Chapitre 5. Traduire la terminologie de l’environnement
p. 119-135
Texte intégral
1Ce chapitre a pour objectif d’aborder et de souligner l’importance croissante de la richesse des données dans les études traductologiques empiriques, en réponse aux nouvelles questions de recherche traductologique à orientation sociale qui se posent dans le cadre des dernières vagues de mondialisation. Les études traductologiques empiriques s’étant limitées à la recherche universitaire, elles ont rarement porté sur son adaptation à des domaines pratiques pour mettre au jour et résoudre des problèmes sociaux urgents.
La terminologie multilingue pour la communication et la gestion des connaissances en environnement
2Les discussions de cet ouvrage s’appuient sur des études de cas en traduction et en communication transculturelles dans le domaine de l’environnement. Elles illustrent l’élaboration d’outils d’analyse multilingue pour des travaux de recherche traductologique interdisciplinaires et empiriques. Les études de cas abordées dans ce livre illustrent la faisabilité et la productivité d’approches traductologiques à orientation sociale fondées sur la richesse des données.
3Plus précisément, ces études de cas permettent d’étudier des questions importantes et pourtant insuffisamment étudiées, comme les constantes et les mécanismes sociaux qui caractérisent la traduction et la diffusion des politiques environnementales internationales dans des contextes nationaux, et l’élaboration de terminologies environnementales multilingues et d’instruments analytiques connexes permettant de formuler et d’évaluer de nouveaux indicateurs de performance environnementale dans des pays du monde se trouvant à différentes étapes de développement économique et social.
4Ce chapitre aborde de manière détaillée l’élaboration d’un instrument multilingue analytique empirique dont l’utilisation peut être efficace pour analyser l’interaction multisectorielle entre secteurs sociaux dans le cadre de la communication des connaissances en environnement. Une composante essentielle de cet instrument analytique est un cadre terminologique multilingue de l’environnement issu d’accords environnementaux multilatéraux et de lois internationales sur l’environnement.
5Ce nouvel instrument d’analyse multilingue de la performance environnementale illustre la manière dont la recherche traductologique empirique peut être intégrée avec succès aux méthodes et aux approches analytiques des études de linguistique sur corpus et des études sur les médias ciblant l’environnement. Plus important encore, il illustre comment la recherche traductologique empirique peut être orientée vers un nouveau paradigme de recherche dont l’orientation est sociale et qui s’appuie sur la richesse des données.
6Les risques environnementaux comme la pollution de l’air, de l’eau et du sol représentent des menaces importantes pour la santé, sur les plans nationaux comme sur le plan mondial (Lim et al., 2012). La lutte contre ces risques constitue une cible commune de collaboration entre pays pour élaborer des partenariats stratégiques offrant des bénéfices mutuels accrus, qu’ils soient économiques, sociaux ou environnementaux. La nature transsectorielle de l’influence et de la gestion des risques sanitaires environnementaux nécessite la mise en place d’une interaction multisectorielle visant à une élaboration efficace de politiques. La nature intrasectorielle actuelle de la gestion des risques environnementaux constitue un facteur limitatif majeur à une collaboration transsectorielle (Bäckstrand, 2006).
7On en sait très peu sur l’importance de la convergence ou de la divergence des secteurs en matière de gestion de la santé environnementale et sur les variations nationales des interactions multisectorielles. Il manque de ce fait une base empirique pour élaborer des actions conjointes entre secteurs afin de faire face aux risques environnementaux, tant aux niveaux national qu’international.
8Les risques environnementaux sont fortement corrélés avec le développement social. Les modèles de transition de ces risques offrent des outils analytiques utiles pour expliquer leur évolution au cours du développement d’un pays passant de la pauvreté à un revenu moyen, voire à la richesse (Smith et Ezzati, 2005). Cependant, la plupart des modèles de transition ont principalement ou exclusivement ciblé, depuis les années 1940, les facteurs démographiques et économiques qui ont influencé les risques environnementaux. Cette approche a négligé le mécanisme d’interaction multisectorielle – un phénomène social croissant mis en évidence par les avancées technologiques en matière de partage de l’information et de transfert des connaissances – dans la gestion des risques environnementaux pour la santé (Briggs, 2008).
