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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral 1. Les questions 2. Les leçons 3. Le témoignage de Valenciennes et l’élaboration du premier livre 4. Des perspectives de travail Notes de bas de page Auteur

    Autour du XVe siècle

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Pourquoi est-il souhaitable d’éditer le ms. 638 de la Bibliothèque municipale de Valenciennes ?

    Louis Gemenne

    p. 53-62

    Texte intégral 1. Les questions 1.1. Le point de vue codicologique 1.2. Le point de vue textuel 2. Les leçons 2.1. Leçons de Valenciennes servant à corriger Amiens 2.2. Fautes communes des deux manuscrits 3. Le témoignage de Valenciennes et l’élaboration du premier livre 3.1. Deux témoins d’une même version 3.2. Une pièce à verser au dossier de la genèse du premier livre des Chroniques 3.2.1. État de la question 3.2.2. Propositions 4. Des perspectives de travail Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1La question du titre semblera sans objet si on s’avise que ce manuscrit n’a jamais fait l’objet d’une édition critique. Il serait à coup sûr plus commode d’en lire une version imprimée et autorisée que d’aller consulter le manuscrit à Valenciennes ou même de le déchiffre sur un écran d’ordinateur1 ! Toutefois, c’est en d’autres termes que la question de son éventuelle édition se pose à quiconque va y voir de plus près...

    2En tout cas, ceux qui ont étudié le premier livre des Chroniques de Froissart et ont préconisé l’édition de notre manuscrit en ont trop dit ou pas assez. Si, comme le pense G.T. Diller, la version de Valenciennes n’est qu’« une version abrégée et modifiée du ms. d’Amiens », vaut-il alors la peine de l’éditer2 ? Et pour quelle raison, J.J.N. Palmer y voit-il le travail d’un « literary forger3 » ? Essayer de répondre à ces interrogations amène d’abord à se demander quelles sont les questions que pose le manuscrit puis quelles leçons il peut livrer aux éditeurs des Chroniques de Froissart, en nourrissant l’espoir, in fine, que son témoignage éclaire quelque peu l’épineux dossier de l’élaboration du Ier livre des Chroniques ou, à tout le moins, qu’il aide à mieux envisager le problème.

    1. Les questions

    3Disons d’emblée que toutes les questions que pose ce curieux manuscrit ne pourront être résolues dans le cadre restreint de cette contribution. Les lignes suivantes tracent plutôt un plan de travail.

    1.1. Le point de vue codicologique

    4L’histoire du manuscrit (123 folios de papier, 283 x 210 mm, texte en pleine page d’une écriture de la seconde moitié du xve siècle) serait en elle-même pleine d’enseignements, mais elle reste à faire4 :

    • Composé, semble-t-il, pour Antoine de Croÿ5 alors qu’Amiens l’a été pour son frère Jean, il a fait partie d’un lot de manuscrits des Croÿ maintenant en dépôt à la Bibliothèque municipale de Valenciennes.
    • L’ancienne cote du manuscrit est 513bis : quel rapport entretient-il avec l’ex-513 et/ou pourquoi en a-t-il été séparé, et quand6 ?
    • Le filigrane, comparé à ceux des autres manuscrits du lot, ainsi qu’un curieux dessin en page de garde (personnage décapité et figures de fous), permettraient sans doute d’apporter des renseignements positifs sur la date, la provenance et l’histoire de ce manuscrit.

    1.2. Le point de vue textuel

    5Ce manuscrit contient deux parties incomplètes de deux œuvres différentes, mais qui n’ont pas été considérées comme sans rapport entre elles.

    6La première partie (du fol. 1r au fol. 92v) offre une version du premier livre des Chroniques de Froissart dont les caractéristiques sont les suivantes :

    • Elle ne semble pas antérieure à 1376 (allusion à la mort du Prince Noir), mais son terminus ad quem reste indéterminé.
    • Alors même qu’elle se termine par un explicit (Et cy fine Froissart son premier livre), on doit considérer qu’elle est incomplète si on juge probants les éléments suivants :
      1. elle contient une prolepse narrative (si comme vous orés cy après) qui annonce le mariage de Lionel d’Anvers avec Valentine Visconti en 1368, alors que la narration s’arrête en 1340, juste avant le siège de Tournai ;
      2. elle interrompt deux épisodes entrelacés : celui des opérations en Gascogne d’une part (Mais toutesvoies le conte de Laille et se routte tenoient les camps)7, et celui du comte de Salisbury d’autre part8.

