« La mort seule est certaine1 » : hantise de la fin chez Guy de Maupassant
p. 203-216
Texte intégral
1Ainsi s’exprime le poète Norbert de Varenne dans Bel-Ami, lorsqu’il présente à un Duroy jeune et plein d’ambition ce qui l’attend, l’inéluctable fin qui grignote peu à peu l’existence, en un long et impressionnant memento mori. Qu’il s’agisse de ses nouvelles, de ses chroniques ou de ses romans, le motif de la fin est récurrent dans l’œuvre de Maupassant jusqu’à devenir une obsession. Ce n’est à vrai dire pas seulement un sujet parmi d’autres, c’est le sujet par excellence, une véritable matrice. Hantise du vieillir, panique face au déclin, terreur de la finitude, constituent le socle profondément mélancolique de cette œuvre minée par la pensée de la mort et le pessimisme qu’elle engendre. Il faut noter que cette pensée croît sur un terrain propice puisque Maupassant est assez tôt, aux alentours de vingt-cinq ans, confronté à la maladie qui entame la belle humeur du petit employé de ministère qu’il est alors, passant ses moments de loisir à canoter sur les bords de Seine. Dès le mois d’août 1878, il écrit à Flaubert qu’il est abattu par la tristesse, et démoli moralement. En fait, Maupassant est déjà malade et sait que sa santé est désormais précaire. Une syphilis a été diagnostiquée en 1877, contractée sans doute en 1875 ou 1876, voire selon certains médecins quelques années plus tôt. Avant, jouissant d’une santé de fer, Maupassant grand sportif, aimant à exhiber ses muscles, enchaînait comme le lui reproche Flaubert les exploits en tout genre sur fond de sexualité débridée. Après commencent les chutes de cheveux et de poils, les douleurs oculaires (paralysie de l’accommodation de l’œil droit), les atroces migraines, les troubles cardiaques, les douleurs gastriques avec des crises de plus en plus intenses qui l’accompagnent jusqu’à sa tentative de suicide manquée ; dans la nuit du 1er au 2 janvier 1892 il tente de se trancher la gorge par trois fois, parce qu’il s’est senti devenir fou et a vu venir la fin. Le 31 décembre, il écrit en effet à maître Jacob : « Je suis mourant. Je crois que je serai mort dans deux jours. C’est un adieu que je vous envoie. » Et à son ami Cazalis : « C’est la mort imminente et je suis fou. Adieu ami vous ne me reverrez pas1. »
2Il est interné le 7 janvier à la clinique du docteur Blanche où il meurt le 6 juillet 1893 des suites d’une paralysie générale, après dix-huit mois d’une vie végétative sur fond de démence.
3Maupassant par ailleurs a vu de près à vingt ans la mort dans sa brutalité lors de la guerre de 1870 et il perd son maître Flaubert en 1880, au moment où il s’impose comme écrivain avec Boule de Suif, ce qui lui permet de commencer une carrière de journaliste. La traduction que son ami Jean Bourdeau fait paraître la même année des Pensées et fragments de Schopenhauer donne une caution philosophique à une vision du monde assez noire. Il a donc l’intention de montrer à ses contemporains la condition humaine telle qu’il la perçoit à partir d’expériences vécues. Pour ce faire, il cherche à mobiliser les affects du lecteur de façon à lui communiquer par l’émotion, à travers la mise en fiction mais aussi dans ses chroniques journalistiques, une forme de révolte de la raison impuissante face au scandale du vieillissement et de la mort. On le verra en examinant la place que tient dans cette perspective la défaite de l’illusion qui conduit au pessimisme et à la dépoétisation du monde, confirmés par l’expérience de la mort et du deuil qui contribue à nourrir un imaginaire morbide et qui place le motif de la hantise de la fin au cœur d’une conception catastrophique du temps.
4L’expérience fondamentale de l’existence consiste en un instant de crise fatale provenant de la déchirure soudaine du voile de l’illusion qui empêche de voir la mort, la lente décrépitude des êtres et par conséquent la vie telle qu’elle est :
Qu’est-ce donc qui soutient l’homme ? Qui le fait aimer la vie, rire, s’amuser, être heureux ? L’illusion. Elle nous enveloppe et nous berce, nous trompant et nous charmant toujours ! [...] Elle nous cache l’affreuse et éternelle misère de nous [...]. Sans elle que serions-nous ? que deviendrions-nous ? Elle s’appelle l’espoir éternel, l’éternelle gaieté, l’éternelle attente ; elle s’appelle Poésie, elle s’appelle Foi, elle s’appelle Dieu ! C’est grâce à elle que les mères se consolent des enfants morts. C’est grâce à elle que les vieillards peuvent rire encore ! N’est-il pas étrange qu’on rie avec des cheveux blancs, alors qu’on n’aura plus jamais de cheveux noirs ? Quelques-uns la perdent, cette illusion, la grande menteuse. Et soudain ils voient la vie, la vie vraie, décolorée, déshabillée. Ce sont ceux-là qui se tuent, qui se jettent du haut des ponts dans les rivières, qui boivent le phosphore des allumettes ou la blanche poudre d’arsenic, qui s’enfoncent dans la bouche un canon de revolver. Il suffit que le voile de la Trompeuse se soit un instant soulevé, il suffit d’un amour déçu, d’un espoir tombé. Ils ont compris : ils aiment mieux en finir tout de suite2.