9L’interaction multisectorielle agit comme un important facteur de médiation dans la gestion des risques environnementaux, et cet effet est particulièrement significatif dans les pays en développement qui vivent une transition en la matière. L’étude évoquée ici démontre que l’interaction multisectorielle peut constituer un mécanisme d’intervention puissant pour élaborer des politiques efficaces visant à faire face aux problèmes de gestion des risques environnementaux qui nécessitent une forte collaboration transsectorielle.
10L’élaboration de l’instrument analytique empirique permettant d’analyser l’interaction multisectorielle contribue à combler des lacunes de compréhension au niveau intrasectoriel, et à élaborer des plans d’action de communication en santé environnementale et en gestion de l’environnement faisant participer plusieurs parties prenantes sectorielles afin d’établir une coopération multisectorielle et transnationale indispensable.
11La composante principale de l’interaction multisectorielle en tant qu’instrument de comparaison transnationale est une terminologie multilingue destinée à la transmission et à la gestion des connaissances en environnement. La détermination d’équivalents multilingues et l’élaboration de systèmes terminologiques spécialisés multilingues constituent un domaine de recherche important au sein des études traductologiques empiriques (Kockaert et Steurs, 2015 ; Bowker et Delsey, 2016).
12Dans le cas qui nous occupe, la terminologie multilingue s’inspire de la terminologie anglaise originale colligée par la Multilateral Environmental Agreements Information AMD Knowledge Management Initiative, soutenue et favorisée par le programme des Nations unies pour l’environnement (Chambers, 2008 ; Adger et Jordan, 2009). Une partie de la mission de cette initiative est l’élaboration de systèmes d’information interopérables au bénéfice des pays participants et de la communauté environnementale dans son ensemble.
13L’Initiative a élaboré un glossaire anglais d’envergure qui contient les termes clés et les concepts communs à plusieurs accords environnementaux multilatéraux, voire à tous ces accords. Les quinze pays choisis pour cette étude – Australie, États-Unis, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni, Espagne, Taïwan, Portugal, Brésil, Chine, Mexique, Argentine, Chili, Colombie, Pérou et Guinée équatoriale – ont participé à ces divers accords environnementaux multilatéraux. Les quatre langues parlées servant de langues officielles dans ces pays sont l’anglais, le chinois, l’espagnol et le portugais.
14Pour les équivalents chinois et espagnols, cette étude utilise le portail terminologique des Nations unies, qui contient des centaines de milliers de termes provenant des commissions régionales et des centres de conférence de l’ONU (UNTERM, s. d.). Ce portail terminologique comporte quelques ensembles de données spécialisées relatives aux questions juridiques, politiques, économiques et environnementales. Pour la traduction vers le portugais, la base de données utilisée dans cette étude est l'Interactive Terminology for Europe (European Union Terminology, s. d.), ou IATE, une base de données terminologique interinstitutionnelle (Johnson et Macphail, 2000).
15L’IATE est utilisée dans les institutions et les agences européennes pour colliger, diffuser et gérer la terminologie spécialisée. Comme le portail terminologique des Nations unies, cette base de données contient des termes spécialisés provenant d’un éventail élargi de domaines, comme la législation, l’environnement, les technologies de l’information, et bien d’autres. L’IATE comporte aujourd’hui plus de 8,5 millions de termes, dont environ 540 000 abréviations et 130 000 phrases, et elle couvre les 24 langues européennes officielles. Dans cette étude, ces deux bases de données officielles de traduction multilingue ont été consultées afin de garantir la représentativité et la qualité de la terminologie environnementale multilingue colligée.
16Pour chaque langue incluse dans la terminologie de la communication en environnement, le nombre total d’entrées lexicales est de 450, tandis que le volume total de la terminologie multilingue est de 1800 mots, y compris les mots en caractères chinois. Chaque entrée lexicale en anglais possède sa traduction correspondante en espagnol, en portugais et en chinois. Pour cette dernière langue, la terminologie en environnement est enregistrée dans les deux systèmes d’écriture chinois, c’est-à-dire le chinois simplifié (CS) et le chinois traditionnel (CT).
17Afin de garantir la cohérence du corpus de recherche multilingue, les équivalents de traduction sont extraits directement de bases de données de qualité faisant autorité. Le cadre terminologique anglais original des accords environnementaux multilatéraux et des lois internationales en matière d’environnement a été utilisé. Le cadre classificatoire fondé sur la théorie de Benner, Reinicke et Witte (2004) permet l’analyse de la communication et de la gestion des problèmes environnementaux relatifs à la santé de l’homme et aux écosystèmes nationaux. Ces auteurs proposent en effet un système pluraliste et en réseau de responsabilisation relative à diverses formes de gouvernance que l’on peut analyser selon trois dimensions clés, soit les acteurs, les processus et les résultats. Dans l’étude dont il est question, l’interaction multisectorielle proposée constitue essentiellement une forme de gouvernance orientée sur les processus, pour laquelle il y a nécessité d’un engagement fort en termes d’« objectifs communs et de directives de coopération, de précision des calendriers et de procédures de prises de décision » (Benner, Reinicke et Witte, 2004 : 204).
