1 Il se départit de sa nationalité prussienne pour occuper son poste à l’Université de Bâle, mais il n’acquiert pas la nationalité suisse et ne redemandera jamais sa nationalité allemande. Cf. Curt Paul Janz, Nietzsche. Biographie, vol. 1 : Enfance, jeunesse, les années bâloises, p. 230, et Christian Emden, Friedrich Nietzsche and the Politics of History, p. 294 sq.
2 Lettre n° 212 à Rohde, 30 avril 1872, KSB 3, p. 313.
3 Reproduite infra, Document II. La recension italienne est parue un bon mois avant la première recension allemande (signée par Erwin Rohde) de La naissance de la tragédie.
4 Ces citations proviennent de la recension (anonyme) de Die Geburt der Tragödie, dans La rivista europea, p. 402. Je remercie Isabelle Tibi pour son aide dans la traduction de ce texte.
5 Cf. par exemple NT § 19 et § 23.
6 « La notion de transfert culturel implique un mouvement d’objets, personnes, populations, mots, idées, concepts… entre deux espaces culturels. » (Béatrice Joyeux, « Les transferts culturels. Un discours de la méthode », p. 151 ; la définition avancée par Joyeux se fonde sur celle de Michel Espagne, Les transferts culturels franco-allemands.)
7 Dans Nietzsche en France, Jacques Le Rider avance que le transfert culturel de Nietzsche en France serait « achevé » : « Maintes fois traduit, mille fois commenté, auteur de référence autant pour les intellectuels du “champ littéraire” que pour ceux du “champ universitaire”, Nietzsche est plus présent dans notre culture que bien des grands maîtres français admirés à son époque. » (p. 1) Le Rider ne précise toutefois pas en fonction de quel critère on pourrait affirmer qu’un processus de transfert culturel puisse connaître une fin ou un achèvement. Pour un regard critique sur sa perspective, on peut se tourner vers l’article de Laure Verbaere, « Réflexions sur le Nietzsche français ».
8 Une transcription de ces trois recensions est offerte aux éditions d’Ariane, précédée d’une courte présentation qui reprend certains éléments discutés ici. Cf. Martine Béland, Gabriel Monod, lecteur des Considérations inactuelles (1874-1875).
9 Description du but proposé par les éditeurs de la Revue critique, telle qu’elle est retranscrite dans la revue de la Bibliothèque de l’École des Chartes en 1866 (p. 190 sq.).
10 Recension (anonyme) de la première Betrachtung, parue dans la Revue critique d’histoire et de littérature le 26 sept. 1874, p. 206.
11 Bibliothèque de l’École des Chartes, p. 191.
12 Lettre n° 426 à Schmeitzner, 10 févr. 1875, KSB 5, p. 22.
13 Le Rider, Nietzsche en France, p. 47.
14 Monod y séjourne à nouveau en septembre 1877.
15 Lettre n° 258 à Gersdorff, 5 oct. 1872, KSB 4, p. 58.
16 Cf. la lettre n° 424 à Meysenbug, 7 févr. 1875, et les nombreuses lettres échangées entre Nietzsche et Marie Baumgartner en 1875.
17 Cf. la lettre n° 447 à Gersdorff, 21 mai 1875, et la lettre n° 671 de Gersdorff à Nietzsche, 22 mai 1875.
18 Recension (anonyme) de la deuxième Betrachtung, parue dans la Revue critique d’histoire et de littérature, 14 nov. 1874, p. 318.
19 Ibid., p. 319.
20 Recension (anonyme) de la troisième Betrachtung, parue dans la Revue critique d’histoire et de littérature, 23 janv. 1875, p. 63.
21 Les dernières citations proviennent d’idem.
22 Les deux dernières citations proviennent de la recension du 23 janvier 1875, p. 64.
23 Le Rider, Nietzsche en France, p. 44.
24 L. Verbaere, « Réflexions sur le Nietzsche français », p. 7.
25 William H. Schaberg, The Nietzsche Canon. A Publication History and Bibliography, p. 51.
26 Le Rider, Nietzsche en France, p. 43 ; Le Rider se fie à l’étude de Geneviève Bianquis, Nietzsche en France. L’influence de Nietzsche sur la pensée française.