    7La seconde partie (du fol. 93r au fol. 123v) contient une version de la Chronique de la Traïson et Mort de Richard Deux Roy Dengleterre, qui, elle aussi, ne laisse pas d’intriguer, car :

    • Elle est acéphale ; les premiers mots du texte sont : « Ce roy Richart rendi la ville de Brest et le chastel [...] ».
    • Elle fait partie d’une famille de manuscrits qui en attribuent la paternité à Jean Le Bel (ou à son fils homonyme), sans doute parce que leurs copistes se sont déjà trouvés en présence d’un manuscrit composite analogue à celui de Valenciennes, où le nom du chanoine de Liège patronnait le début du texte de Froissait9.

    8Toutes ces questions amènent incontestablement à souhaiter en savoir plus sur cet éventuel « faussaire littéraire » dont parlait Palmer et à souhaiter une édition critique de la deuxième partie du texte de Valenciennes, qui remplacerait la vieille édition anglaise de 1846.

    9Si maintenant on se concentre sur la première partie du texte en gardant en mémoire l’opinion de Diller selon laquelle nous sommes en présence d’une version abrégée et modifiée du ms. d’Amiens, une étude, même rapide, de cette portion du manuscrit livre plusieurs enseignements intéressants.

    2. Les leçons

    10Dans son édition du ms. d’Amiens, Diller évoque le ms. de Valenciennes dans les termes qu’on vient de rappeler, mais ne tient plus compte des leçons de ce dernier pour établir le texte d’Amiens. S’il néglige ainsi notre témoin, c’est sans doute parce qu’il croit que Valenciennes est dans un rapport de filiation par rapport à Amiens et qu’en outre, il considère que le fils ne vaut pas le père.

    11Les exemples suivants portent plutôt à penser qu’il vaudrait mieux les considérer comme des frères et s’interroger alors sur les traits caractéristiques de leur père10.

    2.1. Leçons de Valenciennes servant à corriger Amiens11

    Image
    Image

    2.2. Fautes communes des deux manuscrits

    Image

    Note 1212

    12Ces cinq exemples et ceux qui sont cités à la note 10 suffisent à démontrer l’intérêt d’une édition critique de Valenciennes ou à tout le moins la valeur de son témoignage comme manuscrit de contrôle pour une édition « vraiment critique » du manuscrit d’Amiens en ce qui concerne la partie qui leur est commune.

    3. Le témoignage de Valenciennes et l’élaboration du premier livre

    13Comme le montrent aussi ces exemples, la présentation des deux textes côte à côte est plus commode pour le lecteur qu’un apparat critique classique dans lequel figurent sous le texte édité les leçons rejetées de celui-ci puis les variantes du ms. de contrôle ; en effet, les lieux variants du texte mêlent le plus souvent erreurs et variantes de phrasé (cf. exemple de 3, 6-7).

    14Toutefois, deux autres raisons au moins amènent encore à plaider pour une telle édition synoptique de cette portion du texte d’Amiens ou, à tout le moins, pour une édition critique du ms. de Valenciennes.

    3.1. Deux témoins d’une même version

    15Contrairement à ce que laissent entendre certains commentaires laconiques, Valenciennes est loin d’être un simple résumé d’Amiens ou même de leur source commune. Si Valenciennes représente à peu près 72 % de la masse textuelle d’Amiens pour leur narration commune, il convient de noter que cette proportion n’est pas constante. Parfois Valenciennes condense et parfois il coupe, et ces réductions peuvent être plus ou moins significatives. Il lui arrive aussi d’ajouter des mentions ou même des épisodes originaux d’une portée variable.

    16L’ensemble du dossier mérite d’être repris et confronté au texte de la Chronique de Jean le Bel. On trouvera ci-dessous quelques exemples de l’une et l’autre de ces deux tendances inverses.