18Cinq catégories conceptuelles ont été élaborées pour étudier les différences et les schémas contrastés existant entre les quinze pays en ce qui a trait, d’une part, à la mobilisation et à l’interaction d’un certain nombre d’agences sociales relativement à la communication et à la diffusion des connaissances en environnement ainsi que d’autre part, aux stratégies de gestion établies et adoptées dans le cadre des accords environnementaux multilatéraux.
19Les deux premières catégories, cible et action, soulignent le développement d’une responsabilité en réseau dans une société donnée. Les trois autres catégories terminologiques ou conceptuelles, c’est-à-dire recherche, matériels et technologie, économie et gestion, font référence au déploiement stratégique national de sources et de financements, les uns et les autres constituant un autre élément clé de l’examen de la dimension « processus » de la responsabilité en réseau (Benner, Reinicke et Witte, 2004).
20La première catégorie conceptuelle, cible, inclut les termes et les expressions qui évoquent des problèmes environnementaux urgents, tels que water shortage, acid precipitation, afforestation, air pollution, biodegradation, biodiversity loss, biological contamination, black carbon, deforestation, marine pollution, nuclear energy, ocean acidification, oil pollution, radioactive contamination, vulnerable ecosystems, water pollution, greenhouse gases, habitat loss, extreme weather, climate change, hazardous waste, domestic waste, electronic waste, ocean acidification, sea level rise, etc.
21La seconde catégorie conceptuelle, action, inclut les expressions indiquant les mesures qui peuvent être prises ou recommandées dans le cadre d’accords environnementaux multilatéraux pour préserver ou améliorer la gestion de l’environnement : benefit sharing, accession, climatechange adaptation, adoption, allocation, amendment, arbitration, best practice, bioaccumulation, capacity building, certification, mitigation, ratification, recycling, reforestation, registration, public participation, sustainable use, etc.
22La troisième catégorie, définie comme recherche, inclut les phrases et les expressions faisant référence à des concepts, à des cadres et à des domaines clés de recherche relativement à la protection et à la gestion de l’environnement : clean development mechanisms, early warning system, emission standard, integration principle, intragenerational equity, landdegradation neutrality, multilateral systems, polluterpays principle, precautionary principle, principle of non-regression, sustainable development, environmental impact assessment, etc.
23La quatrième catégorie, matériels et technologie, inclut les expressions relatives à l’utilisation de nouvelles ressources et de technologies innovantes pour améliorer la gestion de l’environnement : alternative substances, biofuels, biomass, genetic resources, geothermal energy, hydropower energy, marine genetic resources, plant genetic resources, renewable energy, solar energy, wind energy, biotechnology, genetic engineering, geo-engineering, technology, etc.
24La dernière catégorie, économie et gestion, regroupe les interventions économiques, financières et de gestion qui pourraient améliorer la performance environnementale d’un pays : adaptation fund, carbon stock, development aid, economic instruments, emissions trading, financial mechanism, food aid, green economy, payment for ecosystem services, resource accounting, stakeholder engagement, sustainable tourism, trade in species, coastal management, integrated management, local administration, sound environmental management, waste management, water resources management, etc.
Les constantes de communication et de gestion des connaissances transculturelles en environnement
25Cette section utilise la terminologie multilingue élaborée pour explorer les constantes sous-jacentes en matière de communication et de gestion des connaissances en environnement dans un éventail élargi de pays se trouvant à différentes étapes de leur développement économique et social : Australie, États-Unis d’Amérique, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni, Espagne, Taïwan, Portugal, Brésil, Chine, Mexique, Argentine, Chili, Colombie, Pérou et Guinée équatoriale. L’exploration des différences et des similitudes d’un pays à l’autre en matière de communication des connaissances en environnement tire profit des bases de données multilingues qui contiennent de nombreuses ressources numériques sous licence publiées dans chaque pays par les secteurs-clés.
