que les maisons « casalères » qui, en se perpétuant par temps de crise, ont continué à assurer leur fonction de matrices, cette fois en contrôlant le mouvement de rétraction du bâti et en maintenant le village en vie. Benoît Cursente étudie en détail le processus de perpétuation des maisons dominantes en Béarn55. J’en rapppelerai les grandes lignes. « Le Béarn de la fin du Moyen Âge, écrit-il, est un pays de maisons quasi immortelles »56. Ces vertus d’immortalité tiennent d’abord à la qualité de construction et à la valeur marchande des « maisons casalères », autant d’éléments matériels liés à leur puissance économique et à leur droit de propriété sur les pâturages, qui peuvent aider à comprendre qu’en temps de crise, elles étaient les dernières à être abandonnées et que, lorsqu’elles l’étaient, elles trouvaient vite un repreneur. Les magistrats municipaux prenaient directement en main la destinée des maisons abandonnées et veillaient à ce qu’elles ne soient pas démembrées afin de faciliter leur reprise par vente ou « affièvement » à fief nouveau. Ils assuraient aussi la survie des maisons en péril, notamment en organisant des tutelles d’orphelins mineurs. Comme les représentants de la communauté étaient majoritairement choisis parmi les possesseurs de « maisons casalères », ils leur dispensaient des soins privilégiés. Les règles de dévolution coutumière et une politique de « bon gouvernement » des maisons contribuaient aussi à assurer leur pérennité57. Attentives à perpétuer la maison, ces sociétés pyrénéo-gasconnes ont œuvré ainsi à perpétuer le village. La pérennité du village valléen est inhérente par conséquent à la « société de maisons ».

    Notes de bas de page

    1 Travaux de prospection et d’inventaire effectués de 1988 à 1991 par Gérard Pradalié pour le Moyen Âge et Robert Sablayroles pour l’Antiquité, dans le cadre du Centre de Recherche Archéologique de l’Université de Toulouse-le-Mirail. La prospection a été conduite en 1988 dans la vallée de la Barousse et la plaine de Rivière, en 1989 dans la vallée de Saint-Béat, en 1990 dans la vallée de Luchon, en 1991 dans les vallées d’Oueil et Larboust. Les méthodes mises en œuvre, étude bibliographique, étude des archives communales et départementales, photo-interprétation des clichés verticaux de l’I.G.N., photo aérienne oblique, enquête écrite et orale, parcours systématique du terrain, assurent à ces travaux un degré de fiabilité que l’on ne retrouve dans aucune autre enquête pyrénéenne.

    2 Bavart était situé sur la rive droite de la Garonne, sur un replat où se trouvent les vestiges d’une église romane et d’un habitat aménagé en terrasses. Le hameau est aujourd’hui au pied de la pente. Le village, sans doute plus important qu’actuellement, a donné son nom au Bavartès. Lez constituait au Moyen Âge un site castral juxtaposant, sur un mamelon rocheux un petit château (avec tour) et des terrasses d’habitat. Le village a glissé vers le site actuel du village de Lez. Le site de Cier-de-Luchon, un verrou glaciaire, associait au Moyen Âge un château et un habitat qui ont été abandonnés au profit d’un village installé au pied du verrou. Sainte-Christine présente un cas rare d’habitat rassemblé autour d’une église et d’un château situés au Moyen Âge sur un replat et qui a glissé vers le site de l’actuel village de Montauban-de-Luchon.

    3 Batpouey, sur le territoire de la commune de Mauléon-Barousse, était au Moyen Âge un village perché, déserté, selon la tradition, à la suite d’une épidémie. Une maison existait encore au début du XXe siècle. Des traces d’habitat sont encore visibles. Le village possédait une église paroissiale au XIVe siècle. Sériail, au sud-est de Fos, près du poste de douane, formait un petit site castral associant, sur un verrou glaciaire, au beau milieu de la vallée, un château et un habitat subordonné. Castelvieil, au nord de Luchon, était un site castral avec sa tour et un habitat. Castelblanquat constituait un autre site castral formé d’un château comtal et d’un petit habitat subordonné. Le site de la motte castrale du Larboust, à l’ouest de l’église de Garin, conserve les restes d’une tour et de terrasses d’habitat.

    4 Un village a peut-être existé aux abords du château de Rouziat ou de Montclar, sur la rive gauche de la Garonne. Mais s’il y a eu un habitat, il n’ a jamais été important. Le territoire de la commune d’Esbareich, en Barousse, englobe une partie du terroir de Peyremilla (l’autre partie appartient à Sost). Peyremilla, encore mentionné en 1384 et 1387, constituait une paroisse. La tradition parle d’un village abandonné à la suite d’une épidémie de peste. Selon l’enquête orale, deux sites pourraient correspondre à l’emplacement de Peyremilla, le hameau de Granges ou un amoncellement de blocs, en bordure d’un chemin, à la limite des communes d’Esbareich et de Mauléon-Barousse. La commune d’Aula a annexé le territoire de deux paroisses médiévales : Sainte-Marie-de-Lers (première mention en 1384), dont subsistent les ruines d’une petite église et des traces d’emplacements de maisons, Adignac (première mention en 1387) avec les vestiges d’une église et d’un habitat. Balestas était le siège d’une paroisse médiévale. Le village se situait à la limite des communes de Cazarilh et de Thèbe qui se sont partagé son territoire. Pas de vestiges.