    • Omissions de mentions ou d’épisodes13 :
    • présence de Robert de Beaufort parmi les chevaliers de la suite de Jean de Beaumont lors de la première expédition anglaise (p. 26) ;
    • participation de Jean le Bel et de son frère à la seconde expédition anglaise contre l’Ecosse (p. 49) ;
    • certains épisodes de la campagne d’Écosse, notamment le combat singulier de Guillaume de Montagut et d’Alexandre de Ramsay (pp. 143-145) ou les exploits du même Montagut et de Gautier de Mauny (p. 172)14 ;
    • les plaintes des enfants de Guillaume de Hainaut, parmi lesquels Isabelle, épouse de Robert de Namur (p. 205) ;
    • le mariage d’Alice de Salisbury avec Guillaume de Montagut (p. 222).
    • Ajouts de mentions ou d’épisodes d’Amiens :
    • l’épisode du péri ! couru par le seigneur d’Enghien au cours du combat où Jacques de Douglas trouva la mort en Espagne (pp. 95-96) ;
    • une série de détails originaux sur les circonstances de la désignation d’Edouard III comme vicaire d’Empire par l’empereur Louis de Bavière (p. 251) ;
    • la popularité croissante de Jacques van Arteveld à Gand (pp. 217-218).

    3.2. Une pièce à verser au dossier de la genèse du premier livre des Chroniques

    17La seconde raison évoquée plus haut, c’est que Valenciennes se profile aussi comme un témoin de choix dans un autre dossier qui agite les spécialistes de Froissait depuis la fin du xixe siècle : celui de la genèse complexe du livre I des Chroniques.

    3.2.1. État de la question

    18En tant que chroniqueur, Froissart est un auteur passionnant, mais il faut avouer que, pour les philologues, c’est aussi un cauchemar. S’ils s’efforcent de restituer le texte dans toutes ses variations, ils courent le risque de ne jamais achever le travail et de périr submergés dans un océan de variantes15 ; s’ils s’efforcent de restituer un archétype, à défaut de l’original, c’est comme s’ils se mettaient en tête de retrouver un proto-évangile en confrontant les versions de Mathieu, de Marc, de Luc... et de Jean ! en oubliant en outre que ces évangiles sont des évangiles non pas de leurs auteurs, mais selon leurs auteurs.

    19Cet embarras philologique est particulièrement irritant en ce qui concerne le premier livre, dont on sait que la tradition manuscrite tout autant que la composition sont d’une extrême complexité. Devant ce problème, il n’est pas exagéré de dire que les philologues ont, jusqu’à présent, campé sur deux positions de repli : la première consiste à s’en remettre à une sorte de communis opinio qui traduit tant bien que mal ce qui est le plus directement observable dans la répartition des manuscrits, tandis que la seconde relègue les vraies interrogations philologiques dans le domaine des questions indécidables.

    20À la rubrique des consensus, on inscrira que :

    • depuis les grandes éditions savantes de la fin du xixe siècle (Kervyn de Lettenhove16 ; Luce, Raynaud & Mirot17), il est communément admis qu’il existe trois rédactions majeures du premier livre : la rédaction qualifiée d’« ordinaire » par Luce, représentée par la plupart des manuscrits (rangés en deux séries, A et B, d’après l’introduction de l’édition S.H.F.) et deux autres rédactions : celle du ms. d’Amiens (B.M. 486) et celle du ms. de Rome (Reg. Lat. 869) ;
    • ces deux dernières sont considérées comme des rédactions isolées ou singulières ;
    • la rédaction de Rome est unanimement considérée comme la dernière rédaction entreprise par l’auteur avant sa mort.

    21Les questions considérées comme indécidables sont, elles, plus nombreuses que ces consensus :

    • la rédaction d’Amiens est-elle antérieure ou postérieure à la rédaction ordinaire18 ?
    • ces diverses rédactions ont-elles été réalisées sous le contrôle de l’auteur ou sont-elles l’œuvre de copistes-rédacteurs plus ou moins indépendants ?
    • quelles étaient les bornes du premier livre si on accepte de penser que les cent premières sections du deuxième livre19 ont peut-être été, pour des questions d’équilibre des codex, artificiellement rattachées à celui-ci alors qu’elles faisaient partie de celui-là ?
    • quant au premier livre, a-t-il fait l’objet d’une conception globale dès le début ou son ampleur, bien plus importante que celle des trois autres, est-elle le résultat d’adjonctions successives ?

    22On le voit, le dossier est si complexe qu’il est impossible d’y apporter un début de solution, et même de décider ce qui est « décidément indécidable », tant que tous les témoins ne sont pas convoqués de la même façon. Or, il n’est pas exagéré de dire que la méthode adoptée par les éditeurs précédents oriente parfois de manière déterminante la façon dont nous envisageons le problème.

