L’iconographie d’Artémis à Délos
p. 137-164
Texte intégral
1Malgré les travaux de Jean Marcadé et d’autres1, on ne dispose pas d’une étude détaillée sur l’évolution de l’image d’Artémis à Délos, du haut-archaïsme au ier s. Le chapitre qui suit vise à rassembler les principaux éléments du dossier et à ouvrir la voie à des recherches plus approfondies2.
Images d’Artémis dans son principal sanctuaire
2Je commencerai par faire le point sur les représentations de la déesse dans son principal lieu de culte, situé au cœur du sanctuaire qu’elle partage avec son frère Apollon. Les informations dont on dispose sur la statue de culte sont très limitées : d’après une source tardive, elle aurait été l’œuvre, comme l’Apollon Délien, des sculpteurs Tektaios et Angélion3. La mention, dans un inventaire de l’Artémision (en 201), d’un « collier en or suspendu près du trône », semble indiquer qu’Artémis était figurée assise4. Si c’est le cas, aucune œuvre trouvée à Délos ne reproduirait cette statue de culte de la déesse5.
3Pour ce qui concerne les offrandes dédiées dans le sanctuaire, l’ancienneté des fouilles effectuées à un endroit déjà sévèrement détruit empêche de connaître avec précision le contexte des découvertes, et l’on se heurte d’autre part au problème d’interprétation posé par le dépôt mis au jour dans une fosse à l’emplacement de l’Artémision, qui contenait des objets d’époque mycénienne et géométrique6. Parmi les terres cuites les plus anciennes qui proviennent de cette zone7, il faut noter la présence d’une figurine féminine aux bras levés8 (Fig. 1), caractéristique des offrandes votives d’époque géométrique, surtout en Crète et à Chypre9. On ne saurait affirmer qu’il s’agit d’une représentation d’Artémis10, mais un objet de ce type atteste l’existence d’un culte féminin à cet endroit au cours de l’époque géométrique11.
Fig. 1 : Figurine de l’Artémision, musée de Délos, inv. A 335 (EFA).

Époque archaïque
4Le cas de la grande statue offerte par la Naxienne Nikandrè, une des sculptures les plus importantes du haut-archaïsme, est bien différent (Fig. 2). Maintes fois décrite et commentée, elle est maintenant publiée en détail dans le premier volume du catalogue des sculptures du Musée National d’Athènes12.
Fig. 2 : La statue offerte par Nikandrè, Athènes, Mus. Nat., inv. 1 (EFA, Ph. Collet).

Fig. 3 : Restitution de la statue offerte par Nikandrè (d’après Kokkorou-Alevras 2014).

5L’interprétation du personnage a donné lieu à différentes hypothèses13, en particulier à cause des trous creusés dans chaque main — la gauche entièrement percée, l’autre à moitié seulement —, mais celle que propose G. Kokkorou-Alevras paraît s’imposer14 : la femme devait tenir dans la main gauche un arc et dans la droite une flèche15, ce qui la caractérisait clairement comme une Artémis, destinataire de la dédicace (gravée sur la partie gauche du vêtement) à h(ε)ϰηβόλοι ἰοχεαίρηι, « l’Archère dont les traits portent au loin »16. La restitution publiée dans le catalogue (Fig. 3) fait de cette œuvre un unicum dans le groupe des korès archaïques en marbre17, mais elle s’accorde avec les principes de représentation d’Artémis au viie s.
6On pense en premier lieu à une grande amphore parienne du Musée National d’Athènes, antérieure d’une trentaine d’années, qui montre la déesse maîtrisant un grand cervidé de la main droite et tenant une flèche dans l’autre ; un carquois dans lequel est placé un arc est accroché dans son dos, et elle porte au-dessus du front une parure rectangulaire18. Le fait que, sur ce vase, Artémis accueille son frère Apollon monté sur un char et accompagné de personnages féminins dans lesquels on a généralement reconnu les Vierges hyperboréennes indique qu’il s’agit ici de la déesse de Délos, définie par le cerf qu’elle tient comme chasseresse et, plus précisément, comme élaphèbolos, « tueuse de cerfs », une épithète qu’elle porte dans le deuxième Hymne homérique à Artémis (v. 2) et qui, comme on le verra, s’applique à des représentations déliennes plus récentes de la déesse19. Toutefois, d’après Callimaque, Artémis chasse dans l’île avant tout des chèvres, dont les cornes servent à édifier le monument délien le plus vénérable, le Kératôn, l’« Autel de cornes »20. On note, d’autre part, qu’un fragment d’amphore naxienne trouvé dans l’Artémision montre un personnage féminin coiffé d’un polos, qui pose la main sur la tête d’un lion (Fig. 4)21 : il est vraisemblable que, sur ce vase offert dans son sanctuaire, Artémis était figurée elle-même en « maîtresse des fauves22 ».
Fig. 4 : Détail d’une amphore naxienne fragmentaire trouvée dans l’Artémision, musée de Mykonos, inv. B 4.219 (EFA, C. Durvye).

7Au vie s., la déesse est encore couramment représentée selon le schéma que l’on peut restituer pour l’offrande de Nikandrè, tenant un arc dans la main gauche et — semble-t-il — une flèche dans la main droite, sans carquois. C’est le cas sur la métope de Sélinonte qui montre Létô entourée d’Apollon lyricine et d’Artémis dont la main droite, fermée et légèrement avancée, tenait probablement une flèche uniquement peinte23, ainsi que sur une plaque gravée trouvée à l’Asclépieion de Paros24, sur un relief également originaire de Paros25 et sur une statuette en bronze plus récente qui porte une dédicace à Artémis Daidaleia26. De même, la célèbre « korè au péplos » de l’Acropole d’Athènes pouvait, selon la restitution proposée par V. Brinkmann27, figurer Artémis dans une attitude statique, « à l’ancienne », tenant un arc dans sa main gauche tendue et deux flèches dans la main droite fermée contre la cuisse, sans carquois dans le dos. Sur un lécythe à figures noires attribué au Peintre d’Amasis, sans doute un peu plus récent28, Apollon et Artémis sont figurés face à face, de part et d’autre d’un palmier évocateur du contexte délien : la déesse, qui porte cette fois un carquois, tend un arc dans sa main droite et tient une grande flèche dans sa main gauche ; elle est vêtue d’un péplos proche de celui de la korè de l’Acropole et porte sur les épaules une sorte de châle qui pourrait rappeler ceux de l’époque « dédalique ».
8La grande statue offerte par Nikandrè est la seule, parmi les korès trouvées dans le secteur de l’Artémision, que l’on puisse interpréter comme une représentation d’Artémis, et c’est à l’extérieur du sanctuaire d’Apollon que se dressait vers la fin du vie s., dans le groupe de statues de « l’agora des dieux », une autre image de la déesse, reconnaissable à la peau de fauve posée sur ses épaules (Fig. 5)29 : J. Marcadé a montré que ce type iconographique rare trouvait sa meilleure illustration sur une amphore attique « bilingue » dont la face à figures rouges est attribuée à Psiax (vers 520-510)30 et sur le médaillon d’une coupe du début du ve s. mise au jour sur l’Acropole, dont le décor en relief était doré31. L’origine attique de cette statue et de l’ensemble du groupe est très vraisemblable32.
9De façon étonnante, aucune image d’Artémis postérieure à l’époque archaïque ne semble avoir été mise au jour dans le principal sanctuaire délien de la déesse. Toutefois, les fragments de deux jambes chaussées de bottines souples33, trouvés « dans la région nord du Hiéron34 », appartenaient à une statue hellénistique de grande taille figurant probablement Artémis en chasseresse court vêtue (Fig. 6)35.
Fig. 5 : Torse d’Artémis, de « l’agora des dieux », musée de Délos, inv. A 4077.

Fig. 6 : Pied chaussé d’une bottine, musée de Délos, inv. A 360 (EFA, Ph. Collet).

Époque classique
10Dans une période qui a livré peu d’œuvres sculptées, quelques documents mis au jour dans la zone de l’Artémision peuvent, environ deux siècles après l’Artémis de Nikandrè, être rattachés à l’iconographie de la déesse. Il s’agit d’abord d’un petit buste qui, malgré des traits clairement archaïques, n’est sans doute pas antérieur à la fin du ve s.36 : son lieu de découverte, au nord de l’Oikos des Naxiens, donc à une distance relativement faible de l’Artémision, et la comparaison que l’on peut établir avec une statue d’Artémis Délienne trouvée à Paros — elle aussi archaïsante, mais dans un style caractéristique du ive s.37 — font penser qu’il s’agissait probablement d’une image de la déesse.
11Découvert en 1880 à l’intérieur du Grand temple d’Apollon (GD 13), un trapézophore fragmentaire montre au registre inférieur une femme assise et, sur le bandeau supérieur, un fauve terrassant un cervidé (Fig. 7)38. Il est presque certain que les deux images se rapportent à Artémis, figurée en bas dans un style typiquement attique de la fin du ve s.39 et évoquée plus haut sous la forme d’un fauve tuant un cerf40. Un fragment de relief votif plus récent (dernier quart du ive s.?), de style lui aussi attique, montre dans un cadre architectural le buste d’une figure féminine définie comme Artémis par le carquois visible au-dessus de l’épaule droite41 ; un autre personnage, probablement Apollon, devait figurer dans la partie gauche du relief. En l’absence d’inscription, il est difficile de dire si la stèle, trouvée relativement loin au sud-est de l’Artémision42, était dédiée à la déesse ou à son frère.
Fig. 7 : Trapézophore fragmentaire, musée de Délos, inv. A 3197-3198 (EFA, Ph. Collet).

