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    Plan détaillé Texte intégral La saisie littéraire de l’oubli Dette théorique : Robin, Angenot Le concept d’oubliogramme et la vocation léthéenne Quatre catégories d’oubli Quatre façons d’oublier Quatre usages de l’oubli Un paradigme du passé Notes de bas de page

    L'oubliothèque mémorable de L.-F. Céline

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    Table des matières

    Chapitre 1. L’oubli collectif et la saisie littéraire du passé

    p. 33-59

    Texte intégral La saisie littéraire de l’oubli Dette théorique : Robin, Angenot Le concept d’oubliogramme et la vocation léthéenne Quatre catégories d’oubli Quatre façons d’oublier Quatre usages de l’oubli Un paradigme du passé Notes de bas de page

    Texte intégral

    1L’oubli est le parent pauvre des travaux consacrés à la saisie littéraire du passé. Parmi le florilège d’ouvrages contemporains qui se penchent sur la représentation littéraire de la mémoire collective ou de l’histoire, les analyses privilégient à l’ordinaire l’un ou l’autre aspect formel de ce qu’elles désignent comme la vocation mémorielle du roman. Cet oubli de l’oubli dans les études littéraires est d’autant plus surprenant que, dans le prolongement du tournant « mémoriel1 » évoqué par les historiens de la mémoire, la question de la saisie littéraire du passé a pris une expansion considérable depuis quarante ans. Une telle présence du passé fluctue au gré des figures de victimes dont la voix parle au nom de l’une et l’autre des communautés qui ont fait les frais de l’histoire collective. Les analyses de « fictions de mémoires2 » se déclinent selon les genres sexuels3 et les spécificités d’itinéraires marginaux4. Elles montrent comment des œuvres à vocation mémorielle sont affectées par les massacres de masse5 et les violences du xxe siècle6 et engagent une réflexion sur la Shoah ou sur les particularités historiques des passés coloniaux et néocoloniaux. Parallèlement, d’autres chercheurs se sont intéressés à la façon dont ces mémoires fictionnelles varient en fonction des formes et des genres littéraires7, de topiques mémorielles et de formes narratives particulières comme le récit de filiation, lequel revêt une importance singulière dans les romans et les récits contemporains8.

    2Une première catégorie de ces recherches regroupe des travaux qui posent la question de la saisie littéraire du passé en des termes qui relèvent de la narratologie et de l’énonciation. Les innombrables articles et monographies qui portent sur la poétique de la mémoire dans l’œuvre de Proust, de Cohen, de Simon, de Duras et de bien d’autres auteurs en disent long sur la prolifération des interrogations relatives à la mémoire dans la littérature. Ces travaux, de factures théoriques diverses et portant sur des corpus très variés, ont en commun de considérer l’acte de remémoration opéré par la fiction comme la matrice de bouleversements formels qui affectent la poétique romanesque des œuvres. L’exploration de l’ars memoriæ du roman moderne confine souvent à la mise en lumière de formes propres à la modernité comme la fragmentation, l’hétérochronie ou la multigénéricité. Elle s’intéresse à l’entremêlement libre des mémoires familiales, intertextuelles ou encyclopédiques. Elle met au jour l’importance du matériau mémoriel que les œuvres intègrent par l’entremise de listes, de photographies et de traces en tous genres – dans un livre sur [l]e futur antérieur de l’archive, Nathalie Piégay-Gros s’est par exemple intéressée à « la manière dont l’archive s’implante dans la fiction9 ». Ces études10 portent essentiellement sur la littérature contemporaine et s’interrogent sur les obstacles que rencontre la transmission mémorielle. Les problèmes qu’elle soulève sont envisagés dans des œuvres qualifiées de « romans de l’après coup11 » ou de « romans de la rémanence », c’est-à-dire des récits marqués par un décalage générationnel12 et qui, au lieu de faire une représentation directe du passé, en suivent la persistance après sa disparition. De ces derniers, la critique examine par exemple la question de l’indicibilité13 et de sa mise en texte dans une voix qui, n’étant pas assignée à un sujet ou à un lieu identifiable, forme elle-même une absence. D’autres travaux se penchent sur les dysfonctionnements du deuil14 et du témoignage en concentrant leur attention sur les figures de l’héritier15. Ces remémorations ne vont pas de soi et cherchent à révéler les secrets d’un passé dont les fantômes affectent la fiction et l’écriture d’une vive spectralité.

    3Lorsqu’ils posent la question de l’oubli, ces travaux ne l’envisagent que comme l’élément contraire de la mémoire. À cette menace d’effacement, le roman opposerait un refus d’oublier, passion dénégatrice qui investirait le genre romanesque d’un besoin anthropologique de conjurer l’oubli. Les rares travaux qui portent sur cette question en littérature l’assimilent généralement à la perte du passé et à des disparitions dont ils analysent les motifs, les figures et les procédés narratifs ou énonciatifs au gré des textes et en fonction des notions et des outils d’analyse mobilisés, mais toujours en considérant l’oubli comme une lacune et une atteinte à la fiabilité de la mémoire. Isabelle Daunais estime par exemple que ce sont ces disparitions qui font du roman un « art de la mémoire » plutôt qu’un « art du présent et de la nouveauté16 ». Pour un certain nombre d’entre elles, ces études font du récit l’élément essentiel de la mise en forme du temps. Prenant appui sur la théorie de la narrativité élaborée par Paul Ricœur17, elles délaissent l’examen rebattu de la récusation de l’intrigue traditionnelle à laquelle le roman moderne se livre afin de décrire les « syncopes temporelles18 » qui perturbent les formes d’expression usuelles de la mise en récit du temps. Elles mettent également en évidence de nouvelles formes de narrativité19 et des régimes énonciatifs singuliers, notamment ceux de la répétition ou du ressassement20. À titre d’exemple, l’essai de Jean-François Hamel, paru en 2006, propose une exploration des poétiques de la répétition qui traversent la modernité littéraire et philosophique en s’appuyant sur la théorie de la narration de Ricœur et sur les régimes d’historicité de François Hartog21. Il analyse la résurgence conjointe d’une poétique, celle de la répétition, et d’une thématique, celle du revenant, dans différentes écritures de l’histoire issues de la philosophie, de la littérature et de l’historiographie22.

    4Une large part de ces approches narratologiques rattachent la question de la saisie littéraire du passé à la notion d’intertextualité définie par les travaux relatifs à ce concept de Julia Kristeva23, de Michael Riffaterre24 ou de Gérard Genette25. S’appuyant parfois sur des concepts plus récents comme celui, issu de la stylistique, de « récriture » [sic] conçu par Anne-Claire Gignoux26, ou celui d’interdiscours tel que l’a conçu Dominique Maingueneau27, ces ouvrages analysent parallèlement la mise en texte de la mémoire et, selon l’expression de Tiphaine Samoyault, « la mémoire que la littérature a d’elle-même28 » ou encore ce que Judith Schlanger appelle « [l]a mémoire des œuvres29 ». De l’évidence d’une intertextualité inhérente aux textes littéraires découlent nombre d’analyses des réécritures, des allusions, des citations, des reprises parodiques ou sérieuses et des phénomènes différents qui composent les palimpsestes par lesquels un texte entretient différentes formes de dialogue avec le patrimoine littéraire et avec les écrits du passé ou du présent que chaque livre s’est choisis.

    5Sans être clairement séparée de la précédente, une autre catégorie d’analyses s’en distingue parce qu’elle considère la littérature et en particulier le roman comme un espace de reconfiguration de la mémoire collective. À l’instar de l’analyse de Pierre Bayard et d’Alain Brossat30, ces travaux s’attachent à montrer comment les textes gagnent leur originalité sur les représentations collectives du passé qu’ils reformulent. Le recueil d’articles réunis par Nelly Wolf sur la spécificité des amnésies françaises à l’ère gaullienne (1958-1981) suggère de la sorte que « seul l’imaginaire narratif est en mesure de donner des contours et une présence à ce qui, par essence, n’est pas, ne se manifeste pas, ne fait pas trace : l’oubli31 ». Certains ouvrages sont attentifs à la manière dont les textes réinventent les représentations et les médiations propres à des paradigmes culturels qui modèlent le rapport au passé d’une société et d’une époque. Ils privilégient les interactions des textes avec des phénomènes culturels comme le recyclage du passé32 ou des modifications propres à la culture de la mémoire en régime moderne. À la croisée de la sociocritique et des études sur l’intermédialité, les recherches de Djemaa Maazouzi examinent par exemple la scénographie mémorielle des récits de retour33 dans la littérature et le cinéma algériens. Dans un essai intitulé La culture de la mémoire ou comment se débarrasser du passé34 ?, Éric Méchoulan cherche à saisir, à partir de certains exemples littéraires, ce que devient la mémoire dans le dispositif général de la culture. La perte des usages sociaux qui faisaient du passé une culture de la mémoire laisse désormais place à une mémoire elle-même cultivée, mais coupée de son lien immédiat à la tradition. Selon l’auteur, ce changement culturel majeur – nous sommes passés d’une culture de la mémoire à une mémoire cultivée – caractérise la modernité. Celle-ci est marquée par un rapport au passé qui se joue dans la disjonction, ce qui revient à dire qu’il est inexorablement coupé du présent en même temps qu’il fait l’objet d’un surinvestissement mémoriel. Ce passé, considéré hors de portée, donne lieu à des fictions mémorielles disphoriques qui affrontent lucidement l’impossibilité de restitution du passé et se disent elles-mêmes affectées par un oubli qui s’inscrit en creux dans les formes que prend l’écriture mémorielle des œuvres.