27 À ce sujet, cf. Martine Béland, « Nietzsche avant Brandes. Une étude réception germanophone (1872-1889) », p. 561 sq.
28 Rappelons qu’après l’Inactuelle sur Wagner, la deuxième œuvre de Nietzsche traduite en français fut Der Fall Wagner, publiée en Allemagne en 1888 et en France quatre ans plus tard. Dans une étude minutieuse sur les traductions françaises de Nietzsche en Europe, autant quant aux fragments publiés dans des revues que quant à la publication des livres de Nietzsche en français, Laure Verbaere précise que la France se situe ainsi « chronologiquement au premier rang des pays qui s’emparent de l’œuvre de Nietzsche » (Verbaere, « Les traductions françaises de Nietzsche en Europe », p. 607), sans toutefois que l’on puisse confirmer « cette image selon laquelle Nietzsche aurait trouvé en France une terre d’accueil privilégiée » (ibid., p. 613) : il y eut en effet un « décalage » entre la réception (l’apparition des discussions de l’œuvre de Nietzsche en France) et la traduction, ce que le cas de Monod, encore une fois, permet de souligner, lorsqu’on se rappelle que la troisième Inactuelle, dont Monod fait la recension en France en 1875, ne sera traduite en France qu’en 1922 !
29 Certains commentateurs, dans les années 1880, remarquent même que Nietzsche a bien peu de lecteurs depuis qu’il n’est plus schopenhauerien d’obédience stricte (cf. Helene von Druskowitz, Moderne Versuche eines Religionsersatzes. Ein philosophischer Essay, p. 45). Ferdinand Tönnies en présente un exemple lorsqu’en 1897, il décrit sa lecture de Nietzsche dans sa jeunesse : « À l’époque où ses premiers livres parurent, j’avais dans les seize-vingt ans. […] Guidé par lui, je m’approchais avec vénération de la philosophie schopenhauerienne et de l’art wagnérien. La distance qu’il prit soudain avec les deux resta pour moi incompréhensible. » (F. Tönnies, « Le culte de Nietzsche. Une critique », p. 23.)
30 Lettre n° 644 à Meysenbug, 4 août 1877, KSB 5, p. 268.
31 Cf. la lettre n° 643 à Rée, début août 1877.
32 Les trois dernières citations proviennent de Wilhelm Wundt, « Mission de la philosophie dans le temps présent », Revue philosophique de la France et de l’étranger, janv.-juin 1876, p. 116. Une recension (anonyme) des nouvelles parutions en philosophie, publiée dans la Westminster Review en avril 1875, dressait le même bilan : « La philosophie est peu à peu en train de se défaire de sa prétention métaphysique : […] elle appelle la science exacte à sa rescousse, et présente un composé particulier d’abstraction ontologique et de faits naturels généralisés. » (p. 496)
33 W. Wundt, « Mission de la philosophie dans le temps présent », p. 119. Dans Mind un an plus tard, Wundt présente une idée différente au public britannique : « [L]’on ferait un portrait très inadéquat de l’histoire de la science si l’on en excluait l’histoire des erreurs. » (Wundt, « Philosophy in Germany », Mind, oct. 1877, p. 493.)
34 Wundt, « Mission de la philosophie dans le temps présent », p. 124. L’auteur explique que la philosophie doit prendre dans les sciences particulières ce qui leur est propre (l’expérience) pour leur apporter ce qu’elles n’ont pas mais que la philosophie possède (« l’enchaînement général des connaissances »).
35 Ses critiques montrent qu’il n’est pas favorable au néokantisme « orthodoxe » et qu’il salue le travail de Dühring.
36 Le recul des systèmes et de la spéculation métaphysiques ; l’apport des sciences exactes ; le développement de la psychologie et des théories cognitives.
37 Wundt, «Philosophy in Germany», p. 493.
38 « L’on croirait presque que tout auteur écrivant sur un sujet philosophique a son propre système. » (Ibid., p. 494.)