26Cette étude utilise la base de données ouverte FACTIVA, élaborée par la société Dow Jones dans les années 1990 (Johal, 2009). La base de données originale regroupe vingt et une sources d’information englobant les entreprises, les industries, les gouvernements, le commerce, les journaux, les magazines, les revues, les mémoires officiels, les organisations non gouvernementales, les instituts de recherche et les sports.
27Dans cette étude, neuf sources principales d’information ont été choisies comme agences sociales ciblées pour analyser le mécanisme hypothétique d’interaction multisectorielle. Les sources choisies ont été limitées à ce nombre du fait de considérations pratiques relatives à la limitation des données pertinentes mises à disposition dans les quinze pays considérés. Ces neuf grandes sources d’information couvrent les principales agences sociales et les institutions d’influence travaillant dans le domaine de la communication et de la gestion des connaissances en environnement dans les pays comparés : agences gouvernementales, sources juridiques, sources politiques, sources officielles, principales industries, actualités numériques et journaux d’entreprises, magazines, journaux et instituts de recherche.
28L’hypothèse de cette étude est qu’en matière de communication des politiques de gestion environnementale fondées sur les lois internationales et les accords multilatéraux relatifs à l’environnement, une forte interaction multisectorielle mettant en jeu les neuf principales sources d’information énumérées ci-dessus peut être efficace pour accroître la performance environnementale d’un pays.
29À partir de cette hypothèse, plus l’interaction multisectorielle entre les diverses agences de communication environnementale est forte, plus la performance environnementale globale d’un pays peut être élevée. En se fondant sur de grandes quantités de données provenant de publications en environnement, cette étude vérifie si le mécanisme hypothétique d’interaction multisectorielle est valable pour ces quinze pays, dont les développements économiques et sociaux se répartissent sur un large spectre et dont les cultures en matière d’environnement sont distinctes.
30L’instrument d’interaction multisectorielle faisant appel à la terminologie multilingue colligée dans le domaine de l’environnement peut être utilisé comme indicateur d’efficacité de la communication environnementale transsectorielle et offre ainsi une perspective plus approfondie des performances environnementales respectives des quinze pays comparés.
31L’indice d’interaction multisectorielle a été défini en tant qu’instrument analytique empirique permettant des comparaisons d’un pays à l’autre. Cet indice permet une ventilation des scores de corrélation pour chaque appariement possible à partir des neuf principales agences de communication en environnement de chaque pays, par exemple entre les sources gouvernementales et les principales sources industrielles, entre les sources commerciales et les journaux, entre les sources juridiques et les sources officielles ou encore entre les magazines et les journaux.
32Les scores de corrélation indiquent la force de l’association entre les secteurs appariés selon les cinq dimensions définies pour mesurer et analyser l’interaction transsectorielle. Ces scores de corrélation par secteurs appariés révèlent le niveau d’interaction multisectorielle dans chacun des quinze pays comparés.
33Pour comparer les quinze pays cibles, des scores composites ont été calculés pour chaque pays, en faisant la moyenne des scores de corrélation intersectorielle et du nombre de secteurs de communication en matière d’environnement. Les scores composites obtenus peuvent être utilisés pour comparer les niveaux moyens d’interaction multisectorielle d’un pays cible à l’autre (voir tableau 5.3). Comme nous l’avons mentionné dès le début de l’étude, la classification nouvellement élaborée d’interaction multisectorielle sera comparée avec un indice très utilisé, l’indice de performance environnementale (Environmental Performance Index), mis au point par le Yale Center for Environmental Law AMD Policy AMD Yale Data-Driven Environmental Solutions Group de l’Université Yale et le Center for International Earth Science Information Network de l’Université Columbia, en collaboration avec le Forum économique mondial (Färw, Grosskopf et Hernandez-Sancho, 2004).
34L’indice de performance environnementale permet de classer les pays du monde selon leur performance nationale relativement à deux objectifs, soit la protection de la santé de l’homme et la préservation des écosystèmes des pays. La mise à disposition de cet indice a permis d’élaborer aux niveaux nationaux et international des politiques environnementales fondées sur des preuves (Hsu et Zomer, 2016).
35L’indice d’interaction multisectorielle défini dans cette étude et l’indice de performance environnementale déployant des échelles de mesure différentes, des scores z normalisés ont été calculés pour chacun d’eux à des fins de comparaison (Aron, Coups et Aron, 2013). Les scores composites normalisés d’interaction multisectorielle sont ensuite comparés aux scores z des scores globaux de performance environnementale des pays. Si l’hypothèse proposée dans cette étude est vraie, on s’attend à mettre au jour des constantes semblables et cohérentes entre les deux types de classification mesurant respectivement l’interaction multisectorielle entre les agences de communication environnementale de chaque pays et la performance environnementale propre au pays.
