Les grands aygats du xviiie siècle dans les Pyrénées
p. 243-260
Texte intégral
1L'histoire des catastrophes naturelles dans les Pyrénées et sur leur piémont fait nécessairement la part belle aux inondations, appelées localement aygats. Elles constituent incontestablement le type d'événement le plus souvent cité dans les sources et très probablement le plus dommageable, quelle que soit la période considérée. Des recherches menées sur ce sujet dès la seconde moitié du XIXe siècle, on retiendra surtout l'établissement de longues chronologies non dépourvues d'intérêt, mais dont la lecture se révèle assez fastidieuse. L'ouvrage monumental de Maurice Champion, Les inondations en France depuis le VIe siècle jusqu'à nos jours, paru en 1864, recense ainsi plusieurs dizaines de crues de la Garonne, les plus anciennes remontant au XIIIe siècle. A Toulouse comme à Perpignan, des émules de Champion s'attachaient à la même époque à retrouver les traces d'anciennes crues de l'Ariège ou de la Têt (Guiraud de Saint-Marsal, 1856). Les nouvelles perspectives de recherche ouvertes dans le domaine de l'histoire de l'environnement – en particulier concernant l'histoire du climat – invitent à réinterpréter les chronologies établies par ces auteurs et du même coup à en réexaminer les sources. Plusieurs travaux ont été menés dans ce sens au cours des dernières années, notamment à Toulouse au sein du laboratoire GEODE (URA 366 CNRS)1.
2À partir du milieu du XVIIe siècle, l'intervention croissante du pouvoir central dans la gestion du risque se traduit par une floraison de documents intéressant l'histoire des catastrophes naturelles. Dans les différentes généralités du royaume, des tableaux sont confectionnés qui récapitulent les dommages subis par les communautés à la suite de grêles, inondations, coups de froid, etc. Dans le même temps apparaît une description scientifique des phénomènes et de leurs effets, débarrassés de la charge de merveilleux et de religieux qu'ils véhiculaient jusqu'alors. La relation de la grande crue de la Garonne de 1678 par un auteur anonyme constitue de ce point de vue un tournant, qu'a bien analysé Serge Briffaud dans une publication récente (1993). Dans les dernières décennies de l'Ancien Régime, l'habitude prise de confier aux ingénieurs des Ponts et Chaussées et du Génie militaire l'aménagement des grands cours d'eau nous vaut de nombreux rapports et mémoires le plus souvent très détaillés, illustrés de schémas, comportant enfin pour quelques-uns des mentions de hauteurs d'eau.
3L'examen critique de ces textes intéresse naturellement l'histoire des mentalités. Il permet aussi une meilleure connaissance des phénomènes dans leur réalité physique, lesquels peuvent être comparés entre eux et avec des événements contemporains. Ainsi, l'extension spatiale des grands aygats du XVIIIe siècle dans les Pyrénées nous est désormais suffisamment connue pour pouvoir être traduite par des cartes. Deux séries d'exemples sont présentés ci-dessous, à l'échelle locale dans un premier temps – quelques parties de la chaîne : le Roussillon et le Val d'Ariège –, à l'échelle régionale ensuite – les Pyrénées et le Bassin Aquitain considérés dans leur ensemble.
L'aygat dans la vallée...
Deux variantes de crues méditerranéennes : octobre 1763 et octobre 1766 en Roussillon
4Courantes en Roussillon et dans les Corbières, plus rares en Val d'Ariège, les crues méditerranéennes sont associées à des perturbations positionnées sur la Méditerranée occidentale. Elles s'accompagnent habituellement de vents d'est à sud-est sur les côtes du Golfe du Lion, provoquant parfois des échouages de bateaux signalés par les textes2 Elles peuvent se produire durant toute la saison fraîche, mais de préférence à l'automne : une rapide étude statistique montre clairement qu'octobre et novembre sont leurs deux mois de prédilection. Leur caractère de brutalité est bien connu, du à la violence et à l'abondance des averses autant qu'au relief des régions concernées qui favorise le ruissellement et la concentration rapide des eaux dans les talwegs. Aussi ne doit-on pas s'étonner si au cours de l'histoire, certains de ces événements se soient montrés particulièrement meurtriers.
