Pièce justificative no 5
p. 237-238
Texte intégral
LE DRAINAGE DES TERRES HUMIDES SELON OLIVIER DE SERRES
1Olivier de Serres, Le théâtre d’agriculture et mesnage des champs, Paris, 1600. Réédition Actes Sud, Arles, 1997, p. 114-119.
2Second lieu : « Du labourage des terres-à-grains »
Chapitre 1 : « Préparer la terre pour le labourage »
3Pour descharger les terres des eaux nuisibles, le plus commun remède est, qu’on les vuide par fossés ouverts, principalement ès plaines et lieux bas ; servans aussi ces fossés, à clorre les possessions. On fossoyera donques les terres à l’entour […] non-seulement par-là, les terres trop humides sont amendées, ains les marescages et palus, sont convertis en exquis labourage. Les exemples nous servent de bons maistres, à faire nos besongnes. Qui est le mesnager considérant les beaux blés que produisent les estangs desséchés, ne désire, par émulation, d’imiter tel profitable mesnage ? La cause de cela provient de l’eau, qui a engardé la terre estant sous elle, de travailler aucunement de plusieurs années, au bout desquelles, se treuvant reposée, et par telle oisiveté, avoit fait amas de fertilité, la rapporte avec admiration et profit. […]
4Est nécessaire le fond que voulés dessécher, avoir pente, petite ou grande, sans laquelle les eaux n’en pourroient vuider. Cela présupposé, un grand fossé sera faict despuis un bout du lieu jusques à l’autre, de long en long, commenceant tous-jours par le plus bas endroit, et par où remarquerés des sources et humidités : dans lequel fossé, plusieurs autres, mais petits, pendans en plume, des deux costés se joindront, pour y descharger leurs eaux, qu’ils ramasseront de toutes les parties du terroir : par ce moyen, en contribuant chacun sa portion au grand fossé, icelui les recueillant toutes, leur apportera assemblées à son issue. Le grand fossé, à telle cause, est appelé, mère, et tous ensemble, pied-de-géline, pour la conformité qu’ils ont, ainsi disposés, à la figure du pied de cest animal, dont les griffes tendent au tronc de la jambe ; […] Aussi est du naturel du lieu, que la disposition des fossés. S’il est en vallon enfoncé, y ayant terrain eslevé des deux costés, la mère se fera au milieu et plus enfoncé du champ, de long en long, comme à esté dict, dans laquelle tomberont les autres fossés des deux mains, dressés en plume. Mais n’ayant à dessécher qu’une pente de coustau seulement, en ce quartier-là y aura des petits fossés se rendans à la mère, disposés selon qu’on avisera pour le mieux, l’ouvrage guidant l’ouvrier : comme aussi la longueur de tous les fossés dépend de l’œuvre qui en faict l’ordonnance, selon l’assiete et le plan du lieu. Ayant le plan, raisonnable pente et estendue, raisonnablement larges seront aussi les petits fossés, de trois pieds, et la mère, de cinq, moyennant laquelle mesure, satisferont à votre intention. Et à ce qu’on ne se déçoive, faut faire tant de fossés, en tant d’endroits, si longs et si amples, sans crainte d’excéder en cest endroit, que source et fontenelle aucune ne soit oubliée, afin de parfaictement bien dessécher le terroir, par le général ramas des eaux d’icelui. […] Pour première main, sera faicte la trace de tous vos fossés, remarquant curieusement les endroits par où ils doivent passer : puis commencerés à les faire creuser, par les plus bas endroits et issues, jettant la terre qui en sortira, toute d’un costé, et au-dessous du fossé ; laissant l’autre costé libre, pour y pouvoir aisément porter les pierres, lesquelles tout aussi-tost y seront jettées, de peur que tardant, le fossé ne se recomblast de lui-mesme, par les vents, par le passage des bestes, et autres événemens. Ainsi votre entreprinse s’achevera par l’un des bouts, à mesure que l’on commencera ; en la continuant jusques au plus haut endroit du lieu. Cependant l’eau prendra son cours, voire dès-aussitost que l’ouverture de son chemin en aura esté faicte : ce qui n’adviendroit, commenceant la besongne par le plus haut endroit, à faute de n’avoir l’eau, en s’y deschargeant. Aviserés aussi que les issues de l’eau soyent si bien accomodées, qu’elles ne se puissent boucher par le temps, de peur qu’à faute de passage, l’eau rétrogradant, rendit inutile vostre peine. À cela sera pourveu, avec de bonnes pierres maçonnées de bonne main et à profit, pour durer longuement : principalement en l’endroit auquel la mère ou grandfossé, réceptacle des autres, rend les eaux pour y servir ou engarder de nuire. Finalement serés avertis que les extrémités et bouts de vos petits fossés ès parties plus hautes, de nécessité ne doivent estre si larges qu’ès basses : par n’estre contraints recueillir là, tant d’eau, qu’en bas ; demeurant, néanmoins, cela à votre discrétion ; car trop larges ne pourroient-ils estre en aucun endroit pour recevoir non-seulement les eaux naissantes au fonds, ains les survenaces de pluies, ce qui est nécessaire de prévoir. Ceste réparation a plusieurs usages, puis qu’à la fois et les eaux et les pierres importunes d’un terroir sont ostées : et ces eaux-là, de nuisibles converties en serviables : pour prairies, pour moulins, mesme pour fontaines, leur naturel le voulant. Pour lesquelles utilités, elle se rend recommandable : aussi telles réparations sont recerchables de tous mesnagers. D’ailleurs en ce ménasge, rien ne se perd : car par estre les fossés remplis de terre en leur superficie, toute la terre se met en évidence, pour servir en labourage, jusque à un pouce, ce qu’on ne peut dire des fossés demeurant ouverts, qui occupent beaucoup de place, et pour les postposer à ceux-là, sont sujet à réparer de temps à autre, comme a esté dict.
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