    5 Les villages abandonnés de Rouziet, Sériail, Castelvieil, Castelblanquat et celui qui accompagnait la motte située à l’entrée du Larboust, ainsi que les trois villages déperchés de Lez, Cier-de-Luchon et Sainte-Christine.

    6 Parmi les conclusions, pour la période médiévale, du rapport de prospection, on relève le constat que l’extension des terroirs agricoles à l’époque féodale n’a pas fait naître de nouveaux villages, hormis les quelques villages castraux nés de l’implantation du système féodal. Le réseau constitué de « petits villages ouverts » peu distants les uns des autres, qui existait au début du XIe siècle, s’est perpétué jusqu’à nos jours. Les vallées de Larboust et d’Oueil offrent deux très beaux exemples de la pérennité des « villages casaliers » (consulter notamment le fascicule rédigé par Denis Pinel, Vallées d’Oueil et du Larboust, randonnée architecurale en villages pyrénéens, éditions Loubatières, collection Randonnées d’architecture en Haute-Garonne, n° 2, 1989 ; voir en particulier les plans de Cazeaux et de Bourg-d’Oueil, p. 18 et 26).

    7 F. Guillot, Fortifications, pouvoirs, peuplement en Sabarthès (haute-Ariège) du début du XIe au début du XVe siècle, thèse de l’Université de Toulouse-le-Mirail, 1997, 3 tomes. L’enquête porte sur les territoires de 71 communes actuelles.

    8 Nous n’avons pas pris en compte les quatre cas de déperchement des villages castraux de Montaillou, Auzat, Goulier et Lordat. La thèse de F. Guillot ne s’attache pas spécialement à une analyse systématique des désertions de villages. Elle ne leur consacre que trois pages dans son volume de synthèse (tome 1, p. 359 – 361). Mais les 71 notices communales présentées dans le tome 2 fournissent toutes les informations souhaitées. Ce sont elles qui m’ont permis de dresser ce rapide bilan.

    9 Il s’agit des villages de Pech-Saint-Pierre, Ornac, Saint-Vincent d’Onost, Castelpenent, Laburat, Sourdeign et Arniguel. Pech-Saint-Pierre, situé sur le territoire de la commune d’Albiès, vers 840 mètres d’altitude (ruine d’un ermitage), est qualifié en 1074 de villa cum ecclesia, cité comme église paroissiale en 1228 ; un acte de 1385 y fait mention d’un desservant. Castelpenent, sur le territoire d’Amplaing, vers 590 mètres d’altitude, est un castellum en 1095 et figure comme villa dans l’enquête de 1272 (dernière mention). Les villages d’Ornac et de Saint-Vincent étaient situés sur le territoire de la commune d’Auzat. Ornac, villa dans l’enquête de 1272 et servi par un clerc en 1320, figure encore comme hameau sur la carte de Cassini ; les cartes actuelles portent mention des granges d’Ournac. Saint-Vincent d’Onost, église ruinée sur la carte de Cassini, fait l’objet de plusieurs mentions dans les actes des XIe et XIIe siècles. Laburat était situé sur le territoire de la commune de Lapège ; qualifié de villa en 1272, ce village doté d’une église est mentionné aussi en 1182 et 1324. Sourdeign et Arniguel étaient situés sur le territoire de la commune de Verdun. Sourdeign, vers 850 mètres d’altitude, figure comme villa dans le document de 1272 ; le village possédait une petite église. Arniguel, à 900 mètres d’altitude, est une des villae citées par l’enquête de 1272 ; on y trouvait une église au XVIIe siècle.

    10 Sourtadeil, sur le territoire de la commune de Luzenac, villa en 1272 et peuplé de 3 feux en 1385, figure comme simple hameau, sans église, sur la carte de Cassini. Lourdenac, sur le territoire d’Orus, vers 1100 mètres d’altitude, est cité comme villa dans un texte de 1185 ; la dernière mention date de 1385 (8 feux). La villa de Planho (enquête de 1272), sur le territoire de la commune de Siguer semble-t-il, n’a laissé aucune trace repérable (non localisé). Sauzet, cité comme villa en 1272, constituait encore au XVIIe siècle un hameau, situé sur le territoire de Vicdessos. Lujat, sur le territoire d’Ornolac Ussat-les-Bains, vers 950 mètres d’altitude, est mentionné comme casal en 1149 et en 1177 ; il figure dans l’enquête de 1385 (avec 6 feux) puis dans un acte du XVe siècle. Le village est en ruines au XVIIe siècle.

    11 Le village actuel de Banat dont la première mention date de 970, était en 1385 une localité formée de deux noyaux, Banat-Dessus (13 feux) et Banat-Dejo (4 feux). Les actes postérieurs ne mentionnent à partir du XVe siècle que Banat-Dessus. Larramade, sur le territoire de la commune d’Illier-et-Larramade, constituait aussi une communauté bi-polaire, Larramade-d’en-Bas et Larramade-d’en-Haut. Des deux noyaux, un seul subsiste au XXe siècle.

    12 Artolh et Assuert étaient situés sur le territoire de Capoulet-et-Junac. Assuert est mentionné dans l’enquête de 1272, Artolh dans un acte de 1401. Ces deux villages n’ont pu être localisés.