5Il s’agit bien là d’une expérience tragique qui précipite l’être dans un état de détresse face à la fin des attentes et des espérances qui occupent l’esprit. Le deuil des illusions constitue une expérience existentielle fondamentale, comme le remarque au présent de vérité générale le narrateur d’Une Vie : « On pleure parfois les illusions avec autant de tristesse que les morts3. » Chez l’artiste lucide, il induit une conscience aiguë de l’inutilité de tout. Flaubert a transmis cette leçon à Maupassant, Schopenhauer, qu’il nomme « le plus grand saccageur de rêves qui ait passé sur la terre4 » la complète lorsqu’il présente la vie entière comme « l’éternelle tragédie », « avec la mort au dernier acte5 ». Cette traduction philosophique de son expérience renforce le sentiment tragique de la vie si souvent exprimé dans ses œuvres. Le contexte s’y prête aussi : le pessimisme est une doctrine à la mode. La question du mal et de l’existence comme malheur absolu sont des questions d’époque. L’académicien Elme Caro s’émeut d’ailleurs de ce qu’il considère comme une « crise cérébrale et littéraire à la fois6 » lorsqu’il publie chez Hachette en 1878 une étude sur Le Pessimisme au xixe siècle, portant sur l’influence de Léopardi, Schopenhauer et Hartmann, où il se propose d’examiner cette « sorte de maladie intellectuelle » essentiellement moderne. Il ne veut y voir qu’une crise passagère des esprits en réaction à l’optimisme scientifique et industriel dominants : « Ces états-là sont un dilettantisme d’oisifs ou une crise trop violente pour être longue7. » Un jour les hommes seront selon lui fatigués d’insulter les dieux et de prendre la pose tragique de lutteurs désespérés. Quoi qu’il en soit, Maupassant, dans « Auprès d’un mort », évoque avec respect « l’irrésistible ironie du philosophe allemand dont l’influence est désormais ineffaçable ». Il semble le remercier d’avoir dépoétisé les choses et détruit les chimères, « crevé les illusions des cœurs », « tout vidé », parce qu’il voit dans le pessimisme la seule philosophie acceptable refusant de nier la dureté du réel8. En 1886 Maupassant répond d’ailleurs à l’Académie, à Ludovic Halévy précisément, qui avait dénoncé l’influence néfaste de Schopenhauer. Fort de l’autorité du Voltaire de Candide qui bataille contre la théorie du « meilleur des mondes possibles », Maupassant s’amuse à inventer une législation destinée à réprimer le pessimisme contemporain, constituée de onze articles comme celui-ci : « Art. 3 — Il est défendu à tout Français, majeur ou non, de mourir de faim9. »
6Des préconisations suivent, susceptibles d’empêcher le développement funeste du pessimisme. Suivant une logique délibérément absurde, ce texte fortement ironique engage chaque Français à envisager : « La mort de ses enfants comme un soulagement, celle de ses parents comme un accroissement de bien-être, celle de ses collatéraux comme une petite fête de famille et la sienne comme une délivrance10. » Un Nota Bene précise que le mot « Délivrance », « ancienne formule usitée depuis des siècles, semblerait indiquer que la vie est un état de souffrance et pourrait être remplacée par ceux-ci : « Triomphe final » ». Or, du point de vue de Maupassant, il n’existe aucune rédemption, pas d’au-delà, pas de consolation possible, comme il le faire dire à son personnage Norbert de Varenne : « Toutes les religions sont stupides, avec leur morale puérile et leurs promesses égoïstes, monstrueusement bêtes11. »
7D’où le refus de la littérature consolante qui trompe les lecteurs en les berçant d’illusions. Maupassant lui préfère la sincérité du miroir qu’il tend à ses contemporains. C’est bien une question de sincérité qui commande l’éthique de l’écrivain qui entend transmettre dans ses textes la vérité observée avec bonne foi12, partant du principe que l’hypocrisie idéalisatrice produit des mensonges, et « [qu’]aucune poétisation n’a la force saisissante de la vérité13 ». De la même façon qu’il existe des optimistes et des pessimistes, il existe deux littératures, la mauvaise qui présente le spectacle d’un monde idéal et la bonne, qui provient d’une plume « âpre, sincère et désabusée14 ». Toute son entreprise consiste à lutter contre l’hypocrisie humaine, à dénoncer les préjugés, les faux-semblants, les stratégies de fuite au profit d’une présentation loyale du monde comme il va. Il la conçoit comme un devoir moral de l’écrivain, une mission : toucher, émouvoir, empoigner le lecteur pour lui communiquer cette expérience cruelle mais juste du monde.