    23Pour simplifier, on dira que trois méthodes se sont succédé ou se sont affrontées depuis la fin du xixe siècle :

    • Celle de Kervyn de Lettenhove consiste, pour ainsi dire, à saucissonner le texte en tranches chronologiques et à publier successivement les différentes versions de chacune de ces tranches.
    • Celle de l’édition, par ailleurs inachevée, de Luce, Raynaud et Mirot, fait le choix de publier la version que Luce qualifiait de rédaction ordinaire et de reléguer les autres en variantes.
    • Le choix d’un éditeur plus récent, G.T. Diller, est plus modeste et d’une autre nature : il a choisi d’éditer d’une seule coulée les deux versions isolées, d’abord celle de Rome et ensuite celle d’Amiens.

    24La solution « synoptique » déjà évoquée constituerait à mon sens une solution heureuse. Ainsi, les versions retenues ne seraient plus ni mêlées (solution Kervyn), ni hiérarchisées (solution Mirot, et al.), ni imprimées l’une après l’autre ou isolément, mais côte à côte. Malheureusement, cette solution est utopique, car elle est techniquement difficile et économiquement ruineuse.

    3.2.2. Propositions

    25Encore, cette façon de voir devrait-elle être considérablement nuancée selon les parties du texte qu’on édite :

    • S’agissant du début du premier livre en tout cas, il vaut mieux renoncer à la notion d’auteur et, par conséquent, tenir compte, à côté des versions selon Froissait (Amiens et Valenciennes éventuellement groupées, A et B éventuellement groupées20, et Rome), de celle de Jean le Bel et, jusqu’en 1340, de celle de Jean d’Outremeuse.
    • Il faut aussi mettre entre parenthèses la notion de livre et tenir compte du fait que, par tranches chronologiques, les versions du texte à éditer ne sont pas les mêmes. En effet, quatre césures majeures scandent ce premier livre (1325-1378) :
    • 1340 [date qui correspond à la charnière des deux parties du texte de Jean le Bel, chap. XXXIX, et à la fin du manuscrit de Valenciennes]
    • 1350 : fin du ms. de Rome et scission des mss. A/B jusqu’en 1356
    • 1361 : fin du texte de Jean Le Bel
    • 1372 : fin de la rédaction ordinaire selon Luce, mais non pas selon tous les mss. (certains d’entre eux la poursuivent jusqu’en 1378).

    26En tout état de cause, il est d’un intérêt primordial de voir si les rapports qui unissent Jean le Bel à Amiens d’une part et à la version A/B d’autre part sont constants ou différents de part et d’autre de la césure de 1340, qui marque la fin de Valenciennes et le début de la deuxième partie de Jean le Bel, c’est-à-dire celle qui n’a pas été rédigée dans le cercle curial de Jean de Beaumont qu’a pu fréquenter Froissart dans sa jeunesse21.

    4. Des perspectives de travail

    27Multiplier ou alterner ces vues programmatiques et ces notations ponctuelles ne sert peut-être qu’à rappeler en conclusion une règle méthodologique : avant d’interpréter les faits, il importe de les examiner tous. Dans la circonstance, il faut reconnaître qu’ils représentent un écheveau assez inextricable. Ce qu’il faut donc rechercher d’abord, c’est un système qui visualise tous les fils, certains d’entre eux (p. ex. les toponymes et les anthroponymes ; les erreurs et les variantes significatives) pouvant être plus révélateurs que d’autres des conditions de leur enchevêtrement. C’est dans cette perspective que s’inscrit le projet d’édition, en voie de concrétisation, du manuscrit de Valenciennes mais aussi le vœu que soit reprise à nouveaux frais l’édition du premier livre des Chroniques.

    28Seules, semble-t-il, des équipes de chercheurs sont à même de mener cette entreprise à bien, d’autant qu’il devient de plus en plus clair que, dans ce cas précis, la philologie a beaucoup à gagner de l’étude iconographique des manuscrits22.

    Notes de bas de page

    1 Microfilm consultable à l’adresse Internet : http://www.valenciennes.fr/bib/fondsvirtuels/microfilms/Notices%20Mo.../notice0638. as. Transcription non critique par J.-A. Buchon, Les Chroniques de sire Jean Froissart, Paris, Desrez, 1835, t. III, pp. 410-477.