5De nombreuses catastrophes de ce type ont affecté au cours du XVIIIe siècle la partie orientale de la chaîne pyrénéenne. Il est possible d'en préciser l'extension grâce à l'exploitation de documents récapitulant les dommages subis à ces occasions par les communautés de la généralité du Roussillon3 Sans doute, l'utilisation de ce type de source demande une certaine prudence. L'évaluation des dégâts subis par une communauté était habituellement confiée aux consuls de la communauté voisine. Ceux-ci étaient d'autant plus enclins à noircir le tableau qu'il s'agissait d'obtenir des indemnités sous la forme de remises sur l'impôt de la capitation. La correspondance des intendants de la province fait du reste fréquemment état de telles exagérations. Pourtant, les cartes dessinées à partir de ces documents ne manquent pas d'intérêt. C'est que l'on y retrouve, à peu de chose près, des configurations spatiales clairement identifiées au cours du XXe siècle, bien connues des climatologues et des hydrologues. En quelque sorte, la comparaison avec des cartes dressées à propos d'épisodes contemporains parfaitement connus valide la méthode historique utilisée.
6C'est ainsi que lors de l'inondation des 16 et 17 octobre 1763 furent sinistrées les communautés roussillonnaises s'égrainant le long des deux vallées de la Têt et du Tech. Les plus gros dommages furent enregistrés de part et d'autre du Canigou, en Confient et en Vallespir. La plaine fut en revanche relativement épargnée en dehors des localités situées à proximité immédiate des fleuves précités (fig. 1). Cette distribution spatiale des dommages suggère un maximum de pluies centré sur le haut-pays, et en particulier sur le Canigou, où ont leur origine les principaux affluents de la Têt et du Tech. Les pluies durent être plus modérées en plaine. Une telle répartition des précipitations correspond presque exactement à celle relevée lors de l'aygat d'octobre 1940, la plus grave inondation qu'ait connue au cours XXe siècle le département des Pyrénées-Orientales (fig. l)(cf. M. Parde, 1941). Précisons en outre que les deux crues furent meurtrières et que les victimes (plusieurs dizaines) ont été recensées dans le même secteur : le Vallespir, c'est-à-dire la moyenne et haute vallée du Tech.
7À quelques deux siècles de distance, les deux événements présentent donc beaucoup de similitudes. L'analogie se confirme à l'analyse d'autres sources écrites : livres de raison de familles du Vallespir, rapport en 1763 d'un ingénieur des Ponts et Chaussées décrivant des processus géomorphologiques en tous points comparables à ceux observés en 19404. Sur le flanc sud du Canigou, de profondes ravines, les chalades, s'ouvrirent à ces deux occasions. Les services de Restauration des terrains en montagne ont entrepris leur traitement il y a une cinquantaine d'années.
8Un autres cas de figure est représenté par l'inondation des 4 et 5 octobre 1766, qui présente une extension nettement plus orientale que la précédente. La haute montagne semble cette fois-ci épargnée, l'ensemble des dommages étant relevés dans la plaine, en particulier au pied des petits massifs montagneux des Albères et des Aspres (fig. 2). Le maximum de pluie dut se trouver à la fois sur ces premiers reliefs et sur la plaine elle-même, faute de quoi on expliquerait mal les dégâts importants subis par les communautés de la Salanque, au nord-est de Perpignan. Cette répartition des précipitations est au demeurant assez proche de celle relevée lors de l'inondation récente d'octobre 1986, provoquée par des pluies d'une rare intensité (J.P. Vigneau, 1987). Seules les Aspres ne furent pas touchées lors de ce dernier événement (fig. 2).
