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    Plan détaillé Texte intégral Le transport de quelques grosses bombardes dans les états bourguignons au XVe siècle Notes de bas de page

    L’industrie et le commerce des armes dans les anciennes principautés de Liège, du XIIIe à la fin du XVe siècle

    Ce livre est recensé par

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    Annexe 6

    p. 353-356

    Texte intégral Le transport de quelques grosses bombardes dans les états bourguignons au XVe siècle Notes de bas de page

    Texte intégral

    Le transport de quelques grosses bombardes dans les états bourguignons au XVe siècle

    1Dans la première moitié du XVe siècle, les grosses bouches à feu n’étaient pas montées sur affût de route mais transportées par chariot ou par bateau jusqu’au lieu d’utilisation et, là, mises en position, généralement par « enfustement » sur un châssis en charpente1.

    2Les déplacements se faisaient le plus souvent par route mais aussi par eau dans la mesure du possible. En 1409, les canons achetés à Anvers par le duc de Brabant gagnent Vilvorde par l’Escaut, le Rupel et la Senne, puis atteignent Bruxelles par chariots. La bombarde, pesant plus de trois tonnes, que la ville de Malines achète à Dordrecht, distante d’une centaine de kilomètres, est amenée par bateau, à travers l’estuaire de l’Escaut et en remontant le Rupel et la Dyle (1411). Deux ans plus tard, les deux canons que l’évêque de Liège prête à Antoine de Bourgogne, duc de Brabant, pour son expédition dans le Luxembourg, remontent la Meuse de Huy à Namur et, de là, atteignent l’armée en campagne par voie de terre2.

    3Parfois, la proximité d’un cours d’eau navigable permet de hâter l’acheminement à pied d’œuvre de ce matériel lourd. C’est ainsi que Jean sans Peur, qui compte sur l’artillerie lourde pour déloger les occupants de sa forteresse de Vellexon, en Franche-Comté, réussit ce tour de force de faire fondre en trois semaines, à Auxonne, à environ 60 kilomètres de la place, une bombarde de près de 3 500 kilos. Le 6 janvier 1410, 200 manœuvres, avec des chevaux, l’extraient de la fosse de coulée et la traînent jusqu’à la Saône, où elle est embarquée. La rivière est remontée en trois jours et trois nuits jusqu’à proximité du lieu de destination, mais il fallut rompre toutes les écluses afin que rien n’entrave la circulation. On réussit, de la sorte, à respecter une moyenne journalière de quelque vingt kilomètres, ce qui représente, pour le Moyen Age, une fort jolie étape.

    4En 1424, après le « recouvrement » des châteaux du Mâçonnais, l’artillerie bourguignonne est ramenée à Dijon en remontant la Saône, de Mâçon a SaintJcan-de-Losne (environ 110 kilomètres), l’avant-port en quelque sorte de la capitale, qu’elle réintègre par voie de terre.

    5Citons encore le transport sur la Meuse, d’Yvoy (Carignan) à Mézières, soit environ 35 kilomètres, d’un canon appartenant au damoiseau Jacques de la Marck (1444) et celui, l’année suivante, de la chambre de la bombarde « Bourgogne », qui descend l’Escaut, de Tournai à Gand3.

    6Comme on l’a constaté à propos de l’artillerie royale française, le transport par eau coûtait moins cher que celui par la route. Un exemple de 1431 montre qu’il pouvait être quatre fois meilleur marché4.

    7Cette différence s’explique quand on examine les difficultés inouïes auxquelles se heurtaient les transports routiers. La voirie s’avérait nettement inadéquate, même sur les axes de grande circulation, au point que le train d’artillerie, fût-il composé d’une seule bouche à feu, était précédé d’une équipe de pionniers, chargés d’« aller devant ladite bombarde et rompre roches, abres et faire le chemin devant icelle bombarde qui autrement n'eust pu passer ». Souvent, l’attelage se trouve en difficulté et, parfois, on ne peut lui éviter de basculer. En 1411, la bombarde d’Arlay, qui fait route de Besançon à Dijon, est accompagnée par « huit bons compaignons de bras », dont le travail consiste à « la traire des mauvais chemins »5. En 1453, lorsque « Mons » choit en un fossé, entre Mons et Lille, deux ouvriers s’emploient, pendant deux jours, à la relever à l’aide de palans6.