8On note également que l’expérience de la destruction des illusions concerne aussi bien les deux sexes. Dans Une vie, Jeanne, qui a surpris Rosalie couchée avec son mari sent « sa vie [...] cassée, toute joie finie, toute attente impossible15 ». C’est la fin de l’illusion d’un bonheur possible et à venir. Lors du départ de Pierre à la fin de Pierre et Jean, Mme Roland songe qu’elle perd son fils : « [...] il lui semblait aussi que sa vie était finie16. » Dans « Solitude » la confession d’un camarade rapportée par le narrateur présente l’existence comme une souffrance sans fin avec l’illusion de l’amour, quelques semaines de bonheur « et puis, adieu. C’est fini17 ». Le narrateur fait mine de ne trop savoir comment interpréter cette confession et d’hésiter entre l’approbation et la suspicion de folie mais la stratégie énonciative donne l’avantage au pessimisme. Cette expérience arrive aussi à tout âge, à l’adolescence notamment comme l’illustre la nouvelle « Garçon, un bock !... ». Le narrateur second, pilier de taverne vieilli prématurément qui passe ses journées à boire, explique la raison de sa déchéance en racontant la scène traumatisante qui l’a marqué à vie. Vers treize ans, il a vu son père battre sa mère et en a reçu un tel coup qu’il voit tout en noir désormais : « Eh bien, mon cher, c’était fini pour moi. J’avais vu l’autre face des choses, la mauvaise ; je n’ai plus aperçu la bonne depuis ce jour-là18. » Maupassant partage ce fonds pessimiste avec les moralistes dans la tradition desquels il s’inscrit. Citons un extrait de la chronique intitulée « Par-delà », qui opère une distinction entre deux catégories d’êtres humains :
Heureux ceux que satisfait la vie, ceux qui s’amusent, ceux qui sont contents. Il est des gens qui aiment tout, que tout enchante. Ils aiment le soleil et la pluie, la neige et le brouillard, les fêtes et le calme de leur logis, tout ce qu’ils voient, tout ce qu’ils font, tout ce qu’ils disent, tout ce qu’ils entendent. Ceux-ci mènent une existence douce, tranquille et satisfaite au milieu des enfants. Ceux-là ont une existence agitée de plaisirs et de distractions. Ils ne s’ennuient ni les uns ni les autres. La vie, pour eux, est une sorte de spectacle amusant dont ils sont eux-mêmes acteurs, une chose bonne et changeante qui, sans trop les étonner, les ravit. Mais d’autres hommes, parcourant d’un éclair de pensée le cercle étroit des satisfactions possibles, demeurent atterrés devant le néant du bonheur, la monotonie et la pauvreté des joies terrestres. Dès qu’ils touchent à trente ans, tout est fini pour eux. Qu’attendraient-ils ? Rien ne les distrait plus ; ils ont fait le tour de nos maigres plaisirs19.
9Cette observation désabusée de la société s’étend à d’autres domaines où s’observe la fin d’un monde. Dans « L’honneur et l’argent », c’est, après le scandale du krach de l’Union générale, la fin de la probité, de la « propreté de la conscience » dans la « crise que nous traversons » : « Encore quelques années et ce sera fini20. »
10Fin du rire à l’ancienne aussi, le Carnaval étant devenu une fête horrible nous prouvant qu’on ne sait plus rire comme autrefois21. Fini aussi le merveilleux du vieux monde, la science ayant triomphé des faiseurs de rêves : « Adieu, mystères [...] vieux décors du vieux monde22 ! » La dépoétisation du monde se remarque notamment à Cannes dans Sur l’eau, récit de voyage où il a réuni ses pensées intimes, Cannes patrie des fleurs et des altesses mais aussi des phtisiques, où les vernis de délicatesse polie cachent la réalité hideuse de la mort :
Partout, d’ailleurs, le long de cet adorable rivage, nous sommes chez la mort. Mais elle est discrète, voilée, pleine de savoir-vivre et de pudeurs, bien élevée enfin. Jamais on ne la voit face à face, bien qu’elle vous frôle à tout moment. On dirait même qu’on ne meurt point en ce pays car tout est complice de la fraude où se complait cette souveraine. Mais comme on la sent, comme on la flaire, comme on entrevoit parfois le bout de sa robe noire ! Certes, il faut bien des roses et bien des fleurs de citronniers pour qu’on ne saisisse jamais, dans la brise, l’affreuse odeur qui s’exhale des chambres de trépassés. [...] Un moraliste d’autrefois aurait dit de bien belles choses sur le contraste et le coudoiement de cette élégance et de cette misère23.
11Le moraliste Maupassant ne se prive pas de souligner cette misère radicale de l’homme voué à disparaître. La perte des illusions ne va pas sans la prise de conscience de la mort, actualisée par l’expérience radicale du deuil, de la perte d’un être cher.
12Maupassant débute vraiment dans la vie littéraire à trente ans, avec le succès de Boule de suif dont Flaubert lui a écrit, peu de temps avant de mourir, que c’était un chef-d’œuvre. Il commence par la fin, en quelque sorte, avec la fin. L’existence même est une fin, ce qui ne peut manquer d’affecter l’état moral de celui qui en prend conscience par l’expérience de la finitude. À la mort de Flaubert, en mai 1880, Maupassant écrit à Zola :
Je ne saurais vous dire combien je pense à Flaubert, il me hante et me poursuit. Sa pensée me revient sans cesse, j’entends sa voix, je retrouve ses gestes, je le vois à tout moment debout devant moi avec sa grande robe brune, et ses bras levés en parlant. C’est comme une solitude qui s’est faite autour de moi, le commencement des horribles séparations qui se continueront maintenant d’année en année, emportant tous les gens qu’on aime, en qui sont nos souvenirs, avec qui nous pouvions le mieux causer des choses intimes. Ces coups-là nous meurtrissent l’esprit et nous laissent une douleur permanente dans toutes nos pensées24.