Deux inondations dans le bassin de l'Ariège
9Une méthode identique – l'exploitation de tableaux récapitulant les pertes subies par les communautés du pays de Foix – permet de dresser quelques cartes à propos d'une unité géographique voisine de la précédente5
10Les inondations de la mi-septembre et de la fin septembre 1772 touchèrent l'ensemble de la vallée de l'Ariège, du bassin d'Ax jusqu'à la plaine de Pamiers, s'étendant même bien au delà comme nous aurons l'occasion de le voir plus loin. Il s'agit là probablement du phénomène le plus désastreux que le pays ait subi au cours du XVIIIe siècle. Le malheur voulut que les deux inondations se produisirent à 15 jours d'intervalle. C'est pour cette raison que les dommages causés par le premier événement n'ont pas été distingués de ceux occasionnés par le second. On était en train de procéder à l'estimation des dégâts de la première crue lorsqu'est arrivée une nouvelle lame d'eau (fig. 3).
11L'inondation du 30 août 1762 fut à l'inverse un phénomène ponctuel, quoique de très forte intensité. Seul le bassin de Tarascon-Luzenac fut touché, mais on y recensa onze victimes, plusieurs maisons détruites, de nombreuses têtes de bétail emportées, plusieurs centaines d'hectares de terres ravinées (fig. 3). Ce bilan renvoie à une situation pareillement bien identifiée : un orage très localisé mais extrêmement violent à l'intérieur d'une vallée abritée de la chaîne. D'après les vérificateurs des dommages « dans tout le terroir du lieu de Lapège, il n'y [avait] pas une feuille aux arbres, ni une herbe, et il n'y [paraissait] pas plus de vert qu'au mois de février...6 » Ajoutons que d'un point de vue météorologique, les Pyrénées dans leur ensemble paraissent avoir connu ce jour une situation orageuse véritablement exceptionnelle. Des orages également très violents furent relevés dans plusieurs autres vallées de la chaîne, sans pourtant qu'il existe de continuité spatiale avec la haute vallée de l'Ariège.
12En multipliant ces comparaisons de cartes, il apparaît bien que les aygats du XVIIIe siècle ne présentent pas de configuration spatiale originale par rapport à ceux observés au cours de l'époque contemporaine, tant que l'on se situe à l’échelle valléenne. Plus singulière est en revanche leur répétition durant certaines périodes : les inondations de 1763 et 1766 en Roussillon, toutes deux très graves, connurent des répliques en 1765, 1772, 1777 et 1779. Les mêmes « séries noires » courant sur plusieurs décennies peuvent être discernées dans le Val d'Ariège, précédées et suivies de phases assez longues d'accalmie. Il reste alors à essayer d'interpréter ces particularités de la chronologie des phénomènes, par exemple en faisant référence à de subtils changements du climat ou de la circulation atmosphérique sur l'Europe occidentale.
D'aygats en aygats
13Au-delà de l'analyse relativement fine que permet une approche locale ou microrégionale, la synthèse des données monographiques permet d'élargir l'interprétation spatio-temporelle des aygats du XVIIIe siècle dans les Pyrénées et sur leur piémont. L'analyse des inondations dans un cadre pyrénéen ou aquitain, ainsi que dans le contexte d'une ou plusieurs années caractéristiques, met en évidence des années ou des événements caractérisés par des distributions spatiales et des configurations météorologiques parfois familières, mais le plus souvent exceptionnelles et « anormales » pour l'observateur du XXe siècle.
Un grand classique pyrénéen du XVIIIe siècle : l'année « pourrie »
14La succession d'aygats que l'on observe en 1765 et en 1770 détermine un type d'années particulièrement fréquentes au XVIIIe siècle : l'année « pourrie » par les conditions météorologiques.