    2 J. Froissart, Chroniques. Livre I, le manuscrit d'Amiens (Bibliothèque municipale. no 486), éd. G.T. Diller, t. I, Genève, Droz (« TLF », 407), 1991, p. x.

    3 J.J.N. Palmer, « Book I (1325-1378) and its Sources », in Froissart Historian, dir. J.J.N. Palmer, Woodbridge, Suffolk, The Boydell Press, 1981, pp. 7-24, note 7 de la p. 9, qui ajoute : « A criticai edition of this text would be worthwile. »

    4 Brève description dans le Catalogue des manuscrits des bibliothèques publiques de France, t. XXV, Paris, E. Plon, Nourrit et Cie, 1894, pp. 442-443 (notice d’A. Molinier).

    5 « Croÿ » et peut-être un « a » se lisent dans la panse du « A » initial du texte.

    6 Quel sens et quel crédit faut-il accorder à la note suivante du Baron Kervyn De Lettenhove, Œuvres de Froissart. Chroniques, t. 1. Introduction (IIe et IIe parties), Bruxelles, V. Devaux et Cie, 1873, p. 28 : « Il n’est pas superflu de remarquer que le texte de Valenciennes est placé, dans le ms. qui nous l’a conservé, à la suite d’une autre chronique écrite en Hainaut » ?

    7 Ces mots sont les derniers du texte, juste avant l'explicit. Ils correspondent à la fin du paragraphe 251 d’Amiens, juste avant une marque d'entrelacement du texte de Froissart : « Nous revenrons — car le matere le requiert — as gherrez de Haynnau et à le contrevengance que ly roys de France y fist prendre par le duc Jehan de Normendie sen ainsnet fil ». Cf. Froissart, Chroniques, éd. Diller cit., t. II, Genève, Droz (« TLF », 415), 1992, p. 2.

    8 Fait prisonnier avec le comte de Suffolk devant Lille, Guillaume de Montagut, officier fidèle d’Edouard III, restera prisonnier sur le continent et ne rentrera en Angleterre que pour y apprendre qu’il doit son infortune conjugale à son souverain, qui a violé sa femme en son absence On sait avec quelle attention le Froissart d’Amiens a édulcoré cet épisode raconté par Jean le Bel, mais on observera que, contrairement à Amiens (Diller, éd. citée, p. 222), Valenciennes ne souffle mot du mariage. Cf. G.T. Diller, Attitudes chevaleresques et réalités politiques chez Froissart. Microlectures du premier livre des Chroniques, Genève, Droz, 1984, pp. 77-163.

    9 Sur cette question controversée, voir N. Chareyron, Jean le Bel. Le Maître de Froissart. Grand Imagier de la guerre de Cent Ans, Bruxelles, De Boeck Université, 1996, p. 48 ; l’article « Jean Creton » de G. Tyl-Labory, in Dictionnaire des Lettres françaises. Le Moyen Age, éd. revue et mise à jour sous la dir. de G. Hasenohr et M. Zink, Paris, Fayard, 1992, pp. 765-766 ; et J.J.N. Palmer, « The Autorship, Date and Historical Value of the French Chronicles of the Lancastrian Revolution », in Bulletin of the John Rylands Library, LXI, 1978, pp. 157-158 et passim·, A. Varvaro, « Jean Froissart, la déposition et la mort de Richard II. La construction du récit historique », in Romania, CXXIV, 2006, pp. 112-161. Le ms. de Valenciennes est un manuscrit de la même classe que celui qu’a publié J.A. Buchon (appendice π des Chroniques nationales, t. XXV, Paris, Verdière, 1835), mais d’une autre classe que celui (B.n.F, fr. 25270) qu’a utilisé B. Williams pour son édition de l’English Historical Society (Londres, 1846).

    10 Les exemples qu’on va lire sont tirés des trois premiers paragraphes de l’éd. S. Luce pour la Société d’Histoire de France, 1869, mais des cas semblables s’observent tout au long du texte. Il est malheureusement inconcevable de les commenter tous ici. Toutefois, en citant chaque fois la page et la ligne de l’éd. Diller cit., on peut alléguer comme leçons préférables de Valenciennes des lieux variants en : 24, 5 ; 51, 3 ; 166, 11 et 284, 1 ; et comme fautes communes, les passages suivants : 39, 16 ; 70, 16 ; 112, 22 (ici, il s’agit plutôt d’une lectio difficilior soupçonnée à tort par Diller) ; 117, 10 et 184, 3. Les passages où Amiens sert à corriger un passage mal lu de Valenciennes ne seront pas examinés ici.