12On ignore l’origine d’un autre relief de style attique, attribuable à la fin du ve s., qui montre une divinité féminine accoudée du bras droit sur un pilier et levant une torche dans la main gauche, face à une adorante de taille nettement plus réduite (Fig. 8)43. La comparaison avec un relief conservé à New York44, de style attique mais de provenance inconnue, est instructive : la déesse, qui tient également de la main gauche une torche tronquée (la partie supérieure devait être peinte sur le fond du relief), est face à deux femmes, l’une assise dans une attitude de fatigue ou de souffrance, l’autre debout portant un bébé. La déesse du relief délien est donc probablement, elle aussi, la protectrice des femmes en couches, fonction qui s’accorde ailleurs avec les épiclèses d’Artémis Lochia ou Artémis Hécate, dont le rôle de protectrice des femmes en couches est souligné à Athènes, avant le milieu du ve s., dans les Suppliantes d’Eschyle (v. 676-677). Cependant, dans la mesure où presque toutes les sculptures classiques de Délos proviennent du Hiéron, le relief pourrait également représenter Eileithyie ou Artémis-Eileithyie : l’Eileithyiaion se trouvait en effet probablement dans ce secteur, à peu de distance de l’Artémision45.
Fig. 8 : Relief votif, musée de Délos, inv. A 3193 (EFA, Ph. Collet).

La statue de culte d’Artémis « dans l’Île »
13Aucune source ne permet de savoir quand avait été érigée la statue de culte du deuxième grand sanctuaire d’Artémis à Délos, celui d’Artémis « dans l’Île » (ἐν Νήσωι) — probablement situé à Rhénée, sur la colline de Khomasovouni46. Les inventaires donnent à son sujet de précieuses indications47 : réalisée en bronze doré, elle avait été nettoyée ou « embellie » vers le milieu du iiie s.48, était coiffée d’une couronne d’or décorée de Nikès en bois d’orme, portait un carquois doré49 et était accompagnée d’un chien50. On a supposé qu’elle tenait une torche dans chaque main, comme deux statuettes offertes à la déesse qui sont décrites dans le même inventaire51. Cette hypothèse reste plausible, malgré les réticences de Ph. Bruneau pour qui la mention, à la ligne 42, des νίϰας ἃς ἔχει ἡ θεός indique que la statue tenait des Nikès dans une main ou dans les deux52. Rien n’indique en effet que le verbe ἔχει n’a pas ici, comme c’est le plus souvent le cas, le sens plus large de « porter »53 : ainsi, la chienne placée près de la même statue de la déesse « portait » une Nikè en or54. Je reviendrai sur cette image de l’Artémis dans l’Île à propos du relief dédié à Artémis Sôteira trouvé errant dans le Sanctuaire du bastion.
La période de l’Indépendance : le relief de la Fontaine Minoé
14Parmi les rares images d’Artémis qui datent de l’époque de l’Indépendance (314- 167)55 se détache celle qui figure sur une plaque en bronze (Fig. 9) mise au jour dans la Fontaine Minoé (GD 30)56 ; elle s’insère dans une stèle en marbre trouvée dans l’Agora des Déliens, mais qui, comme une stèle identique trouvée au même endroit, provenait très probablement du sanctuaire d’Agathè Tychè, situé au pied du Cynthe (GD 103)57.
Fig. 9 : Plaque en bronze trouvée dans la Fontaine Minoé, musée de Délos, inv. A 1719 (EFA, Ph. Collet).

15La déesse y est figurée dans son propre lieu de culte identifié par une petite statue, dressée en arrière-plan sur un pilier, qui représente une femme en vêtement long tenant une torche dans chaque main58. Debout devant l’autel, en chitôn court et chaussée de bottines, la tête — coiffée d’un polos bas — tournée vers le spectateur, Artémis tient dans chaque main une grande torche, celle de droite lui servant à allumer le feu avec l’aide d’un jeune Satyre ; à gauche, un autre Satyre apporte les instruments du culte. L’image est unique en son genre, en particulier à cause de la présence des deux jeunes Satyres, insolite dans le culte d’Artémis59 ; on a supposé, pour tenter de l’expliquer, que la stèle qui faisait pendant à celle-ci portait une scène dionysiaque et que les deux reliefs se rapportaient au culte d’un couple royal ptolémaïque, la déesse représentant la reine Arsinoé II60. Cette hypothèse reste séduisante, même si le sanctuaire d’Agathè Tychè n’était pas nécessairement situé à l’emplacement de l’ancien Philadelpheion61. Quoi qu’il en soit, on notera que les liens d’Artémis avec le monde dionysiaque sont attestés, entre autres62, par un fragment de statuette en terre cuite (Fig. 10) mis au jour au nord-ouest de la Maison du Dionysos (GD 120)63 : sans la présence du carquois, le bandeau décoré de feuilles de lierre et de vigne qui entoure sa tête aurait conduit à identifier le personnage comme un membre du cercle de Dionysos, ou comme le dieu lui-même64. Le relief de la Fontaine Minoé donne en tout cas deux versions de la déesse dadophore, attestées selon un schéma comparable sur une œnochoé attique à décor en relief datée du dernier quart du ive s., découverte à Capoue65 : mais, sur ce vase, le pilier figuré derrière le personnage qui s’avance vers un autel enflammé, une torche dans chaque main, est décoré des têtes de la triple Hécate. La déesse qui se tient devant l’autel, en vêtement long et sans aucune arme de chasseresse, serait-elle également Hécate ? Le fait qu’elle s’avance « en esquissant un pas de danse » (pour reprendre les mots d’H. Sarian) va toutefois dans le sens d’Artémis plutôt que de l’austère divinité nocturne et infernale66.
16Malgré les difficultés d’interprétation qui subsistent, le relief de la Fontaine Minoé est le plus ancien document conservé qui illustre — de façon tout à fait originale — l’association, à Délos, d’Artémis avec Dionysos et, probablement, avec Hécate.
Fig. 10 : Fragment de statuette en terre cuite, musée de Délos, inv. A 394 (EFA, A. Laumonier).

Fig. 11 : Relief archaïsant de la Maison du lac, musée de Délos, inv. A 9 (EFA, Ph. Collet).

L’iconographie de la déesse sous la deuxième domination athénienne
17L’importance de la torche dans l’iconographie délienne d’Artémis se confirme sous la deuxième domination athénienne (167-69), sur des supports et dans des contextes divers. On note que sur le relief archaïsant trouvé dans la Maison du lac (GD 64), la déesse, qui marche derrière Hermès, Athéna et Apollon, est principalement caractérisée par la grande torche qu’elle tient dans la main droite, alors que l’arc et le carquois sont discrètement figurés sur le fond de la plaque (Fig. 11)67.
Les empreintes de sceaux et une dédicace à Artémis Sôteira
18Pour cette période d’apogée, il faut d’abord prendre en compte les empreintes de sceaux découvertes dans la Maison des sceaux (GD 59D). Marie-Françoise Boussac a recensé 329 exemplaires portant une représentation d’Artémis, dont 207 sous la forme d’une tête ou d’un buste68. Le chiffre peut paraître important, mais il ne représente qu’une infime partie des empreintes trouvées dans la Maison des sceaux (près de 15000) et, surtout, il est nettement moins élevé que celui des images d’Apollon (680 numéros dans la publication)69, sans parler de celles qui se rapportent au cycle d’Éros70.
19Dans la plupart des cas, Artémis est définie comme chasseresse par le port d’un arc, d’une flèche ou d’un carquois71. Sur deux empreintes elle est figurée assise (Fig. 12)72, sur les autres elle est debout, parfois immobile, plus souvent en mouvement, avec une jambe simplement avancée ou dans l’attitude de la course ; dans les deux cas elle est fréquemment accompagnée d’un chien (Fig. 13). Le mouvement de la course entraîne parfois le dénudement du sein droit, comme pour les Amazones ou pour Aphrodite73. Sur une petite série d’empreintes la déesse, en vêtement long, tient un arc de son bras gauche plié et tire une flèche de son carquois (Fig. 14)74. C’est l’image — correspondant, dans la sculpture en ronde bosse, au type dit de Beyrouth-Venise75 — qui a été choisie pour le décor en relief d’un support de thymiatérion en marbre dédié à Sarapis, Isis et Anubis76, dont chaque côté représente un membre de la triade délienne (Fig. 15)77. Curieusement, c’est le seul document trouvé dans l’île qui montre ensemble Létô et ses enfants78, un décor sans rapport apparent avec les divinités auxquelles il était dédié.
Fig. 12 : Empreinte de sceau, musée de Délos, inv. 87/1352 (Boussac 1992, n° Aρ 15).

Fig. 13 : Empreinte de sceau, musée de Délos, inv. 74/4224 Bb (Boussac 1992, n° Aρ 36).