15De mai à décembre 1765 par exemple, cinq inondations sont signalées ici ou là dans les Pyrénées, dont trois particulièrement dévastatrices (fig. 4). Si les crues du 3 mai (Adour, Garonne et Ariège) et du 18 décembre (Bastan et Ariège) ne présentent pas d'anomalie particulière, les trois autres sont remarquables à un titre ou à un autre. La crue qui se développe les 19-20 juin est la plus importante de l'année : dans le meilleur des cas, on ne déplore que des corrosions de berges ou des terres engravées, mais nombreux sont les ponts et moulins à avoir été détruits7 alors qu'une personne est emportée par les flots à Salies-du-Salat. Il est vrai que c'est en mai-juin que surviennent les plus graves crues pyrénéennes, les crues océaniques pyrénéennes des hydrologues (M. Pardé, 1953 ; SMEPAG, 1989). L'extension spatiale du phénomène sur tous les cours d'eau pyrénéens, depuis le Gave de Pau jusqu'à la Méditerranée, est en revanche un cas unique dans l'histoire8. Toutes aussi surprenantes sont les deux crues estivales des 19-20 juillet (HautAdour, Nestes d'Aure et du Louron, Arize, Ariège), et de début août sur le Salat et la moyenne Garonne (soixante victimes lors du naufrage d'une barque à Cazères). Pourtant, l'été n'est pas habituellement le siège de crues importantes, que ce soit dans les Pyrénées Centrales ou dans les Pyrénées méditerranéennes, alors que les cours d'eau connaissent un étiage accusé. C'est d'autant plus vrai dans les basses-vallées, où même les orages localisés, toujours possibles l'été en montagne, n'influencent guère les débits.
16Dans un autre registre, l'année 1770 ne manque pas également de surprendre, malgré l'enchaînement hydrométéorologique, relativement fréquent lui-aussi, d'un printemps très pluvieux et humide succédant à un hiver très enneigé. Mais en 1770, ce scénario a très vite pris une tournure catastrophique. Tout commence avec les avalanches meurtrières du 11 janvier à Cette (vallée d'Aspe, quatre victimes) et Saccourvielle (Luchonnais, quatre victimes)(cf. CIMA 1991). Il serait d'ailleurs étonnant que d'autres sites pyrénéens éminemment avalancheux n'aient pas fonctionné à la même époque (Barèges, hautes-vallées d'Aure, du Salat, du Vicdessos, de l'Ariège...). Cet enneigement important va persister jusqu'au printemps où des avalanches sont encore signalées en avril et mai en vallée d'Aure. Parallèlement, au début du mois d'avril, et après « neuf jours de pluies diluviennes », survient une des plus terribles inondations de l'histoire, passée à la postérité sous le vocable d'Aygat des Rameaux (fig. 5). L'inondation est sensible sur le versant nord des Pyrénées, des Gaves jusqu'à l'Ariège dès le 1er avril. Elle gagne ensuite le piémont jusqu'au 8 avril, à Dax, Toulouse, Agen et Marmande en particulier9. Une « réplique » de cette inondation majeure est enfin observée au mois de mai, mais uniquement, semble-t-il, sur les cours de la Garonne, de l'Arize et de l'Ariège.
17Un hiver enneigé et avalancheux relève de la normalité en montagne, de même qu'une grosse crue en avril sur le bassin garonnais (crues pyrénéennes classiques). En ce sens, Tannée 1770 reste un classique du genre. L'enchaînement des deux phénomènes, comme la durée de la crue généralisée qui débute en avril10 sont en revanche beaucoup plus inhabituels.
L'année « anormale »
18L'année 1772, déjà analysée par ailleurs (J.M. Antoine, B. Desailly, J.P. Métailié, 1994), est le prototype de l'année « anormale » et rare dans les Pyrénées. Anormale et rare car plusieurs crues se succèdent en quelques semaines d'un bout à l'autre de la chaîne. Anormale et rare car ces crues surviennent en automne, siège généralement de crues méditerranéennes, habituelles comme on l'a dit en Roussillon et sur les Cévennes, mais peu sensibles dans le bassin garonnais soumis prioritairement aux flux océaniques11.
