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  • 5. Le OUI timide des Anglo-Québécois
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    Plan détaillé Texte intégral De majoritaires à minoritaires Orphelins de leur nation Une minorité nationale ? Des convictions permanentes de 1995 à une certaine ouverture au OUI Un bloc non homogène L'âge et l'appui au OUI

    Les raisons fortes

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    5. Le OUI timide des Anglo-Québécois

    p. 89-99

    Texte intégral De majoritaires à minoritaires Orphelins de leur nation Une minorité nationale ? Des convictions permanentes de 1995 à une certaine ouverture au OUI Un bloc non homogène L'âge et l'appui au OUI

    Texte intégral

    1Les anglophones du québec ont de bonnes raisons d’être opposés en très forte majorité au projet de souveraineté politique de leur province qu’ils considèrent comme une partie du Canada et dont ils reconnaissent — pour la plupart d’entre eux sans doute — le caractère distinct en tant que foyer principal de la culture française. Ils font partie de la majorité canadienne et à ce titre leur capital de sympathie pour le mouvement souverainiste est assez bas.

    2Mais les anglophones du Québec changent, y compris sous ce rapport. Ils ne forment pas un groupement homogène, pas plus que les francophones d’ailleurs, on l’a rappelé plus haut à maintes reprises. Si ces derniers sont divisés sur l’avenir du Québec — selon les raisons fortes d’appuyer ou non la souveraineté —, il en va de même des Anglo-Québécois.

    De majoritaires à minoritaires

    3Les anglophones représentent une proportion moindre de la population québécoise, comparée à ce qu’elle était il y a quelques décennies, d’après l’examen de deux indicateurs : la langue maternelle et la langue parlée à la maison. Les citoyens québécois de langue maternelle anglaise comptaient pour 13,8 % de l’ensemble en 1951 et leur part de la population est descendue à 8,5 % en 1996, le dernier chiffre de recensement disponible (tableau A-13). D’après le second indicateur, la langue parlée à la maison, la proportion d’anglophones passe au-dessus de 10 %, ce qui illustre le pouvoir d’attraction de l’anglais au Québec (tableau A-14).

    4La minorité anglophone québécoise a cependant beaucoup changé depuis une trentaine d’années et elle reflète en son sein le multiculturalisme canadien. Une partie importante des Anglo-Québécois est encore de vieille souche britannique, mais l’immigration internationale a largement contribué à sa diversification. La minorité anglo-québécoise a perdu une partie de ses effectifs depuis les années 1960, mais elle s’est considérablement renouvelée par l’immigration. L’anglais a attiré de nouveaux locuteurs au Québec comme le montre l’étude des transferts linguistiques. Au total, on peut estimer que 158 330 personnes ont fait un transfert de leur langue maternelle vers l’anglais contre 108 215 vers le français, ce résultat reflétant le fort attrait qu’a eu dans le passé l’anglais auprès des immigrants. La Loi 101 adoptée en 1978 visait précisément à corriger ce déséquilibre important et seul le temps dira comment se comporteront les premiers enfants scolarisés après son adoption, les enfants de la Loi 101 étant maintenant en âge de choisir librement la langue dans laquelle ils poursuivront leurs études supérieures au collège et à l’université. Le tableau A-15 donne une vue d’ensemble des transferts linguistiques en comparant le Québec et d’autres régions du Canada, et nous nous permettons de renvoyer le lecteur aux publications spécialisées pour plus de précisions sur le sujet, notamment à l’étude fort exhaustive de Charles Castonguay (2002) qui compare les minorités francophones au Canada et la minorité anglophone québécoise.