    13 Le premier document qui apporte des informations démographiques est postérieur à la peste de 1348 et date de 1385. Ce relevé précise le nombre de feux de quatre seulement de ces villages désertés du Sabarthès, entre 3 et 8 feux. Les douze autre villages ne figurent pas dans ce document, soit parce qu’ils étaient dépeuplés, soit parce qu’ils ne constituaient que des annexes de paroisses et n’ont pu être recensés.

    14 M. Berthe, Le comté de Bigorre, un milieu rural au bas Moyen Âge, Paris, 1976.

    15 Ibid., tableau I, « Inventaire des communautés du Comté de Bigorre aux XIVe et XVe siècles, les communautés de montagne », p. 26-31. Pour le début du XIVe siècle, les informations sont fournies par les Debita Regi Navarre de 1313, l’enquête de 1300 et une liste des paroisses du diocèse de Tarbes de 1342 (p. 25). La haute vallée de l’Adour, en amont de la ville de Barèges, dans ce même comté de Bigorre, n’a enregistré aucune désertion définitive entre 1300 et la fin du XXe siècle.

    16 R. Ciérbide, éd., Le censier gothique de Soule, Saint-Etienne de Baigorry, 1994.

    17 C. Raynaud, « Les villages disparus du Moyen Âge en pays de Sault », dans Pays de Sault. Espaces, peuplement, populations, Éditions du C.N.R.S., Centre Régional de Publication de Toulouse, 1969, p. 171 – 199. Cet article tire sa matière du mémoire de maîtrise que C. Raynaud a consacré à l’étude des désertions dans les Pyrénées audoises : Villages disparus dans les Pyrénées audoises : les désertions médiévales (Ve-XVIe siècle), Université de Toulouse-le-Mirail, 1985.

    18 M. Berthe, « Le village et la maison en Cerdagne du milieu du IXe siècle au début du XIe », ci-dessus, troisième partie.

    19 Le censier de l’église d’Urgell du XIe siècle mentionne pour la Cerdagne cent deux lieux de perception des cens et autres droits dûs à l’évêque. Sur les quelques modifications survenues dans la carte de l’habitat, consulter C. Chayé, L’habitat et la vie rurale en Cerdagne du IXe au XIe siècle, mémoire de maîtrise, Université de Toulouse-le-Mirail, 1988, p. 88.

    20 I. Alonso, M. Miquel et J. I. Padilla, Àneu a Pams. El capbreu de les Valls d’Àneu de 1669, Conseil Cultural de les Valls d’Àneu, 1995, p. 14 : « el manteniment dels 21 nuclés consignats fins al començament del segle XX avala la permanencia d’un mateix model d’habitat a les valls d’almenys al segle XI... anterior a la mateixa feudalització »...

    21 J. A. Adell i Gisbert et E. Riu Barrera, « Formes d’urbanisme, implantació d’esglesies i feudalisme a les valls altes del comtat de Pallars », X Colloqui Internacional d’Arqueologia de Puigcerda, 1994, p. 625 – 629.

    22 J. J. Larrea, « Notas sobre los origines del poblamiento del valle de Salazar (Navarra) », ci-dessus, troisième partie.

    23 Ibid.

    24 C. Laliena et Ph. Sénac, Musulmans et chrétiens dans le haut Moyen Âge : aux origines de la Reconquête aragonaise, Paris, 1991, p. 79 – 82. C. Laliena et J. F. Utrilla Utrilla, « La formación del habitát agrupado en el Pirineo Central en los siglos XII y XIII : poder político y control social », ci-dessus, deuxième partie.

    25 M. Berthe, Famines et épidémies dans les campagnes navarraises à la fin du Moyen Âge, Paris, 1984, p. 490. Une seule communauté a été désertée dans l’ensemble des terres formées par les vallées d’Arce, Salazar, Roncal et Navascués, dans la merindad de Sangüesa. On ne compte pas plus de trois désertions parmi les 76 villages des vallées pyrénéennes de la Merindad de Pamplona.

    26 M. Berthe, « Les désertions de village au Moyen Âge. Phénomène lié à la croissance ou phénomène lié à la crise ? L’exemple du sud-ouest de la France », dans Terres et hommes du sud, Hommage à Pierre Tucoo-Chala, 1992, p. 93 – 105.

    27 B. Cursente, Des maisons et des hommes. La Gascogne médiévale (XIe-XVe siècle), Toulouse, 1998.

    28 G. Pradalié, « Châteaux médiévaux et habitat groupé : le cas des Pyrénées garonnaises », ci-dessus, deuxième partie.

    29 Les tentatives menées en montagne pour créer des castra de peuplement ont souvent échoué. On peut citer l’exemple de Vidalos, dans le comté de Bigorre. Le château de Vidalos, construit en 1174 à sept kilomètres de Lourdes, devint en 1256 un castrum populatum doté en 1257 d’une charte de peuplement concédée par le comte de Bigorre. Le village a été fondé mais les habitants ne sont pas venus en nombre. Le castrum ne comptait que 9 feux en 1313 et 4 feux en 1429. Il est clair qu’il n’a pas fait le vide autour de lui. (B. Cursente, Des maisons et des hommes, p. 195, 197 et 227 – texte de la charte, note 32 ; M. Berthe, Le comté de Bigorre, p. 27).