19Au-delà de cette anomalie, la première crue (17 septembre) reste une des plus graves enregistrées dans les Pyrénées centrales et occidentales. L'ensemble des vallées situées entre les Gaves et l'Aude sont dévastées par les inondations, dans une extension et une ampleur rarissimes : cinquante victimes et cent maisons détruites à Toulouse où la crue passe pour la plus importante du XVIIIe siècle et la deuxième de son histoire ; moulins et ponts emportés à Bagnères-de-Bigorre ; maisons et pont détruit à Saint-Béat, ponts et église de Tarascon-sur-Ariège emportés... Dix jours plus tard, le 27 septembre, elle est suivie d'une seconde inondation, dont « l'épicentre » des dégâts a glissé vers l'est : ce phénomène mixte touche à nouveau la vallée de l'Ariège, mais surtout le bassin de la Têt, avec des dégâts matériels importants. Enfin, dernier soubresaut météorologique de cette année 1772 en tous points exceptionnelle, une nouvelle crue, plus nettement méditerranéenne, occasionne le 7 décembre des dégâts considérables en Roussillon (plus importante crue du XVIIIe siècle à Perpignan) et dans le bassin de l'Aude, ainsi que sur la basse-Garonne via le Tarn et l'Agout.
20L'année 1772 concentre en fait de façon remarquable les différents types de crues pyrénéennes et les bassins qu'elles sont susceptibles d'affecter :
les hauts-bassins et le piémont pyrénéen dans son ensemble, de l'Adour à l'Ariège dans le cas d'une crue océanique pyrénéenne (cas du 17 septembre) ;
l'aile méditerranéenne de la chaîne exclusivement lors des crues méditerranéennes stricto sensu (cas du 7 décembre) ;
l'Ariège et le Couserans dans les deux cas de figure, à la fois lors des crues océaniques pyrénéennes (17 septembre), et lors des crues méditerranéennes avec extension vers l'Ouest (27 septembre).
21Il reste que l'aspect sans doute le plus remarquable de l'année 1772 réside dans la succession de tous ces types de crues à quelques semaines d'intervalle.
L'aygat de San Barnabé ou la crue « anormale » d'une année « normale »
22L'inondation de juin 1712 est (encore) un exemple unique dans les annales hydrologiques, et dans l'état actuel des connaissances, de crue généralisée sur la totalité du bassin aquitain, de ses confins montagnards à ses marges littorales et septentrionales (fig. 6).
23Hormis la partie orientale de la chaîne, tous les bassins pyrénéens sont en effet concernés par cette crue, comme ceux de la façade atlantique du Massif Central, ainsi que les bassins de l'Isle et de la Charente. C'est autant dans cette généralisation des dégâts que dans la constance de leur ampleur catastrophique quels que soient les cours d'eau considérés, que se situe le caractère exceptionnel et l'originalité de cette crue. Des victimes sont signalées aussi bien le long de la vallée de l'Ariège, qu'à Toulouse, Montauban ou Agen, des maisons détruites ou des ponts emportés sur la quasi-totalité des cours d'eau, alors que dans le même temps, le littoral atlantique essuie une forte tempête à l'origine de plusieurs naufrages. Par rapport aux types de crues pyrénéennes évoqués plus haut, il semble qu'on ait eu en 1712 à la fois une crue océanique pyrénéenne (touchant les bassins pyrénéens de l'Atlantique à l'Ariège), et une crue océanique classique (ne touchant que les basses-vallées de la Garonne et de ses affluents de rive droite sans intéresser les bassins pyrénéens). C'est comme si l'on avait réuni en un même phénomène les crues de juin 1875 (la plus grande crue enregistrée dans le bassin garonnais avec plus de cinq cents morts) et la crue de février 1952 (la dernière grande crue sur la basse-Garonne qui fit des dizaines de victimes à l'aval de Toulouse). Pourtant ici aussi, si Ton s'en tient aux mécanismes hydrométéorologiques inducteurs, la simultanéité de ces deux types de crues ne paraît pas envisageable.