    La saisie littéraire de l’oubli

    6Des travaux spécifiques à l’oubli considèrent celui-ci comme le complément de la mémoire, et non son contraire. Dans Léthé. Art et critique de l’oubli35, Harald Weinrich a proposé d’examiner les œuvres et les formes les plus notables que revêt l’oubli au fil de l’histoire culturelle. Dans une démarche qui rappelle les protocoles théoriques de la philologie romane et qui mêle analyse littéraire, connaissances linguistiques, angle de vue culturaliste et érudition historique, l’ouvrage échafaude une histoire synchronique de l’oubli dans la culture européenne occidentale. L’exploration des formes littéraires et philosophiques de l’oubli se concentre sur des œuvres canoniques de la littérature et de la philosophie européennes allant de l’Antiquité à la période contemporaine. Elle s’appuie sur l’idée que la modernité ouvre l’ars memoriæ antique et la rhétorique sur laquelle il repose à une mise en texte de l’oubli. L’ouvrage s’ouvre sur un chapitre dédié au « [l]angage de l’oubli » qui fait état de l’étymologie du verbe « oublier », issu du latin oblivisci, « ne plus penser à quelque chose, perdre de vue », et de son évolution historique, analyse lexicale qui est suivie d’une revue des métaphores traditionnelles qui accompagnent le mot. L’étude de Weinrich rend justice à la variété et à la richesse de la mise en texte de l’oubli dans les œuvres littéraires. Cervantes, Huarte, Dante, Casanova, Goethe, Descartes, Lessing, Kant, Locke, Voltaire, Rousseau, Casanova, Frederick le Grand sont convoqués dans une réflexion sur l’oubli prémoderne qui institue certains thèmes récurrents comme le culte des morts, la métaphore des tablettes d’écriture ou la figure du fantôme. Cette réflexion s’arrête sur des penseurs de la fin du xixe siècle comme Freud, Bergson et Nietzsche, qui accordent tous trois une importance considérable à l’oubli en le rattachant à l’histoire, à la mémoire ou au refoulé36. Ce large panorama de l’oubli comme objet culturel de pensée et d’écriture à travers les siècles a le mérite de montrer l’importance de cette question dans la culture et la littérature occidentales. De manière différente, l’étude de Bertrand Gervais37 fait de l’oubli un motif particulier à un certain nombre d’œuvres contemporaines. En le rattachant au mythe de Thésée plutôt qu’au Léthé, le fleuve de l’oubli, son essai envisage l’oubli non comme « un simple revers de la mémoire, mais [comme] une modalité de l’agir » et se demande comment cet « oubli en acte, in præsentia38 » est mis en récit. Cette approche le conduit à soutenir que l’oubli relève à la fois de l’inconscient de la mémoire collective et d’un fond mémoriel perdu que seule la littérature peut explorer.

    7En fonction des nécessités de l’analyse des textes céliniens, mon travail évoque certaines de ces analyses, dont celle de Nelly Wolf permet par ailleurs de distinguer la spécificité des oublis de l’immédiat après-guerre (1945-1958) des oublis ultérieurs sous l’ère gaullienne. Par ailleurs, l’état présent qui vient d’être fait montre que la plupart de ces études envisagent principalement l’oubli sous l’angle d’une passion dénégatrice et d’une conjuration de l’oubli. En prenant exemple sur les études de Bertrand Gervais ou d’Harald Weinrich, nous chercherons à identifier au contraire les mots, les motifs, les figures et les savoirs relatifs à une culture de l’oubli que la trilogie reconfigure de manière singulière.

    Dette théorique : Robin, Angenot

    8L’œuvre de Régine Robin porte une attention particulière à l’activité mémorielle des textes littéraires. Au carrefour de l’histoire, de la recherche en littérature et de la création romanesque ou essayistique – elle est l’auteure de nombreux textes de fiction39 –, son œuvre part d’une réflexion épistémologique sur les conditions du discours historique qui découle de trois postulats précisés dans Le roman mémoriel40. En s’appuyant sur les travaux de Bakhtine, et notamment sur l’idée d’une interaction générale des énoncés, Régine Robin a contribué à définir la notion d’interdiscours, introduite pour « ordonner les différentes formations discursives d’un état de société, dans une synchronie large ou étroite, et tenter d’en analyser les spécificités, les oppositions, les relations41 ». Ce terme « renvo[ie], selon Robin, à l’espace de circulation discursive dans la formation sociale, marquant les rapports de domination, de subordination, d’emprunts lexicaux, de retournements des mots, de luttes pour l’hégémonie sémantique42 ». C’est à partir de cette notion et de la perspective sociocritique que Régine Robin prend en compte tout ce qui, dans la matière textuelle, relève de l’hétérogène et du multiple. Elle accorde un rôle de premier plan au roman dans l’invention d’une mémoire singulière et hybride, qu’elle définit par rapport à quatre types de rapport au passé : la mémoire nationale, récit officiel du passé imposé par les autorités ; la mémoire savante (historique) qui s’applique à reconstruire le passé d’une manière scientifique ; la mémoire collective proprement dite, relative aux groupes, à leurs identités et à leurs luttes ; la mémoire culturelle, agencement opéré par chaque individu entre l’ensemble de ses connaissances culturelles et les trois types de mémoire précédents. Les quatre types de mémoire ainsi définis entretiennent des rapports de porosité et de malléabilité. Les lectures de Régine Robin montrent comment la mémoire culturelle est réagencée au gré des libertés prises par les textes littéraires à l’égard de l’histoire. De manière comparable, Le roman mémoriel enregistre l’entre-choc des mémoires individuelles et collectives et montre comment nombre de romans installent un conflit de récits, ostensibles, esquissés ou latents selon les cas, corrélés dans la narration à des temps différents ou à des visions concurrentielles du présent, du passé et de l’avenir. Pour sa part, La mémoire saturée43 prend la mesure inquiétante d’une époque contemporaine qui tue la mémoire par surexposition et montre que la fiction et ses ambivalences sont le hors-lieu où l’histoire et le social se lisent en dehors des discours historiographiques et de la sociologie.

    9Mon travail retient de cette réflexion la notion d’interdiscursivité et l’idée que les œuvres littéraires créent leur propre mémoire dans des assemblages de récits mémoriels qui laissent entendre les crissements et les glissements de l’histoire et de son exploitation. Les travaux publiés par l’auteure dans les années 2000, comme Berlin chantiers44 et Mégapolis45, poursuivent cette réflexion mémorielle en suivant les devenirs littéraires du flâneur baudelairien. Parallèlement, le projet de recherche mené par la chercheuse avec Marc Angenot m’intéresse spécialement puisqu’il concerne directement la question des oublis collectifs. Intitulé « Effacements et oblitérations : enquête sur les régimes d’amnésie et de réfection du passé des sociétés contemporaines46 », il a pour postulat de départ que les sociétés d’Europe occidentale des xxe et xxie siècles peuvent être caractérisées par « des pratiques omniprésentes, nouvelles ou adaptées au goût du jour, de l’amnésie collective47 ». En se demandant quel sens anthropologique peut avoir une histoire de l’oubli, les deux chercheurs proposent un large recensement des formes, des mécanismes, des logiques et des raisons de l’effacement mémoriel dans les sociétés contemporaines en prenant à l’occasion un recul propice à la périodisation et à la théorisation dans les deux derniers siècles. Les sélections drastiques, les distorsions, les souvenirs-écrans, les réfections décrites et les modes d’effacement et d’oblitération du passé qui donnent sens à l’histoire constituent les phénomènes par lesquels les sociétés modernes produisent de l’oubli et régulent le passé ou s’en accommodent. La diversité des phénomènes par lesquels leur matériau mémoriel a subi des arasements successifs amène à se demander comment et pourquoi ces sociétés s’efforcent continûment d’effacer activement certaines traces de leur passé et pourquoi elles réécrivent inlassablement leur histoire afin d’accommoder des mythes nationaux ou communautaires, ou bien de transitoires consensus.

    10Dans la mesure où l’adoption d’une démarche sociocriticienne conduit à se demander si la littérature peut constituer un espace d’invention de la mémoire collective, j’accorderai une attention particulière à ce projet de recherche. Il est, avec le concept d’interdiscours, propice à penser l’œuvre dans ses interactions avec une mémoire collective de l’après-guerre qui veut à la fois oublier et se souvenir. J’en retiens l’hypothèse que les cultures des sociétés occidentales peuvent être périodisées selon des régimes de mémorabilité qui sont, ipso facto et avant tout, des régimes d’effacement et d’oubli. Centrée sur les textes de Céline, mon analyse propose en conséquence une description des modes de sélection mémorielle et d’effacement dans le régime mémoriel de la société française des années 1950 tel que l’œuvre la donne à lire. Elle postule que ce qui est considéré comme inintéressant, ce qui est opaque, ce qui fait obstacle aux représentations mémorielles en circulation, variables mais prédominantes, est éliminé impitoyablement ou mis de côté. Cette étude postule que, dans le contexte de la IVe République, la société française veut à la fois se souvenir et oublier la Seconde Guerre mondiale et que le grand facteur d’oblitération du passé consiste en un récit magnifié de la Libération. Enfin, mon travail prête par principe à la littérature la capacité d’être un mode authentique de la transmission mémorielle et privilégie une réévaluation du roman comme conjuration, dans la fiction, de l’oubli massif des destinées ordinaires. En effet, les romans de Céline ont maille à partir avec les représentations d’un monde qui n’a pas fini de payer sa dette symbolique. Ses fictions ne cessent de reconfigurer les clameurs de l’histoire officielle et les défaillances, les obsessions dérangeantes, les épisodes gênants que l’histoire officielle tente d’occulter.

    Le concept d’oubliogramme et la vocation léthéenne

    11En prenant exemple sur les rares travaux spécifiques à l’oubli et qui considèrent celui-ci comme le complément de la mémoire, et non son contraire, ce travail cherche à identifier les mots, les motifs, les figures et les savoirs relatifs à une culture de l’oubli que les textes littéraires reconfigurent de manière singulière.

    12La notion d’oubliogramme que je propose désigne les effacements actifs et passifs de la société française d’après-guerre tels que le roman célinien les donne à lire. Les oublis désignés par ce concept résultent d’interventions sémiotiques identifiables qui affectent le tissu mémoriel d’une société par des altérations, des amputations, des réécritures ou des oblitérations. Le concept général d’oubli collectif recouvre quatre catégories : l’oubli national, l’oubli savant, l’oubli communautaire et l’oubli culturel.