39 Les dernières citations proviennent d’ibid., p. 509.
40 Wundt, « Mission de la philosophie dans le temps présent », p. 119.
41 Ces citations proviennent de l’article anonyme paru dans la Westminster Review, p. 502. Nietzsche s’attendait à ce que cette recension de ses trois premières Inactuelles soit « enragée » (lettre n° 443 à Gersdorff, 8 mai 1875, KSB 5, p. 48), mais elle l’est finalement moins qu’il ne le craignait, puisque l’auteur, s’il critique la position de Nietzsche envers Strauss et Schopenhauer, est toutefois d’accord sur l’essentiel de la position de Nietzsche envers les études historiques.
42 Sur l’importante réception de la première Inactuelle en Allemagne au cours des deux années ayant suivi sa parution, cf. Béland, « Nietzsche avant Brandes », p. 562-569.
43 En témoigne, par exemple, la conclusion de l’article parisien : « Il s’agit de tendre de nouveau vers le but que la philosophie allemande croyait avoir déjà atteint au commencement de ce siècle. Vraiment le chemin n’est pas facile. Car nous devons le parcourir, non sans rien emporter, mais chargés de tout le bagage de l’expérience scientifique. » (Wundt, « Mission de la philosophie dans le temps présent », p. 123.)
44 Wundt, « Philosophy in Germany », p. 518. Le programme de Wundt est clair : la philosophie doit se tourner vers ses deux domaines « les plus importants pour la construction d’une science universelle », soit la psychologie et la théorie cognitive.
45 Comme l’explique le philologue Karl Reinhardt, alors que le début du XIXe siècle allemand cultivait des « espoirs sans borne dans une renaissance de l’Antiquité dans l’esprit allemand » (Karl Reinhardt, « La philologie classique et le classique », p. 72), le développement ultérieur des sciences historiques a rapidement révélé le dilemme se trouvant au cœur de la philologie : « reconnaître le classique comme une valeur liée à une époque, historique en sa provenance et quand même éternelle » (p. 69).
46 À ce sujet, on peut consulter l’étude de William Clark, Academic Charisma and the Origins of the Research University, et l’article de Lorraine Daston, « The Academies and the Unity of Knowledge. The Disciplining of the Disciplines ».
47 Nietzsche, Introduction aux études de philologie classique, p. 101.
48 Le physiologiste Emil Du Bois-Reymond ne craint pas autre chose que Nietzsche, comme le montre son discours de 1882 à l’Akademie der Wissenschaften : « Abandonnant leur prétention à la renommée, des milliers d’ouvriers scientifiques zélés accumulent quotidiennement d’innombrables détails, sans se soucier de l’unité interne ou externe [de la science], et cherchant seulement à attirer l’attention sur le moment et à tirer le meilleur prix de leur marchandise. » (E. Du Bois-Reymond, « Über die wissenschaftlichen Zustande der Gegenwart », p. 450.)
49 Michel Durand, Michael Georg Conrad à Paris (1878-1882). « Années d’apprentissage » d’un intellectuel critique, p. 10.
50 Ibid., p. 113.
51 Idem.
52 Michael Georg Conrad, Madame Lutetia! Neue Pariser Studien, p. 278.
53 Les deux dernières citations proviennent d’ibid., p. 279.
54 Ibid., p. 280.
55 Ibid., p. 282.
56 L’une publiée par Rudolf Lehmann (qui était professeur dans un Gymnasium de Berlin) au printemps 1882, et l’autre (une étude anonyme sur le Gai savoir) publiée en novembre de la même année.
57 Cf. M. Durand, Michael Georg Conrad à Paris, p. 41. Dans un livre paru en 1902, Conrad précise avoir lu La naissance de la tragédie en 1872 à Naples et avoir rencontré Nietzsche à Sorrente en 1876 (cf. ibid., p. 338).
58 Ibid., p. 339.
59 Idem. Conrad a participé aux travaux du Nietzsche-Archiv à Weimar auprès d’Elisabeth Förster-Nietzsche dès 1898. Son biographe remarque qu’à partir de cette date, Conrad « renonce à son attitude critique et concourt à créer la légende du génial penseur solitaire » (idem).
60 Le texte allemand est plus évocateur : « Gut Deutsch sein heißt sich entdeutschen » (VM § 323, KSA 2, p. 511). En lisant Madame Lutetia !, Nietzsche ne se rappelle pas avoir formulé cette maxime : « Hier, je me suis lu cité, avec quelque surprise, car j’avais oublié avoir écrit de tels mots » (lettre n° 410 à Overbeck, 29 avril 1883, KSB 6, p. 370).