Conclusion
24Au total, cet essai de synthèse cartographique permet de dégager trois types d'années funestes. L'année « pourrie » dans son intégralité est le siège d'inondations qui se succèdent dans le temps et dans l'espace tout au long de la chaîne, avec parfois même une simultanéité des crues sur certains bassins (cas de l'année 1765). Le second type d'année est une année à hiver très enneigé, suivi d'un printemps, voire d'un été, très pluvieux et humides (cas de l'année 1770). Enfin, le troisième type, le plus exceptionnel, est l'année « anormale » pour les Pyrénées Centrales, avec un été et un automne pluvieux qui voient gonfler les cours d'eau successivement d'un bout à l'autre de la chaîne (cas de l'année 1772). À contrario, l'année « normale » si l'on peut dire, présente une ou plusieurs crues de printemps. Mais même dans ce cas, le XVIIIe siècle présente, avec la crue de juin 1712 et son incroyable extension spatiale, un phénomène tout à fait exceptionnel.
25De fait, une première conclusion s'impose : on ne connaît sans doute pas la totalité des configurations hydrométéorologiques, susceptibles d'engendrer des inondations catastrophiques sur les Pyrénées et leur piémont. Dans le même sens, la simultanéité des différents types de crues n'a jamais été envisagée, alors que les aygats du XVIIIe siècle donnent l'exemple de conjonctions de configurations que l'on croyait incompatibles les unes avec les autres, avec des effets qu'on n'ose imaginer dans l'état actuel de l'occupation des lits majeurs. D'un autre coté, la crue de 1712 montre que l'on peut déboucher sur une interprétation zonale des phénomènes, dans un contexte méridional, voire ouest-européen.
Bibliographie
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Format
Bibliographie
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Briffaud, S. 1993. « Le savant, l'État et la catastrophe. L'émergence d'une nouvelle approche des sinistres à travers une relation du ʺprodigieux débordementʺ de 1678 », dans Risques et aménagement dans les Pyrénées, Les Cahiers de l'Isard, Toulouse, pp. 15-29.
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Guiraud de Saint-Marsal. 1856. « Mémoire sur les inondations occasionnés par les crues de la Basse et de la Têt aux environs de Perpignan », Société agricole, littéraire et scientifique des Pyrénées-Orientales, tome 10, pp. 223-273.
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10.3406/rgpso.1941.4493 :Parde, M. 1941. « La formidable crue d'octobre 1940 dans les Pyrénées-Orientales », Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, tome 12, pp. 237-279.
10.3406/rgpso.1987.4969 :Vigneau, J.P. 1987. « 1986 dans les Pyrénées-Orientales : deux perturbations méditerranéennes aux effets remarquables », Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, tome 58, pp. 23-54.
Syndicat mixte d'étude et de programmation pour l'aménagement de la Garonne, Monographie des crues de la Garonne (du Pont du Roy au Bec d'Ambès – Schéma de protection contre les eaux de la Garonne, Compagnie d'aménagement des Coteaux de Gascogne, Compagnie d'aménagement rural d'Aquitaine, Université de Toulouse-Le Mirail, Université de Bordeaux, 1989, 2 tomes.