    Quatre catégories d’oubli

    13L’oubli national est l’oubli officiel, institutionnalisé, décrété et promu par les autorités. Le pouvoir réagence l’histoire à son avantage et en fonction des intérêts du présent. Ce faisant, il opère des effacements de grande ampleur, des dénégations radicales, des manipulations du passé qui imposent à l’échelle d’une nation l’oblitération de pans entiers de l’histoire collective. Élément fondamental des récits nationaux et des représentations patriotiques, il gomme d’une main ce qu’il remplace de l’autre et institue des versions simplistes de l’histoire au prix de trous de mémoire dissimulés par un ensemble de souvenirs-écrans. L’oubli national a parfois force de loi lorsqu’il prend la forme de l’amnistie, dont on distingue généralement trois types : l’amnistie réelle, laquelle entraîne la libération des condamnés ; l’amnistie personnelle, accordée en vertu de certains critères individuels ; la grâce amnistiante pour des personnes graciées par l’exécutif. Il suppose de légiférer sur l’écriture du passé par des prérogatives juridiques, des dispositifs administratifs, des mesures législatives, etc. Certains oublis nationaux pourraient aussi bien être dénommés mensonges, puisqu’ils sont sciemment gérés par les autorités et instrumentalisés par le pouvoir. Ils prennent la forme de manipulations du grand bréviaire d’histoire nationale, lequel est déformé et nourri d’épisodes historiques légendaires et d’origines glorieuses. Des réécritures suppriment dans le récit national un événement gênant ou un personnage inconvenant, elles introduisent des personnages anonymes ou des épisodes plus flatteurs. Ces réécritures assurent que l’histoire reste sous le contrôle du pouvoir en place, lequel cherche à l’incarner et à garder le monopole du discours sur l’histoire. L’oubli national peut revêtir ces différentes formes qui sont toujours en relation avec la légitimité du pouvoir et avec la défense d’une idéologie : ses silences, ses mensonges, ses oublis ont pour fonction d’accréditer l’action du pouvoir et de conforter l’ordre historique dont il tire sa légitimité.

    14Il serait naïf de croire que les ouvrages savants, les recherches d’historiens, les essais, les rapports scientifiques sont imperméables à l’amnésie collective. Comme Marc Ferro l’a montré48, il existe bien un oubli savant qui ne s’explique pas seulement par l’absence d’archives ou le caractère partiel de ce que les documents d’une époque donnent à voir de leur temps. Le travail de ces historiens qui s’affairent à étendre le manteau de Noé sur des crimes ou des conflits nationaux est celui de copistes modernes de l’oubli, mains discrètes et méthodiques qui, à l’ombre des bibliothèques, s’emparent du manuscrit de l’histoire nationale pour en recouvrir les épisodes inconvenants d’un second texte. Le processus et les choix épistémologiques des historiens provoquent eux-mêmes des mises au ban de l’histoire, des sélections qui déterminent l’accessibilité et le champ d’investigations futures, créant ainsi des objets historiques d’avance disparus, occultés ou altérés. Ces oublis savants proviennent d’une construction consciente des discours savants et opèrent à partir de critères argumentés : dans une histoire rationnelle et progressiste, l’identification et l’analyse des effets néfastes de la modernisation d’un pays ou de l’implication du progrès technologique dans les guerres n’a pas de sens ; l’oubli des anonymes est légitime dans une conception de l’histoire inspirée par l’hagiographie des hommes illustres et où seules comptent les grandes figures historiques du passé. Rares sont de toute façon les historiens qui s’intéressent spécifiquement à l’oubli et le considèrent comme partie prenante des représentations propres à la mémoire collective. Cette histoire de l’oubli savant, loin d’être l’apanage des seuls historiens à la solde du pouvoir, tient la plupart du temps du refus de continuer à « faire le procès » de crimes prescrits et renvoie victimes et bourreaux à la nuit du passé révolu où tous les chats sont gris. Elle s’écrit au gré des impasses et des renoncements savants et trouve sa continuité dans une constante, et parfois compulsive, mise à jour historique, un aggiornamento historiographique qui se décline en fonction des instrumentalisations du moment, selon les changements des « mythes » nationaux, les modes idéologiques et les conjonctures.

    15Comme son nom l’indique, l’oubli communautaire concerne la dimension de l’amnésie collective relative aux communautés sociologiques, ethnolinguistiques ou religieuses. Chaque groupe fragmente et oblitère la mémoire collective en fonction des récits du passé auxquels il s’identifie. À l’évidence, l’ensemble de textes religieux, les récits, les chants qui constituent une tradition et les rituels qui composent une culture de la mémoire susceptibles de fonder de telles communautés tendent à reculer en période de modernité. Mais l’oubli partagé au sein d’une communauté, plus volatile et fluctuant, réinvente un passé aboli ou naguère méprisé, et lui procure des traditions imaginaires et « authentiques » ad hoc qu’Eric Hobsbawm et Terence Ranger ont qualifié d’« invention de la tradition49 » et qui supposent également des formes d’effacement communautaire. À l’inverse, la « concurrence des victimes », parfois présentée comme un phénomène propre aux mémoires contemporaines, faisait déjà l’objet de commentaires chez Tacite50, qui alertait ses lecteurs du danger que court le passé dès lors qu’un groupe s’en proclame l’élément identifiant et charge de culpabilité toute remise en cause d’une telle appropriation. De là proviennent nombre de débats houleux et stochastiques autour de questions mémorielles qui naissent aussi bien dans les débats entre historiens que sur la scène publique en général : procès des morts, révocations d’amnisties, dénis posthumes de responsabilité, réquisitoires ou appels posthumes, réhabilitations et déconsidérations (non) historiques, exhumations d’oubliés et remises en état présentable des ci-devant enfouis dans les « poubelles de l’histoire », résurrections glorieuses, découvertes et stigmatisations de boucs émissaires nouveaux, relégations de personnalités du passé au purgatoire sinon aux limbes de l’histoire.

    16Enfin, l’oubli culturel est l’agencement d’oblitérations opérées par chaque individu en fonction d’une part de l’ensemble de ses connaissances culturelles, d’autre part des trois types d’oublis précédents. Ces manipulations sont indissociables, comme l’écrit Paul Ricœur, de la fonction sélective du récit qui offre à la manipulation l’occasion et les moyens d’une stratégie rusée qui consiste d’emblée en « une stratégie de l’oubli autant que de la remémoration51 ». Le récit comporte par nécessité une dimension sélective sur laquelle se greffent directement les stratégies de l’oubli pour y opérer de l’intérieur même du travail de reconfiguration narrative : on peut toujours raconter autrement, en supprimant, en déplaçant les accents d’importance, en refigurant différemment les protagonistes de l’action en même temps que les contours de l’action. La tradition rhétorique de l’ars memoriæ, cet ensemble de mnémotechnies propres à la rhétorique ancienne que Frances Yates a décrit dans The Art of Memory52, suppose elle-même un ars oblivionis, art de l’oubli dont les discriminations sont fondamentales dans l’écriture de l’histoire antique. Il se manifeste de manière éclatante dans le genre des historiae qui cherchent dans l’existence des grands hommes d’Athènes ou de Rome de quoi instruire le lecteur par un principe d’édification, c’est-à-dire une transmission mémorielle de l’histoire qui implique, elle aussi, une sélection d’hommes illustres et d’actions jugées dignes d’être retenues.

    Quatre façons d’oublier

    17De quelle manière opère l’oubli collectif ? Comment s’y prend-on pour faire oublier un élément du passé dont la portée collective est de notoriété publique ? L’oubli souffre, comme le rappelle Paul Ricœur, des mêmes formes d’abus que la mémoire : l’oubli pathologique ; l’oubli commandé et l’oubli manipulé. En partant des distinctions faites par la phénoménologie ricœurienne de la mémoire et de ses abus, on peut définir quatre modes opératoires de l’amnésie collective.

    18Une société peut ordonner l’effacement de pans entiers du passé par des oublis commandés qui ont force de loi. Au pire, la réalité doit se conformer à ce diagnostic : ces silences et ces oublis s’accompagnent, dans le cas de régimes autoritaires, de mesures exécutées sur ordre pour mettre hors d’atteinte des documents qui viennent contredire la version officielle des faits – ce fut le cas des Protocoles de la IIe Conférence de Petrograd, où Lénine faisait l’éloge de Trotski, et dont toutes les retranscriptions furent détruites par les staliniens ainsi que le chapitre huit des œuvres de Toukhatchevski qui l’évoquait également. De manière radicale, l’oubli national peut prendre la forme explicite et violente d’un effacement pur et simple dont l’usage politique trouve ses origines dans la damnatio memoriae des Romains. Lorsqu’il cible des massacres de masse, l’oubli officiel fait peser la menace d’une annihilation mémorielle de grande envergure perçue de manière d’autant plus dramatique qu’elle représente une disparition complice de l’horreur qui redouble l’extermination collective par son engloutissement dans l’amnésie.

    19L’effacement peut s’accomplir par substitution d’une mémoire à une autre. Comme l’explique Marc Ferro53, la légitimité de la papauté repose, par exemple, sur le plus durable des faux. Au xve siècle, Laurent Valla et Nicolas de Cues, deux dignitaires de l’Église, révélèrent que les deux principaux documents sur lesquels la papauté s’appuyait pour fonder la légitimité de son pouvoir, la donation de Constantin et les décrétales d’Isidore Mercator, étaient des contrefaçons. Voilà qui fut bien prouvé, et pourtant, depuis cette date, la papauté a su faire oublier cette opération qui pourrait mettre en cause sa légitimité. Les faux dauphins de France, les origines troyennes affabulées, les contrefaçons, les maquillages, les dénaturations et les fabrications pures et simples de documents pour écarter un prétendant au trône ou pour attribuer une origine légitimante aux pouvoirs en place donnent aux oublis de l’histoire quelque chose d’illicite ou de scandaleux.

    20Ces réécritures ne sont pas toujours aussi spectaculaires. Sans s’appuyer sur un passé inventé ou sur le remplacement d’un passé par un autre, l’oubli volontaire peut reconnaître une partie du passé dont il ne nie pas l’existence, mais qu’il déforme sur le mode de ce que Ricœur appelle la « direction » des opérations de mémoire, c’est-à-dire selon une prise en main de la mémoire officielle qui empêche sciemment des visions divergentes d’émerger. L’oubli collectif naît alors de manipulations de la mémoire qui déforment ou réécrivent des représentations et des récits du passé. La ressource du récit devient ainsi le piège, lorsque les récits de fondation, les récits de gloire et d’humiliation qui forment la texture narrative de la mémoire officielle d’une société renvoient à des effets de distorsion qui sont ceux des logiques de légitimation du pouvoir et qui relient les abus de la mémoire manipulée à l’idéologie. À ce niveau apparent, la mémoire imposée est armée par une histoire elle-même « autorisée », l’histoire officielle, enseignée, apprise et célébrée publiquement, qui enrôle les mémoires individuelles au bénéfice des événements fondateurs de l’identité commune.