    5Un changement important est survenu dans la perception que les anglophones québécois ont d’eux-mêmes, changement qui remonte à la Révolution tranquille. S’ils sont majoritaires dans l’univers de référence canadien, les Anglo-Québécois sont par ailleurs minoritaires dans le nouvel univers de référence québécois qui s’est mis en place depuis les années 1960 (Caldwell et Waddell 1982). Parlant des Anglo-Québécois, Jean-Jacques Simard avance : « On dirait qu’ils ont changé de place avec leur Autrui privilégié », bref, qu’ils ont changé de place avec nous. Il ajoute : « Leur horizon embrassait une nation civique, politique et territoriale, tandis que nous nous agrippions aux filiations ethnolinguistiques ; voici que c’est le contraire. Ils bâtissaient, nous survivions ; depuis que nous nous sommes mis à bâtir, ils craignent pour leur survivance. » (Simard, 1999, p. 61) Bel exemple d’inversion du discours sur soi.

    6Un parallèle s’impose ici avec le cas canadien-français, qui aidera à comprendre la grande réticence des anglophones à adhérer au projet politique de souveraineté du Québec.

    Orphelins de leur nation

    7Jusqu’à la fin des années 1950, le Canada français existait encore comme unité normative. Les enfants des écoles primaires du Québec recueillaient des fonds « pour la défense du français » dans l’Ouest canadien et le secrétaire de la province de Québec donnait des médailles aux premiers de classe dans les écoles francophones des autres provinces. Gabrielle Roy évoque avec émotion dans ses mémoires — La détresse et l’enchantement — avoir ainsi reçu, dans son Manitoba natal, plusieurs médailles en provenance du Québec pour souligner ses succès scolaires. Mais ce Canada français était marqué par une contradiction interne. D’un côté, l’Église catholique — institution centrale dans la vie quotidienne des Canadiens français — contrôlait effectivement de grandes institutions à l’échelle de tout le Canada français, des Territoires du Nord-Ouest jusqu’au Massachusetts, institutions qui débordaient largement les frontières politiques du Québec mais auxquelles faisait défaut une capacité fiscale impérative qui aurait été à la mesure de ses charges. De l’autre côté, 1867 avait mis en place au Québec une législature démocratique et un appareil d’État embryonnaire contrôlés par les Canadiens français, mais dépourvus de pouvoirs effectifs sur une partie importante du Canada français tout en exerçant cependant un tel pouvoir sur la partie québécoise du Canada anglophone. Les principes de légitimité de ces deux systèmes institutionnels étaient incompatibles (Gagné 1994), tout en étant chacun imparfaitement adapté au « Canada français » dont ils devaient être l’expression et le moyen.

    8Il était inévitable qu’une fracture profonde se produise au sein de ce Canada français traditionnel marqué par une telle contradiction à mesure que l’État canadien se développait et que se mettait en place un État-providence qui a peu à peu étendu ses pouvoirs et pris en charge des responsabilités auparavant assumées par l’Église catholique. Cette fracture a été encouragée par le fait que les provinces ont accru dans ce processus leur influence institutionnelle sur les communautés francophones appartenant à leurs territoires respectifs, avec l’implantation d’un État-providence que la Constitution de 1867 décentralisait d’office. Il a résulté de ces changements que les francophones canadiens se sont donné une nouvelle définition d’eux-mêmes en fonction d’une nouvelle référence régionalisée, qui s’est développée en parallèle (et parfois en réaction) à l’émergence du Québec moderne pluraliste. Les Franco-Ontariens, les Fransaskois ou les Franco-Manitobains, mais aussi les Québécois et les Acadiens ont remplacé tous ensemble les Canadiens français d’autrefois.