Fig. 14 : Empreinte de sceau, musée de Délos, inv. 74/7448 a (Boussac 1992, n° Aρ 46). (EFA, Ph. Collet).

Fig. 15 : Support de thymiatérion ou de candélabre, Marseille, Musée d’Archéologie Méditerranéenne, inv. 1585 (d’après Hermary 2018).

20Les représentations de la déesse en action, munie de ses armes de chasse ordinaires et accompagnée d’un chien, s’inscrivent dans une tradition vieille de plusieurs siècles, à Délos et ailleurs en Grèce, mais le fait que, dans sa course, elle brandisse le plus souvent une ou deux torches constitue une variante qui pose parfois un problème d’interprétation. Dans la sculpture en ronde bosse il est le plus souvent impossible, en raison de l’état de conservation des œuvres, de savoir si la déesse figurée en mouvement tenait un arc, une torche ou un autre objet79 ; il est toutefois certain qu’une statuette trouvée en plusieurs fragments dans la Maison de l’Hermès tenait une torche dans la main droite80. Sur les empreintes de sceaux, le groupe le plus important montre la déesse court-vêtue81, accompagnée ou non d’un chien et souvent sans carquois, tenant obliquement une torche des deux mains (Fig. 16)82.
Fig. 16 : Empreinte de sceau, musée de Délos, inv. 74/7444 Aa (Boussac 1992, n° Aρ 72 ; EFA, Ph. Collet).

Fig. 17 : Relief dédié à Artémis Sôteira, musée de Délos, inv. A 3236 (EFA, Ph. Collet).

21On ne connaît pas à Délos, sur d’autres supports, de représentations exactement comparables à cette série d’empreintes, mais un relief trouvé errant dans le Sanctuaire du bastion (GD 72)83, dédié à Artémis Sôteira par le Romain Spurius Stertinius (« Sporios Stertinios »), apporte au dossier un témoignage important (Fig. 17)84. La déesse, présentée de face, en chitôn court et chaussée de bottines, coiffée d’une couronne en forme de polos bas85, avance la jambe gauche dans un mouvement de marche et tient dans chaque main une grande torche ; un chien est assis à côté d’elle. L’épithète « Salvatrice » qui lui est attribuée et le schéma de la représentation renvoient à une statue en bronze d’Artémis Sôteira consacrée (d’après Pausanias) par les Mégariens en mémoire d’un épisode de la deuxième guerre médique : grâce à l’intervention de la déesse, les soldats de Mardonios se seraient égarés de nuit dans la région et auraient lancé leurs flèches contre des rochers avant d’être anéantis le lendemain par les soldats mégariens86. Des monnaies d’époque impériale de Mégare (et de Pagai, où se trouvait un double de la statue) reproduisent l’image de cette œuvre figurant la déesse en train de courir, une torche dans chaque main, sans carquois ni chien87 ; d’après Pausanias, l’auteur en était Strongylion, actif dans le dernier quart du ve s.88. Le sculpteur du relief s’est probablement inspiré de cette œuvre en y ajoutant des éléments caractéristiques de la chasseresse89, et l’on pourrait penser que les empreintes de sceaux montrant la déesse en course, une grande torche dans les mains, se réfèrent aussi à l’Artémis Sôteira de Strongylion. Mais le thème iconographique est ancien et il n’y a pas de raison d’appliquer cette épithète à la déesse quand, sur des reliefs en terre cuite du début du ve s. trouvés dans l’Artémision de Brauron, elle est figurée courant en compagnie d’un chien, une torche dans la main droite tendue90. Les variantes sur le thème d’Artémis dadophore et chasseresse ont certainement été nombreuses depuis le ve s., date à laquelle Sophocle évoquait, dans les Trachiniennes (v. 213-214, t. 7), Artémis Ortygienne (c’est-à-dire de Délos ou de Rhénée) ἐλαφηβόλος et ἀμφίπυρος (« tenant une torche dans chaque main »)91. Lorsque, dans la peinture de vase attique de la première moitié du ve s., la déesse dadophore est équipée d’un arc et d’un carquois, l’identification avec Artémis s’impose92, mais quand le personnage tient seulement des torches, il est normal d’hésiter entre Artémis et Hécate93. L’ambiguïté est parfois la même pour des reliefs votifs montrant une déesse de face, en vêtement long, portant une torche dans chaque main : quand elle est dotée d’un carquois il s’agit certainement d’Artémis94, mais la présence d’un chien ne lève pas l’incertitude95. Un relief de Mégare daté des années 330-320, qui provient peut-être du sanctuaire d’Artémis Sôteira déjà mentionné, présente un cas particulier : la déesse, vêtue d’un chitôn long, le carquois accroché dans le dos et une torche dans chaque main, poursuit avec son chien un petit cervidé qui gravit une colline abrupte96. On pense alors, comme pour un relief plus récent97, à une chasse nocturne de la déesse, à laquelle doivent faire allusion d’autres images d’Artémis en mouvement, tenant une ou deux torches, comme le groupe en ronde bosse trouvé dans le Quartier du théâtre (voir ci-dessous).
22Il est possible qu’Artémis Sôteira soit également figurée sur un relief découvert à l’étage de la Maison des sceaux, donc dans le cadre d’un culte domestique (Fig. 18)98 : debout près d’un autel surmonté d’une flamme, la déesse accueille deux personnages masculins accompagnés d’un serviteur qui conduit un cochon au sacrifice99 ; vêtue d’un chitôn court et accostée d’un chien, elle tient une grande torche du bras droit et pose la main gauche sur sa hanche. Les traits communs avec le relief du Sanctuaire du bastion (torche et chien) et le fait que, dans la même pièce, ait été trouvé un thymiatérion dédié à Zeus Pasios (Ktésios), Poseidon Asphaleios, Apollon Prostatès, Héraclès et Hélios100 — donc des dieux majoritairement choisis pour leur fonction protectrice — incitent à aller dans le sens de cette interprétation, même si on ne peut pas exclure une identification avec Hécate.
Fig. 18 : Relief de la Maison des sceaux, musée de Délos, inv. A 7724 (EFA, Ph. Collet).

Les reliefs du sanctuaire du Cynthe
23C’est une Artémis dadophore assez différente qui est figurée sur une série de reliefs votifs — presque tous en très mauvais état de conservation — mis au jour dans un sanctuaire (GD 108) situé sur le flanc oriental du Cynthe101. On considère généralement que ce petit lieu de culte était consacré à Artémis Lochia102, protectrice des femmes en couches, mais cette identification — qui repose, en plus de l’interprétation des reliefs, sur un passage d’Iphigénie en Tauride d’Euripide (v. 1097-1098, t. 10) — n’est pas assurée103.
Fig. 19 : Relief du sanctuaire du Cynthe, musée de Délos, inv. A 3155.

Fig. 20 : Relief du sanctuaire du Cynthe, musée de Délos, inv. A 3153 (EFA, E. Miari).

24On a voulu voir les restes d’une dédicace à Artémis sur un relief très fragmentaire (A 3155) montrant la déesse tirant une flèche de son carquois (Fig. 19), mais, sur les trois lettres qui ont été signalées sur le bandeau supérieur (ΑΡΤ…?), seul l’alpha est visible104. L’œuvre la mieux conservée (A 3153) montre la déesse debout près d’un autel, en vêtement long, tenant de la main droite une longue torche, qui accueille une famille (les deux parents et trois enfants) et un serviteur qui conduit une chèvre au sacrifice (Fig. 20)105. Le schéma est bien connu106 et la présence de trois jeunes enfants à côté du couple va dans le sens d’une Artémis courotrophe, sans qu’il y ait cependant une référence à un accouchement récent, comme sur un relief conservé à Lamia sur lequel Artémis dadophore accueille un sacrifice offert par deux femmes dont l’une (probablement la nourrice) tend un bébé vers la déesse107.
Fig. 21 : Relief du sanctuaire du Cynthe, musée de Délos, inv. A 3154.

Fig. 22 : Relief du sanctuaire du Cynthe, musée de Délos, inv. A 3158+A 3161 (EFA, E. Miari).

25Une autre scène de sacrifice est figurée sur un relief mal conservé (A 3154, Fig. 21)108 : Artémis, à droite de l’autel, est cette fois en vêtement court, ce qui la distingue d’Hécate ou d’Eileithyie. La femme qui se tient à gauche de l’autel, devant le serviteur qui tire une chèvre, lève la main droite en signe d’adoration ; l’arrondi de son profil a fait penser qu’elle était enceinte109, ce que l’on ne saurait exclure, bien que l’on manque de comparaisons pour ce type de représentation110. L’iconographie est particulièrement originale sur deux reliefs fragmentaires, à la surface érodée. Sur l’un (A 3158+A 3161, Fig. 22)111 on voit la déesse levant une torche à l’intérieur de son sanctuaire symbolisé par un autel et la façade du temple, près de laquelle se dresse un grand « tronc » dont le couronnement s’évase en triangle : il s’agit probablement de l’image schématisée d’un grand palmier112. Sur l’autre relief (A 3157, Fig. 23)113 le personnage féminin qui, penché vers l’avant et regardant vers le bas, s’appuie du bras gauche sur le même type de tronc (dont le sommet est cassé) tient du bras droit une grande torche posée en partie sur son épaule, qui inciterait à l’identifier comme Artémis elle-même, malgré l’étrangeté de la représentation. S’il s’agit, ici encore, d’un palmier, il constitue probablement une allusion à l’arbre sacré près duquel Létô avait accouché d’Apollon, après de longs jours d’attente114 : de ce fait, une identification du personnage avec Létô n’est pas exclue, bien que la déesse ne soit normalement pas figurée tenant une torche.
Fig. 23 : Relief du sanctuaire du Cynthe, musée de Délos, inv. A 3157 (EFA, C. Durvye).