36Par contre, si la comparaison des résultats obtenus avec les deux instruments de classification fait apparaître des différences importantes, il peut être nécessaire de rejeter ou de reformuler l’hypothèse de départ quant à la pertinence de l’interaction multisectorielle relativement à la performance environnementale nationale.
37La mise au point de l’instrument d’interaction multisectorielle impliquait des analyses sur corpus riche en données en utilisant la terminologie multilingue de communication en environnement décrite dans la section précédente. La première étape a été la recherche et l’extraction des fréquences brutes combinées d’occurrence des entrées lexicales pour chacune des cinq catégories de communication et de gestion des connaissances en environnement. Pour récupérer les fréquences de chaque catégorie de termes dans chaque pays, des paramètres de recherche ont tout d’abord été établis sur l’interface en ligne de la base de données FACTIVA, qui concernaient la fourchette de dates, le nombre de pays et l’éventail de langues des publications numériques.
38La source d’information à l’origine des publications a été précisée par chacune des neuf agences de communication en environnement, soit, par exemple, les sources officielles, les sources industrielles, les sources commerciales, les instituts de recherche et les actualités numériques.
39Le tableau 5.1 montre la ventilation des fréquences combinées par secteur en Australie pour la période étudiée, soit du milieu des années 1990 à 2017. Des recherches semblables ont été menées dans le corpus multilingue pour les quatorze autres pays, dans lesquels il a été nécessaire d’utiliser des traductions vers le chinois, l’espagnol et le portugais de la terminologie anglaise de l’environnement. Les informations rapportées dans le tableau à double entrée peuvent être utilisées pour calculer les scores de corrélation intersectorielle de chaque pays.
40Un test du chi carré effectué sur les données du tableau 5.1 (X2 = 33 833, dl = 32, valeur de p < 2,2 x 10-16) montre que la répartition des catégories de termes n’était pas la même d’une catégorie lexicale à l’autre.
41Le tableau 5.2 présente les scores de corrélation transsectorielle entre les neuf sources essentielles d’information en Australie. Par exemple, la corrélation entre les sources commerciales et les sources gouvernementales et politiques a été trouvée en déterminant le coefficient de corrélation de Pearson entre les cinq valeurs de la colonne Sources commerciales et les cinq valeurs de la colonne Gouvernement et politiques.
42Ce coefficient de corrélation mesure la force de l’association entre deux variables, soit dans cette étude deux agences de communication en environnement. Les scores de ce coefficient s’échelonnent de-1 à + 1.
43Une valeur nulle indique l’absence de relations entre deux variables. Dans le spectre de corrélation positive, plus le coefficient de corrélation est élevé, plus la relation entre les deux variables est forte, un score de + 1 indiquant que les deux variables sont identiques. Par exemple, la première colonne montre qu’en Australie les sources commerciales ont des corrélations fortes avec les sources gouvernementales/politiques (0,977), les principales sources industrielles (0,994), les sources de radiodiffusion et les sources commerciales (0,992), les magazines (0,949) ainsi que les journaux (0,934).
tableau 5.1. Fréquences des occurrences de termes par catégorie dans FACTIVA (Australie)
| Catégorie | Sources commerciales | Gouverne- ment et politiques | Sources juridiques | Sources officielles | Travaux de recherche | Principales industries | Radio- diffusion et entre- prises | Magazines | Journaux |
| Action | 209 769 | 30 986 | 922 | 1215 | 5557 | 84 693 | 295 210 | 15 987 | 575 809 |
| Économie et gestion | 147 285 | 18 292 | 597 | 802 | 2894 | 58 714 | 180 362 | 9473 | 289 749 |
| Recherche | 74 616 | 12 227 | 250 | 645 | 2276 | 20 695 | 91 595 | 4917 | 215 546 |
| Cible | 119 605 | 18 005 | 240 | 895 | 2355 | 38 482 | 168 220 | 7099 | 358 744 |
| Matériels et technologie | 69 766 | 8832 | 474 | 475 | 2428 | 22 112 | 74 361 | 6712 | 117 101 |

44La dernière rangée du tableau 5.2 présente la somme des scores de corrélation par source d’information. Quand il n’existe aucun lien entre des secteurs appariés, la somme des coefficients de corrélation est nulle. Cette somme s’échelonne de-9 à + 9. En Australie, la moyenne des coefficients de corrélation cumulés est de 8,133, et huit des neuf secteurs ont des sommes de scores de corrélation au-dessus de cette moyenne : sources d’entreprises (8,498), gouvernement/politiques (8,483), principales sources industrielles (8,434), sources de radiodiffusion et sources d’entreprise (8,503) et magazines (8,402).