    11 Le texte corrigé est proposé en caractères gras (références à la page et à la ligne de l’édition Diller cit.) ; les leçons à confronter sont juxtaposées dans la zone suivante, et elles sont suivies d’un bref commentaire. Ajoutons qu’il ne s’agit nullement de mettre en cause ici la qualité de l’éd. Diller du manuscrit d’Amiens.

    12 À moins qu’il ne faille considérer ces « Danois » comme les habitants d’une partie du Nord de l’Angleterre appelée Danelaw ? (suggestion d’A. Varvaro).

    13 Références aux pages du tome I de l’éd. Diller cit.

    14 Par contre, dans le récit de la même campagne, Valenciennes commet la même confusion qu’Amiens entre les villes de Roxburgh et de Berwick, bien que sa narration soit différente et qu’on ne puisse dès lors, là non plus, parler de dépendance servile.

    15 Cf. Diller, Attitudes chevaleresques, cit., pp. 14-15, échec de l’entreprise de Léon Lacabane.

    16 Œuvres de Froissart, éd. Kervyn de Lettenhove, 28 vols, Bruxelles, Académie Royale de Belgique, 1867-1877.

    17 Chroniques de Froissart, éd. S. Luce, G. Raynaud, L. et A. Mirot, Paris, Société d’Histoire de France, 1869-1975 (15 vols parus). Cette édition a été interrompue à la fin du livre III ; l’éd. du livre IV a été récemment publiée par A. Varvaro : J. Froissart, Chroniques. Livre III (du Voyage en Béarn à la campagne de Gascogne) et livre IV (années 1389-1400), éd. P. Ainsworth et A. Varvaro, Paris, Le Livre de Poche (« Lettres Gothiques »), 2004.

    18 Cette question entraîne deux interrogations pour ainsi dire corollaires : les rapports que ces versions entretiennent avec la Chronique de Jean Le Bel sont-elles de nature à éclairer le problème de l’antériorité de l’une sur l’autre ? Quelle est la chronologie relative de ces diverses rédactions par rapport à la carrière de Froissart ?

    19 Ce qu’il est convenu d’appeler la Chronique de Flandre (partie du deuxième livre représentée par trois manuscrits), est-ce le noyau primitif du deuxième livre ou s’agit-il d’un extrait de celui-ci destiné à un public déterminé ?

    20 Les éditions disponibles du premier et du deuxième livre ne se fondent pas sur des mss. du même groupe dans la classification de Luce : « première rédaction révisée » pour le premier livre et « première rédaction proprement dite » pour le second. R. Sanderson prépare une édition du premier livre fondée cette fois sur la première rédaction proprement dite (ms. de New York, Pierpont Morgan Library M. 804).

    21 Cf. L. Gemenne, « Trois auteurs en quête de texte : les débuts de la guerre de Cent Ans selon Jean le Bel, Jean Froissart et Jean d’Outremeuse », in Convergences médiévales. Mélanges offerts à Madeleine Tyssens, éd. N. Henrard, P. Moreno et M. Thiry-Stassin, Bruxelles, De Boeck Université, 2001, pp. 173-183.

    22 Cf. le remarquable travail d’A. Varvaro, « Il libro I delle ‘Chroniques’di Jean Froissart. Per una filologia integrata dei testi e delle immagini », in Medioevo Romanzo, XIX, 1994, pp. 3-36, et Id., « Due note sui manoscritti delle ‘Chroniques’di Jean Froissart », ibid., pp. 293-300 ; ou encore, de L. Harf-Lancner, « Image and Propaganda. The Illustration of Book 1 of Froissart’s ‘Chroniques’ », in Froissart across the Genres, éd. D. Maddox et S. Sturm-Maddox, Gainesville, Univ. Press of Florida, 1998, pp. 220-250.

    Auteur

    • Louis Gemenne

      Centre scolaire Saint-Louis (Liège)

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    Table des matières

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    1 Microfilm consultable à l’adresse Internet : http://www.valenciennes.fr/bib/fondsvirtuels/microfilms/Notices%20Mo.../notice0638. as. Transcription non critique par J.-A. Buchon, Les Chroniques de sire Jean Froissart, Paris, Desrez, 1835, t. III, pp. 410-477.