    21L’oubli collectif, s’il est presque toujours volontaire, n’est pas nécessairement actif et ne se manifeste pas obligatoirement dans des actes de réécriture. Il peut relever de non-dits et de refoulements de souvenirs traumatiques qui marquent des générations entières et qui ne sont simplement pas évoqués pendant un certain temps. Dans la mesure où ces oublis sont intimement liés au processus de refoulement et de retour du refoulé, ils sont proches de ce que Ricœur qualifie de « mémoire empêchée ». Le livre d’Henry Rousso sur Le syndrome de Vichy54 donne une idée des travaux historiques qui ont été menés sur ces oublis engendrés par le refoulement. Henry Rousso distingue quatre phases, de la Libération à nos jours. La première, qui s’étend de 1944 à 1955, va de l’épuration à l’amnistie. C’est celle d’un deuil – à entendre au sens d’affliction plutôt que de travail du deuil proprement dit, lequel précisément ne se fait pas – qui porte les séquelles de la guerre civile. Elle est suivie d’une période de refoulement. Comme dans tous les grands refoulements historiques, la période est marquée par l’établissement d’un mythe, celui du « résistancialisme », récit gaulliste ou récit communiste selon lesquels tous les Français étaient des résistants. Puis vient, avec le film de Marcel Ophuls, Le chagrin et la pitié, en 1971, la phase du « retour du refoulé », le miroir se brisant et le mythe volant en éclats. Enfin, le stade de l’obsession, dont l’historien affirme qu’il est encore en cours, constitue une dernière phase marquée par le réveil et l’intensité de la mémoire juive et par l’importance des réminiscences de l’occupation dans le débat politique interne. La mémoire se heurte alors à des « résistances » au sens freudien, les traumatismes du passé sont refoulés, on ne veut pas savoir. Ce déni, comme chez Freud, peut mobiliser des souvenirs-écrans : dans l’après-guerre, en France, la fiction d’une France massivement résistante put fonctionner comme souvenir-écran pour ignorer volontairement ce que l’État français et l’administration avaient fait et de quelle manière ils avaient apporté une aide considérable à l’arrestation et à la déportation des Juifs.

    Quatre usages de l’oubli

    22Pourquoi une société fait-elle violence à son propre passé en l’amputant ainsi ? Quelles sont les raisons de ces oublis collectifs ? Aux quatre catégories d’oubli et aux quatre façons d’oublier qui viennent d’être décrites correspondent quatre usages sociaux de l’oubli.

    23L’oubli national, intrinsèquement lié à l’usage que le pouvoir fait du passé pour s’autolégitimer, est un facteur essentiel de cohésion nationale et joue un rôle particulier dans le processus de réconciliation nationale qui suit une période de guerre civile. L’ouvrage de Jean-Michel Rey consacré à L’oubli dans les temps troublés55 définit le droit de grâce comme un privilège régalien qui n’est mis en œuvre que périodiquement et à la discrétion du chef de l’État. De tout autre portée est l’amnistie, car celle-ci est censée interrompre « de graves désordres politiques […] [des] guerres civiles, [des] épisodes révolutionnaires, [et des] changements violents de régimes politiques56 ». Outre ces circonstances extraordinaires, l’amnistie se distingue par l’instance qui la décrète, soit le Parlement pour ce qui est de la France. Elle vise une catégorie de délits et de crimes commis durant une période séditieuse. À cet égard, elle opère comme une sorte de prescription sélective et ponctuelle qui laisse hors de son champ certaines catégories de délinquants. Considéré dans son projet avoué, cet effacement légal a pour finalité la réconciliation entre citoyens ennemis et le retour à la paix civique. Il s’agit bien d’un oubli juridique limité, mais de vaste portée, dans la mesure où l’arrêt des procès équivaut à jeter le voile sur ce passé, à limiter les manœuvres revanchardes des vainqueurs et à éviter d’ajouter les excès de la justice à ceux du combat. L’amnistie s’accompagne généralement d’une réaffirmation de l’unité nationale par le cérémonial des hymnes et des célébrations publiques, et surtout par des discours qui légitiment l’oubli.

    24Dans le domaine savant ou culturel, l’oubli est généralement invoqué au nom de la nécessité de se défaire du poids du passé. Il sert alors un but de libération contre des pans de l’histoire ou de la culture qui encombrent inutilement la mémoire. Les réflexions humanistes sur la connaissance invitent par exemple à un rejet de l’érudition scolastique comme de l’ars memoriæ antique. Comme l’a montré Harald Weinrich57, le Gargantua de Rabelais ou les Essais de Montaigne sont dotés d’un « génie de la raison oublieuse » et défendent ce paradigme humaniste qui privilégie la pensée et le libre arbitre contre la culture scolastique, contre les exercices de mémorisation et contre l’érudition pour l’érudition. Ce parti pris trouve une inflexion singulière dans la Deuxième considération inactuelle de Nietzsche, laquelle engage une ample réflexion sur l’excès de mémoire qui caractérise l’historicisme du xixe siècle. Cet ouvrage est en effet le premier d’une série de textes qui font de l’oubli l’antidote à une modernité à la fois marquée par une hypermnésie savante et par un net recul des rites, des chansons et des récits qui constituaient jadis une culture de la mémoire.

    25Les oublis relatifs à une communauté socio-ethnolinguistique ou religieuse marquent pour leur part l’identification à un groupe social sur le plan de la mémoire. Les textes de la tradition et les rituels mémoriels d’une collectivité ont pour fonction de caractériser un ensemble de récits, de référents historiques ou culturels dont la reconnaissance définit les critères en fonction desquels l’intégration à une communauté mémorielle est possible ou non. Ne demeure de l’histoire que ce qui est sujet à édification, à être érigé par un récit légendaire en exemplum susceptible d’exhorter les générations futures à l’imitation de la geste de leurs ancêtres.

    26À l’inverse, l’oubli culturel rassemble un ensemble de rites, de phénomènes commémoratifs et d’hommages dont la fonction est celle d’une culture de la mémoire qui s’oppose à l’effacement des traces et qui correspond à un besoin anthropologique de conjuration de l’oubli. Cette dernière catégorie est sans doute la plus importante des quatre types d’usage décrits puisqu’elle renvoie directement à la mise en forme littéraire de l’oubli collectif et à la part d’inventivité et de présence au monde de la littérature. Que peuvent l’art et la littérature contre l’oubli collectif ? Il est connu que les arts de grande diffusion sont largement encombrés par des mythographes et des publicistes qui alimentent l’amnésie collective en mettant à la place du passé non pas une vérité potentielle, mais une imagerie. Substitut d’une histoire devenue inintelligible, indécodable et dérangeante, ce commerce d’images s’impose si bien au public qu’il incarne pour lui le passé même dans toute sa fidélité rassurante. Mais, dans une meilleure veine, les romans, la photographie, le cinéma ne cherchent-ils pas à garder le souvenir de ce qui est menacé de disparition ou déjà en déshérence ? Le rapport du roman à la mémoire ne se joue-t-il pas dans ce vœu de substituer aux récits officiels l’expérience de l’histoire telle que l’ont vécue les figures anonymes ou réprouvées ? Si le roman restitue le mémorable de l’histoire collective, il considère en priorité ce que la Grande Histoire n’estime pas nécessaire de raconter, ce qui est jugé indigne de mémoire et n’a pas sa place dans les livres d’histoire. Le passé qu’il restitue est davantage perdu que révolu, disqualifié avant d’être hors de portée. Il y a donc une différence fondamentale entre l’oubli propre à la littérature et l’oubli de la mémoire collective. Comme l’écrit Deleuze, « ce qui s’oppose à la mémoire n’est pas l’oubli, mais l’oubli de l’oubli, qui nous dissout au-dehors, et qui constitue la mort58 ». Oublier que nous avons oublié équivaut dans notre culture à une disparition au cube : la page ouverte de ce vieil album de famille où personne ne reconnaît plus personne présente un ancêtre mort dont la disparition est doublée par notre oubli, voire triplée par l’inconscience dans laquelle nous sommes d’avoir oublié l’ancêtre. Ce qui fut oublié n’est tout simplement pas advenu tant que nous n’en avons pas retrouvé la trace. L’absence est visible dans le cas d’un oubli conscient tandis que l’oubli de l’oubli, inconscient, demeure inaperçu. Cette distinction ne se joue pas seulement dans le degré d’effacement ou dans sa gravité : il en va aussi de la conscience que nous avons de l’existence d’un individu et de son passage sur terre ou des épreuves endurées par une communauté ou un événement particulier. Ce qui est importe ici, c’est que la mort réelle ne le devient que si elle passe dans le symbolique : ce devenir symbolique distingue la littérature de la mémoire collective qui l’entoure et qu’elle met en jeu.

    27De l’oubli, une société dispose donc en fonction de quatre usages. Sous la forme de l’amnistie et de la grâce, le pouvoir fait appel à lui au nom de la réconciliation ; les communautés et les groupes sociaux y voient un facteur d’identification à la collectivité ; enfin, la culture et la littérature le convoquent de manière ambivalente afin de se libérer du connu ou, au contraire, de conjurer la disparition qu’il suppose. Les composantes, les modes opératoires et les usages de l’oubli collectif étant définis, il faut envisager à présent la particularité de l’oubli collectif spécifique à la société française d’après-guerre.