61 Cf. Conrad, Madame Lutetia!, p. 290.
62 Cf. Jean Nurdin, Le rêve européen des penseurs allemands (1700-1950), et Gerwin Marahrens, « Über den problematischen humanistischen Idealismus von Karl Hillebrand ».
63 DS § 1, p. 22 (coll. Folio) ; Nietzsche reprend cette même définition au § 4 de sa deuxième Inactuelle. Karl Hillebrand écrit dans sa recension : « L’Angleterre a une civilisation [Cultur], ce qui signifie une unité de sa vie intérieure et extérieure [eine Einheit des inneren und äußeren Lebens]. » (« Ueber historisches Wissen und historischen Sinn, II. Teil », Neue Freie Presse, 9 juil. 1874, p. 4.)
64 Hillebrand écrit : « À l’étranger aussi il y a amplement de “bavards précoces et pseudo-sages” qui s’expriment sur l’État, la religion et l’art. » (p. 4)
65 Idem. Nietzsche approuve les recensions de Hillebrand (« parmi les jugements sur mes écrits dont j’ai connaissance, c’est de loin le seul qui me fit réellement plaisir »), ainsi que « l’air européen » (plutôt que « le cher azote national ») qui se dégage de tous les essais de Hillebrand (lettre n° 711 à Hillebrand, mi-avril 1878, KSB 5, p. 318 sq.) que Nietzsche, en 1888, qualifie de « dernier Allemand humain » (EH, « Les Inactuelles », § 2).
66 Conrad, Madame Lutetia !, p. 302. C’est une idée que Victor Hugo a défendue dans un discours prononcé lors du Congrès international de la paix, à Paris, en août 1849, mais aussi à d’autres occasions. Le discours de l’été 1849 est reproduit dans l’anthologie dirigée par Patrice Rolland, L’unité politique de l’Europe, p. 223-231.
67 OSM § 323, p. 146 (coll. Folio).
68 Conrad, Madame Lutetia!, p. 281.
69 Cf. C. Emden, Friedrich Nietzsche and the Politics of History, p. 304.
70 Cf. NA 19[75] (oct.-déc. 1876), KSA 8, p. 348.
71 Emden, Friedrich Nietzsche and the Politics of History, p. 286.
72 HTH, vol. 1, § 475, p. 285 (coll. Folio).
73 C. P. Janz, Nietzsche, vol. 3 : Les dernières années du libre philosophe, la maladie, p. 14.
74 Lettre du 19 oct. 1883. Au total, Lanzky écrit une quinzaine de lettres à Nietzsche, avec qui il est en relation entre 1883 et 1886.
75 Lettre n° 478 à sa mère et à sa sœur, 25 déc. 1883, KSB 6, p. 464. Aucune des lettres conservées de Lanzky à Nietzsche ne comporte l’expression « très cher maître ».
76 Lettre n° 493 à Köselitz, 5 mars 1884, KSB 6, p. 483.
77 Cf. par exemple la lettre du 19 oct. 1883.
78 Cf. par exemple la lettre n° 477 à Overbeck, 24 déc. 1883.
79 Les deux dernières citations proviennent de la lettre n° 661 à Overbeck, 9 janv. 1886, KSB 7, p. 137.
80 Lettre n° 564 à sa mère et à sa sœur, 4-11 déc. 1884, KSB 6, p. 568. Les italiques indiquent le français dans le texte original.
81 Lettre n° 566 à Overbeck, 22 déc. 1884, KSB 6, p. 573.
82 Reproduite infra, Document III. La correspondance de Nietzsche ne présente pas de trace de sa réaction à la publication de cette recension
83 Les dernières citations proviennent de Paul Lanzky, recension d’Also sprach Zarathustra I-III, parue dans Das Magazin für die Litteratur des In- und Auslandes, 23 mai 1885, p. 329.
84 Les deux dernières citations proviennent d’idem.
85 Tönnies, « Le culte de Nietzsche », p. 38.
86 Lanzky, recension d’Also sprach Zarathustra I-III, p. 329.
87 Le mot est de H. von Druskowitz, Moderne Versuche eines Religionsersatzes, p. 54.