    9L’identité acadienne doit être considérée un peu à part, car elle existait comme telle depuis le début de la colonisation, bien qu’elle ait eu tendance elle aussi à se redéfinir en fonction d’une référence régionale (Acadiens de la Louisianne, Acadiens de la Nouvelle-Écosse, Acadiens de la Gaspésie), le foyer principal restant le nord-est du Nouveau-Brunswick (voir Thériault 1999). Le cas acadien nous éclaire cependant sur ce qui s’est passé dans le reste du Canada. La composante identitaire régionale dont nous parlons n’a pas, dans le cas acadien, effacé complètement la composante commune. L’identité acadienne est restée rassembleuse par delà les différences régionales et elle demeure un pôle identitaire fort au sein de la diaspora. Or ce n’est pas ce qui s’est passé ailleurs au sein du Canada français, lequel a perdu sa référence commune en perdant son foyer principal avec l’appropriation québécoise de « l’idée » nationale et sa transformation progressive en communauté politique territorialisée et forcément pluraliste. C’est en ce sens que Marcel Martel (1997) dit du Canada français qu’il est « orphelin d’une nation ». Ne pouvant se définir ni comme Québécois hors Québec ni comme Acadiens, les Canadiens français de l’Ontario et de l’Ouest se sont plutôt donné une double identité, se posant comme Canadiens bilingues d’un côté — leur nouvelle identité commune — et comme Franco-Ontariens, Franco-Manitobains, Franco-Ténois ou Fransaskois, de l’autre, pour marquer ainsi leur appartenance localisée et devenir en quelque sorte les représentants par excellence de la mosaïque multiculturelle canadienne (Langlois 1999).

    10Cette fracture de l’ancien Canada français est illustrée de manière éloquente par l’examen des symboles nationaux, comme le montre la fête nationale traditionnelle du Canada français — la Saint-Jean-Baptiste — qui a pris une connotation différente ces dernières années au Québec et ailleurs au Canada. Les Acadiens ont leur propre fête nationale, le 15 août, jour de l’Assomption, ce qui témoigne bien de leurs références différentes qui remontent loin dans l’histoire. Au Québec, la Saint-Jean est devenue la fête nationale de tous les citoyens, fête qui est l’objet d’un congé férié légal. L’État québécois et les organismes qui l’animent font un effort pour marquer le caractère national (au sens québécois du terme) et inclusif de cette fête, fête qui par conséquent n’est plus considérée et vécue au Québec comme la fête du Canada français au sens où elle l’était dans les années 1950. Il faut cependant ajouter que cette célébration est encore surtout le fait des francophones, auxquels se joignent de plus en plus de nouveaux Québécois issus de l’immigration, alors que les Anglo-Québécois la célèbrent plus modestement, après l’avoir pratiquement ignorée pendant la période où elle s’appelait la Saint-Jean-Baptiste et l’avoir ensuite boudée lorsqu’elle s’est transformée en Saint-Jean parce que trop marquée politiquement. Les Canadiens français hors Québec, s’ils célèbrent encore cette fête d’une grande importance culturelle et historique, ne peuvent évidemment pas la célébrer comme la fête nationale du Québec.

    11En résumé, le Canada français d’autrefois a été remplacé par un ensemble de communautés fractionnées — toutes dépendantes des subsides (généreux) du gouvernement fédéral soit dit en passant — comme le montre le nom officiel de la fédération qui les représente : la Fédération des communautés francophones et acadiennes. Il faut même noter que le mot communautés revient de manière presque incantatoire dans les discours et documents officiels de la FCFA, ce qui marque bien le fractionnement que nous venons d’évoquer.

    Une minorité nationale ?

    12Les Anglo-Québécois sont-ils eux aussi en train de devenir les orphelins d’une nation, comme leurs cousins canadiens-français ? Non, car une différence importante sépare les deux situations : la nation à laquelle ils se rattachent continue bel et bien d’exister. C’est là le fait fondamental qui distingue la minorité anglophone du Québec des minorités canadiennes-françaises du Canada, cette différence allant bien au-delà du fait maintes fois signalé que les anglophones du Québec peuvent compter sur un environnement nord-américain largement dominé par la langue anglaise. Mieux : les Anglo-Québécois appartiennent à une nation qui s’est même affirmée avec une force nouvelle dans la foulée du nation building canadien impulsé par la Loi constitutionnelle de 1982. Le passage de majoritaires à minoritaires au sein du Québec ne les a donc pas amenés à faire le deuil de leur nation de référence, bien au contraire.