13Cette meurtrissure du deuil nourrit romans et nouvelles. Il faut mentionner bien sûr le fameux credo de Norbert de Varenne dans Bel-Ami, évoqué plus haut, avec l’image de la vie comme une côte qu’on gravit et du haut de laquelle on aperçoit tout d’un coup la descente, et la fin qui est la mort. Duroy comprend le propos plus tard dans le roman lors de la mort de Forestier lorsqu’il subit l’attraction fascinante du cadavre, du visage de son ami mort qui n’est plus que cela, une chose innommable : « Quelle chose étrange et épouvantable que cette fin complète d’un être ! » D’où une réflexion et des considérations sur la rapidité de l’existence qui lui font résumer ainsi la vie : « quelques jours, et puis plus rien ! » et formuler ce constat invraisemblable de la finitude : « Et c’était fini, pour lui, fini pour toujours. » Duroy ressent une émotion profonde, une terreur « confuse, immense, écrasante25 » face au caractère inéluctable de la mort. Dans Fort comme la mort, Any qui écrit à son amant après la mort de sa mère prend conscience de cette omniprésence de la mort à nos côtés : « Si on la regardait, si on y songeait, si on n’était pas distrait, réjoui, aveuglé par tout ce qui se passe devant nous, on ne pourrait plus vivre, car la vue de ce massacre sans fin nous rendrait fous26. »
14C’est bien ce qui se produit pour la mère Sauvage, que la pensée de son fils mort anéantit. Venant de recevoir par courrier l’annonce de la mort de son fils parti combattre les Prussiens elle songe avec horreur « [qu’] elle ne l’embrasserait plus, son enfant, son grand, plus jamais27 ! » La pensée de la perte irrémédiable la rend littéralement folle. Certaines nouvelles mettent en scène cet impensable de façon encore plus explicite. Le narrateur de « La Morte », qui a perdu sa jeune maîtresse, constate avec amertume la brutalité des adieux à la vie lors d’une visite au cimetière : « Et pour toutes les générations des morts, pour toute l’échelle de l’humanité descendue jusqu’à nous, presque rien, un champ, presque rien ! La terre les reprend, l’oubli les efface. Adieu28 ! » Jeanne à la mort de sa mère s’interroge : « On ne la verrait plus. Était-ce possible29 ? » La réponse à cette interrogation rhétorique est bien évidemment « non ». Ce n’est pas possible, et pourtant c’est. Maupassant met son lecteur face à cet impensable, cet inimaginable de la fin. Impensable qui peut donc conduire à la folie comme au suicide.
15Dans « Suicides », Maupassant fictionnalise le mal moral engendré par le deuil en évoquant les suicides. La lucidité peut conduire au suicide qui permet d’en finir avec les douleurs de l’existence et l’angoisse de la fin30. Le récit s’ouvre comme une chronique sur une considération générale touchant les nombreux faits divers des journaux qui mentionnent quotidiennement des suicides, puis s’attarde sur la lettre retrouvée d’un « suicidé sans raison ». Le narrateur cherche alors la raison de son acte, présentée comme une explication possible « de ces fins tragiques que les nerveux et les sensitifs seuls comprendront31 ». La lettre contient des réflexions sur la différence entre l’autrefois et l’aujourd’hui, la mention de la joie disparue, la nausée des habitudes et d’une « noire mélancolie » qui s’est installée. Le futur suicidé a ensuite l’idée de relire ses lettres, celle d’amis, de femmes « qui ont aujourd’hui des cheveux tout blancs », qui lui donnent « l’amère mélancolie des choses à jamais finies32 ». Il remonte à ses sept ans, à une lettre écrite à sa mère au moment de l’âge de raison. Prenant soudain conscience de la nécessité d’en finir en envisageant son avenir, il se projette dans un futur privé de sens : « C’était fini. J’arrivais à la source, et brusquement je me retournai pour envisager le reste de mes jours. Je vis la vieillesse hideuse et solitaire, et les infirmités prochaines et tout fini, fini, fini33 ! »
16Donc, le narrateur n’a pas trouvé de raison extraordinaire, pas de chagrin précis pour motiver cette décision, seulement l’envie d’abréger l’inanité d’une existence et l’attente de la mort. La prise en compte du suicide conduit Maupassant à imaginer l’utopie cruelle de « L’Endormeuse », récit qui s’ouvre sur la lecture dans le journal des statistiques des suicidés (Les Annales politiques et littéraires, relevant 8 202 morts volontaires pour 1888). Suit un passage poignant accompagné d’une vision hallucinée de ce gigantesque massacre34. Et de détailler dans une énumération morbide les différents types de mort, avec une insistance sur chaque cas particulier, revivant les tortures et les angoisses des suicidés. La fin du passage montre à quel point celui que la critique actuelle présente volontiers comme un cynique ressent de la pitié pour l’humanité souffrante :
Oh ! les pauvres gens, les pauvres gens, les pauvres gens, comme j’ai senti leurs angoisses, comme je suis mort de leur mort ! J’ai passé par toutes leurs misères ; j’ai subi, en une heure, toutes leurs tortures. J’ai su tous les chagrins qui les ont conduits là ; car je sens l’infamie trompeuse de la vie, comme personne, plus que moi, ne l’a sentie. Comme je les ai compris, ceux qui, faibles, harcelés par la malchance, ayant perdu les êtres aimés, réveillés du rêve d’une récompense tardive, de l’illusion d’une autre existence où Dieu serait juste enfin, après avoir été féroce, et désabusés des mirages du bonheur, en ont assez et veulent finir ce drame sans trêve ou cette honteuse comédie. Le suicide ! mais c’est la force de ceux qui n’en ont plus, c’est l’espoir de ceux qui ne croient plus, c’est le sublime courage des vaincus ! Oui, il y a au moins une porte à cette vie, nous pouvons toujours l’ouvrir et passer de l’autre côté. La nature a eu un mouvement de pitié ; elle ne nous a pas emprisonnés. Merci pour les désespérés35 !