    30 A. Catafau, Les celleres et la naissance du village en Roussillon (Xe-XVe s.), Perpignan, 1998 ; « Le rôle de l’église dans la structuration de l’habitat sur le versant français des Pyrénées. L’exemple du Conflent », ci-dessus, deuxième partie.

    31 L’affaire qui a suivi la fondation en 1331 de la bastide bigourdane de Cros est, sur les difficultés rencontrées par les grands seigneurs et les princes (ici, le roi de France) auprès des populations des montagnes du Lavedan, riche de signification. Le sénéchal de Bigorre a voulu obliger les habitants du Lavedan à venir peupler la bastide qu’il venait de créer, entre Saint-Pé et Peyrouse, au débouché de la montagne. Les Lavedanais adressèrent des plaintes au roi de France. Au terme d’une procédure qui dura jusqu’en 1338, les habitants des vallées reçurent la promesse de ne pas être déplacés contre leur gré dans les nouvelles bastides (M. Berthe, Le Comté de Bigorre, p. 198, note 10).

    32 Cl. Denjean, Une communauté juive au prisme du notariat chrétien. Les Juifs de Puigcerda de 1260 à 1493, thèse de l’Université de Toulouse-le-Mirail, 1997, t. 1, p. 28. Le nombre de familles est tiré d’un registre de 1345.

    33 Par exemple en Cerdagne (Massif du Carlit) ou en Bigorre (cirque de Gavarnie).

    34 L’expression « villages-reliques » est de D. Baudreu, « Des villages ouverts dans la plaine de l’Aude : une anomalie ? » dans Les sociétés méridionales à l’âge féodal, Hommage à Pierre Bonnassie, Toulouse 1999, p. 133 – 140.

    35 M. Berthe, « Les désertions de villages au Moyen Âge. Phénomène lié à la croissance ou phénomène lié à la crise ?... », art. cité, p. 102

    36 M. Berthe, Famines et épidémies dans les campagnes navarraises..., chap. XVII, p. 489 – 521.

    37 Ibid., chap. III, p. 194 – 196.

    38 J. J. Larrea, La Navarre du IVe au XIIe siècle, peuplement et société, p. 508 – 509 ; l’auteur précise p. 509 que « la crise du bas Moyen Âge met en relief à la fois la faiblesse de ces petits villages, pris individuellement, et la solidité du réseau de peuplement mis en place avant l’an Mil ».

    39 M. Berthe, Le Comté de Bigorre, chap. I, p. 21 – 59.

    40 Ces données démographiques concernent six des huit villages du val d’Azun, seize des dix neuf villages de la seigneurie de Castelloubon, trois des vingt quatre villages du Davantaygue, deux des dix villages de l’Estrème de Salles, quatre des vingt villages de la baronnie des Angles, un des sept villages de la vallée de Cauterets.

    41 Parmi ces trente deux villages, il convient de distinguer les six villages du val d’Azun (dont la population moyenne était de 56 feux) des vingt six autres (dont la moyenne était de 11,8 feux). C’est dans le val d’Azun que se situaient les trois villages comptant de 64 à 100 feux.

    42 Les six villages du val d’Azun sont tombés à une moyenne de 39 feux. Des vingt six autres pour lesquels nous disposions de chiffres au début du XIVe siècle, dix seulement livrent leur nombre de feux en 1429 : leur moyenne en 1313 était de 12,3 feux, leur moyenne en 1429 de 6,8 feux seulement.

    43 M. Berthe, Le Comté de Bigorre, pièces justificatives, p. 171 – 172. Le censier de 1429 signale que le nombre d’habitants est très réduit : « par so que los habitantz son petitz no si ten cort ».

    44 Bernat de Lafalha qui « ten lo cap casau de Lafalha ab sas apertenensas... Plus ten lo cap casau de Darerbie... » ; Bidau de Balastet qui « ten la cap casau deu Balastet ». Ces trois caps casaus figuraient dans la liste de 1313.

    45 Trois sont venus de Germs, deux de Pousac, un de Neuilh, un de Bagnères, un autre de Silhen, village du Davantaygue. Pour les trois autres le censier ne précise pas le village d’origine.

    46 Tous habitants de Pousac, Germs et Neuilh.

    47 Ils sont trois tenanciers à posséder des palomeras.

    48 Alors que les tenanciers de 1313 acquittaient tous, en sus de redevances en deniers, de lourdes redevances en produits du sol, ceux de 1429 ne versent plus que des sous et deniers stipulés dans des monnaies très dévaluées.

    49 Ajoutons que deux des tenanciers cumulaient en 1429 l’exploitation de deux caps casaus.

    50 Labassère comptait 460 habitants dans les années 1970.

    51 G. Pradalié, « Châteaux médiévaux et habitat groupé : le cas des Pyrénées garonnaises », ci-dessus, deuxième partie : « ... les villages castraux ont le plus fort taux de déplacement ou de désertion des vallées garonnaises ».