    2 J. Froissart, Chroniques. Livre I, le manuscrit d'Amiens (Bibliothèque municipale. no 486), éd. G.T. Diller, t. I, Genève, Droz (« TLF », 407), 1991, p. x.

    3 J.J.N. Palmer, « Book I (1325-1378) and its Sources », in Froissart Historian, dir. J.J.N. Palmer, Woodbridge, Suffolk, The Boydell Press, 1981, pp. 7-24, note 7 de la p. 9, qui ajoute : « A criticai edition of this text would be worthwile. »

    4 Brève description dans le Catalogue des manuscrits des bibliothèques publiques de France, t. XXV, Paris, E. Plon, Nourrit et Cie, 1894, pp. 442-443 (notice d’A. Molinier).

    5 « Croÿ » et peut-être un « a » se lisent dans la panse du « A » initial du texte.

    6 Quel sens et quel crédit faut-il accorder à la note suivante du Baron Kervyn De Lettenhove, Œuvres de Froissart. Chroniques, t. 1. Introduction (IIe et IIe parties), Bruxelles, V. Devaux et Cie, 1873, p. 28 : « Il n’est pas superflu de remarquer que le texte de Valenciennes est placé, dans le ms. qui nous l’a conservé, à la suite d’une autre chronique écrite en Hainaut » ?

    7 Ces mots sont les derniers du texte, juste avant l'explicit. Ils correspondent à la fin du paragraphe 251 d’Amiens, juste avant une marque d'entrelacement du texte de Froissart : « Nous revenrons — car le matere le requiert — as gherrez de Haynnau et à le contrevengance que ly roys de France y fist prendre par le duc Jehan de Normendie sen ainsnet fil ». Cf. Froissart, Chroniques, éd. Diller cit., t. II, Genève, Droz (« TLF », 415), 1992, p. 2.

    8 Fait prisonnier avec le comte de Suffolk devant Lille, Guillaume de Montagut, officier fidèle d’Edouard III, restera prisonnier sur le continent et ne rentrera en Angleterre que pour y apprendre qu’il doit son infortune conjugale à son souverain, qui a violé sa femme en son absence On sait avec quelle attention le Froissart d’Amiens a édulcoré cet épisode raconté par Jean le Bel, mais on observera que, contrairement à Amiens (Diller, éd. citée, p. 222), Valenciennes ne souffle mot du mariage. Cf. G.T. Diller, Attitudes chevaleresques et réalités politiques chez Froissart. Microlectures du premier livre des Chroniques, Genève, Droz, 1984, pp. 77-163.

    9 Sur cette question controversée, voir N. Chareyron, Jean le Bel. Le Maître de Froissart. Grand Imagier de la guerre de Cent Ans, Bruxelles, De Boeck Université, 1996, p. 48 ; l’article « Jean Creton » de G. Tyl-Labory, in Dictionnaire des Lettres françaises. Le Moyen Age, éd. revue et mise à jour sous la dir. de G. Hasenohr et M. Zink, Paris, Fayard, 1992, pp. 765-766 ; et J.J.N. Palmer, « The Autorship, Date and Historical Value of the French Chronicles of the Lancastrian Revolution », in Bulletin of the John Rylands Library, LXI, 1978, pp. 157-158 et passim·, A. Varvaro, « Jean Froissart, la déposition et la mort de Richard II. La construction du récit historique », in Romania, CXXIV, 2006, pp. 112-161. Le ms. de Valenciennes est un manuscrit de la même classe que celui qu’a publié J.A. Buchon (appendice π des Chroniques nationales, t. XXV, Paris, Verdière, 1835), mais d’une autre classe que celui (B.n.F, fr. 25270) qu’a utilisé B. Williams pour son édition de l’English Historical Society (Londres, 1846).

    10 Les exemples qu’on va lire sont tirés des trois premiers paragraphes de l’éd. S. Luce pour la Société d’Histoire de France, 1869, mais des cas semblables s’observent tout au long du texte. Il est malheureusement inconcevable de les commenter tous ici. Toutefois, en citant chaque fois la page et la ligne de l’éd. Diller cit., on peut alléguer comme leçons préférables de Valenciennes des lieux variants en : 24, 5 ; 51, 3 ; 166, 11 et 284, 1 ; et comme fautes communes, les passages suivants : 39, 16 ; 70, 16 ; 112, 22 (ici, il s’agit plutôt d’une lectio difficilior soupçonnée à tort par Diller) ; 117, 10 et 184, 3. Les passages où Amiens sert à corriger un passage mal lu de Valenciennes ne seront pas examinés ici.