17L’empathie du narrateur pour les victimes de la vie qui choisissent le suicide laisse entendre, dans ce texte qui fait la part belle à la modalité exclamative, comme très souvent dans les passages où il s’agit d’exprimer l’émotion intense ressentie face aux douleurs du monde, la voix de Maupassant. Il se prend ensuite à rêver l’octroi d’un droit à en finir avec la vie de manière plus agréable, rêver d’une société qui mettrait à disposition de ceux qui désirent mourir une aide à la mort douce. Il se retrouve dans le Paris d’un futur indéterminé, où se dresse l’utopie d’un grand établissement public, « Œuvre de la mort volontaire ». Il y rencontre un secrétaire lui expliquant qu’il s’agit ici de tuer « proprement et doucement les gens qui désirent mourir36 ». Le narrateur estime que cette entreprise serait digne d’une humanité émancipée. Toutes les classes y bénéficient d’un accès libre à la mort, l’asphyxie parfumée étant réservée à l’élite, permettant à ses membres de s’allonger dans l’endormeuse, la chaise longue du dernier voyage. Après avoir tenté le début de l’expérience, le narrateur est soudainement réveillé par le garde champêtre qui lui annonce un suicide : on a retrouvé un noyé dans les environs.
18L’irruption de la mort engage une prise en compte de cette dernière dans les récits avec toute sa réalité concrète violente, avec des images de sang, de boue, de pourriture. La guerre en offre le modèle exemplaire. De nombreux récits mettent en scène l’absurdité des morts, l’injustice des exécutions, l’atrocité des sévices. Une chronique pamphlétaire dénonce la guerre elle-même, en tant qu’institution barbare qu’il convient de déshonorer. Le carnage n’ennoblit pas l’homme, il le réduit en bouillie. Et Maupassant d’insister sur la régression qui transforme les soldats en bêtes, en chair écrasée, lorsqu’il évoque en quoi consiste la guerre :
Se réunir en troupeaux de quatre cent mille hommes, marcher jour et nuit sans repos, ne penser à rien, ne rien étudier, ne rien apprendre, ne rien lire, n’être utile à personne, pourrir de saleté, coucher dans la fange, vivre comme les brutes dans un hébétement continu, piller les villes, brûler les villages, ruiner les peuples, puis rencontrer une autre agglomération de viande humaine, se ruer dessus, faire des lacs de sang, des plaines de chair pilée mêlée à la terre boueuse et rougie, des monceaux de cadavres, avoir les bras ou les jambes emportés, la cervelle écrabouillée sans profit pour personne, et crever au coin d’un champ tandis que vos vieux parents, votre femme et vos enfants meurent de faim37 [...].
19Il mentionne dans cette chronique le livre de Camille Lemonnier, Les Charniers, Sedan qui dépeint cette patrie de la tuerie, la région des derniers champs de bataille :
ll marcha dans les fanges humaines, glissa sur les cervelles répandues, vagabonda dans les pourritures et les infections pendant des jours entiers et des lieues entières. Il ramassa dans la boue et le sang « ces petits carrés de papier chiffonnés et salis, lettres d’amis, lettres de mères, lettres de fiancées, lettres de grands-parents38 ».
20Crimes et scènes sanglantes abondent dans ce contexte. Dans le récit mentionné plus haut, la mère Sauvage, sous le coup de l’annonce terrible, se figure son fils coupé en deux par un boulet : « Et il lui semblait qu’elle voyait la chose, la chose horrible : la tête tombant, les yeux ouverts, tandis qu’il mâchait le coin de sa grosse moustache39. »
21Morts violentes, crimes, parricides, faits divers atroces donnent lieu à de nombreuses scènes qui illustrent brutalement cette omniprésence de la mort jusqu’à nourrir un imaginaire morbide. Maupassant insiste sur l’horreur, le choc provenant du dégoût inspiré par la pensée du corps mort décomposé sous la terre40. Any après la mort de sa mère imagine l’inimaginable :
Ma pauvre maman, clouée dans cette boîte, enfouie sous cette terre, dans ce champ, sous la pluie, et dont la vieille figure que j’embrassais avec tant de bonheur n’est plus qu’une pourriture affreuse. Oh ! quelle horreur, mon ami, quelle horreur41 !
22Dans « La Tombe », on assiste au procès d’un profanateur de sépulture, jeune avocat qui a déterré le cadavre d’une jeune femme ensevelie la veille. Prenant la parole pour sa défense, il revient sur la mort prématurée de sa maîtresse, suivie de l’obsession de la pensée qu’il ne la reverra plus. Demandant à l’auditoire de songer à la cruauté de cette disparition, il insiste sur la signification du mot, et sur les conséquences de ce qui n’est pas qu’un mot :
Cet être adoré tout d’un coup disparaît. Songez ! Il disparaît non pas seulement pour vous, mais pour toujours. Il est mort. Comprenez-vous ce mot ? Jamais, jamais, jamais, nulle part, cet être n’existera plus. Elle a disparu pour toujours, pour toujours, pour toujours42 !
23Les répétitions soulignent le caractère insupportable de la mort, elles insistent sur la difficulté pour la raison de comprendre la réalité de la finitude et amènent à saisir pourquoi il déterre le corps, pour le voir une dernière fois, spectacle macabre :
J’ouvris la bière cependant, et je plongeai dedans ma lanterne allumée, et je la vis. Sa figure était bleue, bouffie, épouvantable ! Un liquide noir avait coulé de sa bouche. Elle ! c’était elle ! Une horreur me saisit. Mais j’allongeai le bras et je pris ses cheveux pour attirer à moi cette face monstrueuse43 !