45Les quatre secteurs dont les corrélations avec les autres sources d’information sont limitées sont les sources juridiques (7,338), les sources officielles (8,113), les rapports de recherche (8,166) et les journaux (8,153). La conversion des fréquences de termes en scores de corrélation intersectorielle permet la création d’un nouvel indicateur empirique, soit l’interaction intersectorielle composite, qui mesure l’association transsectorielle moyenne de chaque pays (voir tableau 5.3).
46Le tableau 5.3 compare les scores de l’indice de performance environnementale (IPE) et les scores composites d’interaction multisectorielle pour les quinze pays à l’étude. L’IPE constitue un instrument analytique empirique qui classe les pays dans le monde en fonction de neuf questions prioritaires en matière d’environnement, entre autres la qualité de l’air, les forêts, la pêche, le climat et l’énergie.
47Le principal objectif de l’IPE est de favoriser la transition entre des débats rhétoriques concernant l’environnement et une étude empirique de la responsabilisation des parties prenantes en matière d’environnement et des résultats quant à la performance globale d’un pays. Depuis la publication de sa première édition pilote en 2002, l’IPE a servi de norme internationale de référence pour comparer les résultats de pays en matière de politiques internationales, parmi lesquelles les objectifs de développement durable des Nations unies.
tableau 5.2. Scores de corrélation transsectorielle – Australie
| Sources d’entre- prises | Gouverne- ment et politiques | Sources juridiques | Sources officielles | Rapports de recherche |
Principales sources industrielles |
Sources de radio- diffusion et sources d’entre- prises |
Magazines | Journaux | |
| Sources d’entreprises | 1,000 | 0,977 | 0,820 | 0,941 | 0,891 | 0,994 | 0,992 | 0,949 | 0,934 |
| Gouvernement et politiques | 0,977 | 1,000 | 0,754 | 0,985 | 0,908 | 0,952 | 0,994 | 0,927 | 0,986 |
| Sources juridiques | 0,820 | 0,754 | 1,000 | 0,629 | 0,912 | 0,867 | 0,771 | 0,938 | 0,647 |
| Sources officielles | 0,941 | 0,985 | 0,629 | 1,000 | 0,833 | 0,899 | 0,975 | 0,853 | 0,997 |
| Rapports de recherche | 0,891 | 0,908 | 0,912 | 0,833 | 1,000 | 0,896 | 0,892 | 0,973 | 0,860 |
| Principales sources industrielles | 0,994 | 0,952 | 0,867 | 0,899 | 0,896 | 1,000 | 0,972 | 0,960 | 0,892 |
| Sources de radiodiffusion et sources d’entreprises | 0,992 | 0,994 | 0,771 | 0,975 | 0,892 | 0,972 | 1,000 | 0,936 | 0,971 |
| Magazines | 0,949 | 0,927 | 0,938 | 0,853 | 0,973 | 0,960 | 0,936 | 1,000 | 0,866 |
| Journaux | 0,934 | 0,986 | 0,647 | 0,997 | 0,860 | 0,892 | 0,971 | 0,866 | 1,000 |
| Total | 8,498 | 8,483 | 7,338 | 8,113 | 8,166 | 8,434 | 8,503 | 8,402 | 8,153 |

48Notre étude utilise la dernière édition (2016) de l’IPE national. Les scores composites d’interaction multisectorielle ont été calculés en divisant le total des scores d’interaction multisectorielle de chaque pays par le nombre de secteurs de communication en matière d’environnement à l’étude, soit neuf. Si l’on considère les quinze pays, la moyenne des scores composites d’interaction multisectorielle est de 6,0299, avec un écart-type de 2,184.