    13Ceci dit, on aurait tort d’oublier que les anglophones du Québec sont néanmoins québécois et que leurs racines remontent fort loin dans l’histoire du Bas-Canada. Pendant quelque temps, disons des années mille neuf cent cinquante jusqu’à la fin des années soixante-dix pour fixer les idées, le vocable « Québécois » est resté synonyme de Canadiens français du Québec alors même qu’il acquérait la fonction politique de référence identitaire. Les choses ont commencé à changer peu à peu dans les années 1980, avec l’émergence d’un nouveau discours sur la nation québécoise qui découlait en quelque sorte du besoin de légitimité d’un État dont les politiques sociales et économiques avait l’ambition de redéfinir la « société » québécoise. Si bien qu’en forçant un peu le trait, on peut dire que les Anglo-Québécois sont maintenant considérés par certains comme une minorité nationale québécoise dans un ensemble plus vaste qui serait la nation québécoise, un peu comme il y a une minorité de langue française au sein de la nation canadienne. Cette perception, à l’évidence, est loin d’être celle que les Anglo-Québécois ont d’eux-mêmes, car, contrairement à ce qui s’est passé dans le cas du Canada français, ils n’ont pas abandonné leur référence canadienne ; ils ne sont pas orphelins de leur nation, même s’ils ont le sentiment d’avoir été mis en minorité par les pratiques étatiques de « définition » de la société québécoise. Cette minorité a conservé un pouvoir d’attraction des nouveaux arrivants, que n’ont pas les communautés francophones ailleurs au pays.

    14Il n’est donc pas possible d’avancer que les minoritaires anglophones du Québec se redéfinissent dans leur discours identitaire comme Anglo-Québécois, au sens où les francophones de l’Ontario se sont eux-mêmes définis comme Franco-Ontariens en l’espace d’une vingtaine d’années ; pour l’instant, le projet de souveraineté du Québec soulève encore une importante opposition de principe chez eux. Mais, comme la composition démographique de la population de langue anglaise du Québec change rapidement et qu’avec elle se modifient les raisons fortes de rejeter le projet souverainiste, la communauté anglo-québécoise ne semble plus en conséquence aussi unanime dans ce rejet, comme on le verra dans l’analyse qui suit.

    Des convictions permanentes de 1995 à une certaine ouverture au OUI

    15Le projet de souveraineté suscite une forte opposition en milieu anglophone québécois. Au total, seulement 6 % des Anglo-Québécois auraient voté pour le OUI lors du référendum de 1995, une proportion bien inférieure à celle qui a été observée chez les allophones (14,1 %) dont le vote sera objet d’analyse dans le prochain chapitre. Il semble aussi que cette proportion ait peu bougé durant les quelques semaines qu’a duré la dernière campagne référendaire, reflétant ainsi le fait que les intentions de vote dans ce groupement avaient alors le caractère de convictions fermes, laissant peu d’espace à une mobilisation pour ou contre en cours de campagne comme ce fut le cas en milieu francophone.

    16Nous avons croisé les intentions de vote exprimées dans les différents sondages faits en octobre 1995 avant le scrutin référendaire avec les caractéristiques des citoyens de langue anglaise pour permettre une comparaison avec les analyses faites dans les autres chapitres (voir tableau A-16). Il ressort de cet examen que le vote anglophone n’était pas très différencié en 1995, quoique les hommes et les anglophones des régions aient avancé entendre voter OUI en plus forte proportion. La faiblesse des échantillons nous empêche cependant de pousser plus avant cette analyse et nous préférons étudier l’évolution ultérieure des opinons avec les données empilées plus fiables parce que plus nombreuses.

    17L’appui donné à l’option souverainiste a-t-il progressé en milieu anglophone depuis 1995 ? La moyenne des appuis donnés par les Anglo-Québécois à l’option souverainiste a doublé entre 1995 et le début des années 2000, une augmentation qui contraste avec la lente évolution observable dans les groupements francophones distingués dans cette étude. Le graphique 5.1 donne l’évolution de ces moyennes empilées entre 1995 et 2001, qui sont passées de 6 % en 1995 à 15 % en 2000 et 12 % en 2001.