24Mais il la serre tout de même une dernière fois, ce qui lui fait sentir l’horrible odeur de la décomposition qu’il garde imprimée en lui : « l’odeur immonde de cette pourriture, l’odeur de [sa] bien-aimée ! » Le récit s’achève sur une conclusion peu vraisemblable mais qui montre que l’empathie a fonctionné auprès de l’auditoire, ce qui est une façon aussi de bousculer le lecteur dans sa perception de l’horrible : l’accusé est déclaré innocent et applaudi par l’auditoire.
25Logiquement, cette présence horrible et insupportable de la mort conduit à une rage violente que Maupassant retourne en imprécations contre Dieu, un Dieu méchant, massacreur, qui se moque de notre fin annoncée44. L’imperfection originelle des créatures cause un mal métaphysique irrémédiable. Dieu est présenté comme un éternel meurtrier qui semble ne goûter le plaisir de produire que pour savourer inlassablement sa passion acharnée de tuer de nouveau, de recommencer ses exterminations à mesure qu’il crée des êtres. Voici les dernières lignes écrites par Maupassant de son roman inachevé L’Angélus :
Éternel faiseur de cadavres et pourvoyeur des cimetières, qui s’amuse ensuite à semer des graines et à éparpiller des germes de vie pour satisfaire sans cesse son besoin de destruction. Meurtrier affamé de mort embusqué dans l’Espace, pour créer des êtres et les détruire, les mutiler, leur imposer toutes les souffrances, les frapper de toutes les maladies, comme un destructeur infatigable qui continue sans cesse son horrible besogne45.
26On se souvient aussi de cet instituteur, dans la nouvelle intitulée « Moiron », qui tue ses élèves préférés pour se venger d’un Dieu qui lui a pris ses enfants. Ayant compris que Dieu est méchant, il évoque sur son lit de mort les occasions de massacre, les corps coupés en morceaux dans les guerres, les maladies, pour instruire son procès. La monstruosité de ce fou criminel dont le récit nous fait pénétrer au cœur de la logique démente, s’explique par le fait qu’il entend soustraire des vies à Dieu pour lui enlever le plaisir de tuer46.
27Du coup cette inéluctable mort, dont Maupassant donne sans cesse le spectacle dans ses récits, prépare sa venue et empoisonne l’existence, notamment sous la forme d’un motif récurrent : la perte de la jeunesse. La mort en marche au cours de la vie se traduit par une hantise du vieillir. Norbert de Varenne, toujours lui, constate qu’elle l’a défiguré jusqu’à l’empêcher de se reconnaître :
Je l’ai vue teindre en blanc mes cheveux noirs, et avec quelle lenteur savante et méchante ! Elle m’a pris ma peau ferme, mes muscles, mes dents, tout mon corps de jadis, ne me laissant qu’une âme désespérée qu’elle enlèvera bientôt aussi. Oui, elle m’a émietté, la gueuse, elle a accompli doucement et terriblement la longue destruction de mon être, seconde par seconde47.
28Le vieillissement, la décrépitude physique, la perte de tonicité des tissus et l’affaissement d’un visage qui finit par être méconnaissable se constatent dans l’épreuve du miroir qui révèle soudain l’accélération inouïe et destructrice du temps. Le héros de la nouvelle intitulée « Fini » a rencontré un amour de jeunesse et passe devant la glace où il s ’était admiré avant de sortir, et dans laquelle il aperçoit désormais un homme mûr à cheveux gris : « [...] il se regarda de près, inspectant les rides, constatant ces affreux ravages qu’il n’avait encore jamais aperçus48. » Seul compte l’état du corps pour le matérialisme de Maupassant qui condamne l’homme à faire dépendre tout bonheur de son apparence physique. Il faut y voir une préfiguration d’un nouveau tragique moderne bien visible dans la conception que notre société médiatique et numérique propose de la relation au corps. Aussi une femme âgée n’est-elle plus rien, « qu’une vieille femme, un être fini dont la tâche humaine est achevée de par l’impitoyable loi des âges49 ». « Adieu ! » : ainsi s’achève un autre récit construit sur l’opposition entre « autrefois » et « aujourd’hui ». Seule une expérience peut faire prendre conscience de cette catastrophe du vieillissement, expérience double vécue dans la fiction par le personnage et dans l’acte de lecture par le lecteur de la nouvelle. Le narrateur second croise son ancienne maîtresse et ne la reconnaît pas. Elle se présente : « Jamais je ne reçus un pareil coup. Il me sembla en une seconde que tout était fini pour moi ! Je sentais seulement qu’un voile s’était déchiré devant mes yeux50. »
29Métamorphosée par les grossesses, elle est méconnaissable. Incrédule face aux ravages du temps, il exprime son sentiment douloureux de révolte impuissante, son indignation contre « cette œuvre brutale, infâme, de destruction51 », jusqu’aux larmes qui manifestent la douleur de la perte dans une équivalence cruelle puisque pleurer la jeunesse revient à pleurer la mort. Mais Maupassant poursuit l’expérience jusqu’au bout, nous montrant que le désastre est réversible. La femme aussi a mis du temps à reconnaître le narrateur car il a changé, avec ses cheveux blancs : « Et la vie m’apparut rapide comme un train qui passe52. » Bouleversé, il rentre chez lui et la nouvelle s’achève sur la scène devant le miroir où il finit par se rappeler ce qu’il avait été autrefois pour se dire à lui-même adieu.