    11 Le texte corrigé est proposé en caractères gras (références à la page et à la ligne de l’édition Diller cit.) ; les leçons à confronter sont juxtaposées dans la zone suivante, et elles sont suivies d’un bref commentaire. Ajoutons qu’il ne s’agit nullement de mettre en cause ici la qualité de l’éd. Diller du manuscrit d’Amiens.

    12 À moins qu’il ne faille considérer ces « Danois » comme les habitants d’une partie du Nord de l’Angleterre appelée Danelaw ? (suggestion d’A. Varvaro).

    13 Références aux pages du tome I de l’éd. Diller cit.

    14 Par contre, dans le récit de la même campagne, Valenciennes commet la même confusion qu’Amiens entre les villes de Roxburgh et de Berwick, bien que sa narration soit différente et qu’on ne puisse dès lors, là non plus, parler de dépendance servile.

    15 Cf. Diller, Attitudes chevaleresques, cit., pp. 14-15, échec de l’entreprise de Léon Lacabane.

    16 Œuvres de Froissart, éd. Kervyn de Lettenhove, 28 vols, Bruxelles, Académie Royale de Belgique, 1867-1877.

    17 Chroniques de Froissart, éd. S. Luce, G. Raynaud, L. et A. Mirot, Paris, Société d’Histoire de France, 1869-1975 (15 vols parus). Cette édition a été interrompue à la fin du livre III ; l’éd. du livre IV a été récemment publiée par A. Varvaro : J. Froissart, Chroniques. Livre III (du Voyage en Béarn à la campagne de Gascogne) et livre IV (années 1389-1400), éd. P. Ainsworth et A. Varvaro, Paris, Le Livre de Poche (« Lettres Gothiques »), 2004.

    18 Cette question entraîne deux interrogations pour ainsi dire corollaires : les rapports que ces versions entretiennent avec la Chronique de Jean Le Bel sont-elles de nature à éclairer le problème de l’antériorité de l’une sur l’autre ? Quelle est la chronologie relative de ces diverses rédactions par rapport à la carrière de Froissart ?

    19 Ce qu’il est convenu d’appeler la Chronique de Flandre (partie du deuxième livre représentée par trois manuscrits), est-ce le noyau primitif du deuxième livre ou s’agit-il d’un extrait de celui-ci destiné à un public déterminé ?

    20 Les éditions disponibles du premier et du deuxième livre ne se fondent pas sur des mss. du même groupe dans la classification de Luce : « première rédaction révisée » pour le premier livre et « première rédaction proprement dite » pour le second. R. Sanderson prépare une édition du premier livre fondée cette fois sur la première rédaction proprement dite (ms. de New York, Pierpont Morgan Library M. 804).

    21 Cf. L. Gemenne, « Trois auteurs en quête de texte : les débuts de la guerre de Cent Ans selon Jean le Bel, Jean Froissart et Jean d’Outremeuse », in Convergences médiévales. Mélanges offerts à Madeleine Tyssens, éd. N. Henrard, P. Moreno et M. Thiry-Stassin, Bruxelles, De Boeck Université, 2001, pp. 173-183.

    22 Cf. le remarquable travail d’A. Varvaro, « Il libro I delle ‘Chroniques’di Jean Froissart. Per una filologia integrata dei testi e delle immagini », in Medioevo Romanzo, XIX, 1994, pp. 3-36, et Id., « Due note sui manoscritti delle ‘Chroniques’di Jean Froissart », ibid., pp. 293-300 ; ou encore, de L. Harf-Lancner, « Image and Propaganda. The Illustration of Book 1 of Froissart’s ‘Chroniques’ », in Froissart across the Genres, éd. D. Maddox et S. Sturm-Maddox, Gainesville, Univ. Press of Florida, 1998, pp. 220-250.

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    Gemenne, Louis. « Pourquoi est-il souhaitable d’éditer le ms. 638 de la Bibliothèque municipale de Valenciennes ? ». In Autour du XVe siècle, édité par Paola Moreno et Giovanni Palumbo. Liège: Presses universitaires de Liège, 2008. doi:10.4000/books.pulg.6660.
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