    Un paradigme du passé

    28Au mitan des années 1980, l’œuvre de Céline fit l’objet d’une réhabilitation qui mettait en évidence sa part d’innovation formelle. À la suite des travaux d’Henri Godard59, nombre d’études se sont intéressées à l’hybridation générique60, à la musique61 ou au cinéma, aux formes conflictuelles du dialogue62 et aux intertextes proustiens63, moliéresques ou rimbaldiens de l’œuvre64. Parallèlement, plusieurs publications des années 1990 ont enrichi la critique célinienne d’une réflexion sur les partis pris idéologiques de l’œuvre et leur rapport avec l’histoire des idées du xxe siècle. Ces recherches qui privilégiaient une interrogation sur « les idées de Céline65 » ont d’abord identifié la clef de voûte politique de l’œuvre dans une dérive fasciste « préprogrammée66 » avant même la publication des pamphlets antisémites. Elles l’ont expliquée par une « esthétique de l’outrance67 » qui reformule l’idéologie des officines antisémites des années 1930 ou l’ont assimilée à un hygiénisme social d’autant plus dangereux qu’il présente un caractère utopique sous la plume du pamphlétaire68. Poursuivant un objectif semblable, mais aboutissant à des conclusions très différentes, Yves Pagès a montré que les « fictions politiques » de Céline trouvent leur point nodal dans un « déchirement idéologique69 » qui trouve son origine dans une pensée libertaire, laquelle, objet de désillusion et mise à mal par la guerre de 14-18, engendre par aigreur et pessimisme un nationalisme réactionnaire et conservateur.

    29À l’exception de rares analyses qui considèrent le caractère anti-moderniste de l’œuvre70, ces deux types d’analyse, l’un privilégiant la dimension esthétique, l’autre les questions idéologiques et historiques, semblent n’appartenir qu’à une seule et même promotion de la modernité de Céline. En effet, que ce soit sur le terrain des formes ou à l’égard de l’histoire, tous deux conduisent à ne penser l’œuvre que sur le mode de la rupture. Pour autant qu’il soit fécond, ce parti pris omet de considérer les choix formels qui donnent naissance à l’écriture célinienne de l’histoire, dont le but est de raconter l’histoire collective du xxe siècle telle qu’un individu l’a vécue. Or ce projet prend la forme de réécritures d’une série d’éléments qui relèvent d’un paradigme du passé, et que les textes céliniens désignent comme étrangers lors même qu’ils les déconstruisent et les reconfigurent. Cette altérité formelle du paradigme du passé est constitutive de l’écriture de l’histoire célinienne.

    30Parler de « paradigme du passé » engage des effets de continuité qui supposent que ce dernier n’est pas dissocié du présent tandis que l’action de scruter les « altérités formelles » du texte suppose, en revanche, d’insister de nouveau sur des figures de rupture – l’altérité n’est pas l’altération. Que recouvre, au juste, la notion de « paradigme du passé » et quel rapport établit-elle à la tradition à partir d’un temps qui est celui de la modernité ? Comment envisager les effets de continuité ou de discontinuité propres aux œuvres de Céline ? Cette expression désigne précisément les genres, les intertextes, les marques linguistiques, les discours, les allusions historiques et culturelles que l’on peut considérer comme un ensemble de formes-sens anciennes. L’œuvre ne fait pas appel à ces formes datées pour revenir, à la façon des romans historiques traditionnels comme ceux de Walter Scott, sur une époque ou un moment historique détachés de son temps. Elle les mobilise au sein d’une écriture qui convoque l’actualité des années 1950 et qui se saisit de l’histoire à peine achevée de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que d’autres époques plus anciennes. Ces éléments formels désuets impliquent ainsi une dynamique double de continuité et de discontinuité. Elles constituent les médiations qui caractérisent la relation de l’écriture célinienne avec l’advenu, mais leur altérité formelle renvoie à l’étrangeté radicale de l’histoire, à l’énigme qu’elle est pour le présent. Pourtant, parler de paradigme implique justement – c’est presque une lapalissade – que ce passé soit paradigmatique, qu’il puisse constituer, sinon une base ou un modèle d’interprétation du présent, du moins le fonds de signifiance sur lequel l’histoire moderne se comprend. Ceci présuppose, d’une part, que, au moment présent, il y ait un ensemble de représentations et de valeurs datées dans lesquelles une communauté ou un groupe se reconnaît, c’est-à-dire une mémoire collective. D’autre part, le passé n’est paradigmatique que si une forme de transmission mémorielle opère sa réactualisation dans le présent. Mémoire collective et transmission forment une culture de la mémoire71 en interaction avec ce paradigme.

    31Or il n’est pas certain du tout que les usages et les traditions de cette culture de la mémoire, en recul au fil de la modernité, subsistent dans le contexte historico-culturel français des années 1950. Quand bien même ce serait le cas, les textes de Céline mettent de l’avant le caractère oublié, anachronique et démodé des formes anciennes qu’ils réactivent. Ils resituent ces dernières dans une culture de la mémoire qui leur est étrangère, et où l’oubli insurmontable est considéré comme intolérable en même temps qu’une forme de continuité historico-culturelle paraît, sinon compromise, du moins problématique. Violemment anachroniques, ces formes désuètes sont pourtant en interaction directe avec les représentations de l’oubli collectif dans l’après-guerre. Lors même qu’elle reconduit les modalités d’écriture de l’histoire et continue de s’y référer, l’œuvre de Céline prend acte de l’anachronisme et de l’étrangeté radicale de ce paradigme par rapport à l’histoire et à la mémoire collective du xxe siècle. Interroger l’historicité et la socialité de ces réécritures suppose donc de déterminer en quoi leur reconfiguration transforme le sens, le régime d’historicité et la vocation historique de ces genres en fonction d’une histoire moderne qui, à l’origine, n’est pas la leur.

    32L’objectif de cette partie est en conséquence d’explorer, à partir de ces réécritures, la contradiction entre le paradigme du passé célinien et l’histoire moderne qu’il raconte. Cette exploration privilégie cinq thèmes de recherche.

    33Un nombre important de genres désuets font l’objet d’une reprise dynamique chez Céline. Parmi de nombreux exemples peuvent être citées les formes brèves de l’aphorisme et du fragment dans Voyage au bout de la nuit, les bribes de La légende du roi Krogold citées dans Mort à crédit qui relèvent de la légende et du roman arthurien, la chanson de geste dans Féerie pour une autre fois ou dans la trilogie, la réécriture des chroniques médiévales que l’auteur mit explicitement en avant comme la caractéristique majeure de sa production littéraire d’après-guerre.

    34La diversité et la complexité des références à La chanson de Roland dans Féerie pour une autre fois exigent une analyse de type intertextuel au même titre que Rigodon, dédié à Poquelin, qui réécrit L’impromptu de Versailles, comédie-ballet de Molière. Dans les deux cas, auxquels il faudrait ajouter celui des Chroniques de Froissart dans Nord72, la filiation choisie s’établit avec une des pièces maîtresses d’un patrimoine littéraire qui, après la défaite de 1870, fait corps avec un désir d’union nationale. L’examen de ces réécritures précises m’amène à cette question : quels dialogues et quelles formes d’écriture de l’histoire Céline tire-t-il d’un patrimoine littéraire national lui-même instrumentalisé par le pouvoir républicain et par un certain nombre de penseurs et d’écrivains ?

    35Une attention particulière doit être accordée aux marques linguistiques du paradigme du passé, dont la typologie inclut les archaïsmes, le lexique obsolète, les survivances syntaxiques et morphologiques de l’ancien français, les jeux polysémiques avec les sens anciens des mots, mais également l’argot des textes, déjà suranné pour les premiers lecteurs de l’œuvre.

    36Le paradigme du passé que Céline réactive implique un substrat discursif et idéologique composite dans lequel sont refondus et cristallisés des récits, des valeurs, des argumentations qui ont eu naguère une écoute et une diffusion importantes. Au fil des textes se reconnaissent des remobilisations d’idéologèmes et de discours d’un vieux « prêt à dire et à penser » renvoyant, dans une logique qu’il s’agit de reconstruire, aux régimes féodaux, à des textes utopiques ou dystopiques, révolutionnaires ou réactionnaires, etc.

    37Un certain nombre de lieux et de personnages proposent une métaphorisation de l’histoire ou des cultures d’autrefois, perceptible dès la toponymie et l’onomastique romanesques. Il s’agira d’étudier leur réinvention au sein de la fiction en considérant à la fois la galerie des personnages (vieux métiers, figures héroïques ou traîtresses passées) et le guide des lieux (jardins à la française, odonymes divers, châteaux et casinos).

    Notes de bas de page

    1Marie-Claire Lavabre, « Paradigmes de la mémoire », Transcontinentales, no 5, 2007, [en ligne] <http://transcontinentales.revues.org/756>, consulté le 19 septembre 2018 ; « Historiography and Memory » dans Aviezer Tucker (dir.), A Companion to the Philosophy of History and Historiography, Oxford, Blackwell, 2009, p. 362-370 ; Allan Megill, « History, Memory, Identity », History of the Human Sciences, vol. 11, no 3, 1998, p. 37-68 ; Mélissa S.-Morin et Patrick-Michel Noël, « Les représentations du passé », Conserveries mémorielles, no 9, 2011, [en ligne] <http://cm.revues.org/846>, consulté le 19 septembre 2018.

    2L’expression « fiction of memory » est de Birgit Neumann, Erinnerung – Identität – Narration. Gattungstypologie und Funktionen kanadischer « Fictions of Memory », Berlin, de Gruyter, coll. « Media and Cultural Memory », 2005, 507 p.

    3Lucie Hotte et Linda Cardinal (dir.), La parole mémorielle des femmes, Montréal, Remue-ménage, 2002, 200 p. ; Anne Ancrenat, De mémoire de femmes. La « mémoire archaïque » dans l’œuvre romanesque d’Anne Hébert, Montréal, Nota bene, coll. « Littératures », 2002, 315 p. Pour les mémoires queer, Jean Le Bitoux, Les oubliés de la mémoire, Paris, Hachette Littératures, coll. « Essais », 2002, 291 p. ; Régis Schlagdenhauffen, Triangle rose. La persécution des homosexuels et sa mémoire, Paris, Autrement, 2011, 310 p.

    4Laurent Quinton, Digérer la défaite : Récits de captivité des prisonniers de guerre français de la Seconde Guerre mondiale (1940-1953), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014, 356 p.

    5Pour les seules publications théoriques depuis les années 2000, Giorgio Agamben, Ce qui reste d’Auschwitz, trad. Pierre Alferi, Paris, Payot & Rivages, coll. « Rivages Poche/Petite Bibliothèque », 2003, 208 p. ; Saul Friedländer, Den Holocaust beschreiben. Auf dem Weg zu einer integrierten Geschichte, Weimar, Wallstein Verlag, 2007, 173 p. ; Karla Grierson, Discours d’Auschwitz. Littérarité, représentation, symbolisation, Paris, Honoré Champion, coll. « Littérature générale et comparée », 2003, 526 p. ; Annette Wieviorka, L’ère du témoin, Paris, Hachette, coll. « Pluriel », 2002, 192 p.