    8Nombre de ponts, habituellement en bois, doivent être renforcés en vue du passage de ce charroi, afin d’écarter les risques d’effondrement. En 1412, on fait consolider celui de la Saône, à Auxonne, avant de le franchir avec une nouvelle bombarde, de près de huit tonnes, qu’on mène aux essais. En 1421, il s’avère nécessaire de refaire le pont de Flixecourt, sur la Nièvre, affluent de droite de la Somme, afin de faire repasser l’artillerie après le siège de Saint-Riquier. Douze ans plus tard, ce sont les ponts franchissant les fossés de Beaune que sept charpentiers vérifient, en vue du transport d’une énorme bouche à feu. En 1436, à l’occasion du siège de Calais, il faut renforcer le pont de Vitz-sur-Authie, entre Abbeville et Hesdin. Enfin, mais ces exemples ne sont sans doute pas exhaustifs, c’est le pont de bois de Tressin, sur la Marque, près de Lille, qu’il faut consolider, en 1453, lorsque le duc de Bourgogne fait venir la bombarde « Mons » pour l’employer contre les rebelles gantois7.

    9Les pièces de forts calibres étaient transportées sur des chariots spéciaux à quatre roues, ressemblant à ceux de type commun mais beaucoup plus lourds et renforcés de ferrures nombreuses. Les comptes d’artillerie font fréquemment mention de ces véhicules, parfois fabriqués spécialement pour les besoins de la cause, lorsque une voiture ordinaire n’eût pu résister. C’est ainsi qu’en vue de sa campagne dans les terres d’Outre-Meuse, le duc de Brabant fit construire six chariots d’artillerie par des charpentiers, scieurs, charrons, forgerons et serruriers. A elle seule, la charpenterie demanda 56 journées de main-d’œuvre (1408). Quelques années plus tard, un document comptable nous apprend qu’il faut plus de 200 kilos de fer pour renforcer un seul de ces engins8.

    10Ces précautions n’étaient pas superflues mais elle contribuaient à alourdir encore le charroi. Aussi, celui-ci ne se déplaçait qu’avec une infinie difficulté et une extrême lenteur. On le comprend d’autant mieux si l’on envisage l’encombrement des personnes et des bêtes qui s’affairaient autour des bombardes, alors que l’infrastructure routière, au sens où l’on peut l’entendre depuis le XVIIIe siècle, était inexistante.

    11Une bombarde de 7 700 livres, attelée de 32 bœufs et de 31 chevaux et conduite par 25 personnes, met huit jours pour franchir les 32 kilomètres qui séparent Modon de Pontarlier (1409). Une autre, tirée par 12 chevaux, avec une quinzaine de valets, progresse entre Gray et Dijon, à la vitesse journalière de 12 kilomètres (1411).