26Même si ces reliefs se rapportent incontestablement au culte d’Artémis et si le rôle de la déesse dans la croissance des enfants et, peut-être, la protection des femmes en couches paraît être mis en évidence, l’absence d’inscription — rare dans un sanctuaire délien — empêche de lui attribuer une épiclèse précise, Lochia ou autre.
Artémis et Hécate
27Comme on l’a vu, Artémis est proche d’Hécate dans son sanctuaire « de l’Île » et, dans bien des cas, on ne saurait faire la distinction entre les images des deux déesses. L’ambiguïté s’étend même à des représentations dont le sens paraît clair. Ainsi, on constate que certaines images de la triple Hécate étaient associées à une dédicace à Artémis. C’est le cas de trois petites bases destinées à porter un hermès triangulaire décoré des trois visages de la déesse115 ; de même, à l’époque impériale, un groupe de la triple Hécate figurée en pied, provenant d’Épidaure, est dédié à Artémis Hécate Épèkoos116, et sur une inscription métrique trouvée en Espagne la déesse est appelée Delia Virgo Triformis, un unicum semble-t-il117. Il faut aussi noter que les empreintes de sceaux déliennes font connaître une petite série d’images dont l’identification est assurée grâce à l’inscription « de l’auguste Hécate » gravée sur un exemplaire118 : la déesse est figurée de face, en vêtement long, tenant une torche dans la main gauche et faisant une libation de l’autre ; au-dessus de sa tête un croissant lunaire souligne sa nature nocturne119.
Statues d’Artémis dans l’habitat
28Parallèlement à l’importante documentation fournie par les reliefs et les empreintes de sceaux, la sculpture en ronde bosse découverte en contexte d’habitat témoigne parfois d’une iconographie originale.
29Un groupe en marbre mis au jour dans une maison du Quartier du théâtre montre la déesse maintenant au sol de son genou gauche un cervidé qu’elle s’apprête à frapper d’une arme (disparue) brandie dans sa main droite levée (Fig. 24)120 : si l’on se reporte aux représentations plus anciennes de ce motif121, c’est probablement avec sa torche qu’Artémis frappait l’animal ; on rejoint le thème de la chasse nocturne évoqué plus haut (p. 155). Sans doute placé là dans un deuxième temps, bien après sa réalisation122, ce groupe se dressait sur une base située au fond du couloir d’accès à la maison, bien en vue depuis le seuil, dans le but d’obtenir un véritable effet « scénographique »123.
Fig. 24 : Artémis élaphèbolos, musée de Délos, inv. A 449 (EFA, Ph. Collet).

30Deux statues mises au jour dans la « Maison aux cinq statues », en contrebas du théâtre, peuvent être identifiées comme des représentations d’Artémis. Pour l’une d’entre elles (A 4126, Fig. 25)124, en l’absence des mains, c’est la présence d’un baudrier — curieusement accroché sur l’épaule gauche — qui permet de reconnaître la déesse dans la jeune femme en appui sur la jambe droite, vêtue d’un péplos. L’autre (A 4128, Fig. 26)125 serait une figure féminine banale si une nébride n’était pas posée sur son torse, au-dessus du vêtement : la comparaison avec une statuette de Délos — qui porte cependant un vêtement court — rend l’identification avec Artémis très vraisemblable126. On a supposé que cette statue formait un groupe avec celle d’Apollon foulant les boucliers galates127 et que les cinq statues mises au jour dans la maison provenaient en fait de la Maison du Dionysos (GD 120), où a été trouvée la tête-portrait d’un personnage masculin dont le corps a été également mis au jour dans la Maison aux cinq statues (qu’il faudrait donc rebaptiser « Maison aux six statues »)128. Je me contente de noter ici que l’Artémis A 4126 fait partie — comme la statue-portrait, l’Apollon aux boucliers galates, une « Muse » trouvée aussi dans la Maison aux cinq statues et une Cybèle trônant mise au jour dans la Maison du Dionysos — d’un petit groupe d’œuvres réalisées dans une technique composite qui consiste à associer des marbres de couleur différente pour les parties nues du corps (marbre blanc) et les parties drapées (marbre plus sombre) : cette technique, rare à Délos et attestée à Cos129, indique que l’on a affaire à un groupe d’œuvres homogène.
31Une statue mise au jour dans la Maison du Diadumène (GD 61), conservée au Musée National d’Athènes (MN 1829), sort elle aussi du cadre des représentations traditionnelles de la déesse (Fig. 27)130 : le baudrier et les trous de fixation à l’emplacement du carquois imposent une identification comme Artémis, dont rend compte également le mouvement de marche du personnage. Le rapprochement que l’on peut faire avec le type de l’Artémis Colonna ne tient sans doute qu’à l’allure générale d’une œuvre dont le style a été jugé sévèrement par J. Marcadé131. La statue s’inspire librement de modèles classiques132 sans l’intention de les copier fidèlement, contrairement au Diadumène qui a donné son nom à la maison, une des meilleures répliques de l’original de Polyclète, en tout cas la plus ancienne connue en taille réelle133. Comme pour les œuvres mises au jour dans la Maison aux cinq statues, on peut s’interroger sur le contexte originel des sculptures trouvées dans la Maison du Diadumène.
Fig. 25 : Statue d’Artémis, musée de Délos, inv. A 4126.

Fig. 26 : Statue d’Artémis, musée de Délos, inv. A 4128.

Fig. 27 : Artémis de la Maison du Diadumène, Athènes, Mus. Nat., inv. 1829 (EFA, Ph. Collet).