    6Perrine Coudurier, Le mal dans les récits français des années 1950. Terreur et rhétorique, Thèse de doctorat en littérature sous la direction de Didier Alexandre, Université Paris-Sorbonne, 2014 ; Nikola Kovač et Tiphaine Samoyault, Le roman politique. Fictions du totalitarisme, Paris, Michalon, 2002, 230 p.

    7Pour le roman, Sylvie Servoise, Le roman face à l’histoire. La littérature engagée en France et en Italie dans la seconde moitié du xxe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Interférences », 2011, 344 p. Pour le théâtre, Françoise Lavocat et François Lecercle (dir.), Dramaturgies de l’ombre, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2005, 540 p. Pour la poésie, Lucie Taïeb, Territoires de mémoire. L’écriture poétique à l’épreuve de la violence historique, Paris, Classiques Garnier, coll. « Perspectives comparatistes », 2012, 423 p. Pour une approche généraliste, Françoise Dubosquet Lairys (dir.), Les failles de la mémoire. Théâtre, cinéma, poésie et roman : les mots contre l’oubli, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Interférences », 2016, 254 p.

    8Dominique Viart, « Mémoires du récit. Questions à la modernité », Revue des lettres modernes, « Écritures contemporaines », no 1, Mémoires du récit, 1998, p. 3-27 ; Laurent Demanze, Encres orphelines. Pierre Bergounioux, Gérard Macé, Pierre Michon, Paris, José Corti, coll. « Les essais », 2008, 416 p.

    9Nathalie Piégay-Gros, Le futur antérieur de l’archive, Rimouski, Tangence éditeur, coll. « Confluences », 2012, 71 p.

    10Marion Kühn, « Des voix du silence. Variations de la narration indécidable dans le roman de mémoire contemporain », Tangence, no 105, 2014, p. 31-54.

    11Dominique Rabaté, « Événement et traumatisme. Modalités de l’après coup dans le roman du xxe siècle », dans Helmut Meter et Pierre Glaudes (dir.), Le sens de l’événement dans la littérature française des xixe et xxe siècles. Actes du Colloque international de Klagenfurt, 1er-3 juin 2005, Berne/Berlin/Bruxelles/Francfort-sur-le Main/New York/Oxford/Vienne, Peter Lang, 2008, p. 169-178.

    12Afin d’analyser la représentation littéraire de l’impact des traumatismes collectifs sur les membres de la génération suivante, Marianne Hirsch a proposé la notion de « post-mémoire » (« postmemory »). Marianne Hirsch, Family Frames. Photography, Narrative, and Postmemory, Cambridge, Harvard University Press, 1997, 304 p.

    13Karl Cogard et Aline Murat-Brunel (dir.), Limites du langage. Indicible ou silence, Paris, L’Harmattan, 2002, 378 p. ; Frances Fortier et Andrée Mercier, « La narration impossible. Conventions réalistes, catégories narratologiques et enjeux esthétiques », dans Frances Fortier et Andrée Mercier (dir.), La transmission narrative. Modalités du pacte romanesque contemporain, Québec, Nota bene, coll. « Contemporanéités », 2011, p 333-355.

    14Pierre Glaudes et Dominique Rabaté, Modernités – Deuil et littérature, no 21, Presses universitaires de Bordeaux, 2005, 441 p. ; Carine Trevisan, Les fables du deuil. La Grande Guerre : mort et écriture, Presses universitaires de France, coll. « Perspectives littéraires », 2001, p. 107-108.

    15Martine-Emmanuelle Lapointe et Laurent Demanze (dir.), « Figures de l’héritier dans le roman contemporain », Études françaises, vol. 45, no 3, 2009, p. 95-112.

    16Isabelle Daunais, Les grandes disparitions. Essai sur la mémoire du roman, Vincennes, Presses universitaires de Vincennes, coll. « L’imaginaire du texte », 2008, p. 17.

    17Paul Ricœur, Temps et récit, vol. 3, Le temps raconté, op cit.

    18Marie-Christine Lemardeley, Carle Bonafous-Murat et André Topia (dir.), Mémoires perdues, mémoires vives, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, 2006, 303 p.

    19Lucie Bourassa, L’entrelacs des temporalités. Du temps rythmique au temps narratif, Québec, Nota bene, coll. « Littératures », 2009, 304 p.

    20Dominique Viart, « Formes et dynamiques du ressassement », dans Éric Benoit (dir.), Modernités – Écritures du ressassement, Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, 2001, p. 62-63.

    21François Hartog, Des régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps, Paris, Seuil, 2002, p. 215-216.

    22Jean-François Hamel, Revenances de l’histoire. Répétition, narrativité, modernité, Paris, Minuit, coll. « Paradoxe », 2006, 234 p.

    23Julia Kristeva, Sèméiotikè, recherches pour une sémanalyse, Paris, Seuil, 1969, 384 p.

    24Michael Riffaterre, La production du texte, Paris, Seuil, 1979, 284 p.

    25Gérard Genette, Palimpsestes. La littérature au second degré, Paris, Seuil, coll. « Poétique », 1982, p. 13.

    26Anne-Claire Gignoux, La récriture. Formes, enjeux, valeurs. Autour du Nouveau Roman, Paris, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 2003, 197 p.

    27Dominique Maingueneau, L’analyse du discours. Introduction aux lectures de l’archive, Paris, Hachette, 1991, p. 20.

    28Tiphaine Samoyault, L’intertextualité. Mémoire de la littérature, Paris, Nathan, coll. « 128 », 2001, p. 6.

    29Judith E. Schlanger, La mémoire des œuvres, Lagrasse, Verdier, coll. « Verdier poche », 2008, 192 p.

    30Pierre Bayard et Alain Brossat (dir.), Les dénis de l’histoire. Europe et Extrême-Orient au xxe siècle, Paris, Laurence Teper, 2008, 400 p.

    31Nelly Wolf (dir.), Amnésies françaises à l’époque gaullienne (1958-1981). Littérature, cinéma, presse, politique, Paris, Classiques Garnier, coll. « Rencontres », 2011, p. 11.

    32Marie-Pascale Huglo, Éric Méchoulan et Walter Moser (dir.), Passions du passé. Recyclages de la mémoire et usages de l’oubli, Paris, L’Harmattan, coll. « Ouverture philosophique », 2000, 341 p. ; Jean Klucinskas et Walter Moser, « L’esthétique à l’épreuve du recyclage culturel », dans Jean Klucinskas et Walter Moser (dir.), Esthétique et recyclages culturels. Explorations de la culture contemporaine, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 2004, p. 1-27.

    33Djemaa Maazouzi, Le partage des mémoires. La guerre d’Algérie en littérature, au cinéma et sur le web, Paris, Classiques Garnier, 2015, 477 p.

    34Éric Méchoulan, La culture de la mémoire ou comment se débarrasser du passé ?, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, coll. « Champ libre », 2008, 264 p.

    35Harald Weinrich, Léthé. Art et critique de l’oubli, trad. Diane Meur, Paris, Fayard, 1999, 316 p.

    36Ibid., p. 189.

    37Bertrand Gervais, La ligne brisée : labyrinthe, oubli et violence. Logiques de l’imaginaire, tome 2, Montréal, Le Quartanier, coll. « Erres Essais », 216 p.

    38Ibid., p. 15.

    39Un roman d’Allemagne, Paris, Stock, 2016, 296 p. ; L’immense fatigue des pierres. Biofictions, Montréal, XYZ éditeur, 2004 [1996], 240 p. ; La Québécoite. Roman, Montréal, XYZ éditeur, 2011 [1983], 232 p.

    40Le roman mémoriel. De l’histoire à l’écriture du hors-lieu, Longueuil, Le Préambule, coll. « L’Univers des discours », 1989, 196 p.

    41Ibid., p. 33.

    42Idem.

    43La mémoire saturée, Paris, Stock, coll. « Un ordre d’idées », 2003, 525 p.

    44Berlin chantiers. Essai sur les passés fragiles, Paris, Stock, coll. « Un ordre d’idées », 2001, 446 p.

    45Mégapolis. Les derniers pas du flâneur, Paris, Stock, coll. « Un ordre d’idées », 2009, 397 p. Cybermigrances. Traversées fugitives, Montréal, VLB, coll. « Le soi et l’autre », 2004, 247 p.

    46Marc Angenot et Régine Robin, « Effacements et oblitérations. Enquête sur les régimes d’amnésie et de réfection du passé des sociétés contemporaines », Discours social, 2009, XXXI, p. 1-15.

    47Ibid., p. 1.

    48Marc Ferro, L’Histoire sous surveillance. Science et conscience de l’histoire, Paris, Calmann-Lévy, coll. « Intelligence de l’histoire », 1985, 216 p.

    49Eric J. Hobsbawm et Terence O. Ranger, L’invention de la tradition, trad. Christine Vivier, Paris, Éditions Amsterdam, 2006, 381 p.

    50Tacite oppose l’histoire à la memoria, qui est l’enjeu fondamental de son écriture, comme il le rappelle dans cette profession de foi : « praecipuum munus annalium reor ne uirtutes sileantur tuque prauis dictis factisque ex posteritate et infamia metus sit » : « la tâche principale de l’histoire me paraît être de préserver les vertus de l’oubli et d’attacher aux paroles et aux actions perverses la crainte de l’infamie dans la postérité ». Tacite, Annales, III, 65, 1. De très bonnes analyses sur l’enjeu de la memoria, placée par le princeps au cœur même de son pouvoir, ont été faites par Alain M. Gowing, Empire and Memory. The representation of the Roman Republic in imperial culture, Cambridge/New York, Cambridge University Press, coll. « Roman literature and its contexts », 2005, 178 p.

    51Paul Ricœur, La mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris, Le Seuil, coll. « L’ordre philosophique », 2000, p. 103.

    52En 1995, Stephen Browne et Barbie Zelizer ont dressé une typologie publiée dans différents essais de ces nouveaux rapports entre l’étude rhétorique et les questions de mémoire collective. Frances A. Yates, The Art of Memory, Chicago, University of Chicago Press, 2001, p. 2 ; Stephen H. Browne, « Reading, Rhetoric and the Texture of Public Memory », Quarterly Journal of Speech, vol. 81, no 2, 1995, p. 237-265 ; Barbie Zelizer, « Reading the Past Against the Grain. The Shape of Memory Studies », Critical Studies in Mass Communication, vol. 12, no 2, 1995, p. 214-239.