tableau 5.3. Comparaison entre l’IPE et l’interaction multisectorielle (IMS)
| Pays | IPE | Z_IPE | IMS composite | Z_IMS compo- site (z-score) |
| Argentine | 49,55 | -0,8511 | 4,22 | -0,82958 |
| Australie | 82,4 | 1,40898 | 8,23 | 1,00821 |
| Brésil | 52,97 | -0,61581 | 4,81 | -0,55846 |
| Chili | 69,93 | 0,55104 | 6,76 | 0,33427 |
| Chine | 43 | -1,30174 | 1,1 | -2,25857 |
| Colombie | 50,77 | -0,76717 | 5,16 | -0,39675 |
| Guinée équatoriale | 41,06 | -1,43522 | 3,81 | -1,0179 |
| Mexique | 55,03 | -0,47408 | 5,43 | -0,27311 |
| Nouvelle- Zélande | 76,41 | 0,99687 | 8,34 | 1,05938 |
| Pérou | 45,05 | -1,1607 | 3,95 | -0,95299 |
| Portugal | 75,8 | 0,9549 | 7,84 | 0,82738 |
| Espagne | 79,79 | 1,22941 | 7,91 | 0,85983 |
| Taïwan | 62,18 | 0,01784 | 6,45 | 0,19402 |
| Royaume-Uni | 77,35 | 1,06154 | 8,29 | 1,03298 |
| États-Unis d’Amérique | 67,52 | 0,38523 | 8,15 | 0,97128 |

49Huit pays ont montré une forte interaction multisectorielle en matière de communication et de diffusion des connaissances en environnement, un résultat partiellement imputable à la terminologie multilingue en environnement élaborée à cette fin. Ce sont la Nouvelle-Zélande (8,34), le Royaume-Uni (8,29), l’Australie (8,23), les États-Unis d’Amérique (8,15), l’Espagne (7,91), le Portugal (7,84), le Chili (6,76) et Taïwan (6,45). Les sept autres pays, parmi lesquels la Chine, cinq pays d’Amérique latine (Mexique, Brésil, Colombie, Argentine et Pérou) et un pays africain (Guinée équatoriale), se trouvent en dessous ou très en dessous d’une interaction multisectorielle moyenne chiffrée à environ 6.
50La moyenne des scores de performance environnementale des quinze pays est de 61,92, avec un écart-type de 14,535. Les scores d’interaction multisectorielle propres à certains pays se trouvant au-dessus ou très au-dessus de la moyenne des quinze pays comparés, des schémas semblables ont commencé à se dessiner en matière de connaissances en environnement et de stratégies de gestion communes.
tableau 5.4. Test de corrélation de Spearman
| Score composite IMS | IPE | |||
| Rho de Spearman | Score composite IMS | Coefficient de corrélation | 1,000 | 0,932* |
| Sig. (bilatérale) | 0,000 | |||
| N | 15 | 15 | ||
| IPE | Coefficient de corrélation | 0,932* | 1,000 | |
| Sig. (bilatérale) | 0,000 | |||
| N | 15 | 15 | ||

* La corrélation est significative au niveau 0,01 (bilatérale)
51Le tableau 5.4 montre les résultats du test de corrélation de Spearman entre les valeurs de l’IPE et les valeurs composites de l’IMS. Le coefficient de corrélation est de 0,932, significatif au niveau 0,01 (bilatérale). Ce chiffre confirme encore la forte corrélation existant entre les deux types de classification. Les scores de pays pour l’IPE ont été mesurés sur une échelle différente de celle qui a été utilisée pour l’indice d’interaction multisectorielle proposé.
52Pour permettre la comparaison entre les deux indices, en particulier la situation de chaque pays relativement aux autres pays comparés, les scores des deux indices ont été transformés en leurs scores z respectifs (soit une mesure de l’écart-type par rapport à la moyenne de la population), ce qui permet de faciliter la comparaison des deux énumérations de scores de pays en matière de communication environnementale et de performance environnementale globale.
53De la même manière, la comparaison des deux ensembles de scores z indique une direction semblable pour ce qui est de la performance environnementale globale des pays et des forces entre les différents secteurs en matière de communication des connaissances environnementales et de gestion de l’information à l’intérieur de chaque pays.
54Avec un score z de performance environnementale de 0,01784 et un score z d’interaction multisectorielle dans le pays de 0,19402, Taïwan constitue encore le point de division entre les deux groupes de pays, soit ceux qui ont une performance environnementale élevée et une interaction multisectorielle de haut niveau en interne ainsi que ceux dont la performance environnementale et l’interaction multisectorielle au niveau national sont faibles.