Annexe

1. Dommages importants - 2. Dommages considérables
Dommages causés par l'inondation des 16 et 17 octobre 1763 dans la généralité du Roussillon

1. 400 à 800 mm - 2. 800 à 1500 mm - 3. plus de 1500 mm
Pluie génératrice de la crue d'octobre 1940 en Roussillon
Figure 1. Les inondations d'octobre 1763 et octobre 1940 en Roussillon

1. Dommages importants - 2. Dommages considérables
Dommages causés par l'inondation des 4 et 5 octobre 1766 en Roussillon

1. 100 à 200 mm - 2. plus de 200 mm
Pluie génératrice de l'inondation d'octobre 1986 en Roussillon
Figure 2. Les inondations d'octobre 1766 et octobre 1986 en Roussillon

Figure 3. Les inondations d’août 1762 et septembre 1772 dans le Val d'Ariège

1. Crues attestées par les documents - 2. Crues probables - 3. Dégâts importants
Figure 4. Les crues de l'année 1765

1. Crues attestées par les documents - 2. Crues probables - 3. Dégâts importants
Figure 4. Les crues de l'année 1765

1. Crues attestées - 2. Crues probables - 3. Dégâts importants - 4. Avalanches
Figure 5. Crues et avalanches de l'année 1770

1. Rivières en crues - 2. Victimes - 3. Maisons détruites - 4. Ponts emportés - 5. tempêtes, naufrages (les signes sont suggestivement proportionnels au niveau des pertes)
Figure 6. Crue du 12 juin 1712
Notes de bas de page
1 Cf. bibliographie in fine.
2 Arch, départ, des Pyrénées-Orientales, sous-série 3B (Amirauté de Collioure), 3B 16 : déclarations faites par les capitaines pour accidents survenus en mer.
3 Arch, départ, des Pyrénées-Orientales, 1C 1077 et 1078.
4 Arch, départ, des Pyrénées-Orientales, 1C 1078, « Détails des ravages causés par une inondation des plus extraordinaires arrivée en Roussillon du 15 au 16 octobre 1763 », par l'ingénieur des Ponts et Chaussées Lescure.
5 Arch, départ, de l'Ariège, 1C 17 à 1C 32.
6 Arch, départ, de l'Ariège, 1C 28.
7 Comme en témoigne, le long de la Neste d'Aure, l'intendant du comte Louis-Hector de Ségur : « Nous avons eu des pluies continuelles depuis deux mois. Elles ont occasionné une inondation terrible du 19 au 20 juin. Les vallées d'Aure et du Louron ont beaucoup souffert. Toutes les terres, à portée de la Neste, ont été emportées ou couvertes d'un gravier immense, presque tous les moulins détruits et, d'ici à Toulouse, tous les ponts, à la réserve des deux d'Arreau, de ceux de Sarrancolin et de Saint-Martory » (in F. Marsan, 1899).
8 Il semble d'ailleurs qu'on soit en présence d'un événement de dimension nationale voire européenne, puisqu'au-delà du bassin aquitain, on note les mêmes jours des inondations sur un affluent de l'Ailier, la Dore (H. Cubizonne 1994), et sur les cours d'eau descendant vers Clermont-Ferrand (J.J. Barathon, J.F. Valleix, 1993)
9 Les délibérations des Etats précisent que la Bigorre a été par exemple touchée « par une inondation très considérable, partant de la cime des Pyrénées, ravagea d'abord les vallées et répandit ensuite la désolation dans la plaine » (in F. Marsan, 1895). Des ponts sont ainsi emportés à Dax (Adour), Auch (Gers), Toulouse (Garonne), et 480 maisons toutes ou partie détruites à Agen.
10 Les communautés ariégeoises de Perles-et-Castelet et de Savignac déplorent par exemple que « les inondations ont été fréquentes depuis le 1er avril jusqu’à ce jour 9 juin 1770 » (Arch. Départ. de l'Ariège, 1 C 30).
11 Tout au moins en ce qui concerne le cours moyen et supérieur de la Garonne car le cours inférieur peut connaître des inondations du fait des affluents cévenols (Tarn, Lot, Aveyron) dont les hautes-vallées peuvent être affectées par des crues méditerranéennes.
Auteurs
- Jean-Marc Antoine
- Bertrand Desailly
-
Jean-Paul Métailié
GEODE URA-366 cnrs, ufr de géographie, Université de Toulouse-Le Mirail, 31058 Toulouse cedex.
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