32Les représentations déliennes d’Artémis constituent — en particulier, comme il est normal, pour la période de la seconde domination athénienne — un ensemble important en nombre et d’une intéressante diversité, mais qui reste relativement modeste par rapport à d’autres groupes d’images divines. La question des empreintes de sceaux a été évoquée ci-dessus et il faut également prendre en compte la quasi-absence d’images d’Artémis dans l’ensemble des figurines en terre cuite trouvées à Délos134 et leur rareté — quelques exemplaires seulement — parmi les statuettes en marbre inachevées fabriquées en série aux alentours du sanctuaire d’Apollon, destinées à la clientèle locale ou aux pèlerins de passage135 : dans ce lot, les représentations d’Aphrodite se comptent au contraire par dizaines136. Malgré l’originalité d’un certain nombre d’œuvres, la caractéristique principale de l’iconographie délienne d’Artémis reste le port d’une ou deux torches : quand la déesse Phôsphoros est dotée des attributs de la chasseresse ou vêtue d’un chitôn court, le nom d’Artémis peut certainement lui être appliqué, mais en l’absence de ces attributs et lorsqu’elle porte un vêtement long, l’ambiguïté est constante.
33Pour tenter de mieux déterminer les particularités de ce corpus iconographique délien, il conviendrait de le confronter à celui d’autres sanctuaires de la déesse dans le monde grec, mais aussi à celui de la Diane romaine137.
Notes de bas de page
1Principalement Marcadé 1969, p. 210-224 ; Bruneau 1970, p. 171-206 ; LIMC II, s.v. Artemis, passim (Kahil) ; Boussac 1992, p. 125-165. La plupart des œuvres commentées ici sont reproduites dans Hadjidakis 2003, p. 170-179.
2On trouve, dans Hadjidakis 2003, p. 37, un tableau des images de divinités attestées à Délos aux iie-ier s. Pour ce qui concerne Artémis, il donne le chiffre de 66 représentations (43 statuettes, 9 statues, 11 reliefs, 3 figurines) ; il s’agit d’une indication approximative, l’interprétation de certaines œuvres étant hypothétique.
3Athénagore, Supplique au sujet des Chrétiens, 17, 4. Voir Durvye, p. 52, t. 55 ; Moretti, p. 69.
4Sur ce collier, voir Prêtre 2012, p. 178-179. Dans plusieurs inventaires, l’expression πρὸς τῶι θρóνωι est remplacée par πρὸς τῶι ϰλισμῶι : voir les commentaires de Marcadé 1969, p. 210-211, et Durvye, Moretti, p. 125, n. 52.
5Sauf peut-être un relief très érodé, de provenance incertaine, montrant un personnage assis sur trône, portant un vêtement long, de sexe plutôt féminin : Marcadé 1973a, p. 339-340, fig. 13.
6Voir Moretti, p. 67-69.
7Répertoriées par Laumonier 1956, p. 13.
8Laumonier 1956, p. 44-45 n° 21, pl. 2 (inv. A 335 ; ht. 10 cm) : elle a été trouvée en 1878 « du côté est de l’Artémision ».
9Voir, entre autres, Marinatos 2000, p. 110-129, Prent 2009 et, pour Chypre, Karageorghis 1977.
10Toutefois, c’est bien ce geste que fait la divinité enlacée par deux petits personnages et flanquée de deux lions qui est figurée sur deux amphores à reliefs du viie s. : il est tout à fait possible qu’il s’agisse d’Artémis (Simantoni-Bournia 2017, et voir ci-dessous).
11Il est difficile de proposer une date précise pour cette figurine, différente de celles que l’on trouve dans des ensembles mieux déterminés, comme à l’Héraion de Samos.
12Richter 1968, p. 26 n° 1, fig. 25-27 ; LIMC II, s.v. Artemis, p. 631 n° 83, pl. 448 (Kahil) ; Marcadé 1987 ; SD, p. 14-15 n° 1 (Jockey) ; Kokkorou-Alevras 2014, avec 106 références bibliographiques (plus 16 pour l’inscription seule) ; ajouter Kokkorou-Alevras 2017, p. 26, fig. 4.4-5 (restitution du décor peint, sans celle des objets tenus dans les mains). Les dimensions, fluctuantes d’une publication à l’autre, sont maintenant établies : la statue mesure 1,80 m sans la plinthe (8 cm). La datation proposée, vers 630-610, est plus récente que celle qui était traditionnellement admise (mais voir déjà Croissant 2008, p. 311-316).
13Ainsi, pour Rolley 1994, p. 145, la statue « doit représenter la dédicante elle-même, Nicandrè », tandis que dans GD (2005, p. 86) elle est désignée comme une korè, mais, en raison des trous dans les mains, J. Ducat écrit que « la statue tenait peut-être deux fauves en laisse, comme le fait parfois Artémis à haute époque » ; noter aussi l’hypothèse neutre de Croissant 2008, p. 318 : « peut-être est-il en fin de compte aussi imprudent de parler de l’« Artémis de Nikandré » que de « Nikandré », et sans doute serions-nous plus proches de la mentalité antique en ne cherchant pas à voir dans cette statue autre chose qu’un agalma offert à la déesse ». Le titre de la dernière étude de Marcadé 1987 sur la statue, « La pèlerine de l’Artémis de Nikandré », va clairement dans le sens de l’interprétation divine.
14Voir déjà Hampe, Simon 1980, p. 276 : « Die linke Hand ist ganz, die rechte halb durchbohrt; sie trugen den Bogen und den Pfeil, die aus Metall gebildet waren. »
15Contrairement à ce qu’écrivent Hampe et Simon (note précédente), il faut plutôt supposer que ces objets étaient en bois, aucune trace métallique n’étant visible dans les trous.
16ID 2. L’épithète est homérique : cf. Durvye, p. 37.
17On pourrait se demander si les trous visibles dans les mains n’ont pas été forés dans un deuxième temps, pour faire de cette ancienne korè anonyme, dédiée à Artémis, une image de la déesse elle-même, porteuse d’un arc et d’une flèche. On note toutefois que, dans la plastique du viie s., les mains des personnages féminins qui ne tiennent pas d’objet ne sont pas figurées fermées, mais posées à plat sur la cuisse, avec de longs doigts bien dessinés : voir par exemple Rolley 1994, p. 126 fig. 105-106 (Gortyne), p. 139 fig. 118 (Dame d’Auxerre) et p. 151 fig. 135 (relief en os de Mégara Hyblaea).
18LIMC II, s.v. Artemis, p. 717 n° 1231, pl. 546 (Kahil) ; Walter-Karydi 2008, p. 28, fig. 10 ; détail (dessin) dans Richter 1968, pl. VI-d.
19On peut également, sur ce point, mentionner deux documents non déliens. Sur un grand stamnos originaire de Mégara Hyblaea, à peu près contemporain de l’amphore parienne, sont figurées deux potniai thérôn tenant un animal, une chèvre (?) pour celle de gauche, mal conservée, un cervidé pour celle de droite : malgré l’absence d’arc et de carquois, il est naturel, vu la nature de l’animal, de désigner cette dernière comme Artémis (ainsi Massa-Pairault 1999, p. 105-106, pl. II, 3, et Fischer-Hansen 2009, p. 217, fig. 5 ; sur ce vase, voir en dernier lieu Barbarin, Sourisseau 2016, p. 213-215, fig. 7-8).
20Bruneau, Fraisse 2002, avec, p. 61 n° 1, l’extrait de l’Hymne à Apollon de Callimaque, 60-61 : « Artémis chassait et apportait sans cesse les têtes des chèvres du Cynthe et Apollon réalisait les entrelacs d’un autel. » Cf. Durvye, p. 49, t. 18.
21Dugas 1935, p. 17 n° 2, pl. IX et LXX ; Coulié 2013, p. 238 fig. 237 (attribution à un atelier naxien, avec une date dans le 3e quart du viie s.).
22L’identification des personnages féminins traditionnellement désignés sous le nom de potnia thérôn reste un problème complexe, abondamment discuté. Pour ce qui concerne Artémis, voir LIMC II, s.v. Artemis, p. 624-628 nos 11-57, pl. 443-446 (Kahil), et, en dernier lieu, Simantoni-Bournia 2017, avec la bibliographie récente. Sur un lécythe à fond blanc offert dans l’Artémision de Brauron, la déesse est figurée ailée, à la manière ancienne, en train de tirer à l’arc : LIMC II, s.v. Artemis, p. 675 n° 707, pl. 502 (vers 500) (Kahil) ; Nielsen 2009, p. 84, fig. 1.
23Giuliani 1979, p. 58-62, pl. 14 (début du vie s.) ; LIMC II, s.v. Artemis, p. 708 n° 1126 (Kahil) (= LIMC II, s.v. Apollon, p. 263 n° 643, pl. 235 [Daumas]).
24Kourayos 2008, p. 102-103, fig. 36 ; Vikela 2015, p. 215 n° ApAr 1, pl. 46. La main droite, portée en avant comme la gauche, paraît bien tenir une flèche.
25Walter-Karydi 2008, p. 25, fig. 12 ; Vikela 2015, p. 215 n° ApAr 2, pl. 46. Il est possible que la main droite abaissée ait tenu une flèche.