    53Marc Ferro, « Les oublis de l’Histoire », Communications, no 49, 1989, p. 61.

    54Henry Rousso, Le syndrome de Vichy. De 1944 à nos jours, Paris, Seuil, 1990 [1987], 378 p. ; du même auteur, Vichy. L’événement, la mémoire, l’histoire, Paris, Gallimard, 1992, 746 p.

    55Jean-Michel Rey, L’oubli dans les temps troublés, Paris, Éditions de l’Olivier, coll. « penser/rêver », 2010, 148 p.

    56Ibid., p. 46.

    57Harald Weinrich, op. cit., chap. « Le génie de la raison oublieuse », p. 65-72.

    58Gilles Deleuze, Foucault, Paris, Minuit, 2004 [1986], chap. « Les plissements ou le dedans de la pensée », p. 115.

    59Henri Godard, Poétique de Céline, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des Idées », 1985, p. 37.

    60David Décarie, Métaphorai. Poétique des genres et des figures chez Céline, Montréal, Nota bene, coll. « Littérature(s) », 2004, 371 p.

    61Michael Donley, Céline musicien. La vraie grandeur de sa petite musique, Saint-Genouph, Nizet, 2000, 336 p. et Michaël Ferrier, Céline et la chanson, Tusson, Du Lérot, 2004, 521 p.

    62Christine Sautermeister, Céline vociférant ou l’art de l’injure, Paris, Société d’études céliniennes, 2002, 352 p.

    63Pascal A. Ifri, Céline et Proust : correspondances proustiennes dans l’œuvre de L.-F. Céline, Birmingham, Alabama, SUMMA, 1996, 272 p.

    64Suzanne Lafont, Céline et ses compagnonnages littéraires. Rimbaud, Molière, Paris/Caen, Minard, coll. « Lettres modernes/Situation 60 », 2005, 262 p.

    65Philippe Alméras, Céline entre haines et passion, Paris, Robert Laffont, 1994, 476 p. ; Les idées de Céline, Paris, Bibliothèque de littérature française contemporaine de l’Université Paris 7, 1987, 387 p.

    66Marie-Christine Bellosta, Céline ou l’art de la contradiction. Lecture de Voyage au bout de la nuit, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Littératures modernes », 2011 [1990], 317 p.

    67Régis Tettamanzi, Esthétique de l’outrance, op. cit.

    68Philippe Muray, Céline, op. cit.

    69Yves Pagès, Les fictions du politique chez L.-F. Céline, Paris, Seuil, coll. « L’Univers historique », 1994, p. 152.

    70C’est le cas de l’étude déjà citée de Suzanne Lafont, Céline et ses compagnonnages littéraires et des articles suivants : Jean-Louis Houdebine, « Céline l’ancien », L’année Céline, 1993, Tusson, Du Lérot, p. 195-200 ; Kirk Anderson, « “Joliment actuelles”. Les chroniques médiévales et la trilogie allemande », Actes du VIIIe Colloque international L.-F. Céline, Tusson/Paris, Du Lérot/Societé d’études céliniennes, 1991, p. 11-21.

    71Éric Méchoulan, La culture de la mémoire, op. cit.

    72Voir mon mémoire, « Nord de L.-F. Céline. Une réécriture des chroniques médiévales », présenté à la Faculté des arts et des sciences, Université de Montréal, 2010, p. 127, [en ligne] <https://papyrus.bib.umontreal.ca/xmlui/bitstream/handle/1866/4920/Wesley_Bernabe_2011_memoire.pdf?sequence=6&isAllowed=y>, consulté le 19 septembre 2018.

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    1Marie-Claire Lavabre, « Paradigmes de la mémoire », Transcontinentales, no 5, 2007, [en ligne] <http://transcontinentales.revues.org/756>, consulté le 19 septembre 2018 ; « Historiography and Memory » dans Aviezer Tucker (dir.), A Companion to the Philosophy of History and Historiography, Oxford, Blackwell, 2009, p. 362-370 ; Allan Megill, « History, Memory, Identity », History of the Human Sciences, vol. 11, no 3, 1998, p. 37-68 ; Mélissa S.-Morin et Patrick-Michel Noël, « Les représentations du passé », Conserveries mémorielles, no 9, 2011, [en ligne] <http://cm.revues.org/846>, consulté le 19 septembre 2018.

    2L’expression « fiction of memory » est de Birgit Neumann, Erinnerung – Identität – Narration. Gattungstypologie und Funktionen kanadischer « Fictions of Memory », Berlin, de Gruyter, coll. « Media and Cultural Memory », 2005, 507 p.

    3Lucie Hotte et Linda Cardinal (dir.), La parole mémorielle des femmes, Montréal, Remue-ménage, 2002, 200 p. ; Anne Ancrenat, De mémoire de femmes. La « mémoire archaïque » dans l’œuvre romanesque d’Anne Hébert, Montréal, Nota bene, coll. « Littératures », 2002, 315 p. Pour les mémoires queer, Jean Le Bitoux, Les oubliés de la mémoire, Paris, Hachette Littératures, coll. « Essais », 2002, 291 p. ; Régis Schlagdenhauffen, Triangle rose. La persécution des homosexuels et sa mémoire, Paris, Autrement, 2011, 310 p.

    4Laurent Quinton, Digérer la défaite : Récits de captivité des prisonniers de guerre français de la Seconde Guerre mondiale (1940-1953), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014, 356 p.

    5Pour les seules publications théoriques depuis les années 2000, Giorgio Agamben, Ce qui reste d’Auschwitz, trad. Pierre Alferi, Paris, Payot & Rivages, coll. « Rivages Poche/Petite Bibliothèque », 2003, 208 p. ; Saul Friedländer, Den Holocaust beschreiben. Auf dem Weg zu einer integrierten Geschichte, Weimar, Wallstein Verlag, 2007, 173 p. ; Karla Grierson, Discours d’Auschwitz. Littérarité, représentation, symbolisation, Paris, Honoré Champion, coll. « Littérature générale et comparée », 2003, 526 p. ; Annette Wieviorka, L’ère du témoin, Paris, Hachette, coll. « Pluriel », 2002, 192 p.

    6Perrine Coudurier, Le mal dans les récits français des années 1950. Terreur et rhétorique, Thèse de doctorat en littérature sous la direction de Didier Alexandre, Université Paris-Sorbonne, 2014 ; Nikola Kovač et Tiphaine Samoyault, Le roman politique. Fictions du totalitarisme, Paris, Michalon, 2002, 230 p.

    7Pour le roman, Sylvie Servoise, Le roman face à l’histoire. La littérature engagée en France et en Italie dans la seconde moitié du xxe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Interférences », 2011, 344 p. Pour le théâtre, Françoise Lavocat et François Lecercle (dir.), Dramaturgies de l’ombre, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2005, 540 p. Pour la poésie, Lucie Taïeb, Territoires de mémoire. L’écriture poétique à l’épreuve de la violence historique, Paris, Classiques Garnier, coll. « Perspectives comparatistes », 2012, 423 p. Pour une approche généraliste, Françoise Dubosquet Lairys (dir.), Les failles de la mémoire. Théâtre, cinéma, poésie et roman : les mots contre l’oubli, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Interférences », 2016, 254 p.

    8Dominique Viart, « Mémoires du récit. Questions à la modernité », Revue des lettres modernes, « Écritures contemporaines », no 1, Mémoires du récit, 1998, p. 3-27 ; Laurent Demanze, Encres orphelines. Pierre Bergounioux, Gérard Macé, Pierre Michon, Paris, José Corti, coll. « Les essais », 2008, 416 p.

    9Nathalie Piégay-Gros, Le futur antérieur de l’archive, Rimouski, Tangence éditeur, coll. « Confluences », 2012, 71 p.

    10Marion Kühn, « Des voix du silence. Variations de la narration indécidable dans le roman de mémoire contemporain », Tangence, no 105, 2014, p. 31-54.

    11Dominique Rabaté, « Événement et traumatisme. Modalités de l’après coup dans le roman du xxe siècle », dans Helmut Meter et Pierre Glaudes (dir.), Le sens de l’événement dans la littérature française des xixe et xxe siècles. Actes du Colloque international de Klagenfurt, 1er-3 juin 2005, Berne/Berlin/Bruxelles/Francfort-sur-le Main/New York/Oxford/Vienne, Peter Lang, 2008, p. 169-178.

    12Afin d’analyser la représentation littéraire de l’impact des traumatismes collectifs sur les membres de la génération suivante, Marianne Hirsch a proposé la notion de « post-mémoire » (« postmemory »). Marianne Hirsch, Family Frames. Photography, Narrative, and Postmemory, Cambridge, Harvard University Press, 1997, 304 p.

    13Karl Cogard et Aline Murat-Brunel (dir.), Limites du langage. Indicible ou silence, Paris, L’Harmattan, 2002, 378 p. ; Frances Fortier et Andrée Mercier, « La narration impossible. Conventions réalistes, catégories narratologiques et enjeux esthétiques », dans Frances Fortier et Andrée Mercier (dir.), La transmission narrative. Modalités du pacte romanesque contemporain, Québec, Nota bene, coll. « Contemporanéités », 2011, p 333-355.

    14Pierre Glaudes et Dominique Rabaté, Modernités – Deuil et littérature, no 21, Presses universitaires de Bordeaux, 2005, 441 p. ; Carine Trevisan, Les fables du deuil. La Grande Guerre : mort et écriture, Presses universitaires de France, coll. « Perspectives littéraires », 2001, p. 107-108.

    15Martine-Emmanuelle Lapointe et Laurent Demanze (dir.), « Figures de l’héritier dans le roman contemporain », Études françaises, vol. 45, no 3, 2009, p. 95-112.

    16Isabelle Daunais, Les grandes disparitions. Essai sur la mémoire du roman, Vincennes, Presses universitaires de Vincennes, coll. « L’imaginaire du texte », 2008, p. 17.

    17Paul Ricœur, Temps et récit, vol. 3, Le temps raconté, op cit.