    52 B. Cursente, Des maisons et des hommes...

    53 Ibid., p. 414 – 422.

    54 Ibid., p. 414.

    55 Ibid., chap. IX, « Histoires de maisons, bribes béarnaises », p. 481 – 548.

    56 Ibid., p. 501.

    57 Ibid., p. 489 et 495.

    Auteur

    • Maurice Berthe

      Professeur émérite, Université de Toulouse-Le Mirait

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    1 Travaux de prospection et d’inventaire effectués de 1988 à 1991 par Gérard Pradalié pour le Moyen Âge et Robert Sablayroles pour l’Antiquité, dans le cadre du Centre de Recherche Archéologique de l’Université de Toulouse-le-Mirail. La prospection a été conduite en 1988 dans la vallée de la Barousse et la plaine de Rivière, en 1989 dans la vallée de Saint-Béat, en 1990 dans la vallée de Luchon, en 1991 dans les vallées d’Oueil et Larboust. Les méthodes mises en œuvre, étude bibliographique, étude des archives communales et départementales, photo-interprétation des clichés verticaux de l’I.G.N., photo aérienne oblique, enquête écrite et orale, parcours systématique du terrain, assurent à ces travaux un degré de fiabilité que l’on ne retrouve dans aucune autre enquête pyrénéenne.

    2 Bavart était situé sur la rive droite de la Garonne, sur un replat où se trouvent les vestiges d’une église romane et d’un habitat aménagé en terrasses. Le hameau est aujourd’hui au pied de la pente. Le village, sans doute plus important qu’actuellement, a donné son nom au Bavartès. Lez constituait au Moyen Âge un site castral juxtaposant, sur un mamelon rocheux un petit château (avec tour) et des terrasses d’habitat. Le village a glissé vers le site actuel du village de Lez. Le site de Cier-de-Luchon, un verrou glaciaire, associait au Moyen Âge un château et un habitat qui ont été abandonnés au profit d’un village installé au pied du verrou. Sainte-Christine présente un cas rare d’habitat rassemblé autour d’une église et d’un château situés au Moyen Âge sur un replat et qui a glissé vers le site de l’actuel village de Montauban-de-Luchon.

    3 Batpouey, sur le territoire de la commune de Mauléon-Barousse, était au Moyen Âge un village perché, déserté, selon la tradition, à la suite d’une épidémie. Une maison existait encore au début du XXe siècle. Des traces d’habitat sont encore visibles. Le village possédait une église paroissiale au XIVe siècle. Sériail, au sud-est de Fos, près du poste de douane, formait un petit site castral associant, sur un verrou glaciaire, au beau milieu de la vallée, un château et un habitat subordonné. Castelvieil, au nord de Luchon, était un site castral avec sa tour et un habitat. Castelblanquat constituait un autre site castral formé d’un château comtal et d’un petit habitat subordonné. Le site de la motte castrale du Larboust, à l’ouest de l’église de Garin, conserve les restes d’une tour et de terrasses d’habitat.

    4 Un village a peut-être existé aux abords du château de Rouziat ou de Montclar, sur la rive gauche de la Garonne. Mais s’il y a eu un habitat, il n’ a jamais été important. Le territoire de la commune d’Esbareich, en Barousse, englobe une partie du terroir de Peyremilla (l’autre partie appartient à Sost). Peyremilla, encore mentionné en 1384 et 1387, constituait une paroisse. La tradition parle d’un village abandonné à la suite d’une épidémie de peste. Selon l’enquête orale, deux sites pourraient correspondre à l’emplacement de Peyremilla, le hameau de Granges ou un amoncellement de blocs, en bordure d’un chemin, à la limite des communes d’Esbareich et de Mauléon-Barousse. La commune d’Aula a annexé le territoire de deux paroisses médiévales : Sainte-Marie-de-Lers (première mention en 1384), dont subsistent les ruines d’une petite église et des traces d’emplacements de maisons, Adignac (première mention en 1387) avec les vestiges d’une église et d’un habitat. Balestas était le siège d’une paroisse médiévale. Le village se situait à la limite des communes de Cazarilh et de Thèbe qui se sont partagé son territoire. Pas de vestiges.

    5 Les villages abandonnés de Rouziet, Sériail, Castelvieil, Castelblanquat et celui qui accompagnait la motte située à l’entrée du Larboust, ainsi que les trois villages déperchés de Lez, Cier-de-Luchon et Sainte-Christine.

    6 Parmi les conclusions, pour la période médiévale, du rapport de prospection, on relève le constat que l’extension des terroirs agricoles à l’époque féodale n’a pas fait naître de nouveaux villages, hormis les quelques villages castraux nés de l’implantation du système féodal. Le réseau constitué de « petits villages ouverts » peu distants les uns des autres, qui existait au début du XIe siècle, s’est perpétué jusqu’à nos jours. Les vallées de Larboust et d’Oueil offrent deux très beaux exemples de la pérennité des « villages casaliers » (consulter notamment le fascicule rédigé par Denis Pinel, Vallées d’Oueil et du Larboust, randonnée architecurale en villages pyrénéens, éditions Loubatières, collection Randonnées d’architecture en Haute-Garonne, n° 2, 1989 ; voir en particulier les plans de Cazeaux et de Bourg-d’Oueil, p. 18 et 26).

    7 F. Guillot, Fortifications, pouvoirs, peuplement en Sabarthès (haute-Ariège) du début du XIe au début du XVe siècle, thèse de l’Université de Toulouse-le-Mirail, 1997, 3 tomes. L’enquête porte sur les territoires de 71 communes actuelles.