26Richter 1968, p. 87 n° 144, fig. 456-459 ; LIMC II, s.v. Artemis, p. 630 n° 81, pl. 448 (Kahil) ; Brinkmann, Scholl 2005, p. 57 fig. 83 (vue de profil).
27Brinkmann, Scholl 2005, p. 57-60, fig. 85 (à g.) et 90-91 (avec une curieuse couronne de pointes rayonnantes).
28ABV, p. 154, 58 ; LIMC II, s.v. Artemis, p. 704 n° 1069, pl. 529 (Kahil) (vers 530-520) ; Bothmer 1985, p. 188-189 n° 49.
29LIMC II, s.v. Artemis, p. 651 n° 360, pl. 475 (Kahil) ; SD, p. 46-47 n° 15 ; Marcadé 2008, p. 264-266, fig. 8-9 (reprenant les conclusions d’un premier article publié en 1950).
30Marcadé 2008, p. 266, fig. 20 ; Cohen 2006, p. 11-12 n° 1.
31LIMC II, s.v. Artemis, p. 651 n° 358, pl. 475 (Kahil) ; Verbanck-Piérard 2008, p. 52, fig. 5. Artémis porte une pardalide sur des vases attiques à figures rouges plus récents, par exemple sur un cratère en cloche attribué au Peintre de Barclay (vers 450-440), où elle est figurée tirant à l’arc : ARV2, p. 1067, 2bis et p. 1681 ; LIMC II, s.v. Artemis, p. 735 n° 1439, pl. 563 (Kahil) ; CVA Basel 3, pl. 12, 1 et pl. 13, 2 (la scène a été interprétée comme le combat contre les Aloades).
32Sur un fragment de dinos attribué à Lydos, mis au jour sur l’Acropole (milieu du vie s.), Artémis, engagée dans une Gigantomachie, est vêtue de la léontè, à la manière d’Héraclès : ABV, p. 107, 1 et p. 684 ; Simon 1969, p. 174, fig. 157 ; LIMC II, s.v. Artemis, p. 725 n° 1327, pl. 554 (Kahil).
33Ce sont les ἐνδρομίδες mentionnées par Callimaque dans l’Hymne à Artémis, 16.
34L’expression est vague : s’il s’agit du secteur nord-est, ces fragments pouvaient appartenir à une statue de Dionysos à qui était consacré non loin de là un autel monumental (Moretti, Fincker 2008) ; sur un relief en calcaire (A 3189) trouvé à cet endroit, le dieu est en effet figuré dans une tenue « artémisiaque », avec chitôn court et bottines (SD, p. 182-183 [Jockey]).
35Jambe gauche A 360 (ht 37 cm) : Marcadé 1969, p. 217, pl. XXXIX ; Bourgeois, Jockey 2007, p. 170 fig. 3g. Un fragment du bas de la jambe droite est seulement mentionné. Il est difficile de proposer une date pour cette œuvre à l’intérieur de l’époque hellénistique. Ajoutons peut-être le torse A 4147, trouvé par Homolle dans les fouilles du sanctuaire en 1878 : Marcadé 1969, p. 220, pl. XXXVI.
36Inv. A 5304. Marcadé 1969, p. 211 ; Hermary 1984, p. 43-45 n° 23, pl. XXII, 1-4 ; LIMC II, s.v. Artemis, p. 632-633 n° 101, pl. 450 (Kahil) ; Hermary 2007, p. 491-492, fig. 6.
37Kleemann 1962 ; LIMC II, s.v. Artemis, p. 632 n° 100, pl. 450 (Kahil) ; Hermary 2007, p. 490-491, fig. 4.
38Inv. A 3197-A 3198. Homolle 1888, p. 315-318, pl. XIV (avant le raccord avec la partie supérieure, dû à G. Bakalakis) ; Hermary 1984, p. 45-48 n° 24, pl. XXII, 6-9 ; LIMC II, s.v. Artemis, p. 672 n° 681, pl. 500 (Kahil) ; SD, p. 70-71 n° 26 (Hermary).
39Comparer en particulier un relief de Berlin, mais la déesse est accompagnée d’un chien : Vikela 2015, p. 210 n° Ar 20, pl. 28 ; l’auteur note (p. 130) que les reliefs votifs figurant Artémis assise sur un support rocheux sont tous d’origine attique.
40Sur la relation étroite entre Artémis et les lions, voir Hermary 2020a ; sur deux lions de la fin de l’époque archaïque trouvés par Homolle dans la même zone que l’offrande de Nikandrè et plusieurs korès, Gabelmann 1965, p. 122 n° 148, pl. 29 ; Hermary 2020b.
41Homolle 1888, p. 138-139, pl. XIV, 2 ; Vikela 2015, p. 211 n° Ar 29bis, pl. 32 (d’après Homolle).
42Homolle 1888, p. 138 n. 3 écrit : « Ce bas-relief a été trouvé à l’angle N.E. d’un édifice situé entre le temple d’Apollon et le sanctuaire des Taureaux, et attenant au téménos de Dionysos, non loin d’une colonne ionique votive, dont l’emplacement est marqué sur le plan de M. Nénot (Archives de l’int. Sacrée à Délos, pl. I). » C’est donc des environs du Prytanée que provient la stèle.
43Inv. A 3193. Hermary 1984, p. 48-49 n° 25, pl. XXIII ; LIMC II, s.v. Artemis, p. 658 n° 456, pl. 482 (Kahil) ; LIMC III, s.v. Eileithyia, p. 694 n° 90 (Olmos) ; SD, p. 72-73 n° 27 (Hermary) ; Vikela 2015, p. 209 n° Ar 14, pl. 25.
44LIMC III, s.v. Eileithyia, p. 694 n° 89, pl. 540 ; Vikela 2015, p. 209-210 n° Ar 15, pl. 26.
45Bruneau 1970, p. 213-214.
46L’hypothèse est due à Marie-Thérèse Couilloud-Le Dinahet ; voir le commentaire de Moretti, p. 82-84.
47Bruneau 1970, p. 186-188.
48ID 290, 148 (année 246).
49Ibid., 149.
50ID 1417, B II, 68-69 (année 156/155) ; Prêtre 2002, p. 210 et 226 (traduction).
51ID 1417, B II, 57-58 et 67-68 ; Prêtre 2002, p. 210 et 226. Voir Marcadé 1969, p. 212-213, et Siebert 1966, p. 456.
52ID 1417, B II, 42 et le commentaire de Bruneau 1970, p. 187 : « Il est presque évident que la déesse les “tenait” dans sa ou ses mains, comme Apollon Délien portait les Charites dans sa main droite. »
53D’où la traduction de Prêtre 2002, p. 210 et 226 : « Nikès que porte la déesse, dont le poids […] ».
54ID 346, B, 7 ; Bruneau 1970, p. 187 : la Nikè aurait été « accrochée au cou de la chienne, à moins qu’elle ne fût debout sur le dos de l’animal ».
55Sur de petites monnaies en bronze émises alors par les Déliens figure parfois la tête d’Artémis et, au revers, un palmier (Chankowski, GD, p. 156 et fig. 38, 8 : il s’agit de « faibles dénominations, réservées à de petites transactions locales » ; Destrooper-Georgiades 2001, p. 149, fig. 2, n° 21 et p. 155).
56Marcadé 1969, p. 215, pl. XXXIX ; Bruneau 1970, p. 541-543, pl. IX, 1 ; LIMC II, s.v. Artemis, p. 699-700 n° 1027, pl. 525 (Kahil) ; Ridgway 1990, p. 319-320, pl. 158 ; Moreno 1994, p. 329-332, fig. 415 ; SD, p. 176-177 n° 78 ; Queyrel 2016, p. 320-321 et 375, fig. 380. Un décret du début du iie s., gravé dans un deuxième temps au bas de la stèle en marbre dans laquelle était encastrée la plaque, indique pour le relief une date à la fin du iiie s. au plus tard (vers 220-210 d’après Reinsberg 1980, p. 142-143).
57Bruneau 1970, p. 537-538 (à la suite de R. Vallois).
58Le fait qu’un seul bras soit visible de profil indique que la position de l’autre était la même.
59Il est impossible d’identifier le personnage devant l’autel comme Dionysos, une hypothèse qui, semble-t-il, a parfois été envisagée : Sturgeon 1977, p. 39 (« … the bronze plaque from the Philadelphion on Delos which has been interpreted as depicting Dionysos (rather than Artemis), accompagnied by satyrs »).
60C’est l’hypothèse défendue dans Moreno 1994.
61Bruneau 1970, p. 540-543.
62Voir Marcadé 1969, p. 190-191.
63Inv. A 394 : Laumonier 1956, p. 118 n° 300, pl. 30 ; Bourgeois, Jockey 2007, p. 190 fig. 15a-b.
64Br. Bourgeois et Ph. Jockey ont contesté l’interprétation d’A. Laumonier et identifié le personnage comme Apollon. Toutefois, le rapprochement avec Dionysos convient mieux à Artémis : voir ci-dessus à propos du relief de la Fontaine Minoé et Sarrazanas, p. 92.
65LIMC VII, s.v. Hekate, p. 993 n° 48, pl. 658 (Sarian).
66Sur un relief trouvé à Paros, le pilier qui figure en arrière-plan n’est pas « lisible », mais la déesse en vêtement long qui incline deux torches sur un autel est caractérisée comme Artémis par le carquois accroché dans son dos : Vikela 2015, p. 117 et 214 n° 53, pl. 40 (début de l’époque hellénistique). Sur un lécythe attique à figures rouges des années 470-460 Artémis (identifiée par le carquois accroché dans le champ) est déjà figurée courant vers un autel, une torche dans chaque main : LIMC II, s.v. Artemis, p. 655 n° 408, pl. 479 (Kahil).
67Marcadé 1969, p. 212 et 292-293, pl. LIV ; Zagdoun 1989, p. 96-97 et 235 n° 170, pl. 20, fig. 79 ; SD, p. 184-185 n° 82 (Jockey).
68Boussac 1992, p. 125-165, pl. 46-64. Pour les têtes et les bustes (ibid., p. 149-165, pl. 53-64), Artémis est identifiée par l’arc et le carquois accrochés sur l’épaule.
69Ibid., p. 19-106, pl. 3-38.
701263 numéros dans le premier volume de la publication (Stampolidis 1992).