30Outre les nouvelles dont la fin est le sujet, de nombreux récits laissent le lecteur en proie au vertige du vide causé par la sensation de l’irrémédiable. Maupassant entretient un rapport catastrophique au temps parce que la décrépitude physique n’est compensée par aucune sagesse. Il rend visible les signes de l’inéluctable destruction opposant par exemple dans « Rencontre », la fraîcheur de la jeunesse, les « réveils magnifiques » d’autrefois et les « réveils lamentables » liés à l’âge où la décomposition du visage lui donne « un aspect vieux, fatigué, fini53 ». Dans Fort comme la mort, la perte de la jeunesse et la hantise de vieillir, matrices romanesques, touchent le héros et l’héroïne, aussi terrorisés l’un que l’autre par l’angoisse de la décrépitude physique qui correspond à l’anéantissement de leur être. La pensée du vieillissement obsède Any, qui va jusqu’à sentir physiquement comme une démangeaison la marche des rides sur son front et l’affaissement des tissus du visage et du cou, éprouvant de la terreur face à la perception de « ce travail abominable et menu du temps rapide54 ». Tout est terminé pour elle parce qu’elle a vieilli. Ce constat de la fin tourne à l’obsession pathologique, avec ce besoin constant de se regarder dans le miroir, affolée par la marche du temps et le vieillissement de la chair. Quant à Bertin, artiste démodé et amoureux sans espoir de la jeune Annette, il se sent « vieux, fini, perdu », éprouvant la « sensation de la fin de tout, de la fin de son être physique et de son être pensant », impuissant à créer et sans droit de désirer55. Obsédé par cette pensée, il meurt renversé par un omnibus. Accident ou suicide ? La catastrophe du vieillissement participe à cette vision du monde matérialiste qui condamne l’homme à ne dépendre que de son corps. Maupassant crée des personnages incapables de dépasser le sentiment douloureux du temps qui passe, de la perte de la jeunesse, de la fin de ce qu’ils ont été, pour laisser son lecteur méditer sur cette question existentielle centrale dans sa vie comme dans son œuvre. Le rapport au corps dépend profondément chez lui de la conscience de la santé perdue, de l’altération irrémédiable du principe vital par la maladie, ce qui confère à sa vision du monde un caractère aussi profond que désespéré. Toute manifestation de vieillissement rappelle la présence constamment agissante de la mort.
31Les œuvres de Maupassant interrogent les comportements humains et le sens de l’existence à l’aide d’expériences fictives rejoignant des questions bien réelles qui intéressent les lecteurs, au premier rang desquelles celle de la mort, parce que tout homme est amené à s’interroger sur sa condition de mortel. Les histoires, les aventures, les anecdotes qui concernent les personnages de ses fictions, même ceux qui nous paraissent les plus éloignés de nous, entretiennent avec nos préoccupations majeures des liens étroits. Les textes transmettent donc une connaissance, au sens où Jacques Bouveresse l’entend, héritée de l’expérience et transmise au lecteur56. L’immersion fictionnelle qui vise à donner au lecteur « l’émotion de la simple réalité » lui permet de le toucher, particulièrement lorsqu’il s’agit de la mort57.
32La pensée de la fin engendre une mélancolie propre à l’artiste. Mais s’il est profondément pessimiste et hanté par la pensée de la mort, Maupassant en la communiquant à ses lecteurs ne manque pas de leur faire connaître le prix des seuls moments de joie qui lui sont octroyés, ceux qui touchent au plaisir des sens, à la vue de la nature, à la jouissance des choses, à la plénitude sensuelle. Par la création, Maupassant recrée aussi grâce à l’écriture les joies du corps et les instants d’extase face à la beauté, contrepoints vitaux à la hantise de la fin. Mélancolique sensuel qui doit à son hyperacuité sensorielle58 des moments de bonheur au contact de la nature, il exalte ces instants où il « joui[t] de tout à la façon d’un animal » :
Si mon esprit inquiet, tourmenté, hypertrophié par le travail, s’élance à des espérances qui ne sont point de notre race, et puis retombe dans le mépris de tout, après en avoir constaté le néant, mon corps de bête se grise de toutes les ivresses de la vie59.
Notes de bas de page
1Guy de Maupassant, Bel-Ami, dans L. Forestier (éd.), Romans, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1987, p. 300.
1Guy de Maupassant, Jacques Suffel (éd.), Correspondance, Genève, Edito service, 1973, 3 vol. Correspondance numérisée sur le site de Thierry Selva : http://maupassant.free.fr/, lettres no 750 et 751.
2Guy de Maupassant, « Causerie triste », dans H. Juin (éd.), Chroniques, Paris, Union générale d’éditions, coll. « 10/18 », 1980, 3 vol., t. II, p. 354.
3Guy de Maupassant, Une Vie, Romans, éd. cit., p. 115.
4Guy de Maupassant, « Auprès d’un mort », dans L. Forestier (éd.), Contes et nouvelles, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1974, 2 vol., t. I, p. 728.
5Arthur Schopenhauer, Douleurs du monde, Paris, Rivages, 1991 [1880], p. 49.
6Elme Caro, Le Pessimisme au xixe siècle, Paris, Hachette, 1878, p. III.
7Ibid., p. 293.
8Ibid., p. 728.
9Guy de Maupassant, « Nos optimistes », Chroniques, éd. cit., t. III, p. 227.
10Ibid., p. 229.
11Guy de Maupassant, Bel-Ami, Romans, éd. cit., p. 300.
12Guy de Maupassant, « Les Audacieux », Chroniques, éd. cit., t. II, p. 280-285.