    8 Nous n’avons pas pris en compte les quatre cas de déperchement des villages castraux de Montaillou, Auzat, Goulier et Lordat. La thèse de F. Guillot ne s’attache pas spécialement à une analyse systématique des désertions de villages. Elle ne leur consacre que trois pages dans son volume de synthèse (tome 1, p. 359 – 361). Mais les 71 notices communales présentées dans le tome 2 fournissent toutes les informations souhaitées. Ce sont elles qui m’ont permis de dresser ce rapide bilan.

    9 Il s’agit des villages de Pech-Saint-Pierre, Ornac, Saint-Vincent d’Onost, Castelpenent, Laburat, Sourdeign et Arniguel. Pech-Saint-Pierre, situé sur le territoire de la commune d’Albiès, vers 840 mètres d’altitude (ruine d’un ermitage), est qualifié en 1074 de villa cum ecclesia, cité comme église paroissiale en 1228 ; un acte de 1385 y fait mention d’un desservant. Castelpenent, sur le territoire d’Amplaing, vers 590 mètres d’altitude, est un castellum en 1095 et figure comme villa dans l’enquête de 1272 (dernière mention). Les villages d’Ornac et de Saint-Vincent étaient situés sur le territoire de la commune d’Auzat. Ornac, villa dans l’enquête de 1272 et servi par un clerc en 1320, figure encore comme hameau sur la carte de Cassini ; les cartes actuelles portent mention des granges d’Ournac. Saint-Vincent d’Onost, église ruinée sur la carte de Cassini, fait l’objet de plusieurs mentions dans les actes des XIe et XIIe siècles. Laburat était situé sur le territoire de la commune de Lapège ; qualifié de villa en 1272, ce village doté d’une église est mentionné aussi en 1182 et 1324. Sourdeign et Arniguel étaient situés sur le territoire de la commune de Verdun. Sourdeign, vers 850 mètres d’altitude, figure comme villa dans le document de 1272 ; le village possédait une petite église. Arniguel, à 900 mètres d’altitude, est une des villae citées par l’enquête de 1272 ; on y trouvait une église au XVIIe siècle.

    10 Sourtadeil, sur le territoire de la commune de Luzenac, villa en 1272 et peuplé de 3 feux en 1385, figure comme simple hameau, sans église, sur la carte de Cassini. Lourdenac, sur le territoire d’Orus, vers 1100 mètres d’altitude, est cité comme villa dans un texte de 1185 ; la dernière mention date de 1385 (8 feux). La villa de Planho (enquête de 1272), sur le territoire de la commune de Siguer semble-t-il, n’a laissé aucune trace repérable (non localisé). Sauzet, cité comme villa en 1272, constituait encore au XVIIe siècle un hameau, situé sur le territoire de Vicdessos. Lujat, sur le territoire d’Ornolac Ussat-les-Bains, vers 950 mètres d’altitude, est mentionné comme casal en 1149 et en 1177 ; il figure dans l’enquête de 1385 (avec 6 feux) puis dans un acte du XVe siècle. Le village est en ruines au XVIIe siècle.

    11 Le village actuel de Banat dont la première mention date de 970, était en 1385 une localité formée de deux noyaux, Banat-Dessus (13 feux) et Banat-Dejo (4 feux). Les actes postérieurs ne mentionnent à partir du XVe siècle que Banat-Dessus. Larramade, sur le territoire de la commune d’Illier-et-Larramade, constituait aussi une communauté bi-polaire, Larramade-d’en-Bas et Larramade-d’en-Haut. Des deux noyaux, un seul subsiste au XXe siècle.

    12 Artolh et Assuert étaient situés sur le territoire de Capoulet-et-Junac. Assuert est mentionné dans l’enquête de 1272, Artolh dans un acte de 1401. Ces deux villages n’ont pu être localisés.

    13 Le premier document qui apporte des informations démographiques est postérieur à la peste de 1348 et date de 1385. Ce relevé précise le nombre de feux de quatre seulement de ces villages désertés du Sabarthès, entre 3 et 8 feux. Les douze autre villages ne figurent pas dans ce document, soit parce qu’ils étaient dépeuplés, soit parce qu’ils ne constituaient que des annexes de paroisses et n’ont pu être recensés.

    14 M. Berthe, Le comté de Bigorre, un milieu rural au bas Moyen Âge, Paris, 1976.

    15 Ibid., tableau I, « Inventaire des communautés du Comté de Bigorre aux XIVe et XVe siècles, les communautés de montagne », p. 26-31. Pour le début du XIVe siècle, les informations sont fournies par les Debita Regi Navarre de 1313, l’enquête de 1300 et une liste des paroisses du diocèse de Tarbes de 1342 (p. 25). La haute vallée de l’Adour, en amont de la ville de Barèges, dans ce même comté de Bigorre, n’a enregistré aucune désertion définitive entre 1300 et la fin du XXe siècle.