    Un bloc non homogène

    18Contrairement à une certaine image stéréotypée, les anglophones du Québec ne forment pas un groupement homogène. Plusieurs facteurs qui sont à l’origine des clivages caractérisant l’ensemble de la population québécoise de langue française — les générations politiques, l’activité, le revenu ou la scolarisation, par exemple — sont aussi à l’œuvre dans ce groupement minoritaire, ce qui affecte la probabilité de voter OUI ou NON à un référendum sur l’avenir de leur société. L’examen des opinions exprimées sur la souveraineté en lien avec les caractéristiques de la population anglophone illustre à quel point celle-ci ne constitue pas un bloc homogène.

    Graphique 5.1 Proportion d'anglophones ayant l'intention de voter OUI à la souveraineté selon la période des sondages empilés, 1995,1999, 2000 et 2001

    Image 100000000000026A00000121B019674A.jpg

    Source : données fournies par la maison Léger Marketing. Calcul des auteurs.

    19Des six variables examinées dans le tableau A-17, seule la variable sexe apparaît comme non discriminante sur le plan statistique, les hommes et les femmes se comportant de la même façon dans l’expression de leur opinion sur une hypothétique question référendaire au début des années 2000. Nous présentons les données sous forme de tableaux bi-variés puis sous la forme d’une analyse de régression logistique qui intéressera les spécialistes et qui confirme la présence de traits discriminants au sein du groupement analysé (tableau A-18).

    20Les anglophones plus âgés sont fortement opposés à l’idée d’une éventuelle souveraineté, alors que les jeunes le sont significativement moins. La socialisation politique fort différente et d’autres facteurs comme une meilleure connaissance du français — hypothèse à vérifier cependant — expliqueraient cet écart, sans oublier l’effet de la rente qui a été évoqué plus haut dans cet ouvrage. Les jeunes anglophones s’inscrivent plus facilement que leurs concitoyens plus âgés dans l’horizon du Québec tel qu’il a changé ces dernières années, les retraités anglophones étant encore davantage à l’écart.

    21Les personnes les plus scolarisées, ainsi que les cadres, professionnels et techniciens spécialisés (nombreux à Montréal), de même que les personnes à revenu élevé, sont davantage opposés au projet souverainiste que les personnes à faible revenu, les moins scolarisées et les ouvriers. À noter que l’appui donné au OUI est plus élevé en milieu ouvrier, comme c’est aussi le cas chez les francophones. Il y aurait donc un effet classe sociale qui départage les opinions au sein des Anglo-Québécois.

    22L’analyse montre aussi un clivage régional important, le support donné à l’option du OUI étant plus marqué en région qu’à Montréal (sauf dans l’Outaouais, comme on le verra au chapitre sept). Soulignons au passage que ce clivage régional se reflète au sein des associations qui défendent les intérêts de la communauté anglophone, les opinions véhiculées — et surtout le style politique adopté, faudrait-il ajouter — par Alliance Québec étant différentes de celles des associations régionales.

    L'âge et l'appui au OUI

    23Les caractéristiques que nous avons associées à une plus grande probabilité d’appuyer la souveraineté du Québec — avoir moins de 55 ans et être actif au sens large, notamment — devraient aussi avoir un certain effet dans la population anglophone et chez les immigrants pour les mêmes raisons. Ces caractéristiques définissent l’espace social dans lequel s’élaborent les raisons fortes d’appuyer le projet souverainiste, et si elles se révèlent efficaces chez les francophones, elles devraient aussi avoir un certain effet dans les autres groupements linguistiques. Bien entendu, cet effet ne pourra pas être identique à ce qu’il est en milieu francophone et la typologie ne saurait y être aussi discriminate.