71Dans deux cas, la déesse paraît tenir un (Aρ 61) ou deux (Aρ 62) épieux : Boussac 1992, p. 138-139, pl. 49.
72Boussac 1992, p. 131 nos Aρ 15 et Aρ 16, pl. 46 : il n’y a aucun caractère archaïsant qui pourrait évoquer la statue de culte de l’Artémision.
73Sept exemples répertoriés dans Boussac 1992, p. 126, deux autres comparables dans la sculpture en ronde bosse (voir ci-dessous, n. 79). Marcadé 1969, p. 224, a insisté sur les contaminations entre l’iconographie d’Artémis et celle d’Aphrodite. On ajoutera au dossier un petit ensemble de lampes à colonnettes sur lesquelles le personnage, en raison de la torche qu’elle tient et du chien qui l’accompagne, doit être interprété comme Artémis (ou Artémis-Hécate), mais la déesse pose la main droite sur son sein, un geste qui conviendrait mieux à Aphrodite : Bruneau 1965, p. 99-100 nos 4391-4399, pl. 25.
74Boussac 1992, p. 136 nos Aρ 44-52, pl. 48.
75LIMC II, s.v. Artemis, p. 836 nos 129-133, pl. 454-455 (Kahil). Comme sur le n° 133, l’Artémis du relief délien est en appui sur la jambe gauche.
76IG XI 4, 1264. L’œuvre faisait partie de la collection Choiseul-Gouffier, dont quelques pièces sont restées à Marseille ; nouvelle publication par Ph. Jockey, dans Hermary 2018, p. 117-118 n° 144.
77Marcadé 1969, p. 216 et 464, pl. XXXVII (pl. XXIX pour la face avec Apollon) ; LIMC II, s.v. Artemis, p. 708 n° 1131, pl. 536 (Kahil).
78Les figurations de la triade sur les reliefs votifs sont étudiées dans Vikela 2015, p. 141-150 et 217- 220 nos Tr 1-Tr 19.
79Marcadé 1969, p. 218, pl. XL (A 5182, A 5483, A 6003), et p. 220, pl. XLI (A 1735) ; p. 224, pl. XXXVIII (A 5482, trouvée sur l’Agora des Compétaliastes, et A 1850, avec le sein droit dévoilé).
80Marcadé 1969, p. 218, pl. XLI (A 5633).
81Sur un exemplaire elle porte un vêtement long : Boussac 1992, p. 144 n° Aρ 105, pl. 52.
82Boussac 1992, p. 141-144 nos 69-106, pl. 49-52, avec des comparaisons pour cette catégorie de petits objets (sceaux, bagues, monnaies, etc.).
83Le sanctuaire dans lequel il a été découvert a tantôt été attribué à Artémis Sôteira, en raison du relief, tantôt à Aphrodite : voir Bruneau 1970, p. 328-329, qui propose de laisser anonyme ce lieu de culte ; en dernier lieu Moretti, p. 77. Notons toutefois qu’un fragment appartenant très probablement à la statue de culte a été mis au jour dans la cella du temple : il se rapportait à un personnage féminin en vêtement long (voir la description dans Marcadé 1969, p. 228), ce qui pourrait convenir pour Artémis.
84ID 2379 ; Siebert 1966, p. 447, fig. 5 (inscription) et 455-456, fig. 6 ; Marcadé 1969, p. 214, pl. XL ; Bruneau 1970, p. 240 n° 4, pl. I, 6 ; LIMC II, s.v. Artemis, p. 655 n° 419, pl. 481 (Kahil) ; Vikela 2015, p. 214 n° Ar 58, pl. 41. Une autre dédicace à Artémis Sôteira, par le même personnage, figure sur une base trouvée dans une niche de la maison E de la « Rue de l’Est » (GD 82) : ID 2378.
85Ce type de couronne est rare sur les représentations d’Artémis à Délos, mais la déesse en porte une comparable sur le relief de la Fontaine Minoé (voir ci-dessus) et, comme on l’a vu, la statue de culte d’Artémis « dans l’Île » était coiffée à l’époque athénienne d’une couronne en bois doré décorée de dix Nikès.
86Pausanias, I, 40, 2-3 ; voir Muller 1981, p. 222-224.
87Muller 1981, p. 223 fig. 12a (Mégare) et b (Pagai).
88Kreikenbom 2004 fait remarquer que l’écart d’environ 60 ans entre la deuxième guerre médique et l’érection de la statue rend peu vraisemblable une référence à l’épisode de l’égarement des troupes de Mardonios. Quoi qu’il en soit, la statue de Strongylion devait être une des premières à montrer la déesse court-vêtue et chaussée de bottines ; dans la peinture de vase attique contemporaine (vers 420) sont attestés plusieurs exemples d’Artémis chasseresse vêtue d’un chitôn court sur lequel est posée une nébride, et chaussée de bottines : LIMC II, s.v. Artemis, p. 651 nos 353-356, pl. 474 (Kahil). Auparavant, la déesse chasseresse était figurée en vêtement long sur la céramique attique : LIMC II, s.v. Artemis, p. 639 nos 169-178, pl. 458-459 (Kahil). Vikela 2015, p. 129-130 cite les premiers exemples sur les reliefs votifs.
89Il est sans doute abusif de dire que le relief délien copie la statue de Strongylion, comme le fait Corso 2000, p. 134 : « Fortunately, a copy of Strongylion’s Artemis was made in high relief in Delos, dated to around 100 B.C. »
90LIMC II, s.v. Artemis, p. 658 n° 470, pl. 483 (Kahil) ; également les nos 471 et 472, pl. 484, plus fragmentaires.
91Mais quand Aristophane, dans Lysistrata (439-452), met en scène les femmes qui s’opposent au magistrat athénien, il les fait jurer par l’héroïne Pandrose, par la Tauropole (Artémis), par les deux déesses (Déméter et Coré) et par la Phôsphoros qui est très probablement Hécate.
92Elle est identifiée par une inscription sur un cratère en calice à figures rouges des années 440-430 (mise à mort d’Actéon) : ARV2, p. 1046, 11 (P. de Lycaon) ; LIMC II, s.v. Artemis, p. 732 n° 1401, pl. 562 (Kahil). Sur deux lécythes à figures rouges un peu plus anciens Artémis, en vêtement long, tient une torche dans la main droite, un arc et deux flèches dans la gauche : LIMC II, s.v. Artemis, p. 635 n° 409, pl. 480 (anc. collection Hirschmann, vers 460) (Kahil) ; Oakley 1997, p. 129 n° 113, pl. 73 A-B (P. d’Achille, vers 450-445).
93Ainsi, par exemple, sur un lécythe attique à figures rouges conservé à Saint-Pétersbourg qui, comme plusieurs autres documents, est répertorié deux fois dans le LIMC : II, s.v. Artemis, p. 658 n° 454, pl. 482 (Kahil) et VII, s.v. Hekate, p. 995 n° 73 (Sarian). Coré ou Perséphone, autre divinité Phôsphoros, est normalement figurée avec sa mère ou dans un contexte clairement éleusinien.
94Comme sur un relief de Thespies (Vikela 2015, p. 214 n° Ar 56, pl. 41 ; probablement première moitié du iiie s.).
95Ainsi, pour un relief de la région de Cyzique, on hésite entre Artémis et Hécate (LIMC II, s.v. Artemis, p. 660 n° 606, pl. 486 [Kahil] ; LIMC VII, 1, s.v. Hekate, p. 995 n° 66 [Sarian] ; Hamiaux 1998, p. 182 n° 202 ; Pasquier, Martinez 2007, p. 315-317 n° 75 [gauche et droite sont inversées sur l’image] ; Vikela 2015, p. 214 n° Ar 54, pl. 40). Enfin, sur un relief fragmentaire qui provient probablement du Pirée, la déesse, debout près d’un autel, ne porte pas de carquois et n’est pas accostée d’un chien : on peut dans ce cas penser à Artémis, à Hécate ou à Coré-Perséphone, elle aussi Phôsphoros : LIMC VIII, s.v. Persephone, p. 958 n° 22, pl. 642 (Güntner) ; Vikela 2015, p. 93- 94 et 221 n° Ar 25, pl. 31 (Artémis).
96LIMC II, s.v. Artemis, p. 655 n° 417, pl. 480 (Kahil) ; Vikela 2015, p. 211 n° Ar 26, pl. 31.
97Trouvé dans la région de Thessalonique et daté de la 2e moitié du ier s., il montre Artémis, en course à côté d’un petit cervidé, une torche dans la main droite, qui est assimilée à Séléné par le croissant de lune qui entoure sa tête : LIMC II, s.v. Artemis, p. 689 n° 900 (Kahil) ; Despinis, Stefanidou-Tiveriou, Voutiras 1997, p. 97-98 n° 70, fig. 152 (Voutiras) ; Vikela 2015, p. 213 n° Ar 50, pl. 40.
98Siebert 1988, p. 763-765, fig. 33 et 36 ; Siebert 2004, p. 162, fig. 1 ; Hermary et al. 2004, p. 76 n° 76, pl. 16 ; Vikela 2015, p. 213 n° Ar 47, pl. 39.
99Cet animal ne semble pas avoir été fréquemment sacrifié à Artémis : Hermary et al. 2004, p. 71-76.
100Siebert 1988, p. 763-765, fig. 34-35, avec la correction apportée par Sève 1989, p. 384 n° 164 : Halios n’est pas une épiclèse d’Héraclès, mais le nom d’Hélios sous sa forme rhodienne.
101Les données dont on dispose sur ce sanctuaire, fouillé par A. Plassart, sont analysées dans ce volume par Moretti, p. 78-81. Sur les reliefs, voir principalement Demangel 1922 et Bruneau 1970, p. 191-194.
102GD, p. 288.
103Voir les analyses de Moretti, p. 78, et Durvye, t. 10, p. 43 et 48.
