1 Durant la crise, deux courants émergent au sein de l’opposition entre les réformistes (islâhî) et les radicaux (isqâtî, littéralement les partisans de la chute du régime : isqât al-nidhâm). Ils recouvrent largement une division qui structure l’opposition depuis 2006, quand la plus grande partie de celle-ci fait le choix de rompre avec la politique de boycott des institutions créées par la Constitution de 2002 et décide de participer aux élections législatives. Ceux qui se sont refusé à réintégrer le système politique seront rejoints, début 2011, par les nouveaux mouvements de jeunesse.
2 Matthiesen, Toby, Sectarian Gulf: Bahrain, Saudi Arabia, and the Arab Spring That Wasn’t, Stanford University Press, 2013.
3 D’après le rapport de la Commission d’enquête indépendante sur le Bahreïn ou « BICI report », de l’anglais Bahrain Independent Commission of Inquiry (BICI), un rapport commandité par le roi, en juillet 2011, pour enquêter sur la période de troubles allant de février à mars 2011. http://bit.ly/wsNTPM.
4 Albrecht, Holger et Oliver Schlumberger, « “Waiting for Godot”: Regime Change Without Democratization in the Middle East », International Political Science Review, vol. 25, no 4, 2004, p. 371-392.
5 Il s’agit de la coalition des forces de l’opposition (quwât al-mu‘ârada) qui se forme dans le sillage du soulèvement populaire. Elle est largement dominée par la principale association politique d’opposition, le Wifâq ou « parti » de l’Entente nationale (jama‘iyya al-Wifâq al-islâmiyya al-wataniyya). De tendance islamiste chiite, ce dernier s’avère avant tout une formation conservatrice, dont la référence à l’islam politique s’est progressivement estompée. Au Bahreïn, les « associations politiques » (jama‘iyya siâsiyya) enregistrées auprès du ministère de la Justice, aux termes de la loi de juillet 2005 qui autorise leur formation, jouent le rôle de « partis » politiques dont l’existence juridique n’est pas reconnue.
6 Gengler, Justin, «Royal Factionalism, the Khawalid, and the Securitization of “the Shī‘a Problem” in Bahrain», Journal of Arabian Studies: Arabia, the Gulf, and the Red Sea, vol. 3, no 1, 2013, p. 53-79.
7 En l’absence de données fiables sur ce sujet sensible, les estimations tournent autour de 30 à 40 % de sunnites pour 60 à 70 % de chiites.
8 Un des acquis de la littérature sur la résilience autocratique a justement été de mettre un terme à la « téléologie démocratique » qui voudrait que la libéralisation des régimes autoritaires ou leur chute conduisent mécaniquement à leur alternative, la démocratie. Au contraire, cette littérature qui voit un continuum entre « autoritarismes démocratiques et démocraties autoritaires » met l’accent sur l’évolution et la capacité d’ajustement de régimes souffrant peu le pluralisme. Dabène, Olivier, Vincent Geisser et Gilles Massardier (dir.), Autoritarismes démocratiques et démocraties autoritaires au XXIe siècle. Convergences Nord-Sud, Paris, La Découverte, 2008. Schlumberger, Olivier et al., Debating Arab Authoritarianism : Dynamics and Durability in non-Democratic Regimes, Stanford University Press, 2007.
9 Camau, Michel, « Remarques sur la consolidation autoritaire et ses limites », dans Assia Boutaleb, Jean-Noël Ferrié et Benjamin Rey (dir.), L’autoritarisme dans le monde arabe. Autour de Michel Camau, Luis Martinez, Le Caire, CEDEJ, 2005, p. 9-51.
10 Ehteshami, Anoushiravan et Steven Wright, Reform in the Middle East Oil Monarchies, Reading, Ithaca Press, 2008.
11 L’appel à l’établissement d’une « république » au Bahreïn a été lancé conjointement par le Mouvement pour la démocratie et les libertés (harakat al-haq lil-dimuqratia wa al-huriyyat), le courant wafa’ et le Mouvement des Bahreïniens libres (ahrar al-Bahrayn), basé à Londres, et connu sous son nom anglais de Bahrain Freedom Movement. Les deux premiers opéraient depuis 2006 sans autorisation du gouvernement, mobilisant la jeunesse des villages pour demander un changement de constitution et lutter contre les naturalisations dites « politiques » qui viseraient à modifier l’équilibre confessionnel du pays.
12 Ce mouvement, accusé par le régime d’être à l’origine de la tentative de coup d’État de 1981, était resté particulièrement suspect aux yeux des autorités bahreïniennes.
13 Elle ne s’organise d’ailleurs en « mouvement » qu’en décembre 2011 et publie sur Internet, le 22 mars 2012, une charte en 10 points. http://bit.ly/GGkhgy.
14 Cette triple variante explique que le cas du Bahreïn infirme certaines conclusions d’Ellen Lust-Okar selon lesquelles la division de l’opposition rend l’opposition cooptée moins à même de se rebeller contre les élites en place. Lust-Okar, Ellen, « Divided They Rule : The Management and Manipulation of Political Opposition », Comparative Politics, vol. 36, no 2, 2004, p. 159-179.
15 Recommandation 8, Bahrain News Agency. http:/bit.ly/1e4lnUU.
16 Cf. dans le présent ouvrage, Assia Boutaleb, chapitre 21.
17 Louër, Laurence, « D’une intifada à l’autre. La dynamique des soulèvements au Bahreïn », dans Amin Allal et Thomas Pierret (dir.), Au cœur des révoltes arabes. Dynamiques protestataires et autoritarismes, Paris, Armand Colin, 2012, p. 263-285.
18 Gengler, Justin, « Bahrain’s Sunni Awakening », Middle East Research and Information Project (MERIP), 2012. http://bit.ly/1poh9CL.
19 Ibid.
20 Expression employée par Murtaza Badr, ancien maire de Manama de 2002 à 2006, et ancien militant shirazi. Entretien avec l’auteure. Manama, mars 2008.
21 D’après le rapport de la commission Bassiouni, BICI, op. cit. p. 320-330.
22 D’après le résultat des élections de 2010, publiés dans le quotidien d’opposition al-Wasat. http://bit.ly/dJkbBQ.
23 Voir la liste des participants : http://bit.ly/1ePYY3y.
24 Louër, Laurence, Transnational Shia Politics: Religious and Political Networks in the Gulf, New York et Londres, Hurst, 2006.
25 Matthiesen, Toby, «“Saudi Spring?”: The Shi’a Protest Movement in the Eastern Province 2011-2012», The Middle East Journal, vol. 66, no 4, 2012, p. 628-659.
26 Kerr, Simeon, « Saudi pushes compromise on Bahrain ». http://on.ft.com/14iRDCN.
27 Droz-Vincent, Philippe, «The Return of Armies at the Forefront of Arab Politics», Instituto Affari Internazionali Working Papers, vol. 11, no 21, 2011.