    24L’effet de l’âge — déjà noté dans les paragraphes précédents — réapparaît dans l’examen de la typologie, les Anglo-Québécois des types I et II (types plus jeunes) étant plus favorables au projet de souveraineté que les autres (d’après les données empilées, dernière colonne du tableau 5.1). L’âge est discriminant pour départager les opinions chez les anglophones, mais cet effet de l’âge semble s’atténuer à mesure qu’on se rapproche des années 2000 et, contrairement à ce qui se passe chez les francophones, l’activité professionnelle ne se combine pas avec l’âge pour maximiser l’appui à la souveraineté chez les anglophones, le type I ne se démarquant pas aussi nettement en 2001. Un changement semble s’être produit au fil des années qui n’est pas sans rappeler ce qui s’est passé chez les francophones et en particulier chez les femmes.

    Tableau 5.1 Distribution des types d'électeurs anglophones dans les échantillons empilés, 1995 et 1999 à 2001

    Image 1000000000000271000001388AE75AEB.jpg

    Les valeurs manquantes sont enlevées.
    Source : données fournies par la maison Léger Marketing. Calculs des auteurs.

    25Tout se passe en effet comme si les anglophones qui étaient auparavant les plus favorables à l’option souverainiste se mettaient eux aussi en retrait. On le voit mieux lorsqu’on regroupe les répondants anglophones en deux groupes d’âge et lorsqu’on isole la période la plus récente (les sondages faits en 2001), soit celle qui est davantage marquée par la défection étudiée tout au long de cet ouvrage. L’analyse révèle que l’appui plus prononcé donné par les anglophones âgés de moins de 55 ans s’estompe en 2001. Or, il est possible d’expliquer cette observation par les mêmes raisons qui ont été avancées dans l’analyse du vote des francophones et dans celle portant sur le vote des femmes. Nous avons vu plus haut en effet que les femmes actives avaient déserté le camp du OUI mais que les femmes actives de condition modeste l’avaient fait de façon encore plus marquée que les autres. La même observation peut être faite chez les anglophones, comme le montre une analyse identique à celle qui a été effectuée dans le chapitre sur les femmes (tableau 5.2). Tout se passe en effet comme si les anglophones de condition modeste — qui avaient appuyé davantage l’option du OUI dans le passé — se mettaient maintenant en retrait de ce projet, pour les mêmes raisons, il est permis de le penser, que les francophones et les femmes de même condition. Nous observons donc ici une sorte de défection des clientèles ayant auparavant davantage appuyé l’option souverainiste : quand nous divisons les anglophones selon l’âge, nous voyons disparaître l’appui plus marqué des plus jeunes et quand nous les divisons selon la position sociale (statut), nous remarquons la même chose avec les électeurs de statut modeste.

    Tableau 5.2 Intentions de vote sur la souveraineté (pourcentage de OUI fermes) des anglophones selon la période de sondage

    Image 1000000000000270000000E77DBF7293.jpg

    * Différences statistiquement significatives.
    Source : données fournies par la maison Léger Marketing. Calculs des auteurs.

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    Gagné, Gilles, et Simon Langlois. « 5. Le OUI timide des Anglo-Québécois ». In Les raisons fortes. Montréal: Presses de l’Université de Montréal, 2002. doi:10.4000/books.pum.12347.
    Gagné, Gilles, et Simon Langlois. « 5. Le OUI timide des Anglo-Québécois ». Les raisons fortes, Presses de l’Université de Montréal, 2002, https://doi.org/10.4000/books.pum.12347.

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    Gagné, G., & Langlois, S. (2002). Les raisons fortes. Montréal: Presses de l’Université de Montréal. https://doi.org/10.4000/books.pum.12331
    Gagné, Gilles, et Simon Langlois. Les raisons fortes. Montréal: Presses de l’Université de Montréal, 2002. doi:10.4000/books.pum.12331.
    Gagné, Gilles, et Simon Langlois. Les raisons fortes. Presses de l’Université de Montréal, 2002, https://doi.org/10.4000/books.pum.12331.
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