    12Un des transports les plus pénibles fut sans doute celui d’un canon de près de huit tonnes, de Dijon à Avallon (1433). Le chemin le plus direct eût été par le Nord, en passant par Vitteaux, soit une centaine de kilomètres. Mais il comportait le franchissement de crêtes difficiles, et l’on choisit la route la plus longue (150 kilomètres), comportant un détour vers le Sud, par Beaune, Arnay-le-Duc et Saulieu. L’équipage était impressionnant. La chambre de la bombarde avait été dévissée de la volée ; la première était placée sur un char à 32 chevaux, la seconde sur un autre tiré par 34 chevaux. Les douze boulets de pierre, qui constituaient la dotation de la pièce, se trouvaient sur deux chariots à 9 chevaux chacun. Un cinquième véhicule transportait un appareil de levage et un sixième de la poudre et des cordages, chacun attelé de 8 chevaux. Cela faisait, pour le train d’une seule pièce d’artillerie, 100 animaux de trait et 54 charretiers et valets, sans parler des pionniers employés à « faire le chemin ». Cet effectif s’accrut d’ailleurs en cours de route car il fallut faire appel à un renfort de main-d’œuvre et relayer certains chevaux « qui estoient demourez sur le chemin qui ne povoient plus aler avant ». Certaines de ces malheureuses bêtes avaient les flancs labourés par le frottement des traits de l’attelage. Il fallut d’ailleurs référer les chevaux pendant le voyage. Un charretier tomba malade et un maréchal-ferrant eut la jambe écrasée entre un arbre et la roue d’un gros chariot, dans la côte d’Arnay. On dut faire appel à un guide pour franchir, entre Saulieu et La Roche-en-Brénil, les contreforts du Morvan. Enfin, la menace constante d’une attaque française obligea l’escorte à adopter certaines mesures de sécurité. Le voyage s’acheva après quinze jours de « peine et travail », à la moyenne quotidienne de 10 kilomètres. Il est vrai que l’enjeu valait tous ces efforts. Aucune muraille ne résistait à pareils engins et, dans ce cas, le capitaine français Fort-épice, jugeant qu’il ne pouvait plus tenir Avallon, déjà partiellement ruinée, se retira subrepticement de la ville, que les Bourguignons purent réoccuper.

    13L’espoir que l’on plaçait dans de tels canons explique, sans doute, une folle expédition comme celle qui eut lieu, en 1436, pendant le siège de Calais. On n’entreprit rien moins que d’acheminer de Saint-Jean-de-Losne à Guines, sur une distance de 500 kilomètres, deux des plus grosses pièces d’artillerie de Philippe le Bon : « Bourgogne » et « Prusse ». La première occupait deux chariots à 48 et à 36 chevaux, la seconde cinq chariots à 30 chevaux. Le voyage fut accompli avec succès en 49 jours, à nouveau à la vitesse quotidienne de 10 kilomètres9.

    14A la fin du XVe siècle, avec l’usage des boulets en fonte, les bouches à feu de très forts calibres tendent à se raréfier, mais l’équipage des « bandes » d’artillerie demeure impressionnant. Celle que Charles le Téméraire dirige, en 1474, contre le comté de Ferrette, près de Bâle, qui a fait alliance avec les Suisses, ne comporte qu’une seule grosse bombarde dont le transport, avec ses accessoires, requiert 108 chevaux, tandis qu’il en faut 159 pour tracter le restant de la batterie, composé de onze bouches à feu d’un calibre plus modeste. L’effectif total était de 151 hommes. On rencontre, d’ailleurs, les mêmes proportions en personnel et en matériel, dans les « bandes » françaises de Louis XI.

    15Cependant, la disparition définitive des grosses bombardes permit de donner aux corps d’artillerie, malgré les inévitables ennuis de la traction chevaline et du réseau routier déficient, une plus grande souplesse opérationnelle, dont les armées de Charles VIII furent les premières, en Italie, à exploiter les avantages, lors de leur progression spectaculaire10.

    Notes de bas de page

    1 Voir, à ce sujet, P. Henrard, Histoire de l'artillerie en Belgique..., pp. 175-183 ; A. Essenwein, Quellen zur Geschichte der Feuerwaffen..., planches A I à A XX (modèles d’affûts anciens) ; J. Garnier, L'artillerie bourguignonne..., pp. 241-243, 246-248 ; A. Basset, Essais sur l'historique des fabrications d'armement en France..., pp. 975 sv.

    2 Cfr respectivement : A.G.R., C.C., Recette générale des provinces : Brabant, reg 2395 f° 217 ; Henrard, op. cit., p. 45 ; N. Van Werveke, Die Erwerbung des Luxemburger Landes..., p. 41. — Voir également Ch. Brusten, L'armée bourguignonne de 1465 à 1468, pp. 20-21.

