Chapitre 3. Territoires des mots mironiens

p. 85-126


Extrait

1Chez Miron, l’adhésion parfaite aux micro-événements impersonnels de la vie en perpétuel devenir ne peut plus être vécue, comme chez Gauvreau, sur le mode de l’euphorie, de l’érotisme ou de la médecine contre l’abstraction du mot sans corps. Elle est au contraire une expérience dysphorique de dissolution de soi, diversement évoquée et souvent localisée dans le regard et les yeux, qu’il soit question du sujet s’adressant à lui-même (« tu perds tes yeux dans les autres2 » ; « tu vois que tu meurs par le tout et tu vois que tu ne te vois plus » [HR, 103]), du peuple « au regard épaillé sur ce qu’il voit » (HR, 96) ou de l’enfant qui « regarde jusqu’à n’être plus là », « consumé dans ce qu’il voit toujours3 », semblable au cœur amoureux qui revient de son voyage quotidien « dans les yeux qui passent » et « dans les ciels d’hypnose » (HR, 34). Figure mironienne majeure, l’hypallage « les ciels d’hypnose » reproduit bien cette fusion des entités en présence.

2Si la démarche poétique

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