    16 R. Ciérbide, éd., Le censier gothique de Soule, Saint-Etienne de Baigorry, 1994.

    17 C. Raynaud, « Les villages disparus du Moyen Âge en pays de Sault », dans Pays de Sault. Espaces, peuplement, populations, Éditions du C.N.R.S., Centre Régional de Publication de Toulouse, 1969, p. 171 – 199. Cet article tire sa matière du mémoire de maîtrise que C. Raynaud a consacré à l’étude des désertions dans les Pyrénées audoises : Villages disparus dans les Pyrénées audoises : les désertions médiévales (Ve-XVIe siècle), Université de Toulouse-le-Mirail, 1985.

    18 M. Berthe, « Le village et la maison en Cerdagne du milieu du IXe siècle au début du XIe », ci-dessus, troisième partie.

    19 Le censier de l’église d’Urgell du XIe siècle mentionne pour la Cerdagne cent deux lieux de perception des cens et autres droits dûs à l’évêque. Sur les quelques modifications survenues dans la carte de l’habitat, consulter C. Chayé, L’habitat et la vie rurale en Cerdagne du IXe au XIe siècle, mémoire de maîtrise, Université de Toulouse-le-Mirail, 1988, p. 88.

    20 I. Alonso, M. Miquel et J. I. Padilla, Àneu a Pams. El capbreu de les Valls d’Àneu de 1669, Conseil Cultural de les Valls d’Àneu, 1995, p. 14 : « el manteniment dels 21 nuclés consignats fins al començament del segle XX avala la permanencia d’un mateix model d’habitat a les valls d’almenys al segle XI... anterior a la mateixa feudalització »...

    21 J. A. Adell i Gisbert et E. Riu Barrera, « Formes d’urbanisme, implantació d’esglesies i feudalisme a les valls altes del comtat de Pallars », X Colloqui Internacional d’Arqueologia de Puigcerda, 1994, p. 625 – 629.

    22 J. J. Larrea, « Notas sobre los origines del poblamiento del valle de Salazar (Navarra) », ci-dessus, troisième partie.

    23 Ibid.

    24 C. Laliena et Ph. Sénac, Musulmans et chrétiens dans le haut Moyen Âge : aux origines de la Reconquête aragonaise, Paris, 1991, p. 79 – 82. C. Laliena et J. F. Utrilla Utrilla, « La formación del habitát agrupado en el Pirineo Central en los siglos XII y XIII : poder político y control social », ci-dessus, deuxième partie.

    25 M. Berthe, Famines et épidémies dans les campagnes navarraises à la fin du Moyen Âge, Paris, 1984, p. 490. Une seule communauté a été désertée dans l’ensemble des terres formées par les vallées d’Arce, Salazar, Roncal et Navascués, dans la merindad de Sangüesa. On ne compte pas plus de trois désertions parmi les 76 villages des vallées pyrénéennes de la Merindad de Pamplona.

    26 M. Berthe, « Les désertions de village au Moyen Âge. Phénomène lié à la croissance ou phénomène lié à la crise ? L’exemple du sud-ouest de la France », dans Terres et hommes du sud, Hommage à Pierre Tucoo-Chala, 1992, p. 93 – 105.

    27 B. Cursente, Des maisons et des hommes. La Gascogne médiévale (XIe-XVe siècle), Toulouse, 1998.

    28 G. Pradalié, « Châteaux médiévaux et habitat groupé : le cas des Pyrénées garonnaises », ci-dessus, deuxième partie.

    29 Les tentatives menées en montagne pour créer des castra de peuplement ont souvent échoué. On peut citer l’exemple de Vidalos, dans le comté de Bigorre. Le château de Vidalos, construit en 1174 à sept kilomètres de Lourdes, devint en 1256 un castrum populatum doté en 1257 d’une charte de peuplement concédée par le comte de Bigorre. Le village a été fondé mais les habitants ne sont pas venus en nombre. Le castrum ne comptait que 9 feux en 1313 et 4 feux en 1429. Il est clair qu’il n’a pas fait le vide autour de lui. (B. Cursente, Des maisons et des hommes, p. 195, 197 et 227 – texte de la charte, note 32 ; M. Berthe, Le comté de Bigorre, p. 27).

    30 A. Catafau, Les celleres et la naissance du village en Roussillon (Xe-XVe s.), Perpignan, 1998 ; « Le rôle de l’église dans la structuration de l’habitat sur le versant français des Pyrénées. L’exemple du Conflent », ci-dessus, deuxième partie.

    31 L’affaire qui a suivi la fondation en 1331 de la bastide bigourdane de Cros est, sur les difficultés rencontrées par les grands seigneurs et les princes (ici, le roi de France) auprès des populations des montagnes du Lavedan, riche de signification. Le sénéchal de Bigorre a voulu obliger les habitants du Lavedan à venir peupler la bastide qu’il venait de créer, entre Saint-Pé et Peyrouse, au débouché de la montagne. Les Lavedanais adressèrent des plaintes au roi de France. Au terme d’une procédure qui dura jusqu’en 1338, les habitants des vallées reçurent la promesse de ne pas être déplacés contre leur gré dans les nouvelles bastides (M. Berthe, Le Comté de Bigorre, p. 198, note 10).

    32 Cl. Denjean, Une communauté juive au prisme du notariat chrétien. Les Juifs de Puigcerda de 1260 à 1493, thèse de l’Université de Toulouse-le-Mirail, 1997, t. 1, p. 28. Le nombre de familles est tiré d’un registre de 1345.