104Demangel 1922, p. 79-81, fig. 13 ; Plassart 1928, p. 302-303, fig. 249 ; Bruneau 1970, p. 191 n° 3 ; Vikela 2015, p. 213 n° Ar 45, pl. 38. L’élément en saillie visible devant la déesse pourrait-il être la tête d’un animal ? La forme du relief rappelle des exemplaires attiques du début de l’époque hellénistique, mais elle est reprise à la fin de la période, comme pour le relief de la Maison des sceaux mentionné précédemment.
105Demangel 1922, p. 72-75, pl. XI ; Plassart 1928, p. 299-300, fig. 247 ; Bruneau 1970, p. 191 n° 1, pl. I, 4 ; Siebert 1988, p. 765, fig. 37 ; Hermary et al. 2004, p. 75 n° 75 ; Vikela 2015, p. 213 n° Ar 41, pl. 37. La date haute qui a été proposée pour ce relief (fin du ive ou début du iiie s.) est très incertaine : voir Marcadé 1969, p. 452 n. 2.
106Nombreux exemples sur les reliefs votifs : Vikela 2015, pl. 24 (n° Ar 11, Brauron), pl. 30 (n° Ar 23, Brauron, et n° Ar 24, sanctuaire d’Artémis Kallistè et Aristè dans le secteur du Céramique), pl. 33 (n° Ar 31, Brauron), pl. 34 (n° Ar n° 33) et pl. 35 (n° Ar 36, Brauron).
107Vikela 2015, p. 212 n° Ar 39, pl. 36, avec la bibliographie.
108Demangel 1922, p. 78-79, fig. 11-12 (« Relief de la jeune mariée ») ; Plassart 1928, p. 300-302, fig. 248 ; Bruneau 1970, p. 191 n° 2 ; Vikela 2015, p. 213 n° Ar 44, pl. 38.
109Demangel 1922, p. 78, a imaginé le scénario suivant : « elle est venue, à l’insu de son mari, prier en secret la déesse de lui donner une heureuse délivrance » ; cf. Plassart 1928, p. 301 : « … la taille épaisse qui annonce une maternité prochaine. »
110Pour les reliefs votifs ; en revanche quelques figurines en terre cuite montrant incontestablement une femme enceinte proviennent de sanctuaires d’Artémis : à Thasos, voir Huysecom-Haxhi, Papaikonomou, Papadopoulos 2012, p. 352, fig. 11-12 ; à Calydon, F. poulsen, dans Dyggve 1948, p. 347-348, fig. 316-317.
111Demangel 1922, p. 82-83, fig. 15 ; Plassart 1928, p. 303, fig. 254 ; Bruneau 1970, p. 192 n° 5, pl. I, 5 ; Vikela 2015, p. 213 n° Ar 43, pl. 37.
112Plassart est relativement prudent (« un fût légèrement incliné, qui se divise symétriquement à la partie haute, semble le tronc d’un palmier »), mais Demangel est catégorique, parlant du « tronc évasé du palmier, peut-être le palmier de Nicias, palmier en tout cas d’Artémis ». L’interprétation comme une gigantesque torche n’est guère satisfaisante : on ne peut envisager, comme le fait Bruneau, que cette « torche » soit tenue par le sacrificateur près de l’autel, vu les dimensions respectives du personnage et de l’objet.
113Demangel 1922, p. 84-85, fig. 12 ; Plassart 1928, 303-304, fig. 255 ; Bruneau 1970, p. 192 n° 7 ; Vikela 2015, p. 213 n° Ar 42, pl. 37.
114Hymne homérique à Apollon I, 117 ; Callimaque, Hymne à Délos, 210. Pour l’iconographie, la question a été reprise en détail par E. Maystre 2008, p. 31-37, fig. 2-3 et pl. 1, 2, à propos d’un fragment de coupe attique à figures rouges de la fin du ve s. : Létô y serait figurée couchée près du palmier délien, juste après son accouchement (voir aussi la notice du même auteur dans LIMC Supplementum 2009, s.v. Leto, p. 320 n° 5, pl. 158). Ce vase est antérieur à la pyxis attique à figures rouges (2e quart du ive s.) qui montre la déesse assise sur un siège, tenant le palmier de sa main gauche, en présence de diverses divinités : LIMC VI, s.v. Leto, p. 258 n° 6, pl. 130 (Kahil, Icard-Gianolio) ; Maystre 2008, p. 33 n° 3, pl. 6, 2.
115Sarian 1998, p. 149-152 n° 1, fig. 11 (ID 2381), n° 2, fig. 12-13 (ID 2374 ; le bas d’un petit pilier triangulaire s’encastre dans la base inscrite) et n° 3, fig. 14 (ID 2380, dédicace à Artémis Phôsphoros) ; une quatrième base destinée à porter un hermès au triple visage est dédiée à Hécate Sôteira (ID 2448 ; Sarian 1998, p. 152 n° 4, fig. 15). Sur les petits piliers hermaïques couronnés par les trois visages d’Hécate, voir Marcadé 1969, p. 301, pl. LIX ; Sarian 1998, p. 149 fig. 6-7.
116LIMC vii, s.v. Hekate, p. 1006 n° 243 (Sarian), et Sarian 1998, p. 148 fig. 4.
117CIL II, 2660b ; del Hoyo 2002, p. 74-77, fig. 3 (iie s. ap. J.-C.). Sur cette assimilation de la déesse délienne à Hécate à partir du ier s. dans la littérature latine, Durvye, p. 37-38.
118Boussac 1992, p. 180-182 nos Hé 1-Hé 32, pl. 68-69 : exemplaire inscrit, p. 181 n° Hé 18, pl. 69.
119Aux comparaisons données par M.-Fr. Boussac on ajoutera un relief double de style attique qui montre, sur une face, Hécate figurée comme sur les empreintes de sceaux, mais sans croissant lunaire et avec un chien à ses côtés, sur l’autre une déesse de face, sans couronne, tenant une torche dans chaque main, un chien assis près d’elle (Hécate ou Artémis-Hécate) : Hamiaux 1998, p. 170- 171 n° 189 (iiie s.?).
120Marcadé 1969, p. 218-219 pl. XLI (A 449), avec mention d’un groupe comparable, très fragmentaire, trouvé au sommet du Cynthe ; LIMC II, s.v. Artemis, p. 654 n° 402, pl. 478 (Kahil) ; SD, p. 112-113 n° 46 (Jockey) ; Bourgeois, Jockey 2007, p. 168-171, fig. 3a-e et h-i ; Queyrel 2016, p. 331-332 et 379, fig. 410.
121Ainsi sur un relief attique de la fin du ve s. conservé à Kassel (LIMC II, s.v. Artemis, p. 653 n° 397, pl. 478 [Kahil] ; Vikela 2015, p. 209 n° Ar 9, pl. 25) et sur une péliké à figures rouges datée vers 380-370 (ARV2, p. 1472, 2 [P. d’Héraclès] ; Simon 1969, p. 156, fig. 143 : l’action est décrite comme « merkwürdig irreal » ; LIMC II, s.v. Artemis, p. 653 n° 396, pl. 478 [Kahil] ; Bourgeois, Jockey 2007, p. 171 fig. 3j).
122Marcadé 1969, p. 219, considérait que la statue était « sans doute postérieure de peu au second classicisme ».
123Kreeb 1988, p. 34-35, fig. 2.7 et 2.8, et p. 293-294, pl. 4.1. Une spectaculaire mise en scène d’Artémis chasseresse est évoquée bien plus tard par Apulée (Métamorphoses II, 4) : au centre de l’atrium d’une luxueuse villa se dresse un groupe en marbre de Paros figurant la déesse en course avec ses chiens, sur fond d’un paysage constitué d’une grotte, d’arbres et de vignes.
124Marcadé 1969, p. 222 et 283, pl. XXXVI (jugement très sévère sur le style de l’œuvre) ; SD, p. 114- 115 (Jockey) ; Jockey 1999, p. 307 fig. 3 ; Bourgeois, Queyrel 2007, p. 177-179 fig. 7a-c ; Queyrel 2016, p. 328 et 377-378, fig. 399.
125Marcadé 1969, p. 221 et 282-283, pl. XXXVII ; SD, p. 116-117 (Jockey) ; Queyrel 2016, p. 329- 330 et 378, fig. 400.
126Marcadé 1969, p. 220-221, pl. XXXVII (A 5183).
127Queyrel 2016, p. 329 : « La déesse saluait avec son bras droit levé son frère victorieux. »
128Ibid., p. 326-331.
129Jockey 1999.
130Marcadé 1969, p. 223 et 276-277, pl. XXXVI ; LIMC II, s.v. Artemis, p. 640 n° 181, pl. 459 (Kahil) ; SD, p. 110-111 n° 45 (Jockey) ; Despinis 2010, p. 133 n° 5 et 134, pl. 36-38.
131« Comparer une telle œuvre avec l’Artémis Colonna de Berlin — si altière et si vivante — ne sert qu’à mieux apprécier l’incohérence et l’affectation de la statue délienne » (Marcadé 1969, p. 223).
132Mais Despinis 2010, p. 134, a montré que la coiffure dérivait de celle de la grande tête en marbre de l’Acropole qu’il attribue à la statue de culte du sanctuaire d’Artémis Braurônia, œuvre de Praxitèle.
133Marcadé 1969, p. 289-290 ; SD, p. 82-83 n° 31 (Jockey).
134Seule la tête mentionnée ci-dessus (n. 63) peut être identifiée avec certitude comme une Artémis.
135Ces statuettes ont fait l’objet d’une étude détaillée par Philippe Jockey, dans sa thèse de doctorat inédite. Pour la localisation des ateliers, voir Karvonis 2008, p. 174-175, fig. 1-2, et pour les statuettes d’Artémis, Marcadé 1969, p. 217, pl. XXXIX (A 4152, Maison de Kerdôn) et p. 218 n. 9, pl. XL (A 5182, trouvée vers l’angle S.-O. de l’Agora des Italiens).
136Jockey 2000.
137On trouve les principaux éléments de comparaison dans LIMC II, s.v. Diana, p. 792-855, pl. 587- 628 (Simon, Bauchhenss).
Auteur
-
Antoine Hermary
ahermary@mmsh.univ-aix.fr
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