55Alors que le premier groupe de pays (Australie, Espagne, Royaume-Uni, Nouvelle-Zélande, Portugal, Chili, États-Unis d’Amérique et Taïwan) se caractérise par des scores z positifs aux deux indices, le second groupe (Mexique, Brésil, Colombie, Argentine, Pérou, Chine et Guinée équatoriale) se fait remarquer par des scores z négatifs relativement aux deux mesures empiriques. Une comparaison des deux échelles de classification de ces pays suggère une forte corrélation, pour un même pays, entre la performance environnementale et l’interaction caractérisée entre les secteurs sociaux clés pour ce qui est de la communication et de la diffusion des connaissances et des stratégies de gestion dans le domaine de l’environnement.
56Il serait intéressant d’approfondir dans de futurs travaux de recherche l’association entre l’interaction multisectorielle et la performance environnementale globale d’un pays en utilisant des données longitudinales, par exemple en créant des scores composites de corrélation transsectorielle entre deux décennies, 1987-2007 et 2007-2017, et en comparant les différences d’une période à l’autre quant à la modification de l’interaction intersectorielle et de la performance environnementale globale des pays.
Conclusion
57L’étude de cas présentée dans ce chapitre, comme les études de cas présentées dans les autres chapitres de cet ouvrage, illustre la faisabilité et la productivité de la mise au point d’outils et d’instruments analytiques fondés sur des données probantes en tirant parti de la multiplication des ressources et des matériels de traduction multilingue développés pour des applications sociales pratiques d’intérêt. Ces matériels et ces ressources vont des bases de données multilingues officielles de l’Europe et des Nations unies aux systèmes terminologiques spécialisés élaborés à partir des accords environnementaux multilatéraux et des lois internationales concernant l’environnement.
58Tandis que le développement de ressources de traduction multilingues a été au centre d’importants travaux de recherche traductologique, peu de ces travaux ont abordé le développement d’outils et d’instruments analytiques multilingues pouvant être utilisés pour éclairer des questions sociales et de recherche importantes de nos jours.
59Les divers cas d’études présentés dans cet ouvrage ont cherché à élargir utilement la portée actuelle des travaux de recherche traductologique empirique. Les résultats des efforts déployés comportent : 1) la détermination de l’indice d’interaction transsectorielle permettant d’évaluer la communication des connaissances et des stratégies communes de gestion en environnement ; 2) la modélisation structurelle, ou analyse des pistes causales, de la traduction et de la diffusion de politiques environnementales internationales dans des contextes nationaux ; 3) l’élaboration d’outils d’analyse empirique pour évaluer la lisibilité et l’accessibilité des ressources nationales de traduction et d’éducation dans le domaine de la santé.
60Du point de vue de l’élargissement de la discipline, les études traductologiques sur corpus ou empiriques, qui sont liées de manière intrinsèque à des domaines cognitifs comme la linguistique de corpus, les études multilingues, les sciences humaines numériques et les médias numériques, ont tiré parti, et continueront de tirer parti, de ce tournant de plus en plus nettement orienté sur le social et sur la richesse en données qu’ont pris les sciences humaines en général. Depuis son début à la fin des années 1990, les recherches traductologiques sur corpus ont fortement ciblé l’élaboration de méthodologies de recherche qui soient à la fois fiables et vérifiables, pour accroître la capacité de ce paradigme de recherche relativement récent en matière de détermination, d’analyse, de traitement et d’interprétation des constantes sous-jacentes des bases de données multilingues de traduction à grande échelle.
61Il est, dans cet ouvrage, démontré et argumenté que l’utilisation et l’intégration de méthodes de recherche empiriques avancées issues de disciplines éloignées comme la santé publique et les politiques environnementales pourraient stimuler davantage l’élargissement de la discipline des études traductologiques empiriques, cette discipline faisant face à des problèmes sociaux et de recherche urgents, conséquences des tendances croissantes à la mondialisation et à l’intensification de la communication translinguistique et transculturelle.
62Dans cet ouvrage, le tournant social proposé en matière d’études traductologiques, particulièrement dans la branche spécialisée des travaux de recherches traductologiques multilingues sur corpus, fait ainsi envisager un élargissement supplémentaire du champ d’études sous la forme d’un paradigme de recherche interdisciplinaire spécifiquement axé sur les problèmes, qui a apporté des contributions originales à la traduction en tant que partie essentielle et intégrée de la communication humaine, et qui continuera à faire progresser sa compréhension.
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