13Guy de Maupassant, « L’Amour dans les livres et dans la vie », id., t. III, p. 280.
14Guy de Maupassant, « Autour d’un livre », id., t. I, p. 283.
15Guy de Maupassant, Une Vie, Romans, éd. cit., p. 86.
16Guy de Maupassant, Pierre et Jean, id., p. 832.
17Guy de Maupassant, « Solitude », Contes et nouvelles, éd. cit., t. I, p. 1259.
18Guy de Maupassant, « Garçon, un bock ! ... », id., p. 1128.
19Guy de Maupassant, « Par-delà », Chroniques, éd. cit., t. II, p. 399. Cette chronique date de 1884 : Maupassant a alors trente-quatre ans.
20Guy de Maupassant, « L’honneur et l’argent », id., t. I, p. 420.
21Guy de Maupassant, « Fini de rire », id., p. 430-434.
22Guy de Maupassant, « Adieu mystères », id., p. 314.
23Guy de Maupassant, Sur l’eau, dans P. Pia, Œuvres complètes t. 13. Au soleil. Sur l’eau. La Vie errante, Évreux/Paris, Le Cercle du bibliophile/Albin Michel, 1970, p. 207.
24Guy de Maupassant, Correspondance, éd. cit., lettre n° 178.
25Guy de Maupassant, Bel-Ami, Romans, éd. cit., p. 335.
26Guy de Maupassant, Fort comme la mort, Romans, éd. cit., p. 921.
27Guy de Maupassant, « La Mère Sauvage », Contes et nouvelles, éd. cit., t. I, p. 1220.
28Guy de Maupassant, « La Morte », Ibid., t. II, p. 941.
29Guy de Maupassant, Une vie, Romans, éd. cit., p. 123.
30On voit cette anticipation insupportable de la fin dans « Un lâche », où l’attente d’un duel, l’angoisse d’une fin peut-être proche, pousse le narrateur au suicide, et le fait littéralement mourir de savoir qu’il risque de mourir, Contes et nouvelles, éd. cit., t. I, p. 1159-1166.
31« Suicides », Ibid., p. 175.
32Ibid., p. 177 et 179.
33id., p. 180.
34Guy de Maupassant, « L’Endormeuse », id., t. II, p. 1159-1160.
35Ibid.
36Ibid., p. 1162.
37« La Guerre », Chroniques, éd. cit., t. II, p. 294.
38Ibid., p. 297.
39Guy de Maupassant, « La Mère Sauvage », éd. cit., p. 1220.
40Jeanne après la mort de sa mère se répète qu’elle est morte, et le narrateur de compléter : « Et toute l’horreur de ce mot lui apparut. », Une vie, Romans, éd. cit., p. 122.
41Guy de Maupassant, Fort comme la mort, éd. cit., p. 921. « Elle était là, là-dessous, pourrie ! Quelle horreur ! », s’exclame le narrateur de « La Morte », Contes et nouvelles, t. II, p. 941.
42Guy de Maupassant, « La Tombe », id., p. 215.
43Ibid., p. 216.
44Haine de dieu où Jean Salem voit l’influence de Sade, cf. Jean Salem, Philosophie de Maupassant, Paris, Ellipses, 2000, 126 p.
45Guy de Maupassant, L’Angélus, Romans, éd. cit., p. 1223.
46Guy de Maupassant, « Moiron », Contes et nouvelles, éd. cit., t. II, p. 984-990.
47Guy de Maupassant, Bel-Ami, Romans, éd. cit., p. 299.
48Contes et nouvelles, éd. cit., t. II, p. 518. La nouvelle s’achève sur cette exclamation : « Fini Lormerin! »
49Guy de Maupassant, « Les vieilles », Chroniques, éd. cit., t. II, p. 84.
50Guy de Maupassant « Adieu », Contes et nouvelles, t. II, p. 1249.
51Ibid., p. 1250.
52Ibid.
53Guy de Maupassant, « Rencontre », Contes et nouvelles, t. I, éd. cit., p. 1233-1234.
54Guy de Maupassant, Fort comme la mort, Romans, éd. cit., p. 996.
55Ibid., p. 1010.
56Voir Jacques Bouveresse, La Connaissance de l’écrivain, Marseille, Agone, coll. « Banc d’essais », 2008, 240 p. ; voir §6. « Réalisme, connaissance romanesque et réalité éthique », p.49 : « Quand on dit qu’un roman peut être plus ou moins vrai, ce peut être une autre façon de dire que la vie y entre plus ou moins ou qu’elle n’y entre que très peu ou pas du tout, qu’il reste presque complètement extérieur à la vie, et donc à la réalité par laquelle le roman est censé être concerné. Ce avec quoi nous entrons en contact par la lecture n’est pas simplement une image plus ou moins réussie de la vie mais bien la vie elle-même. »
57Guy de Maupassant, « Le Roman », préface de Pierre et Jean, Romans, éd. cit., p. 707 : « Pour produire l’effet qu’il [le romancier] poursuit, c’est-à-dire l’émotion de la simple réalité et pour dégager l’enseignement artistique qu’il en veut tirer, c’est-à-dire la révélation de ce qu’est véritablement l’homme contemporain devant ses yeux, il devra n’employer que des faits d’une vérité irrécusable et constante. »
58Voir Mariane Bury, La Poétique de Maupassant, Paris, Sedes, 1994, p. 55-95.
59Guy de Maupassant, Sur l’eau, éd. cit., p. 227.
Auteur
-
Mariane Bury
Sorbonne Université, CELLF
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