    18Marie-Christine Lemardeley, Carle Bonafous-Murat et André Topia (dir.), Mémoires perdues, mémoires vives, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, 2006, 303 p.

    19Lucie Bourassa, L’entrelacs des temporalités. Du temps rythmique au temps narratif, Québec, Nota bene, coll. « Littératures », 2009, 304 p.

    20Dominique Viart, « Formes et dynamiques du ressassement », dans Éric Benoit (dir.), Modernités – Écritures du ressassement, Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, 2001, p. 62-63.

    21François Hartog, Des régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps, Paris, Seuil, 2002, p. 215-216.

    22Jean-François Hamel, Revenances de l’histoire. Répétition, narrativité, modernité, Paris, Minuit, coll. « Paradoxe », 2006, 234 p.

    23Julia Kristeva, Sèméiotikè, recherches pour une sémanalyse, Paris, Seuil, 1969, 384 p.

    24Michael Riffaterre, La production du texte, Paris, Seuil, 1979, 284 p.

    25Gérard Genette, Palimpsestes. La littérature au second degré, Paris, Seuil, coll. « Poétique », 1982, p. 13.

    26Anne-Claire Gignoux, La récriture. Formes, enjeux, valeurs. Autour du Nouveau Roman, Paris, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 2003, 197 p.

    27Dominique Maingueneau, L’analyse du discours. Introduction aux lectures de l’archive, Paris, Hachette, 1991, p. 20.

    28Tiphaine Samoyault, L’intertextualité. Mémoire de la littérature, Paris, Nathan, coll. « 128 », 2001, p. 6.

    29Judith E. Schlanger, La mémoire des œuvres, Lagrasse, Verdier, coll. « Verdier poche », 2008, 192 p.

    30Pierre Bayard et Alain Brossat (dir.), Les dénis de l’histoire. Europe et Extrême-Orient au xxe siècle, Paris, Laurence Teper, 2008, 400 p.

    31Nelly Wolf (dir.), Amnésies françaises à l’époque gaullienne (1958-1981). Littérature, cinéma, presse, politique, Paris, Classiques Garnier, coll. « Rencontres », 2011, p. 11.

    32Marie-Pascale Huglo, Éric Méchoulan et Walter Moser (dir.), Passions du passé. Recyclages de la mémoire et usages de l’oubli, Paris, L’Harmattan, coll. « Ouverture philosophique », 2000, 341 p. ; Jean Klucinskas et Walter Moser, « L’esthétique à l’épreuve du recyclage culturel », dans Jean Klucinskas et Walter Moser (dir.), Esthétique et recyclages culturels. Explorations de la culture contemporaine, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 2004, p. 1-27.

    33Djemaa Maazouzi, Le partage des mémoires. La guerre d’Algérie en littérature, au cinéma et sur le web, Paris, Classiques Garnier, 2015, 477 p.

    34Éric Méchoulan, La culture de la mémoire ou comment se débarrasser du passé ?, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, coll. « Champ libre », 2008, 264 p.

    35Harald Weinrich, Léthé. Art et critique de l’oubli, trad. Diane Meur, Paris, Fayard, 1999, 316 p.

    36Ibid., p. 189.

    37Bertrand Gervais, La ligne brisée : labyrinthe, oubli et violence. Logiques de l’imaginaire, tome 2, Montréal, Le Quartanier, coll. « Erres Essais », 216 p.

    38Ibid., p. 15.

    39Un roman d’Allemagne, Paris, Stock, 2016, 296 p. ; L’immense fatigue des pierres. Biofictions, Montréal, XYZ éditeur, 2004 [1996], 240 p. ; La Québécoite. Roman, Montréal, XYZ éditeur, 2011 [1983], 232 p.

    40Le roman mémoriel. De l’histoire à l’écriture du hors-lieu, Longueuil, Le Préambule, coll. « L’Univers des discours », 1989, 196 p.

    41Ibid., p. 33.

    42Idem.

    43La mémoire saturée, Paris, Stock, coll. « Un ordre d’idées », 2003, 525 p.

    44Berlin chantiers. Essai sur les passés fragiles, Paris, Stock, coll. « Un ordre d’idées », 2001, 446 p.

    45Mégapolis. Les derniers pas du flâneur, Paris, Stock, coll. « Un ordre d’idées », 2009, 397 p. Cybermigrances. Traversées fugitives, Montréal, VLB, coll. « Le soi et l’autre », 2004, 247 p.

    46Marc Angenot et Régine Robin, « Effacements et oblitérations. Enquête sur les régimes d’amnésie et de réfection du passé des sociétés contemporaines », Discours social, 2009, XXXI, p. 1-15.

    47Ibid., p. 1.

    48Marc Ferro, L’Histoire sous surveillance. Science et conscience de l’histoire, Paris, Calmann-Lévy, coll. « Intelligence de l’histoire », 1985, 216 p.

    49Eric J. Hobsbawm et Terence O. Ranger, L’invention de la tradition, trad. Christine Vivier, Paris, Éditions Amsterdam, 2006, 381 p.

    50Tacite oppose l’histoire à la memoria, qui est l’enjeu fondamental de son écriture, comme il le rappelle dans cette profession de foi : « praecipuum munus annalium reor ne uirtutes sileantur tuque prauis dictis factisque ex posteritate et infamia metus sit » : « la tâche principale de l’histoire me paraît être de préserver les vertus de l’oubli et d’attacher aux paroles et aux actions perverses la crainte de l’infamie dans la postérité ». Tacite, Annales, III, 65, 1. De très bonnes analyses sur l’enjeu de la memoria, placée par le princeps au cœur même de son pouvoir, ont été faites par Alain M. Gowing, Empire and Memory. The representation of the Roman Republic in imperial culture, Cambridge/New York, Cambridge University Press, coll. « Roman literature and its contexts », 2005, 178 p.

    51Paul Ricœur, La mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris, Le Seuil, coll. « L’ordre philosophique », 2000, p. 103.

    52En 1995, Stephen Browne et Barbie Zelizer ont dressé une typologie publiée dans différents essais de ces nouveaux rapports entre l’étude rhétorique et les questions de mémoire collective. Frances A. Yates, The Art of Memory, Chicago, University of Chicago Press, 2001, p. 2 ; Stephen H. Browne, « Reading, Rhetoric and the Texture of Public Memory », Quarterly Journal of Speech, vol. 81, no 2, 1995, p. 237-265 ; Barbie Zelizer, « Reading the Past Against the Grain. The Shape of Memory Studies », Critical Studies in Mass Communication, vol. 12, no 2, 1995, p. 214-239.

    53Marc Ferro, « Les oublis de l’Histoire », Communications, no 49, 1989, p. 61.

    54Henry Rousso, Le syndrome de Vichy. De 1944 à nos jours, Paris, Seuil, 1990 [1987], 378 p. ; du même auteur, Vichy. L’événement, la mémoire, l’histoire, Paris, Gallimard, 1992, 746 p.

    55Jean-Michel Rey, L’oubli dans les temps troublés, Paris, Éditions de l’Olivier, coll. « penser/rêver », 2010, 148 p.

    56Ibid., p. 46.

    57Harald Weinrich, op. cit., chap. « Le génie de la raison oublieuse », p. 65-72.

    58Gilles Deleuze, Foucault, Paris, Minuit, 2004 [1986], chap. « Les plissements ou le dedans de la pensée », p. 115.

    59Henri Godard, Poétique de Céline, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des Idées », 1985, p. 37.

    60David Décarie, Métaphorai. Poétique des genres et des figures chez Céline, Montréal, Nota bene, coll. « Littérature(s) », 2004, 371 p.

    61Michael Donley, Céline musicien. La vraie grandeur de sa petite musique, Saint-Genouph, Nizet, 2000, 336 p. et Michaël Ferrier, Céline et la chanson, Tusson, Du Lérot, 2004, 521 p.

    62Christine Sautermeister, Céline vociférant ou l’art de l’injure, Paris, Société d’études céliniennes, 2002, 352 p.

    63Pascal A. Ifri, Céline et Proust : correspondances proustiennes dans l’œuvre de L.-F. Céline, Birmingham, Alabama, SUMMA, 1996, 272 p.

    64Suzanne Lafont, Céline et ses compagnonnages littéraires. Rimbaud, Molière, Paris/Caen, Minard, coll. « Lettres modernes/Situation 60 », 2005, 262 p.

    65Philippe Alméras, Céline entre haines et passion, Paris, Robert Laffont, 1994, 476 p. ; Les idées de Céline, Paris, Bibliothèque de littérature française contemporaine de l’Université Paris 7, 1987, 387 p.

    66Marie-Christine Bellosta, Céline ou l’art de la contradiction. Lecture de Voyage au bout de la nuit, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Littératures modernes », 2011 [1990], 317 p.

    67Régis Tettamanzi, Esthétique de l’outrance, op. cit.

    68Philippe Muray, Céline, op. cit.

    69Yves Pagès, Les fictions du politique chez L.-F. Céline, Paris, Seuil, coll. « L’Univers historique », 1994, p. 152.

    70C’est le cas de l’étude déjà citée de Suzanne Lafont, Céline et ses compagnonnages littéraires et des articles suivants : Jean-Louis Houdebine, « Céline l’ancien », L’année Céline, 1993, Tusson, Du Lérot, p. 195-200 ; Kirk Anderson, « “Joliment actuelles”. Les chroniques médiévales et la trilogie allemande », Actes du VIIIe Colloque international L.-F. Céline, Tusson/Paris, Du Lérot/Societé d’études céliniennes, 1991, p. 11-21.

    71Éric Méchoulan, La culture de la mémoire, op. cit.

    72Voir mon mémoire, « Nord de L.-F. Céline. Une réécriture des chroniques médiévales », présenté à la Faculté des arts et des sciences, Université de Montréal, 2010, p. 127, [en ligne] <https://papyrus.bib.umontreal.ca/xmlui/bitstream/handle/1866/4920/Wesley_Bernabe_2011_memoire.pdf?sequence=6&isAllowed=y>, consulté le 19 septembre 2018.

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    Wesley, Bernabé. « Chapitre 1. L’oubli collectif et la saisie littéraire du passé ». L’oubliothèque mémorable de L.-F. Céline, Presses de l’Université de Montréal, 2018, https://doi.org/10.4000/14kzy.

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