    3 Garnier, op. cit., pp. 25-26, 93-94 ; A. N. Lille, R.G.F., B 1982, fos 256 v°, 258.

    4 Garnier, op. cit., p. 53. — Cfr Ph. Contamine, L'artillerie royale française à la veille des guerres d'Italie, pp. 256-157.

    5 Garnier, op. cit., pp. 31, 101.

    6 C. Gaier, The origin of Mons Meg, p. 429.

    7 Garnier, op. cit., pp. 58 n. 1, 103 ; A. N. Lille, R.G.F., B 1925, f° 119 ; B 1957, f° 417 v° ; Gaier, op. cit., loc. cit.

    8 A.G.R., op. cit., reg. 2394, f° 412 ; Garnier, op. cit., p. 62 n. 1.

    9 Garnier, op. cit.,pp, 27 n 31, 99-105 ; A-N- Lille, R.G.F., B 1957, fos 388-389, 394 v°

    10 Garnie R, op. cit., pp..179-180. — E. Perroy, L'artillerie de Louis XI dans la campagne d Artois (1477), pp. 186 sv. ; Contamine, op. cit., p. 252. Il faut noter cependant qu’au retour de la malheureuse campagne de Navarre (1512-1513) l'armée française dut abandonner son artillerie au passage des Pyrénées à cause des difficultés de la route ; Le Loyal Serviteur, La très joyeuse et très plaisante histoire... du bon chevalier... de Bayart..., éd. Buchon, p. 102, col. 2.

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    1 Voir, à ce sujet, P. Henrard, Histoire de l'artillerie en Belgique..., pp. 175-183 ; A. Essenwein, Quellen zur Geschichte der Feuerwaffen..., planches A I à A XX (modèles d’affûts anciens) ; J. Garnier, L'artillerie bourguignonne..., pp. 241-243, 246-248 ; A. Basset, Essais sur l'historique des fabrications d'armement en France..., pp. 975 sv.

    2 Cfr respectivement : A.G.R., C.C., Recette générale des provinces : Brabant, reg 2395 f° 217 ; Henrard, op. cit., p. 45 ; N. Van Werveke, Die Erwerbung des Luxemburger Landes..., p. 41. — Voir également Ch. Brusten, L'armée bourguignonne de 1465 à 1468, pp. 20-21.

    3 Garnier, op. cit., pp. 25-26, 93-94 ; A. N. Lille, R.G.F., B 1982, fos 256 v°, 258.

    4 Garnier, op. cit., p. 53. — Cfr Ph. Contamine, L'artillerie royale française à la veille des guerres d'Italie, pp. 256-157.

    5 Garnier, op. cit., pp. 31, 101.

    6 C. Gaier, The origin of Mons Meg, p. 429.

    7 Garnier, op. cit., pp. 58 n. 1, 103 ; A. N. Lille, R.G.F., B 1925, f° 119 ; B 1957, f° 417 v° ; Gaier, op. cit., loc. cit.

    8 A.G.R., op. cit., reg. 2394, f° 412 ; Garnier, op. cit., p. 62 n. 1.

    9 Garnier, op. cit.,pp, 27 n 31, 99-105 ; A-N- Lille, R.G.F., B 1957, fos 388-389, 394 v°

    10 Garnie R, op. cit., pp..179-180. — E. Perroy, L'artillerie de Louis XI dans la campagne d Artois (1477), pp. 186 sv. ; Contamine, op. cit., p. 252. Il faut noter cependant qu’au retour de la malheureuse campagne de Navarre (1512-1513) l'armée française dut abandonner son artillerie au passage des Pyrénées à cause des difficultés de la route ; Le Loyal Serviteur, La très joyeuse et très plaisante histoire... du bon chevalier... de Bayart..., éd. Buchon, p. 102, col. 2.

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    Gaier, Claude. « Annexe 6 ». L’industrie et le commerce des armes dans les anciennes principautés de Liège, du XIIIe à la fin du XVe siècle, Presses universitaires de Liège, 1973, https://doi.org/10.4000/books.pulg.3032.

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