    33 Par exemple en Cerdagne (Massif du Carlit) ou en Bigorre (cirque de Gavarnie).

    34 L’expression « villages-reliques » est de D. Baudreu, « Des villages ouverts dans la plaine de l’Aude : une anomalie ? » dans Les sociétés méridionales à l’âge féodal, Hommage à Pierre Bonnassie, Toulouse 1999, p. 133 – 140.

    35 M. Berthe, « Les désertions de villages au Moyen Âge. Phénomène lié à la croissance ou phénomène lié à la crise ?... », art. cité, p. 102

    36 M. Berthe, Famines et épidémies dans les campagnes navarraises..., chap. XVII, p. 489 – 521.

    37 Ibid., chap. III, p. 194 – 196.

    38 J. J. Larrea, La Navarre du IVe au XIIe siècle, peuplement et société, p. 508 – 509 ; l’auteur précise p. 509 que « la crise du bas Moyen Âge met en relief à la fois la faiblesse de ces petits villages, pris individuellement, et la solidité du réseau de peuplement mis en place avant l’an Mil ».

    39 M. Berthe, Le Comté de Bigorre, chap. I, p. 21 – 59.

    40 Ces données démographiques concernent six des huit villages du val d’Azun, seize des dix neuf villages de la seigneurie de Castelloubon, trois des vingt quatre villages du Davantaygue, deux des dix villages de l’Estrème de Salles, quatre des vingt villages de la baronnie des Angles, un des sept villages de la vallée de Cauterets.

    41 Parmi ces trente deux villages, il convient de distinguer les six villages du val d’Azun (dont la population moyenne était de 56 feux) des vingt six autres (dont la moyenne était de 11,8 feux). C’est dans le val d’Azun que se situaient les trois villages comptant de 64 à 100 feux.

    42 Les six villages du val d’Azun sont tombés à une moyenne de 39 feux. Des vingt six autres pour lesquels nous disposions de chiffres au début du XIVe siècle, dix seulement livrent leur nombre de feux en 1429 : leur moyenne en 1313 était de 12,3 feux, leur moyenne en 1429 de 6,8 feux seulement.

    43 M. Berthe, Le Comté de Bigorre, pièces justificatives, p. 171 – 172. Le censier de 1429 signale que le nombre d’habitants est très réduit : « par so que los habitantz son petitz no si ten cort ».

    44 Bernat de Lafalha qui « ten lo cap casau de Lafalha ab sas apertenensas... Plus ten lo cap casau de Darerbie... » ; Bidau de Balastet qui « ten la cap casau deu Balastet ». Ces trois caps casaus figuraient dans la liste de 1313.

    45 Trois sont venus de Germs, deux de Pousac, un de Neuilh, un de Bagnères, un autre de Silhen, village du Davantaygue. Pour les trois autres le censier ne précise pas le village d’origine.

    46 Tous habitants de Pousac, Germs et Neuilh.

    47 Ils sont trois tenanciers à posséder des palomeras.

    48 Alors que les tenanciers de 1313 acquittaient tous, en sus de redevances en deniers, de lourdes redevances en produits du sol, ceux de 1429 ne versent plus que des sous et deniers stipulés dans des monnaies très dévaluées.

    49 Ajoutons que deux des tenanciers cumulaient en 1429 l’exploitation de deux caps casaus.

    50 Labassère comptait 460 habitants dans les années 1970.

    51 G. Pradalié, « Châteaux médiévaux et habitat groupé : le cas des Pyrénées garonnaises », ci-dessus, deuxième partie : « ... les villages castraux ont le plus fort taux de déplacement ou de désertion des vallées garonnaises ».

    52 B. Cursente, Des maisons et des hommes...

    53 Ibid., p. 414 – 422.

    54 Ibid., p. 414.

    55 Ibid., chap. IX, « Histoires de maisons, bribes béarnaises », p. 481 – 548.

    56 Ibid., p. 501.

    57 Ibid., p. 489 et 495.

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    Berthe, M. (2001). Villages désertés des Pyrénées. In M. Berthe & C. Benoît (éds.), Villages pyrénéens. Toulouse: Presses universitaires du Midi. https://doi.org/10.4000/books.pumi.26933
    Berthe, Maurice. « Villages désertés des Pyrénées ». In Villages pyrénéens, édité par Maurice Berthe et Cursente Benoît. Toulouse: Presses universitaires du Midi, 2001. doi:10.4000/books.pumi.26933.
    Berthe, Maurice. « Villages désertés des Pyrénées ». Villages pyrénéens, édité par Maurice Berthe et Cursente Benoît, Presses universitaires du Midi, 2001, https://doi.org/10.4000/books.pumi.26933.

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    Berthe, M., & Benoît, C. (éds.). (2001). Villages pyrénéens. Toulouse: Presses universitaires du Midi. https://doi.org/10.4000/books.pumi.26758
    Berthe, Maurice, et Cursente Benoît, éd. Villages pyrénéens. Toulouse: Presses universitaires du Midi, 2001. doi:10.4000/books.pumi.26758.
    Berthe, Maurice, et Cursente Benoît, éditeurs. Villages pyrénéens. Presses universitaires du Midi, 2001, https://doi.org/10.4000/books.pumi.26758.
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